‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 24 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je disque Dieu, dans la vocation de saint Ignace, s'est montré noierveilleusement fidèle : Fide^ Deus, lAm envers qui cette fidélité a«

POUH LÀ Mtftt^ DB SkVn IGNACE S» LOY0LA. 9»

t^eparo? PMmièreneDt, e&fert TÉgiise, pour rintërét de laqaeHe fiiea suscita œ grand bomne, lorsqu'il kii inspira le dessein d*une Tie apostolique ; secondement, envers Ignace même, quand Dieu le rendit o^[)able de sonlenir cette sainte entreprise , et que , par des dons de grâce extraordittaires, il le mit en ëiac de Pexëciiter : Toilà l'idée générale de cette première partie.

Qaaiid Ignace fut appelé de Dieu atint feacti(»is de Tapostolat, vew lesayez, Chrâiens, l'ËgUse avoit besoin de secours, et Dieu, par fidé* Hié, éloit engagé à lui en fournir .G'éloit un temps où l'hérésie s'élevoit de toutes parts, qt déjà commençoit à souffler le feu de ces fameuses rébellions demi les restes fument encore. Or le Fils de Dieu ayant pns* mis aatheDliqnement à son Eglise que jamais les portes de l'enfer ne prévaudroient contre elle, il ne pouvoit lui manquer dans une pareille rencontre; et en conséquence de sa parole, il lui devoit donner de nouyelles forces ponrto défendre. Je ne prétends point vous foire entendre par-là que saint Ignace ait été un homme nécessaire à l'Église de Jësns-Christ ; non. Chrétiens, ce n'est p<Mnt là ma pensée : jediroia bkA lAutôt de lui ce que saint Grégoire pspe disoit en général des hommes apostoliques, dans une instruction qu'iileur adresse : l'Ëgtîse de lésQS-Christ a été nécessaire à Ignace, parcequ'lgnace n'a pu se sanctifier que dans TÉglise de Jésns-Ghrist ; mais Ignace n'a point été et ne ponvoit être nécessaire à l'Église de Jésus-Ghi ist, parceque VÈ^ gUse de /ésus-Ghrist a bien pu se passer d'Ignace et se conserver sans lui. U est vr», mes chers auditeurs : mais aussi ferois-je tort à saint Ignace, et en quelque sorte à Dieu même, si je ne disoîs qu'Ignace, tout senriteor inutile qu'il étoit, fut choisi de Dieu pour la défense de l'Église, et que sa vocation a été l'un des moyens que Dieu a voit préparés pour faire voir à son Église qu'il ne labandonnoit pas, et qu'il vou* loitlni être fidèle : Fidelis Deus^ per quemvoeaîi estis,

Reconnoissez-Ie d'abord , Chrétiens , par un trait admirable de la ProvideBce : bien d'autres en ont foitla remarque; et c'est pour cela même qu'elle paroit plus vraie, et que je puis avec plus de raison la foire à présent. Tandis que Luther lève l'étendard contre l'Église, et lui dédare la guerre. Dieu touche le cœur d'Ignace, et l'appelle pour l'opposera cet hérésiarque. Quelle fidélité, Seigneur! Ainsi eaaviez* vous autrefois usé, foisant naître un Augustin en Afrique, le même jour que Pelage, l'ennemi de votre grâce, étoit né dans l'Angleterre ; et n*ayant jamais permis, dans la suite des siècles , que votre Église fât attaquée par un nouveau persécuteur, sans lui procurer d'ailleurs et en même temps un nouveau défenseur. Ainsi, dis-je, ô mon Dieu , avez-yous toujours gardé la foi à cette divine épouse : et ne semblet*ilpas que vous ayez voulu lui en donner un gage particulier dans la vocation d'Ignace? Fidelis Deus. En effet, qu'est-ce qu'Ignace, selon les vues de Dieu? C'est un homme né pour la destruction de l'hérésie^ voilà son caractère ; fondateur d'un institut dont l'essence est de cobh

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battre les ennemis de la foi, comme îi est déclaré dans les bulles de» souverains pontifes, voilà sa profession ; de qui tout le zèle a été employé pour l'Église, à étendre ses conquêtes, à foire observer ses lois, à maintenir F usage de ses sacrements, à inspirer au peuple du respect pour ces cérémonies , à conserver les fidèles dans son obéissaiicey à y ramener les hérétiques, sans que pour cela il ait jjamais épargné ni soins, ni travaux, ni force, ni crédit, ni repos, ni santé, ni réputation, ni vie : voilà quels ont été les emplois d'Ignace : un homme qui , dans Tordre qu'il a établi, ne s'est proposé, que de transmettre ce zèle à un nombre infini de successeurs, c'est-à-dire de préparer à toutes les Églises du monde des missionnaires fervents, des prédicateurs évangéliques, des hommes dévoués à la croix et à la mort, des troupes entières de martyrs dont il a été le père : voilà les fruits de sa compagnie.Encore une fois, mes chers auditeurs, un homme de ce caractère, dans un temps oii le schisme et l'erreur entreprenoient de renverser tout et de tout perdre , n*étoit-ce pas un secours manifeste que lUeu réservoit à son Église , et ce secours ne doit-il pas être considéré comme une marque sensible de la fidélité de Dieu pour eRe? Futelis Deus»

Ah ! Chrétiens , permettez-moi de le dire ici , c'est de là qu'est venue toute la haine des hérétiques contre la personne et le nom d'Ignace; voilà ce qui a rendu son institut et ce qui rend encore ses enfants si odieux à nos religionnaires. Je ne sais pas, mes Frères, disoit saint Jérôme, par quelle fatalité il arrive que tous les ennemis de l'Église sont les miens; mais j'en bénis Dieu, et c'est une gloire pour moi que mon nom soit déchiré par ceux qui déchirent la robe de Jésus-Christ. On vient de me dire qu'Helvidius a écrit depuis peu contre moi une sanglante satire ; mais je me console , puisque c'est avec la même plume qui a écrit des blasphèmes contre Marie : car quel avantage que Jérôme , qui est le serviteur, soit traité comme la mère ! Ut todent quo Mariœ detraxit calamo^ me laceret; et caninom facundiam servus Domini pariter experiatur et mater (Hier.). Vous faites assez vous-mêmes. Chrétiens, Tapplication de ces paroles. Si saint Ignace étoit demeuré dans la grotte de Manrèze , s*il s'étoit contenté de pleurer et de faire pénitence pour les péchés du monde , s'ilavoit fondé un ordre de solitaires , son nom , même parmi les hérétiques , seroit en bénédiction : mais il a parlé contre les ennemis de l'Église; mais sa vocation a été de se présenter au vicaire de Jésus-Christ, et de se consacrer par état aux missions du Siège apostolique ; mais Dieu a voulu qu il levât des troupes auxiliaires pour combattre l'hérésie ; avec cela ne devoit-il pas s'attendre aux plus violentes persécutions? et en cela même n'a-t-il pas été une preuve vivante de la fidélité de Dieu envers son Église, à qui le ciel avoit destiné un homme si ferme, si constant, si zélé pour la secourir? Tout ceci est général; disons quelque chose de plus marqué.

Ce que j'admire davantage dans Fa vocation de saint Ignace , c'est In condatte que la Providence^ a fait parottre pour retrancher lu source des maïuL dont son Église étpit affligée. Car, prenez -garde, Gbré* tiens: de plusieurs- d^rdres d*où l'hérësie i^voit pris ^naissance , le priocipal ëtoit celaî-ci : rignorance des choses de la foi , qiii régnoit parmi les pieupie^ , jointe à la mauvaise éducation de la jeunesse. Consultez les ëcrivaîns qui en ont parlé : voilà la porte paroi entra le démon de Terreur, pour porter ses coups à FÉglise et pour ruiner Tancienne religionj^ais que Ait Dieu en suscitant Tgnate?ll donne à l'Église un p4flp|tif contre.ce mal si dangereux et si pernicieux; car à quoi Ig:na(#est-il spécialement appelé^ et pour quelle fin? pour enseigner, pour instruire , pour apprendre aux peuples à oonnohre ce qu ils sont^ pour déraciner de leurs esprits» l'ignorance de nos mystères , po6(r y J^ter les premières semenées de la doctrine de la fol ; en un mot , pour former de vrais ehrëti^s , de même qoé lé pro|$hète avoit été epvoyépour seryir de màltreanx nations : Eccè dtdi eum jn-m^ cepiorem gentibus (Is^lI.,. 55). C'est pour cela que parmi les grandes affaires dont il ^toit chargé > et sur lesquelles on le consultoit dé toutes parts comme un oracle , il faisoit une de ses plus importantes occupations d*aller dans les rues de Rome catéchiser la populace, d'expliquer aux simples les points de la foi ^ d'assembler les femmes et les enfants dans les places publiques., pour leur donner les prinfcipes du salut : spectacle qui seul attiroit toute la ville , jusques.aux prélats même et aux cardinaux, à qui il prédioit par l'exemple de son humilité, tandis qu'il instrui&ctjit.les attires et qu'il les toucboit par la vertu de sa parole. C'est pour cela que lorsqu'Ignace envoyoitsesirères-au secours de qijtelc|tte église, il leur recommandôit 'avant toutes choses le soin .du'caïQQhisme ; les avertissant que c'étdit là ce q^i avbi< 'Converti le inonde; que la science dil catéchisme avôit été celle des ap6* très; que l'Évangile ji*avott été d'abord annoncé que par le>caléehisme; que, s'ils vouloient donc se rendre utiles à TÉglise de Dieu, fis dévoient négliger toute autre fonction plutôt que celte du oatécbiëne, et se souvenir que , selon la parole du Fils de Dieu même, une des preuves de la mrssion de Jésus-Christ fuLd'évangéliser les pauvres : Pauperes ^evangelizàntur (Matth., 11). C'est pour cela qu-rl a vbutir que toute sa compagnie se fit un devoir particulier de Tinstrulstion de^la jeunesse jyhérésie avoit pris pour maxime de commencer par-|à, et de s'emparer des Jeunes âmes, afin de les corrompre plus aisément ; Ignace lui en ôte le moyen, et lui eulève cet avantage* tn effet t il y avoit «déj^ dans l'Église chrétienne de grands et de florissants ordres institués pour prêcher la parole de^Dij^eu. Saint François et saint Dominique enavoient établi deui^ dont les succès remplissoient toute la terr^ msiis.il n'y en avoit point encore qui, par profession , fût en- |[age^ ce divin eniploi dé former la jeunesse. et. de la sanetifier. Or c'est le secours que Dieu , par un effet de sa fidélité,' préparoit à son B. 4. 16

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Ëglise dan&la persoBoe d'Ijgfnaœ; tellefnent que ce s&itit; fondâtell^ povvoît dire ^ après le Sânveur dti monde : Sinite ffonméos venhre ad me (Marc, 40) : Laisses venir à moi ces ameB iiinooetites, pttfi9<|ilé Dieu m'a fait Tboim^ur de me choisir pour les culiiTeri Enfin ^ c'^èst pour cela que Dieu 'donna ordre à IgqaCe de ïbiider des eoUégès et 4e8 écoles publiques, non pdiet précisément pour y enseigner le^ sdences profanes, it étoit trop rempli de celle des Saints ( îMn point jpoui; des intérêts temporels, il y àvoit'renoncé â|^ittànt lé monde; mais pour nourrir dans la vertu déjeunes enfiinil^pi su^eptibtes , à cet âge tendre , des sainteè impression^ qu'Us reçoivent, et pour leuf faire sucer de benne heure le lait de la piété. Ahl Ghrëiieiis, qneb fruits de graee cette divine' institulitm h's'-t^die pas pr^Mfalits? oond)ien drames ont été garanties de'l'enfer ? combien de vflit^ et de t)tx>vinces otft-éiémaiatennes dans Tintégrité de fa foi? combien d'étals ont été l^éservés iifi la contagion de i'hérésie? .Car il est rèitiarqusd>te que dans tous les lieux du monde où cette insbtutiôu â éc^ teçM , jamais rbérésie n'a dominé « et .qu'elle , y est bientte toinb^ eii décadence ; d'où je conclus qile ^ien , en appelant saint I^&ce , s'est fnoDtrë jfidèle , non seulemeni à tonte l'Église en g'énéral ^ mail» à tontes les liariies qui la coi^poseat : fidèle à tous ks ri^yaumes de 4a chrétienté^ fidèle à feules les nations de ta i^erre\. fidèle à toiki l^s ordres de la ré- |)ubliqne, fidèle à tons les âges et & toutes les cottditioïis'dés hommes> puisqu'il n'y a pas une condition ni un âge ^ paàune fiatioU ni un empire^ à qui ce ^and Sainte en coDBëquenç6.tte Êii vocatîèn, n'ait con« fiacrë«son travail et ses services : FidMi Beut > pet- qntm vocaïi estià in 0Cietaêém FHiitjuà 3b$u Chriiîi Dt^fnkii néUfi, '•

BJ[ajs' allons plus avant-, et voyons dé ta partvdë Dîna nn'élnittees* pèce de fidâitë à Tégard même d'Ignace. Quel mystère, mes chéri auditeurs» «t quoHe conduite! Ignaoe est appelé de EHetf; mais à quoi? à une-findont il paroit absolument incapable $ à xxiiîé entreprise pour laquaUje-il n'a ni tateoi,. ni bavertnre» ni dispo$iti!6ià d'ési^i. Il est destiné à diriger tes ames^ et c'eftt un^oHat éleVé dani^ \^ exiei*cicM de tagMorre, et sansr- usagea des choses divinçs. H est-qnestion d'inatruîrn lés p^tiples, et Dieu prend un homme sàûs lettres et sans ëtn« 4es. U s'agît d'instituer un grand ordre, et de former un cor ps de rel%ioti qui se répande dans tout l'univers \ mais Ignace e^t "seul , dès^ tituë de crédit et de forces , réduit à*^une pauvreté extrême, qnl Ta dépouilfaé de tout ce qu'il étoit selon le monde. Hé ! Seigneur, pottvoi^ il dire aussi bien que Jërémie , où m'envoye2-voua<v ^t qni suis-]e? Je ne fais <}ua de nidtre à votre gn^ce. A peine ai-jé ouVei^t les yett^ pour vous connoilre : je ne suis encore qu'un eniant; etqnand il faut par* 1er de vous ^ je ne sais pas prononcer une parole. Comment do|C me tfonfiez«-vous un td ouvrage?. Ta l'entreprendras, lui répond le Seigneur, etttt en viendras à bout. Ne dis point que tu es on enfiint: Holi diitre^ Puer $utn (IfiasM,, i) ; car il est de ma fidélité, at>rès t'a-

JÔtJft LA FÊTE DE SAINT IGNACE DE LOYOLA. ^

voir choisi,. de te donper tous les moyens iiécessaires pour.ràoooniplissemeni de ce grand dessein. ' Aussi , Chreiiens , n'est-ce pas un miracle que tout ce que le Seigneur opère dans Ignace presque au moment de sa conversion) pour en faire un instrupient propre à avancer la gloire divine et à procurer le salut des âmes? Ignace, n'est fuis plutôt ^ntré dans cette solitude où il fut d'abord conduit pfu* l'esprit de Dieu /que le voila comme transformé dans un autre homnie. U a passé toute sa vie dans Tfîmbarras de la cour et le bruit des armes 9 et dans un instant il est rempli de dons extraordinaires; il reçoit la grâce d'une oraison sublime ; les jours et les nui^ts suffîsentà peine pour contenter le goût qu'il y ti'ouve. Il y emploie les semaines ènlîères y sans autre aliment ni autre soutien ; tant il est abisorbé dans oe saint exercice. €e ne sont que ravissements*, qu'extases, où son corps paroit élevé de' terre; Dieu se découvre à lui par les communications les plus intimes ; il voit sensiblement Jésus-Cfarist dans ie sacrifice de l'autel; il traite avec la. reine des anges, il pénétre jusque dans 4e sanctuaire pour y contempler t)ieii mèine , et la irinité de ses personnes : jamais cet adorable mystère ne fut révéléà un homme mortel plus clairement qu'à Ignace; il semble que ce soit un saint Paul transporté dans le ciel, et jouissant déjà .c^ la vision bienheureuse. Lui-jnéine proteste qu'après ce qu'il a vu , il est prêt à mourir pour la foi, quand il n'y aurôit plus d'Écriture, ni de tradition. D'oii vient ce changement. Chrétiens? C'est qu'Ignace, pour remplir sa vocation, doit être un homme de pieu^ et parcequ'il a été jusqu'à présent tout, autre, il faut que Dieu en fasse au! homme nouveau. Or il le fait par cette profusion de lumières et de grâces; et c'est en cela même que consiste la fidBliié de Dieu envers ce sainf; pauiarche.

