‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 4 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Entreprendre de justifier la foi par rinfidëlité même » c'est ce qui semble d'abord un paniloxe ; mais, dans le sentiment de saint Augustin , c'est une des voies les plus courtes pour discerner la vérité de l'erreur. J'appelle justifier la foi par rinfidëlité même, opposer la conduite de l'jnfidélité à la conduite de la foi, les caractères de l'infidélité aux caractères de la foi ; c'est-à-dire opposer les égarements de Tinfidélité à la droiture de la foi, les désordres de l'infidélité à la perfection de la foi, la tànérîté, la folie, et souffrez que j'use de ce teraie» qui n'a paru^ni trop fort ni trop dur à saint Augustin, l'extravagant de l'infidélité à la prudence de la foi ; en un mot , comparer l'une avec l'autre et examiner Tune par l'autre, puisqu'il est vf ai que cet examen seul et cetle comparaison doit obliger tout homme raisonnable à con- ' cidre en fafveur de la foi, et le préserver pour jamais du péché de Tinfidélité. Arrêtons-nous donc à ce plan que je me propose, et considérons-le dans toute son étendue. Car je remarque dans Tincrédulité de saint. ThAnas quatre ditférents^caractères qui nous' expriment parfaitement la nature de ce péché, aujourd'hui si cbntagie|ix et si répandu dans le monde; j'y remarque, dis^je, Tesprit»de singularité, la préoccupation du jugement, Tattacbe opiniâtre à. sa première résolution, et la petitesse d'un génie borné qui veut mesurer par les sens les ' choses de Dieu , en ne croyant que ce qu'il voit. Vbilàv mes chers auditeurs, ce qui fit le malheur de «et apôtre, et ce que vous avez dû, comme moi, observer dans la suite de notre évangile. La singularité parotc, eh ce que saini Thomas se trouva séparé des autres disciples, * quand le Sauveur du monde se fit voir à eux le huitième jour apf es sa ^ résurrection, Non eratieum eis, quando vemtJesui (loANf, 20); la préoccupation, en ce q«e, avant de s'éclaircir et de s'informer exaotenient des choses, il se détéiinina à ne pas croire que- le Fils de ^ Dieu fut ressuscite , el déclara qu'il ne le croiroit pas , Non creéam * (Ibid.) ; Topiniâtreté , en ce qu'il persista et qu'il s'obstina à ne le pas croire en effot, malgré le.témoignage de tous les autres, qui assûroient > ayoir vu leur maître vivant, Vidimus Bominvm (Ibid.) ; enfin, la petitesse d'un génie borné, en tse qu'il voulut que ses yeux fussent les seuls et uniques juges d'une vérité si solidement confirmée d'ailleurs ; protestant que, s'il ne.voyoit pas lui-même Jésu&-Christ, on ne le feroit jamaiis convenir de ce qu'on lui en rapportoit : Nisividaro fixuram clavorum, et mittam mamm.in latus ^us (Ibid.). .Caractères, dit saint Augustin, propresde ttiusles esprits incrédules et pi^rvertis dans la foi ; comme si Dieuavoit eu dessân de nous manquer dans cet exemple tous les écueils auxquels il prévo:yoit que notée foi seroit un jour ex- ' posée, et que nous aurions à éviter dans le mondé' si nous voulions y conserver une rel^on^purèet sans tache : caractères d'nicmlulité di** * rectement opposés aux caractères de la foi et de Tesprit chrétien; car

\&pni chrétien qvr agît par les moavementâ de la foi est un esprit

unWersel, un esprit droit, un esprit docile, un esprit élevé au-dessus

des SOS : un esprit universel, quis'attpche à TÉglise, et qui s'y con-

fcniie;un esprit droit, qlii, pour chercher la vérité, s% tfegage de

(DDieffiévention ; un esprit docile, qui revient aisément de ses erreurs; .

m esprit élevé au-dessus des sens, qui n'a pour règle que les grands

principes de la toute-puissance et de la sagesse de Dieu , lorsqu'il s*a-

^x des œuvres de Dieu. Encore une fois, quand il n'y aurdt que cette

«Mlle opposition entre la foi et l'incrédulité, ne faudroit-il pas avoulsr

que 1 'incrédulité , de la manière qu'elle se forme dans la plupart des

homaies du siècle, est un pur dérèglement de Tesprit humain ; au lieu

qœbfoi est par excellence la vertu des âmes raisonnables et sages?

