SUR L£ RENONCEMENT RELIGIEUX
mour des biens de la terre qui les corrompt , ou s'ils sont justes et fidèles , la possession de ces mêmes biens , innocente » il est vrai , mais qui leur fait courir tant de ris(|iies 9 elle choisit pour soi la pauvreté «ëvangélique, qui la sauve infailliblement et deTinjquiié do ceux-là, et •des dangers où ceux-ci sont exposés ; ravie de ne plus rien trouver •dans son état dont elle ait à se préserver , et de pouvoir dire à Jé- «us-Cbrist, dans le même sens que saint Pierre : Eccè nos retiquimui iomnia , et seculi sumtis le.
Enfin ces biens de la terre auxquels nous renonçons sont des biens fragiles et périssables qu'il fiiut tôt ou tard quitter, mais dont la perte ne peut être qu'affligeante et douloureuse à ceux qui n'y renonçât pas : Bona quœ amissa cruciant. Troisième et malheureuse propriété qui, par une raison toute contraire, augmente encore le bonheur de la profession religieuse. En effet, à combien de revers ces biens ne sont-iis pas sujets ? combien de persécutions et de traverses n'attirent-ils pas à ceux qui en jouissent? La peine de les conserver, la crainte de les perdre, la douleur de les avoir perdus; quand même on les posséderoit paisiblement, la vue que le temps de les posséder «est court, Tinévitable nécessité d'en être au mojns dépouillé à la mort, 3e souvenir de celte séparation involontaire qui net|>|Ut être bien èloigoée, la pensée seule qu'il faut mourir, quel fo«ds, pour uneame mondaine, d'amertume et d'alfliction d'esprit: 0 mors, guàm amara est fnemoria tua, homini pacem habenti in substanliis suis , viro quieto (Eccies., 41)! Ne cessons donc point, mes chères Sœurs, de louer Dieu , ei par ce dernier trait de comparaison entre nous et les chrétiens du siècle , convainquons-nous encore de l'avantage de notre état. En quittant les biens de la terre pour suivre Jésus-Christ > nous nous garantissons de tout cela. Nous ne craignons plus ni les calamités pu* bliques, ni les disgrâces particulières, ni les révolutions d'etais, ni les renversements de familles, ni les injustes vexations , ni les malignes jalousies. Ne possédant rien, nous sommes à l'abri de tout; nous prévenons même la mort, et avant qu'elle nous dépouille, nous nous dépouillons nous-mêmes; nous faisons dans nous-mêmes, par un Jibie mouvement de notre volonté, ce qu'elle fera dans les chrétiens du siècle par une dure et inflexible nécessité. Après quoi nous sommes en droit de lui dire aussi liien que le grand Apôtre : Vbi esl, mors^ Victoria tua? ubi est, mors, stimulus tuus{i. Cor., 15)? O mort! où est ta victoire ? ô moi t ! où est ton aiguillon ? ta vîcioire est de d^* der les puissances du monde , et de les anéantir dans le tombeau ; ton aiguillon , c'est-à-dire la douleur que tu causes aux avares et auxaoi* birieux du monde, est de leur enlever les biens dont leur cœur est idolâtre et à quoi ils tiennent: mais je ne crains ni l'un ni l'autre^ parcequ'en me séparant du monde j'ai quitte ces biens avant qu'ils me quittassent ; et que, bien loin de me faire un tourment de leup perle, je m'en fais une vertu et un mérite, Le monde passe» di«aî|
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saint Bernard , et avec le moDde passent ses désirs et ses concii{H8cences-.Mandus tratuit, et concupitcentia ejut (1.Joan.,S) : il estdonc bien • plus raisonnable, conclDoii ce Père, et même plus doux, de quitter le monde et ses biens, qUe d'attendre qu*ils nous quittent : Planl ergô retinqûere iUa vtetmt eil, quàm ab eu relinqiù (Bbrh.). C'est aidK, âmes religieuses, que no;ifi avons renonce à tout pour Jésus-Chriat : voyons maintenant A quoi Jésus-Cfarist s'est engagé pour nous. Je raïs vous l'apprendre dans la seconde partie. '
DSUUÉI» PARTIE. ^
A. quoi Jésus-Christ s'est-il engagé pour les âmes religieaiea? A des cboses si surprenantes, dit saint Bernard, qu'il a fallu, pour nous obliger à les croire, non seulement touierautorilë de sa parole, mais toute la sainteté de sïQ serment : Amen dico vobit : Je voui ledisea vériié (car voilà Comment ce divin Sadveuren à juré pitr lai-niéme), que cent qui, pour me suivre , renoncent à J'out , an j(Hir de moa dernier avènement seront assis avec moi pourjuger le monde,' Voi ^ reliquitlit omnia, in regcHatitiime teitebithjudicantet ; qu'ils recevront dés cette vie !e centuple des bîehs qu'ils auront qQitiés, Qui reUtpurit domum^ autfralres,a^ttorores,centupittTnaccipiet, et qu'ils auront un droit spécial et ] te : Et vitam œtemam.
