PREMIÈRE PARTIE
Il faut convenir qu'une vie austère et monifiée a quelque chose de grand, et qu'elle sert beaucoup à releyer le lustre et le mérite de la sainteté. Nous avons de la vénération pour ceux qui, dans leurs peraonnes, en portent les caracières ; et quelque indulgence que nous ayons pour nous-mêmes, nous admirons cette sévérité dans les autres, et nous ne croyons pas pouvoir mietix exprimer une vertu rare et singulière qu'en la représentant comme une vertu rigoureuse dans sa conduite, tout opposée aux inclinations de la nature, et ennemie des sens et de la chair. Et, en effet, cette guerre que l'homme se fait à lui-fldéme, ce détachement de son corps, cette applicaiion infatigable à le contredire en tout, et cette généreuse résolution de le persécuter «ans relâche, de le crucifier, de le détruire : ce sont autant de miracles qui surpassent la foiblesse de notre humanité , et qui ne peuvent avoir d'autre principe que la grâce toute puissante de Dieu. Jésus- Cbtist demandoit aux Juife ce qu'ils cherchoient dans le désert, quand ils y ailoient en foule pour y voir ion glorieux précurseur : QiM eansiîs indeserlammifere (Matth., 11)? Prétendez-vous trouver, leur diaeit-il, un homme mollement vêtu? vous vous trompez: c'est chez les grands q^^ règne celle rnoUe^e, et Jean-Baptiste n'a point appris à 86 traitef de. la sorte. Pent-éire même vous fera-t-il horreur sous r^iabit dont il est couvert; mais c'est ep c^ que vqu^ deveas le con-
JffO SUR SAINTE THÉRÈSE.
•Mérer» boq «nleneat ohmm pro{>liètè» mm cènne plus «yne prophète : Etiam dm vobis H flm ifuàm profAeum (Hâtta.» 11). Parole, remarque âaiat Ghrysostome^ qui leur fit o^ire qae c*élBit le Mesaie^ tant ils écoîent prévannseB fiiveiir d'ane vie pënitaile» «liant ik s'en formoieat nue àiate âdëèw
Pemettes^moH mes chères Serars» tle vo» faire Mqowd'èaî b itténa demaiide : QMexisîkkidBÈet^wnviierefYmsB mci assem» biéeB au Garmei. C'est im désert et luieeatate sofitude» et » «oodoîleB p«r Tespric de Dieu , fOus y étce venues chercher Thérèse. Mais qu'aveE-vottS cru trouver en die ? «ae fille sujette aux détîcatesses de Bon sexe> et qui, selon sa eoftdkionetsa naissance, ait suaccomnodar la piété avec les aises et les douceurs de la vie? kh I vons le savez t c'est dans les cours des prmœs» c'est ch»a le {{raed mande foe se trouvent ces dévotions aisées et commodes^ ces dévotions que Tois vent accorder avec les maxioMS du siècle, eit qae Ton n'accorde jaiinnia avec les ma&ioies de Jésus^Ghrist : Socein éamiêui regmn svnt^ià.y. Mais ce n'çst point à oela que Thérèse s'est bornés. Ge dwmin étroit qui mène au ciel, et que nous a marqué TÉvangilev hn pamt encore trop largue, et toute sa vieelle s'étudia à le rétrécir aidant qu'il bii fnt porâible. Je vais vous la représenter dans «on image naturelle » ou plutôt je vais vous la repn^nter dépouillée de toute k éatune : et vous verrez que si, pour être à Jésus-Ghrist, comme dît l'ApAtre, il faut crucifier sa chair, Qui ckristi sunt, camem stuan crucifixerutu {Galat, S)f elle arempli toute Pétendoe de son nom,.etqaece ne fut point en vain qu'elle fat nommée Thérètê ds Jé9W\ Car elle a levé » pour m'exprimer ainsi» l'étendard de la plus sévère austérité» Elle l'a portée, cette sainte austérité, sur son propre corps^dle l'a fiiit trieniipber de tous ses sens, et jamais k péattence n'eut de sujet ptoe souniis à toutes ses rigueurs : Semper moràpotitàQmmnJmaimjùorpQtê nMtfo cvrewmfertnteê (â. Gor.,:4).
Vous n'ignores pas ; mes dières Sœurs » l'essm qu'elle en vonlnt foire. Le martyre» qui est là oonaommationdela cbarilé et kdermère épreuve du christianisme, fut le premier ob^et de sas désirs» Thérèse étoit encore enfent quand elle le conçut ; mais si elle émit à peine g»pable'de raisonner et de choisir , elle étoit d^ oapdUede snafifrîr* Allons, disoit'*elle à son frère, confident de son cœur^et dépositaire de la sainte résolution qu'elle a voit formée, allons chercher dans L'Afriqae les palmes que l'Espagne a cessé de porter. Jamais nous neverserom de sang plus pur pour JMen. Moins nous avons goAié de k vie, phinS nous en reste à sacrifier^ Les premiers martyrs de l'Église ont Àé des enfants» et le del se plut à les couronner dis le bereaan. Moni iMn* verons un persécuteur aussi bien qu'eux^ et la foiUesae de notie égà sera une preuve invinrible de la force de notre M. Ainsi pi|rtoit Thé* rèse ; et si elle eut asses de connoiasance peur foroM* cas janteamta» etie avoit pks de courage qu'il n'en falloit pour leaexéoutsr. Qnefinfi-
SUR SkmtK THÉRË8B. it7t
^Ile doue? Ld Soiai^Esprit aaknafit texte jeune T6rt8 » eiié sort de ta maison de son père , aossi dégagée de tout qu'Abraham torsqn'il re» nonça à rhërîtage de ses tncètres, et avssi généreuse qu'Iiaaclorsqtt'il toalttt être lui«4iiéaie la Tictîme de son sacrifice.
