DEUXIÈME PARTIE
Pour donner plos de jour à ma secondé pensée, et pour tous fiiire voir comment la foi de saint Thomas estie remède de notre infidélité, je distingue trois différents étati^ où là foi de cet apôtre- doit être considérée : le premier, oii il la professe ; le second, où il ta publie ; et le troisième , si j'ose m'exprime^ ain^i ] où il la consomme. Le pre^ mier, où il la professe par le témoignage admirable qu'il rend à Jésus-Christ, et qui est rapporté dans notre évangile ; le second , où il la publie par ses prédicat^ns , dont le fruit s'est répandu jusqu'aux extrémités de la terreVlèTrt)isi^ai&, où il la consomme parleglotîeux martyre qu'il endure, et par le sacrifice de sa propre vie. Expliquons-nous. Saint Thomas , pouf réparation de son incrédulité , a donné au monde trois illustres preuves de sa foi ranimée et ressuscitée; car il l'a confessée hautement, en reconnoissant Jésus-Christ ponr son ligueur et pour son Dieu, Dominas meus et Dms meus (JoAN., 20); i( l'a prêcha apostolîquement , eu convertissant les peuples, et, malgré les efforts de Tidolâtrie, leur persuadant que Jésus- Christ étoit le vrai Dieu ; et il l'a consommée saintement en s'immo-. lant soi-même, et souffrant une mort cruelle poiir le nom de son Dieu. Or, dans ces trois états, j^ dis que la foi de ce grand Saint sert à guérir notre infidélité : comment? parceqqe, dons ces trois états , là foi de^saint Thomas estiin argument qui nous coavâinc, et une leçon qui nous instpuit : iin argument qurnons convainc, etf sorte que , si nous savons bien l'appi^ofondir, il ne nous est plus possible de douter ; et me leçon qui nous instruit^ en sorte que , si nous nous appli-
m POUR LA FÊTE OË SAINT THOSIAS, APOTRE.
quons à. la bien comprendre , nolls ^tie pouvons plus riea ignorer* Doute et ignorance , restes déplorables du péébé de notre origine , mais dont Je soutiens » encore un coup , que la fof dé. ce bienheureux disciple est le souverain préservatif , puîsqu elle 4^sipe tous nos doutes, en nous réduisant à la nécessité de croire, et qu'elle corrige toutes nos erreurs ^ en nous apprenant ce qu'il faut croire , et oom* ment nous le devons croire. Après cela> n'ai-je pas droit de conclure que DieupottS la présente aujourd'hui oprnmeun reiaèd^qui doit pour jamais nçus garantir de Tinfidélité ? Voilà , Chrétiens , en pev de mots, le raiaonnem'ent de saint Grégoire pape » qui, dévelof^ dans toute son étendue , auroit de quoi toucher les âmes les pUisda-^ ces et les moins sensibles auximpreâî(|ns de la foi^mai^ que j'abrège, ' j>our ne pas abuser de votre atteotioff . . ^ .
