‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 36 sur 99 · QUATRIÈME SERMON SUR I^ÉTAT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SERMON SUR I^ÉTAT RELIGIEUX

l'iIPPOSÏTION MtTUEIiLÉ DES RELIGIEUX ET DES CHRÉTIENS DU SIÈCLE.

Obstcrovotf egovinetus în Domino, ut digne' ambufetisvoeationeqv4voeçiif'^' Je vooB oooinre, noi qui snii dans les chaînes poqr le Seigneur, de yods oondntre d'à» manière qql soit digne de votcie VocaUon. Épttre aux Éphésiens, chap. it.

Cest ainsi que parloit le grand \p6iîte , exhortant les nouveaux Sr dèles qu'il avoit formés en Jésus-€hrist par l'Évangile; et c'est ainsi que je me sens inspiré de vous parier aujourd'hui, mes chers aodite^urs , dans robligation oir je me trouve de vous instruire sur le sujet important de cette cérémonie, pour laquelle vous êtes ici assemblés> Saint Paul avolt un droh particulier de tenir ce langage aux cbrédeps

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d'|)phèse, pareequ'ëtant alors dans %s fers pour le nom du Sauveur, qu'il learavoitaoBODcé, il àccoiuplissoit lui-même dignement sa vocation à Taposlolat; et il ne pou voit pas les engager plus eWnace-. ment à honorer par la sainteté de leur vie leur vocation au chrisiia* Bisme» qu'en alléguant son exemple, qui,* supposé la haute estime qu'ils avoient de lui , étoit pour eux un des motifs les plus oonvah* cants dont ils pussent être touchés. Car c'est pour cela , leur disoit-il, mes Frères , que je me fais un honneur d'être prisonnier de Jésus- Christ : Egovirictus Ckiisti Jesu (Ephes. , 5) : et quand je me glorifie de cette qualité , ce n'est pas seulement pour moi, que Dieu par sa miséricorde a choisi dans le judaïsme, c'est pour vous qui êtes Gentils, c'est pour votre salut qui m'est si cher et si précieux ; c'est afin de vous faire oonnottre le iiiérite de cette grâce , par où Dieu vous a appelés des ténèbres de l'infidélité à son admirable lùtnière, en vous communiquant le don de la foi : Hujus rei gratiâ^ ego vinttus ChMU Jesu pro vobis gentibus. Permettez-moi, Chrétiens» d'appliquer ced i mon sujet. Une vierge qui se consacre à Dieu par la profession religieuse peut dire, aussi bien que saint Paul, qu'elle est dans les chaînes pour le Seigneur. En effet, les vœux qui l'engagent à Dieu sont pour elle de véritables liens, des liens dont elle ne rougit point, et dont elle fait même toute sa gloire ; des liens qu'elle porte avec joie » et où elle met toute sa confiance; des liens éternels qu'elle ne peut plus rompre, et qui la tiennent attachée inséparablement à Jésus- Cbrist. Elle auroit donc droit de dire aux chrétiens du siècle qui viennent assister à son sacrifice , ce que saint Paul disoit aux Éphésiens : Obsecro vos, ut digne ambutetU vocatione quâ vùcati e$tis : Je vous conjure , moi qui par un choix solennel vais me rendre captive pour Jésiitô-Christ , de profiter de mon exemple, et de vous comporter d'une manière digne au moins de la vocation chrétienne. Or voilà justement, mes chers auditeurs, ce que vous prêche aujourd'hui, bien mieux que moi, cette généreuse fille qui va pour jamais se dévouer à Dieu; et c'est ce qui va faire le sujet de ce discours, après que j'aurai demandé les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de Marie : Ave Maria.

Etre appela de Dieu, c'est, dans ta pensée de saint Paul, le premier effet de la prédestination divine, et par conséquent le principe de tous les bi^ns , et le fondement du salut de l'homme : Quos ' prœ' destifiavit, hos et vàcavit (ilom. , 8). Mais être appelé à un état de sainteté sans le connoltre , et avoir rt'çu de Dieu une vocation sans en foire le discernement, c'est la source au contraire de tous les maux dans l'ordre de la grâce et du salut. En quelque condiiion que nous soyons, et quelque genre de vie que nous ayons embrassé, nous avons tous part, comme chrétiens, à cette vocation céleste, par oii, comme dit smnt Paul, Dieu nous a appelés en Jésus-Christ. Mais nous devons

reconiiottre» à BOtre oonfusion, ^a*il y en a plusieurs parmi nous qoi^ grossiers et ignorants dans les choses de l^feu, quoique éclairés et ÎBtelligenis dans celles du noionde , ne savent pas , et par un anus encore^ plus déplorable , paroisseni même ne se pas mettre en peine de lavoir Ce que c'est que cette vocation; c'est-à-dire qui n*en comprennent pas les engagements, qui n'en péuètr/ent pas les coûsëquen- C6s« et qui n'en ont jamais étudié les devoirs. Or c'est à quoi j'entreprends aujourd'hui de remédier. Car, dans Tobligation oit je me tfOuv(s de parler ici à deux sortes d'auditeurs , les uns ongagés à mre dans ie monde I les autres consacrés à Tétat religieux» mon dessein est de faire connoitre aux premiers, que la Providence a choisis Ipi^ur le monde 9 rexcellenee et la sainteté de la vocation chrétienne, en la mesurant sur |a vocation religieuse. Et pour m'acquiiter en même temps de ce que je doi$ à ces chastes Couses du Sauveur, qui, gMliSsées de l'esprit de Dieu, ont fait un divorce éternel avec le monde, 1% veux leur foire estimer le mérite et le prix de ta vocation religieuse, mt la réduisant aux principes de la vocation chrétienne. Voilà les deux ans que je me propose ; et l'iliustre vierge qui fait le sujet de cette loérémonie me servira , poqr Tune et pour l'autre , de preuve vivante, fiar comme elle est déjà plus que convaincue des saintes maximes sur lesqfielies doit rouler tout ce discours , au lieu de l^exhorter et de Tinstruire^ je vous instruirai par elle, Chrétiens qui m'écoutez, je vous exhorterai par elle; ou, si je ne suis pas assez heureux pour vous persuader, je vous confondrai par elle: ce sera le sujet de la première partidé Et dans la seconde^ en vous comparant , ou plutôt en vous apposant â etlov je la consolerai par vous, je lui/erai goûter son boa- Ifmr par vous i jei'alfermirai dans sa vocation par vous. Voilà tout «non ^essein^ ^ui se réduit à deux vérités que je vous prie de bien Mieevoir; i'une qui regarde les chrétiens du siècle, et l'autre qui teiicfteJes religieux: ou plutôt qui, par lopposition de ces deux 4|ats , doivent l'une et l'autre apprendre également aux religieux et •lix chréiiei|s du siède à se conduire d'une manière digne de leur vo- «tion i (Ji 4%tté iumèukàf vocêiioife quâ voeati esiis. Car je prétends que rien n'est plus capable de confondre la lâcheté des chrétiens du siècle, que de leur faire considérer la perfection de l'état religieux : c* est ma premiàns propo^iiîon. Et j'ajoute que rien n'est phis propre 4 «ansoler les rieligieiix , et Ji les confirmer dans leur Vocation , que de leur faire envisager les malbenrs presque inévitables et Jes obligations des eiuviiiens.4a aiècle; c'esi maaeconde proposition. Que ne dois je pas eiperer de ces deux importantes vérités , si voiis me donnez une aueation favor^le?