Hais après tout, où va**t-eUe, et qu'entreprend»eHe ? L' Airique n'est pas ie lien de son martyre ; c'est dans l'Ëspûgne même qu'elte le doit accomplir. £ile n'y troatera ni tyran, ni bourreau ; mais elle en fera elle-même et pour eUe-méme l'office* La Providence ne vent pas la frustrer de son attente; maïs il y a un autre genre de martyre à quoi IMen la destine, martyre qui ne dépendra ni de l'injustice ni de l'kifidélité des hommes, mais de la seule charité qui la consume ; martyre, nnoins cruel dans son action présente^ mais beaucoup pln$ rigoureux dans sa durée : c'est la mortification de la chair, par où elle ne mourra pas une fois seulement , maïs tous les jours , pour dire avec le grand Apètre : Qtiofidtô morierU . Ccr.,, IX). Or voilà, mes trèschèresSœurs» le martyre où vons avez vous-mêmes aspiré^ et voilà de quoi je ne puis assez vous ftiiciter* Dès utoe première et florissante jeunesse » vous favez cherché; et, pour le trouver comme Thérèse, vous avez renoncé eetime elle à tontes les espérances du siède. Remplies de l'esprit de l'Evangite, vous ne regrettez point ce que vous avez quitte; et » détrompées des fiiusses Idées du aiomle, où foites-vous consister sur la terre votm^ bonheur, si ée n'est à sacrifier au maître qui vous a appe« Mes tout le bonheur humain, et à pouvoir, dans le même sens que Votre sainte mère» v^M rendit le consolant témoignage que chaque jour vous tttoïkrea ponr Dieu ? car votre vie » qu'est-ce autre chose qu'une mort? Quotidiè morior.
Quoi qu'il en soit, ce Ait là que Thérèse devint la plus implacable et te plus irréeomclHabié ennelniede son corps. Je ne dis point avec qud avantage et quette viciée sur «otHartme die embrassa k professioB religieuse. Dien^^i, selon la eondnite ordinaire de sa provideeee, y fait Mtrer les âmes ehr^iennes comme dans un lieu de délioes spirituelles» ^fû^\m qtt'dle y entrât oemme dans un purgatoire , et c^esi d'eUe» ddélPte que nous l'avons appris. Sou corps» par un pressenti ment de ceqn^i! y devoît souffrir, résista feng-tempsàce d^ein*; maise'éieità ce corps mortel de recevoir la loi, et non pas de la donner. Thérèse lui, «Il pri^roit nno bien dure , mais c'est du ciel qiême que cette loi lui fist apportée I c'est^ comme Moïse, par le ministère des anges qu'^tte la ïi9çnt. Oa sérapfeia « avet; lequel on ta dépdht^ lui grava cette loi «ahlle dans te odsar; ffcH in tabulh iapitMs, nd m imMis eordii (1« Gè^M S); et y pour cètai, lise jerVit de celte flèche ardente» qui fut, pour iser ée s«s eifiressionB flguréès» uomiue le style de l'amour détrempé dans M fltf du Calvirire, afin que tous ses traits représentasaeut miemt Jthus crudfléi Si tons me demandez pourquoi iln'imprinia pas viMblemitti les saèiréa stigmates aur la chair t^Ute pure de cette viéi^ ) afasi iqn^il les avwt imprimris aur eeUa du eéra|^i<iue François
d'Assise , c'est afin que Thérèse le fit encore mieux par elte-méme » et paroequ'en effet elle le devoit faire, sans nul secours étranger» avec autant d'efficace et beauconp plus de mérite.
C'est une merveille bien digne de notre admiration , mes chères Sœurs, de voir par quels puissants attraits de la grâce, Dieu inspiroit à cette grande ame l'esprit de pénitence, et par quels accroisse^ ments il Tentretenoit sans relâche, et l'augmèntoit. Au lieu que David étoit continuellement prévenu par desbéoédiciionsde douceur, il n'y av(Ht pour Thérèse que des bénédictions de rigueur et de souffrances. Jésus-Christ daigne-t-il lui apparottre , c'est toujours tel qu'il étoit tu Calvaire, et jamais tel qu'il parut sur le Thabor ; c'est toujours couvert de plaies, et jamais éclatant de gloire. La choisit-il pour son épouse ( honneur réser fé aux âmes lesplus pures), il veut qu'elle s^e desonsang oetteglorieuse alliance; et, sans rien perdre ni de l'aoBour ni du respect qu'elle lui doit, elle ose bien lui faire la même plainteque Séphora : SpomUi sanguinum tu miU, es { Exod., 4). 11 est vrai , lui répond ce divin époux, la croix est comme le lit nuptial où vous deves prendre désormais votre repos; mais je n'en ai point eu d'autre pour moi, et quelque part ailleurs que vous me cherchiez, vous ne me trouverez jamais. Ainsi, dis-je, lui parle cet Homme-Dieu , et oe ne sont point là les productions de mon esprit, ni de vaines imaginations ; os forent des communications réelles et vériUibles: Thérèse a pris soin dle-méme de nous les marquer, et presque dans les mêmes termes. I^ous devons à son obéissance le récit fidèle qu elle nous en a fait, et la vérité de son témoignage n'est que trop sûrement garantie par le mérite de son éminente sainteté.
