‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 60 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'a toujours été la maxime de Jësos-Christ» de pratiquer et de fiiire, avant que d'enseigner et d'instruire : et pour appliquer cette règle générale au point particulier que j'ai présentement à établir, je dis que le soin d'assister les prisonniers, et de contribuer au soulagement de leurs peines, est un des plus sensibles exemples que cet Homme-Dieu nous ait donnés ; je dis que, pour nous exciter fortement à cette cbaxité, il a voulu la consacrer dans sa personne ; je dis que tous les mystères de sa vie nous prêchent cette charité, et qu'il n'y en a pas un qui n*ait une grâce singulière pour nous l'inspirer.

Oui, Mesdames*, tons les mystères de la vie de Jésus- Christ, non seulement de sa vie souffrante, mais de sa vie glorieuse , c'est-à«dire son incarnation, sa prédication, sa passion, sa résurrection , son ascenûon, tout cela, si nous voulons consulter notre foi, et en tirer les conséquences pratiques qni se présentent d'elles-mêmes , sont autant de raisons fortes et pressantes pour ne pas délaisser ceux de vos frères que vous savez être détenus, et languir dans une triste captivité. Vous m'en demandez la preuve, et la voici dans une courte induction de tous les états oil l'Évangile vous Eût considérer ce Dieu Sauveur. Son incarnation, car qu'est-ce que cette incarnation divine , sin'on le mystère d'un Dieu descendn sur la terre pour sauyer-des esclaves; d'un Dieu sensible à nos misères, et revêtu de notre*chair pour briser nos fers et nous procurer la plu^ heureuse liberté ? Voilà pourquoi il est sorti du sein de son Père. Si nous n'eussions pas été captifs, il n'eût pas été nécessaire qu'il sç réduisit lui-même dans la di^ndance et dans l'esclavage, pour nous délivrer. Sa prédication : qu'est-il venu annoncer au monde ? l'Évangile : et qu'est^e que l'Évangile? cette bonne nouvelle qu'il nous a apportée de ndtre prochaine délivrance. C'est pour cela qu'il à été envoyé, et -tel est le salut où il nous a appelés. Sa passion : n'est-ce pas pour nous racheter qu'il a sacrifié sa vie et qu'il est mort? De lk vient que cette douloureuse passion est par excellence le mystère de notre rédemption : oarc'est lui/dit saint Paul, c'est par sa croix et par les mérites de son sang qu'il nous a arrachés de la puissance des ténièbres : Qui nos erlpuit de potestau tenebrarwn {Colass., 1). Sa résurrection : ime des circonstances les plus remarquables de cette résurrection touo miraculeuse, ce fut sa deècente aux enfers, lorsqu'il alla visiter cette multitude innoinbrablede saintes âmes qui l'-aitèndoient comme leur libérateur; Car c'est ainsi qu'en parle l'apôtre des Gentils, quand il dit que la première démarche de ce Dieu vainqueur de la mort fut d'eotrer, couvert de gloire, dans

178 SUR LA GUAItITf ENVERS LES ^RISOMEltS

celte obseare prison (A tant de prëdeâtittës soupiroient après loi, par* eeqvec'étoit lui qui devoit les r«*tîrer de ce lieu d*exil, et les mettre ca possession de leur éternelle béatitude. Enfin, sa triomphante ascen* sion : je dis triomphante» puisque ce retour au ciel fut un trai triontphe, mais bien différent de ces vains triomphes dont l'antiquité honoroit les conquérants. Geuk-ci tralnoient après eux des nations ruinées, désolées» soumises au joug : et dans son triomphe, de qui ce rédempteur» ce divin eonquérant^ étoit-^il soivi? de ces troupes dV^s qt/8 «voit comblés de joie par sa présence» qu'il a voit dëgag^'s et oomml âargis par un effort dé sa toute-puissaace» à qui il avoît ouvert lel portes de leur céleste pairie» et qa'il couduisoit à ee bienheurent terme» ponr y jomr d'une pleine fefirité. Après aroir sauvé le» boni* jnes» il avoit droit, ce semUe» de ne plus penser qu'à se glorifier !«»• gftème; après être mort pônr imu»» il avoit droit de ne plus vivre qttè pour lui : mais sa charité ne put consentir à ce partage. B m veÂit pas qoe la souverain pouvoir qu^il avoit reçu de son Père ne servit désormAÎs qu'à son propre bonheur et à sa propre éiévalioa : mais 1 l'employa» et le mit tout entier en œuvre pour oe» âmes sottflfranfei: Aseenâenâ in alium, eapttvam duxit captivitûtem {Ephes,^ 4 )•