Saint Thomas a cru; donc nous 4evons croire 9près lui : e*est k craséquence infaillible que tou$ les Pères de TËglise ont tirée d» ùl confesaâon de ce saint ap4tre. Car enfin , disoieot-ils , et avec raison^ la foi fie cet apôtre ne peut être suspecte, et lelibertiBege te plu& défiant n'a rien à lui opposer. Il a cru f ce n'js^ point par fo^tesse, ce n'est point par légèreté ^ ce n'e$t point par une aveugle déférence aa sentiment et au rapport de!s autres ; nous l'avons vu Bien éloigné de ces dispositions : il s'ensuit donc qu^il à cru, ou par un miracle de la grâce qui s'est fait en lui, ou p^r une évidence parfaite qn il a eue de la résurrection de ^on maître. S'if a cru par un changement miraculeux qui s^est fait en lui , il. n'en faut pas daVants^e pour me convaincre ; car il^ n'y a que Dieu qui puisse avoiir été Tauteur d'un pareil miracle ; et quand le d^on ( ce qui n'c^t pas ) auroit le pouvoir d'agir immédiatement sur les esprits des hommes » iln'auroit pas* usé de ce pouvoir pour fair^ croire à saint Thomas ce qui rdévoit la gloire de Jésus-Christ, puisque le démon , capital ennemi de Jésus- . Christ, bien loin de travailler à^ sa gk$*e , travaillq de toutes ses forcés à ta détruire, il falloit donc que ce fût Dieu même qui eût changé Tesprit et le coepi' de saint Thomas , et qui, dans im niomeat, d'opiniâtre et d'inflexible qu'il étoii, l'eût rendu couple et docile: or cela seul seroit un miracle plus convaincant que tout ce qu'il j a jaoàais eu de plus miracul^x. .Mais non , Chrétiens , il n'y eut point prpprement^de miracle dans la conversion dé saint Thomas. J'avoUe qu'elle fut surnaturelle , puisqu'elle procéda d'une grâce surndtqr^e; mais, supposé la faveur que Jésus-Christ fit à saint Thoiiias de se ' manifester à lui , de lui découvrir ses plaies , de lui permettre de les toucher, de lui parlée, de lui faire des reproches ,.dç le confier ec de l'instruire; supposé, dis-je, tout .cela, cène fut point aae chose surpitenante que saint Thomas crût ; et si nous avions été à as^plaoet quelque incrédule^ quen^us soyons, npus aurions orii comme 1^« Or cette évidence de la . résurrection de Jésus-Christ , qui dissipa en un instant tout ce que l'infidélité avqit formé de nuages dansJ'espril
POUR LAtFÊTË de SAÏNT THOMAS, APOTRE. M
deeedUciple, qui le remplit des lumières /le !& foi les plus yives et les plus brillantes ; qui, faisant naître CPtte vertu dans son cœur, la fit aussitôt éclater par sa bouche, ou plutôt, pour parler avec saint Léon, qui , d'une bouche infidèle, tira cette excellente' confession : Dommus meus et Itèus meus , Mon Seigneur et mon Dieu ; vdili ce que l'appelle le fen^j^e de.notre incrédulité : car qui tajd croiroit pâë à un téoioigpaage que la seule forcé de la vérité connue arAche à celui mème^ai la combattoit avec plus d'obstination? Quand saint Paul » après sa coaversion , précboit le nom tie iésus^Christ dans lés syna» gogses, VÉcriture dit qu'il confondoit les Juifs, Confundébaî Judœos : pourquoi ? parcequayant été le persécuteur déclaré du nom de té^ sus-Cbrisi^ les juifs ne pouvoient ni récuser» ni rejeter le témoignslge ftt'fl'rendoit en faveur de cet Hqaini&'Dieu. Car vous le saves, leuf disoit-il, mes Frères, de quelle mlini^ j'ai véen dans lé judaïsme , et avec quel excès de fureur je feisois la guerre jk cette nouvdle Église que je reconnois aujourd'hui pour l'É{|tise de Dieu» Il esC vrai^ j etois infidèle comme vous , et pln^. rebelle aux lumières de la grâce que v#is; mais c'est pour cela que Dieu ajeië les yeux sur moi^^ et que Jésus-Christ a voulu exercer envers moi ses miséricordes, afin que je devins^ un exemple qui vous obligeât à croire èti lui. Oul| c*e^ tui-mé^ qui m'a parlé, et qui , par Ici plus étonnant de tbus feé prwil^es, m'a rois dans la disposition où vous me voyez, qiii m'a abaippourme rçlever, qui m'a aveuglé pour m'ëolairer;'q(ri, def blaspfaéflidteur que j'étois , m'a iiait son. apôtre, et qui, pour répara» tion desoutragea qu'il à reçus de moi , vent maintenant que je lui serve de témoin auprès dMjo'us. Ces paroles, dis-je, dans la bouche de saint Paul , avoient un^ertu toute divin^ f et saint Luc ajoute que c*éU>itassèE qu'ilassurât que Jésus-Christ ét0tt lé Christ, pour limier labouche à tous les enneniis