‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 68 sur 99 · AUTRE EXHORTATION · texte numérisé non relu

AUTRE EXHORTATION

SUR LA CHARITÉ ENVJSRS UN SÉlfI«AlR£.

Zeius domûs twielcomedU me.

lie itfe de ? otre maiMm me dévore. Fêounu ucrm.

C'est un prophète qui parle. Mesdames; et 4sans étreins pirées comme loi de Tesprit prophétique , j'ose dire que vous devez être animées dn même zèle. C-étoit Khonneur de la maison de Dieu qui le toui^oit ; et à quoi devez-voqs être plus sensibles qu'aux besoins de ce sémi- Btûe, où Dieu habite d'une façon d'autant plus particulière, qu6 c'est la demeure de ses ministres, et leur refuge dans la tribuktion dont Us ont été affligés ï Us n'en ressentent encore que trop ]es effets ; et si la charité ne s'intéresse pour eux et pour leur soulagement , ils ne doivent s'att^dre désormais qu'à -une ruine totale et à une entière désolation. La laisfcrez-vous tomber, cette maison de Dieu ? Faudrat-il qu'une œuvre si saintement entreprise soit tout-à-coup arrétéepar défaut de secours, lorsqu'il ne tient qu'à vous de la soutenir, de Tairanoer, de la consommer ? Non , Mesdames, vous ne l'abandonnerez point. Le zèle dont le Prophète étoit consumé s'allumera dans vos cœurs; ou s'y réveillera; etc'est pour Fexciler que je veux vousfaire voir deux choses : qui sont ceux que vous devez ici assister, ce sera la première partie : .pourquoi vous les devez assister, x^e sera ia^ seconde. Fasse le ciel que vous sortiez de cette assemb^tée aussi ardentes pour la maison du Seigneur , que l'étoit cè'saint roi , <\m s'écrioit dans le transport de son ame : Zelm domûs iim comedit mal Fasse le del que, sans vous borner ni à. des désirs, ni à. des paroles, vous en prouviez la siac^ité et la solidité par une prompte et constante pratique ! Voilà tout le sujet et toutle fruit de (cette ^hortation.

(M SmLL CHARITÉ EIWËRS UM aÉMmiLHffi.

I^REHlfeEE PARTIE.

• ï\Hi vt*âi^ MeédaÉre^^, m c'é^t une matlftie de KApôtre, àm vm ilteB ptéidetDent idstfilhësr i \u cbaritë, po«ir être chrëtietine, Mièut «ittiTéffUêlle , et fiMt*é, Étttdttt qiill loi est possible, dabî^àtootb Itloitde'. Ifài.i 8âtt8 dërog^t» en «iKiitïe sorte à ce grand pritidf^^ lii rdffbMft^i fl faut «{^rès tout reôonfdottre qa'H y a de» panvres ]kus4 gtfes de Ms soif» les ubs que les avftf e»; et que irons élespaHàméinê plt^'fcirtetfient engagées ii les scmiagéf : oiP tête sont les pauvres dont je (KUrle ; éàr qui sont-ils? appreilez, e'U venus piatt» à l66 eoMtottré^et iirfVete^Rioi.

Ce rtodt lie -Véritable» panures, associés en cette qualité de punH^ etrëttnisdaDS tmecommanantëspécialetneii! formée poar leipauvresi qui n'y sont adifiîs qu'après un etameih dé léwrs persoiinev, de lenf état, et surtout de leur pauvrelé.;, par conséquent qui n'imposent point par des misères feintes et apparentes , et dans le discernement desquels vous ne pouvez être trompéeis. .

Je sais que la charité n'est point défiante ni soupçonneuse; je sais même qu^elle doit être , au cofcîtraire , facile à (^oire. 0mm crd (1. Cor.f 13); qu'elle doit plutôt courir le hasard de se tromper en assistant le prochain , que démasquer au motndredesesdeToin: mais, du reste, elle a des mesures à garder et des extrémités à éviter; eHe éoit être éclairée , s^ag^e , cii^conspecte, pour puéfiérer les vnis pafovrës à ceux qui ne ie sont pas, les plus pautreKjà ce«i qui le sont Aïoiiis, les pauvres certains et déclarés aux , pauvres ^aspects et doo' teux. Une crédttKtë trop prompte pourrit dégénérer en ioipnideiicef éomnie aussi une défiatice extrême et trop vigilante seroit souvcit firtitrafianhé et dureté. Mais de Ces deux écoeiia^ voas n'avezàcraiodrei Mesdames, tti Tun ni l'âtitre, dans la charité que voua exercerai Fëgard ê6 cette maisoD. Yous y trooveree dea pauvres de bomiefoi) dé^ pauvres éprouvés; tom ce qu'ils recevront de vo«s et touteeqoe vdu^feut* mettrez dans les mainsserasâremeiit empfeyë^pàk^cecio'ilsera employé avec cornioissafifce. le pourrois dond en demeorer là, et n'en tenir précisément à la raison générale dn précepte de ranmône, et de ritïdispënsàble commandement que Dieu vous a bit de prêter secoorsî Findigènt dans sa nécessité : commandement d'autant plus absolu et ttohis sujet aux exèti^es et aux prétextes, que cette indlgeaoe vous «( plus connue, et-que vous en avez de plus évidents témoignages.

BfÉffs il y a quelque chose îci ^ Mesdames, de plu& partkulier et(h ipAûs toacKant encore pour vous; Car ce ne sont pas aeniemenl de ve* rhables pauvres ; ce sont de saints pauvres > des pauvres qoi vivent dans l'ordre, qui servénî*DieU', qui édifient }e pobiic, qui Descand*' Ifeent point parttne pauvi'eté déréglée^ à qui hiiieenoe et le liberiintg^ rré tiennent point lieu «de richesses; des paavres qm observait v^ discipline eiacte, qui féi^^i à la dieeite 4fk fm réduitietir ooadi»*

SUR Là CBARlTfi ENVERS UH SÉMINAIRE. ^0

rassujettjfisement de rest>rit, Tobéissaïuse à leur supérieur; \sl pureté des mœurs et une parfaite régularité )* des pauvres qui pratiquent la vie la plus austère 9 et toute la mortification, toute la perfection du cfariftiianisme : teHement que ce séminaire p^ut passer pour le modèle d'une pauvreté ëvangéKquë, d'ude pauvreté content^ dM pi^r. né* oessalre» d'une pauvreté ennemie par profession ,de toiit ee qui' peut &tterles séns^ et tant toit peti fomenter la mollesse et Indélicatesse du. corps. Or par-là c'est une pauvreté plus conforme à celle du SauTeuri plus spiritueile , plus intérieure , plus du caractère de CQtle f^nvreié que Jésus-Glirist a érigëe en béatitude» et à 911 le royaume 4i« oîel appartient : Beati paMperes spirUu.