p0jnik6tl. Trois pra s^ëtonnoii avec raisàn,
ne pouvant d'ailleur lans le monde chlëtiea
des hommes assez ii is touches : Quidenim
eu , qitod ad verbum niia humana donnitat!
Trois promesses, mes chères Sœurs, dont je craindi ois de vous 6ure connoltre toute létendne, sîjfl ne comjjitMfisur votre humitfié; mtfb dont je ne crains point de mb servir, poQr achever de éveiller la loi, It religion , la piété des chrétiens du siècle , eu leqr inspiMnt un s^nt zèle d'imiter, autant qu'il leur convient, votre renoncementi Cum* mençoDS par la première prérogative exprimée en ces teruief :'K<m ijM reiiqùttii àmtàa , tedebiHi jullicantes; et rendons ce témoignage' à notre Dieu , que de tous les matii^s il n'en est.poinl de si iîdèle , ni de si magnifique dans ses récompenses.
Avoir un tiire pour paraître devant le tribanal de Sien -avec tesfiance, pour y paraître avec assorance et même {xiar y paroltre avec Itonneur, tandis que ie reste des homnaes y sera dans l'humiliaiioft et ~ dans la coâsternation, c'est ce que l'Evangile, de Jé^us-Christ promet atix umes religieuses. 11 leur suftîroit d'être tranquilles danb ce juge* menl,où les puissances niémw fréinlront,-ei où le Juste à pciue se sauvera. Or cette iranquillité est une des grâces parttculiires que Diui, par une espèce.de justice, disoDs mieux, par son infinie miseilcorde, semble avoir atucliée k leur profession : Ègredere , anima nuat 9utdvinte<(HiEH0N.) ? disoit au moment de la indrt ce solitaire dont saint JérAme a hit l'éloge ; c'étoit le bienheùrenx Hilarion : Sors, mon B.4. Si
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ame, l'ëcrioii-il, plair d'nne vive confiance à ht vne de ce jugement • qu'il alloît subir ; sors, «ion ame , de ce corps mortel , qui depuis si long temps te tient lieu de demeure etdepi'ison.Quecraios-tu? 11 eU T^ai, tu vas être préseutëe devant le souverain juge ; mais rassure-toi, etsotivîens-loiqiiece juge, quoique souverain, est celui pour lequel tti as tout quitté. II y a près de soisanle efidix. ans que tu le sers dam ce disert : pourquoi aurois-tu de la peine à comparottre devant lui? Il est dans des dispositions à ton ëf;ard trop favorables , pour M réprouver; «t quelque rigueur qu'il ait pour les autres, ayant tout quitté pour lui, tu peux tout «spértr de lui ; Sepluaginla propè onnii tervtit} Deo; egredere'i quid timei (Hier.)? Cette pensée le tertiRoit, rencourageoil , le mainteuoit dans un calme et une paix inaltérable. Acemomentdelamort, OLilesamesrDondaiaessouffrentdesicrnelles agomes, cet homme de Dieu goûioit des délices înléHeures, occupé et pénétra de ee sentiment', qu il alloît être jugé par celui même pour raipour duquel il avoit solennellement renoncé. à toutes choses. Or ce qu'il éprouvoit alors, c'est ce que l'expérieuce nous fait voir encore tousksjours. Car voilà commeonmeurtdans la religion; et voilà , Seigneur, le miracle ^é vutr ' it j'aj eu la consolation d'être
tant de fois témoia. Rien ie aire dans ces saintes comoiu-
naulés qui conservent leur pj t, et où l'on vitdana cet éloî-
gnement du monde, qi)i est ti ère de h vie religieuse ; riea
de plus commun qoe d'y voii ix approclies de la mort, dis-
posées de la sorte; des ames,i parur, sûres du Dieu auquel
elles se sont dévouées, et qui sortent san^ peiné de leurs corps, poitr aller avt^evam de V^ux ; des âmes qui , poiu* être proches du jugement de Dteu, n'ei 'SOht ^as ipoins remplies de son amour, je dis de cet amour parfait qui bannitia crainte; des anies enlin qui, sansétre présoifiplueuses, semblent, aus^bien qu'Hilarion, se bâter, çt se dire àeiles-mémes • Egredere: qaid l'mes ? parcequ'en quittant le monde , elles ont quitté tout ce qui pouvoît rendre le jugement de Dieii terrible. II suffîroit, dis-je, aux âmes religieuses d'avoir, en vertu de leur profession , de quoi soutenir ce jugement si redoutable avec confiance et avec iraiiqifilÛté.: mais le Fils de Dieu, portant encore plus loin la chose, a voulu qu'elles eussent de quoi le soutenir avec honneur et , a^dignité; ilavoul^ quece jugementfût leur gloire, etquele^ang ((qu'elles y tiesdront , en i|ualité de ses épouses , fl\t poun elles » par rapport aux autres chnliiens, un rang de (SstinctioDj de supérrorîié et de préémii^ence : carileËt deia foi que ceu\ qui auront loutquitté pour suivre Jésus-GhrisL seront, auiempsdela régénéraiioa et â la fin des siècles , assis sur des irânes pour juger tout l'univers ; et tes Pères de l'Église ont étendu cette promesse à tous ceux qui, pousses diiméme esprit que les apâties, renoncent au nonde pour embipisser la vocation relupease. On deqiande pourquoi les religieux seront les juges du reste ilesliommes. Saint Chrysostome répond quecettegloire
SIUI LE RENONCSBAIENT REUeiEini. 31»
leQr8era|icc0rdëe,iioi(pseatèmeQt pour honorer dans feiirep6rsonDe% h pauvreté évangëlique où ifs auront vécu» mais parcequ*iayant été les sectateurs et tes imitateurs de Jésus-Ctirist dans la professioi^ de l» pauvreté évang^Kque.ils auroat une grâce particulière pour être alors aes assesseurs, et même une espèce d'autorité pour juger le monde, ^t e'est^ Chrétiens q^i m'écbutez, le my^ère queje vous annonce aujour^ d'httî.OoT, ces saintes filles que vdus voyez, que vous comptez parmi les'morts du siècle, s^éfèveront contre vous dans le jugeipènt de Dieu » et vousoonfpBdront par Toppoaition de leurs exemples. Leur austérité suffira pour confondre votre mollesse, leur huinilité pour confondre ' TOtrc orgueil, leur tfiodestie poqr confondre votre luxe, Ijeur pau- . ▼reté, dont elleis sont contentes^ poqr confondre votre çupjdiié^cH^ nedit jamais : Cesi asspz/Or je vous dis ceci, afin qué^ tout ensevelies et comme anéanties qu'elles sont dans Tobscurité d^uuè vi^ cachée^ vousles respectiez, et que, devant un jour subir le jugement rlgpUT reux qû^eHes feront de vous, vous rariticipiez eu vous jugeant et eu vous condamnant vous-mêmes.
En effet, la fidélité de ces servantes de'^Qieu , leur ferveur et leqr piété, leur inviolable régularité, leur pureté évangélique, sont déj^' comme autant d'arrêts qu^elles prononcent contre vous; mais ià prudence de la chair, qui vous aveugla, vous fait mépriser ces arrêts, pour vivre selon les lois et les maximes du monde corrompu. Que sèra-çé qaand, la figure de ce monde étant passée, ces arrêts portés contre vous» et fondés sur l'exemple de leurs vertus, s'exécuteront sansapp^ que spra-ce quand ces épouses de l'Agneau prenant séance avec IuJ| et revêtues de la puissance qu'il leur donnera, paro!iront*pour voua' reprocher votre infidélité, votre innpéniience, vos relâch^ents daps le service dé Dieu, et pour fornoer de tout cela ce jugement déflaîtij:'' dont ^us ne vous, relèverez jamais? car voilà, mes chers auditéur^^ ressentielle différence de leur destinée et de 1^ vôtre. Au son de ceue dernière trompette qui rassemblera toutes les nations, vofis frémire^i et ces vierges de Jésus-Christ lèveront la tête : pourquoi? c'est qup leur rédemption approchera , et que vous verrez approcher votre co^fusil^D.^Of V9tre confMsiun sera d'avoir négligé , en servant le même. Dieu âu'eiïes, de vous conformer à elles; et une partie dé leùc rédemption consiste^^ à se voir au-dessus de vous, parcequf/dans le monde elles se sont séparées de vous. Que dis-je, au-dessus de vous ? le comble de leur rédemption sera de se voir au-dessus j^s élusmêm^^ qui, marchant 'dans la voie commune des commandements, n'aurpi^t pas suivi comme elles le chemin plus étroit des conseils : car voilà ^ dit saint Bernard, quel sera Tavàntage singulier de leur ^ectioii et de leur prédestinution": Bœc erlt illarum glbria singulari$ ^ inter tpsoê eiican etmnefe'fideles (BERr^i). Peu d'entre les filles du siècle qui sont ici présentes voudroient, digne épouse du Sapveqr, s'engagera vivre dan^Ia condition que vous aiiez embrasser ; mais quelque mondaines
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qu'elles soient, il n'y en a pas une qui ne s'estin)4t beureused'ymQurir* Y vivre, c'est une parole dure qu'elles ne goûtent pas; mais elle» goûtent au inoins celle-ci, qu'il leur seroit un.jour avantageux d'y avoir ^^u. Passons à la seconde promesse.
