PREMIÈRE PARTIE
Je m-attaclie au texte sacré, et, suivant la remarque de saint Ghrysostome, je fais consister cette grâce dont saint Etienne fut rempli
POUR LA FÊTE l)E SAINT ÉtIÈNNE. 39
dans les deun; qualités, ou dans lesdeux^conditions que demandèrent les apôtres quand il s'agit d'élablir et d'ordonner ceux qui devdent faire dans rÉglise la fonction de diacres : car voici comme ils en parlèrent à t«i5 les disciples assemblés : Choisissez, mes Fi^ères, leur dirent-ik, des hommes qui soient parmi vous d'une probité reconnue, et, en même temps, d'une sagesse consommée : Comidérate,. Fratres^ yiros ex vobts boni testinionii, plenos Spiritu sancto et $apientiâj quos c(mst\^ tuamii^per hoc fggis [Ad., 6). Probité et sagesse que saint Etienne possééadaBs un émineut degré» et qui lui .donoèrent non seuleme^ittoute l'aulorilé, mais toute la grâce dont il çut besoin poi^r s'acquitter drec honneur du ministère qui lui avoit été confié.
17 ne suffisoit pas qu'il eût pour cela une probité véritable ; mais i| /ai falloit une probité reconnue, une probité éclatante, une probité éprouvée, et à laquelle toute rÈglise' rendit hautement témoigpage : car c'est ce qu'expriment ces paroles, Viros boni UstimQni: pourquoi? parçequ'il étoit question d'un emploi aussi difficile et aus^ délicat dans ridée même des hommes, qu'il étoit saint dev^qt Died. J[6 , m'explique : saint Etienne fut choisi diacre , et même le prepier des diacres : Pritnicerïus diaconorum; ainsi l'appelle ssiiMt\^ugusti|[^, Charge honorable, je l'avo^^e, mais qui Tengageoit, par une indispensable nécessité àdeUx choses : l'une, d'adminisirer leç biens de TE-. Olise, dont il éloh par office le dispensateur ; Tautre, de gouverner les veuves qui^ rinonçant au monde, se cons^crpient à pjeu dlùp^ ('ét^t de la viduité: charge où Ja sainteté môme trouvoit des risques à courir, mais où Dieu voploit que saint ^Etienne servît d'exemple à |ousles siècles futurs. Développons ceci, nies chers auditeurs i^ et tirops-ep. une des plus solides morales. ' ■
Comble dispensateur des biens de l'Eglise, Etienne étpiî r^popaa-
ble de sa conduite à Di^u et aux l^omities : première épreuve de sa
^enu ; car les fidèles alors, par un esprit de pauvreté, vendant lei|rj|[ .
fonds, et en apportant l,e prix aux pieds des apôtf'es ; les apdtre^ d'^îl-
ieurs, comme le témoigne; saint Luc, s'en déchsirgeai^t ^ur les diacres
etfefir en laissant la disposition,, et saint Etienne, enitre le^ diacf*e$t
ayant un litre de supériorité, -par là prééminence de son rang, P^-
inde primus^ dit de lui saint Çhrysostome', ut inter apostolos Peirm;
il s^ensuii qu'il disposoit plus absolument quêtes autres des |résors de
TEgliie. Or cet emploi, quoique saint, devoît être poqr plusieurs i^q
iàtal écueil, et pour les Saints mêmes une dangereusetentafio^ : et eA
effet, déjà un ap6,ire $'y éîoît éperdu, et Dieu préybyfjit ^«'après lui
bien d'autres s'y perdroient. 11 prcvoyoit qu'une des plaies les plu^
mortelles dont seroit affligé le monde chrétien dans la suite des sià«
clés, étoit l'énorme abus qu*on y feroit des revenus ecclésiastiques ^
qui sont proprement ces biens consacrés par la piété des fidèles pour
être le patrimoine des pauvres : c'est-à-dire il envisageoît ces temps
malheureux où les minisires derEglise^ dominés et corrompus par une
eo POUR LA FÊTE DE SAINT ^TIENNE:
aveugle cupidité, au lieu de distribuer aux, pauvres ce pairimoine, le dissiperoient en se ratlribuan^ à eux-mêmes ; ces temps* où l'avarice, rambitioOy le luxe ayant inondé jusqu'au sanctuaire, ce fonds destiné à la subsistance des ifiembres de Jésus<!hrist seroit profané, et, si J'ose user de ce tei^e, prostitué à des usages mondains : Dieu, dis* je,'prévoyoit ce scandale. Il étoit donc nécessaire, ajouté saint Chry* sostome, qu'à ce scandale, dont un apôtre réprouvé avoit étéTauteur^ Dieu opposât un exemple qui en fût le remède et le. correctif : je veux, dire, un homme dont la fidélité ii*reprocbable, doutée parfait débuté- Vessement« dont l'exacte et inaltérable probité dans la dispen^ation des ];Mens de l'Eglise, fût dès-lors pour ceux qui les posseUçroient une règle vivante et toujours présente, et servit au moins à confondre ceux qui yiendroientà se refâcher de leurs obligations dans une matière aussi essentielle que célle-là. Ok*, je l'ai dit, c'est dans cette vue que saint Etienne, a été suscité de Dieu, et c'est ce qui fait une des principales parties de sa sainteté et de son âoge. On lui confie le trésor de FEglise, et il le ménage d'une manière qui lui attire, non seulement l'approbation, mais la vénération de tout le peuple de Dieu. 4 peine est-il. chargé de cet emploi , que les Grecs cessent de se plaindre, qu'on ne murmure plus contre les Hébreux; que, sans distinction, leà pauvres, soit étrangers, %6\ï domestiqués, sonjt abondamment secourus. La charité de ce saiùt diacre suffità tout ; et, avec une vigilance pleine d'équité, il fournit à to^ les besoins d'une multij^ude qui, pour être par profession pauvre de cœur» n'étoit pas im^npble à l'indigence, moins encore à la négligence de^céux qui^ dévoient pourvoir. Ces biens de rEgUse, entre les mains de samt Etienne, ne sont donc employés, ni à rassasier lacupidité, ni à entretenir la vanité, ni à satisfaire la sensijialîlé ; mais il les partage selon la mesure de la nécessité : ils né deviennent pas dans la personne d^E tienne l'héritage de la chair et du sang, mais l'héritage de l'orpheUn et de l'indigent; Etienne n'en disposé pasconime maître , mais comme serviteur prudent et fidèle^ qui se souvient qu'il en doit rendre compte lui-même pu souverain maître. Ah! mes Frères, s*écrioit saint Bernard, déplo^ rant les désordres de son siècle, que ije puis-je voir l'Eglise de Dîea dans cet ancien lustré, et dans cette pureté de mœuris et de discipline où elle étoi); autrefois ! Quis niihi det t^t videam Ecclestam Dçt, isiçiit ' eràt in cliebus ahiiqvàs ! Et moi, je dirois volontiers, touché du même zèle que ce grand, Saint : (^ue ne puis-je vx)ir des hommes du caractère de isaint Eiienne, pourvus <ies l)ébéfices de l'Eglise ! des hommes, comme saint Etienne, pleins de religion et de justice! des hommes aussi persuadés que saint Etienne dés obligations attachées aux bénéfices fit aux dignités dont ils sont revêtus ! dés hommes aus&i convaincus que ces dignités et ces bénéfices les engagent a être les pères des f)auvres; qu'à cette seule condition, il leur est permis d'y çntrer; que 'Eglise a bien eu le pouvoir de leur çn conférer les titres^ mais^qu-eUe
POUR LA FÊTE DE SAINT ETIENNE. éi
n*a jamais pu ni prétehdu leur eiMÉ^oner rentier eX aMoIû domaine, qa ik n'en sont les propriétaires que pour les autres, et qu'ils n'ont droit d*eii recoeOliî* les fruits que pour les ^pandre partout où il y a des misères à soulager ! que n*ai-je la consolation de voir des hommes pénétrés de ce» yérités, et agissant selon ces principes ! C'est yous , Seigneur, qui les formez, ces dignes sujets ; c'est vous, et vous^ seul, qui pouvez faire revivre dans votre £glisé cet esprit de saint Etienne, vp^ la corruption de l'esprit du monde semble y avoir éteint. Si ceux qiû \oukseDt .de ces sacrés revenus en comprenoient bien la nature,