U éuk 4ei'h(NHKMr deîa fe)î|^»0 l>rdra de la Providence Ymr k tittsi, <p'4 y «Al «NijoMrs 4a9S lÉglise à» J)ieu dequoi confon-

DBS REUGIEUX^ eiv. 347

dre OM MUtamait rimpiëtë des dirétiens scandaleux et libertins ^ 4nais encore la négligedce et la tiédeur des chrétiens lâches et împar- £iits : et comme la charité de plusieurs devoit se refroidir» selon la l^rédtction de Jéaus-Chrisit à mesure que l'iniquité iroit croissant « aussi éloîj^ii Diéoessaire qu'au moins l^ zèle de quelques uns dans la suite des temps sejranîmAtt pour empêcher que le désordre et le re* Iftchement des autres ne prévalût. Or <;'est à quoi Dieu semble avoir admirablement pourvu» en opposant à ce relâchement des mœurs qui aotratae la plupart des chrétiens du«iècle» la perfeciion de l'état religieux ; et en voici les raisons » qui sont évidentes. En premier lieu » parceque cette vue de la perfection de l'état religieux découvre sensi- Uerai^nt aux chrétiens du siècle ce qu'ils sont » ou plutôt ce qu'ils doivent étreroe qu'ils-ont été, et malheureusement pour eux ce qu*ik ne sont plus; le déféré de sainteté dont ils sont déchus » et auquel JNeules rappelle; la voie de perfection qu'ils ont Quittée, et où ils doivent s'efforcer de rentrer. En second lieu, parceque, envisageant la perfiection de l'état religieux, les chrétienis du siècle sont, malgré eux ft détrompés d'une erreur grossière, dont ils se préviennent souventt savoir, que la loi da Dieu, prise dans toute son étendue et dans sou étroite rigueur^ est peur eux quelque chose d'impraticable i puisi|u'au oentraire ils la doivent ooncevoiri noa seulement possible^ mais facile et llroportionnce à la foiblesse même de l'humanité , lorsqu'ils voient le courage de tant d'smes religieuses qui enchérissent sur cette foi, et qui, non contentes de ses préceptes, s'imposent le joug da ses phis sévères conseils. En troisième lieu, parcequ'il est constant que la perfection de l'état religieux réfute invinciblement toutes les a^cusc^qu'allèguent les chrétiens du siècle ^ quand on leur reproche leur pares%e et 4eiir lâd^eté dans la voie de Dieu; et détruit tous les prétextes dont ils se servent communément pour éluder les solides et atika remontrances qu'on leur fait sur rol)servation exacte de leurs devoirs» .frois raisone capables de les confondre; mais en même temps » mes chères Sosurs , trois puissante motifs pour réveiller en ¥oos cette sainte ferveur que je voudrois aujourd'hui vous inspirer. Écoutes-moî,

lion ^ dans l'obligation indispensable où est Thomme chrétien d'agir et de vivre en chrétien ^ rien n'est plus important pour lui que de bien comprendre une fois l'excellence de son état, et de remonter de Jtraips en tasiips, par de salutaires réflexions, jusqu'à son origine, pour neoQiuioitre ee qu'il tet » ou pour s'humilier de ce qu'il n'est pas. G étoii la grande leçon qtte$aiat ^ul feisoii aux Corinthiens. Il leur rejaettoit devant les yeux la sainteté de leur vocation , parcequ'il savoit Unn , dit saint Ghrysostome, qtie du moment qu'ils s'appliqueroient à In leonsidérer» ils en concnvroiént une haute idée; qne, WH'plis de la lÉanOs idée iffi'ils f n auroient oonçH^ , ils feraient toua lettrs efforts powr «mer «ne via «mi y fat eanforilMf et qiij&, vivant cànformémeat

à cette idëe, ils deviendroient dé6 hommes par&its.: Videie vocaiioneni vestram. Frottes, Aiasi leur parloit-il alors. Mais où voyoosnoas aujourd'hui cette sainteté de la vocation chrétienne , et oii poiirrions-nous en trouver une vive image? Rendons-en vous et moi la gloire à Dieu : c'est dans Tétat refîgîettx , où Dieu non sitplenaent la ftii subsister, mais la rend palpable et sensible. Car quoique nous, ne puissions nous déguiser à nous-mêmes le triste changement ^oî s'est fait daps le christianisme, il est vrai néanmoins que Dieu a pris soiu d*y susciter de saintes maisons, où la loi est pratiquée dans «toute soit étendue ; des maisons que nous pouvons regarder comme les asiles de la piété chrétienne, de la pauvreté, de Thumilité , de la pénitence et de la morUfication chrétienne.; des maisons où l'Évangile de Jés»us- Ghrist non seulement ^t reçu avec respecft, mais suivi à la lettre 'et avec une pleine fidélité; des maisons subsistantes au milieu de nous, pour servir de témoignage contre nous, et pour être des modèles visi*> blés que nous puissions consulter, et «ur qui nous puissions nous former. Prenez garde , s'il vous platt , à ma pepsée.

