DEUXIÈME PARTIE
' Il est certain, Mesdames, et la foi, la raison ne nous permettent pas d'en douter, que l'innocence et la pureté du cœur n'a point de plus grand ennemi dans le monde que ce qui s'appelle une vie molle et voluptueuse. Sans parler de ces voluptés grossières et criminelles qui, d elles-mêmes, sont condamnées par la loi de Dieu, je dis que celles qui passent même pour indifférentes , et que notre amour-propre prétend avoir droit de rechercher comme honiiétes et permises , ne laissent pas d'avoir une opposition spéciale avec cette pureté de corps et d'esprit dont le christianisme fait profession. C'est pour cela que saint Paul , qui jugeoit des choses dans l'exactitude des maximes ëvangëliques, parlant des veuves chrétiennes, disoit sans hésiter que celle qui veut vivre à son aise et dans les délices , quoiqu'elle ait l'extérieur et les apparences d'une personne vivante , est déjà morte selon l'ame , it doit être réputée telle : Nam quœ in deliciis est^ vivent mortua est (1 Tîm., S). Pourquoi? parcequ'il n'est pas moralement possible, répond saint Chrysostome, qu'aimant son corps jusqu'à la délicatesse, elle maintienne son esprit ^ans cette disposition de sévérité qui est le rempart et le soutien nécessaire de la coij^tinence. Car qu'est-ce que la continence , sinon ce pouvoir absolu , cet empire qu'une sainte sévérité nous fait prendre sur nos sens pour les gouver-
ner, pour les réprimer, pour arrêter toutes leurs révoltes, et pour les soumettre à la loi de Dieu|, en les soumettant à la raison ?
Étrange misère derhommeaffoiblipar le péché! Avant son péché, 11 pouvoit mener une vie délicieuse, il pou voit sans péril goûter les fruits de la terre, et en accorder à ses sens toutes lés douceurs: mais depuis le péché , il n'y a plus que la pénitence , et qu'une pénitence austère qui lui convienne , parcequ'il n'y a plus que cette aus« térité qw puisse le contenir dans le devoir, et l'empêcher de se corrompre. Cependant, Mesdames, vous n'ignorez pas à quoi nous porte l'esprit du monde : à flatter nos corps , à leur donner tout ce qu'ils demandent, à leur procurer toutes les commodités, à ne les gêner et à ne les mortifier en rien, à les entretenir dans un embonpoint qui dégénère en sensualité , et communément en impureté. Vie des sens^ vie épicurienne; vie que les sages mêmes du paganisme ont réprouvée : jugez si jamais elle peut se concilier avec une religion pure et sans tache comme la nôtre.- Faut-il donc s'étonner que le dérèglement des mœurs soit si général , que la contagion gagne si vite, et qu'elle se répande si loin? Ce qui m'étonneroit plus mille fois , et ce que je traiterois de prodige, c'est qu'une chair ainsi nourrie, ainsi ménagée, ainsi idolâtrée, pût demeurer chasft, et qu'elle fût insensible aux pointes de la passion.
Or quel est , Mesdames , le moyen que la Providence vous fournit pour vous présierver d'un danger si ordinaire et presque inévitaUe au milieu du monde , surtout au milieu de ce monde perverti, de ce grand monde où vous vivez? C'est la pratique des œuvres de charité et de miséricorde. C'est, dis-je, de vous employer pour les pauvres, de les appeler auprès de vous ou d'aller vous-mêmes à eux , d'entrer dans la connoissanceet dans le détail déboutes les extrémités où ils sont réduits, de les interroger là-dessus, de leur donner tout le temps de s'expliquer, et de les écouter avec aiteution; de ne vous ooÉÉnter pas de ce qu'ils vous disent , ou de ce qu'on vous en dit , mro de vous transporter sur les lieux, et de vous rendre témoins des choses; de voir comme ils sont logés, comme ils sont couchés, comme ils sont vêtus, de quel pain ils usent , et à quelle disette ils sont coatinuellement exposés. Je prétends , et vous réprouverez » que rien n'est plus capable de vous détacher de vous-mêmes, de vous inspirer l'esprit de mortification, de vous accoutumer aux exercices d'une vie pénitente, de vous faire négliger tous ces ajustements , toutes ces propretés , toutes ces superfluités, dont vous avez peutrêtre trop de fois cherché ou à parer votre corps , ou à satisfaire ses appétits ; par conséquent, que rien ne doit plus vous garantir de cet aiguillon de la chair que saint Paul ressentoit lui-même , et qui lui faisoit former tant de vœux , verser tant de pleurs , pousser tant de soupirs , pratiquer tant de jeûnes , captiver ses sens, et châtier son corps avec tant de rigueur, craignant que cet ennemi dou[iesiique n'eût l'avantage
sur Ini, et qu'il ne le précipitât dans Tabime : Datu$ est mihi ithnu' lus camis meœ qui me coldphizet ; pr opter quod ter Dominum rogavi (2. Cor., 42)... Castigo corpus meum^ et in servitutem redigo, ne ciim aliis prœdkaverim^ ipse reprobus efficiar (1. Cor.^ 9). Reprenons tout ceci , et comprenez-en la yérité par la simple exposition que j'en v.'^is faire.