as n'en crainid#6ient jamaSs assez les conséquences : bien loin de s'appbodSrd'eQ avoir, la possession, ils gémiroient sons le ferdeaii d'iine teBe administràtioii ; bien loin d'en désirer la pluralité, ils en fedouterojent même, pour m'exprimer de la sorte, la singularité et runité. Frarquoi ces biens sont-ils si funestes à plusieurs, et pourquoi leur attirent-ils la malédiction de Dieu? parcequ'on ne pense à rien moins qu'au saint usage qu'il en iaudroit faire ; parceqiie, uniquement occupé des avantages temporels qu'on y recherche et qu'on y trouvi^ on «'en fiait, au:x dépens des pauvres, une matière cdminuelle de* sacrilège et de larcin ^fe dis de laroh, en s'àppropriant, par une criminelle usui^tioD, des atimônes que la charité des fondateurs avoit destÙEM^ à l'entretien du troupeau de Jésus-Christ , et c'est pour corriger cet abus, que je vous propose Texemple de saint Etienne : exemple contre lequel ni la coutume, ni l'impunité, ni l'erreur ne prescriront jamais^ et qui seul suffira pour vous confondre au jugeniefit de Dieu.
Mbn seulement saint Etienne, en vertu de la commission qu'il avoit reçue, ctoit chargé du trésor de. l'Eglise, mais de la conduite des veuves qui vivoient séparées du monde, et dévouées au Culte diyin, C'étoit à lui de les instruire, de les diriger, de les consoler, et par conséquent de traiter souvent avec elle^, de les voir et d^ les écouter. Or cf est ici que Dieu miyencore à l'épreuve toute sa probité ', c'est ici que ^ui avec éelat l'intégrité déjses mœurs, et que le téiÂbignage public
loi fat également avantageux et nécessaire : car ne vous persuadez pas que la charité, ni même que la Sainteté des premiers chrétiens le dût ^rantir de la censure, s'il y eût donné quelque liea« Au contraire, phis le christianisme 4toit' saint; plus devoit-on.iétre disposé à con^ damner sévèrement jusqu'au^ moindres apparences. Outre que la charité de ces premiers siècles n'étoit pasexeinpte de toute imperfection humaine (car déjà la jalousie s'étoit glissée dans les* cœurs, âéja l'esprit de dissension avoit formé des partis) ; quelque sainte que fût l'Église, elle étoit composée d'hommes, ainsi'qu'elle l'est aujourd'hui, et l'on y jugeoil à peu près des choses coinme nous en jugieons : lliis* toirè de saint Etienne ne nous le prouve que trop. Il n'àuroit donc pas évité les fâcheux et sinistres jugements que Ton eût faits de lui, s'il s'éioit démenti de lluviolabie régularité ionP il faisoit profession; mais c'est justement par cette régularité inviolable qu'il se soutient ;
et voici , me^i^ers auditears, ^çe^que [e Vous prie dç bien observer. Quoique rengàgenientoù se trdute saint' Etienne dé converser avec an sexe si foible lui-méaie, et si capable d*affoibIir les plus fortsy soit imede ces fonctions qui, dans tous lès tendps, ont donné plus de prise i la médisance ; par un effet tout opposé, c est ce qui augmente Topiliion et la haute estime qu'on Sk conçue de sa personne. Sa réputation ^t si bien établie, que la plus rigide censure est forcée sur ce i^Oint de la respecter. Ëtienpê, à la fleur de son âge , et dans Texeréèe deÂon ministère, converse avec des femmes, dirai-je sans «t;^t)ale? cëU peu, si tous le voulez; dirairjesanB»r^roche? c'est beaucoup; difai-je sans soupçpn? e'est encore plus ; noais ce n'est point àsse2 : car il le fait ayec bônoeur^ il le fait avec fruit , il le fait avec nde (édification qui se communique à, toute TEglise : voilà ce