Dans les premiers siècles de rÉgti8e,iln'étoit pas nécessaire qu'il y eût des religieux: pourquoi? parce que ifschiéiiens, vivant comme chrétiens, étoieni alors-, au moins dans la préparation de leur cœur; autant de religieux. Ainsi saint Jérôme le témoigne-t-il en parlant de ces chrétiens d'Alexandrie que saint Marc forma, et qui servirent de modèles à tous ceux que l'on nommoit disciples, c'est-à-dire sectateurs de la doctrine de Jésus-Christ et de sa loi. En effet , dit ce saint docteur, on ne voyoit rien parmi eux qui ressentît le monde.: ils renonçoient à leurs biens , ils ne possédoient rien en propre , ^ 4>béissoîent aux apôtres comme à leurs pasteurs , ils vaquoiént jour et nuit à la prière, ils s'appeloient frères, n'ayant tous qu'un cœur et <}u'une ame; enfin , conclut saint Jérôme, ils étoient tous', par une profession générale , ce que sont maintenant, par un engagement particulier, ceux qui embrassent la vie monastique : Ex quo pateêialem primorum in Chrtsto credentium fm$$e Ecclesiam, quales nunc monacin esse nituntur et cfi;9tunr(Hi£R0N.). Voilà le miracle que le Saint-ËS; prit opéra , quand il descendit sur les apôtres et sur tous les disciples assemblés, les ayant, tout grossiers qu'ils étoient, rendus capables d'une vocation si sainte ; je veux dire, les ayant détachés du monde et deux-mêmes, et par une conversion qui fut, dans toutes ses circonstances , le plus incontestable changement de la main du Très- Haut, et le plus étonnant prodige de la grâce qu'on ait jamais vu sous le del , leur ayant inspiré à tous le mépris des biens de la terre , la fiiite des honneurs du siècle, le renoncement aux plaisirs; disons mieux » leur ayant inspiré à tous l'estime de h pauvreté jtisqu'à s'en foire

DES RELIGIEUX, btc, 349

kn oà il commença, se répandit bieniAt après dans les nations et parmi les^ntils, oà, selon le tt-xie sacré, on voyoit s'augmeaier et se multipri^Je jour' en jonr le iugebatur

• craientium in J)omtnt) muMiudo dire, des

crof anls? c'eit-à-dire de ceux q it que les

apàtres , se dëpouilloieot de tout , vre Jésus-

Christ. Usez ce qu'en rapporte E de l'aprit

d'abat^^kin oà vivoientces chrë tque celui

déBinip)eschrétiens,ëtoientauta . autant de

martyrs de leur foi , autant d'exemples de tontes les vertus religieuses. Telle ëtoit, dis-je, selon la tradition des Pères, l'idée que l'on avoàalorsdela vocation cbrétienne; et ceneidée, je le répète, n'ëloit point nne vaine spéculation, mais quelque chose de réel et de subsistant. .

nuis le monde , dit saint JërAme , n'étoit pas assez heureux pcHir pouvoir long-tonps soutenir une telle perfection ; et cette pei'fectiun, qu<Hquê réelle , par un secret jugement de Dieu , ne devoil pas longtemps être à l'épreuve de la contagion .du n f vuus le sayez , et pour, peu de foi qu'il vous rest< j fei^ vcnr de l'esprit chrélien vînt bieniAt à se r le s'en aeroit perdue, si Dieu, qui la vouloit cons icée et comme détruite dans les chrétiens du sied et renouvelée :dBU l'éiat reUgieus. Pourquoi n ? Non seuletaeM-, 1^)ond saint Jérdme, afi'i qu'i homntes sur la lerre qui rendissent à Dieu c , le seul chriuiaoisoie le peut honorer ; mais afin que ceux quf viendraient dans la suite à dégéoérei- de la pureté de ce culte pussent au moins, quand il plairoit a Dieu.de les toucher, éire en état d'y revenir , afin qu'ils en AÙsAt toujours l'image préstnie , et que , mal(;rë l'iDiqui^lé ôes derniers tAap» , j'«usse encore^ruit , comme prédicaieur de l'Évangile , de lenr dire : Viârtè vocathivem vettram .- Apprenez, mes Frères, Yooa dont l'aveuglemenL fait ma^loulcur, et pour la conversion desquels je me sena un zèle sincère, apprenez , par ce qui paioti à vos yeux, ce que c'est que d'être chrétien. Puisque vous en portez encore le nom , reconnoissez ce que vous êtes , et ne vous laissez pas pervertir jusqi^ oublier l'excellence et le prix de vutre vocaiiun. Pour vous en mieux instruire, contemplez-la et admirez- la dans ces épouses de IfsuhChrisi, qui en sont les portraits vivunis. Ne mesurez pas œtie' vocation chtëlieuDe par les mœunt et par les maximes d'un certain moude qui vous séduit, et dont votis êtes obsédés. Pour en avoir une itoiiun eonfbrmeà celle de saint Paiil, suriez de ce monde profane ; enirrz en e^ijtfl dans ces sanctuaires ferii.és pour le monde , ofi les servantes de Dieu fout leur demeure;. dans ces clutties d'où vous Itvonez que l'esprit du monde est banni , et ou vous convenez que l'esprit de Diéo r^e souverainement :' c'est là que vous verrez ce que

SJtO SUR L'OPPOSITION MUTUELLE

e'est que Votre voeaiion, et combien l«s vom (A tous marohw smr élaij;ii<^es de la perliemion de oelles-qu'a vonla vosb niarqï|r l-ApAtra, quand il dis( onem veUram. Donnons fflRt ceci plot

de jour par ■ m'a touché, et dont jo suis assarilqne -

TOUS serez ti ».

Quand sai saint Paul , auachorfM, dus le éiÊm,

et qu'il eut é IB de la vie toute céleste que meiriHt cet

homme de D r ses disciples , quf le ppi^ut à ioh rè^

tour de leur I cation qu'il avoit tirée d'un tel exemple,

d(Hi( ils le TOjmeDt pénétré , il leor répondit , les larmes aax yen , M frappant sa poitrioi; de douleur : Vie miki pecealorî qui Mm indigna numacfti nomen fere ! Vidi Elitim , vitii Jomtnem in deterio , et ui re» rum dicam, vidi Paulutn in paratUêo (Antos.) : Ah! mra Fràret, malheur à moi qui porte i>i indignement le nom de solitaire ! l'ai vu un second Éiie , j'ai vu un autre Jeun-Baptiste; et, pour vous parlep uns ' figure , j'ai vu Paul, non pas dans une bubhatioa terrestre, m^iis dan un paradis. Voilà, hommes du siècle, mais avec bien plus de raisoa, r. Quand vous sortez d'un monastère, ok vsh s que Dieu est clorifië, comme 11 l'est ici, pw 1 règle , et qu'après une cérémonie aussi lOnis allez être témoins, vous retournez dans vos acun de vous se doit dire dans l'amertume da ir contrit : Vœ milû ptecatori qnklam iiuHfnè lalheur a moi qui ae 8u)a qu'unis otiréliiB, le d'en porter le n*m ! J'ai vu des aBfj^s dans des corps mortels-; j'ai vu des vierges dont les vêtements, Maù^ dans le sang de l'Agneau, n'ont jamais été soiiillés d'aucune tache ;j'ti vudesamesdonlteihondeo'étoitpasdiglie,etqui, renonçant au monde, se sont rendues dignes de Dieu. Êi qui suis-je; moi pécheur? qui*ui»i je , moi pécheresse? Ccst ainsi , dis-je , uMrâhers auditeurs, i^ie doivent parler, non seulement fienx d'entre vous qui ; dans l'idée com* mune, passent pour mondains, mais ceux mêmes dont la conduite est estimée plus régulière et plus louable. Car quelque iparfiiiis qiie je let conçoive , ou que vous les Kuppositz , que font-ils dans le monde qnl soit comparable it la vie de ces saintes filles que Dieu a séparées dn monde? en quoi approchent-ils de leur pauvreté et de lev austérité? en quoi les imitent- ils dans cette abnégation totale d'elles-mêmes, dans cet assujettissement éternel de leur .volonté, dans cette obéissance qu'elles ontvotiée, et dont elles se font un mérite capital? Qu'est-ce que la vertu d'un Jiomme et d'une femme du monde mise en parallèle avec tout cela? Cependant ces servantes de Dieu protesr teni qu'elles n'ont entrepris des choses si conifaires à la sature, qu'elles n'ont embrassé des réformes si étroites, qu'elles ne se sopt entevelics avec Jésus-Christ par une pénitence si rigoureuse , que ponf* arriver, et plus t4t et plus sflrement , k cette perfeclion ot elles (jpt

