SUR LÀ. CHARITÉ ENVERS UN SÉMIMAIRE
nore d^ane protection toute siogalière ; que sa providence veiBe particulièrement sur eux , et que c'est surtout pour eux et pour leursobdistance qu'il vous ordonne de vous iméresser.
Ne doutfz doue point, Mesdames, çfae votre charité envers «es oints du Seigneur^ pour parler le langage de rÉcriture, Chriitos mèùs {Psalm. 104).; ne. doutez point, dis-je, que, votre empressement aies secourir et à les seconder ne soit une des œuvres les plus glorieisési Jësus-Christ, et que Jésus-Christ ne vous en tienne un compte ewt* Cest répandre; non plus sur ses pieds, mais sur sa tét^, le parfom.le plus exquis ; car s'il a dit à ses prêtres» Celui qc|i vqus méprise, me méprise, QiU vos spernit, me spemit (Luc. ,!()); n etoit-ce «pas aussi km* dire conséquemment ; Celui qui vous respecte» merespeete; celui qui prend soin de vous^ prend soin de-moi; et tout ce que vous eu recevez d'assistance, je le reçois comme si j'en prqfitois moi-même. Ainsi, pour ne plus parler en figure, et pour vous faire comprendre plus simplement vos obligations, ainsi en usèrent ces saintes femmes qui , dans le cours, de ses voyagà, luliouraissoient e^.^ ses' apôtres les choses nécessaires, et y consacroieirt leurs revenus : Quœ ministrabant et de faauUaiibui suis (Luc, 8). Madeleine étoit de ce nombre, et cette tt*oupe dévote suivpit pour cda ce dlxiu maître. Haintepant qu'il est ibonté au ciel, et*qu?il n'est plus visible sur la.teere, c*est dans la personne de ses ministres que vous pouvez et que vous devez lui rendre les mêmes devoirs. Il n'est pas besoin de les suivre et de les accompagner, dans leurs travaux évangëliques : it ne £aut point lôs chercher loin de vous, puisqu'ils sont au milieu de vous' et auprès de vous. Quand vous contribuerez,, non pas à les entretenir dans une abondance sensuelle, mais à leur procurer une jboiirriturb ^''^i^ ^ ''^ surée ; non pas à leur bâtir de superbes • et de vastes édiobc^, mais 1 les loger /nodestement et dans une .demeure convenable à leurs fonctions ; non pas à les v^tir, à les m'edbler en ecclésiastiques mondains (car il y en a de mondains et de trës mondains) > mais en ecclésiastiques sages, humbles, retenus, ennemis d'une i^ropt^eté affectée, et ne voulant que la pure décence de léur/éiat r quand.vous leuJr apurerez, non pas d'amples héritages pîds prbpres-à les relâcher qu'à les aider dans les exerciees de leur ministère, mais as^ez de foodj( pour n'être pas détournés par les inquiétudes gt les embarras de la vie ; alors vous imiterez ces âmes pieuses dont saint Luc a.&it réloge, et vou^* aure{ le même médite de servir chacune Jésus-Chrîst seloit i'étèndpederos facultés : Mînistra6antei defacultatibttsskîs^
Âh ! Mesdames , on ci quelquefois du zèle pour Toriteroent fles antels ; on met sa piété à émbeltfr et k parerles tabernacles où repose le coî^s de lésus-GhrisI, on n'y épargne rieli de tout ce quel'art peut imaginer de plus riche et de pkis grand* Veux*je,condâtnner une dévotion si solide; si aiiciémie^ et si digne* de Tésprit chrétien? à Dieu ne plaise! dès jqu'il est question du temple de Dieu, du sancWaire de
SUR LA CHARITÉ ENVERS UN SÉMINAIRE. JfOS^
Diev, de la^efoeore de'IMeu , rien ne doit coûter à des hommes fortdés de sa main et comblés de ses dons , rien ne doit oottef à des enfants de Dieu. Mais ces tabernacles, après tout, ces autek» ne sojnt que des j|otels» qne^es tidiecnâdes inanimés : et pouvez-vous ignorer que les prêtres sont les àd)er0acles' et les afutds vivants de ce Dieu de gloire ; que c'est dans leurs mains qu'il s'incarne tout de nouveau ; datas leurs mains qu'il s'immole çt se sacrifie tout de nouveau; que c'est dans leur fiein qu'il halbite réellement, corporellement, substantiellement, et dans leur cœur qu'il à posé son trOne? 0 excellence du sacerdoce , s'écrie là-dessus saint Augustin , dans un sentiment d'admîration! Overteranda iaeerdotum dignitasf Quelle honte seroit-ce donc, quelle indignité, que des ministres revêtus de op sacerdoce st vénérable fussent négligés et abandonnés I Avançons : tout agréable qa'étoit à Jésus-Christ l'action de Madeleine, les apôtt>es en murmurèrent , et la triaitèrent de profusion : et l'œuvre sainte que je viens vous recommander est d*une utilité n évidente, qu'il n'y à personne qui puisse lui refuser son suffrage et se défendre de l'approuver. Vou» l'allé voir dans la seconde partie.