De là en effets Mesdames, de cette vue que vous aurez de tant d'objets de douleur et de compassion, vous apprendrez à vous occuper moins de vos personnes , et à rechercher moins les plaisirs da àiècle. Il est impossible d'avoir devant les yeux de tels spectacles, et de ne penser alors qu'à se bien traiter, qu'à se divertir et à se réjouir. II faudroit avoir pour cela éteint dans son cœur tout sentiment de religion, et môme tout sentiment d'humanité. La triste image que forment dans l'esprit toutes ces misères y demeure profondément imprimée ; on la remporte avec soi; et, par un effet très naturel, on ne trouve presque plus de goût à, rien. Heureuse préparation à la grâce, qui survient dans une ame, et qui souvent achève ainsi de la dépreiH dre absolument des vains attraits du monde, et de tous les attacberments sensuels qui servoient à Tamollir!
De là vous apprendrez à retrancher ces excès dans les ornements^ précieux , dans les repas somptueux , dans les mets exquis et délicieux, qui coniribuoient à exciter le feu de la cupidité» et qui l'en-' tretenoient. Vous aurez honte de vous voir si abondamment pourvues de tout, tandis que les pauvres n'ont pas le nécessaire. Urie, mari de Betbsabée, ne voulut point entrer dans sa maison , ni reposer autrement que sur la terre : parce, dit-il, que l'arche de Dîeù, que toute l'armée d'Israël, que mon général et tous mes compagnons n'habitent présentement que sous des tentes. Voilà ce que vous vous direz à vous-mêmes : Quelle diflërence y a-t-îl donc entre ces pauvres et moi ? ne sont-ce pas les enfonts de Dieu comme moi? ne sont-ce pas ses créatures? (Jette réflexion vous touchera : elle en a touché bien (fag^ très , et leur a fait faire des sacrifices qui maintenant vous pipi^ troient au-dessus de vos forces, sije vous les proposois ; mais qui , tout généreux qu'ils sont , vous deviendroient faciles , si vous aviez considéré de près la déplorable situation de cette multitude d'hommes, de femmes, de filles que la faim dévore, et dont la vie est moins une vie qu'une mort lente et accablante.
De là vous apprendrez à souffrir : je dis , Mesdanies , à souffrir en miUe occasions , que vous n'éviterez jamais quoi que vous fassiez, et où il vous seroit si important de savoir sanctifier vos peines , et en profiter. Car prenez telles mesures qu'il vous plaira, c'est un arrêt du ciel , et un arrêt irrévocable , que nous devons tous avoir en ce monde nos afflictions et nos adversités : si ce n'est pas Tune, ce sera l'autre. Il n'est donc point question de vouloir s'en exempter, puisque nous n'y pouvons réussir. Il faudroit seulement se les rendre utiles et si^
lutaires; il faudroit, en les acceptant, se cooformer aux desseins de Dieu, qui veut que ces amerluines de la vie nous servent de préservatif contre le penchant et les inclinations vicieuses de la nature corrompue. Mais c*est à quoi nous ne pouvons consentir. On se soulève, on résiste, on repousse autant que ion peut la main du Seigneur; et si Ton est trop foible pour en arrêter les coups , du moins on s*aigrit^ comme Pharaon, on s'emporte, on se plaint. Or rien ne fera plus tôt cesser toutes vos aigreurs et toutes vos plaintes, que les souffrances des pauvres. Dès que vous en rappellerez le souvenir, par la comparaison de leurs maux, et des vôtres, vous verrez que Dieu vous épargne bien encore ; vous vous reprocherez votre sensibilité extrême*, vous vous encouragerez, vous vous fortifierez, et peu à pfeu vous vous élèverez au-dessus de cette mollesse qui vous abaitoit , et dont . les suites sont si dangereuses et si funestes.
