‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 25 sur 99 · SERMON POUR LA F£:T£ DE SAINT LOUIS , ROI D£ FRANCE · texte numérisé non relu

SERMON POUR LA F£:T£ DE SAINT LOUIS , ROI D£ FRANCE

Qu4s gimUU tni in fartibut. Dominé, quU iknUii tui ? imgnificM in êandUate, Qvà d'eatre les ^rte yqm p(Bci|; être pompané, et qui vous est seonblahle, Seisaeair • à yooi , qui êtes grand et magniSque dans votre sainteté? Livre de l'Exode , chap. xy.

C'est ain^i que parla Moïse, quand il vit Tédatan^ miracle que Dieu, par son ministère , avoit opéré en feveur des enfants d'Israël , les tirant de l'Egypte et divisant les eaux de la mer Rouge, pour tes faire passer au milieu des abîmes où leurs ennemis dévoient être submergés. Je me sera aujourd'hui de ces paroles, pour faire l'éloge d'un roi qui , par une heureuse el singulière conformité , non seulement avec Moïse , mais avec Dieu même, dont le zèle l'anîmoil , a porté jusque dans rËgypie ses armes victorieuses, s'y est rendu redoutable aax ennemis du nom chrétien, y a fait des miracles de valeur ausrî bien que de piété, pour la délivrance du peuple de Dieu. Moïse , saisi d*étonnement à la vue du prodige dont il étoit témoin , s'écrie que Dieu est magnifique dans sa sainteté , et il nous donne par-là une des plus hautes idées que nous puissions concevoir de l'exœllence de Dieu. Il ne dit pas que Dieu est magnifique dans les trésors de sa sagesse, dans les œuvres de sa puissance, dans les effets de sa miséricorde, ni dans auciin antre de ses divins attributs. Il s'arrête à ta sjûnteté. Magnificus in ianctitate;^ et nous ne devons pas en être surpris, dit saint Chrysostome, expliquant ce passage. Car la sainteté est, dans ies attributs de Dieu , ce qu'il y a de plus parfait , de plus grand , de plus adorable ; et même tous les autres attributs que Dieu possède ne sont dignes deiios adorations, que parcequ'ils sont inséparables de la sainteté. D*où il s'ensuit que la magnificence de la sainteté est en Dien, comme ta grandeur de la grandeur même, et comme la perfection de la perfection même. Itfoïse avoit donc raison de demander à Dien : Qui d*entre les forts, ô Seigneur , est sefiiblable i vous, et qui d'entre les hommes de la terre a l'avantage de participer à cette mamûfique sainteté dont vous êtes l'exemplaire et te modèle ? Qim siHbfs tui f magnificui in ianctitate. Or j'ose ici répondre en quelque iKnière à cett^ question. Car j'ai à vous produire un Saint , dans la personne duquel vous avouerez que ce caractère (selon la mesure que Dieu veut

POm LA FÊTE DE SAINT LOUIS. 17S

bien le oommuiù^uer à la créature» et lui en fiure part) a éminemiaeiit paru. C'est rinoomparable $aint Louis, dont nous célébrons la fête, et qui, par un effet de la grâce de Jésus-Cbrist, est parvenu i cette divine ressemblance : Magmfictis m scmctitate. C'a été un homme magnifiquement saint, héroïquement saint, et, si j'ose me servir de cette expression, royalement saint. Voilà tout le fond de son panégyrique, il laiknt être pour cela anssi élevé dans le monde que saint Louis : car pour nous. Chrétiens, dans la médiocrité des conditions où Dieu nous a£dt naître, ce titre ne nous convient pas. Nous pouvons bien, et nous devons être humbles dans la sainteté, fidèles dans la sainteté, sincères dans la sainteté, constants et fermes dans la sainteté ; mais il ne nous a|q>artient pas d'être magnifiques dans la sainteté. C'est le privilège des grands , quand il plaît à la Providence' d'en faire des Sainjls ; et entre ceux que Dieu a choisis pour lés sanctifier sur le trêne, c'est la louange particulière de notre Saint. Car dans les principes de la vraie religion, nous pouvons dire en quelque sorte de saint Louis ce que les Romains iddâtires disoient de leurs empereurs, qui avoient été mis au nombre des dieux : Reliqiu>s deos accejAmus, Cœsares dedimus : Pour les autres dieux de l'empire, disoient-ils, nous les avons reçus du ciel ; mais pour ceux-ci , qui étoientnos princes, le ciel les a reçus de nous. Et moi je dis : Pour les autres Saints que nous honorons dans le monde chrétien , l'Église nous les a donnés ; niais pour saint Louis , c'est la France qui Ta donné à l'Église. Nous avons donc tous, comme François, une obligation spéciale de l'honorer, et nous en avons une encore pins étroite et plus indispensable de l'imiter. Car sa sainteté , quoique royale et magnifique, ne laisse pas, conmie vous verrez, d'être, aussi bien que celle de Dieu, un exemple pour nous ; et c'est à moi de vous appliquer cet exemple, après que nous aurons demandé les grâces et les luiodières du Saint-Esprit, par l'iniercession de Marie. 4-ve Maria.

C'est un sentiment , Chrétiens, très injurieux à la Providence, de croire qu'il y ait dans le monde des conditions absolument contraires à la sainteté, ou que la saititeté par elle-même puisse avoir quelque chose d'incompatible avec les engagements de certaines conditions et de certains états, dont ii faut néanmoins reconnoitre que Dieu est l'auteur. Or, pour vous détromper d'une erreur si dangereuse, il me suffit de vous mettre devant les yeux l'exemple de saint Louis ; et voici toute la preuve de ce que je prétends* établir dans ce discours, pour votre instruction et pour l'édification de vos anies. Saint Louis a été sur la terre un grand roi et un grand Saint; on peut donc être Saint dans tous les états et dans toutes les conditions du monde : raisonnement sensible et convaincant ; car enfin s'il y avoit dans le monde une condition difficile à accorder avec la sainteté, il est évident, et vous en convenez vous-mêmes, que ce seroit la royauté. Cependant, grâces à la providence 4e notre Dieu, la royauté n'a point empêché saint Louis

de parvenir à une éminente sainteté; et la sainteté éminenteà laqoelle saint Louis est parvenu ne l'a point empêché de remplir dignement et excellemment les devoirs de la royauté. Je dis plus : ce qui a rendu saint Louis capable d'une si haute sainteté, c'est la royauté; et ce qui Ta mis en état de soutenir si honorablement la royauté , c'est la sainteté. En deux mots, saint Louis a été un grand Saint , parcequ étant né roi, il a eu le don de faire servir sa dignité à sa sainteté ; ce sera la première partie : saint Louis a été un grand roi , parcequ'il a su , en devenant Saint, faire servir sa sainteté à sa dignité ; ce sera la seconde partie. Deux vérités'dont je tirerai, pour notre consolation, deux conséquences également touchantes et édifiantes : Tune, que l'état de vie où nous sommes appelés.est donc , dans l'ordre de la prédestination éternelle, ce qui doit le plus contribuer à nous sanctifier devant Dieu; l'autre, que notre sanctification devant Dieu est donc le plus sûr et le plus efficace de tous les moyens pour nous rendre nous-mêmes, selon le monde, parfaits et irrépréhensibles dans l'état de vie où nous sommes appelés. C'est un roi qui va nous apprendre l'un et l'autre : appliquez-vous.

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