Faisons sur diacun de ces caractères autant de réflexions , et tâchez

de bien entrer dans toutes ces pensées.

Thomas, un des disciples du Sauveur, n'étoit pas avec les autres quand le Sauveur ressuscité parut au milieu d'eux : Thomas autem ^ «fitu ex diModecm non erat cum eif, quando venit Jésus. Prenësc garde, s'il vous plait , >]u'il n'étoit pas avec les autres , dans un temps où il avoîl toute sorte d'intérêt et béme d'obligation de s'y trouver, puis-t que c*étoit dans un temps où le troupeau de Jésus-Christ, auparavant* dispersé, venoit heureusement de se réunir; dans un temps où' les apôtres, premiers pasteurs de ce troupeau , se tenoient assemblés en^ un même lieu. Vin erant discipuli eongregati (Joan., 20) ; et par con-séquent où il étoit très dangereux d'être séparé de leur compagnie ^i parceque, selon la remarque de saint Ghrysostome, l'assemblée des apôtres et des disciplei, en ce même lieu, représentoit tout le corps de l'Église naissante. Cependant saint l^homas en demeure éloigné ; . et dans cette conjoncture, où deux raisons particulières les obligeoient tous à se tenir unis, l'une, pour se préparer à soutenir la persécution, des Juifis , Ubi erant eongregati propter metum Judœorum ( Ibid. ); Twitre, pour attendre l'effet de la parole du Fils de Dieu , qui leur avoit expressément promis <;ette apparition , et qui par-là voulait plei-^ nemem les convaincre de la vérité d'un liiystère qu'il sa voit devoir être ^ ondes plus soIi<^ fondements de leur foi : saint. Thomas, dis-je, est. le seul qui, dansutrthcoHjoncture aussi essentielle qitie cetle-là, ne cem-j nionique ooiàt avec ses frières : Non erat cum eis, quando venit Jésus ^ Tel est r«iprit de singularité ; et je prétends, Chrétiens, que cet esprit' est le principe le plus ordinaire de l'incrédulité :' car voilà une des jflm ooftimniies sources d'où procèdent mille désordres qui corrompent ou qui altèrent, dans les esprits des hommes, ta pureté de la foi. Qui feic dans le monde tant de libertins en matière dé créance ? Taffeciaiiœi d'une vaine et orgueilleuse singularité , dont les libertins se piquent ; ils croient qu'il ienr ^ffit d'éire singuliers , pour avoir plus de lumières et phis de raison que les autres : ne pas penser comme las autres, et parler autrement que les. aiftres ; dire ce que personne

4a POUR LA FÉTË 0£ SAINT THOMAS, APOTREi

n'a osé dire, et rejeter ce que tout le monde dit» voU^ en qaoi çoqsist^ cette supériorité d'esprit dont ils se flattent ; voilà tout le secrel da^ leur libertinage. Et sur quoi s'appuient-ils et se fondent-ils pour secouer le joiig^de I9 foi? lur leur propre sens 9 à Texotusion d^ toute antre règle^ : car, bjçn iQip de convenir avec ceux qui niarc^ientHliuifl» la voie d'une humble soumission à ta foi, à peine Gonvienn^ntiîI$ aveo aucun de ceux qui méprisent cette voie • et qui sont liberûus comme eux ; puisqu'il est vrai que chaque libertin» 9elon son caprice, se feit intérieurement ^ne.créapce à ^ mode» et qui n*est que pour lui seul ; suivant en aveugle toutes se^ idées , raisonnant tantôt d'une façon et tantôt de l'autre^ se formant des systèmes chimériques de providence e( de divinité^ qu'il établit et qu'il reqverse, selon l'humeur présente qui le domine ; pe se fixant à rien» et contestant sur tout.

