‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 27 sur 99 · PREMIER SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

PREMIER SERMON SUR L'ÉTAT RELIGIEUX

LE TRÉSOR CACHÉ DANS lA RELIGION. ,

SimUe est regnum eaUwrum thesauro aPicondUo in agro, quem "qui inwnit hofno abi" eimdU; et prœ çfauaio Ulius vaditt et vnuiU wnhtetsa quœ haffél , et emU agrum iUum,

Lerojranme des cieax est'semblable è un trésor enterré dans un champ : l'homme qui l'a troirréle cache; et, transporté de joie» H va ▼enjlre tout ce qu*fl possôde» et achète ce champ. SiniT Matthieu, cbap. un.

C'est une de ces similitudes dont Jésus*Ghrist se servoit pour expliquer le mystère du royaume de Dieu. Vous le comprenez parfaitement « âmes religieuses» qui , élevées dans l'école de ce divin maître , êtes ses fidèles disciples aussi bien que ses saintes épouses; et je puis vous appliquer aujourd'hui ce qu'il ajoutoiten parlant à ses apôtres : Voàis daium est nosse mysterium regni DH, cœteris auiem in par raboiis (Luc, 8) : Pour vous, qui êtes spirituelles et éclairées, il vous a é(é donné de discerner et de connoltre ce royaume mystérieux , que les Justes par la foi possèdent dès maintenant sur la terre. Telle est la graoe de votre éiat, et tel est le fruit de ces profondes méditations dont vous vous occupez si utilement et si saintement dans la religion : Vobis datum est. Mais pour les autres, qui sont grossières et aveugles dans les choses* de Dieu, c'est-à-dire pour les mondains, ce royaume ne leur est proposé qu'en paraboles , et ils à'en ont par là qu'une idée confuse , si le prédicateur de l'Évangile ne leur en découvre le secret. Permeitez-moi donc de m'accommoder à leur disposition; et puisqu'en vertu de mon ministère je suis redevable à tous, souffrez , mes chères sœurs}, que joignant à votre édification particulière l'instruction générale des chrétiens du siècle , qui ne sont ici assemblés que pour profiter de votre exemple , je leur fasse entendre , sous la parabole du trésor caché , ce qu'il y a de plus important dans ce royaume de Dieu , dont le Sauveur du monde nous a fait lui-même de si excellentes leçons. L'illustre vierge qui fait le sujet de cette cérémonie , et qui , par un acte héroïque de sa piété, va se dévouer pour jamais à Dieu , sera la preuve sensible et vivante de tout ce que j'avancerai. Comme elle est déjà toute pénétrée des lumières du ciel, et qu'après les saints exercices qu'elle a si dignement soutenus, nous n'avons rien pour elle à désirer, sinon qu'elle persévère dans la ferveur où nous la voyons , sans m'arrêter à l'instruire , c'est vous,

294 SUR LE TRtSOR CAjCHÊ DANS LA BELIOIOM.

hommes du siècle qui m'écoutez, que j'instruirai par elle. Par elle vous coDDoitrez la nature de ce trésor, à quoi le royaume des cienx est comparé; par elje \pi^s appreadrez où on le troi|ve, oooiment on le conserve, et à quel prix il mérite d*étre acheté. Nous avons besoin des grâces du Saint-Esprit, et, pour les obtenir, nous nous adressons à vous , glorieuse mère de mon Dieu , et nous vous disons: Ave Maria,

A prendre dans les vues de Jésiîs-CBrist la parabole que je viens de vous proposer, quel en est te sens ? €e royaume de Dieu , semblable â un trésor, selon la peii^ée de^ Pères de TÉglise , et eo psirtîcuUer de sahit Jérdme , c^est le christianisme , où Dieu , par ta miséricorde^ nous a appelés , et où sont renfermées pour nous toutes lés ricl^esses de sa grâce : Smile est regnum çodorum thesauro. L'homme heureux et prédestiné dont parle le Sauveur du monde n'e^t autre que celui même qui a trouvé ce trésor, Quem qui inverdt homo s qui a su le Bfiettre à couvert, Absconc^t; et qui s'est dépouillé de tout pour l'acquérir, Ei venditurâversa quœ habet^ et émit. Trois choses distinctement marquées dans l'Évangile , et qui vont foire le partage de ce discours; car voici tout mon dessein. Le christianisme que nous professoâ)s,et dont selon Dieu nous nous glorifions, est en effet notre trésor: mais ce trésor, avouons-le, mes chers auditeurs, ne se ironve que rarement et difficilement dans le monde; mais ce trésor est infiniment exposé, et court de grands risques dans le monde; mais, à en juger par la conduite de la plupart des hommes, on voudroit qu'il n'en coûtât rien , ou du moins qu'il en coûtât peu pour avoir ce trésor dans le monde. Au contraire , on trouve infeilliblement et sans peine ce trésor dans la religion ; on met en assurance et hors de danger ce trésor dans la religion ; et on ne ménage rien , ou plutôt on saà^ifie tout, pour posséder ce trésor dans la religion. Trois oppositions entre ta religion et le monde , que je vais développer, et d'où nous condurons que c'est donc évidemment et ^ la lettre , dans rame religieuse , que s'accomplît la parabole du trésor caché : pourquoi ? parce qu'elle a les trois avantages que demande le Fils de Dieu, et qui sont pour cela requis : je veut dire, parce qu'en quittant le monde et se consacrant à la religion , elle trouve parfaitement le christianisme, /nvenif; qu'embrassant une vie cachée, elle le met en sûreté , Abseondit ; et que, ne se réservant rien, elle l'achète au prix de toutes choses : Et vendit universa quœ kabet, et émit. Avantage , encore une fois , où consiste , par rapport à ce trésor, son bonheur, sa sagesse , son courage. Son bonheur, en ce qu'elle le trouve ; sa sagesse, en ce qu'elle le cache; son courage, en ce qu'elle abandonne tout , jusqu'à se livrer elle-même pour l'acheter. Voilà , généreuse épouse de Jésus-Christ , les trois prérogatives essentielles de votre vocation , et de quoi j'ai à vous féliciter : voilà , homme du siè-

SUR LE TRÉSOR CàCHË Dà^S LA REUGION- 299

de, par où j'eotreprends, ou de tous convertir, on de tous confondre , si Tcos me donnez nne taTorable attention.

C'est par une inspiraiioS particulière de Dieu que Job parloit autrefois , quand il ioterrogeoit toute la nature pour saToir oii étoit la sagesse , et en euel lieu de l'unirers on la pouvoit trouver : 5apientta uti mvenitttr ? ( Joe, 28. ) £t c'est par le même esprit que ce saint bonunc, après avoir inutilement cherché une chose si précieuse et si rare, Kisoit répondre les élémenls, la mer et la terre, qu'elle n'étoit point ofcez eux ni avec eux '• Abyuut dkit, Non ettinmf.ei mare lofuttHT, iVon ttt meaim (Ibid.), Il vouloit, dit saint Croire pape, nous déclarer par-là que la corruption f;énérale où étoit le monde dèslors , et oii il est epcore plus aujourd' hui , en avoit banni la sagesse j qu'il d'oi restoit plus sur la terre aucun vestige ; que , depuis que les hoBiiQes a'étoient égarés en sitivant les routes trompeuses de leurs passions criminelles, ils avoient perdu cette peine désormais la coanoissoient~rls j qu'ils » d'en avoir ouï parler, mais que, dans l'état de Le péché les avoit réduits , ils ne s'en souvenoie Perdiùo (t mort dixerunt : Atinbus aiuUvitmu un mot, qu'il n'y avoit que Dieu qui sùtoîi mais qu'absolument il falloit sortir du monde ; en découvrir les voies : Deus iautligit viam e; iiiiiu (Ibid.]. C'est ainsi ques'en expliquoit ce Juste de l'ancien TesU-

nt t qui I n'étant ni juif ni chrétieu , ne laissoit pas d'être ipspiré )ieu , pour donner aux Juifs çt aux chrétiens les plus vives idées de la religion. Or permettez moi de foire l'applicaiiou de tout ceci au • sujet que je traite ; elle vous paroltra naturelle, et même touchante : car la roi nous apprend que le christianisme est la véritable sagesse ; cette aaf^sse cachée , comme parle l'Apôtre , d^^s le mystère de l'bumitité d'un Djeu, Sajnmiiamin mt)iterioqu(eabicondila€tt{i. Cor., 2); œite sagesse que nul des mondains n'a connue , et qu'il est néanmoins si important et si nécessaire de connoîire , QuQm nemo prittcipum kuju» tcecttU coguovit (Ibid.)- ; celle sagesse dont Jésus-Christ est Yaatenr, et en comparaison de laquelle (oute la sagesaedu monde n'est que folie : Toiti , di$-je , le trésor que la foi nous présente , et qui peut seul nous enrichir. C'est le chrisiianisme pris dans la pureté de ses principes et dans la perfection de ^n être,