Telle fut l'essentielle condition de l'alliance sacrée que lui proposa son Sauveur, etqu'elle accepta. En devenant l'épouse de Jésos-Cbrîs^ elle voulut épouser la croix ; et comme, pai^ un sentiment de religion, BOUS rendons un culte à la croix :|ussi bien qu'à Jésus-Christ, eUese oonsacra également à Tun et à l'autre. On vous a dit cent fois quelle étoit sa grande maxime ; mais la peut-on assez répéter pour la gloire de cette sainte pénkente et pour notre instructionr: Autptui, aut mari; Ou souffrir^ ou n^ourir. Voila l'unique désir de Thérè^ , et n'est-ce pas en cela que paroit toute la force de l'esprit évangélique ? Vaincre ou mourir, c'est la maxime des conquérants , et du moins dans l'un des deux leur ambition se trouve satisfaite; mais , entre aouffrir ou mourir, quel choix de sagesse y a-t-il à faire, sinon de cette sagesse qui s'apprend à l'école de la croix, et dont Thérèse* eut une si parfaite eonnoissance? Voilà, encore une fois, quelle fut sa devise ordinaire : . Aut paît, atti marit aussi étoit-elle persuadée que , dans Ici christianisme, souffrir ou mourir signifioit tout ce qu'exprime vaincra on mourir : pourquoi ? parcequ'une ame chrétienne ne peut vaincre sans combat, et qu'elle ne peut combattre sans violence et sans effort.
Non, mes dières Sœurs , dans celle gaerre q«e vous aves entre-
prise contre Tou^-mémei , vous ne vaincrez jamais autrement ; il y a dans la voie où vous marchez bien des assauts à donner et bien des assauts à soutenir. Malg^ré l'ardeur qui vous a conduites dans la mai« son de iDieu , et qui vous a fait surmonter tant d'obstacles, malgré ces renouveliemadts de zèle et de ferveur qui vous animent 4 certains temps , et qui semblent vous inspirer une fermeté inébranlable , il y a des moments où cette constance est rudement attaquée et dang[e« rensement exposée ; il y a des jours de tentation , des jours de tribu* lation 9 des jours de trouble et de désolation» où le cœur, sec et aride^ tombe dans une défaillance qui l'abat; où l'esprit » agité de pensées tristes et sombres » n'a que des vues affligeantes qui le déconcertent et le rebutent ; où la nature se réveille tout entière et avec toute sa sensibilité. Or vous ne sortirez victorieuses et avec avantage de ces oombats, qu'autant que vous vous serez bien établies dans ce sentiment » et bien affermies dans cette résolution tout héroïque, et, si je l'ose dire, toute divine : ou souffrir, ou mourir, Aut fmà, aut mort; c'est-à-dire , qu'autant que vous vous serez bien déterminées à porter toute l'austérité de votre état , quoi qu'il exige de vous et quelque sacrifice qu'il y ait à feire ; qu'autant que vous aurez bien compris que la croix est tout votre partage en ce monde, et qu'il n'y a ni conjoncture, ni occasign» ni exercice, ni emploi où vous ne deviez la prendre avec courage et l'embrasser , qu'autant que vous vous trouverez disposées à renoncer pour cela au soin de votre santé, etméme au soin de votre vie. Dès que vous viendrez à hésiter sur ce point capital, dès que vous voudrez y apporter des tempéraments, des ménagementSt des adoucissements, il n'y aura plus de victoires que l'ennemi de votre salut et de votre perfection ne remporte peu à peu sur vous; aujourd'hui ce sera l'une, et demain l'autre : les inclinations naturelles, trop favorablement écoutées , ne manqueront jamais de prétextes à vous suggérer; vous vous laisserez surpi^ndre en mille rencontres aux illusions des sens , et plus vous leur accorderez, plus ils demanderont; plus vous les seconderez, plus ils se révolteront; plus vous leur permettrez de défendre leurs intérêts et de se fortifier , plus ils vous affoibiiront, ou plus vous vous affaiblirez vous-mêmes. Il n'y a donc qu'un vrai moyen , qu'un moyen également court et infaillible de les réprimer, de vous délivrer de leurs retours fréquents et de leurs sollicitations importunes, devons rendre invincibles à toutes leurs attaques ; c'est de dire comme Thérèse, et de le penser comme elle : Aut paît , aut moru Oui , je vivrai sur la croix ; et si je n'y puis vivrez j'y mourrai : l'un ou l'autre , voilà où je m^attache, et de quoi je ne me départirai jamais. Du moment que vous serez ainsi résolues, l'ennemi confondu se retirera , la nature désespérée se taira, les^ens, n'ayant rien à prétendre, cesseront leurs poursuite^i; votre triomphe, ou plutôt le triomphe de la grâce dans vous , sera complet. Qui l'eût cru ^ mes chères Sœurs, qu'un lel amour de fai croix pût
passer da oœnr de Thefèse dans le oœnr de taal d'mttre» ? e'eat ikéu^ moîiia le prodiçe que nom voyons, et d(«t aovs d«¥oiii bésir le del. KoD, celte fidèîe amante de )mm crucifié ne sera pas aeule embrasés des saintes ardaars qui la oomiHfient s Addvemiwf virginu pa$i eeei (Piotm, M) * tu Bombro presque îefiai de ykrges hrubroBt^ii mens fea , et lears corps bmoeents seroat knnioiée sur le méaie autel : Ptq pairibus tm Mit imm M fUii (Ibid*) ; l'alliance qu'elle a contraetés avec Jésus soufflant, par wm merveilleuse fécondité, lui donaera pew çnfaats , daas Vordre de la grâce ^ eeni mêmes qu'elle honoroit d'ailt leurs comme ses pères, Expliquons^ious } il s'agissoit ée la réforma* Uou du Gawel; U faUoît relever ou planter tou^ de nouveau lacroii sur cette sainte montagi^» etc'eslà ce grand ouvrage qoe Thérèse devoit être eaHdoyée« Dieu la piqua d'uue émuiatiou toule religieiise peur rétablir rautienne discipliae de sou ordre • el pour s'opposer aux attentats de ces faux prepbèiea que rbérésie, dans eus tumpa \im nébreux • spuleva