Sut à):)prociié du iniracle. Voulez-vous voir, Chréiiens, de quelle dishctioa et dé quel poids est cette louange pour Etienne ? soiivenez- 1t)us de cei qu*ont eu à essuyer les plus grand^ Saints en de pareilles tecastidn^ ; ëouvenez-vous de ce qu'il en coûta à saint Jérôme : c'étoit itn hpmme .vénérable, et 'par sa dbctrine, et çâr son -austérité ; un jbomttoe crucidé et mdn au ihoiide, un bomn^^dont la vie étoit une llffretise et perpl^tùelle pénitence. Toutefoik^ queli^ përsécutioiis» quoique injustes^ n'eut-il pas à soutenir? quels* bruits» quoique mal fondés, la critique île' répàndit-èlie pas contre sa conduite? Malgré le^ sages précautions dont H usa dans la direction de ces illustres Ro« faiaiues qu'il a voit gagnées à Dieu, de <}uetlesjçouieurs, quoique faussés, n'entrepTit^tt pas dé le noircir? de quelles apologies n'euuUpas besoin pour justiâer son zèle quôi(|uei saint, et ses intentions qâotquç pures? Quelles plaintes n'en faisoit-ii pas, et comnient lui-même s'ee est-il expliqué ? Chose étrange ^ce sopt ses propres paroles dans une de ses épttres), avant que je connusse Paule, tout l'univers se décla-
ne me donnât, 'eusse droit de prétendre, jusque là qu^)ii me jugeoitdigbedu souverain pontificat: Antequàm domum sanctœ Paulce hossem, tdiius in me urbis cotuona^ hant studia; dignus summo sàcerdolio decernebar; dicebar humilia^ Éûnctus^ discreluss^ Mais depuis, ajoutoit-il, que j'ai commencé à honprer cette servante dé Dieu, et. à prendre soin de son ame, dès-là, par une bizarre révolution, tout s'est soulevé contre moi ;.on ne m'a plus trouvé aucun mérite ; j'ai cessé d'^rrece que j'étois, et toutes mes vertus m'ont abanc[onné : Sed postquâm illam pro merito^suœ castiiaiis colère- cœpi y omncs me illico deseruere vir tûtes ^ / '
Que veuic-je conclure de là,. Chrétiens? Vousîle voyez : que, comme il n'y a rien à quoi la censure s'attache plus malignement qu'à ce qui regarde ce3 fréquents entretiens des ministres de Jésus-Cbrist avec ses épouses ; rien où jl5Qit plus difficile à un serviteur de Dieu d'avoir pour soi le suffrage du public, puisque les Saints méçi^&lés plus
rdt en ma faveur; il n'y avoit point d'éloge oit'on ne point de venta$|ui he fiât ^ moi,, point de place oii je n't
POVA Là FÊTE m SAINT ÉTIfiNNB. «S
autorisés, tel qu*étoit entre les autres saiot Jérôme, y sont k peine panriDus ; aussi n*esl-il rien où ce qui &*appelle exactitude de devoir, sàioteté de naœurs, irrépréheDsibilité de vie, $oit plus nécessaire et tOQt ensemble plus glorieux : c'est donc là ce qui fait la gloire de aim Etienne. Car pourquoi est-il respecté, révéré, canonisé par Ja roix puUil^ue, dans un ministère ouïes autres sont si sujets à être c^ lomniés et décriés ? Ah ! mes Frères, répond saint AugustÎQ, ne vous en étonnei pas ; c'est qu il étoit rempli de cetie grâce qui rend les liommes parfaits selon Dieu et selon la monde , Suphanus autem pfo« MU froM-y c*est que, pour correspondre à cette grâce, il avoit tome la v^âoceet tous les égards que deipandoit Tbonneur de sapnjfea^ sîod; c'est qu'agissant par le mouvement de cette graee» il se oomporimtearen le isexe dévot comme un hom^e au-d^ns de rhuraanitë, avec h pureté d'un ange et la modestie d'qne vierge; grave, sans