DES RELIGIEUX, vtc. 3M

conçu <pie le christianisme les appeloit : et ce oui I^ hcimilie, oe qui fait le sujet de leur douleur, ce qu'elles se reprochent sans cesse» c'est de se voir encpre bien éloignées de ce christianisme parfi^ît oft elles aspirent.Ei en effet, si ihoiqui vous parle, j'avoj^ cra pouvoir être dans le monde aussi soli4e(nent chrétien, aussi puremeùt chrétien » aussi exactement chrétien que je le puis êlre dans l'état religieux , je n'aurois jamai$ pris le parti de là religion. Car je n'ai cherché dans la religion que ce qui pouvoit m'aider a être chrétien ; et je n*ai doni^i kl préférence de mon choix à ta profêssioà religieuse, que paroequ la foi m'a appris que c'est de tous les états celui qui approché le ptuà de cet ancien christianisme, dont noiis rétéroqs encore la pureté.Or^ suivant ce principe , mes chers auditeurSi qui que vous soyez , et pour peu de justice que vous vouliez vous faire, commei^t pourrtezvohs. vivant dans le monde, ne vous pas humilier à la vue de ces sainti modèles , et de ces ferventes épousas du Sauveur? Et comment poqrriea-vous n'en pas tirer cette confusion salutaire qui d(»it être fe remède efficace et souverain de tous vos relâchements ? Confiusion que vous devez faire cc^sister à vous représenter souvent l'état dont vous êtes déchus , et qui m'autorise à vous dire ce que Dieu, daps l'Apocalypse , disoit autrefois à une ame tiè4e : Memor e$to und^ exdderU {Apoc.y â) : Souvenez-vous de ce que voqs avez été, et de ce que vous n'avess cessé d'être, que parceque voa§ a^yez oublié qu'être chrétien, c'est, sansautre engagement que celui-là, être religieux d^espritet de cœur. Passons à la seconde raison.

Une des principales etzxsngidoniles lâches chrétiens se préoccupent^ et qui contribue davantage à les endurcir d^ns leurs désordres, est de se figurer la loi dé Dieu , non seulement austèie et difficile , mais , du moins par rapport à eux, moralement impossible;- de se plaindre qu'élis surpasse leurs forces^' et, par une pusillanimité dont ils voudroieat lui imputer la cause, de se décourager et de se désespérer même absplument d'atteindre jamais à sf sainteté. Mais nioi, ^e dis qu*un des grands moyens dont se sert la Providence pour détromper ces chrétiens foibles et timides d'une ^ pernicieuse erreur, c'est de leur opposer la perfection de l'état religieux , en les convainquant malgré eux que la loi de Dieu n'est point en effet impraticable, puisqu'il fie trouyeiles âmes, 900 seulement qui la pratiquent dans toute son étendue, mais gui vont encore au-delà, et qui^ comptant pour rien , ou pour trop peu , d'en rem|Àir la juste mesure par l'observation des préceptes, y ajoutent volontairement et de gré les vœux de la religion ; des âmes généreuses qui , gardant inviolablement , et de l'aveu du monde même, exemplairement tous les devoirs de la profession religieuse qu'elles ont embrassée , servent dans le monde, ou pour mieux dire contre fe monde, d'une preuve auihentîque et invindhie, je ne dis ps de la pp^sMité , mais de là facilité de la îpt chrétienne. Car avec quel front un mondain , pour se disculper des

SSa SUR L'OPPOS(TION 4ilUTUËLLË

dérèglements de sa vie, osera-t-il prétexter J'impossibQitif iiQagtnaire de celte loi , tandis que des millions de vierges courent avec allégresse dans lavoiedescommandenients; c'est peuydans la voie des conseils les plus héroïques et les pinsopposésauxinclinationsdelachairetdusang? £t c'est ici. Chrétiens, que je vous conjure de vous appliquer à vous-mêmes ce qui fit autrefois une si forte impression sur le grand docteur de l'É^^lise, saint Augustin, et ce qui produisit enfin (ij^ns sa personne ce changement miraculeux de la main du Très-Haut. Pressé du désir d'être à Dieu , et déjà , à l'égard de tout le reste , détaché du monde, il ne tenojt plus.au p^ché que par une seule habitude. Mais cette seule habitude» par Jes fausses idées dont il etoit prévenu, lui sembloit un obstacle invincible à sa t^nversion. II vouïoit rompre ses liens , mais il désèspëroit de Iq pouvoir. De là cette guerre cruelle qui lui déchiroît l'ame , cette incertitude pii il demeurolt , ces délais et ces retardements continuels , tantôt voulant et tantôt ne voulant plus; disant toujoiirs que ce seroit pour le lendemain, et ne disant jamais que ce seroit pour le jour présent : Otva , cras (August.). Hais X|ue fit Dieu? il lui fit voir en esprit la Chasteté, qui se présentant devfint lui , et lui montrant upe troupe de viergîs de tout âge et de .tout état, lui disoit, pour le piquer d'une saiole émulation : Non poxeris quod isti et iétcè ( Idem.) ? Ne pourrez-vous pas ce que celles-ci «t ceux-là ont pu ? ùe pourrez-vous pas ce que peuvent tant d'autres, ioibles comme vous , et sujets aux mêmes tentations que vous ? Ce reproche l'humilia, le réveilla, le toucha. Malgré ses propres préventions, Augustin , cédant à la force de l'exemple, crut enfin qu'avec le secours de là grâce il lui seroit possible et même aisé de sortir d'esclavage. Il le crut ; et , convaincu qu'il le pourroit , il en vint à une pleine exécution. Or c'est ainsi, mes chers auditeurs, que Dieu, par mon ministère et par ma bouche , s'adresse à vous , et que » malgré vous , il vous détrompe sensiblement du vain prétexte dont votre lâcheté se couvre, quand il vous met devant les yeux là vie de ces incomparables filles , qui sont et l'honneur de leur sexe , et les prédestinées du monde chrétien. Car c'est comme s'il vous disoit : Hommes transgresseurç de ma loi , vous qui , pour la violer plus hardiment et ai^ moins de remords, la traitez d'impraticable ; vous qui feignez dans le précepte un excès de rigueur qui n'y fut jamais, et dont cependant votre libertinage se prévaut, Qui fingis laboreminprœcepto (P«. 95), yovez, pour voiis convaincre de votre injustice et de. votre erreur, ces vierges ferventes, qui, aniinées d*une sainte confiance, ont en le courage d'enchérir même sur ma loi ; et qui, dans la vue de tnè plaire, par le choix libre qu'elles ont fait , mènent une vie plus angeUque qu'humaine. Voyez l'infatigable persévérance avec laquelle elles sbùtieuDent les observaiices les plds mortifiantes pour le corps , et les plus homiliantes pour l'esprit. Voyez leur force à remporter sur eUes-méoies des victoires, et à ce faire des. violences qui ne leur étbient point absQ-