D^ là même vous apprendrez enfin à soutenir les pratiques de' la pénitence. On n'en a que trop d'horreur, et l'on ne se livre que trop là^dessus à ses répugnances naturelles : mais pour les surmonter, ce sera assez d'un regard sur ces pauvres, vers qui voire charité vous conduira. Yous vous demanderez à vous-mêmes en quoi ils ont plus péché que vous , ce qu'ils ont fait, et par où ils se sont attiré tous le$ fléaux dont le ciel les a affliges. Après avoir opposé de la sorte péché à péché, vous opposerez pénitence à pénitence. Vou^ rassemblerez tout ce que l'Église vous ordonne de plus ri{^oureux , tout ce qu'un confesseur prudent et ferme vous prescrit de plus pénible ; tou^ ce qu'intérieurement «l'esprit de Dieu vous inspire de plus sévère et de plus mortifiant: vous mettrez tout cela dans la balance du sanctuaire, et vous examinerez ce (juil pent y avoir en tout cela qui égale les misères que vous avez vues , et que vous voyez tous les jours. Ah ! Mesdames , quel sujet de confusion pour vous! quelle instruction ! ^ quand il s'agira d'une abstinence, d'un jeûne, d'une retraite, de quelque exercice que ce puisse être , si votre délicatesse en est blesrsée, si vos sens en sont troublés, si l'amour-propre vous suggère dés prétextes qui semblent vous en dispenser, faudra- t-il à toutes les excuses et à tous les prétextes d'autre réponse que celle-ci : Sont-ce là les abstinences des pauvres, soni-ce là leurs jeûnes? est-ce là leur solitude? n'ont-ils rien de plus rude à porter, et est-ce là que se réduit leur pénitence? Yous connoitrez ainsi combien celle qu'on vous demande est légère, et combien vous seriez inexcusables de ne vouloir pas vous y assujettir; vous vous y soumettrez pltw aisément, et vous ne chercherez point tant à la dimionér ni à l'adoucir : vous l'embrasserez avec confiance; etparceque de prendre soin des pnuvres, d'edsuyer leurs chagrins , leurs mauvaises humeurs, leurs grossièi'ètéff , de vaincre les dégoûts et les soulèvements de cœar que peut eausêr l'accès de ces demeures infectées par la pauvreté et par tout ce qui l'accompagne, c'est'déja une des œiivres de la pénîrem^e lespltis jt-
borieuses , vous n'en deviendrez que plus zélées pour ces devoirs de miséricorde, et que plus fidèles à les accomplir : tellement que la cbariié sera, tout ensemble, et le motif pour animer votre pénitence, et la matière pour Texercer. Remède infaillible contre les passions et les désirs déréglés de la chair.
Travaillez , Mesdames , travaillez par toutes les voies qu'on vous présente, avons maintenir dans cette pureté que l'Apôtre recommandoit si forlement aux premiers fidèles. Tout prévenu que je suis de l'estime la plus sincère pour les personnes qui m'écoutent, j'ai cru ne devoir pas omettre dans cette assemblée un point de morale sur quoi le maître des nattons s'est tant de fois expliqué, parlant à des Saints, et dans la plus grande ferveur du christianisme. Que celui qui est pur devant Dieu se purifie toujours davantage : car ce Dieu de pureté ne se communique qu'aux âmes pures. Les anges mêmes à ses yeux ne sont pas exempts de toute tache : que sera-ce de nous, fragiles mortels? et sans une attention continuelle et de violents efforts, comment serons-nous en sûreté au milieu de tant de pièges qui nous environnent, et où nous pouvons nous perdre? Concluons par un troisième avantage des œuvres de la charité chrétienne, qui est de conserver l'esprit de piété parmi les soins du monde : Pietas in negoiiis^ C'est par où je finis.