affectation, prudent sans dissimulation, mortifié et austère sans dureté, charitable, et doux sanis foibles^; c'est qu'étant sanctifié par l'énctioa de cette grâce, pn pouvoit à la letti e dire de lui qu'il éioit cet oavrielr dont parle T Apôtre^ qui marche la tête jevée» et qui nefoit rien dont il puisse roog^ : Operarium inconfusibUem { 3. Tim,, 3 ). Poimcela, reprend saint Augustin, on lui donne la conduite des femmes, et parlà il reçoit authentiquement le témoignage qu'on hii doit, de la plus épurée, de la plus solide et de la plus consommée tertu : Ftr^o prçef^ poniiur fetâinis , et in hoc tisiùmônium nccipU intègerrimie CfutitaîU ; par4i il s'acquiert l'estime, nçn seulement des domestiques de la foi, mais des étrangers ; par*là il triomphé de ses ennemis; qui, transportés de fureur, après avoir fait de vains efforts po)ir .opprimer son in« Dpcence, griyg^t des dents contre lui , par^ceque toutes les accusations dont ils lé cbarfj[ent se détruisent d'etles*mémes, et ne peuvent . rien contre cet honorable iémoignage que lui rend malgré eux la vé» rite : DUsecabantwr cordibus suis, et stridebant dentibus in eum {Açt., 1\: par-là, dis-je^ il triomphe de la calomnie, et c'étoit.aùs4 le grand ino][ea, le moyen unique d'en triompher ; car, podr ciontinuer'à faire de cet éloge notre instruction particulière, prétendre être à couvert de /a médisance soits un autre vqife que celui de Tinnocence; espérer que lès hommes nous épargneront, tandis! que nous ne. marchons pas daiLs les voies droites ; croire qu'on ex^use/a nos vices par la consi* dération de nos personnes, c'est nous flatièr, Chrétiens, et nous mé* Gooiioitre : fussiotis-nôusles di/eux de la terre, on nous jugera { et s'il y a du foible en nous, on nous condamnera. Il n'y a que la probité, et la probité reconnue, ^^ puisse être au-dessus drs discours et des^« geinents du monde. - '
Venons au détail , et développons ce point de morale si naturellement enfermé dans qion sujet. Ainsi, mes cbers auditeurs, prétendre, surtout; diiAS le siècle oii nous vivons, échapper à la malignité diy monde par une outre voie que par celle d'une exac^ et cous*
64 POUR LA FÊTE DE SAINT ÊTIEPiNE.
tante régalante pour une femme, par exemple, se persuader qu'elle "p^f'^^iner impunément toute sorte de liberté, sans que l'on m^~j«fc;«=™. qy on parle d'elle ; qu'il lui sera permis (TenireteDÎi* qu il lui plaira, sans qu'on en tire des conséquences aii soD honneur; qu'elle aura droit d'avoir daiu le monde dangereuses et suspectes , sans qu'on ait droit de s'en SGUdaliser , et que quoi qu'elle fasse, on sera obligé à ne rien croire, i ne nen soupçonner à ne rien voir ; ou plutôt qu'on sera obligé à 's aven^er soi même pour la supposer régulière et sage ; n'est-ce pas une prétention aussi chimérique qu'injuste? cependant c'est la prétention de tant de femmes mondaines. On veut avoir, tout le crédit de Isibonne vie et toute la réputation de la vertu, sans qu'il en coûte de se contraindre, ni de s'assujettir k aucune r^Ie; disons mieux : od veut aVoif idilt le crédit de la^ertu et de la bonne vie, avec toute l'indépendance du libertinage et du vice. Ainsi verrez-vous des femmes, engagées dans des sociétés que la charité môme la plus indulgente ne pep.t excuser, ni fevorablement interpréter, se piquer néanmoins d'être esemptès de reproche, vouloir qu'on les estime telles, trouver maitjlhis qu on^n'entpnvininepas, prendre à partie ceifxquien doutent et gui se majédifient de leurs