du nom chrétien : Çonfundebai Judœos^ (if^rttums4fUQniamhicesiChrtstus (Acf.j9). Or je dis le tnême de saint iïionMR^:.pouf* confondre rincrédiilité sur le sujet de ta résurrection , et par oonséqùentde la divinité dé Jésus-Christ, saiut Thomas n'a voit qu'à se montrer, et qu'à dire hs^utement : C'est moi qui combattôis cette résurrection y moi qui ah- fait voir tant d'opposi'tioh à la croire mais qui suis aujourd'hui forcé delà réconnoitre, et qui ne veut plus vivre que pour ia publier : il m'en coAtera ta vie; niais trop heureux si, par l'effusion de mon sang, je puis rendre à une si sainte vérité le témoignage que je lui dois : ce témoignage m'attirera la haine de tonte ma nation; mais je comptt^rai pour rien d'être expose à toute la haine*, du peunie , pourvu que j'annonce iS gloire de mon* Dieu. Ëncor^ne fois, qui pouvoi» inspirer à cet apôtre des sentioients si généreux? étdTit-i^e préoccupation , éloit-ce intérêt , étoit-ce renversement d'éisprit?- ou plutôt n'esl-ilpas évident que te ne iîît rien de tout cela? et puiscfîe la conversion de cet apôtre ne peut être expliquée qu>»<isant que q'a été* l'effet, mais l'effet incontestable et
palpable de la vérité qa% avoit vue , que nous reste-t-il à^iEUihàiter davantage pour raffermrssemeni de noire foi?
Non-seulêmeut la foi de saint Thomas est un argunïent qui nous convainc, ntfts une leçon qui nous in&truit;'et qui, après nous avoir réduits à la nécessité de croire, nous apprend encore ce que nous devons croire., Gar^ comnie renaiarque Guillaume^de Paris, par une seule partik, ce grand Saint est devenu le théologien, le docteur, |e maître de tipte l'Église , a éclairer h foi de tous les siècles , af dissipé toutes les ténèbres dont la malignité de Thérésie devoit dans la suite des temps obscurcir nos principaux mystères. Et prenez garde ea effet, mes chers auditeurs : ce qui fait l'essentiel et le capital dé notre foi , c'eat de croire que Jésus^Christ est Dieu ; sans cela point de n^istianiçme , sans cela point de religion , sans cela point de grâce ni de salut. Fussions-nous des anges de lumière , fussions-nous des hommes de miracles , si nous ne confess<ms la divinité de Jésus-Christ, et sinops ne'soounes prêts à mourir «pour la défendre, nous sommes des anathèmes et des réprouvés. Quiconque divise Jésus-Christ , disoit le bien-aimé xliscifde» Omnis sjnritus qui suivit Jesum fïoAN., Episi. 1, c. 4), c'est-à-dire ;, quicoiique reconnoissant Jéstts-Christ pour homme , ne Tadore pas comme Dieu , devient (fés-là et par-là un aptechrist : Qui solvit Sesum, e$V antichmtus (4bid. ). Voilà ce qui nous justifie devant Dieu; et pour user deâ termes d^ l'Écriture, voilà ce qui nous rend victorieux, du monde, la foi de la divinité de Jésus-Christ-: ,Qu%b est qui vi^cit fnundum, nisi qui crédit quoniam Jésus- est FiliûS'l)ei{lhid.)JOr par qui nous éftt venue cette foi? ou plutôt, par qui cette foi noM a-t-elle ' été dévelêppée ? par Tapôtre saint Thofia? , ,qai , de tous^s organes dont Dieu s'est sc^rvi pour ncms révéler wt auguste mystère de la divinité dé son Fils, est sans doKite celui qui nous Ta déclaré plus nettement , plus po$itivement, plus absolument. Les autres se sont contentés d'attribuer à Jésus-Christ des qualités divmes : l'évangéUste saint Jeaii àoUS a enseigné qu'il étoit le Verbe/ de Dieu; Jéan-BaptistevSon précurseur, nous Ta fait^nnoitre comnie Agneau de Dieu ; saint Pierre , parlant au nom de tous , a protesté qu'il étoit Fils de Dieu ; saint Paul , pour comble d'éloge , nous l'a représenté revêtu de la forme de Dieu : il n'y a que saint Thomas qui , par une expression d'autant plus vénérable et plus authentique qu'elle est plus ^mple et plus naturelle, l'ait nommé son Seigneur et son Dieu :' Dominus meus et Deus. menu» Cependant, Chrétiens, c*^est sur la simplicité de ce témo^nage que notre foi est particulièrement établie. A tout le r^te, l'impiéjë arienne opposoit des détours^t des subterfuges ; et quelque évidâits que fussent les sacrés oracles en faveur de la divinité dultessie, si les partisans de l'arianisme ne pouvaient y résister, ils trouvoient moyen de les éluder. En vain saint Pierre avoit dit^ Tu es- ChristuSy Fitius Dei vivi; ils prétendoiéni , quoique injustement , que sans éi^&*Diea il pouvok.