Ce que je dis, n'est-ce pas ce que lexpériepce noys iait voir tous les jours en tant de n^ondaios» et ce qu^épi^ouvent peut-être plusieurs de ceux qui m'eutendent? Qui de tOMt temps a produit les hérésies dan» l'Église d^ Dieu '/ Perm^^ttez-moi de m'étendre sur ce ppint» spécialenient propre pour ceux d'entre nos frères que le malbenr de leur naissance avoit autrefois séparés de notre communion; car je sais qu'il y 0fk a dans cet s^uditoire, et je n aurois pas le ^èle que je dois avoir pour leuf conversion parfaite et pour leur salut, si je maqquois à leur donner une instruction qui leur peut être si ulile. Qui donc de tout temps a produit l^s hérésies daqs l'ÉgUse de Dieu? L'amour de la singularité. Voulez- vous une npiion générale des hérétiques? la voici/telJe que je la tire de l'Écriture : Ce sont des hommes, dit Tapôtre saint Juda^^iuî se séparant eux-méipi^s : Bi ^urn qui 9egregfît sen^iptoi ( flpiH* Juùm) : c'est-àrdirç des hommes qui» par un schisme malheureux» an* tretiennent au milieu du chrii^iianisme des sociétés particulières» au préjudice de Tunité ; 4?s hqmmes oui se font des intérims à pact ; qui « comme parle saint À^ugustin » se ^ri^ent d'un certain chef» d^t la sectç est aussi pouvella que le nom : PrœmVMn^ ^ nf scî^ quo dacç suo f 2(t ccèpit heri /Augu^t.) ; et qui» paf un aveuglement extrême, air ■leqt mieux j^bandonqer la créance d^ l'Église» aimeni. mieuiL dire que l'Église s'e^^ trempée; aiment mi^x avoir tonte l'autorité de l'Église à éluder Qfi ^ combattre » que de renQnoer àrx^ prétendu cbaf. C'est pour cel^ qu^^es païf tisons de ces sectt:;^ infortufiées , donl le royaunie de Jésus-Ubrist a été trouÙé» ont toujours eu» ma|[ré eux» des noms q^i les opt dist|ag|iés dans lemoqde ; luthériens, pelajSÛina» > nestoriens^ ^riç^Oi^; ^u lieu, disoti Vincent de Lérini».qiie nous» qui soiume^ dei^euré^ Bdèies et qui détestons leurs eri^virs, v^s avons doiiservc le npifu de catholiques et d'eniants de cette Église univers selle, qui n'est ni de celui-ci* ni de ce|ii-Ià, mai&da jés^s-Clhjrist; npm vénérable qu'on ne nous ^ point dispnt^, eï àmx U poss^sion paisible est un des titres qdie nous gardons plusxhèrei^eptt. Ck je dis ^Deeebi seul est un orâu^é. mais un nréjuité infoiUible en kyeuf de aotM