Mais ce n'est point assez. qu'Ignace.sok éclairé pour lui-même : il faut encore qu'il le soit pour les autres , et Dieu en a-t-il pris soin? Lisez 9 mes cfaers auditeurs; lisez ce livre admirable des Exemcês que ce saint solitaire composa dans sa retraite; ce livre qfia reçu tant d'éloges, dans l'Égti^e de Dieu ; ce livre dont les souverains pontifes ont voulu être les approbateurs, à qui le Saint-Siège 'a donné des grâces et des .privilèges si authentiques; ce livre don| l'usage a produit tant de conversions et tant de m'^veiiles dans le monde>; ce livre dont les fruits sont encore aujourd'hui si abondants, et dont l'excellente méthode se pratique avec tant de succès dans le ebristkoisme. Voyez s'il y a ri^ dé plus solide pour la conduite de^ âmes, rien de plus prudent pour les règles de la foi, rien déplus ceriain pour le diseêraement des esprits, rien de. plus relevé pour les maïumes du. salut. Qui fut l'auteur de cet ouvrage? tgnace^ Msiisq^el Ignace? permettezrmoi de parler ainsi. Est-ce Ignace consenimé daas la Tie spirituelle, après plusieurs années depuis sa pénitence? nott : ipais IgMU» sortant du monde, maôs Ipace un meis ^às avoir quitté Tépée et s'être donné à Dieu. Gela ne tient-il pas du prodige? mais ce

prodige , c'est une fidélitç que Dieu croit devoir à la personne de son serviteur. Il l'a choisi pour llnstruction dés peuples : dès-là sa providence Tobtige à lui donner toutes tes coimoissances des plus gir^nds mâitres : Fidelis Deus, per quem vooatiestis.

n y a plus ; Ignace est un étranger, c'est un metfdiant» c'est un in* connu ; il n'a nf accès dans Rome, ni pouvoir. Il n'importe : Va , liii dit Dieu, va dans cette capitale de l'univers ; c'est là qqe j'ai bâti mon Église ; et c'est là que tu formeras une compagnie dont je serai spécialement le chef. Ne mesure point Tentreprise par tes forces : plus ta es foible, mieux elle réussira. Toutes les puissances s'y opposeront , celles de l'enfer et celles de la terre, la sagesse des politiques, la passion de9 intéressés, le zèle des uns , la malice des autres ; on te rejettera comme un misérable, on t'accusera comme un novateur , on te condamnera comme un ainbitieux ; mais je te serai fidèle : Ego iiK Romœ propitius ero.

Ce sont, Chrétiens, les propres paroles que saint Ignace entendit de la bouche de Jésus-Christ méqie, quand ce Dieu Sauveur se fit voir à liii dans cette célèbre apparition dont il l'honora, pour l'animer à poursuivre constamment la fondation de son ordre. Paroles que des esprits profanes ont vouilu corrompre par une licence qui approche de rjmpiété: mais paroles éternellement glorieuses à ce saint instituteur, qui reçut nne assurance de la protection divine pour le lieu même où Dieu l'avoit d'abord donnée à saint Pierre et à toute son Église : c'étoit un oracle que ces paroles, et vous en savez l'issue. Jamais ordre ne fut plus combattu que celui d'Ignace dans son institution, et jamaijs ordre né fut approuvé avec.des marques plus sensibles * de la Providence. L*es cardinaux, s'assemblent pour l'examiner , et tous se sentent divinement émus et comme forcés à l'autoriser. L'un d'eux, tout déclaré qu'il étoit- contre le dessein d'Ignace, avoue enfin qu'il n'y peut plus résister, et qu'il y reconnoit malgré lui le doigt de Dieu. On fait paroître ce pauvre, ce nouveau venu : il est admis honorablement parle pape, on le reçoit au nombre des fondateurs et des'patriarches de l'Église, on lui expédie des bulles, on lui donne des pouvoirs^ sa <?ompagnie prejnd naissance : et qu'est-ce que cda, si ce n'est pas toujours un eÉÈit i|é l'inviojable fidélité de Dieu? Fide&i DeUi, per quemjjocati estis.

Mais Dieu souffre qu'Ignace soit persécuté : voilà ce que Tincrédalité deiout temps a produit contré'la Providence sur les âmes justes. Hé bien ! Chrétiens, que concluez- vous de là ? Ignace a vécu dans la persécution : doncl>ieu ne lui a pas été^dèlé. Ah ! gardons-nous de tirer cette conséqaence, si opposée aux principes denoirefoi ; autrement, il faudroit dire que Dieu n'a pas méniie été fidèle à son Fils, et que de tous les Saints qui jouissent de la gloire, il n'y en a pas un qai ne pût former contre la providence de Dieu la .même plainte. Non, mes chers auditeurs , ne raisonnons point de la sorte. Dites plutôt

avec moi que les persécutions furent, pour saint Ignace, les plus évi« dents et les plus illustres témoignages de la fidélité de son Dieu , et vous parlerez en cbréiiens.

Car pourquoi ce grand Saint a-t-il souffert tant de contradictions et de violences, a4-il essuyé tant d'outrages, a-l-il été noici de tnnt de calomnies^ ne vous ï'ai-je pas dit d'abord ? Ce fut pour riotérét de Dieu et pour sa justice. L'èût-on déféré à Barcelone comme un visionnaire «t un illuminé, s'il n'eû^ pas embrasé toiisles cœurs par ses exhortations ferventes et pathétiques? L'eût-on confiné à Alcala' dans un cachot obscur, s'il n'eût pas réduit des femmes très qualifiées aux saintes rigueurs.de la pénitence, en les ramenant de leurs désordre^? Lui eût-on préparé dans Paris le traitement le plus indigne, s*il n'eût pas gagné à Dieu des hommes apostoliques pour être les compagnons de son zèle? N'est-ce.pas en haine de la conversion de François- Xavier, qu'on attenta sur sa.personne? D'où lui vint cette tempétequi se forma contre lui à Rome par un parti nombreux et puissant, sinon parcequ'iIs*étoit hautement déclaré contre unprédicaleur qui préchoit le luthéranisme? Mille autres semblables sujets, n'est-ce pas ce qui lui a suscité tant de persécutions? Ôr je vous demande, souffrir de la sorte, é(oit-ce une marque que Dieu lui fût infidèle, puisque les persécutions som les grâces les plus exquises dalis Tordre de la pré- . destination des Saints, puisque leurs souffrances sont regardées dans le christianisEme comme une béatitude , puisqu'il est certain (jue dans tout J*£vangile*lésus-Çhrist les a spéoialenîent promises à. ceux; qui seroient les hérauts de sa glpire? DStes-hioi, mes cbers auditeurs, si c'étoit abandonner IgnacQ^quedelefaire participer au sort des apôtres et4es élus? Mais d'ailleurs, qiiaiid Dièuajoute à tout cela une protection visible et édalante, etqùe, par des'ressorts inconnus aux hommes, u^ais infaillibles; il fait tourner la persécution à la gloire de ce saiut homme ; quand Dieu lui donne la grâce, oomme à un autre Joseph, de régner, pour ainsi dire, dans sa prison, d'y attirer les peuples, d'y enseigner, d'y exhorter , d'y convertir les âmes ; quand .on dit publiquement à AIçala que pour voir saint Paul dans les chaînes; il n'y a qu'à voir Ignace dans les fers ; quand il sortdeis cachots de'Salamanque avec une approbation juridique de sa doptrine , ce qui lui gagne un nono^bre infini de sectateurs;' quand Dieu change en un moment le cœur de ceux qui prétendbientje déshonôcèr dans i'universjsé de Paris, et qu'an lieu de Iç traitek'au^si rigoureusement qu'ils se l'étoient proposé, ils\se jettent à ses genottx,,pubUent sqnrînnocence et font un éloge de sa vertu; quand ses persécuteurs dans Rome.sont punis de Dieu par des châtiments exemplaires^ quand mille autres traits de providence donne^pt évidemment à connoiire avec quelle attention le ciel veilloit sur lui et le soûtenoit^dans les traverses, peut-on 4ire qu'il en eût été délaissé? et, par une conséquence toute contraire, ne faut-il pas reconfiottre que Dieu jamais ne fût plus fidèle à Igîiace que dans lea

346 POV.R U FÈTÇ. DE SAINX IGNACÇ DÇ, LQYQL^-.

croix et les afflictions? FidelisDeus, per quem vocati estUinjoeieta' tem Jesu Christi.

Or, pour tirer .de. cette première partie quelque instruction dont nous puissions profiter , -voilà , mes chers auditeurs^ comment J>ieu nous sersi fidèle à nous-mêmes dans, les conditions oh il nous appelle, et oii nous entrons par les ordres* et sous la coniduite de sou adorable, providence. Prenez garde, s'il vous platt : j.e ne dis pas que Dieu nous sera fidèle dans les conditions où nous nous serons engagés de nousméme^, spns le consulter et sans ë{j[ard à ses desseins : je ne di& pas qu'il ndus sera fidèle dans ces états et dans ces ministères où nous Qpus serons ingérés, non selon son gré , mais âelon le nôtre , selon le caprice qui nous guide , selon Fintérét qui nous attire , selon Tambition qui npus pousse, selon le plaisir qui nous flatte : surtout je ne dis pas qu'il nous sera fidèle dans ces occasions dangereuses oti la seule passion nous conduit , et où la seule passion nous retient. Car de quelle fidélité nous peut-fl être redevable , lorsqu'il né nous a rien proipi$, c'est trop p^u , lorsqu'il nous a ipême 'expressément mcinac^ de retirer son secours, et de nous eij priver? Je dis donc seulement qu'il nous sera fidèle, quand ce sera lui qui nous aura choisis, et que nous nous conformerons à son choix ; quand ce sera lufqoi nous aura en^ Voyés, et que nous aurons ses divines volontés à exécuter; quand-ce sera lui qui nous aura appelés , et que nous ne suivrons point d'autre vocation que lasienn^. Oui, Chrétiens, c'est alors que notre Dieu nous sera fidèle, qu?il fera descendre sur nous l'abondance de sesgr'acé^^ qu'il nous éclairera de ses luihi^res, qu'il nous revêtira de sa force, qu'il nous garantira du péril ,. qu'il nous consolera dans nos peines, qu'il fera loui réussir à sa gloire et pour* notre salut : car voilà ce qu'il ne iiôus peut refuser sans blesser tout à la fois, et saibonté, et sa sagesse, et sa justice, sans manquer 'à la parole qu'il noûs^ si. solennellement donnée, et que tant d'exemples ont confirmée. Cependant observez bien encore la promesse que je vous fais de sa part, eVprenez^en bien te sens; Je ne' prétends pas qu'il fera toujours réussir les chose» selon ilos idéeq humaines , et qt^e nous n'aurons point de combats à livrer, point d'obstacles à surmonte!*, point même de mauvais succès, selon le monde, à supjjortpr. Ge'n'est point là ce .qu'il a vôuhi nous fjlire entendre, en nous assurant quil séroit avec nous^ et que nou^ pourrions toujours compter sur son as^'istq;nce.

Mais je prétends''quë , soit que hôs entreprise^ succèdent sçlon nos vues, ou qu'elles ecbo.uent, soit que nous soyops dans l'estime publique ou dans le mépris, qiiôi qu'il arrive ,* îl saùrJa lîrèr de tout sa gloife, et fajre tout servir* à notre avancement et à notre sanctificanbp; mats une telle. fidélité de lapart dé Dieu n'est pas ce que nous demandons.. Nous vt)udrio(is qu'il nous fiit fidèle ftour nous élever, pour noçs distinguer, pogr nous faire en totit pàlrotire avec éclat. La moindre difficulté qpi nous arrête , ta moindre (Ji^ace qui nous

humilie, le moindre rev«rs qui nops dérvige , c'est assez pour troubler ROtre foi, et pour nous faÏFe ac(;iiser la prondence du Seigneur. $ le aainl patriarebe .dont je fais l'éloffe en eût jugécomme nous, il (^1 bienlAt abandouié f ouvrage quH avoit entrepris et commencé ; i^ejkl cru devoir cëder à tint dorage) et i de bî rudes lempëtes dont i(sevit assailli : mais an phisforideiapçisécuiion, il espéra, comme Abraham, coniro fesperaoc* même ; car il savoit qne Dieu a des voles, secrètes qu'il n'est pas obUgé de nous rérëler, et que quand il paroft. l» plus éfoi^B^ de nous, c'est souvent alors qui] en est plus près. Agissons <i(uic avec ctwfiaaee ; et, sûrs que, Dieu nous sera fidèle comme à tgqam, aoyoBs ■ous-mémes, comme Ignace, fidèles à Dieu : c^est le sujet d« la secotade partie.

Saint P^nl écrivant aux Goriniliiens leur fiait en peii de paroles le pwtrait e( l'éloge d'un hom'me aposioKque , quand il leur dit qnç c'est le ministre de Jésus-Christ et le disp< Bteu : Sic no» exittimet honto ui minisiroi m^teriomm Bà (f . (',or.,i). Or vous save granit apAtre, qi>C| lorsqu'il s'agit d'un di ebose qn'on attend de tiii, c'est la fidélité

fu<rriMr tR|cr dtipnuatorei, m jïcte/ij quh inveniotur (Ibid.). Selon qu'ila fjus on moins été fîtièle, nous le jugeons plus ou moins dîgçç de louanges, et' des réccmipenses attachées à son ministère. Prenons BOOit-m^DMS oéne règle, me» chers aii<fil«urs, pour nous former une Juste idée du mérite et de la gloire de saint Ignace. Il fut appelé à ceueexcellenie fonction dé-ministre du Dieu vivant, pourladéfensede l'Église et pour le tihil des peuples.