Uais où le trouve-t-on maintenant , ce christianisme pur et sans tache, ce christianisme tel qu'ilaparu dans son établiiisement , et que les païens mêmes ont l'évéré ; où le trouve-t-on ? Ubi mvaàiur ? Interrogeons , non plus comme Job, la mer et les éléments, mais tontes les conditions du siècle. Dans l'affreuse décadence où nous les voyons, en est-il une seule qui, rendant témoignage contre elle-

même , ne confesse de bonne foi que ce n'est plas chez elle qu'il fi^at chercher ce christianisme û Ténérable? Le monde, qui , piopremenl et à la lettre , est cet ahime d'iniquité qu'a voulu nous marquer le Saint-Ë^prit dans les paroles de Job ; le monde , aussi perverti qu'il est, n'en tomhc-l-il pas d'accord? Abysiui dUtt : Non est inme. Elle cœur <)e l'homme mondain , qui esi cetie mer orageuse, toujours dans l'agitation et le trouble que lui causent l'inquiétude et la yiolence de ses désirs , ne nous le f^it-il pas entendre? £t mare loquitw : iVon est mecum. Le dérèglement des mœurs qui croît tous les jours , et qui . n'est que trop réellement ta perdition et la mort des âmes, rm nons dit-il pas qu'il n'y a plus parmi nous qu'un vain fantôme et qu'un souvenir éloigné de cet ancien christianisme dont on nous fait eiA>re de si iiJDgnifiques éloges? Perditio et mort iGxerant : Auribits audwimta famam ejui. Parlons plus clairement et sans figure. Où est-il donc ce christianisme tant vanié et si peu pratiqué , ou , pour mieux dire, si peu connu;où est-il? C7£i infentit»-? C'est ici, mes chers audiienrs, que . sans craindre de paroitre prévenu eu faveur- de la profession que j lis rendre à Dieu la gloire qui lui appartient,

en v( le vérité dont je dé6e le monde même de ne

pas c lemandez où l'on trouve aujourd'hui ce chris-

tianii refois l'admiration même des infidèles? et

moi , i trouve dans l'état religieux , où Diea , par

■an ré de ce déluge universel et de ce d^orde-

meni uj ont inondé le reste de la terre.

Car, malgré la triste et fetale dépravation oit nous avouons avec douleur que le christianisme est insensiblement tombé , nous ne pouvons -après tout disconvenir que Dieu ne se soit réservé un peuple particulier, qui, malgré l'envie du démon, est encore à présent l'honneur du christianisme ; et qu'il n'y ait au milieu de nous des communautés d'amesélues qui, détachées de leurs corps, peuvent justement s'appliquer ces paroles de l'Apôtre : /n came imbtdanta, non sccundùmcamem mîlitamut (3: Cor., 10) : Quoique nous vivions dans la chnir, nous ne vivons point et nous ne marchons point selon la cbair. Des communautés d'ames innocentes et tout ensemble pénitentes, qui, zélées pour le Dieu qu'elles servent, lui font, aux dépens d'ellesmémes , des sacrifices continuels , puisque c'est pour lui , et pour lui seul , qu'elles se mortifient sans cesse , et qu'avec une humble confiance, elles ont droit de lui dire, aussi bien que David, Quoniant propier te mariificamur totâ die ( Psabn. 45) ; des communautés de vierges qui , séparées du monde , usent de ce monde comme n'en usant point. Qui ntuntur hoc mundo tanqtiam non utantur (1 , Cor. , 7) ; qui , remplies d'une sainte haine pour le monde , et autant éloignées du mondn, d'esprit et de cœur, qu'elles'le sont d'iniérèt et de commerce, peuvent se rendre sans présomption ce consolant témoignage, qa'elles sont crucifiées au monde , et que par la même raisdn le monde

leur est crodfié » Mlhi mundtu crucifixus est, et ego mundo (Gaiol., 6) ; qui, inseasiblés à toutes les choses périssables, sont absolument mortes à eUes-mômes » et du nombre de ceux dont il est écrit ^ Mortui esUs , et vita vestra abscomûia est eum Christo in Deo ( Coloss. , 3) , Vous êtes morts» et votre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu ; qui , uniquement occupées des choses étemelles , sont déjà spirituellement ressnscitées , et n'ont de conversation que dans le ciel , Nostra autem eanversaiw in cœlis est {Pkiâpp. , 3) ; des communautés de vierges qui y par le privilège de leur état» sont les véritables domestiques de Dieu , et ont non seulement le bonheur, mais le mérite d*étre toujours en sa présence» toujours aux pieds de ses autels, toujours dans Tex^cice de son culte, comme si elles étoient déjà, selon-i'expression de saint Paul , les concitoyennes des Saints ; car c'est à elles , comme religieuses» que conviennent smgulièrement ces deux qualités : Cives Sanetorum et(tom€<ttctDet(EpAe«.»2).yoilà, encore unefois»ceqnenous trouvons dans ces monastères» où Dieu est servi en esprit et en vérité.

Tout cela» surtout dans un sexe si délicat et si foible, nous paroît aa-dessus de l'homme. Cependant saint Paul , pour faire la juste définition de l'homme chrétien» y comprenoit tout cela. C'est-à-dire que » sékm le plan de saint Paiû » il folloit tout cela pour être chrétien; que» dans la doctrine de saint Paul, il suffîsoit d*étre chrétien , pour être indispensablement obligé à tout ce^a ; qu'à proportion de tout cela» on étoit» du temps de saint Paul , plus ou moins chrétien ; et que, supposé les saintes règles qu'établissoit saint Paul , tout cela manquant, on «n^étéit plus qu'une ombre de chrélien. Anathème à ceux et à celles qui » méprisant ces règles» voudroient accorder avec le nom de chrétien une vie mondaine » une vie sensuelle » une vie dissipée» une vie contradictoirement opposée à tout cela ! Quoi qu'il en soit , mes cheirs auditeurs , grâces à la providence de notre Dieu » nous avons la consolation de trouver encore tout cela dans le malheureux siècle 011 nous vivons » puisque» malgré sa corruption» nous y trouvons des maisons religieuses dont la ferveur constante et unanime ne nous représente pas moins que le christianisme naissant ; des ordres dont l'énûnente i»été » dont la parfaite pauvreté » dont Tinviolable régularité » dont l'angéliqûe pureté» dont l'exemplaire austérité seroient autant de mirades » si Dieu» par un autre miracle plus grand» ne les avoit même rendus communs. Or» en les rendant communs» qu'a prétendu Dieu » sinon de nous découvrir le trésor dont je parle » qui est le vrai christianisme ?

