SUR LE RENONCEMENT RELIGIEUX
celles qui 9 dans' ce qu'elles ont quitte, se sont fait de secrètoi réserves; mais de celles qui, croyant avoir tout quitté, ne se sont pas quiitëes elles-mêmes. Si i*on en voit qui, après avoir joui de ce centuple dans les premières années de leur profession, le perdent malheu* reusement dans la suite de leur vie» cène sont point de celles qui persévèrent dans cet esprit de renoncement au monde, mais de celles qaf, par un funeste relâchement, vpudroient retrouver tout ce qu'elles ont qiiitié, et le^ reprendre , en accordant la religion avec le monde. Rentrons en nous-mêmes, mes chères Sœurs ; et si parmi nous il y en a quelqu'un qui n'ait pas dans la religton ce centuple qu'il attendoit, au lieu d'^puter ce défaut à Dieu, qu'il se Fimpute à soi-même : car s'il \ettt se faire justice, il trouvera bientôt dans son cœur quelque attache qu'il y conserve, et, convaincu qu*il n'a donc pas droit encore de dire comme saint Pierre , Eccè nosreHquimus omnid, il conclura qu'il il'a donc pas droit non plusde démander à Jésus^Ihrist l'effet de sa promesse. Touché de son indignité , il sje confondra devant Dieu^ et il s'écriera avec douleur : Vos jugements sont équitables, ô mon Dieu ! et je ne dois pas ni'éiooner sije suis privé du centuplé dont vous récompensez ceux qui vous suivent. N'ayant quitté le monde qu'à demi, non seulement ce centuple ne m'est pas dû, mais il est de votre justice de' ne me l'accorder pas. Ainsi rendra-t-il gloire à Dieu , et dans son malheur même il adorera les justeset sages conseil&de Dieu. Donnezmoi une ame solidement religieuse , une amë qui n'ait plus rien à quffter, et je la défierai dts se pouvoir plaindra qu'elle n'ait pas reçu le centuple dont je parle, et qu'elle ne Tait pas reçu à proportion de ce qu'elle a quitté. Celles qui ne quittent rien, ou qui ne se quittent pas elles-mêities, bien loin d'affoibtir ma proposition, la vérifient et la confirment ; car si la promesse du Sauveur ne s'acconhpiit pas en elles, c'est que de leur part ^lles n'ont pas la disposition pour cela reqtiiSe , «t (fh'elles manquent à là condition qu'il exige et qu'illeura expré^ ment marquée: Qui reliquerit domum, autfratres, autsorores.
Mais quel est donc enfin ce précieux centuple que le.Filsde;Diéu nous propose ? A Dieu ne plaise, mes chères Sœurs, que, sulvaptfla pensée de quelques interprètes, je le fasse consister dans les avantages temporels qui se trouvent attachés à la profession religieuse ; et malheur à vous et à moi, si nous en étions réduits à ne chercher dans ce oentuf fie que la bénédiction d'Ësaiî et la graisse de fa terre, au lieu de là rosée du ciel ! Une vie exempte de soins, un établissement sûr et tranquille, un port à l'abrr des orages du siècle, tout cela aûroit été bon pour ces anciens Israélites que Dieu traitt)it en mercenaires, et dont les grâces et lès faveurs n'étoienc que l'ônibre et la figure des biens à veùir ; mais nous qui avons quitté le monde, nous attendons quelque chose de plus solide. Ce centuple donc, éèlon saint Bernard, c'est la préférence que notre état nous donne au-dessuà de tous les autres, par rapport auxdons spirituels, qui sont les vrais'donsde Dieu ;
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c*es|/avantage que nous 9voiis, comine religieux « d'évte les domestiques de Dieu; c'est'f honneur qu*ont les vierges chroiiennes d^étre spécialement et par e&cellence les épouses de ])ieu. Cç centuple, c'est la liberté de l'esprit, qui nous affranchit de la Nervitude du moDde; c^est Findépendance où nous vivons des lois du oionde ; c'est Téloignement où nous sommes des scandaleà du monde; c'est la faqliiéde nova sauver, et Timpuissanoe morale de nqns perdre«Ge centuple, c'est la paix intérieure de la conscience; c est la joie de nous voir dans le chemin leplus sûr et le plus droit qui conduit à la vie ; c'est la do«œur d'une sainte société, c'est le repos d'une salutaire retraite, c'e^:^ Talliance admirable de Tune et de l'autre; c'est la ferveur dçj*é latioa, et le secours des bons exemples ; c'est la plénitude de ces solatioDs célestes dont l'ame séparée de tout , et unie à Dieu, pe . jCéiiciier aus&i bien que David : In pià tenimoniorum tuorwn delei j êwn^ ivMi» omnibus 4ivitii$ {Pialm. 