contre TÉgliae, et qui , sans avoir ni l'esprit d'Élie, ni celui d'Elisée» u^ furent pas moins écoutés que TuiL et l'autre, ni moins suivis. Vains réformateurii 1 je parle de Lutbsr et de Galviu : à les en croirot ils étiûeut députés de Di^u pour corriger les abus, ponr arrêter les désordres, piour sanctifier le peupV) chrétien , c'est^diri^ qu'ils éioieel d^tés pour abolir dflMfts TÉglisc iea|lua salutaires et In plus soUdesubaer vannes» les jeûnes » les ibstinoocss réglées, la pre« fession des vœux » las mortifications de la cbair ; de là celle applicstion à décrier partout» dans leurs discours» dans leurs éci*its,les austérités cosporelles; de 14 ces sanglantes satires contre le car4aie» contre le discernement des viandes à certains jpui^s» contre les prati* ques de pénitence les plus usîiées par les Saiiuta, et même les (dus ^lutorisées par te léBBMMgnage de V&riture. Au lieu que les vrais pro* phètes du Dieu vivant crio«Bnt sans cesse aux minist|rea des autela, qn'Sa prissent le sac et la cendre : Aeckig^ vos, soeerdotes^ et cuAuietu êoù* co^ miniàtri aluvriê (JoBi , 1) : ceux-ici les invitoient à satisfaire leur cupidité , et à se permettre les plaisirs qui leur étoiem le plus exprès* sèment et le plus sagement défendus. Plus do célibat pour eux , plus de continence pour les personnes religieuses ; voUà ce cpû s'appaloit réformer TÉglise, et la remettre dans sa première pureté. Ah l esprit d'Élie, où étiez-vous, dans ce pressant besoin et dans cette déplorûble décadence? Autrefois vous vous élevâtes avec tant de sèle contre la feiusse divinité de Baal : ne revivrex-vous point pour détruire cette idolâtrie de la chair , déguisée sous l'apparenee de religion? Disons mieux, ou éii!e2"V0U9, esprit de Jésus, lorsque l'erreur et le vice conjuroient ainsi contre vous et contre la sévérité de votre Évangile ? Ilétoit , mes chères Sœurs , dans le cœur de Thérèse,* et e!est de là, comme d' une plac^d'armes, si je puis parlerde la sorte, qu'il àUoit foire de glorieuses sorties sur les ennemis de la croix, P^adent qne le ciel pr»« pareil de savants hommes, des bemmes aposloliqaei^ pour snnfoiidre
$UR SAINTE TttÈRÎ^. m
cm MuvenwdtoelMm par Tefficace et la veria de la parole ^ Dieu disn pofioîl celle ss^nte io&Ututrice à les combaure par la force de l'exemple , et par une austérité de vie dont toute VÉglise fut édifiée. Le Sauveur (ui-Biteke se fit U^essus entendre ^ elle. Hé quoi \ lui dit eet adorable nvittre , dana un de ces enjr^tieps secrets qu*U eut si souyent. avec oette ame choisie et prédestinée , vous aovf ûrtreai que > sans nid obstacle de v<4re part» ^e scandale de laa croix $ûit anéanti? ErgQ mfoev^um $8t êeandalwn çrucH (G(i/af.> S)9 o^ feradea r^fformea an gré des sens « pour l^a affranchie d(9 la servitude, et leur donnçir une pleine Uberté ; et Ton n>n fera paitit pour les assujettir et lêa tenir sous le joug de ota W pensée la plv^ touchante pour Thérèse £lle entreprend la réforipe de son ordre; réforme que je pourroja appeler la ruine du corps humain; réforme qui» dans, une règle étroite et mortifiante, ménageant à peine de quoi çatiaJisûre à la loi naturelle, comprend toutes les rigueurs de la loi évangélique. Mais» providence de mon IKen • que faites-vous? Je voia Thérèse déjà tout épuisée des austérité», communes et ordinairea, et vous voulez qu'eUa en embrasse de ncmvelleal II y a vingt ans qu'elle eat dans la reli^ioui^ c'est-à-dire dans la rigueur et dans l'infirmité; vous l'avez JMsqu'i présenta accablée de maladies , sana qu'il lui aoit jamais échappé une plaintes maïs ici ne peut'-elle pus s'écrier» avec le patriarche Job, que vous la faites souffrir d'une étrange madère ? itftr(i6i/i(erm^cniciat (Jktt, iO). Toute foiiAe qu'elle eat» vous la d^tlne^; enqpre à des çj^^rciona qui feroieut trembler les plus robustes; et qu.oiau'elle soit prêt? à succomber sous la croix dont elle est chargée, vous lui en présent^ luno autre pius pesante , et vous lui ordonnez de la porter,,
Quedis-je, ntes chères. Sœurs? c'est pour cela même que Dieu ohoisit Thérèse ; c'est parceque dao^ un corps infirme» la croix qu'on lui impose lui fera mieux sentir ses impresaions ; c'est parceque, dana sa foiblesse même, sa vertu se perfectionnera , et que, dans son infiraiité , l'esprit de miorlification dont elle sera animée paroltra avec plus d'éclat ; enfin , c'est parceque l'exemple d'une fille i et d'une fille déjà si exténuée, sera pour le monde sensuel un reproche plus pressant et une plus évidente conviciion. De vous dire tout ce que l'amour de la pénitence lui inspira pour affliger sa chair , ce seroit une matière infinie ; et ce qui ne put lasser ni ralentir sa charité , laaseroit peut-être votre attentif, lisez ce que les Pères, sur ee poin|, ont écrit de plus singulier : saint Épiphane, de la vie des premiers pharisiens , religieux, de l'ancienne loi ; Tertullien , de la vie des prends chrétiens ; saint Grégoire de Nysse , de celle de saint Basile son frère; saint Jérôme, decelle desainte Paule : tout celane vous retracera point encore l'idée des austérités de Thérèse ; je dis des austérités qu'elle a pratiquées et qu'elle a fuit pratiquer daos le christianisme à tant d'i« mitateurs et d'imitatrices de sa pénitence : splitnde profonde, clàtur^ la fîm exae^i. ri(p>ureuse sujétion du corps, jei^èacontînneb, retrait
me SUR SAÏNTË taÉRÈSË,
chement absolu de toutes les commodités et de toutes les aises, véle^ ments gros^ers, nudité des pieds au milieu des froids les plospiguants , f réqueutes macérations.