POUR lA FÈTf DE SAINT THOMAS, APOTRE, ^

foi : car si dans tout autre sujet la singularité doit être suspecte, combien plus lorsqu*il s'agit de la foi , laquelle » selon l'Apôtre « est le sacré lien qui doit unir tous les hommes dans le culte d*uu même Dieu etd*oo même Seigneur! Unns Dominusj, una fides [Ëphes.^ 4)« Si, dans les affaires même temporelles , s'écàrier du sentiment conunun est une témSritë insoutenable, que doit-on penser de celui qui s'en écarte dans uue^hose aussi essentielle que là religion ; qui, pour di^ ce^i^leYrai et^ feux dans les difficultés et les différends qui peu- ^«Bt natire en matière de créance, prétend , comme les sectateurs de Calvin, que ce n'est point par l'esprit de l'Église au'il doit être dirigé, mais par un esprit intérieur qui est en lui? Que raut-il attendre 4*une sembhkle conduite? et s'il est si difficile à l'homme livré à son propre sens de trouver la vérité qui dépend des simples lumières de la nature, comment trouvera-t-il celle doqt la connoiss^tiOe est up don de la grâce? Car enfin, à qui Jésus-Christ a-t-il promis ce don? à qui at-il confié le dépôt de cette vérité? à qui en a-t-il révélé le secret et l'iateltigence? n'est-ce pas à l'Église son épouse? De là vient que saint Paul, après avoir employé quatorze années de son apostolat daus la prédication de lÉvangile, voulut, comme il le déclare lui-méa^e, retourner à Jérusalem : pourquoi? pour expqser auK fidèles, et surtout à ceux qui tenoient dans l'Ëgiise leà preinieiï rangs, lif (j|octrine qu'il avoit préchée aux Gentils, aQn, disoit-il, de pe pas per^lrQ le fruit d^Qe qu'il avoit ^ja fiait, et de ce qu'il deyojt fair^ ^acpre dans Texercice de son minidlre : iVe forih in vacutêm curr^emjf (iut cw^urrisiem IGfh^*^ 2). Comment l'eq^ndoit-il, )|e(nandent les P^gs? pt^$q)|i^ sop t^M^npie, ainsi qu'il Fa^sure, ;ie venoji; ppiut de la révélation d« ^wwe^i. ^'avoit-V besoin d'en converser avec les hQjninei? L'ayant reçu immédiatement de ^esus-Chjrist , ne (le\oit-jl pg§ être {rapquille , et d€voit-il crahidre^ ^elqn son expressiioi] , d*9Yoir cpuru en Yai|[^ cq px^ chant ce qu'il ^voit apprij^ d^ Ççigneur (n0me? i^ï ipes^. ^rèr^^ ripond saint Èbfysostome, {1 est vrai Qi;e ^aipt p^ul $e (finoi( s&r éi^ , ^rantDieu de son Évangile ,e( dç s^ doctrine; m^^s \\ Youloit WW iDODn*er par^là combien il e§t dangereOx d'^tr^ singulier en ce gi|i touché la religion, puisque sou Evangile ménf^e,^out ^nspiç^ de Dieii qu'il étoit , devoit avoir ce cai^actère d*unifor(nlt^ pour ^û'e aano^çif utilement. Et yoilùf mes cl^rs auditeurs, ce qui upu^ doi| çonsoligr^ et tout ensemble fortifier dan^ la prof(ps.sio9 que nous. Çaisiops de ftdr^ voir'point d'autres sentiments aue çeu^ ^e toutç r^lglxs^; d(e pou,v(H| dire après saint Jérôme, s^vec c^tte sincérité de çûpt^r doni Diei|. &H ^ jugje : Je crois ce que crcàt VÊglU^ ; |e uç ço^npojs poiqt Pantefl, jjB.ne sais ce que c'est que Vital , Je ne nî*intéres§ip pf in( ppnc îtteJècc^ ff^HS |ç m'attache à cette Église qui s( été bâti^ spr I9 pi^^^e fecm^f y \jfiwi vivre et pDOùrîr dans cette foi qui a èié confirmée p^c tantc^çoocile^ autorisée j^a^'ie'coîrsentèment de tant de siècles^ sigbée d^^O|^a^. t^K^ éé ntàrtyrà; "(jl^ajpvier avec saint Àuijuftin : l<^ sui^ c^ii^tig,: ^^<îe

nom de catholique , qui justifie ma créance, me la fait aimer et m'y. affermit de plus eu plus. Au contraire , voilà ce qui nous doit faire trembler, quand nous oous éloignons de ce principe, et qu'il pous arrive dé contredire même intérieurement ce que TÉglise a décidé ^ car il ne s'agit pas alors d'une spéculation indifférente où il soit permis de croire et de penser ce que personne n a pensé ni cru, et où l'égarement de la raison, sans avoir rien de commun ârec le salut »ipit en quelque façon du droit et de la liberté publique : il s*àgit de la foi^ dont la moindre altération est un crime; et où les fausses démarches que Ton fait aboutissent toutes à la perdition, et sont autant de chutek terribles, mais inévitables à un esprit présomptueux et singulier. Tandis que je m'en tiens à la foi de rÉglise, je suis en sûreté de ce côtélà , et je jouis d'un profond repos. Je me trouve embarqué dans uu vaisseau (autre pensée de saint Jérôme , dont il étoit touché) ; je me trouve embarqué dans un vaisseau qui peut bien être agité des vents et des tempêtes, mais qui ne peut faire naufrage : si j*en sors pour me laisser emporter aux mouvements de mon esprit, dès-là je cours tpus les risques de mes propres erreurs ; dès*là je ne puis me défendre de donner dans l'écueil de Tinfidélité. Tel est néanmoins, mes chers auditeurs, le penchant de (Ihomme libertin; il ne compte pour rien de risquer sa foj, d'exposer sa religion, et même de la corrompre, pourvu qu'il abonde en son sens. Dâmnable esprit de singularité, quels maux n'as-tu pas causés, et ne causes-tu pas encore tous les jou]|j& dans le monde chrétien ? Revenons à notre évangile.