Voyons donc si, dans la discussion de s^ vie , il se trouvera tel que le veut saint PauU QU plutôt que Dïen lui-même le demandoit : Ut fide&t qtàs imeTtiatur. Car K ne suffisoil pas que Dieu parât fidèle envers lui, il làHoilqu'il répondit à Dieu, qu'il remplît la vocâtioit de Dieu , et qu'il Mt ainsi fidèle à Dieu. Fidélité tellement nécessaire, que Dieu, tout puissant qu'il est, n'en pouvoit faire sans cela un parbit minisire de l'Ëvangiïe : comprenez , s'il vous plaît , nia pensée. Dieu sans celaen pouvoit faire un prophète et un hommede prodiges : c'est-à-dire que Dien sa^s cela pouvoit Ini donner la Connoissance cje favenir, «t lui ^ire voir dans le futur les événements les plus éloignés, qs'il a vus en effet, et prédits plusd'unefbis; queDieû pouvoit le rendre i«rribleaux démoii;^ qu'il a inis en fuite d'une seule parole et (chassés des corps; que Dieu poUVoit répa^ntb'e sur son visage ana splendeur toute miraculeuse , et semblabje \ celle des bienheureux, état oà saint PhiHppedeîtéri lémoi^na l'avoir aperçu ; que Dt^u pouvoit lut conférer la grlice des guénsons, qu'il a souvent o[>ér^, pendant sa vie , et qu'il op4re encore a^rès sa mort ;' enfiQ qu^é D^ii

pouvoit loi commuDiquer même la vertu et le pouvoir de ressusciter leà morts ; témoiu celui de Barcdone , dopt il est parlé dans la bulle de sa canonisatioa. Pour toijt cela , il ne Moit que la seule âdélité de Dieu, parcequ' Ignace proprement ne contribuoit en rien à tout cela ; mais tous ces avantages et toutéis ces grâces n'étoient point assez pour former un ouvrier, évangéliqûe» et un digne ministre du Seigneur. Illtti fallojt quelque chosç de plus : et quoi? Ah! Chrétiens,. il falloit surtout que ce fût un homme mort à lui-même , un homme crucifié au monde et à sa chair ; un homme zélé pour h gloire de Dieu, et prêt à tout entreprendre et à tout sacrifier pour elle; un homme à qui le salut des aines fût plus cher que toutes les choses de la terre , que son repos , que sa santé , que sa vie même. YoHà comment la fidélité du serviteur devoit seconder la fidélité du maître qui Teipployoit, et comment elle Ta secondée en effeC. J'en ai les prepveSy que je tire de l'histoire de ce grand Saint» et que je vous prie de bien écouter. . .

En quoi consaiste le vrai caractère d'un ministre et d'un dispensateur fidèle?.Ën deux choses, répond saint Jean Chrysostome, interprétant les paroles' de saint Paul , savoir : dans le soin qu'il prend c d'acquérir toutes les dispositions que requiert son ministère , et de s*én rendre capable , c'est la première; et dans le zèle^ qu'il fait parolire à s^acquiiter de son ministère» et à ne rien épargner pour en remplir toute la mesure , c'est la* seconde. Quiconque- en use de la sorte tlans radministrationdes.dons de la grâce qui liii ont été confiés, peut être regardé comnoe un véritabfe dispensateur de lamaisou de Dieu. Or. si cela est , j'ose dire que jamais homme ne mérita ce\te éminente et glorieuse qualité avec plus de justice ^qu'Ignace de Loyola ; et en le disant , j*e n'avance rien dont il ne me soît aisé de vpus faire convenir avec moi. Voiis l' allez voir.

Car, pour commencer d'abord par le soin qu'il eut de se disposer à son ministère , que ne fit-il point pt)ur se mettre en état de suivre la vocation de Dieu, et pour devenir 4iq sujet propre à la conversion des âmes et à leuir sanctification? G'étoit un homme du monde, un homme tel que je l'ai d'abord représenté, sans nulle teinture des lettres et sans nulle autre science que celle des armes : mais au moment qu'il a com* pris à quoi Dieu le destine , que conclut-il ? que dit-il ? Vous le voulez , Seigneur , et j'y conseas. Mais avant toutes choses , il faut donc faire de moi un homme nouveau ; il faut cesser d'jêtre tout ce que je suis, afin de pouvoir être tout ce que vpus prétendez que. je sois ; car quelle apparence que je puisse servir à vos adorables desseins', en demeurant ce que j'ai été? il faut donc ep qpelque sorte me détruire moi-même; puisque cela de se peut que par de viçTents combats contre moi-même, que par iine mortification continuelle, que par une parfaite abnégation , (^est par-là que je vais entrer dans la sainte carfière oir vous m'appelez, 'tels furent les sentiments d'Ignace, telle

fut sa résolution ; et tous savez > Gbrëtiens, comment il l'exécuta. Le suivrons-nous à Manrèze, et dans cette grotte devenue si fameuse par sa pénitence? faut-il vous dire quelle vie il y mena , quelles aus* térités il y pratiqua, quelles abstinences et quels jeânes il y observa? c'est ce que vous avez entendu cent fois , et ce que vous ne pouvez ignorer^ Vous savez où le porta une sainte haine de lui-même ; qu'il ne voulut point d'auire nourriture que le pain et Peau » ni d'autre lit que kl terre; que les disciplines sanglantes et réitérées chaque jour jusqu'à trois fois furent ses exercices les plus ordinaires ; qu'il fit du diice son vêtement ; que, par un stratagème particulier et nouveau , pour repousser les attaques de rennemi qui le troubloit y et pour calmer les peines intérieures qui lui déchirotent cruellement Tame , i( refusa à son corps, durant huit jours entiers» tout soulagement et tout aliment; que, dans cette guerre si vive et si animée qu'il déclara à ses fiens , toute sa prudence consista à ne point écouter la prudence humaine; que par-là*il se réduisit bientôt dans la dernière foiblesse , et qiie dès^lors il sembla prendre pour maxime , non pas de vivre » mais d*endurer une longue et perpéluçlle mort! \oilà , dis-je » de quoi Vous êtes suffisamment instruits.

Mais encore / pourquoi tantde rigueurs? Si vous me le demandez, Cfaréiiens, je vous réponds toujours quecë fut par un double motif de fidélité envers Dieu et de fidélité envers le prochain. Je dis de fidélité envers Dieu, parjcbqu'il ne crut "pas pouvoir travailler efficacement à l'édification de TÉglisede-Pieu , s'il ne commençoit par sa propre destruction, de ménfie que ces Ninivites^ à qui Jouas prêcha avec tant de succès la pénitence. Souffrez que j*applique ici cette figure. Le prophète leur annonça qu'après quarante jours leur ville seroit renversée dé fond en comble : AdhUc quadragînta dies^ et Ninive subvertetur (Jon., 3). G^tte parole s'aceomplit-«lle? ne s'accomplit-elle pas? EUene s^accomplit passelon la fettre, disent lesPèreset les interprètes, puisque Ninive subsista toiïjours : niais dans un sens plus spirituel et plus relevé, ajoutent-ils, ell0 se vérifia , puisqu au temps marqué par le prophète, lesNinivites se reconntirent, $é convëï*tii*ent, changèrent de moeurs, de coutumes, de vie, en sorte qu'on put direque ce n'étoit plue^ désormais l'ancienne Ninive, mais une autre élevée sur les ruines de la première ; tant la faccf des choses parut différente. C'est ainsi que je m^ figure Ignace sortant de Manrèze, après avoir consumé dans lefea de lapins sévère mortification tous les restes dti monde , de la chair, du péché ; et se présentant ^ Dieu pour lui dire, avec la même confiance qu'Isaïe : Eccèego, mitte me (Tsàt.*, 6) : Me voilà prêt main tenataf , Seigneur, -à recevoir vos; ordres ; vOns cherchez un homme qui les publie et qui vous fasse connoitre, envoyez-nM)i. Je ne suis plas cet Ignace autrefois l'esclavç du monde et de la vanité ; tout ce que j'étois est mort dans ma personne , et je ne pense qu'à vous obéir : Eccè ego, nUtte me* Fidélité donc envers Dieu; et je dis déplus, fidélité

ewersfeprocbaio. Cars» ce saint pénitent seménag^easi peu, c*est qu'il coAçut que, ppi^r Ëûre quelques prog;rès auprès des ^mes dont Dieu voi^oit ûii confier la conduite, il falloir qu*il fut impitoyable envers luim^joie; que sans cette sévéritë; pour lui-même, il seroit incapable de pprterlepoidsdu ministère évangélique, d'en soutenir le travail etad' en suj^fnpnter les difQci^ltés ; que s'il ne mouroit à lui-même, il n'anrort jpoais auprès des peuples ce crédit si nécessaire pour s'insinuer dans le^rs esprits, et pour ks persuader ; et que dès qu'ils remarqueroient en lui quelqi^e recherche de lui-même, ils perdroient toute créance eq ses paroles , et ne s'aU^heroienc qu'à ses exemples : principes bien contraires à eei^x de, ces prétendus zélés qu'on a vus de toul ten^ps dans le chrisiiaiiisn^ , et qui , voulant s'ériger en maîtres absolus des consciences,^ ont étai>U^ poup foiitlement dieteur conduite, ta sévérité envers les aytre^ et l'indulgence envers eux-mêmes; apôtres de ta pénitence pour 1^ préqheç, et ses déserteurs quand il a été question de la pratiquer; e^^ei^^ déclarés d^une vie commode, lorsqu'il a ftiHu seulement I4 cpinbattr^ dans une pompeuse morale , mais attachés à tpules les commodités <A9 la vie lorsqu'il s'est agi de les prendre el de se les procurer; bjppcrites pl^arisiens, contre qui le .Sauveur du monde s'est tant élevé et qu'il a si; bien marqués dans FÉvang^le, en disant que tout leur zèle s^ tèrmincul; à charger le^rs frères de fardeaux lourds et; àiocablants., 'tandis qu'ils ne voulment pas même les toucher du dp^g;t.

Cependant une verttU sans lumière H sans connoi^sance ne stffiit pas 4 tiu homme apostolique : il doit être édairé^, puisqu'il doit instruire les autres; et si son zèle n'est conduit par la science, fût-il tfai^ leurs le plus puq et le plus ^dent , c'est un^zèle dangereux, et qui peut donner eu mille écueils. Que fera donc Ign^i^e, et désormais estil en état d'entreprendre ^^s études^ peu soriables à son âge, et de s'avancer dans lessciepcçs, dont il ignore jttsques.9ux preniiers éiér ments? Àh ! Chré.tiens, laissons agir sa fidélité : elle est htimble, eH^ çst g:énéi:çus|e i5t cons|;ante, c'est assez;' tout lui conviendra. Elle fera passer cet; bP^i^^ 4<^ trente -trois ans par tous, les degrés; çll<^ lé réduira dans la poussûère d'une classe, au rang des enfanjts ; eue le soumettra à 1^ discipline d'un maître; eHe lui donnera toute la patience et ^)utelafermeté qu'il fautpour dévorer ledpreHirères épines de la grammaire, et pour en supporter tous les dégoûts. Que |e consulte là-dessus certain/^ esprits forts Hu siècle; que ^a-ce, à les çntendçe parler; ei selpp leurs id^es mondaines ^ qu'une telle résolution? ce sera foib^esse, ce sera bassesse d'ame, ce sera folie. Mais ndôi, j^e prétiçadjs que, jainais Iglaace né fit rieapotu* I>Jeu de phis héro!qne et de plus grs^nd : ppn^rquoi? parceque jamais' il n'eut plos de violence à se faire pour réprimer tous les sentiments humains, et pour vaincre toutes Ibs répugi^dnces de la nature ; jci bien diâérent did son adoj^^j^i^ iÇAitV^* !9r.s <Rê09(B quil tro^vâiltoit h peuvofa* un jour Fimite^.

Jësus-Christ encore enfant s'assit an milieu des docteurs dans le temple de Jérosaiem ; et Ignace, cet homme drija formé, est assv» parmi des eDfait|^ dans une école pubtique. Jéaus-Ghrist s*élevs| aurdessus de son âge pour enseigner, et Ignace s'abaisse au-dessous du sien pour recevoir des enseignements. Jésus-Cbrist dans sa douzième année fit la fonction de docteur^ et Ignace à trente-trois ans prend ki qualité; de disciple. Les scribes et les pharliiens furent dans rétonnenlent'de voir la sainte assurance d^ Jésus-Christ ; et tout ce qu*it y a dans Bur* œlone de gens sensés et raisonnables, est ravi d*admiration en yoytnt b docilité d'Ignace. Quelle différence, n»es chers auditeurs » et tonU ensemble quel rapport entre Tuiii et l'autre , puisque l'un et l'autre* n'eurent en vue que de s'employer aux affisiires de Dieuet de lui té» moîgner leurfidéÛtéf iVescte^ofM quta tn'lm qum Patrie mèisuntopffr'' tet me esse (Luc., â], . . . •

Ce fut cette métoe fidélité qui attira Ig^ace dans Paris , powç y reprendre avec une ardeur toute nouvelle te cours de ses éttt(ies; q# lui en fit essuyer tous les ennuis, toutes les fatigues, toutes les humir tiatioBs ; et qui dans >'extréme et volontaire pauvreté qu'il avqit choisie comme sen plus cher héritage, ^t ^opvÙ ressentoit toutes les incommodités , rengagea à se retirer dans im hdpital , à mendier lii^ même son pain de porte en porte, ii s^ dégrader selon le monde , et à se mettre dans la vile condition de vatet, suivant l'exemple de son Sauveur ; Fonnum >6rt;t dccipïén^ (P&ili{»«,'3). Quel«étac pour m» homme jusque là distingué, et par suii^alssance, etpar seseihpbi8& Mais que nous importe, dit-il , à quelle Oondilion nous nous trouViona réduits , quand oest pour ravaneeUaeiH^de la {(loire <fe Eiieù , et poun ^accomplissement d^ ses éternelles et suprêmes yplôiités?,goyen8 pa»< vres y soyons dépendants, soyons esclaves, soyons dans'- le fungp'le plus abject et le plus bas^ poncvu que Dieu soii parwià hpnor^ e$ le prochain sanctifié. Et poarquoi ne m'en c^ûteroî^ilpas autan); peun me former, à la milice du ciel , qu'il m-'eii a. ooàté poiu^ me sigMl^n dans criledela lerre? tA^ ne m'a- rebutjé., lorsqu'il a été quésâoçi d'acquérir la stiehoe des armes ,\ en dois-je iJ»c»n$ faire pour anqnéoir la sd^ace du satut? Touché de ces sentiments, il r^oubl^ ses soÛM et son attention ; la moindre négligence qui. lui échappe est pou« lui un crime ciu'il se reproche amèrement , et .deirt il se punit rigoureux sèment. D*eu le soutient, il te bénit ; çt voiei la merveille que QOUAne pouvons assez admirer. C'est que ce zélé discipte , todt discîpla qu'il est , commence i devenir maître. Déjà inspiré d'en.haut etdirigé par l'esprit dé Dieu^ri^K^t^ les premiers fondeitients de cette compsign^e dont il devOk ^tre l'îns^iileiir et le pèi^ Déjà dans .l'uoinieraitié de Parfs il 3* aissbciç n^uiPcoBfq^gnons , illustres par kes talents de leqr esprit et par lei|r savoir , mais plus iftustrês encore par leur pfété et par leur 2ète..:i)pns lé seiu' de notre France et dans- la capîiafe ^ ce royaume , Ign^ lève d^ -ees troupes afuxîtj^ines ipia Bîti» résewoit

à son Église « et qui d'année en année croissant tojujours, et grossies de toutes parus, dévoient se répandredans toutes les parties du monde» Car permette:&-ffloi de le remarquer ici , c*est à notre Framce que le monde chrétien est redevable de ce secours ; c*est là qu'Ignace s'est instruit; là que sa sainteté s'est élevée, s'est perfectionnée, s'est con«* sommée ; là qu'il s'est tracé le plan de sa compagnie , et qu'il a trouvé de dignes sujets pour le seconder et la fairo naître ; là que de concert, et portes du même zèle , fls .se sont tous dévoués à la gloire du Seigneur et au service des âmes ; de là enfin qu'ils sont sortis pour aller se présenter au souverain pontife, et pour mettre la main à l'œuvre de Dieu qu'ils avoient méditée. Aussi le glorieux fondateur de la Compagnie de Jésus recqnnut-il toujours dans la suite qu'il devoit tout à la France, la regardant comme son berceau, ou, pour mieux dire, la regardant comilie sa mère*, et s'appliquant à. lui erivoyer des ouvriers qui pussent l'acquitter envers elle, et lui rendre en quelque sorte ce qu'il en avoit reçu.