Hors de la religion » je le répète » ce trésor conçu de la sorte ne se trouve que rarement ; et k prendre même le monde dans le sens de rÉcriture » il ne s'y trouve point du tout. Car tout ce qui est dans le monde est » ou concupiscence delà chair» ou concupiscence des yeux» ou orgueil de la vie ; et y chercher autre chose que ces trois sources infectées et empoisonnées du péché » c'est non seulement ne pas con-

â98 SUR LE TRÉSOR CACHÉ DANS LA RELIGION.

nottre le inonde « mais vouloir quesaiiit Jcaa se Fait pas omoii» ((uand il a dit sans exception : Om^e quQd M in munâo c^neupiMeeHiia carim est, et concupiseentia oeularvm.^ et «iipcriiia vitœ (ioûm. » 2}» Ne cherchons donc point, dans ceqois'apjNdUe le n¥>iidet ceaprëdeu caractères du christianisme dont je viens de faire le dénonbrement : ce seroit chercher dans les ténèbres les plus épaisses ia plus briUaote lumière. Or quel rapport y a^t-iï entre l'an et l'a^iire ? Qu$s MoekiM luci ad tenebras {% Cor,^ 6. )• Ne c)iercbons poi^t la sagesse cbfëtienne danscetté vie molle, dont les prétendus boimètes gens du monde ne se font pas même un scrupule ; je dis ptus, dont les dévots même du monde ne sont pas toii^rs ennemis» Espérer de l'y trouver, ce seroit contredire le daint-Ësprit, et ea appeler de l'arrÀ qu'il a prononcé : Non invenitur in H^à 9uavitef vivmtium* Non , ce reaoBceîoaent à soi-même, ce crucifi^sieat de la chair, oetie mortifieaiion de l'esprit , qui est la vraie sagesse des élus» ne se trouvent pcrint pami ceux qui affectent de mener une vie eommode et aisée^ Ne chèrdions point Tesprit chrétien dan§ ces états du monule ou Tambitioa et ia ospidité dominent. Si je vou^i^ ici les parcourir tous , je vous y feroii voir ie christianisme si défiguré^ qu'à peine le distiaguerojt-on du paganisme , même corrompq. Laissons là le moade profaae. Mais pour trouver le trésor que nous cberch&ns , entrons en esprit daas ces sanctuaires de la virginité , fermés pour je monde (dans ces doi* très consacrés è la retraite , et ou les éf)0uses de lésas-Christ f&Ê^ leur demeure. Pour ne nous y méprendrepas, arrôlOB8*notte à oeux où l'esprit de Dieu pe^roU plus régner, j» eetin dont nous savons mieux que Fesprit du monde est banni , à oeux oii la règle est dans sa vi* gueur ^ à ceux dont Téclauintç saii»te|é , de notre propre avea , nous édifie. Ne sortons point de celui-ci, CNmnu pour 4lre, sans eonu-edît, en possession de tous c^ avantages. C'est ici que nous découvrons le ^résor évangélique ; et » sans le cliercber plus loin , c'est ici que boos trouvons le christianisp^e, non poÎQt en ^éenkitioa ni en idée, nuis en substance et en pratique.

£n effet, mes chers auditeurs ( car H est important d'approfondir cette vérité ) , en quoi consiste , a Iç bien entendre , œ ehristianisaie» qui est par excellence le don de Dieu ? Dans des choses inconnoea aa monde , et qui pour les hommes di| monde sont autant de tréso» <^cbés : je veux dirf dans la béatitude de la pauvreté , dans b gloire de rhumilité , dans le goût et l'attrait de l'austérité. Voilà ce qae le monde ne connoit pas , et à quoi , selon l'^ivangile, se réduit néanmoins le royaume de Dieu que je vous prêche. Je m'explique : dans le monde on trouve des pauvres i mate qui s'estiment malbenrenx de l'être ; dans le monde on voit des hommes humiliés » noais qai ont ea borreur l'humiliation; dans le moçde, on souffre, mais oa est au di'sespoir de souffrir, et on fait toutes choses pour n'y souffrir pas. Or rien de tout cela n'est le christianisme dont il est ici question :

son lE TRÊSOK CÂGflË DANS lA REUGION. 299

avant Iésas4]!hrist il y avoit des pauvres sur la terre » comme il y ea a encore , et en aussi £[rand nombre ; mais cette pauvreté n'étoit pas celle que le Fîk de Dieu vouloit établir parmi les hommes , ni par conséquent celle qui devoit faire leur bonheur dans cette vie, ni leur mérite pour parvenir à la vie éternelle. Car on ne trouvoit sur la terre qu'une pauvreté forcée ; et celle qu'y vouloit établir Jésus-Christ devoit être une pauvreté volontaire» une pauvreté de cœur, une pauvreté désirée ^ cboisie , embrassée par éiat et par profession. Or il est évident que la pauvreté avec toutes ces conditions ne se trouve point dans te monde ; c*est dans la religion » dit saint fiernard » que se vé* Irifie clairement et sensiblement ce divin paradoxe du Sauveur : Béai pauperet (Matth. » 5. ). C'est là que par choix^ et même par vœu , on se £ait un bonheur de n'avoir rien , de ne posséder rien , de n'espérer rien ; là que se trouvent ces pauvres évangéliques, héritiers du royaume céleste. Combien de fidèles se sont tenujs heureux» dan^ cette vue » de quitter tout et de se dépouiller de tout ? Le o^onde les 4 traités de fous et d'insensés ; mais une partie de leur béatitude a été d'être réputés fous et insensés dans l'opinion du monde» pourvu qu'ils eussent davantage d'être les imitateurs de b pauvreté du Dieu qu'ils adoroiént.Le comble de leur bonheur a été a être persuadés» comme Moïse » que la pauvreté ie Jésus-Christ étoit pour eux un plus grand trésor que toutes les richesses de TÉgypte ; et c'est pe qu'ils n'ont trouve que dans la religion.

U en est de même de la gloire de l'humilité. Autre paradoxe de l'Évangiie : rien de plus commun dans le monde que l'humiliation ; mais en même temps rien dans le monde de plus rare que l'estime et l'amour de l'humiliation. Des mépris » des disgrâces» des rebuts, des traitements indignes à essuyer ; mais tout cela accompagné de chagrins , de dépits » de murmure^ » voilà ce que produit le mondes Des hommes » par les révolutions de la fortune » abaissés et anéantis ; mais jusque dans l'abaissement et l'anéantissement » des hommes or<gueilleux et superbes » voilà djs quoi le monde est rempli. Ou se glorifie-t-on sincèrement d'être humilié? Dans la religion ; oii l'on n'a point d'autre ambition que de n'en point avoir» point d'autre prétention que de ne prétendre rien ; on Tajtne chrétienne, surtout dans la ^lennité de son sacrifice » peut dire» eucore mieux que David ; J'ai choisi d'être la dernière daus lu mj^son de mon Dieii » et le choix que j'en ai fait est celui que j^accomplis aujourd'hui en me séparant du monde. Combien de grands » revéttts des honneurs du monde » se sont fait un honneur plus grand encore d'y renoncer, pour parvenir à cette gloire t combien de vierges» distinguées par leur naissance» ont méprise les établissements du monde, les plus capables de flatter leur amonr propre, pour être les épouses d'un Dieu humble » en prenant le voile sacré? voilà ce que j'appelle le trésor de l'Évangile.

Que trouve-t-on enfin dans le monde? vous le savez» des croix sans

onction , des souffrances saos consolation , une pénitence et une austérité sans mérite : et quel est le partage de ceux qui s'attacbent au monde? l'esclavage et la servitude , un éternel assujettissement aux lois dures et tyranniques du monde , qu'ils subissent malgré eux et (davs l'amertume de leur cœur. Rien de plus opposé au trésor dont je iparle ; car ce trésor, djt saint Bernard , est la joie qu'on a de souffrir ^et de se mortifier pour Dieu, la douceur de penser, comme saint Paul, •que l'on se captive et que l'on est dansi les liens pour Jésus-Christ ; le goût que l'on trouve à porter son joug ; les consolations intérieures de la pénitence volontairement préférée aux plaisirs des sens ; la paix de Famé dans.une vie austère , soutenue constamment et avec ferveur. Or où tout cela se rencontre-t-il , si ce n*est dans la religion ?

