‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 32 sur 99 · SUR LE RENONCEMENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

SUR LE RENONCEMENT RELIGIEUX

pense, comme die l'Écriture , la prëparation même de nos cœars;: un Dieu qui répond à no&^df^irs paroles magnifiques promesses" d'un royaume qu'il nous destine» d'un centuple qu'il nous assure» d'une vie éternelle dont il nous déclare les lé(>itimes possesseurs^.

Deux pensées auxquelles je m'arrête » et qui vont partager ce discours : car mon dessein, mes chères Sœurs, est de vous montrer i^' premièrement à quoi nous avons renoncé pour Jésus-Christ, et secondement à quoi Jésus-Christ s'est engagé pour nous : à quoi nous avons renoncé pour Jésus-Christ, et par-là vous comprendrez quelli» est la grâce essemiellede votre vocation; à quoi Jé^us-Ch^ist s'est engagé pour nous, et par-là vous connottrez combien cette vocation* vous doit êire précieuse. Sujet important, non seulement pour votr^ édification et pour la mienne , mais pour l'instruction générale de» chréiiens du siècle qui vont être témoins de cette cérémonie. En vou& faisant voir à quoi nous avons renoncé pour Jésus-Christ , je leur donnerai les justes idées qu'ils doivent avoir des biens de la terre» auxquels ils^ ne renoncent pas : et en vous apprenant à quoi Jésus* Christ s'est engagé pour nous , je leur découvrirai ce qui ddit réveil- 1er leur foi, exciter leur zèle, intéresser leur pié'é , et les piquer d'une ^ainte envie, par la comparaison que je ferai de leur état et du v6tre. Deux points, encore une fois, auxquels il est impossible qu'ils ne prennent part comme chrétiens. Hais voici, mes chères Sœurs, le fruit principal qui nous regarde , vous et moi , comme religieux. Avoir tout quitté pour suivre Jésus-Christ , c'est pour vous une grâce inestimable, et le fonds de toutes les grâces dont nous sommes redevables à Dieu dans la religion ; première vérité : avoir droit, comme nous l'avons, aux promesses de Jésus-Christ, c'est déjà pour nous.une réooaipense et une béatitude commencée , mais qui doit être soutenue par notre fei^eur, et que nous devons continuellement méi iter dans la religion ; seconde vérité : voilà , si j'ose m'exprimer ainsi, les deux tenues de cette vocation divine qui nous a séparés du moode, ce qu'il nous en a coûté, et ce que nous y avons gagné : ce qu'il nous en a coûté , non pas pour nous en repentir, mais pour en bénir le Seigneur, et pour vous en féliciter; ce que nous y avons gagné, pour n'en pas perdre le mérite , mais pour en tirer tout l'avautage que Dieu a prétendu nous y foire trouver. Reliquimus omnia, etsecud sumus te : Nous avons tout quitté pour vous, Seigneur; mais qu'avonsnous quitté en quittant tout? c'est ce que j'expliquerai dans la première partie. Qmd ergo erit no/'tsf Que nous en reviendra-t-il donc, et quelle sorte de récompense en devons-nous attendre? c'est ce qu'il nous importe desavoir, et à quoi je répondrai dans la seconde partie. Donnez à l'une et à l'autre votre attention.

FREIUÈRE PARTIE.

Il est donc vrai , Chrétiens , que ceux qui se dévouent à Dieu et

qui embrassent la proEejisioii religieuse « ont l'avaiiUge de quitter tout poursuivre Jésus- Gl»ri^, Mais ne croyez pas qu ils aient pour cela 1} pensée de s'en giQrifier : ik savent se faire justice i ils savent honorer le don de Dieu; et bien loin de regarder leur renoncement aui biens de la terre comme un sacrifice dont Dieu leur 6oit»r«^devable, ils le regardent comme une > grâce dont ils se tiennent redevables à ïiifu. S'iis diècnt au Sauveur, aussi bii^a que sain( Pierre, Eece nos r^uimus omnia» c'est aveouubumble senume«it de gratitude, et ]|^ point avec un vain esprit d*ostentation ; c*f st pour reconnoitre Ifî miâéricordes du Seigoeur» et nou point pour se prévaloir de leurs mérites; o'rst pour s'exciter à la pratique da leurs devoirs, et non piîot |4Qur prdiumer de leur état ei de leurs prérc^atives* Non, nou, IPMis Frères, disôit, au rappprt de saint Atbanase,le bienheureux Aafaine ^ ses disciples « q^'audun de vous ne se flatte d'avoir quitté 4a f rs^des dioses, parcequ'il a quitté le monde : iVemo, oei^i dereA-'