U 7 a des pautres en qui la pauvreté n'est nullement/ uneiKeMUit parceqtt*dle n'est pas dans leur nœulr, et qu'au contraire l{i cupi^td y règne, Tavarioe, l'injustice ^n désir presque insatiable d*amKss«r», par quelque voie et quelque prix que oe soiu Mais celksr-cii bornée^* une simple subsistance, et ne voulant rien de pliis « n'a ni .vuee.» 4ii desseins, ni intrigues, ni sentiments qui puissent la corrompre -en au»*. Gune aorte et en altérer l'innocence» De là même «. pàitvreté jresf)^** table* La pauvreté par elle-même inspire la eompasëionsa&snispîi^er : le respea ; bien loin de relever les sujets sur qui elle toti^be, etqu'éU^^ afflige de ses calamités temporelles , elle les rabaisse , elle les àviUl^' eUe les dorade dans restîme des hommes l mais la pautrelé cpii se présente ici à vos yeux, toutobsonre et toute dépoutUée qu'halle' est^ doit attirer le respect et non la compassion* Si hous somnseaolirëtiens» nous devons plutôt lui porter envie» ou du moins, nous ne.]|)oiivdns lui ^ refuser l'honneur qui lui, est dû et les éloges qu'elle liiéiitet mais em-. core moins pottvons-^nous l'oublier et la dàaîssePi

Ce sont des paavres qtii ont choisi Jéeus^-Ghrist, et queiïésiis^GliFist • a choisis. Car quoique Dieu , l| parler ea génëraU ait oboisrles pativreé' pour les enriohirdes dons de sa grace^ et pour les fsire hérkiera ié son royaume céleste » Nonne Dens tlegïî faupeft$ hnhoe mumie, fUuiteê • m /ide éî hœrêdes rëgm (Jacob. , 2)? il ne leci a pas nëanasmis tous^hoisie i également, et tous né l'ont pas égnleitient êfaoisii II y en; a qu^il rejette: et qu'il réprouve, parceqn'ils sont criminels^ il y en a sur quti^ n'^'' nulle vue particulière, et qu'il ne desiipé à rien autre cbase.dans Ib-» monde qu'à y teair le dernier rang qa^e sa provideneç lear a marqué r* niais il n'en est pas de même de ceux-ci. Ge aont dea pauvres deat.'. Dieu-a fait on choix spécial, dei pauvres qu'il a distingil^ eatre lasi pauvres, en les appelât à lui» et lès prédestinant poar.ean service* par une vocatiob qui leur est propre ;• des'paavres qai , sépasidantrè: cette vocation, ont eux-H|ême6 fait ctoia de Dieu, oatenibrâs^épimr cela l'état ecclésiastique, et ont ainsi oonsaoré leur paufreié même et leur pérsotme au ministère des autels. Il n'y a point de pauvre dans la viéqili n'ait drdlt de dire comme le Prophète 3 Dmntntiê' pati kmteék* tûtk niêm {Pêàim. 10) : Le Srtgneor «H ma portion et mm héritage r'

SaO SUR LA CHARITÉ ËMV£RS UN SÉMINAIRE.

mais qpi le peut dire avec an titre mieux établi que ces pauvres , qui Iji-df'ssos ont rengagement le pttis solennel? *

C'est donc à vous, Mesdames, deprendre^arde que ce titre ne leur manque, pas; car Dieu vous en commet le soin, et vous ne pouvez, sans contrevenir à ses ordres, Je négliger. Dans l'ancienne loi il y avoîtdes tei^res, des villes même, assignées aux lévites ; mais ces lévites de la Idi de grâce, si je puis ainsi les nommer. Dieu veut qu'ils n'aient pour entretien et pour appui que votre charité. D'autres ont des bénéfices, ont despeâsions, ont des revenus: ceux-ci n'ont de revenus ^ n'ont de pensions, n'ont de bénéfices que vos libéralités, dont ils n'abusenmt jamais. Si ces aumônes et ces libéralités, si ces sources TÎenn^t i tarir pour eux, que feront-ils? à qui s'adresseront-ils? et ne pourrontîb pas se plaindre à Dieu qu'il les abandonne ; qu'il les a voit choisis pour leur tenir lieu de tout, et pour ne^ attacher qu'à lui ; que dans ce'tte vue ils ont renoncé à toutes les affaires humaines, et n'ont voaln s'occuper /[ue de lui; qu'ils se sont séparés du monde et retirés dans ce séminaire, comptant sur sa providence et se confiant en lui ; mais qu%cette providence ne leur fournit rien , let qu'ils demeurent les mains vides, sans fonds et sans assistance ? plainte&qui retomberoient spr vous, Mesdames , et dont vous vous exposeriez à porter un jonr tonte là peine.

Que dirai-je encore? Ah ! voici , ce me semble , ce qui doit fiiire sur yos cœurs nue impression toute nouvelle et plus sensible : ce sont das pauvres étrangers, bannis de leur patrie, en haine de leur religion et de feur foi; des pauvres persécutés, qui souffrait pour la cause de Dieu ; des pauvres à qui le lieu de leur naissance n'est interdit que parcequ'ils sont prêtres, ou qu'ils se disposât à l'être, que parceqii'ib sont catholiques et qu'ils défuident les inlarêts dé l'ÉgUse. Dans les preiniers siècles du christianisme , on les eùl mis au nombre des martyrs et des confesseur? de Jésus-Christ; car, dans le temps des persécutions, c'était une^espëce dé martyre d'être exilé pour la Mj d'être prisonjtder et captjf pour la foi. Or voilà l'état et la siiuatiim .de ces pauvres. La foi qu'ils professent leur a suscité autant ctoinemis que l'erreur a £Drmé d'hérétiques parmi des peuples indociles et rebelles à la lumière.Jls ont enduré pour cette foi les traitemenla les plus rigoureux : Angustiati, afflùffi (H^,^ H). Ils ont été proscrits, poursuivis, emprisonnés : Imv/j^ etvincuiaelcarceres. Ik-ùttt été oMigés de se cacher dans des déserts et dans des cavacnes; et Êe n'est qu'après avoir essuyé miUe périls,' qums ont pu parvenir jusqu'-à nous,, et 'chercher «en ce royaume jun asile :Jn ioUàutinilnu errcmteê, in montibm et cavemis -terrœ ( Ibid*).