Or, }e le répète» Mesdames» tous œs mystères sont pour vomn* tant d'exemples» et tous ces exemples autant de leçons. C'est Ht-d^ sus» GomnM sur tout le reste» et même encore pins que sur mik autres choses où souvent vons bornez votre dévotion, qite notre adonble maiire vous prescrit là même règle qu'il prescrivoit à ses ap^its. C'est là-dessus quM vous dît : Exemphim dedï wkh^utquenuémd^M 0§o feei, et vos faeiatis (Joah.» 13) : Faites œ qne f-ai tait » et que votrexstiarité» selon qu'il est possible, réponde à ma mîséri<*orde.yoyec donc» Mesdames» quelle application. vous en devez faire à votre godjduite envers les pri^onners, et reprenons par ordre tout ofe que je viens de.voas retracer devant les yeux, comme le modèle le pins ^ ftût que je puisse vous proposer. Suritez^mbi.

Pour délivrer descapiin» ce Sauveur des hommes s'est faft hoDoe. Il n'a pas* attendu qu'ils le prévinssent » ni qu'ils rappelassent à leur secours : il a connu leur.malheur» et il est venu à eux; il a demeu^ parmi eux, il a pris sur lui toutes leurs misères, et-les a partagées avec eux. Ponvez*vous ignorer combien de malheoreuk gémissent dans les prisons» et y sont étroitement resserrés?' Il iiê leur est pas libre d'aller vous représenter leur état ; mais vous croyez-vous dispensés d'aller vous*mémes vous en instruire? Si vous en aviez une fois éié témoins, j'ose répondre qu^il n*y a point de cœur bi Insensible qoi a'ei fikt éran.On vous en parle; il «st Vtai ; on emploie, à vous en doonff une idée juste et capable de tout her vos âmes, toute la force de h divine parole et tous les traits de l'éloquence chrétienne : nais autre cbose est d'entendre, et autre de voir. Gommé JésiilàChrist est deecenda pour bous dans cette vallée de larmes oi le péché nom Mt

Sm Là CttARITÉ ENVERS LES FRISONNIERÀ. 479

rëdhiits sons la phis 9ura servitude, descendez , Mesdames, descendez dans ces antres profonds où la justice des hommes exerce tonte sa rigueur. Tâchez de percer les ombres de ces noires demeures. Ouvrez lés yeux , et dëmélez , si vous le pouvez , au travers âe ces affreuses ténèbres, un misérable accablé sous le poids de ses fers, et vous pré* sentant dans tonte sa figure IMmage de la mort. Un regard fera plus d'impression que tous les discours : et dès que vous aurez vu ( pei*mettez-moi de m'exprimer ainsi ) , vous serez- vaincues.

Pour sauver des captifs , et pour leur faire accepter la grâce qu'A leur annoDÇoit , ce Dieu-Homme, leur l(^gislateur et leur réparateur , a parcouru les campagnes , les solitudes , les bourgades , les villes. Tel étoit le sujet de sa mission , et cVst pour ce glorieux ministère qu'il avoit été spécialement consacré par l'onction du Saint-Esprit. Sans autre caractère que celui de chrétiennes , vous avez toutes une mission , non pour enseigner, ni pour prêcher , mais pour assister et pour soulager. Gomme chrétiennes. Dieu vous a choisies; et si vous êtes fidèles à votre vocation, vous avez des talents dont les prisonniers peuvent profiter : le talent de les fortifier dans leurs ennuis , dans leurs frayeurs , dans leurs désespoirs ; le talent de leur ménager certaines douceurs, et de leur rendre au moins leurs maux plus supportables; le talent même de leur ipspirer des sentiments de religion , de soumission, de patience : talents ordinaires et communs, mais talents quelquefois singuliers dans des pei sonnes qui pourroient en faire un meilleur usage, et qui ne les ont pas reçus de Tauteur de la nature pour les laisser inutiles et sans fruit. C'est sur quoi elles se trouveront pentétre plus criminelles qu'elles ne pensent au jugement de Dieu.