DBUXIÈMB PARTI9.
O'^est par la fin et par la convenance ou le rapport des moyens qu'on emploie pour y parvenir, qu'il faut juger de l'utilité d'uue entreprise. Car de travailler pour une fin peu important)^ , où de n'user pas des; moyens qui y sont propres, c'est un* zèle mal entendu, et que la charité même ne peut justifier. Or, suivant ce principe', je prétiends que, de toutes les œuvres qui se pratiquent dans le christianisme , une des plus utiles et des plus nécessaires est celle dont j'ai présentement à vou; faire connoitre les avantages. Quelle en est la fin , et quels en sont les moyens? v.oilà ce qui demande une attention toute nouvelle.
Lg fin. Mesdames, c'est Ja sanctification de l'Église, et cette sanctification de l'Église consiste à en arrêter les désordres, à en retrancher les scandales, à en réformer les mœurs, à en iifiire observer les lois, à en rétablir la discipline. La fin est de remédier à la perte d'uneinfinité d'ames, qui périssent'tpus les jours, soit par l'ignorance des vérités de la foi et l'onbli de leurs devoirs, soit par la contagion des vices qui se répandent avec plusr d'impunité que jamais, et portent partout avçc eux la licence et la corruption : dommage infini et perte inestimable. Q abîme des conseils et des jugements de Dieu! pouvons-nous être témoins de tant de chutes et de tant de malheurs, et n*en pas sécher de douleur comme le Prophète : Tabescere me fecit zelus meitt {Psaim., 118 ). La fin est de faire cesser la profanation des choses saintes, Fabus des sacrements , les -relâchements de la pénitence, les sacrîlëgeè dans l'usage de la cpmmimion. La.fin est de relever le culte du Semeur» d'inspirer aux peuples du respect pour nos redoutables mystères, de les rendre plus assidus à nos prédications, à nos instriic<
^0 sua u C^àRITÉ ENVERS UN SjSlflQi^IREr
lions , à DOS offices , à nos cérémonies ; de TtUinner Faré^r de ^ dévotion presque entièrement éteinte^ et de renpuyeler ainsi tiHitle troupeau de Jésus-Cbrist. En un mot, Mesdames, imaginez-vou^ uwt ce qu il y a daus le ministère apostolique de plus parfait et de pins diyin, e>8t ce qu'ont eu en vue des hommes de Dieu, de fervents zélateurs de sa. gloire, et de dignes ministres dé sa parpleb
C'eût été peu néanmoins qu'une fin si noble, s'ils n'eussent ssge* ment pensé aux moyens. Ils ont donc cru que lé moyen le plus court, le moyen le plus efficace , le plus infaillible , éloit de former de tioos prêtres, qui, comme le sel de la terre, selon la figure de Jésus-Ubrist, et comme la lumière du monde, éebirasseut l'Église et en çooservassent la pureté. Ils ont considéré qu6 ce sel de la terre étant, boefai» oorrom{5u , et Cette lumière du mionde obscurcie , c^ëtoit une coosé^ quence immanquable que les esprits devoieqt tomber dans les plss épaisses ténè^es, et les cœurs se pervertir ; que. la désolation du cbristîânismè éioit venue, danâ tous les temps, beaucoup moins despepples |ue de ceux qui les dévoient conduire; et que, ppur allerà la{psrco
mal, il falloit avoir des prêtres savants, des prêtres vigilants» des prêtres laborieux et appliqués, des prêtres d*une vie régulière et sans reproche, d'habiles prédicateurs, de sages confesseurs, de fidèles et de a^élés pasteurs : qu'il étoit pour cela nécessaire qu'il y eût des maisons où ils fussent élevés et perfectionnés, des nuiisons qui servissent aux ecclé^astiques de noviciat, comme il yen a pour les religieux; el que de même qu£ les ordres religieux ne se sont maintenus dans l'esprit de. lieur institut que parcequ'ils ont ea de ces maisons d'épreuve ou l'on instruisoit et l'on disposoit des sujets, eé leur faisant pratiquer toutes les observances de leiir état, aus^i l'on ne poovoiise promettre que jamais le clergé fût florissant, je dis florissant en vertu, si de bonne heure dans des séminaires l'on nepréparoitàlaviecléricsle ceux qui se propo3oient de l'embrasser, et qui s'y* sentoient appelés de Dieu : que ces séminaires, au reste, dévoient bien éjlre d'nneautre conséquence par rapport aux ecclésiastiques qu'aux simples religieux, parceque les simples