DE L*AME RELIGIEUSE AVEC DIEU
theotiqueM^ ai fiolennelles ; de se lasser d'être à Diea, lorsqu'il ne se lasse point dPétre i nous ; de n y vonloir être qa'à demi» lorsqu'il veut être pieiDement à nous ; de nous dégoûter de lui malgré ses infinies peifectioDS, quand, tout imparfaits que nous sommes, il ne se dégoûte point de nous, et qu'il foit même ses délices de d^nenrer avec nous ? C'est par une persévérance inébranlable que nous nous préserverons, mes chëris Sœurs, d'une infidélité que Dieu nous rq[>rocheroit éter* oellemeot. Persévérance qui fut toujours le caractère des élus : persévérance non point seulement dans l'habit, mais dans l'esprit de la religion; non point seulement dans la clôture et la retraite, mais dans l'exacte observation de nos devoirs ; non point seulement dans l'exercice extérieur des pratiques de notre état, mais dans une régularité solide et intérieure. Voilà comment , aprte avoir choisi Dieu , après nous être engagés à Dieu, nous entrerons avec Dieu dans une sainte communication, et dans une espèce de société d'intérft et de biens. Vous l'allez voir dans la troisième partie.
TaOISlÈUÏ.PARTIfi.
C'est l'effet propre d'une véritable et parfoite alliance , d'établir entre les personnes qu'elle unit ensemble, une société mutuelle et une pleine communication de biens : et puisque de toutes les alliances , la plus par&ite , ma très chère Sœur, est celle que vous contractez avec Dieu par la profession religieuse, il faut conclure qu*en vertu di) sacrifice que vous allez lui Caire de tous les biens qui pourroient vous appartenir dans le monde, et surtout en vertu du sacrifice que vous allez lui faire de vous-même, vous aurez désormais, par le plus juste retour, d'incontestables et de légitimes prétentions sur tous les trésors ju ciel, et, si je puis m'exprimer de la sorte, sur tous les biens de Dieu. Mais quels sont ces biens de Dieu dont une ame religieuse , en conséquence de sa profession, est si heureusement et si abondamnent pourvue? Ah ! répond saint Augustin , ne les cherchons point lors de Dieu, ou plutôt ne les distinguons point de Dieu : c'est Dieu Qême. Et ce saint docteur avoit bien raison de le dire ainsi ; car Dieu l'a point de plus grand bien que lui-mêine ; il est son souverain bien, t , par une suite nécessaire , il est le souverain bien de toutes les rëatures : tellement qu'entrer en société de biens avec Dieu, ce n'est fen autre choie qu'entrer en possession même de Dieu. Or tel est en énéral le bonheur d'une ame qui se consacre à Dieu dans le chrisiiasme y et tel est plus avantageusement encore et en particulier le )nfaeur d'une ame qui , faisant un divorce entier avec le monde , se ^voue à Dieu dans la religion. Quand David parloit à Dieu, et qu'il ?ntretenoit avec Ità dans l'intérieur de son ame, il ne lui disoit pas, sais q.ue vous êtes le Dieu du ciel et de la terre, le Dieu de toute la ture ; mais. Je sais que vous êtes mon Dieu : Dixi Domno , Deut ms es tu (Psafm. i5). Mais, demande saint Augustin, pourquoi B- 4. 25
a§a SUR L^ALLtilKCE
s'expriiiiqtt-il de la sorte , en pourquoi s'attribuoiuil spéçiaicmenl à hiHinéme ce qui est commun à toutes les créstores? Car n'est-ce pas Dieu qui les a tontes créées, et par conséquent n'est-il pas le Dieu de tout l'univers? Nunquid ommum Bem non est (Auo. )? Il est vrai, répond ce saint docteur, c'est le Dieu de tout le inonde ; mais il iisnt aussi reconnoltre qu'il se donne particulièrement , et qu'il appartient I^us proprement à certaines âmes, qni n'ont point d'aotre sentiment sur la terre qae de l'aimer, qui n'ont point d'antre soin que de le ^rvir y qui n'ont point ni ne veulent point avoir d'autre héritage que Iui«méme et le bonheur de le posséder : Sed earum prœetpuèDeus fui eum diBgunt, eoUmt, pMsident ( Aug. ). Or qui sont ces âmes dë« gagées de tout amre objet que Dieu, et dont tous les désirs tendent vers Dieu? qui sont ces âmes tout occupées du service de Dieu, et dont l'miiqae emploi dans la vie est d'honorer Dieu ? qui sont ces âmes Yolontairement pauvres* qui se sont dépouillées de tous les biess sensibles pour Dieu, et dont le seul trésor et le seul bien est Dieu? M'estil pas évident que ce sont les âmes religieuses, et n'est-il pas juste que Dieu soit à elles d'une façon toute» singulière , puisqu'elles ont voulu d'une foçon toute singulière être elles-mêmes à Dieu ? C'est en ce même s^s qu'il faut entendre cette autre parole de TÉcriture , que j'ai déjà rapportée ; je veux dire cette formule de profession que prononçoient les Hébreux aux pieds du grand- prêtre, en entrant dans la terre promise : Profiteor hodiè coram Domino Deo tuo : Je proteste aujourd'hui, disoient-ils au pontife, et