dans le sens même de ce pacage » être appelé Fils de Dieu; et la fbi-
blessè de leurs réponses sur un dogme aussi. solidement fondé que
oeloi4à^ De diminuoit rien de leur opiniâtreté : mais quand on leur
proddisoit rhqminage que saint TliPipas ayoit rendu à Jésus*Christ
ressuscité , quand on les i>ressoît par la force de ces term^, Domt-
»iu meiM et Deuf tneïis; quand on leur fait entendre que, dans Is style
des Écritures , jamais auire que Dieu même n'avoit été traité de mon
DieU) Deus meûs^ là vérité Temportoit siir leurs artifices, ces paroles
Vnca{^\esd'iiiterprétation les déconcertoient ; pour peu qu^ils eussent
debonne foiyils désespéroientde s'en pouvoir sauver; ^t, touchés
de /'exemple du saint apêtre, ils se réduisoient souvent à £aii['eau
SsaimuT du monde la même réparation que \\fi : Dominm meus et
Deus meus 9 Mon Seigneur et mon Dieu. Ce qui, selon la remarque
de saint Hilaire, étoit l'abjuration la plës solennelle de l'ariànisme ,
et comme la formule de foi qui distinguoit les orthodoxes de ceux qui
ne rétoient pas.
Ce n'est pas tout : saint Thomas a publié et annoncé cette foi dont il avoit fiût une si çainte |H*ofession ; et , par le succès de ses prédicâ- «tlons apostoliques, il nous a convaincus sensiblement: de la vérité de "^ qu* avoit prédit le Fils de Dieu ; savoir, que son. ÉVangile seroit prêché et reçu dans tout le mondé : car c'est en effet par le ministère de saint Thomas que l'on a. vu cette prédiction accomplie, et c'est le premier d'entre lesapêtres dont on a pu' dire à la lettre : In omnem terram exivit sonus eorumy et %n.fines or bis terras visrba eorum {Psabj^. 18) : Que sa voix a retentîjusqu'aux éxtréoGiités de la terre, èt'que par. lui la foi s'est répandue jusque dans les pays les plus éloignés* Les au- 'tfes , après avoir reçu, le Saint-Esprit , se partagent dans les provinces voisines de la Judée; l'Italie, l'Egypte, rÂsie-Blineure, sont comme les bornes de leur apostolat : mais Thomas , animé d*un xèle pins vaste et plus< étendu, embrasse un monde entier, ou plutôt fousse ses desseins et ses entreprises jusque dans uû nouveau monde, fl ne lai suffit pas d'avoir converti les Parthes et lés Mèdes ; les Hyrcstos et les Perses saiictifiés sont trop peu pour lui ; il ne compte po|ir ^ rkn d'avoir porté le noih de Jésus-Christ dans tous les lieux que le héros de la Grèce a rendus célèbres par se^ conquêtes : honteux d'en demeurer là, et de finir sa course où lambition de ce mo^que termina la sienne, il pousse plus avant; il pénètre daps la régipn la plus intérieure de l'Inde; il prêche à des peuples dont lé nom étoit à peine connu; et là, avec le secours du Dieu qui l'envoie» que fait-il? ô toute puissanteet divine foi,, que ne pouvez-vous pas! il établit le culte d'un Dieu crucifié , il inspire à des hommes charnels ramoui* de la croix, il confond la superstition, il renverse les idoles, il gagne à Jésns-Christ et à l'Évangile des raillions d'infidèles. Ce que je dis n'est point fondé sur une .de ces traditions obscures que Tinfidéhlé conteste , et qui servent de matière à la critique des savants ; ce sont