118). Le dirai-je? ce cent l| ice sont Jas croix mêmes que nous avons à porter , et qui, par 1 j lion de la grâce, non. seulement s'adoucissent dans la religion, e \ i tiennent lieu de consolation : Àpud Deuni namque ip»a quoque in V tio magna qv/edam camolatio est» (Bern.) A^ lieu que les crois v incmdains sont des croix d'esclaves, des croix inutiles pour le s. \i jsonvent des croix réprouvées, et déjà par avance le centuplerai ajoute à la malédiction du monde; cdles d'une ame religieuse! \ des croix d'épouses^ des croix précieuses pour le del» des croix cl f ig^es, par ta graee de l'Évangile, en béatitudes, parcequ'elles or ] l vertu» voa seulement de purger et de sanctifier, mais de rendre ^ Xf^x* Ce centuple est encore quelque chose au-dt- là de tout oe^ dis ; c'est pe que je ne puis exprimer ; c'est ce que iDieu, tout pé ^ to.ut tâche que je aais, m'a fait plus d'une fois prouver; c'< qui «n'a cent fois donné ces délicieux dégoûts du monde qui su ,^ MUt lotttes les délices du nionde; c'est ce^ui &it que tout le mondeet tdbtes se» pompes he me touchent point ; que je me passe aisément d^ hii f que ses établissements^ ses prospérités, ses honneurs, neflont jp^ même des si^yets de tentation pour moi.
Après ceb, venôz, disoit le Seigneur par un de ses prophètes, et ipla'fn^'z^vous 9 si mus l'osez encore, de ma providence : VmtB^if wr§uite Tne^ dicit Dominus j[lsAi., 1) : Dites que dès Cette vie je nesaii |Mks récompenser t^ei^x qui ont en le courage de tout quitter pour mon «arvioe. Dites que je les fais languir par des espérances toujours ioeertaines et toujours éloignées ; dites que je n'ai pas dans tous ht Ifésors de m^ miséricordede qwi les enrichir dès maintenant; ou plv* tât reconnoîssez qu'il y a un Dieu qui rend justice à &es élus, et qui h leur rend même sur la terre ; Uiique eu Deusjudicans éosi».tenà (Ps. S7). Voilà ce que recoÛBoissoit et ce que déclaroit avec tant de ;i^e ^ fervent discqpie de saint BerBard;lequelayaàt quitté de grands biens et de grands honneurs dpns le monde , s'étôit retire à Clairvanx,
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et y vivait dans la pratique des plus éodioentes vertqs. Il soQfFjpojt de cruelles douleurs, et jusque dans les plus vives atteintes d'un mal ù\ç^ qui lui déchiroit les entrailles, il ne laissoit pas de dire à Jésus-Cbrifit ; Vera sunt omma qucs dixUii, J)omine Jtsu (Bbbiv.) : Toutes vos pi|r rôles, ô mon Dieu , sont véritables 1 Vous m'avez promis le ceniuple, et je lé goûte actuellement , puisque rien n'égale la joie dont je suis pénétré, en mé regardant comme une victime que vous avez choisie et agréée. Non, Séignei^*, tout ce que j'endure ne m'empêche point de convenir que vous vous acquittez de vos promesses au-delà même de >^«>«ts, et de protester que je suis pleinement content de vous, lécessaire à votre gloire , mib qui néanmoins est le plus image que vous puissiez recevoir de votre créature, y a qu'un Dieu comme vous qui, dans l'état de mes spuflissiez non seulement me contenter , jooais ibe combler des / antes consolations. Ainsi parloit ce Juste plein de foi, et roient je ne sais coml)ien d'ames religieuses, si elles vbui faire part des bénédictions de douceur dont Dieu les pré-