Ce n'est pas que dans rétablissement d'une règle aussi austère que la proposa Thérèse , et que Dieu la lui dicta, elle n'ait trouvé bien des difficultés et bien des contradictions. Le monde, dit saint Bernard, se contente de révérer la croix, en figure et en représentation; mais il ne la peut souffrir dans la réalité et dans l'effet. Or cette parole, mes chères Sœurs , ne se vérifia que trop à l'égard de votre bienheureuse fondatrice. Jamais entreprise fut-elle plus traversée qae la sienne? Luther eut partout des approbateurs de sa réforme : où celle de Thérèse fut-elle reçue sans opposition et sans combat? A lire l'histoire de ses fondations, ne croiroit-on pas lire les persécutions de saint Paul? Combien de calomnies eut-elle à essuyer, combien d'ootrages à dévorer? en quelles extrémités se vit-^Ue souvent réduite, en quelle disette? Combien de fois fut-elle citée devant les tribunaux, et obligée de répondre à de sévères inquisiteurs? On eût dit qu'au liea de réforme, elle alloit pervertir toutes choses. Mais c'est le caractère des œuvres de Dieu d'être ainsi contredites, et nous n'en devons jamais attendre un plus heureux succès que lorsqu'il y a moins lieo, selon les vues humaines, de l'espérer. Thérèse triompha de tout, viot à bout de tout , exécuta tout.
Que reste-t-il , mes très chères Sœurs , pour Ventière consommation de ce grand ouvrage? C'est que vous le souteniez vous-mêmes ; car c'est en vos mains que cette glorieuse et sainte mère l'a déposé. Or vous ne le soutiendrez jamais que par le même esprit qui en a été le principe, je veux dire que par un es|)rit de sévérité pour vousmêmes , et par une pleine abnégation de vous-mêmes. Esprit qui fat toujours le propre des âmes spécialement dévouées à Dieu. Esprit qui, par une grâce anticipée, forma ces héros de l'aiicien Testament, doot i'âpôire saint Paul faisoit un si bel éloge aux Hébreux, en décrivant leurs combats et leurs souffrances : Grcmerunt in melotis^ in pellibus caprinisy egentes, augustiatt^ afflicti {Hebr., H). Esprit qui dans le cours des siècles a rempli rÉ{]lise de martyrs, a peuplé les déserts d'anachorètes et de pénitents. Esprit de vos pères , et de tous ceux qui , selon le langage du Docteur des nations, vous ont engendrées à l'Évangile. Mais en particulier, mes chères Sœurs, et par-^dessus tout, esprit de Thérèse , dont vous faites gloire d'être les filles ei^ Jésus- Christ , et par conséquent esprit de votre vocation.
Elle ne vous a point tracé une voie où elle n'ait elle-même marché avant vous. Elle ne vous a point chargées d'un fardeau dont elle n'ait pas elle-même éprouvé toute la pesanteur. Elle n'a point commencé par dire, mais par faire ; et quel soutien pour vous que la vue d'un tel modèle ! Si donc au milieu des violences et des efforts que demande nécessairement et incessamment une vie aussi mortifiée que la yàWt
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et une observance aussi étroite' et aussi contraire aux Sjens ; si , dia^e, vous vous trouvez quelquefois dans ces découragements et ces abat* tements involontaires, où la plus ferme vertu est déconcertée, et où le cœur, ce semble /est $ur le point de succomber ; si .la croix que vous avez cboisie vous parott moins supportable ; si j'amour-propre (car il s'introduit partout , et en vain nous, flattons-nous de lui avoir donné la mort : il conserve toujours une étincelle de vie , qui se rai* lume bientôt jusque dans le3 lieux les plus consacrés à la pénitence) ; encore une fois , si eet amour de vous-mêmes se ranime et vous livre de dangereçtses attaques, ce que vous avez à lui opposer» c'est rcfxepi* pie de cette conductrice que vous voyez à votre tête, et qui, d'un pas si assuré et avec tant de ré^lution*, eut fournir, toute la carrière qu'elle vous a ouvçrte.
