‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 28 sur 99 · SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU

ne puissiez et que vous ne deviez vous appliquer selon ce que vous êtes 9 et ce que Dieu demande de vous , dans la vie séculière et néanmoins chrétienne à laquelle il vous a appelés. Tout ce que je dirai vous instruira , ou , si vous n'en profitez pas » vous confondra. Mais indépendamment du fruit que les chrétiens du siècle en tireront, voici eooore une fois, fidèle épouse du Sauveur, les deux avantages dont la profession religieuse va vous mettre en possession , et dont le devoir de mon ministère m'oblige à vous féliciter. En vertu de- raction que vous allez faire, le Dieu de Tunivers, parceque vous le choisisses, va devenir singulièrement votre Dieu ; et vous , parcequ'il vous choisit lui-même , vous allez devenir singulièrement sa créature. C'est-àdire, il va être voire Dieu avec toute la distinction qu'il le peut être dans l'ordre de la grâce; et vous, avec la même distinction, vous serez sa créature d'une manière qui , dans Tordre de la grâce, va dès maintenant vous combler de gloire. ^Lvant que d'en venir à la preuve, ayons recours à la mère de Dieu, et saluons-la en lui disant Ave Maria.

PBEMIÈRB PARTIE.

Choisir le Seigneur ^ et par ce choix en faire son Dieu, c'est un des secretsdela pi^estination divine, qu'il n'appartenoitqu*à Dieu même de nous révéler ; et dire qu'en quittant le monde pour embrasser l'état religieux , nous avons trouvé ce secret , c'est une vérité , mes chères Sœurs, aussi consolante pour nous qu'elle est propre à nous soutenir dans la pratique de nos devoirs. Mais cette vérité, quoique constante, a besoin d'éclaircissement. Car enfin, demandent les interprètes, expliquant ce passage du Deutéronome, Dominum elegistiy ut sit txbi Detu, Dieu ne seroit-il pas notre Dieu, si nous ne le choisissions de la sorte ; et dépend-il de nous qu'il soit notre Dieu ou qu'il ne le soit pas, qu'il le soit plus ou qu'il le soit moins, qu'il le soit par un titre ou par un autre; et en conséquence du choix que nous avons fait de lui, sommes-nous en droit de prétendre qu'en effet il soit plus notre Dieu qu'il ne Test du reste des hommes? C'est à ces importantes questions que je répondrai, et c'est de ces questions mêmes que je tirerai les preuves les plus convaincantes et les plus touchantes de la première proposition que j'ai avancée. Mais auparavant concevons-la bien, et formons-nous-en une idée juste, et qui puisse désormais être la règle de toute la conduite de notre vie.

Oui, mes chère» Sœurs, je le répète, quand nous nous séparons du monde pour nous consacrer à Dieu par le vœu solennel de la religion, nous accomplissons en vérité et en esprit ce que les Israélites charnels n'accomplirent qu'en figure , lorsqu'ils entrèrent dans la terre promise. Non seulement nous choisissons le Seigneur, mais nous le choisissons dans celte vue, qu'il soit particulièrement notre Dieu. Or je veux vous montrer d'abord combien d*une part ce choix lui est honorable, et de l'autre combien il nous est avantageux. Rapport à Dieu et à nous-mêmes, par où nous devons mesurer rexcellence et la perfec-

tion de ce cboix. Il y a plus : car ce ehoix présuppose, je veux tous iaire remarquer^ et môme tous foire sentir, combien Dieu nous est nécessaire dans ta séparation du monde où la religion nous engage. Mais aussi Yeux*je au même temps vous obliger à reoonnotire que, quelque séparés du monde que nous soyons, ce choix présupposé» Dieu nous suffit. Appliquez-vous à ma pensée, dont voici le précis réduit k cinq chefs : choix glorieux à Dieu, choix heureux pour nous, choix qui nous rend Dieu nécessaire, choix qui fait que Dieu nous suffit» et choix enfin d'oii il s'ensuit que Dieu est tout autrement notre Dieu qu'il De Test des chrétiens du sièclCi Plaise au ciel que je puisse bien imprimer dans vos esprits et dans vos cœurs des vérités si édifiantes! Première vérité : choix glorieux à Dieu. La démonstration en est «ensible^ et vous en devez être touchées. C'est qu'en vertu de ce choix nous rendons à Dieu un authentique témoignage qu'il est Dieu , et parfaitement notre Dieu, et, à l'exclusion de tout autre, notre seul et unique Dieu, puisqu'il mérite que nous quittions tout pour lui, et que pour lui nous renoncions à nous-mêmes: car il n'y a queDieu qui mérite cet abandonnement total, et pour qui il nous soit permis de renoncer à nous-mêmes jusqu'à nous sacrifier nous-mêmes, commeil n'y a que Vame religieuse qui rende à Dieu cet honneur, au moins dans toute l'étendue que cet honneur lui peut être rendu sur la terre. Et c'est ici, mes chères Sœurs, que je commence à découvrir le privilège ioestimable de notre vocation. Non, disoit saint Basile à ses disciples , H n'y a que Dieu seul à qui ce sacrifice volontaire de la profession religieuse puisse être dû, et pour qui il puisse être louable. Quitter tout pour tout autre que pour Dieu, ce seroit un excès de folie ; mais pour Dieu, c'est une âninente sagesse. Renoncer à soi-même pour la créature, ce seroit une idolâtrie secrète et une impiété ; mais pour Dieu , c'est un acte héroïque de religion. En cela, dis-je, consiste la grandeur de Dieu, et par un admirable enchaînement des intérêts de Dieu avec les nôtres, en cela la grandeur de Dieu, quoique absolue et indépendante de nous, semble ne pouvoir être séparée de nos intérêts.' Car vous seul, ô mon Dieu, vous seul êtes digne que nous quittions tout pour vous, parceque dans vous seul nous trouvons tout ce que nous quittons, et infiniment au-delà de tout ce que nous quittons; vous seul avez droit d'exiger que pour vous nous renoncions à nous-mêmes , parceque vous seul pouvez nous dédommager de ce i*enoncement , et qu'étant Dieu, vous avez seul de quoi pouvoir être la récompense de notre sacrifice.

Mettons nos intérêts à part : ce n'est point encore de quoi il s'agît. J'ai dit au Seigneur: Vous êtes mon Dieu, parceque vous n'avez nul besoin de mes biens : Dixi Domino : Deus meus es tu, quoniam bono* rum meorum non egts(Psalm. 15). Ainsi parloit David. Et moi, peut et doit ajouter l'aroe religieuse, j'ai dit au Seigneur: Vous êtes mon INeu, parceque , non content de mes biens, doi)t vous n'avez ni ne

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