Confiteor tibi^ Pater ^ Domine cœli et terrœ, quia abscondisti hœc à sapientibus et frudentibus^ et revelasti ea parvulis (Matth., 11) : Je vous bénis, ô mon Dieu , Seigneur du ciel et de la terre, je vous bénis d'avoir caché ces choses aux sages et aux prudents du siècle, et de les avoir révélées aux simples et aux petits ; je vous rends grâces •de m'avoir choisi , tout indigne que je suis, pour m'associer au nom- "bre deces^mes prédestinées. J*ai connu par-là ce qui devoit être mon unique trésor, et il ne tient qu'à moi de le posséder, et d'en jouir en demeurant ferme, et en me sanctifiant dans la vocation religieuse. Si vous étiez assez heureux, hommes du siècle, pour entrer dans ces sentiments, on pourroit dire que vous auriez trouvé le trésor évangélique. Mais qu'arrive-t-il? De deux choses l'une : ou qu'ayant des cœurs endurcis , vous ne goûtez pas ces pensées ; ou que ces pensées, par la dissipation du monde, s'effacent bientôt de vos esprits. Car, pour trouver le christianisme , il ne suffit pas de savoir tout cela et de le penser; il faut en être pénétré et efficacement persuadé. Or ces pensées , à la vue même de cette cérémonie qui vous assemble ici , ne font communément sur vous qu'une impression superficielle, qui ne va pas jusqu'à la persuasion , et qui va bien moins encore jusqu'à la conversion. Avouons-le toutefois, malgré l'iniquité du siècle, il y a encore dans le monde de vrais chrétiens , qui , par une grâce spéciale, y trouvent le royaume de Dieu. Ne leur disputons point cet avantage; mais ajoutons pour leur instruction , que ce royaume de Dieu , que ce christianisme est exposé pour eux dans le monde à mille dangers, dont on se préserve aussi heureusement que saintementHans l'état religieux : c'est le sujet de la seconde partie.

DEUXIÈHB PARTIE.

S'assurer un trésor quand on Ta trouvé , c'est à quoi nous porte le premier instinct de la cupidité ; et lorsqu'il s'agit d'un trésor de biens spirituels , c'est à quoi lé ^èle de la charité » que nous nous devons à nous-mêmes, doit premièrement et soigneusement pourvoir. Car malheur à nous qui sommes, en qualité de chrétiens, les enfants

SUR lë trésor caché dans la religion, sor

de la lumière, si noua avions là-dessus moins de prudence que les en-- ^Dts da siècle ! J'en conviens , mes chers auditeurs , le christianisme oà Dieu nous a appelés est pour une fatalité qu'il ne suffit pas de nous en garantir, ce trésor de gi de ceux qui le trouvent, ou qui j dans le monde à trois grands d; dissipées , il est exposé à la corn blés, quoique d'ailleurs touchées des railleries et des persécutioDS

âmes même parfaites , il est exposé ù la vanité , qui est le pernicieux ëcudl de toutes les vertus du monde. Trois dangers dont l'homme chrétien doit meitre à couvert sa religion, qui est son trésor; iroô dangers qu'il n'évitera jamais qu'eu se séparant du monde , non sealement d'esprit et de cœur, mais , autant qu'il est nécessaire et que sa condition le peut permettre, de commerce et de société; et trois dangers contre lesquels la profession religieuse est un préservatif comme infeil^ible , puisqu'il est vrai , selon la remarque de saint Rernard , que dans l'état religieux on pratique le christianisme aisément, librement et sûrement : aisément , sans être dans la nécessité de com~ battre tonionrs les maximes du inonde corrompu; librement, sans être sujet à la censure du monde, ennemi et persécuteur de la piété; sArement, sans craindre l'ostentation et sans avoir à se défendre de l'orgueil secret , qui est la leniaiion ordinaire du monde , même le plus régulier.' Appliquez- vous. Chrétiens ; et pendant que je vous fais voir les avantages de ceux qui renoncent au monde pour suivie Jésus> Christ, concevez bien l'obligationoùvousétesdevous tenir en garde contre le moDde, si vous y voulez conserver cet inestimable trésor du christianisme, dont la possession vous doit être plus chère que la vie.

tl faut pour cela se préserver de la corruption du monde. Première véi^té, dont la pratique ^W va des plus sArs moyens du salui. Car, comme raisonnoit sainf^jT'Vsosliipe , il n'est point nécessaire d'être né vicieux, ni d'avoir ^J^aa;iHPK>tids d'esprit ou de naturel, pour être exposé dans là monde à l'a?^ contagieux que l'on y respire. Pour peu qu'on manque de vigilance et d'attention sur soi-même, avec de bonnes inclinations , avec de bons principes et une bonne éducation , avec de bonnes intentions même , on se perd dans le monde , et on s'y corrompt ; il suffit d'y être dissipé , pour être- en danger de s'y perdre. Et en effet, cessez d'y marcher avec cette circonspection que demande l'Apdire , et qui doit aller jusqu'au tremblement, dès-là l'esprit du monde s'emparç de vous, dïis-là vous en prenez les impressions, dès-là , par un progrès presque insensible, de chrétien que vous étiez, voas-devenez tnondain et .vous vous pervertissez, sinon parles mœurs et pr les actions, an moins par les sentiments. Qui

308 StlR LE TRÉSOR G&CUÉ DANS LJk ftEUGlON.

me donnera, s'^ioit David, en yued'une si dangereuse corrupiioit,

qui me donnera les ailes de la colombe, a&n que je prenne mon toI,

téparéT^Quisdaiitndhipemuu

(Psalm. 54). Àh! Sd^eur,

'. appris le secret : c'est de me

r dansunesainte retraite, où,

raus, j'éloigne de moi tout ce

a ame, et donner quelque at-

j, et mami m solituditu (Xbid.).

fait l'ame religieuse : convain-

e , et persuadée de sa propre

lÈragilUé ; àapis comme la colombe , mais , dans sa simplicité même,

prudente comme le serpeUi, elle se sauve en fuyant et en s'éloig^m :

Ecce etongavi fugiens. Elle fiiît le monde, tandis que tous avez la

présomption , je ne dis pas d'y demeurer, mais de vobs y plaire; de

Yons y aimer, de vous y intriguer, de vous y pousser, el malgré tout

cela de vous y croire en sûreté ; elle s'en éloigne , tandis qjie vous y

entretenez des liaisons et des habitudes où succomberoif U vertu des

Saints et même la vertu des an^s. Dépositaire, comme cbrétienne,

du don de la foi , qui est le trésor que Dieu lui a confié, pour ne pas

risquer ce trésor, elle le reiif^me, et elle se reuferme avec lui dans

U solitude qu'elle a cboiaepour sa demeure : Et matisi m soUtudme-

Voilà te parti que la prudence du salut lui fait embrasser; «t si vohs

agisses comme elle par l'esprit de Dieu , malgré les préieodtts eoga-

gement^ de vos ctmdltions, voilà en quoi, par proportion, cbaciu

de vous doit l'imiter. Donnons plus de jour à cette pensée.

Le monde, dans son désordre méioae, ou pkitât par la raison même de son désordre , a ses maximes et ses lois essentiellefoeot opposées à celles de Dieu. Cependant, parce qu'on est du monde, ou cr<»t me pouvoir pas se dispenser d'obéir à ces lois , et ce qui est encore bien plus déplorable, d'y accommoder jusqu'à sa religion. Ceâ lots du monde te trouvent coatirmées par des IJ^fUt.qui sont autant d'abus, autorisées par des exemples qui sont au|X^,^ scandées, fortifiées par des occasions qui sont autMngi(jintlj|ons, et de tentations les plus violentes. Mais parceqn'on es?|u moade, on se fait matbeureusement un point de sagesse de vivre sebn ces usages, une nécessité de se conforpiM' à ces exemples , un capital intérêt de recbercber ces occasions. : làut-il s'étonner si la corruption qui s'ensuit de Jà est un mal universel? ie sais que qui en use' de la sorte n'est plus chrétien que de nom; f;t Je sais que la première loi du cbristianisme est de contredire les lois du monde, d'aller contre le torrent des coutumes du monde, d'être pour cela, s'il le faut, singulier dans le monde, alûi de pouvoir dire comme David : Siagutariter sumego donec tranteam ( Ptabn. 140 ]. Uais qui le fait , et oii est famé assez heureuse pour étredansce8dispositîon8?C'est vous, digse épouse de Jésus-

SUR US TflÉSOR CACHÉ DANS U RÊLI6ION. 303

Christ,' qui, renonçant an monde, allez pour jamais vous engijger dans un état de vie où ces dispositions , quoique héroïques, vous 4e- Tiendront comme naturelles : dans un état où l'Évangiie est la seule règle que vous aurez à observer; où vous n'aurez qu'a suivre la coutume pour marcher dans la voie de Dieu, et pour vous sanctifier; où il ne se présentera à vos yeux que des objets qui vous détermineront à iàire le bien ; où, par 1 éloignement des occasions, vous vous trouverez dans une espèce d'impuissance de faire le mal , où nul scandale ne vpus troublera, où bulle fauss# maxime ne vous séduira, où les exemples vous soutiendront , où les conversations vous édifiergpt. ITai-je donc pas raison de conclure que par là vous vous assurez ce précieux trésor de la grâce qui vous lEait chrétienne ?