Mais quel asile y trouvent-ils, s'ils n'y peuvent subsister? et que leur sert d'être échappés aux traits de leurs persécuteurs et aux attentais de l'hérésie , si nous les laissons languir dans la misère aja mitieu de ia/catholiciié? Comprenez i Mesdames» ^mprenez bien

SUR LA CHARITÉ ENVERS UN SÉMINAIRE. S2i

^n'il ne s'agit pomt seulement ici de la charité et de la miséricorde «dirëtienne^ qui vous oblige à secourir les pauvres; mais qu'il s'agit de votre religion, laquelle vous engage, par un devoir encore plus inviolable, à secourir des pauvres qui ne sont pauvres que parceque âeur constance à soutenir sa gloire les a réduits dans cette pauvreté. fQuandles martyrs autrefois étoient arrêtés dans les fers, tout le •corps des fidèles s'employoit à leur soulagement. On les alloit trouver •^ns les prisons; on imaginoit mille moyens de leur adoucir leur -captivité et leurs peines ; on s'expOsoit pour cela soi-même au martyre : tant on les honoroit , et tant on prenoit de part à tous leurs besoins. U n'y a plus présentement le méihe danger : ces ministres du Dieu irivant , ces généreux confesseurs de la foi , vous pouvez sans obstacle ]fi6 aider; et s'il vous reste- quelque zèle pour cette Église dont vous léles comme eux les membres et les enfonts , combien vous doivent •être chers et yénërables des hommes préparés à lui faire le sacrifice •de leur sang , après lui avoir déjà sacrifié toutes leurs; espérances temiporeiies et leur repos ?

Ce sont des pauvres envers qui voihs pratiquerez tout à la fois et 4'anliiône corporelle et l'aumône spirituelle , c'est-à-dire envers qui «vous pratiquerez toute la perfectioa de la charité. Car prenez garde, .je vous prie : la charité, qui est la reine des vertus, ne se rend pas .-seulement attentive aux besoins corporels du prochain ; et je puis dire ijoéme que ces besoins qui regardent la vie présente sont les moindres sujets de sa vigilance et de ses soins. Contribuer à l'instruction, à l'-éducation, ^ la sanctification du prochain ;'lui procurer les secours 'Au salut, et non seulement de son salut, mais du salut d'aùtrui, auquel S peut travailler : voilà l'objet principal de la charité. A l'égard des pauvres vagabonds , on n'exerce que cette icharité commune qui soulage le corps. U est vrai que Dieu l'ordonne et qu'il la récompense ; JDais cen est du reste qu'une charité du dernier ordre, et bien inférieure ik celle qui va jusqu'à Pâme, puisque l'ame e^t infiniment plus noble •^e le corps. Dans les hôpitaux on joint Tune et l'autre, et Ion ajoute au soulagement du corps la conduite de l'ame; mais, après tout, la un immédiate et directe' de ces maisons de charité, et, si j'ose ainsi m'exprimer, de ces infirmeries publiques, c'est la santé du corps. Tolit ce qui concerne l'ame n'en est que l'accessoire; au lieu que l'aumâife corporelle ne se fait ici qu'en vue de l'aumône spirituelle; qu'en yne d'affemir des hommes apostoliques dans leur attachement à la "vraie créance,' et de leur associer de zélés ouvriers qui puissent les seoooder daas leurs saintes entreprises.

Enfin, Mesdames, ce sont des pauvres qui, par leurs prières, vous rendroài au centuple ce qu'ila auront reçu de vous ; et qui sans cesse feront monter en votre faveur, vers le trône de Dieu , les vœux les pins ardents et les plus puissants. Deux choses qu'il ne faut point séparer, et que vous devess bien r^^ru^èr ; ks vœux les plus stnç^cs

s» SUR LA CHARITÉ ENVERS VU SÉMIHAII&

et les plus ardents , et les Tœux auprès de Dieu les plus efEdott «t les plus puissants. Car ce ne sont point de ces pauvres {[rofisiei» tt mal nësy tels que nous en Voyons dûis le monde , qui ne pensent iqiA leurs personnes » et dont vous ne pouvez attendre aucun reKMtr, Gè ne sont point de ces pauvres tout matériels qui ne sentent que lew» misères, sans être touchés de leurs oblig^Kions envers les liches, et sans en avoir aucun sentiment. Cenesont point de ces pauvres libertin qui souvent n'ont aucun usage des exercices de la religion, et ne prient presque jamais pour eux-mêmes, bien loin de prier ponr ceux që les assistent. Ce sont des pauvres reconnoissams , des pauvres «eiâ* blés aux bienfaits , des pauvres qui , par christianisme et par piété„ encore plus que par une gratituçle naturelle > se tiendront oUi(èi de lever pour voiis les mainS au ciel et de lui 'Offrir leurs ah orifices.

Oui, Mesdames, pendant que vous éies dans le. Duoittlle et l'àgitth tion du monde , recueillis devant Dieu , ils implorepost pour vous si miséricorde^ et lui représenteront, pour la fléchir^ vos aumônes et vos charités. Pendant que vous êtes au milieu de mille dangers, et dans des occasions si fréquentes de tomber et de vous perdre , pr'ostûroës sa pie4 des autels , ils demanderont à Dieu pour vous des grâces de salut et les grâces les plus fortes et les plus précieuses. Pendant que vous êtes peut-être hors des voies de Dieu et dans le désordredu pédiétha» miliés en la présence du Seigneur, ils solliciteront auprès de kivstte conversion , ils arrêteront les coups de sa justice , .et l'engageroati jeter sur vous un regacd favt>rable« Car si leurs, voeux Sfsnt sineto et ardents, ils ne seroqtpàs moins efficaces ni moins puissants.