Pour racheter des captif^ , un Dieu s*e.4 livré lui-même, il a versé son &ang et donné sa vie. De là , que conclut saint Jean? je pourrois le conclure comme lui, Mesdames; et cette conséquence, qui sans doute "VOUS surprendra , n'a rien néanmoins qui dût vous étonner, si vous étiez bien remplies et bien animées de Tesprit de votre fui. Car nous avons connu la charité de nôtre Dieu , dit ce bien aimé disciple , «n ce qu'il s'est immolé jusqu'à perdre la \ie pour nous : In hoc cognovimus charitatein Dct, quoviam iUe animam iuam pro nobii po$uh (i. JoAN., 3). Et que s ensuit-il de ce principe? ajoute le même apôtre. C'est que nous devons être prêts nous-mêmes à mourir pour nos frères , et à les aider aux dépens de notre vie : Et nos debemus pro fra* tribus animas ponere ( Ibid. ). Or est-ce là ce qu'on vous demande? et si je vous parle d*exercer la miséricorde dans des prisons et dans des cachots , veux-je vous dire d*y porter tous vos biens et de vous en dépouiller? s*agit-il d'y employer tout votre temps et d'y consumer iros jours? Quand je le prétendrois de la sorte , seroit-ce plus exiger de vous qu'il n'est marqué dans les paroles du saint disciple? seruitce plus que n'ont fait tant de saintes dames, qui sembloient n'avoir sur la terre d'autre retraite que ces sombres demeures , ni d'autre

480 SUR LA GUARITÉ ENVERS LES PRlSONNlEIS.

occupation que les œavres de charité qu'elles y pratiqQoient?8eroit-ce plus que ne font encore de nos jours des hommes de Dieu, des hommes capables 9 ou par leur naissance t ou par leur mérite personne, de se distinguer et de paroltre ailleurs avec honneur; mais que nous savons , depuis les vingt et les trente années , se rendre en quelque manière par leur assiduité plus prisonniers que les prisonniers mêmes; vivant au milieu d'eux, traitant sans cesse avec eux ; ne quittant les uns que pour se trans^^orter auprès des autres» I^ur tenantlieu à tous de pères , de tuteurs , de patrons , d'amis , de confidents » d'agents , surtout d'apôtres et de maîtres en Jésus-Christ? Ah! Mesdames, voos voyez assez qu'il n'est point ici question de tout cela, et que tout cela est bien au-dessus de ce qu'on vous propose. Car qu'est-ce qu*0D attend de vous , et qu'est-ce que je voudrois obtenir en faveur de ces infortunés dont je prends aujourd'hui les intérêts, et pour qui je fais auprès de vous la fonction d'avocat et de prédicateur? à quoiviensje vous exhorter ? A ce qui vous est très facile » à ce qui vous coûtera très peu , à ce qui ne vous retranchera de votre état que certaines inutilités, que certaines superfluités, que certains excès; à ce qui n'ai* térera ni vos forces, ni votre santé; à ce qui ne vous sera, dans le système de votre vie , de nulle incommodité, ou que d'une très légère incommodité ; à quelques aumônes, à quelques dépenses, à qudqaes contributions que vous tirerez, non de votre nécessaire, mais de votre jeu , mais de votre luxe et de vos mondanités. Y a-t-il rien là que vous puissiez refuser à votre Dieu, qui vous le demande pour les pauvres, après qu'il vous a fait le plein sacrifice de lui-même sur une croix?

Pour consoler des captifs , il lés est allé trouver dans les abîmes de la terre. Il y a employé les premiers moments de sa vie glorieuse, et vous y devez employer tout le cours de votre vie pénitente. Comprenez ceci.Ou vous êtes déjà ressuscitées par la grâce de la pénitence, ou vous êtes encore dans l'état du péché. Êtes-vous encore criminelles et pécheresses? par-là vous vous disposerez à cette résurrection spirituelle qui vous réconciliera avec Dieu , et vous fera vivre en Dieu de la vie des Justes; par-là vous engagerez Dieu à vous accorder des grâces de conversion , et des grâces fortes et victorieuses ; car les œuvres de b miséricorde chrétienne sont la plus sûre et la plus infaillible ressource des pécheurs. Ëtes-vous heureusement et saintement ressuscitées? vous avez à réparer le p^ssé ; et par-là vous satisferez à la justice divine : vous avez à vous conserver et à persévérer; et par-là vous vous maintiendrez, et vous vous préserverez des rechutes : vous avez des progiès à faire; et par-là vous vous enrichirez devant Dieu, vous acquerrez des mérites, vous vous élèverez, vous vous conformerez au sacré modèle de votre perfection , qui est Jésus-Christ dans Téiat de sa gloire.