religieux, en se relAchant, ne nuisent qu'à euxmêmes» au Jieu que le déréglepnent des ecclésiastiques et des prêtres est préjudiciable à tout le monde chrétien,' dont ils doivent être les guides et les conducteurs : que l'on n'eût pas vu si .souvent le clerga réduit dans la plus déplorable décadence, s'il y àvoit etf de ces sénH« naires, et si Ion n'eut pas admis aux fonctions les plus sacrées des hommes sans capacité, sans régularité, et même sans piété; des hom* mes qui ne connoissoient nila^aintQtéde leur vocation, nilagrandeur de leurs oblij^ations; qui ne savoient ni ce que Dieu demaodoît d'eux, ni comment ils le dévoient acconiplir ;; des hommes qui prepoient aveuglément des fardeaux qu'ils ne pouvoient porter, et sous lesquels ils étoient obligés de succomber; cle$ bommes qui, «sans nulle préparation et nul examen, commençoient parce quCily a de plus difficile et
de plps terrible ; .des hojnmes que la nécessite, que la cnpidité cwe rambUion's que des vues toiil humaiqes et toutes promues raisoient entrer dans l'Église contre les desseins de Dieu» et pour de sor^ dides intérêts : qu'afin de tirer plifs d'avantage de ces séminaires» i) convenoit d'y recef oir les pauvres gratuitement» et de ne rien exiger d'eux» parcequ'autrement les meilleurs sujets se trouveroient exclus; parceque les pauvres ont communément plus d*applicatioii e^ plus de talent ; parcequ'il n'éioit pas juste que de là dépendît un aosj^
frand bien que celui qu'on attendoit de leur éducation^ Voilé* dis-je, [esdames » les réflexions qu'ils ont faites , et le plan qu'ils se son| tracé. Mais peuvent^ils l'exécuter» s| vous n'y coopérez? Or c'est
f)Ourquoi ils ont recours à yous. C'est par ma bouche qu'ils vous par<v ent , et qu'ils vous exposent leurs saintes intentions et leurs pressantisf besoins. C'est en leur nom et de leur part que je vous dis» selon les rè^ gles et les belles maximes dM grand Apôtre, que votre abondance doit sappléer à leur indigence : Vestra abundanâa iUprum inqpiam suppléât {% Cor,, 8) : que travaillant à vous communiquer les biens spirituels » il est raisonnable qu'ils recueillent quelque chose de vos biens temporels : Si nos vobis spintualia seminavimus ^magnum est si nos cavnalia vestra metamus ( Cor, ,9).
ifais que fais-je, et pourquoi vous citer l'Apôtre, lorsque le Maître s'est expliqué? Car il s'agit d*obéir àj'ordre de Diqu, qui vous dit au<* jourd'hui ce que le Sauveur du monde disoit a^utrefois à ses disciples ; Messis quidem multa, operarii aùtempauci (Lvc.» 10) : Levez les yeux,^ et voyez ; la moisson est abondante » mais il y a peu d*ouvriers pour, faire la récolte. Adressez-vous donc au maître de la moisson ; prlez-Ie d'appeler des ouvriers et d^en envoyer : Royale ergo dominum mes* sis, ut mittat operarws (Ibid.)* Il y est déjà disposé; mais c'est de vouSi qu'il veut se servir pour les envoyer. Vous me direz que jamais il n'y eut tant de ministres de l'Église qu'il y en a présentement ; et moi je vous Réponds deux choses : premièrement , que plus il y en a* plus il faut de' fonds pour les entretenir; secondement» qi|e s'il y a p)us d'où* vriers que jamais» c'est ce qui vous montre évidemment Fimportandé et Futilité des séminaires; Car voilà ce qu'ils ont produit* Avant qu'ila fussent érigés» il n'y ayoit qu'un petit nombre de prêtres» la plupart rgnorants et méprisés du public : Fhérésie en triomphoit» le libertinage s'en prévaloit. Mais dans la suite» la face des choses a bien changé» el cela par les'séminairés. Si l'on voit'encore quelques prêtres scandaleux qui déshonorent leiiir caractère» du moins y en a-t-il d'autres qui iés confondent par leur conduite, et qui nous ^ifient par, leurs exemples. Cependant» Mesdaoies» nous eh pouvons toujours revenir à la pa* rôle de Jésus-Christ : iîesjis m^iUa ^ operarii pauc} ; Grande moisson» et peu d'ovvri^rs ; ou» si vous voulez» beaucoup d'ouyriers \^ mais peu par rapport à l'ouvrage et $ut soii|s quM demahdé. Beaucoup d'ouvriers», mab peu qui réunissent dans teiirspersonnes touieç les qualités
SIS SUR LA CHARITÉ ENVERS UN SÉlIlNAIRfi.