Nous savons de quel poids sont les prières des pauvres ; noasM* vous, et rÉcriture nous apprend queuieu exauce jusqu'à leurs siia^ pies désirs: Desififerium pauperum exaudivH J)omnMs (Psalm.9)} mais il y a des pauvres néanmoins plus en état d'obtenir, et cela par leur mérite personnel et par leur sainteté. Quand le pauvre prie, dit saint Augustin , si c est iin pécheur, ce n'est pas lui que Diea écoate en faveur du riche, mais c'est l'aumône même du ricbe, qui, mise comme un dépôt dans le sein de ce pauvre^ Se fait entendre, et a sos langage pour s'exprimer : au lieu que si c'est un Juste , si c'est ua homme de Dieu , agréable à Dieu et uni avec Dieu , ce n'est plus seulement Fauoiôae qui touche le cœur de Dieu, mais le pauvre et l'aumône tout ensemble ; de sorte que Dieu se trouve doublement engagé à ouvrir ses trésors et à les répandre. Que ne devez^voos donc pas attendre de là médiation et des prièrei» de ces pauvres» Cjni vous exposent aujourd'hui leurs besoins ? Par le conmerce de Faumône, vous entrerez en société d^ tous, les bi^s spirituels qa'ib acquièrent dans la retraite, comme ils entreront m société des biens temporels que vous possédez dans la vie* Ce sont de fidèles serviie^n 4e Dieil, qui, selon l'expresse i}occrine d^Sdint Pauli eoj^lésrooti

SUR LA CUARttË ËMVËUS UN SÉIIIIIAIKE. S»

¥otre paurrcué, comme ?otis suppléerez à lear indigence. I faat, djiéit ce ffrand s^Atre écrivem aux Corinthiens et leur reconiinandant kl mieëriGorde et k charité , il hut qne totre abondanee soit le snppiémentdel'indigeDcedeTos frères, afin que daoa ?oire pauvreté vo«e ioyea vou»-niémes sfoulagéa par leur abondance. Ce inatire des m* ttODS suppoBoit que les pauvres étoient rîehes devant Dieu eu mériter et en vertus ; c'est pourquoi cette règle né peut pas éire appliquée à tous les pauvres, mais seulement à ceux qui se sanctiflem par la pan* vreté, à ceux qui sont pauvres de cœur et d'esprit ^ à ceux qài vivent dans un déun^bement pariait des biens de la terre ; et ce Mette doo« teor des GenttU 8U|>posoit au contraire que les riches sont eonmané* ment tris paurres en bonnes œuvres et en sainteté; d'où il oonduoît <}Qe, par une oommunication routoette et utile ans ims et aux ainreut Ùs'deveieiit se prêter secours et s'entr^aider.

Or voilà i Mesdames, la condiiioB avamagesse que Dîen vous offres on que Je vous 4ffré moî-ntéme de sa part: Amant qoe ces paurres pour qui Je oB'emploie auprès de von» sont pauvres selon le Donde , animt sont-ils riches sek>n- Dieu , et autant peitveiit4ts vom enrichir^ non pMs dé biens paasagfers et périasabies, mais de biens éternels et incorruptibies. Voilà les amis que vous devez voos'fairé suivant la pa^* rôle de rÉvangfle , et que vous devez, pour naer de cette expression^ aciieter an poids de l'or : Faeke voeu omieos de mammonà imqwitaHê { Luc, f 6) ; des amis agréables k Diea> chéris de Dieu, sp'écialenieni ëlds de Diév ; dés amis qui ) dans^ leurs longues oraisoDS « dans leurs acistërjiés et kurs mortifications, dansleurs saints exertioes i se sou« vietadroni de voiis , et ne cesseront point d'iniereéder pour vous ; des aâiis qui, comme les anges delà terre, se présenteront devant letr^ne éû Très-Haut; je (jiii plus , qui, reVètus du plus sacrer caraetère « et ce* Hbmnt ebiiquejotir le ndoutaUe mystère de nos aulels^ immolerone pour le salut tie vos âmes l'agneau sans tache et la viotiflNf de propittaHon. Ah! Mesdames, quand, au sang de ce divin agneaUi; ils jofaidiront vos auniénes et leurs humbles demandas, le cM se tiendra*^ jfiermë? et que Faudrait-il davantage pour vous mettre à couvert de tous ses fondresy et pour Mirer sur vous tontes ses bénédictionaS De là vous voyes qui sont ceux que vous devez assister, et je vais'eft« core vooslWre voir plus particulièremeni pourquoi vouâmes deveiras* aister. C'est hr seconde partie*

DEUXIÈSTE PARTIE*

II est difflcile, JHIesdames, que vous ignoriez Tétât déplorable où ae trouvé réduit tn royaume jusqu'à présent' sr fidèle i TÉffHse» et si Catholique. L'erreur a prévntii , non par la forcé de la persuasion « ittais paria violence des armes. L'hérésie, $près iivoir désolé l'Angle* terne et TÉçosse , poar cohible'dé ses prétendus' frlemphee , a pénétré dans liriandCy et y it porté s^s favtrges. Ilifm peritffià.iiM

SIS* SUR LA GUÀfUTÉ EMVKRS UN SÉMINAIRE.

prêtre d'y entrer ; tous les évéques en $ont chassés» tous les missioDnaires exilés. Si ob y tolère encore quelques pasteurs, c'est seuleiné&t jusqu'à leur mort, et sans espérance de succession. Voilà donc lé trou* peau de Jésus-Christ abandonné ; voilà son héritage détruit ; voilà dans cette terre si long-temps éclairée des plus pures lumières de la foi, et si fertile en saints» la religion étdnte» à moins que Dieu» par ^à aimable providence» ne daigne y pourvoir. Or il y pourvoit psat l'établissement de ce séminaire» à quoi vous devez contribuer.

Car» dans cet établissement » qu'est-ce qu*on se propose? D'élever des sujets qui puissent un jour servir cette Église affligée» et en réparer les ruines; qui» malgré l'injustice des lois et la rigueur de» arrêts » aillent remplacer les pasteurs qu'elle aura perdus » et dont elle est sur le point de se voir entièrement, destituée ;> qui osent hasarder pour cela leur liberté» leur vie» et que nul péril» que nuQe crainte ne soit capable d'arrêter ; des sujets qui consolent » qui rassurent» qui maintiennent le troupeau , n<m pas encore absolumentldispersé» mais à la veille de l'être»* qui confirment les foibles dans la foi » qui ramènent ceux que l'orage auroit entraînés»* qui inspirent un courage tout nouveau à ceux que la persécution n'aura pu ébranler. Car» du moment qu'ils manqueront de ce soutien» que doit-on se promettre d'eux» et quel fond y a-t-il à faire sur des peuples intknidés » troublés» déconcertés? Tel est» dis-je, le dessein que se ^nt tracé les zélés instituteurs'de cette maison. Ils ont eu en voie d'établir un sâninaire conçu et formé selon l'idée du concile de. Trente» c'est>-à-dire de odui de tous les conciles qui s'est appliqué avec plus de soin à la réformation du clergé» qui nous a donné là-dessus de plus solides «t do plus saintes règles» et en particulier celle qui regarde l'érection des séminaires : dessein qui n'a pu être que .l'œuvre de Dieu » et de cet esprit de vérité , lequel dispose tout avec amant d'efficace que de don* ceur et de sagesse.