de ces fohs éclatants, dont rien n'a jamais effacé le lustre. Le sépùl- ., ère de saint Thomas, qiit , suivant le rapport de saint Chrysoj^gme, ëtoit 9 dès les premiers siècles du ç|iristianisrne , aussi v^érable que celui de saint Pierre , est encore aujourd'hui c^p qui ^ntreiient la piété et la ferveur de toiiies hs Égjises d'Orient. C'est là que cet )iomme de Dieu, saint François-Xavier, p^ssoil les jours et les-nuits en de profondes méditations qui* le transportoient hors de lui-même ; c'est là qu'il se remplissoit de zèle ; c'est de là qu'embrasé d'une sainte ardeur que les cendres de cet apôtre exçitoient, il partoit pour aller combaitre les ennemis de feon Dieu , réveillant toute sa confiance çt tout son courage par celte pensée, qu'il marchoit sur les traces de saint Thomas, qu'il cofttinuoit son ouvrage , et que lui ayant été destiné pour successeur; il )j6uvoit tout attendre de sa protection. Or ce succès de l'Évangile, tel que je viens de le marquer, a depuis été considéré des Pères comme une des plus incontestables preuves de notre foi ; et si par-là notre apôtre nous a convaincus en nous faisant vdir l'accomplissement de la parole et de la prédiction de lésus-Christ, tfest par4à même aussi qu'il nous a instruits : car qu'est-ce que cette foi qu'il a répandvi;e dan^ le monde? Une lumière qui 9 éclairé leH monde, et qui, de siècle ensiècle-, s'est perpétuée- jusqu'à nous. Oui, mes chers auditeurs , la lAêoie foi que saint Thomas a portée si loin au-delà des mers^ nous sert encore de %mbeau pjour guider nos pas et pour nous conduire^ les mêmes vérités dont il a établi la créance parmi les nations, et en tant d'esprits îtidociîeSf, d'esprits prévenus, d'esprits superbips et orgueiHeiix, q'èst ce q.uenous professons co^^ie les articles de notre religion , ceque nous suIvQnsx^omme les règles , de notre vie, s;ur qtjoi nous nocis appuyons çomîne sur les fondements de noire espérances Heurt uî;, de revoie conservé, ce sacré dépôt, ou plutôt heureux aue Dieu l'ait fait passer dans nos majns ! mais souverainement malheûrei^x, si jamais Uous Venions à le dissipe^ et à le perdre! - - ' * - .
J'achève, et voici ce qiii coi^ronne la foi de saiQt thomas , et ce qui y met la .dernière perfeçtîoji : cette f^i qu'ail a confessée hautement, qu'il àprêchée-apostoliquement, ill'a enfin s;^ii^tement et glorieusement consommée : par oïl? par sou martyre; car ce qu'on a toiyours regardé dans l'I^Iise de I)ieu , et avec raison, comme le plus signalé témoignage d'i^ne fo( p^rfaite^ ou, stvous voulez, comnle l'attachement le plus parfait à la foi , c'est de mourir pour elle , de lui sacrifier sa vie , et avec sa vie tous les intérêts l^unl^ains ; de la soutenir malgré les h^enaces et les plus violentes persécutions , et de signer çnfin dé son sang la confession qu'qn en fait. Or, voilà ce que noij^s devons' encore admirer dans notre généreux apôtre. Qui l'eût cru. Chrétiens , lorsqu'on lé voyoit chancelant et incertain, opiniâtre et incrédule , doutant d'une des vérités fondabieniales dé la foi, et refusant de s'y soumettre, qu'il en seroit uii jour, non seulement le pré-
dk&teiir, maiis la victime et le martyr? Ce sont là , mon Dieu , de ces diangemeiits qu'opère la verto toute puissante de votre esprit , et que nous ne pouvons attribuer à nul autre principe. Cependqiit j'ajoute qaedans cet état saint Thomas a plus que jamais de quoi nous conviincre et de quoi nous instruire : de quoi nous convaincre» parceqae c*egt dans cet état que son tëÉ^oignage en faveur de la foi est moins suspect , et doit par conséquent avoir plus de force ;; de quoi nous msimiré , parceque c'est dans cet état que son exemple nous apprend ce oue nous devons faire nous-mêmes pour la foi , et quel est . àl'^rdtfe la fei un de nos devoirs les plus essentiels. Attention , $7/ vous piatt 9 à l'un et à l'autre.