Non seulement saint Thomas se sépara des apôtres, mais, dans le doute où il étoit de la résurrection de son maître, il se préoccupa, et conclut d'abord qu'il necroiroit pas : Non credam (Joan., 30). Quelle raison eut-il de s'en déclarer de la sorte? point d'autre, dit saint Chrysostome ,. qu'tine prévention aveugle, qui lui fit prendre parti sans savoir pourquoi, et qui l'engagea à contester et à nier une vérité, avant que de s'en éclaircir et de s*en instruire. En effet, s'il eût agi prudemment, son premier soin devoit être d'approfondir la chose: il se seroit appliqué à en bien peser toutes les circonstances ; il auroit écouté avec attention ce que lui disoient les disciples, et, sur un témoignage si ^prës et si unanime, il eût au. moins, suspendu son jugement; mais de commencer par une déclaration *aussi formelle qi|e celle-là , Non credam^ et sans avoir rien exammé, dire ab^Iument» Je ne croirai pas, ce ne peut être le langage que d'un esprit prévenu, et c'est aussi le second désordre que j'ai à combattre.

Combien y a-t-il de ces esprits prétendus forts, dont tout le raisonnement sur cel^tains articles de la religion se réduit à cette parole de saint Thomas : Non credam t Ils n'ont jamais pénétré la difficulté de ces questions , et pëuf-être à peine la conçoivent-ils : bien loin d*eu avoir fait une étude exacte, ils avouent souvent que ces .matières né tsçnt pas de leur ressort; ils n'ont nulle évîdencç çt nulle démonstra*

POORiLA FÊTE DE SAINT THOMAS, APOTRE. 4^

lion du contraire, et toutefois ils n'en disent pas moins hardiment, Jîon milam. En fiiut-il davantage pour les confondf e? Ce qui les rend înexcosables devant Dieu , c'est ^e, sur tout le reste, ils auront, si voQs voulez, de ladociliid. Proposez à un mondain de ce caractère les opinions les plus paradoxes d'une nouvelle philosophie qui fait bruit et se répand, il vous écoutera sans préaDcupation;'mais parlez-lui (Tone vérité de foi , il semble qu'il soit en ^arde contre Dieu, et qu'il ait droit de tenir pour suspect son témoignage : n'y a-t-il pas en cela imabandonnement visible à ce que l'Écriture appelle sens réprouvé? Non pas, Chrétiens (prenez garde, s'ibvous plaît, à cette remarque), WD pus goe l'intention de Bieu soit que nous donnions aveuglément et 5SUI5 choix en toute sorte de créance, ni qu'il s'ensuive de là que nous soyons obligés de recevoir, sans discussion , tout ce qu'on nous présente comme révélé de Dieu : si cela étoit, notre foi ne seroit plus Qoe foi discrète, ni par conséquent une foi divine; bien loin que Dieu le prétende ainsi , il exige au contraire qu'en matière même de foi , tant ponr n'y être pas trompés que pour en pouvoir^ndreHX)mpte , ooQs nous instruisions des choses ; et quoiqu'il nous défende de raisonner, quand nous sommes une fois convaincus que c*ést lui qui nAus parle, il trouve bon (me nous raisonnions, pour nous assurer si c'est lui en effet qui a parie: non' seulement il le trouve bon, mais il lèvent, et, selon la mesure de notre capacité, il nous l'ordonne : Noiite otnni ipiritui credere ; probate spiritus an ex Ùeo mt. (Joan., Episu i, c. 4), ÎTais il veut aussi, et avec justice , que nous fassions cet examen sans prévention , et que ce soit au moins avec le même respect que nous examinerions la parole d'un souverain de la terre, dont on nous signifieroit les ordres. Il veut , dit saint Augustin dans le livre admirable de l'Utilité de la Foi, que nous ayons pour ses divins oracles, qui sont les Écritures saintes, Tesprit et le cœur favorablement préparés; et qnesidans ces sacrés volumes, ou dans toifte Téconomie de notre rei^ I il y avoit quelque chose qui nous troublât , ou même qui nous (£oqnlt, nous soyons plutôt disposés à confesser notre ignorance ço'i rejeter (les mystères que nous ne comprenons pas bien ; mais sortoni il vent que nous corrigions un certain esprit de malignité, qui lait qu'en ce qui regarde la foi, nous ne souhaitons d'être éclairés que poor contredire, que pour critiquer, que pour philosopher, que pour disputer, et peut-être avec une intention secrète de ne nous laisser pas persuader ; il veut, dis-je, .que^i nous ne sommes jjas encore parfoitement soumis à la foi, votis ne nous fassions pas de ce pernicieux esprit im obstacle à l'être; que si nous ne cOnnoissons pas encore le don de^ieu , nous ne nous rendions pa^ par-là incapables de le con- Bottre ; enfin il veut que, comme nous comptons pour une vertu d'être dociles à Vég^rû des hommes , nous comptions pour un devoir indispensable et inviolable de Têtre envers Dieu, afin de vérifier dans nos personnes là prédiction du Sauveur : Et erttnt onfnes doçiHIes Dei