EnKn , pour glorifier des captife et pour remplir leurs vœux, il te a conduits avec lui dans son royaume. L'éclat de spn triomphe pe loi

a poiot fait oublier des âmes qui l'avoient si long-temps désiré. 11 a voulu qu'elles fussent placées auprès de lui , et qu'elles y {routassent dans le séjour de la félicité le même repos, la même joie; le même bonhear : Intra in gaudium Dominilui (Matth., 35). On ne vous envie point ^-Mesdames; votre opulence, vos prospérités, vos grandeurs. Jouissez-en, puisqu'il a plu au ciel de vous .en gratifier. Il a ses vues dans cette diversité de conditions ; et pourvu que vous ne vous écartiez point de ses vues , vous pouvez du reste, avec toute la modération convenable, user de ses faveurs et vous servir de ses dons. Hais au milieu de vos prospérités, serez-vous seules heureuses en ce monde ? aurez-vous seules toutes vDs commodités et toutes vos aiàes? et ce que le Prophète disoît aux ricbes de Jérusalem , nepuis-je pas vous le dire à vous-métties : Numquid habitabitU vos soU in medio terrœ (IsAi., 5)? M'y aura-t-il sur la terre de maisons habitables que pour .vous? les campagnes ne rapporteront-elles que pour vous ? ne féra-t* Gù la moissoq et neTecueiilera-t'On les fruits que pour vous? Contentes d'avoir tout en abondance, et d'être à couvert de toutes les calamités temporelles , ne jetterez-vous point un regard de pitié sur ceux que l'indulgence réduit aux- dernières nécessités? Croyez-vous que Dieu les ait tellement abandonnés aux caprices du sort et à leur destinée malheureuse , qu'il n'en ait commis le soin à personne? Mais ne vous y trcmipezpas : il y a une Providence qui veille sur çux; et^ en leur manquant dans leurs besoins, c'est à cette Providence que vous manquez ; doublement coupables alors, et de ne pas suivre l'exemple de Jésus^hrist , et de violer encore le précepte de Jésus-Christ , comme je vais vous le monti:er dans là seconde partie.

DBCXIÈME PARTIE.

11 y a , Mesdames , dans le christianisme des pratiques , lesquelles , quoique saintes , ne sont néanmoins que de l'institution des hommes : nous les devons louer, parcequ'elles sont 8ain|ies ; et bien qu'elles ne soient quç de l'institution des hommes , nous devons croire qu'elles leur ont été in^irées de Dieu , puisqu'il n'y a que l'esprit de Dieu qui puisse suggérer à l'homme les exercices d'une vriie et solide piété. Il y a des pratiques que l'Église approuve, qu'elle autorise, qu'elle établit; et dé» qu'elles ont été établies par l'Église , nous les devons respecter, puisqu'il n'y a que l'esprit d'erreur, de schisme, d'hérésie» qui puisse censurer , mépriser et rejeter ce que l'Église permet , beaucoup plus ce qu'elle appuie de son autorité et ce qu'elle observe' dans tout le monde chrétien. Mais ces pratiques de l'Église nous sont venues , après tout, par le ministère 'des hommes; nous les^ avons reçues des hommes , et nous en reconnoissons les hommes pour au* teurs. Il a'en est pas de même de la charité à l'égard des prisonniers. C'est Jësus-Ghnstlui«méme qui nous Ta expressément-recommandée; B. 4. 51

48» Smik CHARITÉ ENVJS&S LES PAI$0NNI£R$.

c'est lui qai Ta consacrée dans son Évangile, et qui en 9 bii us poin) de sa loi.