Hé quoi ! doit se dire alors une ame qui veut s'encourager et se relever, Thérèse dont je porte l'habit, dont je professe la règle, dont je prétends suivre l'esprit et la conduite, avoit-elle une obligation particulière d'embrasser là croix? les mêmes motifs qui l'y^ont engagée ne me sont-ils pas pommuns avec elle? Que dis-je ! et la croix avec toutes ses rigueurs ne m'est-elle pas encore plus. justement due, à moi coupable de tant d'infidélités, à moi responsable au tribunal de Dieu de tant de Iftcbetés et de tiédeurs , de tant, de chutes et de dettes , qu'à cette ame pure et inn^ente, qfa'à cette ame enrichie de toutes les vertus, qu'à cette ame comblée de mérites?. Elle l'a portée par amour ; ne la dois^e pas au mpiâs porter par justice? Oui, c'est un devoir pour moi , et un devoir indispensable : il faut m'acquitter auprès de Dieu ; et le puis-je mieux que par-là? Mais à Dieu ne plaise que je m'en tienne là-dessus au devoir ! ah ! ce sera comme Thérèse, ce sera par anumr qlie.je la porterai^ cette croix ; ce sera pour ne pas dégénérer dès sêniimenta d'une telle mère ; ce sera pour ne pas renverser ses desseins , pour ne p^s jébranler le principal fondement du saint édifice qu'elle a bâti à si grands' frais, pour ne pas dissiper le précieux hérits(ge qu'elle nous a acheté si cher, et qu'elle a remis dans nos mains ; pour ne pas m'attîrer le sanglant et l'accablant reproche d'avoir détruit; autant qu'il étoit en moi, par ma délicatesse, paîtra foiblesse, par le soin de ma personne, ce qu'elle avoit édifié par un abandonnementtotal d'elle-même.
Reproche, mes chères Sceurs , à qupi vous ej^peseroient ces rellchements qui se glissent , je ne dirai pas dans les communautés les plus régulières, mais dans quelques uns dès menibres qui les composent. Car dans les communautés les plus saines, si je puis parler de k sorte, il y a des lîiembres infirmes et capables de gâter tout le corps, si l'on n'apportoit à leur maladie le ren^ède nécessaire, et si l'on donnoit à la contagion le temps de se répanâre. Or le remède ici le plus prompt^ le plus présent « le plus efficace , c'est , à l'occasion de cette fête, un regard sur U glorieuse. mère que vous honores^. Il n'est pas B. 4. 57
m StJR SAINTE TËÊRÊSË.
possible ({ifayâiit devant les yeux sa vie pénitente et cracifiée, une ame trop indulgente pour elle-méttie ne s'en confonde en la présence de Dieu, et qu'elle ne conçoive un nouveau zèle pour l'accomplissement djBS plus rigoureuses pratiques de son ëtàt. Carvoilà, dit saint Ohrysostome , pourquoi nous célébrons les fètes des Saints, et pourquoi nous en rappelons à eertains temps la mémoire. CTest afin que le souvenir de ce qu'ils ont été noua apprenne ce que nous devons être i etque, n'^ant pas ce qu'ils ont été , ni par conséquent ce que nous ()evoA8 être , nous nous excitions ù le devenir. Et ne sëroit-ce pas en eiffel une contradiction insoutenable de louer, par exemple, et de canoniser dans Thérèse ce reàoncem^Dt parfait où elle a vécu, à tout ce qui peut flatter les sens, tandis qu'on cherche à les satisfaire; tandis qu'on ménage autant qu'on peut leurs intérêts ; tandis qu'on imagine pour cela mille prétextes[,x[u'on prend pour cela mille détours^ qu^on use pour cfela de vaines dispenses, qu'on se trompe pour cela et sur cela soi-même, et qu'on tâche, sans y voiiloir prendre gar.de, à tromperdes personnes supérieures, que leur charité, peut-être trop aveugle , rend également Caciles, et à convenir des besoin^ qù'oQ leur expose , et à condescendre aux soulagements qu^on leur demande ? Ne portons pas plus loin cette morale, mes chères Sœurs ; vos réflexions particulières y pourront suppléer; etmoi cependant, après vous avoir représenté dans Thérèse un corps sacrifié à Dieii par la mortification^ je dois faire* voir une ame transrormée en Dieu par l'oraison : c'est la seconde partie. . * .
DEUXllOIfi PARTIE.
J'entre, mes très chères Sœurs, dans un sujet de la plus haute élévation. Parler de l'oraison de Thérèse et dé ses-contemplations, c'est vouloir pénétrer dans le sanctuaire même de la Divinité, où cette grande ame tiabitoit, et entreprandrçde décpuvrir ces profonds uiystéres, dont saint Pailt disoit qu'il n'étoit permis à nul homme mortel de révéler les secrets admirables et ineffs^bles : Arcana verbay quœnoH lieet kérmrii ioqui ( 2. Cor., i2). Je m'expliquerai , néanmoins, sans contrevenir en aucune sorte à H parole de TÀpôtre; et ce qilî peùj* être vous «surprendra, c'est qnie sur utJé matière si sublime par fllemêmei et si abstraite, je ne vous dirai rien que de pratique, rien que d'instructif, rien qui ne se fasse aisément comprendre, et dont vous ne puissieSB profiter dans votre. état, et selon votre état.