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floÂi^., 6). Yoilà./^ que Dieu exigée de nous : pouvons-nous nous plaindre qu'il en use avec trop d*empiref H si nous n*âvons pas pour lui èette dûcilftë cbrétienne, aora-t-il tort dé nous punir dans toute la rigueur de sa justice? Mali saveà!-Vou$, fnes chërs auditeurs , ce qui .'angniente encore' dan« les mondafii^ le désordre die (îette préoccupa^ ^on, si contraire à TespriC èe la religion? Écoùtez-mol ; C'est la vaine cMnte i]u't)s ont (f mié autre préoccupation tout opposée à celle-ci. Je m*èitplique i pMiks d'tme raison fiére qui les enfle , ils craignent d*étfé pfëocdfpA éù h^fëitt dé h fbi , M ifs né craignent pas d'être préoccupés cdcrtrela foi ; 8s £(|rprébeiïaent d'atoir trop de facilité et de disposition à croire , ils n'appréhendent jamais de n*en avoir pas assez; ib^se défendent de ta siriïpficité comme d*un folble, et ils ne petfsent fmâ S sel défe^drér â% forg^éit, qui est eàôoré un plus grand Mblèr. OpMdâùt, ttté9 ttëtés , dit saint Augustin, lequel des deux e^ (e |)Iti^dsltigéTèèt patte notTs^ et lo^squ'îl âûdra subir le jugeaient de Diéti r <fbqu^ ^^ àèux aurons-nous plus sujet (le nous repentiri cm d'avdir été sint^ês et humbles, ou d'avoir été supçibes et incréduléffi Qaihi cêftêr dm()1f(^é de k fol, qui eât ta marque la plus infail- Hble de ta friffé piété, noos âlurôit fôrtinnoceminent tomber eii Quelque érrcfur, quel mal nou^ en peut-i( arriver, comfhrable.â celui. qiie notre opposition à la foi âoûs attirera? le sais ^tCiI faut éviter Fun et Tthtitë excfe : ttraî^ ed-îl Jii5<e dé n'éviter t'un que pour s'abandonner à f autre, et ae se glorifier de cetui-ci pendant qu'on auroit honte é^ erïtri-Nl? Esprit de plréventiôh dont je défie le libertin de pouvoir de* tant Dieu âe disculper. Allons plus avant,

Octtreque saW Tf^Omas se préoccupa , il s'opiniàtra di^ns son inr crédulité. Tout le portoit à iroire que Jéstls-Christ etoît ^ssuscilé : le rapport des femmes qui l'avoient vu , Je témoignage de^ JJtadeleipe qui lai aveit parlé, celui d^ àem. disciples^qui avoient mangé avec lui dans la bourgade d'Emmaiis; la (léclaratioa de tous les apôtçe6as|em'« blés, an milieu desquels il venoit de paroi ire; rév.^]^€iaient des cbo- 9fS& , c'éét-à-dire lè tombeau trouvé vide sous le sceau public, la Synagogue alarmée , les gardes confus ; tout cela san^ dçiute devoit lé ébHyaittcre de la résurrection de son mâitre. Mais malgré tout cela il persiste, et s'obstine à di're qu'il n^en croira rien : autre caractère de rhifidéfité du siècle , qui , par un endurcissement opiniâtre , se r.end impénétrable et inflexible à h véri|é. Pourroit-on sa le persuader, si retpérience ne^nous Tapprenoit pas , qU'il^ eût daps lemonde de ce^ îfnpies, qui, pour se confirmer dans une monstrueuse ^t scandaleuse inoh piété, font gMre dc^rejeter toute autorité; osent s'inscrire en faiflf contre les témoignages les plus évidents, contre les mii'aclesles plus avérés, contre les faits les plus incontestables; pensent en éire quittes pour dire que ceuK qui attestent ces faits, ouelque.vénératian^qu^on ait pour leurs personnes, pour leur capacité, pour leur saintieCé » les Gypriea» le$ Ambroise et les Augustin , ont été ou trompés eux-mêmes, ou des'