Je sais, mes chers auditeurs » qu'il y auroit toujours de la présomption et de l'injustice à soupçonner la fidélité des ministres de rÉvangilé ; mais après tout , quand un hondmé prêche la foi sans danger, sans s'exposer, sans rien hasarder, quelque respectable que smt son ministère, il n'est pas évident que ses vues , dans l'exerdce de son ministère, soient tout-à'^feit épurées, ni que le seul zèle de la vérité le fas^e parler : or nàoins nous sommes certains dé la droiture de ses intentions et de la pureté de ses vues , moins est-il propre, à nous convaincre et à nous toucher ; maïs quand je vois un apôtre percé détruits, comme saint Thomas, tout ensanglanté, et mourant pour confirmer la foi qu'il annonce, je me dis à inoi-même : Quel autre intérêt que celui de la vérité pouvoit l'engager à souffrir de la sorte et h s'immoler ? IJ faltoit qu'il fût bien persuadé d'une religion qui lui coûtoit si cher à défendre; 'il falloit qu'il en eût des preuves bien fortes. Et à qui d'aiHeur$ puis-je plus sûrement et plus sagement m'en rapporter, qu'à celui même qui dut avoir été témoin oculaire de ce qu il nous a appris et de ce qu'il a soutenu avec tant de constance? Son témoignage , surtout en de pareilles conjonctures, «IX donc une conviction pour nous , comme son exemple est encore ane instruction qui nous montre en quelles dispositions nous devons être noas-mêmes à l'égard de la foi.
Et en effet. Chrétiens, telle doit être la préparation de notre cœur, et tel l^attachemeot à notre foi , qué^ rien ne soit capable d^ nous en séparer. Il est vrai que nous ne sommes pas en ces temps où tontes les puissances du monde , liguées contré Jésiîs-Christ et son Évangile , èmployoient tout ce qu'elles avbient d'autorité et de forces a poursuivre les fidèles. Nous ne somines plus exposés au bannissement et à l'exd , aux fers et à la captivité , aux tourments et à la mort; nous pouvons faire une profession libre et publiqiîe delà sainte religion que nous avons embrassée dans notre i)^aptéme, et oii nous avons été élevés. Mais aussi la profession que tfous en feisons maintenant sans danger, et n^me avec honneur, pbur avoir le degré de mérite et de perfection qui lui est essentiel et ibsolulnent nécessaire, doit être accompagnée d'une si ferme résolution , que nous soyons , avec
le secours de Dieu, détermina à courir tous les çéril$, à essuyer tous les opprobres» à endurer tout et à perdre tout, plutôt que de démentir jamais le saint caractère que nous portons. Or; mes Frères^ y a-t-il lieu de croire que vous soyez ainsi disposés;, et si vous prétendez rétre, par qml monstrueux assemblage voulezrvous accorder, avec une foi de créance et de spfpalation » iiné infidélité de jmitique et de mœurs? Prenez bien garde à ce que je dis ; je demande^bord s'il y a un fondement solide , pour penser que vous soyez dans cette disposition que votre foi exige indispénsabiement devons; et mille preuves ne doivent-elles pas plutôt nie faire juger qiie vouSi^tes dans une disposition tout opposée? car comment me persuaderai-je.^ue vous, auriez la force de tenir contre les menaces dès tyrans et contre les efforts des pen^uteurs de .rÉvangile , quand vous n'avez pas seulement le courage de résister à un respect humain, quand une parole et une vaine raillerie suffit pour vous arrêter et pour vous déconcerter; quand la moindre violence qu'il faut vous faire, pour accomî)ljîr les devoirs du christianishie , yous paroi t insoutenable et vous désespère ; quand , au lieu de vous élever contre l'audace de ces libertin^qui , par leurs discours iiilpîes , osent profaner en votre présence cç quil y a de plus vénérs^ble et de. plus divin dans la religioi^, vous leur prêtez Foreille, vous les écoutez avec attention, souvent avec plaisir; vous leur applaudissez, ou du moins, par un silence lâche et timide, vous les autorisez ; quand yous^oiêmes vous aimez tant à raisonner sur lç$ mystères de la foi, à foimer des difficultés sur certains articles , à censurer certaines dévotions que la pieuse simplicité des fidèles a établies, et qu'un Icfng usage daujs l'Église a confirmées? Avec cela, dis-je^ peut-ôn présumer que vous seriez prêts ^à livrer les mêmes combats que les martyrs , et à remporter les mêmes victoires?