3H^ vnund^m, glorieiurt quoH magMdmi$erU (Amo^.). ^tj'ai roit, QMS chères 3cBurSi de vous tenir aiûwrd'bui le même laugsgi», en me lappliquaui à moi-ttéme. H% nous élevons point dans ia vue de pe que nous avons fait pour Dieu quaod nous sommes entrés 4^% la reUfieti ; mais pensous plutôt a ce que Dieu a fait pour nous qiinU il n^us y a appelés. Su prenant le partide la religion, et en nous Sfisparant du monde , nous avons ,. si vpus le voulez ,. quitté des biens qui pouvoient justement nous appartenir, mais des biens doqi la pos* aeesiou est un fardeau terrible aelon Dieu , mais des biens dont Tamitur nsi un criase setou rÉvangile , mais des biens dont la perte ou ta privation est» de Tav^u mém^ du monde, une source d amertume ai 4ê duuleur : j0 m^iiplique. Nous avons quitté des biens qu'on ne fiWt pesséler aana être nhai^ idevant Dieu , et souvent accablé du {Muds des oblîiH^ioiia qu ib împ^seai ; des biens qu'oii;«e peut aimer aaui 4tre sauiilâ du vice de la cupidité qui s'y atUkcbe, et de tous les désordres qu'«Ue cause; des bîws qu'on ne peut perdre, ni seidement «léme craindre de perdis , aans eu être troublé» désUé, cou^terué : Jhmc» dît «KCHUemaseni anint SejmaïKl , t/uœ po$^H$a merûHi, amnu mquiaant, ami$9acruci0n$ (Ssun;). Trois caractères sous lesquels ce grand Saint nous les a rq)nésentés , et dont je me sers d'abord pour voua f&ke commilra la bat^murde la vocation rel^peuse, C'est-i-dire, mua «hères Saeitra^ qu'en nennocant aaxbieusde la terre^ nuus avons iwpncé à de grandes cbaimea, je dis à de grandes charges de coaaeîencai «ua« avons évité m {frtnds éontâla dans la voie du aalut; naaia «oui sommes dpawgné^ fmmfb^ciiagcins^ dont toute la pradlMa èumniae aa naus aurok pas garantis. Voilà ce que nous avons quitté : des biensooéiwn t dai btans contagieux, oes biens qui, dans la vicissitude continuelle des choses de la vie , et plus encore dans l'inévitable nécessité de h mtnl , n'aboutissent enfin qu'à nfflîflpM* r#amva ut à la remka wilhenrewt. Aurions^nua bonne

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gfifie après cda d'en Ikire tani Ytloir te aacriflce, et qaeMe rëooni|9Î69aDCè Be df voBs-iioiis pas plutôt à Dieu , qui nous a inspiré le dbssHÎa dei%abandonner? Hais yous, Chrétiens du siècle qui m'éeoule2,etqiii, parTeo^gement de tos conditions, demeurez dans la possession de ces prétendus biens ; vous qui, maîtres de ces biens, «JeTeis en accorder Fttsage avec la pureté et ta sainteté dn christianisme que vous professes, quel sujet n*a?ez*vons pas de trembler? ▲pplîques-VQiiS ^ ctt profitaa d'une si sainte morale.

Oui» ees biens que tous possédez ^ et à quoi par sa profession re* BMce l*ame reii^^euse^ quelque idée que vous en ayea^ sont des biens eipérMX pû^t h ooasoienea { et malheur à vous si vous l'î^rnerez i et ai vous négligei de le savoir ! Bona quœ poneêsa onemnî. Car, toiatgré riiluaîondea fausses inaxines du inonde, ainsi les ont considérés U^Qs eeus qui en ont jugé selon les règles de la véritable sdgi^sse, qlii est la sagesse chrétienne; tt c*es't ce qui a modéré Tempressement et Têrdeiir qu'ils auroieot eue peut-être sans cela pour ces sortes de lliena t' c'est ce qtii leur a donné pour ces biens terrestres et f ro^ si^ra» non seulement de l'indifi^eBce et du mépris, mais de rél<H- Cernent m de rhorreui^* Ainsi même en jugfu ce philbsophe païen dnut iiarie saint Jaràme ^ i|uî par l'eHbrt d'une vertu , mondaine taat qu'il vdoê plaira, mais généralise et tout héroîqtie, jeta dans la mer t<^i ee qv*il avoit amassé d'or et d'argent , et se réduisit dans le dénèment le plus réel et le pina parfait de toutes choses : Abiie in pro" fiênëum^fiMlœ tufidiua€9^ tgo voê mergann, ne ipse tnergwr à vùbit .- AUa9> s'écna**t»il« importunes et maudites licbesses, sources d'inquîétudiBa et de aoins» allez dans le fond de rabtmei j'aime mieuK vous f voir périr, que de in'lixposer à périr moi-même pour vous. 0^^ edmafté prien, il ne pouvoit alors e'nvisager les soins, et les im|«iétudes qa^ttireht tes biens de ce monde , que par rapport aux kw él nux devoirs du monde. Qu'auriHt4t Ihit s'il eût été éclairé des lamièraa de la &>i , et que a'éievant au-dessQs du monde il eût reganfé eas biena dans l'ordre du sahit? avee quelle joie ne s'en «eroit-il pas difmnlié, s, fespasant dans la Inlance du sanctuaire , il en avoit OB^u ie poids redoutable par rapport au jugement de Dieu ; s*il avoit su de combien de chefs un chrétien qui jouit de ces biens devint responsable à Dieu ; s'il avoit approfondi les obligations inSnies de iMticé et de charité doét un homme , pourvu de ces biens , doit s'acquitter pour se ntdtre à couvert d'une damnation étemelle et de la BMdédîptîon de Dieu 9 Avec «fuel redoublement de ferveur n eàcnl paa\lit t Àiri^e là pro/imtem : Aflez, ftréeatide mon ame, votre peaanteut* te'^ftraie « et jatrais trop fotUe pour vous porter $ il esi^ptus aûr ic iiba avautagwn fMir oaoi de «m détaoher de vous^ et c'est uasa fMfem j|sw îe «lèiss ^itfn , pwqae par*la }e rooapa mes liens, et jeâu tHU éi i'eselavtga isÉ vous aurîea tenu ma consoienoe et ma li-