FOUR ul Fête dî saint tHOMAS,- apôtre. 47

tranpeiirs, on des visionnaires , on des imposteurs? C'est ainsi néanmoins qae parie le libertin. Le croiroit-on , que la corruption.de l'esprkde rhoQinie allât jusqu'à se faire un point d*bonneilr de de revenir jam de son sentiment , de n'acquiescer Jaitiais 8 la vérité » quand <m s'est une fois déclaré contre elle ; de pousser une erreur aux der« Bièrd exli^itës, parcequ'on s'est engagé à la soutenir , et d*ainier mieiix en voir les suites funestes , que de la reconnoître et d*en faire tnunhlenieDt Taveu? G*est cependant à quoi aboutit le faux zèle dé fMrétîqtt^ t péché qui attaque directement le SMut-Esorii , en opposant i toates ses lunnères un cœtif dur , dont Tèsprit de ténèbres a'm emparé ; péché dont TÉgtise â reçu tant de plaies monetles , poigne l'obstination d*nn seul homme l^a si souvent jetée dans h eoofdsioli et la désolation i péché q^di , dans ta société civile i cause tous ks jours tant de désordres au prëjUilice de la charité qui en est Messée, de la paix qui en est troublée , de la justice et de Finnocence qal en est ôppritltée; C'est là toutefois, Inès chers auditeurs, ce que le inonde avèUgle et passionné fait passer pur force d'esprit. Ah ! Seigneur, ne permettez pn$ qùè je itl'ën ron&e jamais une semblable , et ne souffrez J^ que jamais mon esprit se fortifie de là sortéWlul dépens de ma m. Non , mon Dieu , il n*en ira pas ainsi : parmi les foiblessç extrétnesi cpioijeseâs que mon esprit est siiyet , s'il oa^ reste qpcôre quelque force, c'est pour Vous, et non pas contre vous, que Je prétends h eonserver; car je veux potfvoir vous dire aussi bien que David t Forùnulinem meam ad te custodiam (Pi;, 4o) ; et je veux que ces paroles demeurent gravées dans mon cœur» pour être la première règle de ma conduite. Lès libertins emploient h force de leur esprit contre Voflre râigion , les hérésiarques contre votre Église , tous und^ nimement contre vous; mais moi, Seigneur, qui fais profession d'être fidtie» je la garderai, et j'en userai pour vous : Fortitudmem meam od le cttstodîiam. Au lieu que ceuX-là mettent leur force à ne rien ctfntt, ou à ne croire que ce qui leur plaît, je mettrai la mienne à me soumettre et à noe captiver : nta fbrce sera ma soumission ; et quand jeroas ferai, ô mon Dieu, le sacrificedr> celte soumission, qui est le plus grand effort de Tesprit humain , je me consolerai dans la pensée que je le fois pour vous, et non pour d'autres. Qu*on me traite aesprit roi* bie, que le monde juge de moi selon ses vues ; peu m'importera, pourvu qnQ je m'attache â vous par une foi vive , et que rien ne soit capable de nrébranlei* dans la résolution où je suis de n'avoir ni esprit ni force que pour vous , et par rapport â vous : Forûtudmem meam ad te custodiam. Voilà, mes Frères, dit snint Augustin , comment un bomme chrétien doit parfer à l)îeu, et voità ce qui (ait sa gloire : caf , qa*y a-t-il de plus glorieux que d'être vaincu, ou plutôt que de vouloir bien être vaiacu par la vérité : Quid enim ^/ort^u^ quàm vinci A verkate (âugijst.)? Mais qu'y a-t-il de plus pitoyable que devoir honte de céder à la vérité , que de se révolter et de s'aigrir contre la

vérité, que de s'en frire une ennemie irréconciliable, avec laquelle on ne veut jamais convenir? Pouvez-vous, Seigneur, nous punir plas séyèrem^ent, que de nous livrer à cet esprit d'obstination?