TROISIÈME PAnXIE.
Il est difficile d'allier ensemble l'esprit de piété et l'embarras des affairés du monde. Car la piété consiste dans les sentiments intérieurs d'une ame retirée en elle-même et occupée de Dieu ; mais les soins et les affaires du monde l'obligent à sortir de cette retraite, et, par mille mouvements inquiets et empressés qui la dissipent , lui font insensiblement oublier Dieu , et tourner toutes ses pensées vers la terre. C'est pourquoi saint Paul déclare que tout homœe qui veut s'engager dans la milice de Dieu, c'est-à-dire se donnera Dieu, être àJ5ieu » goûter les choses de Dieu, ne doit point s'ingérer dans les intrigues et les intérêts du siècle: Nemo militansDeo implicatsenegotiis sœcula' rilms ( 2. 7im., 2 ). C'est pourquoi le saint auteur de l'imitation de Jésus-Christ , qui dut être un des hommes les plus versés et les plus consommés dans les mystères de la vie spirituelle et dévote , nous avertit sans cesse de n'entrer point trop dans les affaires humaines ; et que se proposant lui-même pour exemple, il reconnoit que jamais il
vivent dansl'éloignement et la séparation. du monde» ou du moins y doivent vivre autant que leur état le comporte et qu'il le denoiande , parcequ'ils sont consacrée par une vocation particulière au culte de Dieu , et appelés à un plus haut point de piété et de perfection.
Je ne veux pas nëanmoins par-là , Mesdames, vous porter à un renoncement entier ; et ce n'est pas ma pensée qu'il soit de votre piété d'abandonner toutes les affaires attachées par la Providence à votre condition. Bien loin que ce fût une vraie piété , ce seroit aller directement contre les vues du ciel ; et à parler ^n général, la piété est encore moins exposée dans une vie agissante , dans une vie de travail et d'affaires, quoique temporelles et toute profane^, que dans une vi^ oisive, que dans la vie de la plupart des femmes du siècle, dont les journées se passent à ne rien faire. Car j'appelle ne rien faire, n'être occupé que de sa personne , n'être occupé que de ses parures , n'être Occupé que deson jeu, n'être occupé que de visites inutilqs, que de vaines conversations, que de lectures agréables : frivoles amusements, qui n'arrêtent point assez l'esprit pour le détourner de mOle idées dangereuses; au lieu que les affaires et l'attention qu'on leur donne ferment du moins la porte k tous ces objets , et à tous les sentiments , à tous les désirs criminels qu'ils ne manquent point d'inspirer.
Mais du reste. Mesdames , si l'un est encore plus à craindre que l'autre ; si l'esprit de piété peut encore moins se soutenir dans Tinutilité de vie et l'oisiveté que dans les affaires , il est toujours vrai qu'au milieu du bruit et du tumulte des affaires, il se relâche, il se ralentit, et souvent s'éteint tout -à-fait et s'amortit. Or par oiï l'entretiendrezvous, et par où le réveillerez-vous? Point de meilleur moyen que ces bonnes œuvres dont je parle, que les œuvres de charité et de miséricorde. Prenez garde : je ne viens pas , dans une morale outrée, condamner les soins ordinaires du monde, le soin d'une famille qu'il faut régler, le soin d'un bien qu'il faut administrer, le soin d'un héritage qu'il faut cultiver, le soin même d'un procès où l'on se trouve impliqué et où il faut nécessairement s'employer ; cent autres de cette nature , dont on est chargé, et dont on ne peut raisonnablement se dispenser. Je m'en suis déjà expliqué, et, je le répète, ce n'est point là ce que je reprends, ni ce que je dois reprendre. Je dis plus, etj'avoue qu'il y a tels engagements, telles conjonctures , telles affaires, où ce seroit plutôt un péché de négliger ces soins, que d'y vaquer. Mais cela posé, je vais plus avant ; et ce que je voudrois aussi vous faire comprendre, c'est que vous ne pouvez mieux sanctifier tous les soins où votre état vous applique, qu'en y joignant le soin des pauvres. Vous me répondrez que c'est ajouter affaires sur affaires, et par conséquent que c'est se livrer à de nouvelles distractjions , en se chargeant de nouvelles occupations. Âh ! Mesdames , j'en conviens , c'est une nouvelle occupation , mais une occMpation sainte et sanctifiante , seule capable de communiquer à toutes les autres ce caractère de sainteté qui lui est propre , et de réparer dans vos âmes les dommages que toutes les autres ont coutume d'y causer. Concevez ma pensée.