Mais revenons, et disons que si saint Ignace a fait paroitre une pleine fidélité en se préparant à son ministère, il n'a pas moins dignement rempli Tautre devoir d/un parfait dispensateur, en travaillant sous les ordres du maîirequi l'avoit appelé, et selon la forme que Jésus-Christ même lui avoit tracée. Vous savez,.Chrétietts, que la^loire est unbienpropredeDjeu,et qui n'appartient qu'à Dieu. II nous abandonne louteslesautres chosesfjusqu'àsagraee, dit saint Angustin; mais pour la gloire ,c'estjson fojsdç, et im fonds inaliénable : il ne là cède à personne; et s'il y a 'quelque bien qu'il puisse attendre de la part des hommes, et' en partioolier de ses ministres , c'jest celui-là. Yoilt poarqaoi le Fils de Dieii disoit ^e lui-même qu'il étoit venu sur la terre pour y ckerchèt , non passa gloire, mais celle de son Père; que c'était l'unique Çn de sa; mission, et l'unique Qn de la mission de ses apAms.: Non quœrQ ponton meam. (JÔan., B). Et parceque cette gloire de Dieu consisCe- en partie à être connu des hommes , à en être adoréiet aimé, c'est pour c^n que ce même Sauveur ajoiîtoit qu'il ëtoît venu pour là^con versiqu^es pécheurs eit la réparation du monde : Pfon sum niissus, nist ad ovesquœ perierunt (Matth.,'16); et qu'il n'avoit choisi ^es apôtres que pour être les coopérateurs de ce grand OQvrage : Posui vo8uteali8,etfimclum afferatis [Jokv^t-hSj.

Or, ceci posé , mes chers auditeiu*s,. voulez- vous juger de la fidélité d'Ignace danç l'exécution des desseins de Dieu ^ur lui? voyez quelle fut l'ardeur et l'étendue ée sOn zèle pour-T^ gloire divine et pour le salut dés âmes. Quel vaste champ s^vre devant nmoi , et ce qui me reste de temps peut-il suffire à une si al^ndantcj pdadère? Pttis-je voiis mai*quef mille traits partiàuliers ? puis-je vo'us dire' tout ee qu'Ignace aentrepris , tout ce qu'il a fait^ tout cequ'il a souffert , non senleflWBt pour la gloir» (jb Oîeu^nUMs pour Ja pk^ grande gloire dç pîeu ; et non seulement pour le saliit de ^ frères, mais pour leur

POUR LA FÊTE DE SAiNT IGNACE JDE LOYOU. Sl55

plus hante perfection ? Je ne vous le représenterai point dans cet étang à demi glacé , où il se plongea lui-même jusqu'au cou , s'estimant heureux de pouvoir, par cet étrange stratagème , arrêter un seul péché , et retenir par ce Spectacle un malheureiix que son libertinage portoit vers Tobjet criminel de sa passion. Je ne vous parlerai ni de ses ferventes prédications et des fruits merveilleux qu'elles produisirent, ni de ses soins auprès des malades^, pour sauver leurs âmes , encore plus que pour soulager leurs côips]; ni de ses pénibles voyages, tantôt pour courir au secours d'un fugitif qu'il eût pu poursuivre sdon les I(ms d'une rigoureuse justice, et qu'il assista selon l'esprit de la plus pure charité ; tantôt pour visiter (es saints lieux / et pour réparef la gloire de son maître là où elle avoit été et où elle étoit tou^ les jours si outrageusement blessée ; tantôt pour parcoiu*ir les villes et les bourgades , et pour répandre partout la bonne odeur de Jésus-Christ.. Je ne vous dvhi rien des saints établissements qu'il Institua , et des maisons qu'il bâtit pour être consacrées à la pénitence, se souvenant que son SauveD^ n'avoit pas exclu du royaume céleste les femme§ perdues, et qu'elles pouvoient autant glorifier Dieu dans leur retraite qu'elles Favoient dé^onoré dans leur péché. Tout cela , et bien d*ai|tres preuves de sa fidélité et de son zèle, je les laisse; car ce dëiaîl serœt infini. Je m'attache à un fait plus général , mais aussi plus éclatant , et par où je conclus ce discours.

Cest, Chrétiens, cette institution d'une compaf^nie dont l'uniqtie fin est la gloire de Dieu et le salut du prochain; dont tous les sujets ne doivent servir qu'à la gloire de Dieu et au salut du prochain; dont toutes les vues , tous lés intérêts , toutes les fonctions , tous les travaux ne doivent tendre qu'à la gloire de Dieu et au salut du prochain : d'une compagnie. qui, sans se renfermer dans l'enceinte d'une province ou d'un' empire , doit annoncer la gloire de Dieu et son saint nom dans tout l'univers^ Euntes in mundum universum (Harc.^ -16) , doit prêcher l'Évangile à tous les peuples sans distinction d'âge, depuis les enfants jusques aux plus avancés, sans distinction de qualités et d'états , depuis les plus pauvres et les plus petits jusques aux plus riches et aux plus grands, Prœdicate Evangeliumomni ereaUcrcs : d'une compagnie qui, sans se bornera un moyen plutôt cm'à Tantre, lait profession d'embrasser tous les moyens de glorifier D\e\i et de sanctifier leâ âmes : les écoles publiqiies el l'instruction de la jeunesse, la connoissance des lettres et divines et humaines , le ministère dé la sainte parole, la direction des consciences., les.assemblées de piété, les missions et les retraites : d'une compagnie qui , pour se dégager de tout autre intérêt que celui de Dieu et des âmes qu'it a rachetée;S de son sang, renonpe solennellement à tout salake et à toute dignité; qui, pour être plusétroitementliée ait service de l'Église de Dieu , s'engage parubvœu'exprèsàs'employerpartoutôùles ordresdu souverain pontifeet du vicairede Jésus-Christ la destineront, fallût-il pour cela s'ex-

ââï t>OlJR LÀ FÎl'E DE SAINT IGNACE DE LOYOLA.

poser à toutes les misères de la pâ^uvreté , à toutes lés r^ueurs de k captivité, à toutes les horreurs de la ii|ori : d'une compagaie qui, pw la miséricorde du Seigneur et par la force toute .puissante de son brali,

Eerpétuée de siècle en siècle et toujours anknëe du même esprit , à i place des ouvriers qu'elle perd, en doit substituer d^autres {)oiir leur succéder, ^pMT hériter de leur zèle^ pour cultiver lesniêmes moissons, poir sôutenfrles mêmes fatigues,, pour essuyer les mêmes périls , poar éombaitre lés mêmes ennemis et avec les mêmer amies ,

Jour reihporter Ie$ piiêmes victoires, oupour faire, de leurréputaiioo, e leur repos, de leur vie , les mêmes sacrifices. Aidé de la çrace, et en^ suivant toute Tinf^pression , après avoir conçu et médité le dessein d^ cette compagnie , l'avoir ensuite conduit avec autant de sagesse fue de constance et de force, l'avoir ei&écu té aiiec«iitcèsetf>orté én^B à toute sa perfection, dites- moi| Chrétiens , ii ce n'est pas avdr été âdèleà Dieu,non -seulement comme ces boi^s serviteurs dèrÉ vaogile, en àe petites choses, in modîco.^(ie/i« (Luc., 19), mais dans une des plas âiffîcîles et des plus grandes entreprisies?

Or voilà ce qu*a fait saint Ignace de Loyola. Je ne dis pas , voilà ce quHl s'est proposé, voilà ce qu'il a ébauché, voilà oe<}u'il a commencé; mais je dis : Voilà ce qu'il a lui-même achevé , ec ce qu'il a lui-même consommé, et à quoi-lui-mênèe il -a mis (a d^nière numi. C'est lui qui , par la ferveurde «es prières , par l'abondance des lumières divines , par TéléYatioa et la vaste étendue d on génie supérieur , par la droiture et la profondeur de ses r^exions, par l'ioyiacible fermeté et la grandeur de son courage , a formé l'idée de cet institut, en a dicté toutes.les règles, en â marqué tputes les fonctiois, en a levé toutes les difficultés, en a réuni toutea les parties , en a cprhpOsétout le corps , d'à noprri , l'a fortifié, l'a faii agir jusqH'aux extrémités de la terre. Dire do^c d'Ignace qu'il a été le fondateur de lâ compagme de Jésus , c'est faire en un mot l'élo^ oomplet de sa fidélité envers Dieu',, et par conséquent envers le prochain : icar c'est vous donner à entendre que, non content de glorifier Bie^a ^r luimén^ , il Ta glorifié par tant de missionnaires envoyés au-delà des mers et aux nations les plus reculées , pour y publier rÉyangiie et y détruire l'mfidélitéi qu'il l'a glorifié par tant de prédicateurs employés • auprès des'fiKJèles pour leur enseigner leurs devoirs et les retirer de leurs désordres; qu'il Ta glorifie par tant de savants hommes consumés de veilfes et d études , pour confondre 1 hei*ésie et pour .défendre ia religion ; qu'il l'a glorifié par tant de martyrs- exposés aux glaives , iaux feux, iaux croix, aux tourments les plus. cruels, pour l'honneur de la foi , et pour &ignér de leur sang le témoignage qu'ils lui renvoient; qu'il IJa glori^é d'un pôle du monde à Taulre j où il a eu la consolation de voir les membres die sa compagnie s'étendre pour la conquête des âmes et l'accroissement du royaume de Jésus-Christ. Ce n'est pas assez : et pourquoi n'ajouterois-je pas qu'il le glorifie

eooore, non seuleinent dans te ciel oii Dieu a conremé ses travaux , mais dans toute Fenceiiite de cel univers^ où ses enfants, sous sa conduite et par son. esprit, travaillent à maintenir Touvrage de leur père, et y consacreot tous leurs soins ? Car ce que saint Paul a dit en. parlant d*Âbel , et de roffraude qu'il présenta à Dieu pour rhonorer , Je puis bien ici l'appliquer au saint instituteur dont je fins V4i6fje » €t à la pompaguie qu'il a laissées après lui^ comlkie la dépositaire de ses sentiments, et rhéritière des grâces dont il fat si abondamment pourvu: ËtpetiUam defunctus adhiic loquitwr {tiebr.j ^ 4 ). Oui ^ Mes diers ^aditeurs , jc'est par elle qu'Ignace ^ tout' mort qn'it est, parle encoi^, et fait retentir sa voix dans toute la terré; c est par elle q^a'il distrtbae le pain d'une saioe doctrine aux enfants de la maison dn Père câes. te; c'est par elle qu'il va^ à travei^s les tempêtes et les orages , au milieu des bois et dans le fond des déserts « cberdiet* les brebis égarées d'Israël, et les appeler; c'est par elle qu'il dirige lantd'ames saints, qu'il touche tant de pécheurs, quil convainc tant d facréiiques, €t qu'il éclaire tant d'idol&tres. Pardonnez-moi , Chrétiens , et permetièz-moi de rendre aujourd'hui œ témoignage à une compagnie dont je rêcobngis avoir tout rtçii, et à qui je cài'ûis devoir teut$ témoignajge fondé stfr «nef codioissanoe certaine de la droiture de aes intentions et de la pureté de son lèhe, malgré tout ce que {a calomnie a prétendu lût imputer, et les noires côuleiu^s dont elle a tâché de la défigorer et de hi ternir% An reste, quand je mVxpliquede la sorte, ce n'est point à l'avantage des enfonts que je lé fais , ni pour les relever , mais nniquement pour rdever le père , ou plutôt pour relever la g'oirede Dieu, i qui les enlants, copime le père, doivent tout rapporter. No», Messieurs^ vous un nous devez rien, si vous le voulez; et si vous nous deviez quetquecfaose, je vous diroîs tout le contraire de ce quedisoit saint Ambit>ise après la mort du grand Théodose , dont il faisoit ('éloge funèbre. Il montroit les deux héritiers de l'empereur , présents à cette eéiiémoaie; et s'adressant au peuple, ils'écrioit : ReddUe filiis quod debeHspaîH (AuBR.).: Rendez aux enfants ce que vous devez au père. Je renverserois la proposition, et, vous représentant Ignace, je m'écrierois : Redditeipairiquoddebetis fiim : Ce que vous croyez devoir aux enlants, rendez-le au père. Car c'e;»t au père, que tout esidâ, puisque les enfants n'agissent que par les règles que !e père leur a'.prescriies, que par l'esprit qu'Ù l^ur a inspiré , <{u'avec lès moyens qu'il leur a fournis. Je dirois encore mieux : Tout ce que vous pouvez devoir soit au père, soit a&x enfants, rendez-le à Dieu ; car c'est à Dieu, et à Dieu seul, le principe de tout, qdc tout honneur appartient.