actions; et cela, sous prétexte de ■ l'obligation que.Dieu jnous impose, de ne point jnger. Obligation sur laquelle elleS sont éloquentes, parcequ'élles y sont intéressées; fcans considérer que , si ce principe àvoit toute l'étendue qu'«Ues lui donnent, les pins honteux désordres Tégneroiçpt'traiiqQillemeot dans le inonde, puisqu'il ne seroi( plus permis d'en cpndamnerles apparences, qui néanmoins, en foi^t tout lè scandale; etquè les appâwnces, ùnsi autorisées, en fomenlerotent les plus pernicieux eff^. Mais ce sont, me4irez'V0us, des jugements téméraires qu'on ^t de moi; et lAoi, je prëtaids.que ce sont des jugements raisonnables , prudents , bîeo fondés. Ils'peuvent'étre feux,'; mais, dans la conduite peu circonspecte que vous tenez, ils nç peuvent être téméraires : car vous devez savoir .que tout jugement désavantageux, n'est pas jugement téméraire; et que souvent, dansla matière dont je'parle, moins de dissèque vousne pensez suflit pour nous ineltre en droit dé prononcer. Et en eRëi^ dn niomenl que.vousne gardez pas les bienséances ^ui cobviennent à votre état ou à votre sexe, et que vousrvous donnez certaines liËerlés qui choquent léslôjs de la modestie et' de la prudence chrétienne, vous justifiez tous lesjugements que je fais de Vous. Si je me trompe en me scandalisant , vous êjes responsable devant ÏMêu de mon scandale e^deraon erreur^ Mais cet homme , ajoulez-tous, dont on mereprôçhela fréquentation comme un crime, est l'hominedu monde à qui je dois leplils.de Eeconnoissance^l qui m'a le plus sènâblement obligée. Que concluez-vous de là ? En est;i! moins homme ? en est-il pioins dangereux pour vous? en étes-vous mpins un objet de passîoe pour (ui ? n'îest-ce^a» pour cela même que voua devez tecraiqdre, êtquç cçqui
sennt peot-étre indifférent à l'égard d'nn autre, doit à son égard alarmer votre conscience et vous tronbfer? C'est en ceci, mes cbers audi* leurs, plus qu'en ioutTe reste, qu*il fauc accomplir le précepte de l'Apitre, lequel nous ordonné de faire të bien, non-seulement devant, ftea, qui en est le juge, mais devant les hommes, qui en sont les ié* moin% : Proviitentes bona,non tantiim coram Deo^tedetiamcoram cmmbus hominibus (Jtôm.^12). Voilà en quoi, saint Etienne s'est. signalé, et ce qu'a opéré dans sa personne la grâce dont il étoit rempli: Stephanus plenus gratta.
Hais allons plus avant. J'ai dit qu'en préchant Jésus-Cbrist, Etienne aroit â/tparoitre dans son ministère une sagesse toute divine, et je nea veux point d'autre preuve qj^e cet incomparable discours qu'il £r dans la synagogue, lorsque, toutes les sectes du judaïsme ^'étant élevées contre lui, il soutint seul la cause de Dieu et Tbonneur de TÉvangile. Yit-on jamais dans un discours tant de dignilé avec tant de modestie, tant de véhémence avec tant de douceur, tant de force avec tant d'insinuation , tant de fermeté avec tant de charité ? et ne fut-ce pas là le plus évident témoignage de la haute et sublime sagesse qui l'éclairoit? Avec cela, faut-il s'étonner s'il eut le don de persuader ou du moins de confondre les Juifs les plus passionnés pour leur loi? Yous êtes infidèles à Dieu, leur disoit-il, animé de zèle, et ne respirant que leur conversion (car pour votre édification, Chrétiens, souffrez que je le rapporte ici en propres termes ce discours de saint Etienne» qui, sans contredit , est un des monuments les plus authentiques du christianisme) ; vous êtes infidèles à Dieu , mais je n'en suis point surpris^ vous