Quoique les affaires du monde jouissent être rapportées à Dieu, il y a néanmoins bien d'autres vues que la vue de Dieu qui peuvent nous
y attacher, et qui n'y attachent en effet que trop tout ce que nous entendons sous le terme d'hommes mondains ou de femmes mondaines: Tues de fortune, vues d'honneur et de disiiaction , vues d'élévation et de grandeur, vues d*iniérét, d'une passion démesurée d'avoir et de posséder, Vues d'établissement, de commodité, déplaisir; etparceque toutes ces vues sont conformes à celles de la nature, ou plutôt parceque ce sont les vues mêmes de la nature, et quelepoids de lanature nous entraine presque malgré nous, il n'est pas surprenant que ces vues terrestres et naturelles prévalent aux vues surnaturelles et divines, qu'elles remplissent l'étroîle sphère de notre cœur, qu'elles nous fassent perdre l'idée de cette dernière fin où tout doit être référé, et d'où vient à nos actions toute leur sainteté. Mais par une règle contraire, voici. Mesdames, quelle bénédiction parlicunère les œuvres dé charité portent avec elles : ce nVst pas qu'elles occupent moins, mars c'est qu'elles occu^ient saintement. Et, en effet, comme ce sont des œuvres où lés sentiments humains ne peuvent guère avoir de part , Comme ce sont des œuvres f>ar elles-mêmes mortifiantes, souvent très obscures et très humiliantes , il n'y a communément que Dieu qui tfons y engage, que Dieu qui nous y attire, que Dieu qu'on s'y propose et qu'on y cherche. On les entreprend pour lui, oh les pratique pour lui, on les soutient pour lui. Or est-il rien de. plus propre â nourrir la pieté, que cette intention droite et toute divine?
J'ogez-en par vous-mêmes, Mesdames, c'est à vous-mêmes que j'en puis appeler ; et que dis-jè", dont plusieuis d'entre vous n'aient une contaoissance personnelle plus? convaincante que tous les discours ? (Ju'avéz-vous senti dans le secret dé l'ame, et qu'y sentez-vous, toutes les fois que la charité adresse vos^ pas vers les pauvres pour les visiter elles assister? Êtes- vous jamais enlrécsdans un hôpital, dans une prison, que votre cœur ne se soit auparavant élevé à Dieu? Quelles i^éflexion^ vous y ont occupées , et quelles réflexions en aVez - vous remportées? Quand donc votre piété commence à se refroidir, c'est là immanquablement que vous la rallumez; quand votre foi commence à' s'affoiblir et à languir, c'èét lu immanquablement que vous la réveillez et qtie vous là fortifiez. Mais quel est l'aveuglement de je ne sais cômhren de femmes du monde! quoiqu'elles soient du naonde, et tout éblmées dans les soins du monde, elles sont néanmoins encore chrétiennesT; elles n'ont pas perdu certains principes qu'elles bût reçus de réducation ; elles ont de temps en temps des retours intérieurs , qui pourrofent les remettre dans les voies d'une solide piété , s'ils étoient soutenus : elles y voudroierii marcher ; elles voudrôient être plus recueillies et plus dévotes ; car c'est ainsi qu'elles le disent elles-mêmes dans les rencontres , et qu'elles le font entendre. C'est quelquefois un pur langage; je le sais : mais je dois aussi convenir qu'il y en a plusieui*s qui là- dessus sont de bonne foi, et qui pensent en effet comme elles parlent. Elles gémissent du peu de goût qu'elles ont aux pratî-
SUR LÀ. CHARITÉ ElSlVERS LES PAUVRES. 465