je fais un aveu solennel devant le Seigneur votre Dieu. Eh quoi! reprend là-'dessus saint Jérôme, no devoieut-ils pas plutôt dire. Devant le Seigneur notre Dieu? n'étoientils pas le peuple de Dieu, et Dieu ne les avoit-il pas cent«fois assurés qu'il étoit leur Dieu, préféraUement à toutes les autres nations? Cependantf en hi présence des prêtres, ils n'osoient l'appeler leur Dieu, et se contentoient de dire « Le Seigneur votre Dieu : comme s'ils eussent reconnu que leur Dieu étoit bien plus à leurs prêtres qu'il n'étoit à eux; et que ceux qui se tronvoient employés aux fonctions du sacerdoce pouvoient tout autrement se glorifier qu'ils appartfr* noient à Dieu, et que Dieu, p^ ainsi parler, leur app^rtenoit. Pourquoi cela ? la raison en est bien claire, poursuit saint Jérôme, et nous n'avons qu'à consulter l'Écriture pour nous en instruire. C'est que le grand-préire, aussi bien que toute la tribu de Lévi, n'^juit eu aucun partage ni aucune possession dans la terre promise, Dilau lui-même ^ comme il est expressément marqué, leur deveit servir de possession: excellente idée de l'ame. religieuse. Elle i^e se réserve quo Dieu : il est donc juste qu'elle possède Dieu plus que les autres, est qu'en cela elle ait même, dans un sens, l'avantage sur les prêtres du Seigneur, tout distingués qu'ils sont d'ailleurs parleur caractère; car les prêtres ^ aprè^ tout, soit de l'ancienne, soit de la mouvelle loi, n'ont jamais fiiit un renoncemept aussi entier^que le sien , puisque le siM^erdoce p'eni*
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pèche poiat fiu'on ne puisse açquéripietçonsélrver tes bieos temporelb. Hais l'ano^ oelîgieuse dit absolument à pm : Quid tin^ est mcçelo, H d te quid volui mper terrom {P$alm, 73)? De tout çfi qu'il y 4 éamUf ciel et de tout ce qtf il y a sur la terre, qu'a^je desjré» qii*ai-je recbercbdii qu'ai-je vomIu retenir, hf»rs vous^Seigaeur^ et vous seul? Je M dis pM' cela, mon Dieii»ajoute-t*^e, jeiele dis pas ppur faire valpir aupràidfi yo9s la pauvreté et le déoûmealtù je me suis réduite; mais pouf me féliciter hamM^ment moi-inéqieet pqgp meréjouirdevaiitvousdeiQM ^tboudancet ^r vous me^vakvi iofioimeQt mieux vous seul queiour Ui feste sans\vo«s ; et ce qu'il y a de plusipierveiUeUx 6DOore, vous VM va^ea siieu vous seul que tout I0 reste avec ye«s : 009 pas qu'avec tom le reste, voMS perdiez rien de votre prixipfiui; iDai8{)arcequQceresi« m'empécberoit de vous bien posséder, *«vm'en i^Hi^possèJant seul j« yous possède pKis parfais men|. Voil^dom^a chéreS<$ur Je nepuie trop voii$ le vedire, voilà le bonheur du saint étii quevoueembiiisset: vous y poel^em Bien. Dans le m<Hide onju^le passade p^s, ou l'dh ue le poss^e qu'à dedM s «t çommenl^, en eflEet^iioiirroIlHQipie bieQ posséder, lorsqu'on se prouve possédé sonméme par tant de maîtres» par TambitioB, par l'intérêt, imr le plaisir, par toutes les passiims et inus les vices? G'j^t dans l'état religieux que cette possession est enr tière, paisible, assurée^ c'est là que l'on goûte Dieu, cfa'on se repose en Dieu, qu'on recuÂlle tous les fruits que peut produire un héritage aussi graiûl que Dieu. •»
Mais je vais 'plus avant encore , ma chère Soeur , et je fij|is pae une pensée^ua vous ne devez jamais oublier. Vous aUei ftiire we sainte alli^oe avec votre Dieu ; et, suivant les idées commuilts tit ordinaires, je pourrois vous dire que c'est teUcment un Dieu de gloire^ qu'il a été tout |nsemble un homme de douleur» nu IMeu pauvre, ua Dieu humilié,.un Dieifpersécttté,, un Dieu crucifié; que vieus 9e pouvez donc vous allier avec lui sans participer à sa pauvreté aussi bien qu'à ses richesses, à ses humiliations aussi bien qu*à sa glûir«» à ses souffrances et à sa croix aussi bien qu'à sa souveraine béaUtude. Voilà ce que je vous représenterois; et, dans b disposition où voua vous êtes , 9 n'y a rien de slcontraire aux sens ^t à la nature, qu9 vous ne voulussiez accepter. De tous les maux à quoi s'est assujedi le divin époiix que vous Àoisissex , il n'y a rien qui vous étonnât tt qu« vous ne voulussiez partager. Hais il n*est point mèaie nécessaire qut vous fessiez cet effort de fidélité; et ce seroit malm'expliquer , de dam que vous devez entrer en société de peines et de nuiux avec Ié5us^farial« car dans Jésus-Christ tout s'est converti en bien ; et toipanvreté , lel souffrances, les croix, que nous estimons des maux, sont sur te terra les plus grands biens qu'il ait procurés à ses élus. N'en a-t-U pas lait autant de béadtudes? n'a^t-il pas dit hautement et formellement, dijia son Évangile : Bienheureux les pauvres , fieati pauperes (Matth., 6) ; bienheureux ceux qui pleurent» B^ntiqm lurent (Ibidi)? et ne aontica