Ainsi vous parlerois-je : maïs j'ai quelque chose à vous dire qui vous touche de plus près , et à quoi il vous est encore plus important de fiiire une sérieuse attention. Car ce quia fait, mon cher auditeur, toute la sainteté d'Ignace, et ce qui l'a élevé à une si haute perfection, c'est d*avoir été fidèle à Dieu. Pourquoi n'étes-vous pas saint conoune

lui, et poarquoi même li'étes-vous rien moins que saint? Examinons quelle est la cause de cette différence. D'où vient qu'Ignace fut un homme de Dieu, e^que vous êtes un homme du monde ; qu'il n*eut de pensées que poiA*^Dieu9 et que vous n*en avez que pour le monde ; quMl ne cessa point de glorifier Dieu, et que vous ne cessez point de l'outrager? Remontons à la source. Est-ce que Dieu ne veut pas tirer de vous sa 'gloire? est-ce qu'il ne vous appelle pas à la sainteté de votre état? est-ce qu'il vous refuse les graées et les moyens nécessaires pour y parvenir? Peut-être vous le persuadez- vous, et peut-être ain^ez-vous à vous entretenir dans cette fausse persuasiop, pour avoir lieu de vous autoriser dans le relâchém^'t et dans le dérèglement où vous vivez. Mais c'est une erreur dont il faut aujourd'hui vous détromper. Je vous l'ai dit, et jçle répète : dans quelque état que vous vous trouviez par les ordres de la Providence^ vous devez et vous pouvez vous y sanctifier; vous le devez, puisque c'est votre- vocation; et vous le pouvez, puisqu'en conséquence de cette vocation, Dieu vous offre son secours, et est toujours prêt à vous le donner.. Hais si Dieu vous est fidèle comme il le fut à Ignace, êtes-vous, comme Ignace , fi<}èle à Dieu? Yoii^ voulez que Dieu fosse tout, et qu'il ne vous en coûte rien. Mais saint Ignace s'est fondé sur une maxime bien opposée, savoir, qii&ne pouvant rien faire sans Dieu, il* n'étoit pas d*une moindre nécessité pour lui de faire tout avec Dieu. Voilà le principe ()ut l'a fait agir, et le mal est que vous prenez toute une autre règle.Cejgrand Saint a sa distinguer entre la grâce et l'action, la grâce qui nous prévient de la part de Dieu, et Fajction qui la suit de notre part; etilii conclu que ce n'étoit pas la première, mais la seconde qui nous sanctifioit, et que la * première sans la seconde étoit même le sujet de notre condamnation : au lieu que vous confondez Tune et l'autre, au lieu que vous attendez ,tout de Tune sans prendre soin d'y ajouter l'antre, croyant volontiers que la grâce de Dieu suffit , et vous mettant peu en peine d'y répondre^ Ah ! Chrétiens, n'oubliez jamais cette importante vérité , qu'on ne peut trop vous imprimer dans l'esprit : je veux dire que , comme vous ne pouvez vous sauver sans Dieu, Dieu jamais ne vous sauvera sans vous ; que comme vous ne pouvez vous sanctifier sans Dieu , jamais Dieu ne vous sanctifiera sans vous ; et que de même qu'il y a une fidélité ,de Dieu envers Thomoie à'quoi Dieu ne manque jamais , il y a une fidélité de l'homme envers Dieu à quoi vous ne devez jamais' manquer, afiji que vous puissiez un jour entendra de la bouche de votre juge cette consolante parole : Venez, bon serviteur, serviteiir fidèle; parceque vous m'avez été fidèle , entrez dans la joie du Seigneur et dans son royaume éternel, où nous conduise, etc.

POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME DES ANGES. 257 SERMON POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME DES ANGES.

SUR l'iMDULGENCE de PORTIUIfCULE.

isU pauper damMU, ei DomiMMs exaudMi emm.

Ce pauvre a prié, et le Seigneur Tt eiaaoé. Psaume ixuii. •

Si jamais cette parole du prophète s*est accomplie , n*ést*ce pas , Chrétiens , à Tégard du glorieux patriarche saint François d'Assise , et dans la concession de Tindulgence dont nous célébrons aujourd'hui h solennité? Il pria, ce pauvre évangélique : dans cette fameuse apparition où le Sauveur du mopde , accompagné de Marie sa mère » se fit voir à lui » et sans réserve lui promit , comme à Salomon , de tout accorder à sa prière , il ne demanda ni la grandeur ni la fortune humaine; il oublia même, ce semble , ses propres intérêts, et ne pensa qu'à ceux des fidèles pour qui il obtint une rémission entière et une pleine indulgence, toutes les fois qu'avec les dispositions requises^ et à certain jour marqué, ils visiteroient cette église de Portiuncule, dédiée à la reine du ciel, et d'où il adressoit à Dieu sa demande. Une prière si chrétienne et si sainte ne pouvoit être rejetée. Marie la seconda , Jésus-Christ l'écouta. François eut la consolation d*avoir procuré aux plus grands pécheurs une des grâces les plus précieuses , et une des plus promptes et des plus infaillibles ressources contre les vengeances divines et les châtiments dont ils étoient menacés. Ainsi, mes chers auditeurs, pour vous proposer d'abord le dessein de ce discours , nous avons à considérer, d'une part, saint François qui prie, d'auire part, la mère de Dieu qui intercède , et enfin Jésus-Christ qui accorde. François qui prie, et pour qui? pour les pécheurs ; c e^t ce que je vous ferai voir dans la première partie : Marie qqi intercède, et en faveur de qui? pour François, dont dleappiiie auprès de son Fils l'humble et fervente prière ; c'est ce que je vous représenterai dans la seconde partie : Jésus-Christ qui accorde , et quoi ? l'indulgence la plus générale et la plus complète ; ce sera le sujet de la troisième partie. Ce n'est point encore assez ; mais je reprends, et je £iis trois propositions |4qs eiépresses et plus particulières ; car je dis : François pria pour les pécheurs; et je prétends que, par le mérite de sa personne, il fut digne d'être exaucé : première proposition. Marie intercéda pour François, et j'avance qu'elle y fut engagée par les plus puissants motife : seconde proposition. Jésus-Christ , en faveur de l'un et de l'autre, accorda l'indulgence que nous pouvons tous ici nous appliquer, et je sou» tiens que c'est un des dons de Dieu les plus estimables : dernière pro* positiqp. Il s'agit de nous-mêmes. Chrétiens; il s'agit de notre avantage le plus essœtiel : que iaut-il de plus pour vous intéresser et pour soutenir votre attention, après que nous aurons salué Marie, en lui disant : Ave Maria?

258 POUR Ui FÊT£ D£ N0TRË-D4ME DES ANGES.

PREMIÈRE PARTIEé

Je me figure d'abord , Chréliens , François prosterné dans le sanctuaire comme un autre SalopiQjfi, Qt levant les main$ pour faire à Dieu la même demande que ce monarque , lorsqu'il dédia le temple de Jérusalem. Orantes in loco isto^ exatuU eo9 m eœhj et (Umitte peccata iervorum ttiorum (3. Reg,^ 8) : Seigneur, dit cet homme séraphique dont je parle,faites grâce à votre peuple, et pardonnez les péchas à tous ceux qui vous invoqueront en ce saint lieu. Car c'est aio^i que François pria, et je dis qu'il fut digne d'être exaucé : pourquoi? e$t-ce en général parcequ'il étoit saint ? cela suffiroit pour justifier t^^ proposition, car la foi m'apprend qu'il n'y a rien de plus puissant auprès de Djoo que la sainteté; et quelle merveille que Dieu écoute un Saint qui le prie e|^

Jiui l'aime aussi ardemment que celui-ci, puisque,' selon rjÈcritare , il ait la volonté de ceux qui le craignent? Si la craint^ de Dieu, dit saint Augustin , a tant de pouvoir auprès de Dieu , que sera-ce de son amour? Si hœc timeniibus, quidamanlibus (August.)? Mais le sujet que je traite demande quelque chose de plus particulier; et, sans m'en tenir à cette raison, je prétends que saint François mérita d'être exaucé par trois admirables qualités qui lui ont été personnelles, et qui lui ont gagné le cœur de Dieu : 1" parceque c'étoit up pauvre volontaire; y pârceqUe c'étoit un pauvre crucifié ; 3** parceque c'étoit un pauvre désintéressé pour lui-même et zélé pour le prochain ; trois titres qui durent singulièrement relever devant Dieu la personne de François d'Assise et le mérite de sa prière : examinons-les.

C'est un pauvre, et un pauvre volontaire, un pauvre évangélique qui s'adresse à Dieu : ah! Chrétiens, en fâut-il davantage pour lui faire trouver grâce, et pour lui rendre Dieu favorable? Dieii qui, sekm le texte sacré , h'aitend pas que les pauvres le prient ; qui se plait à écouter jusqu'à leurs simples desir^ , Desiderium pàuperum exffudwit Dominus ( Fsalm, 9 ) ; qui pour eux a l'oreille si attentive et si délicate, qu'il entend même la simple préparation de leur cqaur, Prccpa* rationem cordts corum audivit aurU tua (Ibid.) ; et qiii fait tout cda, dit saint Chryàostoaîe, pour honorer la pauvreté, comment n'y anroitil pas égard dans un homme tel que François, oî^ ^lle se préseoioavee tous ses avantages, et tout ce qui la peut rendra plq^ pr^ieose aux yeux du Seigneur? Car, prenez garde, quand saint François priei c*est un pauvre, mais ce n'est pas un pauvre ordinaire; c'es^ ce pauvre par excellence que Dieu fit voir à David lorsqu'il voulut \m découvrir toute la perfection de la loi de grâce : htepawperciamwit, et Dom* nui exaudivït-eum. Oui , le voilà ce pauvre, htepaupitr, ce pauvre, après Jésus-Christ, le plus grand amateur et Tobservateur Je plus exact et le plus sévère de la pauvreté de l'Évangile, Iste patiper, œ pauvre à-qui Dieu dit comme à Salomon, Postula quod vu, u$ dem tibi (5. Reg., 3), Regarde^ et de toutes les choses du moade, dttDand»

POUR LA F£T£ D£ NOTRfi-BABiE JO» ANGES. Wè

moi celle que ta veux» afin que je te la donne ; maia qoi ne trouve rien de meilleur pour lui ni de plus digne de son choix» que la pauvreté; qui lui donne la préférence sur tout le reste, et la veut avoir seule pour partage : en cela plus heureux que Saiopion quand ce prince choisit la sagesse, parceque la sagesse de Salomoh ne renfermoit pat en elle la pauvreté de François , au lieu que la pauvreté de François contient éminemment la sagesse de Salomon, puisque la souveraine sagesse est d'être pauvre, avec Jésus-Christ et comme Jésus-Christ. Ute pauptr^ ce pauvre qui a fait à Dieu une répons toute différente de celle de Salomon, et qui ne dit pas : Seigneur, ne me donnez ni les richesses, ni la pauvreté , MendickaUm et cUvUias ne dederis mihi ( Prot;., 30 ) ; mais qui dit, tout au contraire : Seigneur, préservez-moi des richesses coauue du poison le plus mortel, et donnez-moi pour héritage l$i pauvreté. Ce sera mon plus précieux trésor, et j*en ferai toutes mes délices. C'est sur elle que je bâtirai des église^ sans nombre ; c'est elle qui servira de pierre fondamentale ai4 saint ordre dont il vous a plu de m*inspirer le dessein : je la laisserai par testament à ceux qui me suivront ; elle leur tiendra lieu de fonds, de patrimoine, de subsistance, et ils la garderont comme le plus honorable et le plus noble partage qu'ils puissent recevoir de moi. Iste pauper, ce pauvre, en effet, instituteur d'un ordre que nous pouvons appeler l'ordre des lévites de la uouvelle loi : pourquoi cela? parceque le» lévites composoient cette tribu d'Israël à qui Dieu n'avoitdolmé nulle possession dans la terre promise, et dont il voulut être lui-même le seul bien, et, pour parler avec l'Écriture , l'uniqu^ possession : Non habuit, Levi partem^ , neque possessionem^ quia ipse Domnw posseisio ejue est [Deuf.^ 10). Belle figure. Chrétiens, de l'ordre de saint François, qui le premier, entre les ordres religieux, a eu (a gloire de ne pouvoir rien posséder ; qui s'est réservé ce renoncement universel comme une de ses plus singulièrea prérogatives, et à qui l'Église l'a confirmée dans les conciles généraux au même temps qu'elle Tôtoit aux autres. Ceux-ci font profession d'être pauvres, mais pauvres dans le particulier , quoiqu'en commun ils soient capables d'acquérir et d'avoir en piropre : François, et dans le commun et dans le particulier, veut être privé de toute propriété , afin que la parole du Prophète royal puisse mieux se vérifier en lui : Iste pauper clanuwit^ et Dominns exaudivit eum*

Aussi, Chrétiens, comment Dieu eût-il pu se défendre de la prière d'un homme qui lui disoit avec la méipe confiance que les $ipôtres : Seigneur» j'ai quitté tout, et je me suis réduit pour vous à l'état d'une pauvreté qui n'a point encore été vue ni pratiquée dans le monde? J'ai engagé des milliers d'hommes à l'embrasser comme moi. Voyez, mon Dieu, quelle .grâce vous voulez nous accorder : Eccè nos reliquimus omnia et secuii swntis te; quid ergo erit no6ts(MATTH., 19) ? Yoiis nous offrez la vie éternelle, U nous l'acceptons ; mais souvenez-vous, Seigneur, que vous nous l'ayez déjà promise par d'autres titres. Vous

nous parlez d'un centuple sur la terre, nous ne vous le demandons point; et j*ose vous dire, an nom de tous mes frères et en mon nom, que nous n'y prétendons rien. Vous chercherez donc, d mon Dieu, dans les trésors de votre miséricorde, quelque autre grâce plus conforme à réiat de vie où vous nous avez appelés ; et puisque vous voulez bien que je vous explique sift* cela mes desseins , ah ! Seigneur, pardonnez à ce peuple, et accordez à tous ceux qui viendront ici vous invoquer l'entière rémission de leurs péchés. Voilà ce que je voudrois obtenir de vous par le mérite de la pauvreté que je vous ai vouée. Je dis , mon Dieu , par le mérite de cette pauvreté , non point parceque c'est la mienne, mais parceque c'est la vôtre , et qu'ayant été d'abord consacrée dans votre humanité sainte, vous daignez bien encore la considérer dans la personne de votre serviteur. Ainsi, mes chers auditeurs, François est-il exaucé parcequ'il est pauvre , Iste paûper clamavit; et la pauvreté , l'objet du mépris des hommes , est ce qui fait son crédit auprès de Dieu : Et Dominus exaudivit eum.