ques de la religion ; elles se plaignent de la sécheresse où elles se trouvent dans là prière; elles souhaiteroient d'avoir plus de zèle pour leur salut, plus d'atteatioa à cetie grande affaire, et de se laisser moins distraire par les autres» qu'elles avouent n'être auprès de celle-là que des amusements et des bagatelles. Telles sont leurs dispositions; mais parcequ'elles ne les secondent pas, ce sont des dispositions inutiles, et qui ne servent même qu'à leur condamnation ; car elles devroîenl donc prendre les moyens qu'on leur propose pour parvenir ice qu'elles désirent. Or un de ces moyens, ce sunt incontestablement les œuvre$ de charité. Avec cela, elles se mettroient en état xle goûter Dieu davantage. Une visite des pauvres, un office qu'elles leur rendroient, seroit une suspension salutaire des inquiétudes et des soins du monde; et Dieu prendroit ces momems pour leur parler au cœur, pour les rappeler à etles-méinesr, pour leur retracer dans l'esprit les vérités éternelles, et pour leur en imprimer tellement le souvenir, que toutes les autres idées ne pussent l'effacer. Leur (févoiion se renouvelleroil, leur religion se ranimeroit, leur espérance devieRdroit phis viw , et leur amour pour Dieu fAûi ^etinevtx et plus ardeAi. Mafis elles prétendent que tous ces changements se fassent dans elles, sans <\u*îi leur en coûte une seule démarche; et jaiiiaîs, à les en croire, «lies n'ont assez 'de loisir pour satisfaire à ce que demandent les pauvres; en «'acqûTilant de ce qu'elles doivent au monde. Vain prétexte dont elles découvriront aisément TilIusioD, dès qu'elles voudront bien se consulter et ne se point flatter. Il ne faut peut*- le détruire qu'elles-mêmes, ; il ne faut que la connoissance qu'elles ont du plan dé leur vie, qui pourroit être autrement réglé et mieux ordonné.
Vous, Mesdames, plus fidèles* aux ordres de Dieu, et plus attentives atix nécessités des pauvres, vous savez vous partager entre eux et le monde. En accordant à l'un tout ce qu'il peut exiger de Vous, vous trouvez encore de quoi donner aux autres ce qu'ils attendent de votre charité; et c'est pour vous confîrn)er dans cette sainte dispensation et dans ce juste partage', que je conclus par les paroles de l'Apôtre : VntLsquisque proutdestinavitin corde suo (2. Cor., 9) : Que chacune suive les heureux sentiments dont elle se sent prévenue en faveur des pauvres; qu'elle reconnoisse comme une grâce de Dieu , et une de des grâces les plus précieuses, Tinclinaiion qui la porte à les secourir. Vos affaires temporelles n'en souffriront point ; Dieu en prendra soin lui-même, lorsque vous prendrez soin de ses. enfanta ; et il est assez riche pour vous rendre i^tu centuple ce qu'il aura reçu de vous par leurs mains : Poten^f estaui^iDeus omnem gratiam abundare facere in i;o6f5'(Ibid.). Vous serez surprises en mjl'e rencontres dé voir les choses réussir au-delù de vos espérances; et ce seront autant de bénédictions que Dieu répandra sur vous sans vous le faire connoitre. Plus vous donnerez, plus vous aurez de quoi. donner: Ut abundetisiH omne opus bonum (Ibid. ). Mais ce qu'il y a de plus essentiel, c^est que
vous mettrez par-là votre piété à couvert de ces relâchements si ordi* saîres dans la vie tumultueuse du monde. Ce sira une piété constante, parceque ce sera une piété entretenae, et sans cesse excitée par la charité ; tellement que la promesse, du Prophète s'accomplira dans vous : Sieut spiptum est : Dispersit, dédit pauperibus :ju$titta ejus ma' net in sœculum sœculi{^. Cor., 9). En répandant vos aumônes, vous recueillerez des fruits de justice, et vous amasserez des trésors de sainteté : mais de quelle sainteté et de quelle justice? D'une justice inaltérable et invariable, d'une justice indépendante des occasions , et au-dessus de tous les événements, d'une justice qui vivra avec vous dans les siècles des siècles , et dont la récompense sera éternelle. Ainsi soit-il.