Animés d'un vrai zèle pour la gloire du Seigneur» de vertueux mi» ilistres ont entrepris d'accomplir à la lettre tout ce que les Pères <fai concile ont prescrit » et de le suivre de point en point.* Us l'ont entrepris, et c'est ce qui s'exécute heureusement en cette sainte communauté.. C'est là qu'on cultive des jeunes* gens» comme de jeun.es {riantes dans la maison de Dieu ; de jeunes hommes qui dqa ont assez de raison pour connoitre leur état et ses devoirs» mais qui n'ont point encore assez d'u3age, ni assez d'expérience pour en exercer les fonctions. C'est là qu'on dresse de jeunes clercs» dont on éprouve le mérite» dont on démêle les bonnes et les mauvaises qualités» les unes pour les faire.crottre, et les antres pour les retrancher et les corriger ; dont on étudie le naturel» le génie» les forces» les. talents» afin -de les appliquer chacun à ce qur leur convient» et de leur partager utilement leurs emplois. C'est iàq^'on forme de jeimes écdésiastiques à servir rÉgUsedans l'esprit d!biuniUté» de pauvreté, de patience; de ranon-

jSbR LA CHARITÉ ENVERS UN âÉAllNAmË. m

eement à soi-même. Les gens de quatité entrent dans rËglise pour s'y agrandir, pour s'y enrichir, pour en posséder les honneurs, pour en peroevoir Jes revenus ; et, selon la fausse opinion du ihonde, dont ils ne se laissent que trop provenir, ce seroit une honte pour eux d'être ecclésiastiques , et de n'avoir nul autre titre qui les distinguât. Mais on &it entendre à ceux-ci que le plus grand honneur où ils puissent prétendre, est de rendre à l'Ëgliaeles services qu'dlè leur demande; qu'ils ne doivent avoir, en la servant, ni d'antres vues, ni d'antre ambkion ; qu'ils la doivent servir pour les fruits qu'elle en peut retirer , et non poiH* lea avantages temporels qu'ils en peuvent espérer ; et que, bien loin de vouloir profiter de ses dépouilles, ils doivent euxmêmes se dépouiller de toutes choses, ou du moins consentir à en être dépouillés. C'est là que, dans un certain cours d*études,'on leur fait acquérir toutes les connoissancea nécessaires : sciences humaines, sciences divines» rien n'est omia, et rien n'échappe à leur application ; car le zèle doit être éclairé, et, sans les limiières de la doctrine, il ne peut se conduire lai-même , ni conduire les autres. C'est là qqe, par une pratique ordinaire et journalière de l'oraison. Ils s'instruisent des voies de Dieu et des plus secrets mystères de la vie intérieure; qu'ils se nourrissent d'utiles lectures, quHs y puisent de^ salutaires enseignements , et qu'ils se disposent k être, un jour d'habiles directeurs des âmes. Enfin, c'est là que, par avance et en des exercices particuliers, ils font une espèce d'apprentissage des difFérents ministères oii dans la suite i)s doivent être employés, qu'ifs s*accoatument à chanter rofficë divin , à en observer toutes lescïrémonies, à enseigner, à catéchiser, à exhorter, à prêcher. Quelle ressource pour cette Église oà ils sont destinés! et sans dette ressource, en quelle décadence va-

t-elle tomber, et que pourra-t-on recueillir de tant d'ouailles livrées au pouvoir et à lalureur du loupVavissant?

Or le moyen. Mesdames, de leur procurer ce secours, et de l'entretenir, si la charité n'y contribue? Gomment cette maison subsistera-t-ellesans fonds? et quel autre fonds a-t-elle- présentement que la Providence, et que 1^ aumônes des fidèles ? G'^t donc à vous que s'adresse toute une Égiiseautrefbis si florissante, mais maintenant plongée dans l'amertume, et accablée sous l'oppression de ses ennemis. C'est vers vous qu'ull nombre infini de catholiques tendent les bras, et c'est sur vous qu'ils appuient toute leur espérance. Il est rapporté aux Actes des Apôtres que saint Paul vit -en soiage un bomme de Mucécloine (c*éloit Tange tutélaire de celte .province), qui l'iuvitoit à y venir annoncer l'Évangile : Transiens in Macedxmiam^adjuvà nos (Act.^ 16): Aidez-nous, lui disoit-ii, et pensvzà nous. Aprèsçette vision, ajoute riiistorien sacré, Paul ne. tarda pas 'à partir: Muu$nous mtmes promptement en cheioDin, assurés que Dieu nous appéloit pour instruire les Macédoniens : Ut aiuem visum vidit statim quœsivimvs profiscici in Macedcmam, ceiHifëcti quodvoeasset nosDeu»eifmigeHxareeis(\ii^d.).

Qe n'e&t point l-anga protecteur de rirlande qui voua pari» id ^ IbM dames ; mais c'est le ministre du Seigaeur envoyé desti part, et chargé de vous recommander une des pliis chères portioiis de scn troupeavi Ce n'est point pour das idolâtres et des inâdèles que |e viens intereé* der ; ce n'es( point pfmr des scbismatiques H des hérétiques ; c'tKH pour des enfants de la vfkév^e Église que vous, c'esl pour vos fràres« ^e ne vous demande point que vous eburiez après ces brebis errantes^ ni que vous alliez les chercher sur leurs montagnes. Je ne vaus dis point en leur nom : TroMêms at^uva^ nos : Passez les mters ; bAtfi«f« vous de nous apporter vousHOémes la consolaiion que nous attendims* Quand je vmis le dirma^ le même zèle quibrûloit le naître deV Geqliiai et qui le pressait si vivement, devroit vùus.disposer è' eutrepreuâra les plus- pénibles voyages; et, refteouespar de jusies^ comidérationSf par des raisQus de bieBséaiiee« da convenance d'état, ém moias dans là seniiment du cœur, et pat* Ip derir, deYriei>-vi»us étf e préparées à ssro montert s il le falloir, tous les obstacles, ei à soutenir^ «algpé voire foiblesse, toutes les fatigues. qu'il y aoroit à supporter. M^ o« n'en exige pas tant de yoiiSi^et voici précisément ou l'on ae borne : A£0uim nos; c'est que vous fassiez par d'autres ce que vous ne pouvez fiûvt par vous-mêmes. Or vous le ferez, en fournissant par vos krgeasas de quoi ass^bler de dignes mînisires, de quoi les aràrrir , de quoi les vêtir, de quoi les envoyer coouafie une sainte milice qaieembatté pour r%liaè, e^ qui achève, par Tefficace de la parole de Dieu, ea que vous zurei commencé par l'abondance de vos dbarités.