Ge n'est pas tout : dans le monde, les choses même indifférentes de lenr nature, par une maligne qualité que leur communique te monde, corrompent le cœur de Thomme- Car, comme a très bien observé saint Cbrysostome, on se perd dans le monde par les richesses, et on s'y perd par la pauvreté; l'élévation y fait naître Torgueil, et rhumiliation y jette dans le désespoir; on y abuse de la santé, en la inisant servir à ses plaisirs , et l'infirmité y est un prétexte pour vivre dans rimpéQÎtence : mais rien de semblable dans la religion ; pourquoi? parce que la religion , par une grâce qui lui est propre , (ait de ces dioses indifférentes autant de uioyens efficaces pour arriver à sa fin. C'est dans la religion que tout contribue au salut et au bien des élus du Seigneur ; c'est là que Ton se sanctifie par tes richesses en les sacrifiant à Dieu , et par la pauvreté en Tembrassant et la professant pour Dieu; là ^è les exercices humiliants servent de fond aux plus sublimes vertus , et que les honneurs dont on se dépouille, rendent l'humilité plus méritoire ; là que l'on immole sa santé à Taustérité d'une règle, et que Ton se perfectionne par la maladie, en s'accoutifmant et en apprenant chaque jour à mourir ; car voilà les véritables et incontestables privilèges de la vie religieuse : et de là quelle assurance pour y conserver purement et inviolablement l'esprit chrétien ! Il y a plus encore : dans les devoirs même les plus légitimes, les chrétiens du siècle trouvent des pièges et des embûches que leur dresse Tennemi de lenr salut. Combien de pères et de mères réprouves dans le christianisme , par l'amour désordonné qu*il$ ont eu pour leurs eDfents? combien de femmeâ chargées de crimes devant Dieu, par la complaisance sans bornes et l'attachement aveugle qu'elles ont eu pour leurs- maris? Il n'y a que vous, 6 mon Dieu, quisachiez jusqu'où s'étend cette corruption du monde. Mais c'est encpre par là , mes chères Sœurs, que nous devons, vous et niioi , estimer la grâce de notre vocation, pfiisqu'en nous retirant du monde elk nous délivre pour jamais de ces devoirs, qui, quoique justes, n'aqroient pas laissé de nous partager entre Dieu et la créature. Une épouse du siècle, dit saint Paul, est occupée et le àoit être du soin de plaire à son époux ;

304 SiJR LE tRÉSOR CACHÉ DANS LA RELIGION.

devoir saint, mais, tout saint qu'il est , joint souvent au danger de déplaire à Dieu. Celle qui s'attache au Seigneur» n'a que le Seigneur à qui plaire. Ainsi elle n'est point divisée ; et toutes ses obli^^ations se trouvant réunies dans une seule^ dont Dieu est l'objet , elle marche avec une sainte confiance, parcequ'eUe n'a plus même besoin de tant de discernement, ni pour modérer ses affections, ni pour régler ses actions. Ses affections, du moment qu'elles ont Dieu pour terme, ne sont plus capables d'excès, et ses actions sont plus que suffisamment réglées par l'état auqiœl elle se fixe : la voilà donc» et le christianisme avec elle, à couvert du monde corrompu. Allons plus avant.

On voit dans le monde, quoique corrompu, des âmes bien intentionnées, des âmes touchées de leurs devoirs , et qui voudroient de bonne foi chercher le royaume de Dieu; mais elles sont foibles» et un des effeis de leur foiblesse est de ne pouvoir soutenir la censure d'un certain monde libertin et ennemi de la piété; elles n'osent se déclarer chrétiennes, parcequ'elles craignent^de passer pour dévotes et d'avoir à essuyer la raillerie; d'être traitées ou d'hypocrites ou de petits esprits : lâches esclaves du respect humain, qui semblent n'avoir de religion qu'autant qu'il platt au monde qu'elles en aient. N'est-ce |>aslà, mes chers auditeurs , un des scandales du christianisme dont vous avez le plus à vous garantir? car ce n'est pas assez pour le salut d'être chrétiens, il faut le paroitre, il ne faut point rougir de l'être, il faut faire voir qu'on l'est, il faut pour cela mépriser le monde et ses jugements, et être persuadé que, sans cela, l'on ne doit attendre de Dieu qu'une affreuse malédiction : Qui me erubuerit , hune FiliusHamm erubescet (Luc, 9). Mais qu'y a-t-il de plus rare, dans le siècle où nous vivons, que ces âmes libres et affranchies de la servitude du monde? Dans la profession religieuse, nul pareil danger . on n'y craint ni le monde ni la censure du monde ; on y sert Dieu sans être contredit des hommes, on y est chrétien en liberté, on n'y rougit point de souffrir une injure sans se venger, on y est humble et patient sans être accusé de bassesse de cœur. La, censure même du monde y est une espèce de secours pour la pratique du christianisme : pourquoi? parce que nous voyons que le monde, au moips équitable en ceci , ne censure les religieux que quand ils viçnnent à oublier ce qu^Is sont, et ne les honore que quand ils sont parfaitement ce qu'ils doivent être : autant qu'il a de malignité pour critiquer et railler ceux qui» demeurant dans le monde, y veulent être exactement et régulièrement chrétiens, autant a-t-il de mépris pour ceux qui, ayant quitté le monde, voudroient encore être' mondains. Du moment que nous sommes religieux, le monde, mes chères Sœurs, fout monde qu'il est, exige de nous une vie -exemplaire et irréprochable; le monde, tout perverti qu'il est, ne nous eslune cju'à. proportion qu'il nous croit Saints, et il n'a de respect pour nous qu'aiitani qu(» nous lui parois*

SUR LE TRÉSOR CACHÉ DANS LA REUdON. SOS

sons avoir d'éloipieinent pour luu Peat-on se trouver selon Dien dans une situation plus avantageuse ?

