‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 30 sur 99 · SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU · texte numérisé non relu

SUR LE CHOIX MUTUEL DE DIEU

tenir ce lanf^age, quoique vrai, quel droit, mes chers auditeurs, D'aur«is-je pas moi-même de vous le produire , pour vous faire un dcfi pareil à celui de saint Paul, en vous disant : Considérez bien ces servantes de Dieu; et, sans leur faire aucune grâce, ce que je n-ai garde de vous demander pour elles, rendez-leur la justice qui leur est due, et confessez qu'elles sont au-dessus de la plus rigide censure. Et

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monde? 11 n'y a, dans toute leur conduite, ni artifice, ni déguisement, •m affectation, ni ostentation, ni politique, ni intrigue : quel reproche auriez- vous donc à leur faire, et par quel endroit pourriez- vous éluder oi'Uffoiblir Targument que saint Paul tiroit de là pour la condamnation lie votre vie lâche et mondaine? Or voilà, mes chères Sœurs, à quoi vous et moi nous devons aspirer dans la religion , à être de ces sujets irrépréhensibles. Il y a plus encore.

Dieu nous a choidis, afin qu'en qualité de religieux, nous servions de modèle aux chrétiens du biècle ; c'est-àrdire afîii que les chrétiens du siècle apprennent de nous ce qu'ils sont, ou plutôt ce qu'ils doivent être ; afin qu'ils aient toujours dans nos personnes une idée sensible de la peifection à laquelle ils sont appelés; afin qu'en nous voyant, ils se souviennent, pour ainsi dire, de quelle tige ils sont sortiSi et qu'en se mesurant à nous, ils reconnoissent qu'autant qu'ils se sont éloignés de cette tige, autant ils ont dégénéré du christianisme qu'ils professent. Car quelque différence qu on suppose entre 'euretatet le nôtre, qu'est-ce qu'un vrai religieux, sinon un chrétien parfait ; et comment un chrétien peut-il espérer d'être parfait chrétien, si, dans le siècle même où Dieu l'engage, il n'est religieux d'esprit et de cœur? Jeserois infini si je vouloir» approfondir cette pensée; mais je manqueroisau devoir essentiel de mon ministère, si je ne concluois de là, mes chères Sœurs, combien nous sommes spécialement obligés d'être réguliers et fervents dans la pratique de nos devoirs. Car puisqu'en qualité de religieux, nous sommes choisis pour être les modèles des chrétiens du siècle, je dis les modèles vivants de la sainteté de leur profession , que seroitce si nous-mêmes nous venions à négliger la nôtre, et à nous oublier? jusqu'à quel point nos infidelii^jMt nos tiédeurs , par les funestes conséquences qu'en Ureroient le^mondains, n'autoriseroientH^lles pas leurs désord: es , et jusqu'à quel poiat leur libertinage ne se prévaudroit-il pas de nos moindres relâchements ? Si le sel s^ corrompt , disoii Jesus-Chrtst . avec quoi empéchera-t-on tout le reste de se corrompre; et.si dans l'Église de Dieu ce qui devoit être lunûère devient ténèbres, que sera[-ce des ténèbres mêmes? Orce^^t vous, ajouioit notre divin ujaitre, en parlant à ceux qui avoient tout quitte pour lui, c'est vous qui êtes ce sel de la terre : Vo$ es\u sal terrœ. C'est vous qui, destinés pour éclairer

et pour édifier» êtes la lumière du inonde : Foi estis lux mundi. Sel de la terre qui n'esi plus bon à rien dès qu'une fois il a perdu sa force ; lumière du monde qui , venant à s'éteindre ou à s'obscurcir, selon la parabole du Sauveur, laisse tout le corps ol)scur et ténébreux. Ma consolation est de parler aujourd'hui à des Tierces prudentes, zélées, vigilantes, qui sont bien à couvert de ce reproche; à des épouses du Fils de Dieu, dont la sainte vie est dans la maison du Sei{j[neur uu flambeau ardent et luisant, un sel pur et incorruptible, dont la vertu est à répreuve de toute l'iniquiié du siècle.