Mais on ue peut pas fiiumir à tout : yocis le dites , Mesdames, et c^est un langage spécieux dont on sb prévaut dans lé monde : nais écoutez ce que j'ai à y opposer. Car je^ souMens d'abord qu'il n'y a communément rien à quoi* la diarité chrétienne nepuisse satisfiâra, lorsqu'elle agit par l'esprit de la foi, ec.qu'elle est secondée par te cpnfiance en Dieu. Cette foi et cette confiance en Dieu rendent tout possiblje. Avec l'une et l'antre on est capable de faire des miraoks; et c'est ce qui se vérifie tous, les- jours, surtout au sujet 'de raunutet. . Confiez- vous en Dieu , et il n'y uAra point d'ooeasion d'jsxepoer la i^* rite, que vous u'embrassiez : «e que vous croyez aujourd'hui ne pas pouvoir vous deviendra praticaiile , et pent^tre facile. Mms je vais plus loin, et je. prétends cpie celles qm s'autori^tot de cette excuse sont jusiement.oelles qui devroient moins l'alléguer : pourquoi? parceque ce sont, ordinairement celles qui pratiquent moins les œuvres de miséricorde, celles qui dounent moins aux pauvres, celles qui, possédées du monde' et remplies 'des maximes du monde, ont moins d'at* tention et moins de zèle pour le soulagement du prochain ; et par conséquent .qui , bien loin d'être justifiées par Kimpossibilité maginaire de fournir»à tout, devroient rougir et se confondre devant Dieu de ne contribuer et dé ne fournir à rien. Je prétends que cetteoxcnse cesseroii, s'il étoit question de toute autre chose que de te cbarité et

SUR LÀ CHARITÉ ENVERS tlN SâlRNAlRË. m/Ê

de Taumône , s'il s'agîssoit de fournir à vos divertissements , de fournir à votre jeu , de fournir à .votre luxe et à votre faste.

Mais pour cela on se retrancheroit*d*ailIears : oui, Mesdames, on se retraocheroiç pour cela ; et que ne se retranche-t<on aiji&si pour une des oeuvres les plus importantes, qui est celle que je vous propose? Vous savez ce qui se passa parmi les Israélites, lorsque» Moïse étant sur la montagfne où il s'entretenoit avee Dieu, i) leur vint dans la pensée de construire un veau d'or, et de Tadorer. Qael empressement, quelle ardeur de tout le peuple! il n'y en eut pas un qui ne s'employât à rexëcution de ce détestable dessein; et toutes tes femmes, pour y coneourir, se défirent de leurs plus^prëcieux ornemaits. Voilà oe que leur inspira l'esprit d'idolâtrie ; et que ne doit pas â phis juste titre vous inspirer l'esprit de religion? Me remontons pas si haut, ne Bons éloignons point des temps où nous vivons, et des affaires présentes : vous savez par quelle triste révélation trois eouronnes ont «été enlevées à Tun des plu^ saints et des pins déclarés protecteurs de l'Église. Providence de mon Dieu, vous l'avez permis par un de ees conseils impédétrables que toute la raison de l'bomme ne peut approfondir ! Quoi qu'il en soit, vous savez, Mesdames, quelles ont été, je Be dirai pas les contributions, mais les profiisions du parti hérétique pour susciter une guerre où la justice a succombé « où tous les droits ont été violés, où l'usurpateur a détrôné le prince légitime, et où l'Église , par la chute de ce prince, a perdu de si belles espérances. Hé quoi ! a cet exemple, si totKefois c'est proprement un exeùaple, et ncm * pas un sujet d'horreur; à cette vue ne vous sentez -vous poinf piquées d'une pieuse et génér^se émulation ? Quoi I l'hérésie n'aUra rien épargné contre la foi que vous professez, elle aura travaillé de tout non ipouvoir à en arrêter les progrès et à la détruire; et vous , pour la rétablir, pour en sauver au moins les débris,, vous ne prendrez rien sur vous : tout vous coûtera , tout vous paroîtra excéder vos forces 1 Sur cela je vous renvoie au témoignage de cette foi même, qui vit encore assez dans votre cœur pour se foire entendre. Rendez*vous attentives à sa voix, à ses cris, à ses reproches. Que dis<^je,* Mesdames? Soyez toujours de plus en plus sensibles à ses intérêts, comme je dois croire que vous l'avez été jusqu'à présent, et que vous Têtes. Agissez pour sa cause et pour sa glojre en ce monde, et elle agira pour vôtre défense devant le tribunal de Dieu, et vous élèvera dans l'éternité à une gloire immortelle , que je vous souhaite, etc.

tSa» SUR L'OfiSERVATlOiN DES RÈGLES.

EXHORTATION SUR l'observation des règles^

St quieumque hane regulam teeuti fueHnt, pax tuper iUos et Tniferfcùrâta. i?abi et miiiérioorde à tons ceux qui obserreront cette règle. Aux GalaUs, cba^ vu