ËaBn, saine Thomas protesta qu'il ne croiroit point la' résurr^tfkm de Jésus-Christ , s'il ne voyoit la marqué des clous dont ses ipains avoient été percées, et s'il ne mettoit le doigt dans la plaîe de S09 côté, MêividerofixurimiclavorùmjetnnUammanumin lotus i^us^non cre* dam; et quoique la vue des plaies du Sauveur fût de toutes les preuves la plus équivoque, puisqu'au contraire, ditOrigène, si Jésus- Christ étoit ressuscité, son corps, comme glorieux et impassible^ n'eût dû naturellemenr avoir nul vestige de ce qu'il avoitsouttert; par un raisonnement mal ent^u, ce disciple incrédule ne laisse pas d'insister sur cette unique preuve dont il fait dépendre sa foi : Nisi videra , noncredâm. Dernier aveuglement de l'infidélité, qui, se contredisant elle-même, après avoir quitté fe parti d'une raison solide qui la soumettoit à la révélation de Dieu, veut réduire toutes choses aux. connoissances des sens, comme si*les sens avoient un tribanal supérieur à la révélation et à la raison; comme s'ils étoient jug^s compétents des mystères que la religion nous propose ; comme si leur spbèrepouvoit s'étendre jusqu'à l'être non-seulemçnt spirituel, mais surnaturel et divin ; comme s'il suffisoit de dire, Je ne l'ai pas vu, pour avoir droit de douter de tout; comme si dans leSaffoires mêmes du monde on ne se^tenoit pas obligé de croire mille^ehoses qu'on ne voit pas , et qu'il est impossible de voir. Non , mes Frères, conclut saint Bernard , traitant ce sujet dans un de ses sermons sur le Cantique des cantiques, ce n'est point par-là qu'on parvient à la vérité. C'est parcequ'on a ouï , dit T Apôtre, et non ftas parcequ'on sTvu , qu'on connoit Dieu dans cette vie : Fides eoo auditu (R(nn.j iO). La vue des mystères de Dieu est la récompense qu'on nous réserve dans le ciel; mais cette récompense doit être méritée sur la terre par l'obéissance de la foj. D'^ù vient que le prophète disoit à Dieu : Auditui meo dabis gaudium et lœtitiam (Ps,,,60) : Parceque j'ai entendu avec respect votre parole, vous me donnerez, Seigneur, la consolation et la joie d'en voir un jour clairement et à découvert les secrets les plus cachés. Attachons-nous donc à cet ordre si sagement établi; et , bien loin de dire avec le disciple de noire évangile , Si je ne vois , je ne croirai pas ; remercions Dieu , et comptons pour une grâce singulière de ce que nous pouvons avoir le mérite de ne pas voir et de croire, puisque Jésus-Christ nous déclare qu'en cela même nous sommes heureux : Beati qui non vidertini et crediderunt (Joan., 20). Ne soyons pas aveugles jusqu'à ce point* de nous en affliger, ni de nous en plaindre , et ne nous faisons pas un o^alheur de la cho$e même dont il ^us a fait une béatitude; souhaitons que notre foi soit p!us abondante, plUs agissante, plus fervente , mais ne souhaitons pas qu'erie soit plus évidente; demandons, à Dieu , non pas qii'elfe soir en

dle-méme plus éclairée /maivquîfrQpus soyons plus disposes à être

écbirés par elle^ lûÉdiës par elle, sanctifies et convertis par elle; et

à, au moment qu^ vous parle > on venoit à nous dire , comme à

saint Louis, au'il paroit actuellement un miracle visible dont il ne lient

qu'à nous d*étre témoins , soyons prêts de répondre, à Texemple de

œ saint roi, que pour croire nous n'avons pas besoin d'un tel secours;

qaenous avons Moïse et les prophètes^ c'est-à-dire les Écritiu*es

saintes; itue nous avons l'Évangile de Jésus-Christ , dont^ certitude

«orpasàe tous le$ miracles. Ne tombons point aprtout dans le désordre

de ces hommes inlsensés dont parie Tapôtre^saint Jude, qui, après

avoir corrompu tout ce qu'ils savent, condamnent tout ce qu'ils

ipiorent^ abusant de ce qu'ils teiènit et dé ce qu'ils ne voient pas.* Nous

en voyons assez , disoit Pie de la Hirande , pour ne pas douter qu'il y

ann Dieu auqud nous devons obéir; et nous n'en voyons que trop

pour attirer sur nous toutes ses vengj^nces , si nous ne lui obéissons

pas. Cependant, après avoir vu comment l'infidélité de saint Thomas

est la justification de notre foi , voyons comment la foi de ce mémç

apôtre est le remède de notre infidélité Vc'estle sujet de la seconde

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