G*est le centuple dès cette yie; je diS.le centuple des biens que le religieux a quittés pour Jésus-Christ : promesse dont cetHoinme-J)iea s'est rendu lui-même garant: Et omnis qui reliqueirit domum^ ceniif plum aecipiet. Hais, dit un mondain , assurez-moi et faites-n)oivoir que ce centuple ne me manquera pas, et , sans hésiier, je rpnoncvTÛ à ^ toupies ^aisirs du siècle'.Et Qioi je lui réponds: Erreur et illusion; vous '. nevouscoottuissez pas vous-même: étant aussi sensùel.et aussi charnel 'flue vous l'êtes, ce centuple, quand je vous 1^ garaniirois, n'opéreroit péiat en vousce^hangemenl; les gages les plus certainsqueje pcarrois vous donner d*un bien dont vos sens ne seroient point frappés, ne feroienyï qu'uqe foible impression sur votre cœur; et puisque vous ne déférez pas à la parole d'un Dieu , yous n'écouteriez |pla^ la mienDe.Avant toutes choses, il fout croire : car ce centuple évaogélique n'est promis qu'à celui qui trion^e du monde, et cette victoire par où l'CQ triomphe du monde vient de not^ foi. Croyez à un Dieu qui vous parle, et Tousconcevrez, et vous expérimenterez, et j'ose dire que vous sentirez tout cequ'il vous promet : ayez en lui de la confiance ; sur quelautre pouvez- vous plus sûrement œmpter? Vous risquez bien tous les jours dans les traités que vous faites avec les hommes. L'usure , qui vous
a[ interdite avec les hommes, est louable, est sainj.e, est méritoireavec eu. tl vous offre cent pour un: mettez-vous dans la disposition nécessaire poilr en faire 1 épreuve, et vous la ferez; il est la vérité même.
Cependam, me dites-vous, il yen a qui se trouvent frustres deleor attente, et qui, après avoir tout quiiié dans lemojade^ne goûtei^int ce centuple dans la religion. N'en voyons-nous pas qui lé publienteaxmêmes, et qui ne le font que trop hautement entendre? n'en sommes* nous ptis qufflquefoi^ témoins? Levez-vous, Seigneur, s'écrie là<des$us saint Bernard, levez-vous, et,. prenant votre cause en maih, jusuGiez- V0U6 yous<même; car c'est à vous-même que ce reproche s'adress(w et ' votre providence ne doit pas souffrir qu'un reproche si fl ivole , mais sidaigêfeux, ébranle la foi de vos serviteurs et de .vos servantes, au préjuilioe^tlerla parole que vous leur avez donnée. Êlevèz-vousdoac encore une fois, et défendez-vous : 'Exiurge, Deus , et judica cau^o^ t\iam (Psalm,. 71). Non, mes Frères, poursuit le, méiné saint Bernard, ce centuple n'a jànîais été re/uséà ceux qui pour Dieu , et d^ bonne foi , ont abandonné tout. J'ai vieilli dans 1» religion , mais je n'y ^ point vu de Juste trompé ni délaissé. Si dans L s monastères et les cloîtres on voit des âmes- qui ne jouissent pas de ce centuple évab^élique, cène sont point de celles qui ont tout quitté, inai3 de celles au contraire qui n'ont rien quitté, au moins4'esprit et dç cçeur ; jnai^^^