De là, mes chères Sœurs, Dieu nous a choisis, a6n que nous soyons dans la loi de grâce son peuple particulier, comme les Israélites Té* toieot dans l'ancienne loi. Car c'est par-là qu'on les distinguoit , et qu'entre tous les peuples de la terre on les regardoit romme le peuple de Dieu : pourquoi? parceque c'étoit à eux, dit saint Paul, qu'appar* tenoit l'adoption des enfants , la |>l(»ire , l'alliance , le culie , la loi , les oracles de Dieu et ses promesses : Quorum adoptio est filiorum, et glorta, et teitamentum, et leghlatto^ etobsequium^ et pronUxsa (Ram,^ 9). Or, aprèb le choix que Dieu a fait de nous par la vocaiion religieuse, tout cela nous convient encore plus qu'à eux. L'adoption des entants, puisqu'en quidaé de pauvres volontaires, nous sommes sans cou* testaiîon les héritiers primitifs du Père céleste. La gloire, puisqu'en vertu du sacrifice que nous lui faisons de nous-mêmes, nous possédons dans la religion toute la dig<^ité, aussi bien qqe la sainteté du sacerdoce royal de Jésus-Christ. L*allfance, puisqu'étant vierges par état, vous êtes, par un titre solennel, les épouses de cet Homme-Dieu. La loi, puisque, pour l'embrasser dans toute son éiendue, non coulentes d'en accomplir les commandements, vous y ajoutez les conseils, et les conseils de la plus éminente perfection. Le culte, puisque, libres et dégagées des emplois profanes du siècle, vous êtes uniquement occupées dés choses de Dieu. Les promesses, puis(|ue c'est expressément pour vous que le Sauveur du monde a dit : Quiconque aura tout quitté, et s'attachera à me suivre, recevra le centuple, et en cette vie, et dans la vie éternelle. Nous avons donc, comme religieux, tous les dons et tous les avantages qu'on peut avoir, pour être dans le christianisme le peuple de Dieu particulier : et au lieu que dans lÉcnture Dieu dit aux mondains : Vos nonpopulus meus. Vous n êtes point mou peuple, et vous êtes indignes de l'être; m nous sommes Qdètes à la grâce de notre vocation, Dieu nous dit au contraire : C'est vous qui, séparés du monde, méritez de porter cette {{lorieuse qualité; c'est v< us qui, dévoues à mon service, êtes non seulement mon peuple, mnis Télite de mon peuple ; c'est vous qui , rachetés de la terre , êtes ce peuple conquis que j'ai choisi pour publier mes grandeurs, et pour chanter éternellement mes louanges : Populus acquisitwnis, ut virlutes annunr tietis ejus qui de tenebris vos vocavit in admirabile lumen suum (1-Petr., 2).

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Or c'tU à ce penjple parlicolier, ma chère Sœur, que vons ftllex être associée. Dieu vous a choisie, afin que, par le plus spët ial de tous les titres, vous deveniez sa créature. Comme chréiienoe, vous Tétiez déjà» mais vous ne Tétiez pas encore aussi parfaitement » aussi pleinemest, aussi absolument que vous pouviez Tétre ; et Dieu, par la prédilection f u'il a eue pour votre personne-, a voulu que vous le fussiez dans ia même étendue de perfection qu'il est votre Dieu. Comme chrétienne, vous n'étiez qu'un commencement, qu'un essai, et, si j'ose user de ce terme, qu'une ébauche de sa créature; car c'est ainsi que le Saint-Esprit même s'en exjplique : Genuit nos verbo veritaiis^ ut gimm imtium m^Uod creaturœ ^uê (Jacob., 1) : licous a engendrés coilnme ebii* tiens par ia parole de la xériié^ afin qul9 nous soyons au moins ua obmmencement de cette créature parfiiite que sa gra^e est capable de fermer en nous : Ut ùmm ininum àliquod. Mais comme religieuse, TOUS alleis éti*e cette créalur*e parfoite , cette cré^ure à qkii rien ne manquera poiir être totalement à Dieu, pour être uoiquenletit à Dien^ {Kmr être irrévocablement à Dieu i pilisqu'il est vrai qu'os ne peut être plus à Dieu qn'en se consicrânt à la religion. Il ne me reste donc qii*8 oonoinre par les (Paroles de mon texte, et qu'à vous dire, ma chère Sœnr : Mémento et neablhhearis : Souvenez-vous*en , et ne Toubliez jamais. Souvénez^'vous'ten dans les occasions importantes, o& il s'agira ém remplir les devoirs pénibles de votre état. Souvenez- voushcd dans les épreuves qiie Dieu voudra faire de vous, quand il sara question de loi donner des marques de votre persévérance. J'ai choisi le 6eîgnein% et lè Seigneur m'a choisie : ees deux pensées vous soutiendront et vous fortifieront. Avec cela, il n'y aura point de difficulté qne vous ne aàrmontieï, point de tentation que vous ne iiepousstez, point de tbafgnà et de dégoût au-dessus duquel vous ne votts éleviez. J'ai choisi tte Setgneqr, et te Seigneur a bien voulu agréer le chwx que j*ai fait de lai; te Seignear m'a choisie, et par un libre consentaient j'ai ratMîé kiÂioia qu'il a fait de mot : ces deux |>ensées, dis-je, vous feront goltér le bonheur de v<otre état , vons en adotjciront toutes les painei, ^ui» exciteront à en acquéi*ir toute la perfection. Sôuvenes-ycuis-ea dui4mt le cours dé la vie, pour vous maintenir dans Tinviolable fidéKté iqna voire Dieti attend de vous. Vous vous en isouviendrez aux approdies de la mort, ponr vons animer d*une sainte confiance, à la vae de ce jugai^nent si formidable pour les monJdains , mais plein de consola* tkm et de gloire pour les ânes vraiment religieuses. C'est la graee qae je vous souhaite» ete.

SUR LE AilNOIfCBIie^T R£U61EVX.

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