Mais vous l'êtes, f y consens, et je le veux supposer: quelle alliance d'ailleurs prétendez-vous faire d'unefoi despéculaiion avec line infidélité d'action? qu'est-ce qu'une foi stérile et sans œuvres? l'apôtre saint Jacques ne nous Ta-t-il pas appris, que c'est une foi morte? Et qu'est-ce donc encore, à plus forte raison, qu'une foi si sainte en elle-même et si pure, avec une vie toute mondaine et toute corrompue? c'est-à-direqu'est-ce qu'une foi qui, dans ses maximes, combat tous les sens, et une vie oii vous né cherchez qu'à contenter les sens et qu'à satisfaire leurs désirs les plus déréglés? qu'e&t-ce qu'une foi dont tous les pria-, jdpes vont à mortifier les passons et à lés détruire, et une vie qui n'est employée qu'à nourrir les passions lès plus honteuses, qu'à entretenir les plus criminelles habitudes, qu'à s'abrutir dans lesj plus inlFames plaisirs? qu'est-ce* qtk'une foi qui ne nOus enseigne que le mépris du monde et depous-même^, que le renoncement aux biens temporels, que l'humilité , que la charité , que la patience ; et une vie oii vous p'étes attentife qa*à vous agrandir dans le monide ; où Vous ne
pensa. qa*à iroos distinguer selon le inonde» où vous ne travaillez qu'à tous enrichir des trésors du monde; une^viequi se passe en ÎBtrigaes, en cabales, en procès, en querelles et en dissensions? Je kâse an plus loiif; détail que tant de fois j'ai déjà fiait ei^d'autres discours; et pour finir celui-ci, j'en reviens à cet avis irikportant que donna lésus-Christ à saint Thomas, et que je vous donne à vous-mêmes: Noii esse incredului , $ed fidelit. Préservons-nous des désordres deVVncrédulité, en nous soumettant à là foi ; soyons fidèles, etsoyonsted'espnt et de cœur. Soyons4e d'esprit, en nous rendant dociles aux vérités de la foi, et soyons-le de coeur, par un zèle ardent pour la foi. Sortoat conformoias notre vie à notre foi , et honorons notre foi par notre vie ; que la foi soit la régie de toutes nos actions ; que la foi soit le remède de toutes nos passions; que la foi soit le principe de toutes nos délibérations. Heureux, si nous croyons ainsi! la foi, comme un guide infaillible , nous conduira dans la voie du salut , et nous fora parvenir à l'étemelle félicité, que je vous souhaite, etc.
SUiphanus, plentif gratid et fortUudinêi fadebat prodigia et signa tnagna in pepuh. Stieiiiie , plein de graoe et de force, taisoit des prodiges {et de grands miracles paoBi le peuple. ^«(M de< ilpotref, ch. Ti..