Enfin y pour les âmes même parfaites^ le christiaiûsitte est ^core exposé dans le monde : et à quoi? aux louanges, aux applaudissements, à la vanité , ennemis souvent plus dangereux que toutes les persécutions du monde; mais où se sauve-t-on de leurs attaques? Dans la reUgion, où, par une protection particulière de Dieu» ils n'ont presque point d'eotrée : car, comme disqit saint Bernard , prouvant cette vérité par une opposition sensible et convabcante, qu'un chré* tien engagé dans le monde fasse la moindre partie de ce que font communément les religieux, on l'admire et on le canonise; au lieu que les religieux n'en reçoivent nul éloge, parcequ'on suppose qu'ils ne font que ce qu'ils doivent. Or voilà, mes Frères, reprenoit saint Bernard, ce que nous avons gagné en quittant le monde,, de n'être pas estimés saints avant que nous le soyons, ni même quand nous lesom* mes. Un religieux tiède, en pratiquant c^ qu'il pratique, seroit, malgré sa tiédeur, regardé dans le monde comme un chnitien parfait; et an chrétien dans le monde censé parfait , avec sa prétendue perfection, à peine seroit-il supporté dans la religion. D'où vient cela? c'est que dans la religion^ bien de la régularité, bien de l'humilité, bien de la piété n'est presque compté pour rien; au lieu que dans le monde» peu, et souvent rien, est compté pour beaucoup. Combien d'ames pures et élevées se gâtent tous les jours dans le monde, par la complaisance secrète qu*elles ont pour elles-mômes , et par le faux encens que le monde donne à leur vertu? SanMarler de celles qui ne sont dévotes que par ostentation, et qui^ pmlKie le sont pas, combien en voit-on que la dévotion, sans qomtts s'en aperçoivent, rend au moins intérieurement vaines et préscjpptueuses? Combien de pécheresses converties se sont laissé éblouir de Téclat même de leur conversion» et en ont ainsi perdu le fruit? Car il ne suffi tpas, dit un grand jffpe^ d'être en garde contre les tentations grossiè^Bdu démon, si Ton n'a encore soin de se préserver du poison subtMPla louai^e et de l'es* time des hommes : Quia sludium co^Êkâis desiderti à maiignis spiritibus eustodire non suffictt, qui hoc ai» kanianis laudibus non abscondit (Grsg.) Dans la religion, grâces au Seigneur, il n'y a point de tels risques à conrir : on y est régulier sans distinction, humble sans singularité, mortifié et austère sans éclat; la vie parfaite y est une vie commune, et par conséquent à l'abri de la fausse et de la vraie louange. Quelque progrès que vous y tassiez dans les vertus chrétiennes et re- Ûgieuses, on n'y pense point à vous, on n'y parle point de vous: Dieu seul et votre conscience y sont les approbateurs de votre conduite. Tout ce que vous y amassez de mérites est caché, et comme absorbé dans la masse des mérites infinis de la communauté dont vous êtes membres : circonstance , mes chères Sœurs, qui seule suffiroit pour me iaife estimer ma condition, et pour m'en faire goûter le bonheur. B, 4. . 20

MB SOR LE TRÉSOR CACHÉ t>km LA RELI&I0I9.

Le chrisliaDmiie y est m assnraoce ; et parr un troisième avantage, 9 y est prise ce qu'il vaut, et l'ame religieuse donne totft pour le possé« d«r. Epoof e an flM>ment de vëiexion pottr cette dernière partie.

TftCaSIÈMK FiàRTSiU

C'est une des iHtksions du^^ècle les plus ordinaires, de voulok* étrQ ehrëtien, et de croire le pouvoir être sans qullen cciute rien à la nature et à Kamour-propre : et quoique rÉvangile nous prêche qu'il faut tont qviner et se renoncer soi-même, pour parvenir à cette graœ que j'appelle le trésor du christianisme; quoique saint Paul proteste qu'il s'esÂime heureux de tout perdre pourvu quil gagne Jésus-Christ» ProfUt quem omnia detrimenvum feci^ ^t Christum Ijt^çr^faciwn (Phi* ITP.^ 3); par un secret bien surprenant qu'a trouvé le monde^ mais qM tes Saints n^ont point connu , on se fmtte de pouvoir gagnejr lésus^ Christ en ne perdant rien, et de pouvoir le posséder en relenani touti j|e di$ tout ce qVlI faut au moins être prêt à sacrifier pour acquérir un éi grand bien. Eh un mot, on vit dans cette erreur, et l'on y vittraup quillement , que pour être chrétien , il n'est pas nécessaire de se détruire et de s'anéantir ; qu'on le peut être à des conditions plus sup« portables et plus proporiîonnécs a notre foiblesse, c'est-à-dire qu'on le peut être en goûtant les douceurs de la vie, e^ les recherchant et en se les procurant ; qn'on le peut être en faisant éteraellemeiiC sa volonté, et suivant sans contrainte et sans gêne le mouvement de ses de- ^rs ; qn^jou fe petft être en travaills^nt à s'élevqr, ein s''et'forçajit de é'enric|ir^ en donnant à sqjplpbition toute l'étendi^e que les lois du toondé lui accordent ; qu'oh le pÉaj^être , enGjQi ^ s^jqs se dépouitter pour celja de soi-même, ni en veniF^Pfe renonceqoentdont onne laisse pas, parcecfu'on.est chrétien, de reconnokrç c^n $péci^tion la ^éeesrité, mais dont on sait bien , parcequ'on est sagQ et prudent seloa h chah*; se d^éndre darijkb pratique. Car voilà, rnies chçRS jauiliteurs, lé raffinement de la d^^on chimérique» dont Ie.n>onde s^ pai^ : on veut avoir lait^loire dutl[îristia|kme, mais on ne veut pa^en avoir la peine; on en veut avoir le n4|^9 mais on ne veut pas en p^rt«r le pug ; on veut en être quitte pour des paroles , pour des «axiaes, pour des sentiments, sans passer jamais )usqu aux œuvrer. Tel estl'ih bus dont je gémis, et qui excite tout mon zèle«

Mais n'ai-je pas en même temps de quoi me consoler, quand je goa* sidère que Dieu, pour la condamnation de cet abus, suscite actuellement dans son Église des âmes ferventes , des âmes remplies de sea esprit , des âmes touchées de la grâce de leur vocation, qui, par un voçn particulier, se consacrant à lui et faisant divorce avec le BEiondet achètent le mérite et la gloire d'être partaitemeat chrélieenes, mx dé* pens de tout ce qu'il en peut coûter à des créatures mortelles? A'ai-ja pas de quoi bénir Dieu, quand je les vois, non contentes de ^îtier leurs biens ^ leurs prétentions, leurs droits, se quitter elloMHiSmes

am LB TRÉSOR CâCKÉ DANS LÀ BELIGIOM. Wf

ma» rtiserve» ae priver de le&r liberté, s^mterdirè les phifeirslee p\ni jBBOoeBis, se livrer eomine des vîelimes? et pourquoi? pcw donner ime pieuve avifaentique à Dieu et mt hcmmes qn'^ttes savem eiÈUst* ner le ehrhittoisiBe et le feire vuloir oe cfail vaut. Qu«tfd je lès teti», d»tje«{iénëtrëe8 d'jMeeamte joie, et que jetlesentends proieèter, éaéâ bien qne f opAtre des Gentils» Omniu déirimenitum fed, et arbiitùt ut 4ê9T9ora, u% Chmmn luorifmiam : Otfi , tèiit cda noua à ÉëHMi ùÉè! feeureuse perte, et neni» avone regardé eomine de la botfelom eë qiie •k^Qsdè noas po^toit promettre, èe eenipàrrfton du boribèfni* doiit jMHil jouissoiis par laprdféesioD rdigfieilsë^ d'être tdut à JésfiiâHCbl'Mf somme 9 est tami nous ; qtpsnd j'en ai détint le§ yvtht ttn cfltemptâ Énasiëdaiantqtte celui de eette illnsife'viér^ n^àH^ pasf, éneoi^ tinë foi^ dtffm rendre iDfea d'immdftéllèë aetîoûs de grae^, d'avéil' eonfiondu par-là fiiifidëliié et l'a^ieir^ftetnëilt dés Md«ldâins?flep^éijk>tf9, s'il T(Mlspla}t, etsuives^moi*