Je dis plus : non seulement c'est un pauvre qui prie par la bouche de saint François, mais c'est un pauvre crucifié, c'est-à-dire un pauvre attaché à la croix de Jésus-Christ pour y vivre, comme Jésus-Christ y fut attaché pour mourir; un pauvre qui eut droit de prendre la devise de saint Paul , Christo confixus sum cruci ( Galat.y 2), et qui put dire de lui-même avec plus ele fondement que cet apôtre : Ego autem stigmata Domini Jesu in corporemeo porto (Ga/af., 6), puisqu'il porta réellement sur son corps les sacrés stigmates de son maître. Il est vrai, quand saiiit François pria pour obtenir Tindulgence qui fait le sujet de cette fête , il ne portoit pas encore visiblement ces glorieuses cicatrices ; mais nous apprenons de son histoire qu'elles lui avoient déjà été imprimées par une action divine et imérieure ; elfes ne paroissoient pas encore aux yeux des hommes, comme elles parurent dans la suite des années; mais Dieu les voyoit, Chrétienà : et de quels sentiments dut-il être touché à l'égard d'un homme en qui il découvroit des traits si marqués çt une si parfaite image de son Fils? Que cette pensée m'ouvre un grand champ, et que n'ai-je tout le loisir de m'y étendre î Pourquoi Jésus-Christ, après sa résurrection, voulut- il conserver les vestiges de ses blessures? les Pères en ont rapporté bien des raisons ; mais la plus solide , à ce qu'il me paroit , et la plus vraie , c'est celle qu'en donne saint Jean Chrysostome : car le Fils de Dieu, dit-il, dévoit prier pour nous dans le ciel, et, selon la parole de saint Jean, plaider iui-raême noire 'cause en qualité d'avocat et de médiateur; et voilà pourquoi il voulut toujours garder les cicatrices de ses ]|)IaicSy quoiqu'elles fussent en apparence si peu convenabîf s à l'état de sa gloire, parcequ'il savoit que rien n'étoic plus propre à fléchir en notre faveur la justice de son Père, que de pouvoir sans cesse lui présenter le prix de notre rédemption. Appliquons ceci, mes ^ers auditeurs. François devoit être un jour l'intercesseur de tout le genre humain; il

avoit à demander une rémission générale pour les pécheurs , et c'est de quoi il s'acquitte aujourd'hui : mais pour cda il lui falloit un crédit pariiculier auprès de Dieu ; et' que fait le Sauveur du monde? il lui imprime ses stigmates, il lui ouvre le côté» il lui perce les mains et les pieds» il en fait un homme crucifie» afin que Dieu» considérant François» si je puis parler de la sorte» comme un autre Jésus-Christ» se trouve en quelque façon obligé de déférer à sa prière pour le respect de la divine persoiane qu*il représente : Et Dominui exaudmt eum. Hé quoi ! mes frères» disoit saint Paul dans sa seconde Épttre aux Corinthiens , si la loi de Dieu » écrite sur le marbre » mérita tant de respect» que les enfants dlsraël n'osoient jeter les yeux sur Moïse quand il rapporta de la montagne» combien plus en mérjte-t-elle» maintenant qu elle est gravée dans nos cœurs ! Je dis de même des stigmates de saint François : si l'image du crucifix» seulement exprimée sur la pierre ou sur Tairain » est si vénérable dans notre religion que nous nous prosternons devant elle » qu'elle rempUt les démons de terreur et que les anges la révèrent» que ne lui est-il pas dû lorsqu'elle est. formée sur la chair des Saints » sur une chair consacrée par toutes les pratiques de la plus austère pénitence» sur une chair revêtue de toute la mortification de l'Homme-Dieu?

Car, prenez garde» Chrétiens» François n'a pas seulement porté sur son corps les stigmates de Jésus-Christ» mais il a porté» et sur son corps et dam son oœur» ce qu'ils figuroient, je veux dire hi mortification de Jésus-Christ. En effet» rausiérité de vie gu il embrassa » les jeûnes contmuels qu'il observa» le sac et le cilice dont il se chargea » les veilles et les travaux infatigables auxquels il se dévoua » les rigueurs de la pauvreté qu'il éprouva; le renoncement général » je ne dis pas aux plaisirs» mais aux simples commodités et aux besoins» à quoi il se condamna ; la loi indispensable de châtier son corps et de le réduire en servitude» qu'il s'imposa; la règle là plus mortifiante» et pour les sens et pour l'esprit» à laquelle il s'obligea ; le& deux maximes qu'il se proposa et l'exactitude infinie avec laquelle il les pratiqua» l'une» de se considérer lui-même comme son plus grand ennemi et de se faire ensuite la guerre la plus cruelle» quoique la plus sainte» l'autre, de traiter sa chair comme une victime de péniteiice et d'en être le sacrificateur (pensée dont il liit toujours pénétré , et en conséquence de laquelle il sembla n'être au monde que pour travailler . à sa propre destruction et à son propre anéantissement) : tout cela montre bien que cet ange de ia terre» que cet homme séraphique ne se regardoit que comme un homme crucifié au monde » et à qui le monde étoit crucifié : Mihi mundus crueiftscus est » et ego mtindo ( Galat., 6). En voulez-vous éire plus sensiblement convaincus? voyez ses enfatits» les imitateurs de sa vie et les héritiers de son esprit. C'est pour votre édification » et Dieu veuille que ce ne soit pas pour votre confusion » que saint François les a formés » qu'il les a élevés, et que Dieu nous les

propose , et nous dottne dans eux l'idée la plas Jtiste de ce crueifiement ëvanf^éliqne. Aîlleulv on parie de la croix , ailleurs on en fait de beaux discoars, ailleurs on en affecte les dehors, ailleurs on s'en pare M on s'en glorifie ; mais dans les maisons de saint François on la porte en esprit et en mérite. Cest dans les successeurs de ce grand Saint que Dieu conserve les (Prémices, ou, si vous voulez, les restes de cet esprit de^ pénitence par où TÉglise doit être sanctifiée ; et tout mondains que nous sommes, pouvons-nous voir ces hommes détachés d'eux-mêmes, sans rougir de nos sensualités et de nos délicatesses? Si Tiniquitë et le relàcbçment du siècle n'empêche pas qu'ils ne soient tels que nous les voyons , que devons-nous penser de leur glorieux patriarche; et, tébioins de la sainteté des enfants, quel jugement devons-nous Cadre de celle du père?

Ah! Chrétiens, voilà le fond essentiel et capital du mérite de saint François, la croix de Jésus-Ghrist.Il s'en est chargé, et il l'a portée toote sa vie. Dans cet état, il s'est présenté à Dieu, il a poussé vers lecidan cri accompagné de larmes, Cùm elamare vàlido et Uicrymis (Hebr.^ 5) ; n'étoît^l pas de la gloire du Sauveur que le serviteur fût exaucé en eette occasion par les mérites du maître? Et Donânus exaudivit eum.

D*autant plus qu'en portant la. croix , ce ne fut pas tant pour ses propres péchés que François fit pénitence et' qu'il pria , que pour les péchés des autres ; et de là suit la troisième qualité qui dut rendre sa prière plus efficace auprès de Dieu. J'ai dit que c'étoit un pamre évangéISque et un pauvre crucifié; c'est beaucoup; mais voici quelque chose encore de plus : c'est un pauvre désintéressé et zélé tout ensemble ; désintéressé pour lui-même , zélé pour le prochain : voilà ce qui iait le comble de son mérite. Car pour qui demande-t*il? pour sa personne? pour celle de ses enfants? pour la conservation de son ordre et des maisons qu'il vient d'établir? Non , Chrétiens , il ne pense point à tout cela ; son zèle, plus pur que la ftamme, cherche ailleurs à se répandre ; et se souvenant que Jésus-Christ ne s'est fait pauvre qu'afin de se mettre dans un état où il eât droit de demander pour nous, il vent que sa pauvreté ait le même avantage. Pour qui donc prie-t-il? pour tous le» pécheurs, dont il souhaite ardemment le salut, et pour qili il voudroit, comme saint Paul, être aoathèroe; pour les Justes, qu'il aime avec tendresse, et qu'il porte tous dans les entrailles de sa charité ; pour l'Église , dont il conjure le ciel de sanctifier tous les membres; pour vous et pour moi, qui n'étions pas encore, mais h qui néanmoins il appliquoit déjà par avance lé fruit de la prière. Ouï, c'est pour nous que François , aussi bien que JësuSp-Chrîst, s'est fait pauvre; Proptervos egenm factm est (2. Cor.^ 8) ; et c'est pour nous qu'il interpose aujourd'hui le crédit de sa pauvreté. Rien pour moi , Seigneur, dit-il à Dieu, mais tout pour votre peuple* Vous me ilutes trop de biens ; mais ce peuple à besoin de votre miséricorde. Oubliez François , et jetez les yeux sur ces âmes engagées dans le péché. Il

POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME DË9 ANGES. S63 s'agit pour eilea d'un pardon, mais d'un pardon entier qui leur remette avec l'oftense tonte )a peine. C'est ainsi que je voqb le demande , 6 taoB Dieu ! et c'est ainsi (fue tous me l'accorderez. Quelle merveille , Dies chers auditeurs, qu'un pauvre l'empressé de la sorte pour d'autres nécessites que les siennes! Quand nn pauvre demande pour luimême , on l'écoute par compassion ; mais quand il demande pour on autre, on le regarde avec admiration : priant pour soi , il esi exaucé en con^ératim de sa misère; mais priant pour autrui, on l'exauce en Vuâ du ffiérite de sa personne. C'est donc pour cela que Dieu s'est rendu à l'humble supplteation de François; c'est, dîs-Je, parceque c'étoit Un pauvre volontaire , un pauvre crucîSé , et un pauvre désintéressé r Itte pauper clamavit, et Dominus exattdivit eum.

Tirons de là poDr nous , en concluant cette première partie , quelques iDstrnctlons Importantes. VodIfz-vous savoir pourquoi vos prières ont si peu de pouvoir auprès de Dieu ? c'est que voits n'avez nulle des qualités que je viens de vous représenter dans cet homme séraphique dont je feis l'éloge, que vous n'éies pas pauvres comme lai, que vous n'êtes pas crucifiés comme lui , es pas zélés

comme lui. Qnand je dis, mon cher âuditeui les pas pau-

vre , i^ ne veux pas dire que vous sores d et dans J'a-

boadance de tOdteS choses : car peut-être é re en effet ;

mais vous De luttes p^s cortime saint Fran^ i? parceque

saint Èrasçois a aimé sa pauvreté, et que vou nir la vAtrC;

paroeque saint PniDçois a Fui les richesses , et que vous les t^berçbez tvec passion ; parecqoesaintFrairçois taisoitconsislersonbonheur à être

Kovre , et que vons regardez cet état comme le souverain malheur, m , Chrétieus , ne pensez pas que ce soit , dans les règles du christianisme, l'indigence on la possession des biens qui f^sseilt la vraie distinetion des pauvres et des riches. An milien de votre pauvreté, peut-être êtes- vons devant Dieu dans le même rabg que le mauvais riche de l'Évangile : et quaud votre maison seroit remplie de trésors , avec tons vos trésors vous pourriei être aussi pauvres que saint François. Si je prétends que vous ne l'êtes pas, ce n'est point précisément parceque vous possédez les biens de la terre ; mais parcequ'en les possédant, vous vous en laissez posséder vous-mêmes; mais parcequ'au UfeQ d'en être les maîtres, vous en êtes les esclaves; mais parceque vous ne croyez jamais eO avoir assez ; mais part eque votre cœur y est attaché plàs qu'à Dieu ; mais parcequ'îl n'y a rien que vous ne sacrifiiez tous les jours à cette malheureuse convoitise qui vous briîle, Uui, voilà pourquoi je vous dis que vous n'êtes pas pauvres comme saint François. Or j'ajoute, et c'est une conséquence infaillible et tirée des {wincipes de la foi, que jamais vous n'aurez droit d' être exaucés de Dieu , si vous s'entrec en participation de cette sainte pauvreté. Car il faut vons souvenir que Dieu n'est pas riche indifFéremment pour tout le monde, mais seulement pour les pauvres évangéliques ; ^ne sa

Sm POUR U FËTË DE NOTRE-DAHLE DES ANGES:

grâce est d'uae qualité à ne pouvoir se répandre que dans une ame vide de tout le reste ; qu'elle ressemble à cette huile du prophète Elisée, qui s'arrétoit dès que les vaisseaux ëtoient remplis ; et que plus vous aurez le cœur plein des faux biens du siècle, moins vous serez (;apable-s de recevoir les dons de Dieu. De plus, mon cher auditeur, aussi sensuel que vous l'êtes , aussi adonne à vos plaisirs , aussi sujet à une vie molle, et aussi ennemi de la mortification chrétienne, comment pouveE-vousfoireagréer vos vœuxà Dieu? François n'est exaucé que parcequ'il porte l'image de la croix : mais quel caractère en avez^vous? où sont les marques de voire pénitence? à quoi Dieu peut-il recoan<»tre dans toute votre personne quelque vestige de la passion de son Fils? Si vous n'aviez pour modèle que ce Dieu crucifie, vous me diriei que c'est un Dieu, et qu'il est trop au-dessus de vou^ pour pouvoir vous formersur lui ; mais voici un homme crucifié, jedis un hommeseulement homme, un homme tel. que vous et de même nature que vous : quelle excuse pouvez-vous alléguer contre cet exemple ? Enfin, trop intéressés pour jiOQS - mêmes et pour des avantages purement humains , nous ne p lutres, dont nous sommes souvent char-

gés devan as devons repondre à.Dieu. ^ulle cha-

rité , nul i 1. François a voulu laire pénitence pour

lous les pi A s'immoler mille fois lui-même pour le

salut de u f étoit disposé; et je puis bien lui appli-

quer ce q de Josias : Ipte est directiu divaiiliis tu

pœnileniiam gentU [Eccle»,,i9). Mais quelle part preoez- vous; soit aux besoins spirituels, soit^ux besoins même temporels de vos frères? et tandis que vous êtes si insensibles pour eux, devez-vous être surpris que Dieu ferme poiu- vous les trésors de sa miséricorde? Avançons. Au même temps que François pria pour les pécheurs , Marie intercéda pour François , et j'ajoute qu'elle y fut engagée par les plus puissants motifs , comme je vais vous le montrer dans U seconde partie.

DBinCliHB PARTIE.

Deux grands motits engagèrent la mère de Dieu à intercéder pour François d'Assise, et à lui obtenir l'indulgence qu'il demandoit : motif de piété maternelle, et, si je l'ose dire, motif d'intérêt propre : motif de piété maternelle par rapport à saint François , c'est le premier ; motif d'intérêt propre par rapport à elle-même, c'est le second. Renouvelez, s'il vous plaît, votre attention, Chrétiens, et apprenez combien cette reine du ciel est favorable à ses enfants, et quel soin elle prend de ceux qui la servent et qui se font un devoir de l'honorer.