Il ne faut pas s'étonner, dit saint Chrysostome , s^ii faisoit des nàiracles et des prodiges, puisqu'il étoit plein de grâce et de force. Dans Tordre des décrets et des dons divins , l'un S'ensuivoit naturellenient de l'antre; et Dieu ne Tavoit r^empli de force et de grâce, que p^irceqn'il en vouloit £sdre. pour la gloire de l'Évangile et de là loi de Jésus- Christ, un homme qc prodiges et de miracles. Voilà en deux mots le précis de tout ce que nous avons aujourd'hui à considérer, et, autant qu'il nous est possible, à imiter dans la personne du glorieux martyr doDt nous célébrons là fête. Arrétpns-nous donc là, Chrétiens, et n'entreprenons pas de rien ajouter à cet éloge. C'est le Saint-Esprit même qui en est Fauteur; et il n'appartient qu'à lui de donner aux Saints les vraies louanges xjui leur sQùt dues, parcequ'il n'y a que lui qui oonnoîsse et qui discerne parfaitement leur sainteté. Or voici Fidéô qu'il nous donne dé celle de saint Etienne. li a été plein de ^race, et en même temps jjfein de force : plein de grâce dans Taccompliss^ment de son ministère, et plein dé force dans la consommation de son mar tyre. Cette double plénfiude, que je regarde comme le caractère qui le distingue, et qui a fait tout son^ mérite devant Dieu et devant les hommes ; cette plénitude de grâce qui a sanctifié sa vie, et cette plénitude de force qui a couronné sa* mort ; cette plénitude de grâce qui a rendu sa. conduite si irrépréhensible; et'si édifiante, et cette plénitude de force qui a rendu sa patience et sa charité si héroïque ; cette plénitude de grâce, en vertu de laquelle i^ a été un pariait ministre de lÉglise de Jésus-Christ ; et cette pléuittKle de force^ en vertu de laquelle il a été
m POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE.
DOâ seulement le premier martyr, mais un des plus fervents martyrs de Jé8us*Ghrist; n^est-ce pas, mes ohers auditeurs, le partage le plus juste que je puisse me proposer dans ce discours, puisqu'il est renfermé même ef si clairement exprimé dans les paroles de mon texte? Stephanus, pienus gratta eu fôrtitiuUne. Vous me demandez quels miracles en particulier a fiiits saint Etienne? L'Ecriture ne nous les dit pas, et elfe se contente de nous assurer qu'il en a fait d'éclatants, dont tout lepeuple a été témoin : Faeiebat prodigiaet signantagnain populo. Mais je mé trompe : elle nous dit en particulier les miracles qu'a faits ce grand Saint, et c'est à moi à vous les marquer : elle ne nous dit pas les malades qu'il a guéris, ni les morts qu'il a ressuscites; mais elle nous parle d'autres prodiges qui , pour être d'une espèce différente, ne méritent pas momsle nom de miracles; d'autres, prodiges dont nous sommes encore plus sûrs , et qui sont plus capables^de contribuer à notre édification : car elle nous dit les excellentes yertus que saint Etienne a pratiquées, les grands exemples qu'il nous a donnés, lès signalées victoires qu'il a remportées sur le monde ; et tout cela, pesé dans la balance du sanctuaire, est au-dessus des nurades ménoaSt VA\» ue nous dit pas ce qu'il a h\i d'extraordinaire dans Tordre de bî nature, mais eUenous dit ce qu'il a fait de prodigieux dans Tordre de la grâce ; elle nous dit les miracles dé sa sainteté, les miracles de sa sagesse, les miracles de sa constance, les miracles de son invincible charité. Revenons donc au plan de son panégyrique, que le Saint-Esprit même nous a tracé. Saint Etienne a été plein de grâce et plein de force. Il a été plein de grâce dans f accomplissement de son ministère ; et je prétends que cela seul est un miracle de sainteté dont Dieu s'est servi, comme vous le verrez, pour commencer à former les mœurs du christianisme naissant : Stepkanus , pleHus gràtiâ; c'est la première partie.^ \\ a été plein de force dans la consommation de son martyre; et 'je soutiens que cela seul est, non pas un prodige, mais plusieurs prodiges^ ensemble, qui ont obscurci tout l'éclat et toute la gloire des vertus du paganisme : Pienus fortilwtine , fadebat prodi" gia; c'est.la seconde partie. Plein dé grâce ^ il a édifié l'Eglise, et, plein de force, il a ravi d'admiratipti iipn seulement la terre, mais le del ; plein de grâce, il a condamné nos désordres, et plein de force, il a confondu notre lâcheté : voilà tout mon dessein. Divin Esprit^ soutenez-moi, afin que je puisse traiter dignement un si grand sujet, et donnez à mes auditeurs les dispositions nécessaires pour profiiter des inipoptautes vérités que je vais leur annoncer : c^est h grâce ^ue je vous demande par Tintercessîon de votre sainte épouse, à qui j'adresse la prière ordinaire. Ave lHaria,