DE DELILLE A BOUFFLERS
Honneur des chevaliers, la ileur des troubadours, Ornement du beau monde et délice des cours.
Tu veux donc, dans le sein de ton champêtre asile,
Vivre oublié ; la chose est difficile, Pour toi que le bon goût recherchera toujours.
En vain, dans un réduit agreste, Le campagnard mondain, le poète modeste, ^ L'aimable paresseux veut être enseveli ; Toujours pour toi coulera le Permesse, Et jamais le fleuve d*oubli.
Ces vers pleins de délicatesse.
Où ta muse présente au lecteur enchanté La grâce et la raison, l'esprit et la bonté,
La bonhomie et la finesse,
L'élégance avec la justesse, La profondeur et la légèreté.
Souvent; avec un art extrême, Prête au bon sens l'accent de la gaieté,
Et se calomnie elle-même ^
Par un air de frivolité :
Ces titres heureux de ta gloire Seront toujours présents à ta mémoire.
Digne à la fois (fes palais et des champs, Ton Aline toujours aura ces traits touchants Qu'elle reçut de ta muse facile.
Lorsque ton pinceau séducteur |
Toujours brillant, toujours fertile.
Gai comme ton esprit et pur comme ton cœur, /
Entre le dais et la coudrette.
Entre le sceptre et la houlette,
Nous peint cet objet enchanteur, ;
Moitié princesse et moitié bergerette, Malgré toi tout Paris répétera tes chants ; Et toujours tu joindras, dans ton aimable style, A la simplicité des champs Toutes les grâces de la ville.
Puis, quand il serait vrai que tes modestes vœux Puissent s'accommoder de ces rustiques lieux, Pourrais-tu bien, au fond d*une campagne, Enterrer Taimable compagne  qui de tes beaux jours nous devons les douceurs? Si tu n*avais, de ton doux hyménée, Reçu pour dot qu'un immense trésor, Je te dirais : Va dans la solitude Cacher tes jours, et ta femme et ton or, Et d*un triste richard l'avare inquiétude.
Mais Tesprit, la beauté, sont faits pour le grand jour ; La ville est leur empire, et le monde leur cour. Le sage créateur du monde Ensevelit les métaux corrupteurs Au sein d*une mine profonde ; Il cache l'or, et nous montre les fleurs.
Si toutefois, dans ton humeur austère
Las du monde et de ses travers,
Tu veux dans le fond des déserts
Cacher ton loisir solitaire, Avec tes goûts nouveaux permets-nous de traiter ;
Prenons un temps : pour nous quitter,
Attends que tu cesses de plaire,
Et tes vers de nous enchanter.
Alors, puisqu'il le faut, sois agricole, range
Tes fruits nouveaux dans tes celliers.
Tes blés battus dans tes greniers.
Tes blés en gerbe dans ta grange, Dans tes caveaux tes choux rouges ou verts ;
Mais que m'importe la vendange, A moi qui m'enivrai du nectar de tes vers,
Et quelquefois de ta louange?
Plus à\m contrefacteur du vin le plus parfait, Des pressoirs de Pomard et des cuves du Rhône, Des crus de Jurançon, de Tavelle et de Beaune,
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Sait assez bien imiter le fumet ; Même d*UD faux A! la mousse mensongère.
En pétillant dans la fougère, Trompe souvent plus d*un gourmet ; Mais tes écrits ont un bouquet Que nul art ne peut contrefaire.
DU CHEVAUER DE BONNÂRD A BOUFFLERS.
Tes voyages et tes bons mots, Tes jolis vers et tes chevaux Sont cités par toute la France ; On sait par cœur ces riens charmants Que tu produis avec aisance ; Tes pastels frais et ressemblants Peuvent se passer d'indulgence.
Les beaux esprits de notre temps, Quoique s'aimant avec outrance, Troqueraient volontiers, je pense, Tous leurs drames et leurs romans Pour ton heureuse négligence Et la moitié de tes talents.
Mais, pardonne-moi ma franchise, Ni tes tableaux, ni tes écrits N'équivalent, à mon avis, Le tour que tu fis à Téglise.
Nos guerriers, la ville et la cour.
Admirant ta métamorphose.
Battirent des mains tour é tour :
La Gloire en sourit, et TÂmour Crut seul y perdre quelque chose.
On a tant célébré Grammont, Son esprit, sa gaieté, ses grâces !
11 revit en toi ; tu remplaces
Le héros de Saint-Erremont.
Les ris le suivirent sans cesse, Et, dans son arrière-saison.
Semèrent des fleurs à foison, Gomme aujourd'hui sur ta jeunesse.
En yain le Temps, de son poison, Voudrait amortir ta saillie.
Tu donnerais à la raison Tous les grelots de la Folie.
Jouis bien d*un destin si beau, Brille dans nos camps, à Gythère :
Sûr de plaire, et toujours nouveau Chante les plaisirs et Voltaire; Lis Végéce, Ovide et Follard, Et vois les lauriers du Parnasse, Unis aux palmes de la Thrace, Couvrir ton bonnet de hussard.
Garde ton goût pour les voyages.
Tous les pays en sont jaloux ; Et le plus aimable des fous Sera partout chéri des sages.
Sois plus amoureux que jamais ; Peins en courant toutes les belles, ' Et sois payé de tes portraits Entre les bras de tes modèles.