Jl s'agit ici de cette oraison extraordinaire et excellente 9 où Famé, fliiva'nt ia doctrine de saint. Denis, reçoit les opérations divines, plutôt qu'elle n'opère elle-même. C'est à celle-là que Thérèse éloit appelée die Dieu, et c'est en cela qu'jelle s'est distinguée , et qu'elle va vous senir de modèle. Je sais que saint Thomas , au quatrième livre des Semences, prétend et prouve sblideihent que ce genre d'oraison n'est pas une vertu, Àais un dop du ciel ; qu'il ne consiste dans ancnn
SUR^ SAINTE ThIrËSE. 879
êierctce de& facultés humaines, mais dan^ une tmpn^iott de Têsprit dé Dieu; que Thomme D*y ^iribue nen, mais qu'il le Gouffre seulement et qu*if le reâ3ent. Tout cela est vraj; et si vous conclues de là qu'oa n*èn peut donc pis prescrire dfes règles, feu conviendrai avec vous, et favouerai, coidfiie je Tavoue en dFfet, qu^U ne nous appartient pàd d*expltq uer ce qui semasse dans ce commercei ntime deKame avec Dieu; beaucoup moin^ d*en donner des préceptes et d'entreprendre de le réduire en art. Mais qela même n'empêche pas que je ne puisse vous faire trouver dans l'exemple de Thérèse, et dans sa conduite, de très utiles instructions touchant icetie vie (X>ntemplalive. Car si cette oraison tout extatique est un don de Dieu, cômnïe le Docteur Angélique le reconnoît, il vous est important d'apprendre trois choses : premièrement, par oit l'oh s'y doit disposer ; secondement , avec quel esprit il le faut recevoir ; e{ en dernier lieu, oomm#bt on enpeut faire le juste et vrai discernement pouj^se garantir dés illusions de Tànge de ténèbres, etse mettre à couvert de ses prestiges. *Smntes filles de Thérèse , Yollà ce qui vous i^igafde encore plus panicùlièrement que te reste des fidèles. Dans la profession religieuse que vous aVez enibrassée, vos plus commune entretiens, sont avec Dieu, ou y doivent être, J*ose même ajouter que le bras de Dieu n'étant point raccourci, et que ses tiiiséricordes n'ayant p|)pit de bornes ni de temps limités, il n y a rien de si relevé dans Toraifion, où, sur les vestiges de votre bienheu; reuse mèr^, vous ne puissiez pàryehir. Écouter %ioi donc, et profiteî des trois instructions les plus nécessaires dans le desir que vous avez conçu de vous avancer, selon vôtre vocation ejt par le secours de là grâce, aux degrés les p)us énoinents de la vie intérieure et spirituelle. Avant que Thérèse eût paru au monde, il y avoit eu des visîk)ns, des ravissements, des extases; Ces grâces, dit saint BonaventUre, n'ont ja*mais 'manqué dans l'Église; Dieu les y a toujours conservées; mais il semble qu'ail réservoit à notre sainte dé nous faire connottre les dispo?sitions qu'il y faut apporter. Tout gratuit qu'est le don de contemplih tioD> il ne lef ut jamais moins que dans la personne de Thérèse; et si- Dieu peut être engagé par la fidéllté'd'une ame à f en gratifier, nulle aujtre n'eut plus de quoi Tatiirer dans elle, ni ne se mit plu^ en état de l'obtenir. Que faut-il pour cela? demande saint Bernard. Ah! répond ce Père, il fnut être d'abord un Jacob hittapt ayec Tanige, afin aétre ensuite un Israël voyant Dieu. Frappez assidûment à la porte du ciel par là prière, dit saint Augustin, et Ton' vous ouvrira par la con»^ templaiion : Pulsateorando', el aperieiur vobis contetnplancLo, Yoilà te qa*a.pratiqué Thérèse, et cotliment elle s'est préparée aux faveiifs,di*vines. Vingt-deux ans de persévérance dansToraison commune et orr clinaire,lui méritèrent enfin le précieux avantage d*étre introduite dand la chsiU^ve de l'Époux.
Comprener-vous bien, mes chères Sœurs, ce que je di3 ? Ces paroles sont bientôt prononcées, vingt-deux ans de persévérance et d orai<
S80 SUR SllNll: TB^^SE.
son : mais pour une ame qui aime Dieu, qui o'ainfe que loi, employer tout ce tejnps à le chercher, sans le trouver jamais; Qiia»tt;iiUtem, et non inveni (Cant., 3), quelle épreuve et i^uelle matière de^x>mbats I N'examinon3 point pourquoi Dieu , qoi fait ses déKces de converser avec les enfants des hommes , Is^ laissa tant attendre, et se refusa si long-temps à elle : sa sagesse ,a des vues supérieures aux nôtres , et c'est ainsi que sa bonté l'ordonne aussi souvent' que sa justice* Mais admirons la constance de Thérèse à soutenir ces retardements. Jamais cette Chananéenne de TËvangile ne se vit exposée jb de tels rebuts : ni sentiment, ni goût, ni consolation ; le ciel eçt fermé pour elle» et son cœur demeure toujours comme une terre sèche et aride : Awma mea sicut terra sine aquâ tibi (Psalm. 142 )« Que fera-t-elle, et n*eàt-il point à craindre que cette ame désolée et sans appui ne vienne enfin à se démentir? Quelle foi sipourageuse et si ferjne ne seroit pas ébranlée, et le moyen de suivre toujours un Dieu qui ne^daigne pas la favoriser d'un regard? Màiisnon, mes chères Sœurs; Thérèse peut être éprouvée, mais les plus fortes épreuves- n'éjpuiseront point son invincible patience. Quelque insipides que lui deviennent les choses célestes, elle s'y attachera^ et elle en fera toute la nourriture de son ame; càr que seroit-ce de moi, disoit-elle, si je ne'méditpis incessamment la loi de mon Dieu? Nui quod lex tua meditatio mea est, tune forth periissemin humilitate meâ (Psalm. 118)."'^uis-je mieux employer ma vie, que de rendre chaque jour mes hommages à un si grand maître? S'il ne m'écoute pas, dû moins il souffre ma présence; et s'il ne pense pas à moi, du moins il me permet de penser à lui. Ainsi raisonuoit Thérèse; et de là cette assiduité à la prière qtae les plqs nombreuses occupation^ ne purent interrompre; delà tant de jours et tant de nuits passés au pied de l'oratoire ou devant l'autel du Seigneur» de là ce soin de recueillir son esprit et de purifier son cœur, selon le conseil du Sa{][e, avant que de se présenter à Dieu et d'approcher d*une si haute majesté. Préparation qu'elle estimoit. (fautant plus nécessaire, que Dieu se communiquoit moins à elle. Or n'est-ce pas là se .rendre digne de ses grâces les plus signalées; n'est-ce pas le forcer par une sainte violence à rompre W^djie qui le couvroit,, et à se foire voir dans( son plus bel éclat? Ets^il n'eût pas exaucé les vœux de Thérèse, s'il ne se fût pas laissé gagner, à une telle' persévérance, et qu'il y eûttoujoursparuinsensibte,'commeAt la parole de saint Paul se seroitelle vérifiée, qu'il est ricj^e, et qu'il s0 montre ihfiniment libéral envers tous ceux qui l'invoquent? Diz;ei in omtifs qui invocànt illum (Rom., 10) : comment cet ordre qu'étabjîssoît^îe Prophète royal entre la réflexion et la contemplation, Vacate et videte (Psaltn. 45), n'eûi-il pas été troublé et déconcerté? .