DES RELIGIEUX, ne. 353

iumeot nécessaires pour le royaume du ciel. Voyez leor dëtachemeut de tout ce que le monde avoit pour elles ;'non seulement d'agréable et dé délicieux, mais d'innocent et de permis. Prétendt-z-voua aprëç cela (jae les devoirs communs du christianisme Boirnt un fardeau trop pe> sant pour vous ? et lorsque ces âmes fidèles ont l'anmiage et la gloire de fïiire le plus, votis obstiaerez-vons à croire que tous ne pouvez pas foire le moins?

En effet. Chrétiens, quelle excuse ponvez-vous alléguer qui qp.B(^ invinciLIemeot réfutée par aa tel exemple? c'est )■ troisième ratsoa qui suit de l'autre. Esi-ce la naîssanee, est-ce Véducaiion? est-ce ['âge, le tempérament? sont-ce les infirmités? Hais enire ces vîei^et de Jésus-Christ , combien par leur naissance éioient ou ausû distinguées, ou même plus distinguées que vous? cependant elles ont pu fermer les yeux à tout l'éclut qui les environnoit , pour s'ensevelir dans l'obscuriié du cloître : combien dans la-maison paternelle avoieat été élevées , non seu'ement au milieu de toutes les aises et de toutes les commodités de la vie , mais au milieu de toutes les délices , au milieu de toute lu magnificence du monde ? cependant elles ont pu se priver de tout ce que le monde avoit de plus engageant et de plus flutiear, pour embrasser, un état de pénitence, d'abnégation et de croix : combien, dans une jeunesse aussi vive que la vAire, ont comme vous des inclinations naturelle incre; ou combira,

dans une vieillesse aussi ava le , ont à porter le

poids des années qui les accal t-il une inclination

un peu trop humaine qu'ellei dles ne combattent

sans relAcbe?y a-t-il une p: irmonient? ù quels

exercices ne se rcndent-rlles pas assidues, malgré la pesanteur de l'âge-, qui leur pourroit servir de prétexte pour ^e^iapenser? Et si peutéU% elles se trouvent forcées d'accepter qik^^wlispenses que la règle leur accorde, disons mieux, que lu rè^'te^PWmpose , par quelles' autres pratiques prennent-elles soin, attflk qu'il est en leur pouvoîf, de compenser d'ailleurs ce que leur tiSt perdre une triste nécessité doniellesse plaignent? Sout-ellestoutesd'un tempérament plus ièrOK et plus robuste que vous? soni-elles toutes d'un sexe plus <«pible de soutenir le travail? sont-elles toutes plus exemptes des foiblésses de la nature? toutes néanmoins, sans égard aux forces , ni à la santé, s'assujettissent au même joug, et remplissent l^s niémes obligations. Or voila, mondains, par oii Dieu vuusjugeraj voilà par oii elles vouff ' jugeront elles-mâmes. Car c'est re que Jésus-Christ leur a promis dans la personne de ses apodes : Vos gui retiquistis oninia, el tecmi aiit me, sKdebitisjudwaniei. Rien dune de plus propre à confondre la lâcheté des chréiens du siècle, que déconsidérer la perfection de l'état religieux ; et rien en même temps de plus pvopre à consoler les religieux , que de considérer l'ëiat des chrétiens do siècle : autre vérité que j'ai À vous faire voir duos la seconde partie,

tu SUR t'OPPOStTlON MUTUELLE

bEUXtÈHB PARTIE.

Grsoe i 11 providence de netre Dien, e'ett de tout temps qne lei vrais religieux, quoique pauTi-eset dénués de tous les biens de la terre, n*ont pasUissé d'être cootenlsde leur état, jusqu'à s'estiowr I^ns heureux que les mondains avec tous les biens qu'ils possèdint ; el c'est de tout temps que , malgré la vie dure et mortifiée où les engagCfla (tfofiessroa religieuse, persuadés qu'ils avaient choisi la meilleure part, ils Ee sont consolés dans leurs peines, par la comparaison qu'ils ont faite de leur condition avec celie des chrétiens du EÏècle. Mais quelque avantageuse qu'ait été pour enx cette comparaison, j'ose dire que lA plupart n'en ont profité qu'A demi ; et il m'est au moint évident que jamais ils n'en ont tire tout le fruit qu'il seroît à souhaiter que chacun en tirât : pourquoi? parcequ'il est cerlain que-la plupart des religieux n'ont jamais assez bien connu le monde, même en le quittant, ni après l'avoir quitté, pour comprendre parfaitement jusqu'à quel point l'éiat des chrétiens du siècle, comparé avec la vie religieuse , leur pouvoit et leur devoit éire un fonds de consolation. Or c'est, mes chères Sœurs, ce qui me reste à vous développer. Vérité que jesoutiensétrela plus touchante, et lapins capable de vous affermir dans votre vocatio vous vous appliquiez à deux réflexions que vous avi Fois, et que je vous ai mat^ I qiiées dès l'entrée de -i-dire pour peu que vont I «Qvisagiez d'une part 1 blés , et de l'autre les indispensables devoirs des c i vivre dans le monde. Éconlez-moi , et vous allez i ■»,