Je dis un point de sa loi , un point particulier , un point noo seidejnent de perfection » mais 4'oblîgati<m ; et c'est à quoi ne pensem guère la plupart des pera^nnes mdnie les plus r^id^res «tlfspliii frertueuses» Si Ton ^t .négligent sî^r cet article , on n'en a i^k moindre remords de conscience, parcequ'on ne le regarde pasiso^iffil up devoir. Si Fon y .SfttisfaU , on se flatte que c*est par une surabosdapoede aèle et de iiwswr , parcequ'on w le considère qne fwom une œuvre de surérogaUon. Qr c*ent toi^lefois une oUigatioa qui vous ne pouvez, ou dy moins que vous ne devez pas ignorer , aprèi que le Fils de Dieu nosus Ta marquée eu des termes si précis etAbfm^. Pire donc , ainsi que n^us reniendons dire M»us les jours : Oncun a sa dévotion, puais la mienne fi*est pas pour les prisonnifirs; c'eit UP septiipent peu chrétien, ou pluiAt c'est un sentimjC^ât directenoeiit opposé, à Tesprit du cbristiaajsme. Car il ne vous est pas. libre d'avoir cette dévotion , ou de ne l'avoir pas. II faut Tavoir, si vous vôalastev chrétiennes. Ce n'esi pas une dévotion qui soit à votre choix, ni (f 00e siuple volonté; elle est de nécessité, et eUe vous doit, éure en ce sens d'an* tant plus vénérable , qu'elle est du cjioix de I«su8-Christ« End'auirtt sujets, vous pouvez suivre Tatirait «que vjOus sentez; mai$ entre les dévotion^ qui ^nt dans Tordre de Dieu , il ne dépend pas .<|e vous de chpisir celles qui se trouvent p(iis conformes ià votre inclination, eeVes qui vous plaisent davantage , celles doot vous êtes plus seçsiUsm^ touchées» X'oUi^ation est égale pour toutes ; Qt quand vou9 y é\& fidèles, vous n'.avezj)as droit dé vous glorifier cgiquie ayant&it quelque chose au-delà dû précepte , mais vous devez vous traiter de servantes inutiles , comme n'aymit fait que ce que vous avez dû faire.

Devoir , prenez garde , s'il vous plaît , devoir si indispensable, que

c'est ma des préceptes dent Jésus-Ghrist a fait dépendis le s^lnt oà la

damnation, la prédestination éternelle ou la réprobation des hooimcf'

i:^ur prédestination ; (^viY dira aux élus : Venez, vous qui éies bàûs

de mon Père , parceque j'étois en prison , et que vous m'avez visita.

Leur réprobation ; car s'élevant contre les impies, il leur dira : B^'

rez-vous , maudits , et allez au feu éternel,, parceque je souiïrois dam

là captivité , et que vous m'y avez laissé sans secours et sans coosûh-

tîon. Or, comme remarque saint Chrysostome, quand lefilsdeBiw

nous a avertis qu'il en useroit de la sorte envers les uns et les autres»

p'étoit«ce pas pour nous faire connoitre que le soin des prisonweïj

' n'est pas une œuvre de pure piété, mai» que c'est un comjpandemeati

Quoi donc! demande saint Augustin , est-il vrai que le bonbeur éttf-

nel d'un chrétien soit attaché à ce seul devoir? Et ne peut-il pas srn-

ver qu'un chrétien, après avoir accompli ce devoir , vienne encore à

être du nomlnre des réprouvés? C'est une objection que se fait ce saut

docteur , et dont il ne^ra pas inutile que je voua donne ici Fédaircy*

SPfl U ÇHAI^TÉ ^NYER$ lES PAISONmERS. 4^

sèment, le jugeant même nécessaire pour votre instruction: Je conviens que la prédestination ne dépendra pas uniquement des œuvres de miséricorde à l'égard des prisonufiers; je conviens qu'il y en (aut bien ajouter 4'aujLres; je confesse même et je reconnois qu'absolument un chrétien , avec tputes ces œuvres de charité, peut mourir dans la disgrâce ^e ])jeu. I)*où vient donc que Dieu, dans l'aprét favorable qu'il pronour cerà aux prédestinés et aux élus , se contentera de lejuir dire :.yeB€^ , parceque j'étois pauvre , et que j'étois pn prison , et que vous tf^*f^ez ^sistét Ahl meç !Prèpés, répond saint Augi^tin, p'esl que /selon Ifi cours ordinairp de la Providence , les chr^euif cfaarital^les ne tombent jamais dans cet affreux maljbejurd'uni^ mort cr|Inine^^ et imp^r nitente ; c'est que pieu ne permet pa^ qu'ils jfoient surpris (^ns \^t pé(^é > ni enlevés avant que de' s'être mis en état d'éprouver yes vfàikr ricôrdes et de recevoir ses récompenses, il ^ ses voi^ pour cc4a ) M |i ses ressorts qu'il fait agir : au lieu qu il abandonne çesj^ âmes jfXipitQygr blés 9 que la misère du prochain n'a pu flécli^r , et qui ne $e son) jnmais attendries que pour elles-mêmes.