Je dis, motif d'une piété maternelle : et pourquoi? Ne le savezvoiu pas, mes chers auditeurs, et ignorez-vous lâ profession solennelle et authentique que fit d'abord François d'appartenir spécialement à MfirJe çn se dévouant à die, et la choisissant pour chef de son ordre ?

ne vous a-t-on pas dit cent fois quelle alliance il contracta avec elle, coimnent il entra dans son adoption, comment il la prit pour sa mère, cooHnent il ne voulut point d'autre demeure qu'une pauvre cabane, et combien il la chérit , seulement parcequ'elle étoit dédiée à Tauguste Vierge dont le nom lui fut toujours si .vénérable et les intérêts si pré< cteux ; comment il se tint trop honoré et trop heureux d'avoir conçu là , pour ainsi parler, et enfanté le saint ordre dont il fut l'instituteur, d'en avoir jeté les fondements sur un sol que possédoit Marie, si je puis encore user de cette expression, en qualité de propriétaire? Voiià les vues que se propoj^a ce glorieux patriarche , lorsque avec tous ses enfants il se retira à Portiuncuie. G'étoit une maison déserte et ruinée ; et c'est pour cela même qu'elle lui plut,,parcequ'eile étoit plus conforme à ia pauvreté qu'il embrassoit ; c'étoit une maison étroite et abandonnée , et c'est pour cela même qu'elle lui parut digne de son choix, parcequ'elle marquoit mieux lé caractère de rhumilite évangélique dont il faisoit profession ; mais surtout il l'agréa, parceque c'étoit une maison consacrée à sa puissante protectrice. Dès que François l'aperçut, il en fut charmé ; et s'adressant à ses compagnons : Ah ! mes frères, leur di t^il, voilà )a terre de bénédiction que Dieunousa promise, voilà le lieu de mon repos : Hase requies mea in scBcutum <(eculi ( Psalnu 4?1 ). Il est vrai, c'est une maison dénuée de tout ; mais souvenoos-DOus que nous serons les domestiques de la reine du monde. Pour moi, ajouta cet homme séraphique , j'aime mieux cette petite portion du domaiae de Marie, que les royaumes et les empires des princes du siècle ; et puisque nous allons entrer en possession de son héritage , il n*y a point de grâces que nous ne puissions attendre dit ciel. Ainsi pari ^ François , et c'est avec de tels sentiments qu'il éuiblit ses frères dans ce lieu de sainteté, qui fut comme le berceau d'un des plus florissants ordres de TÉglise : car c'est de là que sont sortis tant d'apôtres, de martyrs, de saints confesseurs; tant d'évéques, de cardinaux , et même de souverains pontifes ; *tant de prédicateurs de l'Évangile, de docteurs, de théologiens, consommés dans la science de Dieu ; tant d*hommes illustrais, dont la mémoire , comme celle du Juste, sera éternelle. C'est là que Marie les a formés ; là qu'elle leur a donné le lait de cette éminente et saine doctrine dont ils ont été remplis ; là que, par une fécondité virginale, elle lés a «multipliés pour les répandre ensuite jusqu'aux extrémités de la terre. Or revenons , Chrétiens , et dites-moi ; Marie , la mère de cette famille spirituelle , et le chef de cette maison, n'étoit-elle pas engagée à contribuer de tout son pouvoir aux insignes faveurs dont il plaisoit à Dieu de la combler ? Puisque Portiuncuie étoit le berceau où elle nourrissoit et elle élevoit une si nombreuse multitude d'enfants en Jésus-Christ , sa piété ne la portoit-elle pas à y faire descendre toutes les grâces* et toutes les bénédictions divines : et quand François , ce fidèle et zélé serviteur, udressoit au ciel sa prière , et une telle prière , la mère de Dieu ne de-

266 POUR LA f ETE DE NOTRE-DAME DES ANGES.

Yoit-elle pas sentir ses entraîiks ëmiies , et prier elle-même avec lui et pour lui? . ,

N'eu doutons point, mes chers auditeurs, tandis que François et Cette troupe de disciples qui l'accompagnent , prosternés devant Faute! du Seigneur, prient sur la terre, Marie dans le ciel, prosternée devant le trAne de son Fils> lui présente elle-même leurâ vœux. Elle les reconnott pour ses enfants, et que dit-elle à ce Dieu Sauveur? ce que lui-même il dit à son Père , en lui montrant et lui recommandant ses apôtres : Serva eos in nomine tno quos dedistimihi ( Joan. , 17) : Voilà mes enfants, et me voilà, Seigneur, avec eux en votre présence. Ils sont à vous , et ils sont à moi. Us sont à vous , parceque vous les avez attirés par votre grâce , et que vous les dirigez par vos exemples , que vous les avez remplis de iotre esprit ; et ils sont à moi parceque vous me les avez donnes , et c\tte c'est de vous-même que leur est venu le dessein de s'appuyer auprès de vous de mon nom, et de se ranger sous ma conduite. Or, comme mère , puis-je les oublier? et comibe mon Fils, que pouvez-vous me refuser ?Sert;a eos in nomine tuo quos dedisti rnihi. Non , Chrétiens , rien ne lui sera refusé à cette mère toute puissante, surtout quand c'est pour François qu'elle intercède; et die ne peut rien refuser elle-même, surtout lorsque c'est François qui rinvoque et qui l'appelleà son secours; Rien, dis-je, ne lui sera refusée cette médiatrice ; et elle sera écoulée, d'autant plus que c'est en faveur de François qu'elle prie. Si c'étoit un pécheur couvert de crimes, si c'étoit Un mondain plongé dans le plaisir et lié pàr'de criininelles habitudeS; Marie, en s'intéressant pour lui, trouveroit même alors un accès fevorable, etauroit encore de quoi se faire entendra. Les grâces de conversion , et les grâces les plus efficaces et les plus précieuses, lui pourroient être accordées. Qu'est-ce donc quand c'e^ la prière d'un Juste qu'elle va offrir, la prière d'un des plus parfaits sectateurs de Jésus-Christ, la prière.d'un Saint? Et comment pourroît-ellé refuser elle-même ce que François lui demande , et être insensible à la confiance qu'il lui témoigne , puisqu'elle exauce jusques aux plus grands pécheurs, cl qu'elle leur fait tous les jours sentir les salutaires effets de sa miséricorde ? je dis plus, puisqu'outre sa piété maternelle, son intérêt même et son propre honneur l'engageoit à seconder François, et étoit un nouveau motif pour entrer dans ses vues, et pour travailler à 1rs faire heureusement et promptèment réussir?

Car de quoi s'a(;issoit-il dans la concession de cette indulgence que demandoit saint François? De sanctifier une éfjlise depuis long-temps érigée sons le nom de Marie, et sous le glorieux litre de Notre-Damedes-.\nges ; de rétablir le culte que tant de fois là reine du ciel y avoit reçu, et qui commençoit à s'abolir; de le renouveler, de le ranimer, de le rendre plus solennel et plus universel : voilà ce que François avoit entrepris. Il voyoît l'autel de sa sainte mère dans un abandon qui la déshonoroit et qui le louchoit; et combien de fois à ce specta-

de s'ëcria-t-îl : Zelm ëomùâ tuœ comedH me (Joar •» S) 1 Ah ! Vierge si Ténërable et à âîmad)le, c'est le zèle de votre ttâison qui me déyore. Puisqu'elle est à vous, il faut qu'elle soit digne de vous : Domtcm tuam éicet «atictttuifo {jPiobn. 9S) ; il dut que yons y receviez les hommages qui vous sont dus, et que tous les peuples y vieDuent en foule. Hais pour y attirer les peuples, de quel moyen se servira-t-il? serace par une vain« curiosité qu'il les engagera ? sera-ce par la magnificence et l'éclat d'un superibe et nouvd âifioe ? sera-ce par la pompe et la variété des ornements? Non » Chrétiens, on n'y verra briller ni l'argent ni l'or ; mais si les vœux de François sont accomplis , cette maison abandonna sera désormais, par un privilège particulier, et ob* tenu du Père des miséricordes , un lieu d'indulgence et de rémission. Ce sera tout ensemble , et le refuge des pécheurs, et la demeure des Saints : le refuge des pécheurs , x|ui , contrits et pénitents» y rec^ vront l'entière abolition de leurs dettes , et qui , touchés de cette espérance , s'y rendront de toutes parts ; la demeure des Saints » de ces fervents compagnons de François , dont les exemples se répandront au-dehors , gagneront les coeurs , et par un charme secret attireront aux pieds de Marie. et de son autel les Villes et les provinces. Marie doney étoit intéressée; et en priant pour saint François, elle prioit en quelque sorte pour eile-jnéme , puisqull étoit question du rétablissement d'un temple bâti sous l'invocation de son nom.

Ce n'est pas tout; mais je prétends quelle ne s'y trouvoit pas moins fortement portée par on autre intérêt encore*pius cher | car elle avott à prier en ftiveur d'un ordre religieux qui « de tous les ordres de l'Église , devoit être dans la suite des sièdes un des plus déclarés et des plus ardents défenseurs des privilèges de cette Vierge et de ses illustres prérogatives; elle avoit à lui procurer, par une reconnoissaoce anticipée , un des plus grands avantages et l'une des grâces les plus, singulières qu'il pût attendre du ciel, qui est l'indulgence de ce jour. Vous me demandez en quoi cet ordre si célèbre a feit voir son zèle pour l'honneur de la mère de Dieu ; et moi je vous demande en quoi il ne l'a pas fait parottre. Oublions tout le reste , et arrêtons-nous à un seul point qui renferme tous les autres. C'est ce samt ordre, vous le savez, mes chers auditeurs, qui le premier a fait une profession publique de i^econnottre et de soutenir l'immaculée conception de la Vierge ; c'est lui qui l'a préchée dans les chaires avec l'applaudissement des peuples , lui qui l'a défendue dans les écoles et les universités , lui qui l'a fait honorer dans le christianfsme , et célébrer par des offices approuvés du Saint-Siège. Oui, c'est à Tordre de saint François que Marie est redevable de cette gloire. Avant cet ordre sacré , il étoit permis de dire et d'enseigner que la mère de Dieu n'avoit pas été exempte elle-même de la tache originelle , qu'elle avoit eu dans sa conception le sort commun des hommes , qu'elle avoit été comme les autres à e^ moment sous l'empire du péché ; mais depuis que Fran«

çois a paru au monde» depuis que ses enfimts y sont venus, et que tant de maîtres ée sont fait entendre , ce qu'il étoit libre de pubÈer est proscrit de nos instructions et de nos prédications. L'Église ne peut plats souffrir ce langage ; elle consent qu'on relève la très pure conception de la Vierge , qu'on en. instruise les fidèles, qu'on les affermisse dans cette créance, si conforme à leur piété et si avantageuse à la mère de leur Sauveur : mais quiconque oseroit*autremeht s'expliquer en public, elle le désavoue comme un téméraire ; que dis-^je? elle le frappe de sesanathèmes les plus rigoureux , et le rejette comme un rebelle. Or dites-moi si nous devons être surpris que Marie , en vue de tout cela, ait favorisé cet ordre sérapbique d'une protection toute spéciale , et que le père ait reçu d'elle une assistante particulière, lorsqu'il lui préparoit autant de hérauts et de' zélateurs de sa gloire, qu'il devoit avoir dans la suite des âges d'héritiers et de successeurs?

Heureux , Ghréti^s,.si nous avons le même zèle pour cette sainte mère, et la même confiance en sa miséricorde ! car ce n'est point en vain qu'on l'honore , lorsqu'on l'honore de cœur et en effet ; ce n'est point en vain qu'on se confie en elle , lorsque c'e^t une confiance solide et chrétienne. Or qu'est-ce que Thonorer' de cœur et d'effet? c*est, comme François , ne s'en tenir pas à de stériles paroles , ni à'quelques prières que la bouche récite, mais faire honneur à son' service par la pureté de nos mœurs et la ferveur de nptre piété : et qu'e6t-<;é que se confier en elle solidement et chrétiennement? c'est, à l'exemple de François, ne pas tellement compter sur elle et sur son secoui^, qu'on abandonne le soin de soi-même ; mais concourir avec elle, agir avec elle, seconder sa vigilance maternelle, comme nous demandons qu'elle soutienne notre foiblesse et qu elle seconde nos efforts. Si c'-est ainsi qile nous avons recours à Marie et que nous nous dévouons à elle, il n'y a rien que nous n'en puissions espérer.. Mais que faisons-nous? Parceque nous savons qu'elle peut tout auprès de Dieu < nous nous reposons de^ tout sur sa médiation ; parceque nous avons entendu parler de tant de miracles qu'elle a opérés , nous nous promettons les mêmes faveurs , sans y apporter les mêmes dispositions ; c'est asse? que hous.soyons fidèles à quelques pratiques d'une dévotion présomptueuse et mal réglée, pour nous tenir quittes de toute autre chose. Abus, mes chers auditeurs, et erreur : ce seroit donner à la médiation de la mère plus de vertus qu'à la médiation du Fils; car Jésus- Christ même, notre souverain médiateur, avec tons ses niérites, ne nous a pas dispensés de travailler et de coopérer nous-mêmes à notre salut; et de là jugeons si c'esi une espérance bien fondée, lorsque sans rien faire , ou pour détourner les foudres du ciel , ou pour obienir ses grâces , nous nous flattons d'avoir une ressource assurée dans l'intercession de la mère de Djeu. Nous avons vu comment saint François pria pour les pécheurs, comment Marie intercéda pour saint

POUR LA FÊTE DE NOTRE-DAME DES ANGES. 269 François ; voyoDS mainienant c« que Jésuft-Chrùl accorda à la prière de l'uD et de l'autre. Se soutiens qae c'est un des dons dn ciel les plu excelleals , et je ccmclus par cette iroiuème partie.

TROISIÈliE PARTIE.

Nons avons , Chrétiens , dans noti irticles de créance

bien surprenants ; mais j'ose dire qi n la foi d'one in-

dulgence plënière n'est pas ce quidi itonner : elle nous

découvre des effeu de misériconle s ), qne, sans la ré-

vélation divine et sans l'auloriié de le pourrions soa-

raeitre nos esprits à croire us point qui passe toutes nos vues , et qui est au-dessus de toutes nos espérances. Je n'entreprends pas de pén^ tro- ces mystères de grâce, et la brièveté du temps m'oblige à les présupposer; je ne vous dirai point qu'il est prodigieux qu'un Dieu jaloux de sa ^oire et de sa justice , comme est le ndtre , s'engage à en remettre toutes les prétentions, à en céder tons les intérêts , et cela par la voie la plus courte , la plus ^isée , la plus gratuite , qui est la conces^on de l'iadulgence ; je ne m'arrêterai point à exaller le mérite et la grandeur de ce bienfait , capable d'exciter contre les hommes toute Tenvie des démons, puisqu'il est vrai qu'un pécheur, eût-il commis tons les attentats que peut imaginer une créature rebelle, eùt-îl mérité tous les tounnenls de l'enfer , dès-là qu'il gagne entièrement l'indulgence plënière, se trouve lout-à-coup pleinement quitte devant Dieu, peut se glorifier de ne devoir plus rien àlajus^cede Dieu, parolt aussi net et aussi pur aux yeux de cette souveraine majesté , que s'il sortoit des eaux du baptême ; qu'il est dans ia même disposition , pour être admis sans obstacle et sans délai à la gloire du ciel, <^ueles martyrs lorsqu'ils veooieat de répandre leur sang : et si vous, qui m'écoutez. Chrétiens, vous avez eu aujourd'hni le tx>nheur de recevoir la grâce de l'indulgence attachée à cette Église , voilà l'élat ofi vous êtes , et qui tait qne je vous considère , non plus comme des hommes pécheurs , mais comme des sujets sur qui Dieu a déployé toute sa magnificence , et Ji qui il ne manque plus que la couronne d'immortah'lé. Vaisencore une fois, n'insistons point là-dessus, et contentonsnous d'admirer la bonté divine , qui , tonchée de la prière d'un seul bommè , je dis de François d'Assise , soutenu du suffrage de Marie . condescendit h lui accorder une telle grâce pour tous les hommes : car jamais le Seigneur accorda-t-il rien de semblable à Moïse , k David, à lous les patriarches de l'ancienne loi? Moïse sollicite auprès de Dieu le pardon d'une petite troupe de criminels, et à peine l'obiient-it ; David même intercède pour un peuple innocent , et il est refusé : li'en soyons pas surpris, mes chers auditeurs. Quand Moïse et David prioienr. Dieu n'avoit pas ouvert ions ses iréîors ; c'étoient des Saints de l'ancienne loi, où la justice régnoit encore; et Jésus-Christ nous assure que, te plus petit dans la toi nouvelle devoit être plus grand

^70 POUR Là F^TE DiE NOTRE-DAHE mSS AM6E&

qu'eux. Or quel est ce plus petit? C'est Frauçob , qui lui^inéBie a choisi et foulu porter ce uom dsus le royaume de l'Église » et dom nous pouvons dire en oe sens » Quà mtnor est m regno cœlorum (Matth., 11).