Teqnises : la doctrine , la piëtë, le zèle , la discrétion , la pa^iencet Tamonr dn tratail. Beaucoup d'ouvriers» mais peu qui, pounras de tons les dons nécessaires , veuillent soi\tenir les fatigues du sacer()oce, y consumer leur vie, s'y dévouer et s'y sacrifier. B^îaucoup d'oùiriers pour remplir certaines places, pour posséder certaines dignités, poor en avoir Thonneur, les privilèges, les reveniis , mais peu pour en porter la charge et le fardeau. Beaucoup d'ouvriers pour lès ministères éclatants, mais peu pour les emplois obscurs ; beaucoup pour les villes , mais peu pour les campagnes ; beauowip pour Paris, mais peu pour les provinces. Et je ne m^en étonne pas ; car pour se confiner dans les provinces, surtout pour travailler dans les campagnes, il faut ^é résoudre à tout ce qu'il y a de plus pénible, de plus mortifiant, de plus ennuyeux et de plus rebutant : il faut être préparé à la plus tr&te solitude, vivre avec des hommes qui n'ont presque de Tbomnie que la figure, se familiariser avec eux, s'accommoder à Içurs manières barbares, essuyer leurs grossièretés, leur répéter cent fois les mémeç instructions pour les leur faire comprendre, et s'épuiser dé voix et de forces pour leur donner quelque teinture de la religion.
Qr rétablissement de ce séminaire regarde aussi bien les canapagnes que les villes, aussi bien les provinces que Paris, aussi bien les emplois o1}SCurs que les ministères les plus éclatants. On n'y enrâage que la gloire de Dieu et le saliit db prochain. Partout où l'un et Tanure peut se rencoiftrer, on * est résolu de l'y chercher âins distinction de lienx et d'états. Tels sont les sentiments qu'on inspire à de jeunes ecclésiastiques, et qu'ils remportent de cette maison après s'y être qudque temps exercés. A quoi leur zèle ne les porte-t-U point? je Faî va. Mesdames, et j'en puis rendre témoignage. Honoré des ordres de notre incomparable monarque, et envoyé pour annoncer l'Évangile à des peuples éloignés^ j'ai vu sur ma route de ces missionnaires et de ces dignes pasteurs du troupeau de Jésusi-Ghrist. Hais avec, quelle consolation les ai-je vus ! avec quelle admiration ! J'en ai encore le.souveuir vivement imprimé dansla mémoire, et je ne le perdrai jamais. J^ai vu des hommes toujours prêts dès qu^il s'agissoit de ravancement des âmes ; des hommes occupés sans relâche à cultiver des terres sèébe& et arides, je veux dire à ramener des esprits égarés, à détromper des esprits prévenus, à gagner des esprits opiniâtres, à éclairer des esprits plongés dans le plus profiDud aveuglement, à se les concilier, pour les réconcilier avec TÉglfse. Je les ai vus , et j'ai béni mille fois la maison d'où ils sont sortis; comme les apôtres sortirent du cénacle : c^est celle-ci. J'ai souhaité mille fois qu'ils pusseçt assez se multiplier, pour faire part de leurs travaux à toute notre France. (Quelle réforme suivroit de là, et dans le clergé, et dans tout le corps des fidèle»! Si donc, Mesdames, vbu^ n'êtes pas tou.t-à-faIt insensibles à llionneur de Dieu et au bien jspjrituël de vos fi*ères ; 31 vous n'êtes pas insensibles à vos propres intérêts, e( si vous voulez pleinement
SUR LA GHikRITÉ ENYKRS UN SâMIIIf AIRIS. «15
et solidement réparer tons les scandales qnepent-étre tous «vos.doiinëSy les uns avec oonnoissance » et les autres sans le remiai^uer ni le savoir, est-il rien que voas deviez ménager, et rien que voos puissies refuser pour maintenir un séminaire où se forment de tête mliiisires? Gombiai d'ames gagnerez*TOus à Jésus-Christ par yos aumônes» en leur procurant de si haUles maîtres et de si zélés prédicateurs? Toute la maison où étoit Madeleine fut remplie de la bonne odeur du parfum qu'elle versa sur les pieds de Jésus-Christ ; et pour acherer le paiddlèle que j'ai commencé, le fruit de votre chaoï'ité se répandra dans toute rËglise : c'est la troisième partie.