Quoi qu'il en soit , l'obligation de secourir )e^ prisonnier^ est incm? tesiabje , puisque c'est un des points essentiel^ su^ quoi nous seroim jugés de Pieu« Je sais. Mesdames , que ce précepte est enfermé d91Qi9 celui de Taumône; mais je prétends quje de tous les préceptes particuliers^compris dans le précepte général de )'aum$ne , celui-ci es^ d'w devoir plus rigoureux , plus pressant , plus absolu. Çonceyez-en biep la raison: c'est que le précepte de la charité envers les pauvres e$( fondé sur leurs besoins et surfeur misérë. Par çonséq^eot, oU il y aphjif de besoins et où la misère est pluç grande, Ifi charj^é doit plus s^enkfr cer» et l'obligation en est pluf expresse et plus étroite. Or y a-t-^ une misère pareille d celle dp ces prisonniers? Ce sont les plus mal^ heureux des hommes^, puisqu'ils ont perdu le pren\ier de tous l^ ])iens , qui est la liberté. Yçus me direz qu'ils ont mérité de la perdre j et moi je vous dis , ^vec saint Cbrysoçtome » qiie , cela même supt posé f c'est ce qui redoubleroit. encore leur ^alheqr d'avoir perdu |# plus précieux de tou9 le^ biens » et de l'avoir ^ perdu par leur fauté. Mais je dis plus , et j'ajoute qu'il n'est pas vrai qu'ils l'aient tous perdu par leur faute, ce bien dont.on est si jftioux dans toutes les condii^ons^ et dont on fait en cet;te vie le souverain bonheur. Car combien y en a-t-il parmi eux qui n'en sont privés que par un pur reversée /or? lune ? Combien y en a-t-il dont les dettes et la ru^né n'ont été nu^er ment l'effet ni de Jeur mauvaise conduite. ni de leur mauvaise l^^j. mais d'un événement et d'ime occasion qu'ils n*ont jp>^ éviter ? Sans f avoir rien contribué , ils en portent toute la peine. Or que péiilon imaginer de plus déplorable et de plus digne de compassion ? Fig|irez-vous qu'un accident imprévu vous a réduites dans la même disgrâce : que penseriez-vous de ceux qui, se trouvant en pouvoir de vous relever» ou du moins d'adoucir vos chagrins et île les dimiAuér,

vous en laisseroient porter tout le pofds et ressentir toute raiper" tume? Quelles plaintes en feriez-vous? de quelle dureté les accuseriez-voQS? quelle justice en demanderiez- vous au ciel? et dans vos transports 9 de quelles malédictions peut-être les frapperiez-voos? Ce n'est pas assez : combien même parmi ces malheureux font arrêtés pour des erim^ qu'on leur impute » mais qu'ils n'ont pas commis , et attendent que leur innocence soit reconnue? Cependant ^ que ne souffrent-ils point ? Us se voient traités comme de^ criminels , mqprisés , déshonorés » resserrés dans une prison , qui seule leur tient lieu de supplice. Que comprenez-vous de plus désolant ? et si vous pouviez le» distinguer et les connoltre, que leur refuseriez-vous?* Or il vous doit suffire de savoir qu'il y en a de tels , comme en effet il y en a presque toujours. Mais je veux enfin qu'ils soient coupables ; et j*en reviens à la pensée de saint Chrysostome , que s'ils sont indignes de la liberté 9 ils n'en sont, par cette indignité même, que plus misérables. Lés innocents ont le témoignage de leur Conscience pour les soutenir; mais ceux-ci dans leur propre cœur ont un bourreau domestique qui ne cesse point de les tourmenter. Dans l'attente d'un jugement dont iU ne peuvent se défendre » et dont ils prévoient toute la rigueur, durant ces journées et ces nuits où , séparés de toute société et de tout commerce , ils n'ont , dans l'horreur des ténèbres, [qu'eux-mêmes avec qui raisonner, qu'eux-mêmes de qui prendre conseil, quelles réflexions les agitent ? quelles vues de la mort, et d'une mort ignominieuse, d'une mort violente et douloureuse? que d'idées lugubres! que d'images effrayantes et désespérantes! ajoutez à ces tourments de l'esprit les soufÎFrances du corps : un cachot infect pour demeure , |in pain grossier et mesuré pour nourriture , la paille pour lit. Ah ! Mesdames , y a-t-il de l'humanité à ne leur pas donner dans ces extrémités les (bibles soulagements dont ils sont encore capables? Podr être criminels, ne sont-ce pas toujours des hommes? Chez les païens mêmes et chez les-nations les plus féroces, on ne les abandonneroit pas; et n'est-il pas honteux que la charité-chrétienne trouve en nous des cœurs moins compatissants et moins tendres qu'elle n'en a trouvé dans des infidèles ?