C'est la promesse que l'apôtre saint Paul £aisoit aux Galates , et leur proposant l'excellente règle du renouvellement intérieur qu'ils dévoient foire d'eux-mêmes en Jésus-Christ, et sans quoi il léar dédaroit que toutes les observances et toutes les cérémonies de. la loi lenr étoient absolument inutiles. Je me sers aujourd'hui des mêmes paroles, mes très chères Sœurs ; et à l'occasion du saint renouvellement de vos vœux, auquel vous vous préparez suivant l'usage decettecommunauté, je ne crois pas pouvoir vous entretenir d'une matière plus importante que de l'observation de vos règles. Il y a deux choses à maintenir dans Ja religion : le vœu et la règle. L'un et l'autre sont sujets à déchoir; et par^là même nous devons, autant qu'il nous est possible, nous renouveler dans là pratique de l'un et de l'autre. Le vœu est comme le corps de celte forteresse mystérieuse où nous nons sommes retranchés en quittant le monde : Vrb» fortitutUnis nostrœ (IsÂi., 26) ; et la règle lui tient lieu de rempart, de défense, de dehors : Ponetur in eâ murus et antemurale (Ibid).. Je ne vous parlerai point ici du vœu. Je ne puis douter que, parmi des âmes si religieuses, il ne se soit toujoyrs conservé. et ne se conserve dans toute ^n intégrité; mais à4'égard de la règle, nous confessons tous, cbacuudans notre état, que, comme elle est plus exposée aux ai^teintes de notre foiblesse naturelle , il.nous est beaucoup plus commun aussi d'y Caire àes brèches d'une conséque.ace même dangereuse, et qui demandent tous nos soins pour les réparer, si nous vouions être fidèles à la grâce de noire vocation. Saint Paul s^ssuroit les preniiers chrélieïis que quiconque suivroit exaclément la même règle que lui, fais^t profession du christianisme, jouiroit d'une heureusp paix : Et quieumque hanc regulam secuti fuerint,pax super illos : et moi , réduisant ta proposition de ce maître des Genlils'à la règle paniculière que nous avons embrassée en entrant dans l'état religieux (car ceci me regarde aussi bien que vous, mes chères Sœurs) , je dis, par une juste opposition , que si uous venons à nous relâcher dans l'accomplissement de nos règles, à les né- (];Iiger, à en secouer le joug et à nous faire une criminelle habitude de les violer , nous ne pouvons alors conserver la paix ^ ni avec Dieu, ni avec nous-mêmes, ni avec le prochain ; c'est-à-dire avec nos supérieurs et toutes les personnes qui vivent sous te même habit et dans la même maison que nous; ni avec Dieu, qui nous en demandera compte; ni avec nous-mêmes, qui sans cesse en ressentirons au fond de nos consciences le reproche; n! avec le prochain, puisque le lien qui nous unit tous dans une parfaite société, c'est la règle, et que ce lien^se trouve

SUR L'OBSERVATION m^ RÈGLES. 1S»

rompu par le désordre d'une vie peu escucte et p^ rég^oHère. Trois points auxquels je me borne ; et qui feront le sujet de yotre atlemion.

première: partie. *

A prendre h chose dans son principe, Dfeu seul est la r^le primitive et essentielle de toutes nos actions ; et nous pouvons dire que ■oomme il n'y a poiAt de puissance qui ne vienne de IKen , il n'y a point aussi de règle, de constitution , de loi qui ne soit une participation de la loi de Dieu , et qui ne parte originairement de cette source divine. Qu'est-ce que la règle qui nous est prescrite dans la religion ? est-ce unesimple production delà sagesse des hommes? Non, mes chères Sœurs : du moment que les hommes ont été suscités dé' Dieu pour l'établir; du moment qu'il les a remplis de son esprit pour en être les ftmdateurs et les instituteurs, qu'il leur a donné pour cela un pouvoir légitime ; que la régie qu'il leur a dictée lui-même à été ensuite juridiquement approuvée, autorisée et scellée par l'Église, noos ne la devons fins :considérer comme letir ouvrage, ni par rapport à eux ; et ils ne sont plus , selon le terme de l'Écriture, que les ministres dont Dieu s*est servi en qualité de législateur et de souverain, pour nous dédarer ses desseins et nous intimer ses' ordres.

Cette règles conclut saint Thomas, est donc une volonté spéciale de

Dieu, et les hommes, à notre égard , n'en sont que les interprètes.

Volonté quesMut Paul appelle de bon plaisir et de perfection, pour la

distinguer d'une autre volonté plus absolue, et qui nous impose une

plus rigoureuse dbligation : Votuntas Bei bona , et beneplacens , et

perfeeuk (Ram^y là). Volonté par laquelle Dieu nous sanctifie, en nous

marquant les voies oà'il veut que nous marchions, et nous préservant

ainsi des égarenients inévitables où notre conduite seroit exposée , si

nous étions abandonnés à nos propres lumières et même à la droitsre

de nos intentions. Volonté que Dieu n'a pas formée pour le commun

des hommes, mais singulièrement pour nous, et que nous devons par

conséquent envisager comme une grâce de choix. Enfin, voidnté dont

nous nous sommes fait un mérite d'être dépendants, et dont nous

avons préféré Ja bienheureuse servitude à tous les avantages de la li«

berté 4a siède. Voilà ce que c'est que notre r^le, je dis celle que nous

avons à suivre dans la^ profession religieuse.

Que fais-je donc, quand, par un esprit de soumisMon et de ferveur, je m'attache à Tobserver? Prenez garde» s* il vous platt : je m* unis à Dieu de la plus excellente manière dont une créature toible comuke moi lui puisse être uniu ^ur la terre : et conament eela? parceque j'applique cette volonté parfaite qui est en Dieu aux moindres actions de ma vie, ou que je conforme les moindres aciions de ma vie à celte vo« lonlë parfeite qui est en Dieu; parceque je me fais à- chaque moment une loi de^cequilui platt, et qu à chaque moment je rectifie mes sentiments et mes désirs par cette loi ; parceque j'agis en toutes choses se- B. 4. 5*

m SUR yOB^fiftVATlQN DES RÈGUBl.

Ion 6op €«NiF, ^t ffftt » daQ8 9169 wplûis , je ne dtepote pm\, «miméat que s^oii son gré, de tout mon temps et de tonte ma persomiQ, Or ^n cela consiste ia paix qae je suis capable d'entretenir avec lui , et dont je jouis tranquillement, tandis qqe je me tiens ainsi dans le devoir et dans une consta9te rëgnlaritë. Mais, par un effet tout coatnure, quand je d^SQtfei^ à mfi r^Ie^ je ine 8é|>are fia quelque sorte de Dieu; je nfla^raocMs de cette aimable sujétion qui m'attaciioit i lui; je ne Veu]( p)us que ce iK^it sa volonté qui me gOMveçne, je veux que ce soit fnoQ amour-propre. GoOMPiie n je {ui di^qie : Cett^ iK>lonté , Seigneur, sqiis l^qp^llp vops iFQulçi( que je mp captive, es( trop gé^nmepwr ii^oi ,!elie (HMQtrediten trop de repccmtre^ mee iaoUnatiom; et j'aiiK m^ifi, renoncer aui^ bieps iiieetimabte» qu'fiile m^ ftourroit pinoorer, que de me réduire dans un pareil escjavagei £Ue me traee nae telle rottte : e)l^ m'ordonne le ailepo^, et j^ veux parler ; «Ua m-iffielle à la prière, et je veux travailler; ^e m'engag€i à l'aotion, et je veui^ le repos, Car Tinfraction de la rèf le , aans qu'on s'en déclare si expm» aéfueat» dit tout cela ; et dajis ëette eont^ariélépui ae trouvealor» litre Dieu et nous, le moyen qw h paix subsiste)