Cependant, Chrétiens, pour ne vous pas renvoyer sans quelque counoissance du don inestimable qu'il reçut de Dieu> parcourons-en les prérogatives. Elles sont rares et singulières ; buûs. n'est-il pa^ étrange que la plupart les ignori^nt , lors même qu'ils prétendent en profiter ? Je vais, dans une courte exposition, vous en instruire, afin de remplir mon devoir, et que vous puissiez satisfaire au vôtre ; appliquez-vous. Je prétends que de toutes les indulgences , celle-d est une des plus assurées et des plus authentiques qu'il y ait dans l'Église : pourquoi ? parceque c'est une indulgence accordée immédiatement par Jésus-Christ, prepûer privil^quilui est particulier; parceque c'est une indulgence attestée par l^s miracles les plus certains, autre privilège qui la distingue; parceque c'est One indulgence répandue parmi tout le peuple chrétien avec un merveilleux progrès des âmes et de sensibles accroissements de piété, dernier privUége qui nous la doit rendre infiniment précieuse. Reprenons.

Indulgence immédiatement accordée par Jésus-Christ. U est vrai , le vicaire de Jésus-Christ peut accorder une indulgence; uuiis^ quelque autorité qu'il ait pour dispenser aux fidèles les dons de Dieu, l'indulgence qu'il accorde peut quelquefois n'être de nulle vertu , parcequ'elle peut manquer ou d'une cause suffisante, ou d'upe autre condition essentiellement requise : ainsi le déclare la théologie. Mais une indulgence directement et spécialement accordée par Jésus-Christ, doit être infaillible : car cet Homme-Dieu ne connoit-il pas toute l'étendue de son pouvoir, n'agit-il pas toujours selon les r^es de sa sa* gesse étemelle? et d'ailleurs, étant le maître absolu de ses grâces, n'est-il pas, dans la distribution qu'il en fait, au-dessus de toute loi, et n'en peut-il pas disposer corno^e il lui plaît? Ôr voilà le premier avantage de l'indulgence dont je parle ; ce fut Jéto-Christ en personne qui l'accorda à saint François, mais-, du reste, et c'est ce que je vous prie d'observer, en obligeant François d'en communiquer avec le souverain pontife, et de se soumettre là-dessus à son discernement et à ses lumières. Marque indubitable qu'il n'y eut rien, ni dans \s^ concession , ni dans la^ publication de cette indulgence, que de solide,, que de bien fondé , que de conforme à l'esprit de Dieu. C'est ainsi que Jésus-Christ agissoit, vivant parmi les hommes; c'est ainsi qu'après avoir guéri les iualades, il leur recommandoit de se présenter aux prêtres : Ite, o*tendite vos sacerdotibiu (Luc, 17). Dépendance de l'Église, qui fut toujours et qui est encore le caractère spécial à quoi l'on d(Ht discerner lés œuvres de Dieu; et j'aurois ici, Chrétiens, une belle occasion de vous faire remarquer l'aveuglement de nos hérétiques. Car, prenez garde, l'hérétique rejette les indulgences, et saint

POUR U F^TË DE NOTftË-DABtË DES AMGBS. a7i

François en publie ime. Sur auoi ^ fonde Thérëlique? sar ce que l'esprit de Dieu lui a révélé « dit-il ; et sur quoi se fonde çaint François? sur ce qu'il a appris et reçu de Dieu môme. Voilà de part et d'autre le même langage ; mais voyez la différence : elle est essentielle. Car l'hérétique se fonde sur un esprit de Dieu, ou plutôt sur une révélation de Diett> dont il se fait lui-même le juge , et qu'il ne veut soumettre à nul autre jugement ; en quoi il s'attribue dé pleia droit un pouvoir dont il lie peut produire aucun titre légitime; en quoi; pour ne rien dire de plus, j\ s'expose évidemment à l'erreur* puisque rien n'est plus sujet à nous tiomper, et par conséquent ne nous doit être plus suspect, que notre sens propre; et en quoi il renverse toute subordination» tout ordre, et jette le troupeau de Jéspa-» Christ dans une affreuse confusion» pufsque» ce principe une fois établi» chacun» sans égard à nulle puissance supérieure» se trouvera maître de s'attacher à ses idées, et de les suivre comme autant de vé* niés incontestables. Mais» par une règle toute contraire, l'esprit de Dieu»oo.si vous voulez» la révélation de Dieu , sur quoi s'étabUt saint François, est une révélation sûre» et hors de tout soupçon : pourquoi? parctque c'est une' révélation soumise au tribunal de l'Église , et reconnue I approuvée par toute TËglise. Quelle est donc la témérité» je devrois dire l'ei^travagance de l'hérétique , de vouloir qu'on le croie sur SÛ9 esprit» qui est un esprit particulier, et de trouver mauvais que saint François soit cru- sur le sien qui est un esprit universel?

Mais le moyen que l'esprit de François ne fût pas suivi , oomme il l'a été de tous les fidèles» après les iniracles authentiques par où Dieu lui a rendu» et à l'indulgence qu'il publioit» des témoignages si sensibles et si éclaUnts? N'attendez pas de moi que j*entre ici dans un détail de £aits que Thistoire vous apprendra» e\ dont elle conservera le souvenir jusques à la fin des siècles. Je sais qu'il y a de ces esprits mondains et prétendus forts qui » par la plus bizarre conduite» veulent des joniracles pour croire» et ne v^eulent croire nul miracle; qui , pour éviter un excès , donnent dans un autre beaucoup plus dangereux» c'est-à-dire qui, pour ne se laisser pas entraîner aux erreurs populaires par. une crédulité trop fecile » s'obstinent contre les faits les plus avérés par une incrédulité opiniâtre ;. qui ne reconnoissent ni les miracles des premiers siècles, parcequils sont trop éloignés d'eux», ni ceux de ces demies siècles, paroequ'ils sont trop près d'eux» eomme si de nos jours le bras de Dieu s'étoit raccourci; qui néanmoins voudroient d'ailleurs réduire tout au témoignage de leurs yeux» comme s'il n'y avoit rien de croyable dans le monde que ce qu'ils ont vu ou ce qu'ils voient; oomme si Dieu» pour les convaincre» devoit faire sans cesse de nouveaux prodiges,; comme s'il falloit» à un esprit droit et sage^ d'autres preuves qu'une, tradition commune» et appuyée sur la parole de tant de témoins; Non» mes chers auditeurs , ne nous pi-

quons point de cette prudence profone, si contraire à la docilité chrr^ tienne; ne croyons pas sans raison à tout esprit, r Apôtre nous en a avertis, et c'est ravis que je vous donne moi-ipéme; mais aussi, sans raison, ne nous faisons pas une maxime générale de contredire tout ce qui ne se trouve pas conforme à nos vues, et qui nous paroit hors des voies ordinaires. Quand donc oh nous parie de ces merveilles qui ne purent avoir d'autre principe que la toute-puissance de Dieu , et qui servirent à François de gages certainls pour confirmer la grâce qu'il avoit obtenue, et pour en attester la vérité ; quand on nous raconte en particulier ce qu'éprouva Tévéque d'Assise , lorsqu'au milieu de tout le peuple assemblé , sur le point de publier l'indurgence de Portiuncule, et voulant la limiter au nombre de dix années, il ne put jamais prononcer une parole, et se sentit forcé de déclarer solennellement qu'elle étoit perpétuelle ; quand on nous fait le récit de tant d'autres événements miraculeux, adorons la vertu divine qui opère de telles œuvres, et rendons à la vérité reconnue et si soUdemenl prouvée l'humble et le juste hommage de notre soumission.

Mais de quoi, mes chers auditeurs, nous devons surtout bénir le Seigneur, c'est des admirables progrès et des thxils de grâce qu'a produits dans les âmes la sainte indulgence dont je voudrois ici vous faire connoître toute la vertu ; elle s'est répandue dans toutes les parties'du monde : et qui peut dire les salutaires et heureux changements qu'elle y a opérés ? Les peuples l'ont reçue avec respect , l'ont recherchée avec ardeur, s'en sont servis pour la réformation et la sanctification de leurs mœurs. Combien de pécheurs ont profité de ce don de Dieu, non seulement pour acquitter leurs dettes passées, mais |)our se mettre en garde et se fortifier contre l'avenir, pour rompre une habitude criminelle qui les tyrannisfoit, pour éteindre le feu d'une aveugle convoitise et d'une passion sensuelle qui les brûloit , pour reprendre la voie du salut qu'ils avoient quittée, et pour y marcher avec assurance ? combien de chrétiens lâches et tièdes , au pied de l'autel où ils étoient vienus se laver dans ce bain sacré, et recueillir ce précieux trésor, se sont tout-à-coup sentis animés, excités, transportés, ont formé le dessein d'une, vie tpute nouvelle ; et de froids et indifférents qu'ils étoient, sont sortis pleins de zèle, et d'une ferveur qui les a soutenus durant tout le cours de leurs années? combien de Justes ont puisée dans cette source divine et intarissable, les plus pures lumières pour les éclairer , les plus hauts sentiments pour les élever, d'abondantes richesses qu'ils ont conservées, multipliées, fait croître au centuple pour l'éternité? Voilà ce que l'on a vu tant de fois, ce que l'on a tant de fois admiré, sur quoi tant de fois on s'est écrié : Digitus Dei est hîc {Exod,; 8) : Le doi^^t de Dieu est là. Mais aussi , Chrétiens , parcequ'il n'y a rien de si utile et de sr saint où le relâchement de notre siècle ne se soit glissé, combien d'autres ont perdu et perdent encore un talent qui leur dêvroit. être si cher, et

que le père de fomiUe leur met dans les mains pour le ïaire valoir ? c*est avec cette dernière réflexion que je vous renvoie.

Je ne parle point de ceux qui, volontairement et de gré, consentent à se priver d'un bien qu'ils cbercheroient au-delà des mers , s'ils le savoient autant estimer qu'il mérite de l'être ; gens terrestres et grossiers dans toutes leurs vues» insensibles aux intérêts de leur ame, plus avides d'un gain temporel et périssable que de teus les dons du cid et de'toutes les indulgences de l'Église. Je n'en dis rien, paroequ'ils ne sont pas ici présents pour écouter ce que je dirois. Ce qu'ils négligent maintenant sera le sujet un jour de leurs regrets; et le traitement le plus doux qu'ils puissent espérer de Dieu, c'est de gémir loog-temps dans ces flammes vengeresses où il faut expier après la mort ce que l'on n'a pas pris soin de purifier pendant la vie. Je parle donc seulement des autres^ qui, plus fidèle^ en apparence et plus vigilants, ont pris, à ce qu'il semble, les mesures convenables pour se disposer à l'indulgence qui leur est offerte. Je prétends que de ceuxlà même il y en a un tr^ grand nombre à qui elle n'est point appliquée. Hais, dites-vous, ils ont fait ce qu'ils ont cru nécessaire pour cela : on les a vus aux tribunaux de la pénitence confesser leurs péchés ; on les a vus à la table de Jésus-Christ participer aux saints mystères, et il y a lieu de penser qu'ils y sont venus en état de grâce. Tout cela est vrai, si vous le voulez, mes chers auditeurs ; et néanmoins je m'en tiens toujours à ma proposition, et je dis qu'avec toutes ces dispositions ils ne peuvent encore compter de s'être suffisamment et dignement préparés. Car il Moit renoncer pleinement au péché, c'est-à-dire il falloit renoncer non seulement au péché mortel, mais auvéniel ; non seulement à l'acte du péché, mais à toute affection au péché. S'il reste dans le cœur le moindre désir, la moindre aitache criminelle et volontaire, fussiez-vous de toutes les sociétés , eussiezvouspart à toutes les dévotions, jamais vous ne recevrez lo fruit d'une indulgence plénière. Ainsi l'enseigne toute la théologie, fondée sur ce principe de foi, que Dieu ne remet point la peine du péché, tandis que l'affection au péché persévère dans une ame. Or, disent les docteurs, l'indulgence plénière est une rémission générale de la peine due à tous les péchés : donc elle suppose que toute affection au péché, pour léger qu'il soit, ait été détruite par un renoncement total et absolu. Condition esj^entielle, et condition bien raisonnable. Car Dieu vous dit : Cessez de vouloir m'offenser, et je cesserai de vouloir vous punir : est-il rien de plus juste? Mais tout juste qu'il est , Chrétiens , qui de vous l'a fait? soyez-en juges vous-mêmes , puisqu'il n'y a que vous-mêmes qui le puissiez savoir, et qui en puissiez juger. Cepend^l^ô Inon Dieu , nous ne cesserons point de rendre à votre infinie iRéricorde de solennelles actions de grâces. Vous pourriez, au moment que nous nous séparons de vous par le. péché, nousabandonner et nous livrer à toute la rigueur d'une justice inexorable ; B. 4. 18

974 PODR LA FÊTB DB SAINT LOUIS.

mais vous nous présentez la pénitence comme un boadier pour parer à vos coups et pour les détournef. Ce n'est point assez; et parceque la pénitence, en nous réooncîliaal avec vous^ nous impose de longues et de pénibles satisEsctions, yous voulez bien enpare sur cela, Seigneur, vous relâcher de vos droits ; vous nous offrez l'indulgence, vous nous la faites annoncer par vos ministres, vous rattachez aux exercices du christianisme les plus ordinaires et les plus fticiles. Heureux, si nous entrons dans cette voie que vous nous ouvrez » et qui , au sortir de ce monde, doit nous conduire à vous, pour vous posséder éternellement ! Ainsi soitnil.

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