Outre ces prisonniers, il y a d'autres pauvres; mais ces pauvres, ou retirés dans des maisons publiques et dans des hôpitaux , ont des per* sonnes auprès d'eux, dont toute la profession et tout Temploî est de les servir; ou, maîtres-d'eux-mêmes et de leur liberté, peuvent travailler/peuvent mendier, peuvent chercher leur vie, pet^^t, à vos portes , en vous représentant leurs misères , forcer, pour ainsi dire , malgré vous, votre miséricorde. Il n'y a que les prisonniers qui manquent de toutes pes ressources. 11 semble que ce soient comme les morts du siècle : Intermortuos sœculi (Psalm. 142); il semble que ce soient des excommuniés , qui ne peuvent paroître en aucun lieu , et dont tout le monde doit s'éloigner : Pù^ueruntme cibomtnationemsibi {PsainuSJ), Or en cet état. Mesdames, je soutiens que vous êtes d'autant plus

obligées de les aider, qu'ils sont plus dépourvus des moyens ordinaires pour s'aider eux-mêmes, et je reprends mon raisonnement. Car la loi de Jé&us-Gbrist vous oblige à prendre soin des pauvres; et plus ces affligés sont affligés, plus cette obligation croît, et plus elle devient particulière. Point de pauvres plus pauvres que ceux dont je vous recommande les intérêts , et point d'affligés plus affligés, lirez vousmêmes la conséquence, et instruisez- vous. Je puis dire, Mesdames, que dansls^ prison vous Trouverez toutes les sortes de misères dont le Fils de Dieu fera le dénombrement au jour de ses vengeances éternelles. Venez et voyez : dans ce triste séjour vous trouverez, non seulement la captivité et Tesdavage , mais la faim', mais la soif, maiâ là nudité , mais la maladie et, l'infirmité , mais toutes les calamités de la vie ; tellement, que de négliger ces misérables et de les délaisser, ce seroit TOQS exposer à entendre contre vous , de la bouche de Jésus-Christ , tous les reproches qu'iï doit faire aux réprouvés. Il ne vous diroit pas seulement , J'élois prisonnier, et vous ne vous êtes pas mises en peine de me visiter ; mais il vous diroit : J'étois dévoré de la faim, et vous ne m'avez pas donné à manger : Enirivi , et non dedistis mihi manducare (Hatth., !25) ; mais il vous diroit : J*étois pressé de la soif, et vous ne m'avez pas donné à boire : Sitivi , et non dedistis mihi potum (Ibid.) ; mais il vous diroit : J'étois nu , et vous ne m'avez pas donné de quoi me vêtir : Nudus^ et non cooperuistis me (Ibid.); mais il vous diroit: J'étois malade et infirme, et vous ne m'êtes pas venues voir : Infirmas, et non visitastis me (Ibid^* H Vous le diroit. Mesdames; et qu'auriez-vous à répondre? Je conçois que d'autres pourroient s'excuser sur le mauvais ordre de leurs affaires , ayant à peine ce qui leur est nécessaire dans leur condition. Mais , ep vérité, cette excuse seroit-elle recevable de votre part? Jugez-vous de bonne foi vous-mêmes ; et sans qu'il soit besoin que j'entre avec vous en des discussions et en des questions où vous aurez toujours des prétextes pour vous justifier , devant les hommes , quand vous en voudrez avoir, ne vous flattez point, et faites-vous justice devant Dieu. N'àyez-vous pas des biens, n'avez-vQos pas du crédit , n'avez-vous pas du loisir plus qu'il ne faut, pour vous employer utilement à cet exercice de charité que je vous propose, et dont vous ne pouvez ignorer l'importance? Il ne sera pas seulement profitable à ceux que vous soulagerez : mais il me reste à vous montrer combien il vous peut être salutaire à vous-mêmes par les avantages qui y sont attachés ; c'est la troisième partie.

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