^B m fait kosne«r dans ïé «lonHede pratîq«ier le cfbHsilaîHiilfe, ël l'a» creit en effet l'y pratiquer. Vm ccM^eM , si voue le vdute : niàN avoHOBë aussi que le diristiaaianie est Mjourd'btfi pratiqué dâfiià U ponde «fane inauiàre doM on deirréit rôug^^ et ûmt M roti|firbiC^ povr peu (pi'oii eût de botfne'ftâ, bien tok de ë'en fafl^ bofnnefitr. H^ maïs ,. dans le noride prétendu chrëiietf , tint de ^le pdûf lat vdié éiroUe, janlis tant de démonàtfitiGWs &ë téfbrùie , jamais , en srppà^ mnos, tant d'ardeur pour b sévérité de la morde et péHt h pvltëlé ââ raoeSeme éàciplimi ffiais au inîHett^ë totft eeHa, jatnaij tant d^Amàttt*^ p^xprtj jamitie tant de rèdbeTobe de sëiékéiÈte , jamais, à p^op^ticofit des eoBdidotis^ tant de M€fHeâ6e, o'tt du tnlttûs tant d'atreiittoii à étM dboÉdammoit posfryu de tout et à ife manqtie^ de rien. Oi^, ave^cel^ il eet aisé d'être chrétien ; àfvèG cèfla , Ton n^ sent point la piesanteitf dece tedeau du christianlMtie^ et de ée poids da bapfén^e àdbi pai*toii Tertullic» ; avec cela on n'en est tri Mi^é tà stircbàf gé. MàîS où est- M qttà se fak sentir? KsofifSKle bardimem, et parceqù^lt esi vrai , et pareeep'il est ntiie de le dite :oii 1L se fait sentir, oe poids, c ë)st daiïé les oommunauiés religieuses, et les etefcices d'uiïe vie régtée, oiï les jeûnes, où les veilles, où le silence, ou la pauvteté, où i'àssidufté au offices divins, sont une pénitence sans interrupfiôti , qu'il hiA avoir éproavée povr en Me» jugfer. Car c'est là que, par dhoix et par état» l'on porte ce qu'il y a de plus pesant dans le cftristîaftisme; et c'est là que TaÉse chrétienne (ifit à Dieu, avet laf même 0bn(tanq0 qiMr David : Propter verba lulnorum tuofitm ego OLstùdivi vià;s dui^as (Ps. t&f: I^otH* vous. Seigneur, et pour le respect de Votre loi, j^ marché dai)^ des voies dures et pénibles. Le monde a lai-mféme des voies dures et pénibles, mais on y marche, parcequ'on est domina pâï* ses passion^» pareecfu'oa est esclave de son ambition , parceqtt'on est Kvrd au dé* mon de Tavu^ice, et e- est ainsi que Ton porte le poids dû moiide ; sM ti«u qn'on suit lee^ veies dures et péniblea dé la religion » parceqifdtf

io.

veut s'atiacher exactement aux paroles de Jësus^Christ et à ses con« seils, Propîer.verba labiorum tuorum; et c'est ce que noas pouYons ap* peler la perfection ou le comble du poids du baptême : Pondus bapiismi (TertulIi.). Aussi est-ce par-là , mes chers auditeurs , qu'on achète le trésor du royaume de Dieu. Mais écoutez ce que j'ajoute.

Dans le monde on professe le christianisme » mais en même temps on fait dans le monde sa volonté; et, par un abus que le monde remarque bien lui-même, et dont il est quelquefois peu édifié, ceux qui dans le monde se piquent le plus d'être chrétiens et de le paroitre, j'entends certains, dévots, sont souvent ceux en qui la propre volonté règne davantage, ceux qui y sont plus attachés et qui s'en départent le moins. Or, pourvu que Ton fasse sa volonté , rien ne coûte ; et il n'y a ni e^cèsde ferveur , ni pratique de pénitence, ni régularité de vie qu'on ne soutienne avec plaisir, tandis qu'on le veut , et qu'on se pique de le vouloir. Car cette volonté , du moment qu'elle est libre et qu'el^prédpxnine, tient lieu de tout, et adoucit la plus rigoureuse ans* térit^De là combien d'illusions dans I9 plupart des vertus du monde! U n'en est pas de même de }a religion : on y jeûne, on y veille, on y prie;mais ep tout cela on y fait la volonté d'autrui, et jamais la sienne. Or voilà le grand sacrifice dont l'homme avec raison se glorifieroit^ s'il pouvoit jamais avoir droit de se glorifier devant Dieu : cette obéissance. à laquelle il se voue, cette dépendance d'une volonté étrangère à laquelle il se rend sujet, cette loi qu'il s'impose de ne pouvoir plus disposer de soi-même, de n*étre plus le maître de ses actions , de vivre dans un âge parfait comme un pupile qui ne doit jamais être émancipé , et qui , par un effet merveilleux de la vocation qu'il a embrassée , n'est libre que pour ne l'être plus , n a de volonté que pour n'en avoir plus, n'use de sa raison et de ses lumières que pour n'en user plus. Voilà ce qui fait l'essentiel mérite de l'homme, et où il faut qu'il en vienne,[afin qu'on puisse dire de lui : Vendit tmtversa quœ habeu Car tout le reste sans cela est peu , et cela seul, sans tout le reste , est d'un prix infini. Or il n'y a que Tame religieuse qui soit chrétienne à cette condition. Finissons ^ et voici ce qui doit achever de confondre le monde, en consolantfi^i^ qui ont le courage et le zèle de le quitter.

Qu'eu coûte-t-il à la plupart des chrétiens du siècle , pour mériter l'honneur qu'ils ont d'être, en qualité de chrétiens, incorporés à Jesus-Christ? Oseroient-ils dire qu'ils fassent pour; cela aucjun eFfort dont fe christianisme leur soit proprement et purement redevable? Je parle de ceux^ont le monde même vante si hautement la vertu et la probité; de ceux qui , dans l'opinion du monde, passent communément pour gens d'honneur, de ceux qui lui paroissent irréprochables : que leur en coûte-t-il pour êlre chrétiens? Ils renoncent a toute injustice : les païens , disoit le Sauveur , nen font-ils pas autant ? Ils s'abstiennent des plaisirs impurs : les sages de la gentilité lie s'en

sont-ils pas abstenus? lis ont de la modération dans leurs- passions» de la règle dans leurs actions, de l'équité dans leurs jugements ^ de la sincérité dans leurs paroles : la raison, indépendamment du christianisme , ne leur enseîgné-t-elle pas tout cela? C'est dans la profession religieuse que, pour se rendre digne de Jésus-Christ, on encbé* rit sur les vertus païennes; et comment? en se dégradant, pour ainsi dire, soi-même, et se réduisant, selon la doctrine de TApôtre, à l'état des enfants. Car voilà ce que les païens n'ont jamais fait, et n'ont jamais eu la pensée de faire. Ils jetoient dans la mer l'or et l'argent ; mais ils demeuroient pleins d'eux - mêmes , dit saint Jérôme , et ils n'estimoient pas assez cette sagesse mondaine, dont ils se déclaroient les sectateurs, pour l'acheter au prix d'une vie obscure et humiliée. Voilà ce que ne font point encore les chrétiens engagés dans le monde, ils seront réguliers, ils seront pieux , ils seront mortifiés , ils donneront tout, mais en se réservant toujours leur volonté propre, et n'allant Jamais jusqu'à cette pleine abnégation, qui est le parfait christianisme, et le point capital du sacrifice de l'ame religieuse : Vené&i universa quœ habet, et emk.

Gesi ici , mes chers auditeurs , si le temps me le permettoit, que je vous férois remarquer en passant l'erreur et la mauvaise foi de l'hérésiarque Luther , qui , pour colorer son libertinage et justifier son apostasie, affecta d'exalter les vœux du baptême , dans le dessein de décrier les vœux de la religion; comme si les vœux de la religion n'ajoutoientrieii à la sainteté du baptême, et qu'en effet un simple chrétien donnât autant à Dieu qu'un religieux. Erreur que toute la théologie condamnecomme également opposéeàlaraison etàlafoi.Car ces saintes filles que vous voyez, en se dévouant à Jésus-Christ lui ont fait, par leur profession, des sacrifices que nul de vous ne lui a faits en vertu de son baptême. Elles pouvoient être riches et bien pourvues, et elles se sont rendues pauvres; elles pouvoient être libres, et elles ont choisi de se captiver sous le joug d'une obéissance éternelle; elles pouvoient goûter les plaisirs légitimes et permis, et elles ont embrassé la croix. Il leur en a donc coûté bien plus qu'à vous pour être ce qu'elles sont, puisque, tout chrétiens que vous êtes, vous n'avez jamais prétendu faire ce qu'elles font. Vous êtes puissants dans le monde , disoit saint Paul aux Corinthiens déjà convertis à la foi , mais qui pour cela n'a» voient pas renoncé aux avantages des conditions où Dieu les avoît fait naître; vous êtes puissants dans le monde, et nous qui avons tout qaitté pour Jésus-Christ, nous sommes foibles, sans crédit et sans autorité : No$ infirm, vos autem fortes (4 Cor., 4). On vous honore, et on ne nous compte pourrien : Vosnobiles^nos autem ignobUes (Ibid). Vous êtes considérés et respectés, pendant que l'on nous regarde comme le rebut des hommes : Timquam purgamenta hujus mundi facti sumw (Ibid.). Or c'est ce que les vrais religieux pourroient bien s*appliqtter , en se comparant avec les chrétiens de ce siècle; Mais du