Un des points sur quoi saint Bernard croyoil autrefois avoir droit de ^citer cenxqu^||paroientdu monde, et qui fàisment profieision delà vie moua^^ltétoit celui-ci. li est vrai, mes Frères, leur disoit-ilt la vie qne jM^menons dans la rtligion purtui aux enfants du siècle quelque chose d^^îjste ; mais ils n'en jugent de lu sorte qne pàrcequ'ite sont dans l' erreur, et qu'ils ne nous connoissent pas. IVos abstinences et nos jeQnes, nos macérations et nos veilles leur donnent une idée affreuse , mais vaine et mal fondée, de notre état : car ce qui les trompe, c'est qu'ils ne voient en tout cela que nos croix qiu sont extérieures, et qu'ils ne voient pas l'onction intérieure de la grâce qui les adoucit , et qui nous rend nos croix mêmes non seulement ' supportables , mais aimables : Cruce* vident, uneiione» non vident (BEtiif.]. Ainsi parloit ce Père, louché de l'expérience qu'il en avott, et qu'en avoient ceux qui, formés et instruits à son école, l'expérimentoient comme lui. Hais si les enfants du siècle sont trompés quand ils estiment la condition des religieux malheureuse, je ne crains point, saintes épouses da Sauveur, de vous dire que voQs vous trompez encore bien plus dans le jugement que vous faites des enlants da siède, si voH$ les estimez heureux : et pourquoi? {nrceqtfe vous ae Toy «

D£S REUOIEUX, ate.

qiÊB letin joies, qui, quoi qu'ils en disant , sont en jmè £raiiês et apparentes, ft que vous ne voyei: pas leurs aneitumes et leprs ehagrkis, d'autant plus véritables et plus réek, qu'ils sont secrète et cacbés. Or, ce principe supposé , il me aeroitaisé , mes chères Sœors,.de vous découvrir ici une source Seconde et inépuisable de consolations même sensibles , que vo|is n'avei peut-être jatimis goûtées , et dont je vou« drois que vous fussiei aussi pénétrées que Dieu m'a souvent fait la graee d'en être pénétré moi-même. Car je n'aurois pour cela qu'à vous faire un plan du monde , seulement tel qu il m'est connu : que seroit* ce , si je vous le représentois tel qu'il est en effet? ce seroit assez pour vous obliger à bénir nàille fois le ciel, qui vous en a séparées. Je n'aurois, pour vous faire sentir le bonheur de cette séparation , qu'à entrer dans le détail des choses à quoi vous engage la sainte règle que vous professez , et ensuite qij^'à y opposer Tiolquité , la s#éi1fé , la dureté, et, si je l'ose dire, la tyrannie des lois que le monde présent à ceux qqi lé servent.

En qualité de religieuses , vous avez, des croix à porter, j*en con» viens; et malheur à vous si votis n'aviez p^usce caractère de ressemblance avec le Dieu crucifié , qui est votre divin' époux : mais s'il y a des croix dans la reli««;ion , lotmonde n'a«t-il pas les siennes , plus pe« santés et'plus aMigean^es t et les vêtres , comparées à celles du monde , méritent-elles pi*oprement d'être appelées croix ? Votre vie dans l^ religion est un perpétuel exercice de pénitence , je le sais ; mais je soutiens aussi que c'est ce qui en fait pour vous non seulement là saintetéi» mais la félicité, puisque, dans la pensée des Pères, depuis la péché, il n'y a plus pour l'homme'perdu d'autre ressource, ni par conséquent d'autre félicité sur la terre, que la pénitence : PœnitenHn est homink rei félicitas (Tertull.). Et pour vous montrer qu'en ceci vous n'avez fait que changer d ol>jet, et que selon le monde même vous y avez encore gagné, dites-moi, mes chères Soeurs, qu'est-ce que la vie de la plupart des mondains? qu'est-ce que la vie d'un avare, eu d'un ambitieux? qu'est-ce que la vie d'un courtisan, esclave de la fe- Teur, sinon une continuelle pénitence, d'aurani plus malheureuse qu'elle est inutile et forcée? au lieu que la vôtre est au moins volontaire et salutaire. Or, pénitence pour pénitence , ne compt«z-vous pas pour un don de Dieu* d'avoir choisi celle qui vous conduit au salut , et de vous être affranchies de celle qui n'eût point ^dj|utre effet que de vous affliger sans vous sauver? Vous faites p^oRlsIon , comme re< ligieuses, de vous mortifier etdev<ms humilier: n'est-on pas sans cesse et malgré soi mortifié et humilié dans le monde? et au lieu qu'en vous mortifiant^ vous avez du moins l'avantage de pouvoir dire à Dieu» comme David, Pf opter temoriificamur (Pjiaim. 43), Q'est pour vous^ Seigneur, et pour vous seul que nous souffrons; le mondain n est-il pas réduit à tenir dans un sens tout opposé le même langage , en disant au mondie , Pr^pter t$ : C'fiist pour toi ^ monde réprouvé, que je