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Qtuple dont elles jouissent, et que l'on peut dire être déjà ians la religion une béatitude commencée, n'est après tout •goût, qu'uA essai, qu un gage de cette gloire éternelle leor prépare, et où elles aspirent comme au dernier 3urs désirs et à J'essentielle récoMpense de leur re- ^ : Et ùmnis qui reliquerit domum, centuplum accipiet^ temam posndebit. Que seroit-ce donc , mes chers aui, pour conclure mon sujet par la troisième promesse Jhrist, j'ajoQtois que ces épouses du Fils de Dieu^ en ii religieuses, ont à la vie éternelle un droit affecté et privi-
légie 4««^ i^ous n'avez pas ; que le royaume des cieux leur appartient d une iDanière dont il ne vous af^artient pas? Prenez garde \ je ne prétends pas que la vie éternelle ne soit que pour les religjeuxi loin de vous édifier par-là, je vous jetterois dans le désespoir. Mais je dis que la vie étemetleest poor les reisgieiix plus particutièf emevt.et plus sûrement que pour vous ; je dis que le royaume céleste leur est promis plus justement et plus infeilliblement qu!à vous ; je dis que si l'Évangile est vrai , ils y ont plus de part que vous , et qu'ils doivent y iêtre neçus préférableoieQt à vous. Eu l^ut-iLdavantage pour vous inspirer MifltMit népris de ce 4|iie vous êtes, dansieaionde.<etdeftoii€ce qui vous attache att monde , «t pour allumer dans vos cœurs m d«isif anoorepiUis saint 4e yo«s confurmer à ces servantes 4^ Dieu , chacun dans votre coaditioEipar jun jdéiuièbeiiientt4lassi parÊiit qu'il vous {>eut coDvaoirf ,
Quoi qu'il en ^it des chrétiens du «ède^ mUi» généreuse et ssûnl^ épouse Àe JésuH^brjis^it Ic^s réfop^^nses ^mJOfJ^ devez^ espérer, et fui VMS doivent aBwer. V4M|s aUea dire» à§/m le même esprit q«e
saint Pierre; Ecch nosreliquimus omnia : C'est pour vous, Seigneur, que je quitte tout , et que je me quitte inoi*méme. Car en vain quitterois je tout le reste, si je ne me qûittois moi-pséme; et en vain me flatterois-je de m*étre quitte moi-môme» si de bunne foi je n'avois quitté tout le reste. Je quitte tout, ô mon Dieu ! et malheur à moi si j*avois seulement la pensée de me réserver la moindre partie de ce tout. Je sais ce qu1I en coûta à l'infortuné Ananie et à sa femmeSaphyjre, et leur exemple me suffiroît pour avoir en horreur un tel partage ; mais, indépendamment de leur exemple, Fhonneur que vous me faîtes d'accepter tout ce que ie Vous offre, 1a joie et la consolation que j'ai de vous l'offrir, ce quey attends de vous et dans le temps et dans l'éternité, tous ces motifs font sur moi bien plus d'impre^s on que b crainte de vos plus rigoureux châtiments. Je quitte tout, Srig!veHr,et pour cela j'oublie père et mère^ frères et sœiirs ; j'oublie le monde, et je consens à en être oubliée; je renonce au monde, et je consens à en être renoticée;.je metirs pour le monde, et je consens qii'il soit mort pour moi comme je serai morte pour lui. J'en serai bien dédommagée, ô mon Dieu , si vous daignez vous souveDirde mol ; si je trouve gr^ce auprès de vous, et si vous jetez un regard favoraUè sur moi; si je vis pour vous, et si vous vivez pour moi : Ecct nos reliquimus oninid. Tels sont vos sentiments , ma chère Sœur : b solidité de votre «esprit, la ferveur de votre piété, l'inflexible fermeté que vous avez fait paroitre en veus arrachant du sein d'une famille qui comptoit sur vous pour vous élever aux honneurs du monde, et sur qui, vous pouviez compter pour parvenir à ce qu*il y a de plus grand dans le monde ; tout cela, joint aux. connoissances encore plus particulières que j'^en puis avoir, me répond des dispositions iote" rieurés de votre ame. Et moi , fondé sur l'inviolable fidélité de notre Dieu, j'ose vous répondre de tout ce qu'il vous a promis , soit pour le cours<ie la vie présente , soit au moment de la mort et à son jugement dernier, soit dans la félicité éternelle, que je vous souhaite, etc.