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Or voilà, comme je Vai dit, le sentiment qu'en ont eu les parfoits chrétiens et les vrais serviteurs de Dieu ; ces biens, quand Tordre de la Providence et la nécessité de leur état les en a chafgés, bien loin de les élever, de les enfler, de les éblouir, par un effet tout cantnire les ont humiliés , les ont saisis de frayeur, les ont fait ^émir. Con« vaincus qu'ils n'en étoient que les simples économes, etisachant qu ils en dévoient rendre compte un jour à ce juge inexorable et sévère, dont ils n'auroient alors nulle grâce à espérer, ils ont toujours cru entendre cette parole foudroyante : Redderationem vilUcaUonis tuœ ( Luc. 16) : Vous avez reçu des biens dans la vie , vous les avez pos« :sédes, et il est maintenant qutstion de montrer quel emploi vous en avez fait. Parole qui, par avance, les a consternés, et qui les a bien «mpéchés de se complaire, ni de trouver de la douceur dans des biens ^ur lesquels ils se voyoient sans cesse à la veille d'être rechercha; avec tant de rigueur. Au lieu que les enfants du siècle, par l'abus qu'ils font de ces biens, n'en prennent que Tagréable et le commode, et en laissent l'onéreux et le pénible; ceux-ci, par une conduite tout opiosée , en ont pris l'onéreux et le pénible, à quoi la loi de Dieu les obligeoit, et n'en ont jamais voulu goûter Ppgréable. En un mot, dit saint Chrysostome, parcequ'ils en jngeoient sainement et selon Tesprit de Dieu, ces biens de la terre leur ont paru ce qu'ils étoient, c'est-à-dire des assujetissem^ nts et des charges pesantes : charges que portent malgré eux les riches du monde, et qu'ils porteront surtout quand il faudra paroltre devant le tribunal de Jésus-Christ; car c'est encore en ce sens que l'oracle de saint Paul se vérinera , Vnus^ quisque onus suum portabit ( Galat.^ 6 ) ; charges que Tambition et Fa varice ont l)i^n à présent le secret d'éluder, mais dont la conscience, poiir peu qu'elle soit soumise à la raison , ne s'alfranchira jamais ; charges sous lesquelles nous voyons succomber les pies solides vertus; et qui de nçus , sans présomption , auroit pu compter sur la sienne, et s'assurer d'un meilleur sort ? charges enfin qui ; par l'infidélité des hommes , après leur avoir été une matière de péché et de prévarication, deviennent pour eux des sujets de malédiction, de condamnation, de réprobation. En dis-je trop, et le Fils de Dieun'en dit-il pas encore plus dans rÉvan{>île ?

Or, cela supposé , mes chères Sœurs, rendons grâces an Seigneur, qui nous a retirés du monde et délivrés de telles charges. A quoi réduisez-vous les choses, disoient les apôtres à leur divin maître? Si la condition de ceux qui s'établissent dans le monde est telle que vous la dépeignez, il seroit bieii plusexpédient de ne s'y établir jamais : Si tta est ^usa hominU cum uxoré,n(m eocpedit nuk^re ( Matth., 49 ). Ainsi parloient-ils au regard du mariage,etdc même auruient-ils pu ajouter en général : Si les biens de la terre pour un chrétien sont des fardeaux si onéreux, il seroit beaucoup plus à souhaiter de n'en point avoir. Il est vrai , leur répondoit le Fils de Dieu , approuvant la conséquoice

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