me c&ptiye, c'est pour loi qae je me fais violence, c'est pour toi qneje soiifFre et que je gémH ; «et parceque c'est pour toi , j'ai le malheur encore avec tout cela de me damner ? Vous dépendez , dans la maison de Dieu, d'une supérieure qui vous tient lieu de mère, et qui en a tout le zèle et tous les soins : mais de combien de maîtres durs , impérieux , bizarres, dépendent ceux qui prétendent à quelque chose dans le monde? Gomme religieuses, vous n'avez plus de volonté; et est-il permis d*en avoir à ceux qui se dévouent au monde? Sans sortir du saint lieu où nous sommes, que ne puis-je , pour vous détromper des fausses idées que vous avez pent-élre encore du monde , vous révéler ici le secret des cœurs ! et de tous les chrétiens du siècle qui m*éoontent (car à peiné y en a-t-il que je doive excepter, et qui ne paissent me servir de témoins des misères du monde dans les conditions même du mtMid#les plus distinguées), de ces hommes , dis-je , du siècle devant qui je parle, que ne puis«je vous faire connoilre les déboires et les déplaisirs mortels ! quels troubles les agitent , quels chagrins les accablent , quelles passions les déchirent , quelles jalousies les rongent, quelles disgrâces les désolent, quelles injustices qu'ils se croient foites les désespèrent, queb dégoûts ils ont à essuyer, et quels rebuts à supporter ! Vous vous les figurez dans i^ divertissements et les plaisirs : que ne puis-je vous, faire comprendrSca»' que leur coûtent ces prétendus plaisirs, et de quel fiel sont mêlés pour eux ces vains divertissements! Ils vous paroissent comblés de biens : sans parler de ce qui leur manque, et de ce que la cupidité toujours insatiable leur fait désirer au*delà.de ce qu'ils ont, que seroit^^ , si vous saviez à qum les biens mêmes qu'ils possèdent les exposent; les peines qu'ils ont à les conserver, les alarmes que leur cause la crainte de les perdre , la doûleiu* qu'ils ressentent en les voyant dépérir, les envies , les traverses, les persécutions que leur fortune leur attire? Ah! mes chères Sœurs, vous et moi qui avons renoncé au monde, nous serionis, en vue de tout cela, remplis , animés , pénétrés d'une vive et intime reconnoissanoe envers notre Dieu. Les actions de grâces que nous lui i*endons pour le bienfait inestimable de notre vocation , ne procéderoient plus seidement de la foi qui nous élève à l'espérance des biens futurs , mais d'un sentiment presque naturel , que Texpérience même des biens présents produiroit en nous. Sans attendre d'autre centuple que celui-là, npiia éprouverions dès maintenant , mais avec un excès de douceur qui âK>it comme Tavant-goût d« notre béatitude, combien il est avantageux d'avoir tout méprisé pour Jésus-Christ ; et la seule chose que nous aurions à craindre, en nous comparant avec les partisans du monde, c'est que la tranquillité et la paix de notre état ne nous tint déjà lieu de récompense , et ne diminuAt en quelque manière le mérite de notre sacrifice. Et en effet, à combien d'épou^^es du Sauveur l'obéissance qu'elles ont vouée dans la religion , de géminie qu'elle peut quelquefois leur paroitre , ne devienÙroit-elle pas

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pour jamais dojaceet aimable, si elles (#kicevoieiit bien ce que c'est que l'assujettissement de la plupart des épouses du siècle? et cooi* bien d'ames religieuses , qiie Dieu éprouve de temps en temps par certains enliuiSy neguérirois-je pas tout-à-coup de cette tentatioD^ si je pouvDis leur donner les oonnoissances que j'ai, non plus des dés-, ordres et des abominations , mais des tribulations et dès malbeure dont le monde est plein ; je dis, ce monde dont l'éclat semble plus nous éblouir, et dont la figure trompeuse a plus Tair de prospérité?

Mais je me. suis réservé quelque cliose de plus essentiel et de plus, fort pour la- conclusion de ce discours : et quoi? le voiei. Outre les croix et, les misères que les chrétiens du siècle ont à supporter, ils ont comme chrétiens, dans le siècle même., des devoir» à rempUr ; et ces devoirs bien entendus doivent les foire trembler» pour peu qu'ils aient de christianisme. Or^ce qui les doit faire lrem«bler , c'est ce qui doit achever., mes chères Sœurs , de nous conso« 1er. Je m'explique. Je dis, que ces devoirs doivent fiiire trembler les chrétiens du siècle : pourquoi? parceque ce sont dés devoirs auxquels le salut est attaché pour eux aussi bien que pour nous; parœque ce sont des devoirs dont l'observation, est par conséquent aiUsi indispensable pour eux que pour nous, et parceque ce sont enfin des devoirs dont la pratique est beaucoup plus difficile pour eux que pour nous. £a eifet, ces chrétiens que la divine Providence a laissés dans le monde, et qui peuvent, selon leur vocation, y demeurer sans être appelés à la même perfection que nous , sont appelés au même salut. Ce salut ne leur est pas mpkis important qu'à nous; ce sulut ne leur ^K pas promis à de meilleures conditions qu'à nous; ils doivent comme nousracheter, comi)Ae QousJe mériter, comme nousy travailler; et voilà pourquoi Dieu leur a donné sa loi et prescrit certains devoirs. Il leur a dit, comme à nous : Hoc fae, et vives : Gardez mes commandements, et vous aurez la vie éternelle ;i(nais sans cela n'attendez de moi qu'une afireuse damnation. A bien examiner ces commandements de Dieu , nous trouverons, que tout ce qu'ils ont d'eissentiel et de fAus onéreux est aussi étroit pour toutes les personnes du monde que pour les per* sonnes religieuses; que les uns et les autres, sur mille points, doivent à Dieu la même obéis>ance et la mèmefidéliié; qne les uns et les autres ont sur mille sujets, à régard.du proohain, les mêmes oUigationa de justice et de.chaiité; qu'en mille rencontres 3 est également enjoint aux uns et aux autres de veiller sur èux-mémes, de garder leur cœur , de fiEure le bien , et de se maintenir dans un état de grâce et de saiqteté. Mais voici le triste sort des mondains, et ce qu'il y a dans leur condition* de bien déplorable et de bien terrible : c'est que, liés aussi étroitement que nous , il leur est du reste bien mçins facile qu*à nous de satisfaire à ces préceptes, dont ils ne peuvent toutefois se dispenser sans encourir la haine de Dieu, et sans s'exposer à toute la çéyéirité de ses jugements. J'en dis trop peu : c'est qu'iUeur est d'une

SSi SUR L'OPin^TION MUTUELLE

eithéme diffienUë de les gtiAier , ces préceptes» et qu'ils ne h pdufiftiit sans titrer iés plus TMents combats , et sanft remporter de continael* hs vieloires* D'où it arrive de deax choses l'une» ou qu'ils cèdent likcbement nux obitades qu'ils ont à surmonter» et que« transgressant te loi» ifs 86 damnent; ou que, voulant résister aii'torrent et être* Adèlës è la loi » ils ont A cfosNitie pas de nouveaux efforts i taire»' et né peuvent ie maintenir do^os fo'dre que par un travail sans relâche et nne cioiistanèe iniuti^ble. De là cet abandon où vîVeiltlés uns» lâchant h 'bride A toutes leurs passions, parcequ'ils désespèrent de les pouvoir réprimer; suivant en aveugles toutes leurs cupidités» parcequ'ils ne se se.ntent pas nn coiirage asst* e affermi pour en soutenir les attaques et pour les arrêter ; eédant à là tentation qai I^ sollicite, parcequ'ils ne se croient pas assez forts pour lasurmon ter : état si commun dans le monde*, mais état qiii doit faire horreur i quiconque n'a pas perdu tout principe dé teligion et toute crainte de Dieu. De là. cette guerre perpétuelle. oà les autres passent leur jouns : guerre domestique et poutre euvinéflies , contre les désirs qui les sollicitent, contre les ressentimems qui les aigrissent » contre tes jalousies qui tes piquent , contre ibute la fragilité et toute la oorniption naturelle du ccrar de l'homme , dont le poids lesaccabie, ou les açeableroit si» par une fo^ce supérieure, ils ne s'élevoient au-dessus de la nature et de ses forblesses : guerre étrangère et contre tout ce que le monde leur présente, contre les exemples du monde» contre les discours du monde, contre les maiimesdu monde, contre les ooutumes du ihonde » contre les respects du monde » contre les intérêts d« monde ; en sorte qu'ils éprouvent bien ce qu'éprouvoit l'Apôtre» lorsqu'il disoit » Miûê pagnm, fork tïm&res {i. Cor. , 7) : Assauts audedâns, alarmes et d^ii^gers an-dehors. Guerre néanmuins nécessaire» c'ést<â*djre guerre <)ù ils sont obligés de prendre les armes et de combattre; ce n'est pas assez : ou ils s6nt obligés de vaincre » et dé vaincre toujours, et de vaincre en toutes rencontres et sur toutes sories de siijets. Garce ne sera point pour eux une excuse au tribunal de DieU) que la difficulté de la loi : difficile ou non» de l'avoir une fois violée »«t sur un seul point) ce seroit asses pour faire leur condamna* tion. YblU, je le répète , pour peu qu'ils s'intéressent à Inur propre salut (et à quoi 'peuvent- ils être sensibles, si l'affaire de leur salut ne les couche pas), voilà ce. qui doit les déider et les consterner.