ressemblez à vos pères : tel a été leur aveuglement et leur sort malheureux ; ainsi ont-ils, par leur conduite, irrité Dieu dès les premiers temps. Voyez comme ils trahirent Joseph, le plus innocent des hommes et la figure dû Messie , en le vendant à des étrangers : voyez comme ils traitèrent Moïse, leur législateur et leur chef, en mur-, mnrant contre ses ordres, en%e révoltant malgré ses miracles, en adorant un veau d'or pour lui faire insulte ; c'étoit ce Moise qui leur promettoit un Dieu Sauveur, et ils ne l'ont pas cru : voyez comme ils ont reçu /es prophètes ; en est-il venu un seul qu'ils n'aient pas persécuté ? dites-moi celui dont ils ont épargné le sang? et néanmoins ces prophètes étoient les députés de Dieu, et leur annonçoient la venue du Christ. II n'est donc pas surprenant, concluoit Etienne, que leur mauvais exemple vous ait séduits ; mais ce que je déplore, c'est que vous ne vouliez pas enfin ouvrir les yeux, que vous ne profitiez pas de leur malheur, et qu'au lieu de vous rendre sages par la vue des châtiments que Dieu a exercés sur eux, vous remplissiez la mesure de leurs crimes, et vous^ deveniez encore plus coupables qu'eux : car ils n'ont fait mourir que les prophètes et les préscurseurs du Messie; et vous avez crucifié le ' Messie même, et le Dieu des prophètes. C'est ainsi, dis*je, que saint Etienne pressoit les Juifs , sans qu'aucun d'eux pût résister à la sa-
gesse et à l'esprit divia qui parloit en lui : Et non poterant reêUierê saptmtioè et spiritui qui loquebatur {Act.j 6). S*jl eût dit tout cela ayeô fierté et d'une manière impérieuse, en les convifincant même par ses raisons» il les auroit atgpris ; mais parcequ'il étoit plein de sagesse, il accompagnoit tout cela de tant de grâce, de ménagement , de respect pour leurs personnes, qu'il montroit bien que c'étoit en effet la sagesse qui parloit par sa bouche : Viri ffatret et putre$, audite {Act.^ 7) : Mes frères, ajontoit-il , écoute£4noi ; c'est pour votre salut que Dieu m'inspire le zèle dont je suis touché ; je ne suis ni un inconnu ni un étranger à totré égard ; je fais profession de la même fDi que vous ; je suis comtne vous de la face d'Abraham; Je vous honore tous comme mes pères : mais, eàcore une fois, i|e méprisez pas ma parde, rendezvous à mes remohtrances , et ne referez pas la grâce que Dieu vous offre par mon minisière. U parloit , Chrétiens , comme un ange du ciel, et ses ennemis mêmes apercevoient dans son visage je ne sais quoi de céleste : Et intuebantur vultnm ejus tanquam vuttum angeli stantii inter iUo$ ( Ibid. ). Mais enfin parcequ'il en voit quelques uns ^ malgré de si salutaires avertissements, persister dans leur incrédulité, son zèle s'enlamme, et il en vient aux reproches et aut menaces : Dura eervict et ihcircnmcuis tordibus^ vos semper Spiritui sancto resté" lifM (Ibid.) : AHez, amel indociles, esprits durs, cœurs incirconcis, vous êtes parvenus au comblede l'obstination, et il n'y a rien à attendre de vous qu'une étemelle résistance au Saint-Esprit et à la vérité. £h bien ! confirmez-vous dans votre maiice, achevez ce que vos^pères ont commeuçé, soyez des réprouvés comme eux : Sicut patres vesirî, ita et vos tlbid.). Autant de foudres , mes chers auditeurs, qui partoient de la bouche de saint Etienne, tandis que les Juifs confondus demeuroient dans le silence : pourquoi? parceqne c'étoit la sagesse, non pas de l'homme, mais de Dieu, qui s'expliquoit par Forgane de ce fervent prédicateur.