Ma sutt kË eHCHx mmiEi m Dim

imie> à r^emple de saint Piiul, je f oas dis téur eeeî » mes énm naéh leurs , ses pas pour voils feiro d'iatiiiles reproches , Non tu ^onfm^ dmm vos (i. Cet^., 4 ), niaia pour vous avertir ,. oonme mes chevs frè^ resy d*uD de vos plus essentieie devoirs c IS^d uîfilioinmoi chmtamot mùnêf» (ibi<}.); c'esi-ànAre^ ppw vous fair« eonnoiure le nérite de It vaeatioatchiPétieoB^', peur voua apprendre ce qu'elle vaut , eombies vopisla devez priser» et à quoi il faut que vous soyez déteraiiiiés lors* qa'il s'agit de marquer i Dieu jusque^ à quel poi^ vous savez esûoier ce trésor. Car eafin, ees épousée de JésuaChnst» dent la fervesr vous édifie , ne servent pas ub autre Dieu que vous^ ne croient passa autre Évaofjfile que vous, n'atteodaot pas une antre gloire que vous. Si ettes l'achètent plus cber que vous, ^est ee qui doit vous feift Iremblep, puisqu'il iist oartaio que qaoi qu'eHe& donnent pour ï»m eiiea ne donnent rien de trop; et que le royaume du ciel , prisé éast aa juste valeur, vaut encore bien au-delà. Que devez^voua donc coi* durede leur eaemple,.sipQn que jusqu'à présent vous n'avez pas oonni ladoa de Bieq ? Ab I Seigneur , deven^veusdive , je me fiattois d'être chrétien , et je ne Tétois pas; mais aujouruiPhui j'apprends à le deis^ i|ia. Si.vbus êtes, mon cher auditeur^ dans oas diaposîtîottSy c est, pour vous, avoir trouvé le trésor de rËvangUii , et c'est le fruk que voss devez remporter de cette cérémonie. Vous , vierge fidèle , achevés a que vous aves commencé; l^résentez-vous avec confiaece à Faiitel oi votre Meii vous attend. Ptononcez sans peine ces voenx qui vous Wr (gageront étepndtement et iMvoeablement à lui. Quoi que vous lé donniez, ii vous le rendra an centuple et en cette vie et en ïwam^ ah noua conduise , etc.

DEUXIÈME SERMON SUR L'ÉTAT RfiUaiiSillL.

JSÊèmentb , rtraêl, et ne ifbUvUeaHt : Dominum degitti hoéttè, ufsU tibi ffeut} €tDo- Mftus k9dié «kfCe te, ni tU Hyo^us peeuHarU.

. . Souvemez^om eo, laraél fi ne rpu^ie» J^ifuiia; yous icU#<»ifliez «yo^nl'liiii |6 Seigoeor, ils <]ti*fl soU votre Dieu ; et le Seigneur voue choisit aiyourd'hu|^.afin ciae vpu9 soyez sop yenfil^ piivliciriieri IfeuUrononte, chap. sivi;

C'est ainsi que Dieu pari» anx IsraéKteSy lof aqu'après les avoir tirés de la servitude , et les aivoir loag*4emp6 éprouvés dans le désert, il lea fit entrer dans la terre promise, qu'ils avoieat si ardemment desi* rée, et qui devoit âtre pour eux une terre de bénédiction, liiis tontM ees diosea, dit saint Paul , n^étoient encore que des figures ; et ee qfli arrivoitaiprs aux Israélites, selon iedessein de Dtenméiae, serapportoit esaeati«&nien( à noiia i Bwawtem in figmà faeia êum nos$n {A . Gotm, 40). En atta, c^estdasa tes paffsiia difétiim qne ee^ figures de Tan-

ST m L'AIW RKU6IEU8Ë. Bll

iiêWê loi iroMveot leur •eeompliMement; et, sans sortir dn Hen ob nous 9(9010)68, c'est <tops aelte aérémoaîe religieow que l'on voit claireaieot (^ sen^blemeot U vi^rité de ce que le Saiot^-Ësprit a prétendu noui foire enteodre par ce» divines paroles qne j'ai prises pour mon texte , et qui renterment uwt le sujet de ee.disoonrSi Car, dites-tnoii me eme dans les di^)osiUoes ou nous paroit eetie (||énërease fille qui sert ici de spectacle aux %o§f» et ausi hommes , une ame que Dieu , pa# la vertu tome puissante de sa (gmoe^ tire aujourd'hui de Tesolava^^e du monde, une ame piédestinée , dont riieureuK sort, aprèsde saîn-" tes épreuves , est d'entrer dans la religion qu'elle regarde comme la terra des élusi et vers laquelle eile porte ses vœux ks pins ardente i une vierge qui, i la faœ des autels, par une profession so'enn^'lte^ choisit le Seigneur pour son Dieu, et qne le Seigneur choisit récîprequenient, pour l'associer au nombre de ses épouse», o'eet-âr^dire an nombre de ces vierges qui lui sont uniquement dévouées, et qui eom* posent dans le chrisiianisme ce peuple partioulie*. dont' il se glorifié d'être servi , n'est-ce pas à la lettre tout le mystère qu'exprime ce passage : Dominum eleffuti hodiè, ut ùi iibi Dmu; et èomimm kodiè elejiît tç^utm ci populus peetiliarii ? C'est donc à vous, digne épouse de lé^us-Ghrist , que j'adresse ces paroles : éooutex-les avec respect^ et n'en perdez jamais le souvenir : Memmte, el ne eUîin^carîs* En vous consacrant à la vie religieuse , vous allez choisir le Sei^Miir , afin qu'il soit votre Dieu « Aomtnum elegitk^ hofbè, ut ait tiki Beus; eti par une iasigae faveur , votre Dieu va vous cboi»ir , afin que voua soyea particulièrement sa créature : Et Donànus koiHè ektgU te, n$ êis et populus feculiaris. Méditez bi^n ces vérités importantes, et qu'elles demeurent pour jamais profondément gravées dans votre cœur. Yoilà ce que je voua propose , et ce que voue devez envlsa^ cooune le fonds de toutes vos obligations : le choifX qne vous faîtes de Dieu » et le choix que Dieu fait de vous* Le choix que vooa faite» de Dieu » source des mérites infinis que vous aamaserei en k servant, el qui seront les fruits du sacrifice que vous aUez lut offrir ; c'est I» proi^ mièpe partie : le choix que Dieu fait de vous , source dee gracei abondantes qu'il vous priépare, et qu'il commence dès ce jour à ré* pendre sur votre personne ; c'est la seconde partie. Le choix qne vous faites de Dieu , afia qu'il soit particulièrement votre Dieu : fou* dement^iolide du droit propre que vous aurez de voua confier en lui et de tout attendre de lui. Et le choix que Dieu fait de- vonsy afin que vous soyez spécialement sa créature : souverain motif definrvieInbM attachement que vous dev«>z avoir pour lut. Que ne'deis^je point më promettre de ces deux considérations, parlant ici à des aases religieuses^ pleines de l'esprit de leur voeation^ et coiUinuel4ement occupées» dir soin de le conserver*, de le renouveler , de l'augmenter? Quel-exemple pour les chréti<$ns du siècle qui m'éeoutent ! car pour V6tfie é(iiAca«tion , mes Qbera^ndiMMirs>U n'yawiHMnfdnnnvoe;4ieoeM>s 91e voue*

Page 1