Mais c'est cela même, mes chères Sœurs, qui doit nous faire sentir l'avantage de notre état, cela même qui nous le doit faire estimer et aimer. Nous y avons deux sortes de devoirs, devoirs communs à tous les états du clNri8tiarrisme,et devoirs propres de la prolèssion religieuse. Or » sans m'arrêter aux devoirs communs» dont Tobserva» tion nous est incontestablement beaucoup plus facile, je prétends » et vous réprouvez » que dans les ^âevbirs même partiéuliers autqoels â(Ms nons sommes volontairemëilt souniis» il n^^ a rien -de A sublittie»

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rien de A héroïque et de si parfait, qui dans b pratique ne nous devienne plus aisé que ne le sont aux.mondains les detoirs les plus ordinaires : pourquoi cela? Ne le savez- vous pas? c'est que Tétât reli* gieux , en nous éloignant du monde , noUs éloigne de tout ce qui pourroit séduire notre esprit et cdrrompre notre cœur; c'est que dans l'état religieux nous n'avons devant nous que des exemples qui nous soutiennent, qui nous animent , qui nous sanctifient ; c'est que nous ne voyons rien , que nous n'entendons rien, que nous ne faisons rien qui ne nous porté à la perfection où noust»mmes appelés ; d'où il arrive que nous nous sauvons, et même que nous nous perfectionnons; sans' avoir les mêmes périls à courir, les mêmes ennemis à repousser^ ni par conséquent les mêmes violences à nous faire. Nous ne sommes point obligés de nous séparer de la multitude : au contraire , nous n'avons qu'à nous y joindre, et qu'à la suivre. Nous ne sommes point dans la nécessité de prendre des voies écartées : au contraire, iious n'avons qu'à tenir les ciiemins les plus fréquentés et les plus battus. Il ne fout point , pour obéir à Dieu et pour accomplir les volontés de Dieu y que nous allions contre le torrent : au contraire , nous n'avons qu'à nous laisser conduire; tellement qu'il yauroit mille fois pour nous plus de peine à n'être pas dans l'ordre et à soriir de la règle , qu'à nous y assujettir et à y persévérer. Or, mes chères Sœurs, quelle pensée doit être plus consolante pour une ame religieuse que celle-ci : Ce que je fais aisément dans la religion , me coûteroit infiniment dans le monde. J'y trouvf du goût , j*y trouve la tranquillité et le repos, et je n'y trouverois ailleurs que des contradictions et des traverses. Encore, avec tout ce que j'aurois à essuyer au milieu du monde» et avec toute ma fermeté, touiberois-je souvent, ou du moins ne ferois-je que très peu de progrès; au lieu que, sans opposition et sans risque , non seulement je mets mon salut en assur^ce, mais je m'élève et j'acquiers. chaque jour devant Dieu de nouveaux mérites. Pensée d'autant plus touchante pour des personnes religiettses,qu'eUes eonnpissent mieux le prix du salut, et qu'elles ont plus d'ai*deur pour leur avancement dans les voies de cette éternité bienheureuse. ' Mais du reste, ma chère Sœur, tout ceci n'empêchera point que vous ne puissiez dire à Jésus-Christ, comme saint Pierre, et même dans un sens avec plus de confiance que saint Pierre : Eccè nos reli-^ quimus omniay et 9ecud $umus te: Seigneur, nous avons tout quitté pour vous. Car au lieu que cet apôtre n*avoit quitté que des filets et nue barque, vous allez renonrer, par une profession solennelle, à tous les avantages et à tous les droits d'une naissance illustre : vous allet quitter tout ce que le monde pouvoit vous promettre de plus grand. C'est un sacrifice qui fera, dès cette vie méaie, votl^bonheur ; mais après tout, ce bonheur de votre état n'ôiera rien à w)tre sacritfoe de son mérite : ce sera toujours un sacrifice, et le plus généreux de tous les sacrifices que vous puisi^iez faire à votre Dieu« H y aura égattl) et

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surtout il aura égard au zèle et au dësintëressement parfait avec lequel vous le faites : car je conoois trop, ma chère Sœur, les dispositions intérieures de votre-aflie, pour ne savoir pas quel esprit vous anime dans le dessein que vous avez pris de vous dévouer à Dieu. Je sais que c'est lui seul qui vous atiiHe, et non p(fint les douceurs qu'il lui a plu d'attacher à son service; qu*en vpus donnant à lui, vous ne cherchez que lui , et que\ous ^tes prêtée tout entreprendre et à tout souffrir pour lui. Sainte résolution qui achèvera de vous faciliter tout ce que la vie religieusefêut avoir en soi de plus pénible, puisqu'il est vrai que moins on pense à l'adoucir, plus elle devient douce , et que plus on veut sentir la pesanteur de la croix, plus la croix dev ent légère. Allez donc, précieuse victime, allez au pied de l'autel vous .immoler ! allez mourir aur monde et à vousTméme, pour ne plus vivre qu*au Seigneur. , C'est lui qui vous a appelée, c'est lui qui va vpus recevoir; c'est lui qui vous soutiendra dans l'exécution de toutes les promesses que vous avez à lui faire, comme c'est luj-méme enfin qui vous couronnera dans la gloire, où nous conduise, etc.

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