Or à combien de pécheurs pourrois- je adresser ces reproches qu'Etienne faisoit à trae nation aveugle et rebelle? Il y a si long-temps , Chrétiens; qu'on vous prêche dans cette chaire les véritës du salut : Dieu vous a envoyé des ministres de son Évangile, qui vous ont même persuadés; des prédicateurs éloquenls et touchants, que plusieurs ont écoutés avec fruit. Si donc il y avoit ici de ces cœurs indomptables et inflexibles de qui saint Etienne parloit. Dura cervice, et incircumdsis eordibus ; pourquoi, leur dirois-je, vous obstinez-vous à ne pas sortir dé votre désordre, et pourquoi opposez-vous aux saintes maximes de la sagesse chrétienne, dont on a soin de vous instruire^ une fausse sa* gc^sedu monde, quitst ennemie de Dieu? car voilà, hommesdu siècle, ce qui vous endurcit et ce qui vous perd. Comme les Juifs vouloient être tages selon leur loi, et non pas selon la loi de Jésus-Christ, vous voulez être sages selon le monde, prudents selon le monde, inteUigents» prévoyants,^abiles> selon le flionde : vous voulez accorder Jésus-Ghrisi
«vec le inonde, son Évangile avec les lois du monde, son esprit ated Vesprit du monde ; tout convaincus que vous êtes de vos devoirs envers Dieu, vous ne pouvez vous résoudre à aller contre le torrent du fliondey vous craignez la censure du monde, vous vous faites une oblijaâonet une nécesrilë de vous conformer aux usages du monde, etd^ vivre cooiine on vit dans le monde. Tel est le principe de cette dureté deoœw.qul, comme un obstacle invincible, arrête votre conversion : OT)pen^-vous que ces Juifs soulevés contre Jësas-Christ, et dont éaint Etienne avoit entrepris de combattre l'iiifidélilé, fussent plus coupables que vous dans leur endurcissement et dans leur impénitenœ? Je soutiens, moi, que votre endurcissement est, sans comparaison, plus criminel , et que par mille endroits leur impénitence a dû paroître devant Dieu plus excusable et plus pardonnable que la vôtre.
Non , mes chers auditeurs, ne nous flattons point : ces Juifs que saint Etienne a confondus, quelque idée que nous eti ayons, ëtoient moins infidèles que nous. Ils péchoient par un faux zèle de religion . et nous péchons par un fonds de libertinage qui va souvent jusqu'à VirreVigion; ils fermoient leurs oreilles et ienr$ cœurs à la parole de Dieu, et nous\ par un outrage encore plus grand , nous n'entendons cette parola que pour en être tes censeurs et tes prévaricateurs : Us résisioient au Saint-Esprit, mais dans un temps où le Saint-Esprit étott à peine connu ; notre confusion est que ce divin Esprit ayant rempK tout llinivers de ses lumières , et sanctifié le monde par sa venue, il trouve en nous la même résistance, et qu'après les merveilleux effets et les prodigieux changements dont son adorable mission a été suivie^ on puisse encore nous. dire : Vos semper Spiritui sancto remtitis. Là source de ce dérèglement, je le répète, c'est cette malheureuse sagesse du monde dont nous sommes prévenus : car avec cela il est impossi- Ue que Dieu se communique à nous, puisque cette sagesse du monde, sfi^ou pBfH Paul , est une sagesse charnelle , et que Dieu est un pur esnit. Tout ce que Dieu opère en nous, cette sagesse du monde le dëtrim : Dieu nous éclaire, et cette sngesse du monde nous aveugle; Dieu nous anime et nous excite, et cette sagesse du monde nous rend froids et lâches ; Dieu nous donne des désirs de pénitence, et cette sagesse du monde les étouffe. Il faut donc,' si je veux que l'esprit de Dieu agisse en moi, que je renonce à cette fôusse sagesse, et que la première règle de ma conduite soit la»sagesse évangéiique. Non, je ne veux plus vivre selon les lois de cette sagesse mondaine que Dieu réprouve. Non seulement je déteste les folies du monde , les extravagances du monde , mais la sagesse même du monde : car ce monde, ennemi de Dieu , est réprouvé jusque dans sa sagesse ; et sa sa|pesse prétendue est son désordre capital. S*il affectoit moins d'être sage, tout monde qu'il est, il seroit moins corrompu , puisqu'il est évident que sa plus dangereuse corruption vient de Torgueil que lui inspire là
fi.
sagesse dont il se pique. Je veux doncy en m'attachaot pour jamais à la maxime de T Apôtre, devenir fou selon le monde , pour être sage selon Dieu ; passer pour insensé aux yeux du monde, afin d'être fidèle et chrétien aux yeux de Dieu : Si quis vîdetur sapiens esse in hoc sœ^ culOf stultus fiât ut sit sapiens (1. Cor.^ 3). Revenons à Féloge de saint Etienne. Vous Favez vu plein de grâce dans raccomplissement de son ministère; yoyez-le maintenant plein de force dans la consouimation de son martyre : c'est le sujet de la seconde partie.