J*ai péché, mon Dieu , s'éerioit le saint hwame Job , pénétré di sentiment de ses misères,, j'ai pschëi et quelle réparation puis-jeiou foire de tant d'pffeiises? Peccm ; fuid /bciam tiJu, écy»u^ htmm (JoB, 7) ? Mais permettez*moi, ^joqtoit«'il, sans pràtendre aconser vo^ ire ju^ioe, de meplaipdre reapefitiienseasevil et iuunbtementdevoire providence. Pourq^ioi m'ave»-voiia créé dans de» dispositions si difiiirentes d« (selles où je devrok 4tre envers vous? Pounqmi, vous qui êtes mon souverain auteur, m'avea^vous dqnaë une volonté si pppoâie à la vôtre? Qmre paiui^ti me iiotilrarittw tibi (lUd.)? Ainsi parloit*il à Dieu dans l'amer ttime desoa aise. Hais Dieu , dit saint Gr^ pape, auroit pu lui répondre : Non , je ne t'ai point or«é âvicc cet ei* prit et ce ccBur rebelle, et en vain voudroi»-tu taiïmputer catteoppo- «ition de ta volonté à la mienne. l|a providenoe n'y a pouudepait: o'eat Teffiet de ton péebé. Quand je t'ai formé de paea mains, il s'y airotc rîan en toi qui ne fàt réglé; et si tu n^'étos pas sorti dabdî' pendance oà te bornoil ta condition et où ma grâce te eontceoit) il y aoroit eu entre moi et toi une étemelle pan. Mais en péckant, ti Tas troublée cette paix , et tu m'as dôhné lieu de tourner contre i« !i même pimnie qiie tu ni'adressois : QumrepotmuHtêcenircaimwiiJ Pourquoi toinnéme, détruisant r<)^ttvi*é de ma grâce et abusant de ti Kbeité, t'es^n perverti jusqu'à me refuser l'obéissance qui m'est doet Voilà, mes chères Sœurg, ce que Dieu peut dire par proportion iclueun de'nous, et oè qu'il nous dit dans le secret de Pâme, lorsque doai craignons si peu de transgresser ces saintes règles qnll nous a mtf* qnées , et auxquelles nous nojis sommes volontairement assujettis : Qùare posuisti te contrarium mihi? Pourquoi , à force de vous énuB* ciper des lois communes, vous foite^-vous mie conduite pariicoliére

âOR L'OiSERVATtON DES RÈGLES. 8SI

qui ff^hyeree toutes mes vues sur vous? Pourcfoo} ^ par «b dërëglemint de YÎe ob tgos tous abandonnez, tombezovous dans ce malhevr, de. vouloir presque toojours ce que je ne veux pas, et de ne vouloir^ presque jamais ee que je veux? Pourquoi tous arrive^t«il en me sei^ vanty mot qui aime l'ordre, et qui n'ai rien fait que dans Fordre, d'élre si souvent hors de Fordre?

U.n'y a qu'une chose dont les âmes imparfaites pcNnrroieni ieS m piémloir» et qui ssmble dans im sens leur être favorable i savoir, que le pé^hë seul troidxle la paix de Fhomme aveo Dieu. Or b règfte^ ainsi ^'qamqs Fa fait etitendre, sàparrfe du vœo et &à prëeepte, n'obtigi^ pMBi aous peine 4ie' pédië. On noqs Fa dit, mes très chères Sesor s, er îlési vrai : .mais vous salies , aonai bien qne moi 4 le eorrsctif impor-^ tait et nëcessaiee doot en mteie temps on a eu soin de «Mms pràM-' «ir» pour ne pas abuser de cette maxime. Je» n'emt^ point dans l^xa^ nen d'us stntiment <piî poorroil Mre impressiett stir vos esprits, e( cpieéesàvaiÀs Aédogiens ont seutosn : qu'on religieux, qoi, dede^ arâi formé et par état, viole ouvenement sa rigle et la nëglifjie, dès-H tontibe dans nn péché grief ; pourquoi T pareeque dè»-là , disent41r^ 9 n'essplas dans la voie de la perfection ott il doit tendre; pareeque dèsrià H renonce à ce qnfit est , ei qii^S déshonore son caractère ; pmnseqùe dèfr^là il se net dans «ne impuissance morale d^aecompAr ami vœu, et par conséquent dans un danger prochain de se damnei^ et de se perdre. Mais, sans m'arréter à cette question, ni voulo^ la décider^ je m'en tiens à la beUe remarque de Hugues de Saint-Tictor. Cur^dit ee saint doctem*, îl y a id deux choses à distinguer : une ruptare mitièr^ de FboKkme avec Dieu , et un simple refroidissement en« Ire Fhèmme et Dieu. L'un est Fefifet dii péché, j'entencb du péché mortel ; et Fautre est la suite de cernées fautes moibs grièves , de eertaines imperfec^as qui ne vont pas jusqu'à ce divorce, mais qui ne laissent pas d'éloigner Dieu de Fîiomme. Or, pour trouble^ la pahi avec Dieu, cet éloignement snffît. Je ne dis pas qu* it suffit pour la ronipre absolument, mais pour la troubler : c'est-à-dire pour entre^ tenir l'ame religieuse dans vu état de contrariété aveo Dieu ; pour interrompre le commerce intime et secret qu'eUe avoit, ou qu'elle pon» voit avoir avec Dieu ; pour arrêter le cours des cemmunieutiens d^ Dieu, des grâces de Dieu , des lumières de Ken ; et voilà ce que feil an moins Ja ^onsgression de la règle. Dieu n'est pas content d'une teUe ame, et ne doit pas Fétre. Plus donc pour elle de ces faveurs par«ticuUères q:u'il accorde aux âmes exactes, et qui sont la récompense de leur fidélité ; plus de goût dans la prière, plus de vues dans Fora^ son, plus de bons mouvements dans la communion , plus de ;ferveur dans tous les exercices de la religion : aridité, sécheresse, insensibilité; L'ame de sa part, si je puis m'exprimer de la sorte, n'est pas contente de Dieu ^ parcequ'elle s'en trouve ainsi délaissée, et que souvent eHe est assez aveugle pour ne pas voir qu'elle s'est eHe-môme attiré ee

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