Ne nous étonnons donc point, mes chères Sœurs , qiie Thérèse, dans la suite de ses années, ait faitdes progrès si merveilleux, qu'elle ait été éclairée des plus pures lumières du ciel , qu'elle ait découvert les
plus impénëtrablès secrets de la sagesse de Dieu , que par la sublimité de ses connoissances elle ait vu presque jusqu'à Fessence divine. Mais étonnons-nous que dans .tous les états, même les plus retirés, même les plus religieux, il y ait maintenant si peu d'ames contemplatives : ou plutôt n'en soyons point sui7)ris , puisque dans tous (es états , je ne dis pas seulement dans tous les états du monde , mais dans tous les états de l'Église , et dans tous ceux de la religion , il y en a très peu qui prennent bt voie nécessaire popr atteindre à ce sublime degré ; car la voie qui conduit là ,;et par où tous tes Saints ont marché, ce sont les exercices ordinaires de Foraiso^^ exercices Solidement pratiqués et constaftinient sdutenus , malgré le^ stériKtés , malgré les ennuis , malgré les vivacités naturdles de toi^rit , et les difficultés qu^il trouve à se captiver et à s'appliquer. C'est ainsi que Dieu veut être reeherçhé4 et n'est-il pas bren jus^e qu'il le soit , puisqu'il est le centre de
toute perfection ? Qu(mie Dommum*
^r Mais disons la vérité, mes cbèrés Sœurs , et ne cÀigiions point d'en porter devant Dieu la confusion salutaire : quoique dans toutes les maisoiHi religieuses il y ait des pratiques d'oraison marquées et ordonnées, est-il rien n^moins, même parmi les personnes religieuses,
- de plus n^ligé et de-^us abandonné que Poraison ? On voudroit qu'eHto ne coûtât aucune violence, aucune contrainte, aucune victoire sur soi-même. On voudroit du premier pas arriver à la terre de pfomission , et y être admis sans passer par le désert. On voudroit toujours avancer dans la clarté d'up beau jour, et ne tomber jamais dans les obaeiilvtés et dans les ténèbres. On voudroit que, d'abord et à diaque moment, l'esprit de Dieu nous transportât , qu'il nous enivrât de. ses saintes douceurs^ qu'il nous ravtt, comme saint Paul, au troisième ciel , qu'il nous donnât , si je l'ose dire , dès cette vie , une dâire vision de l'Être divin et de ses adorables attributs. Mais parceque ce n'e^ point là l'ordre de Ja Providence, et cjue, pour s'élever m point oik l'on aspire , il y a des démarches à faire j il y a des épreuves à essuyer, il y a des méthodes à garder, il y a des répugnances, des tristesses, des abattements, des langueurs, mille évâgations, mille distractions , mille légèretés d'une imagination inconstante et ▼olàge à suppoirter , de là vient qu'où se rebuteet qu'on demeure dès l'entrée de la carrière. On conçoit pour l'oraison un éloignement prèsque insurmontable; on la regarde comme une géae , côinme un esdavage , oomitie un' tourment de l'esprit et du cqeur ; on «e persuade que tout ce qu'on. y emploie de temps n'est qu'inutilité et qu'oisiveté ; on se sert de tous les prétextes qui se présentent pour l'abréger; ppur en retrancher , pour s'en dispenser ; ou bien on satisfait exté-
' rieurement à ton devoir, on garde lés ^apparences et les dehors , rien davantage ; c*est«à-dire qu'on fait l'oraison sans la fadre , qu'on y est présent sçlon la coutume , et de corps ,• undis que l'esprit ou s'entretient dans une dissipation continuelle et volontaire , ou s'appesantit
m SUA SAINTE THÉRJËSË.
dans un^ iodolence paresseuse et lâche., Ni retour sur soi-même, oi réflexioQ, ni effort pour «e recueillir, pouf se relever et s'exqier. Après cela > plaigaons-nousr du peu d'union que nous avons avec Dieu ; envions le sort de ces âmes bien aipiéea et prédestinées, qui , dans b pHère, semblent le voir face à face; tel est ^ fniit de leurs soins, telle fut la ré(iompense de la Sdélitéd^ Thérèse. 4^u milieu de tout ce qui pouvoit la détacher du saint exercice de Foraison, voilà par où elle s'ouvrit le chemin Jusqqe daps le se^n de Dreu, pour y Jouir des plus insignes faveurs ; et comiçe elle vous apprend parTlàméoie quelle disposition vous y devez apporter , eliç va encore yous ajiprendre la manière dont vousl es deve^i recevoir. ' -•
En effet , mes chères Sœiirs^'.Si^, ipu^jpiiséricdkli.eui^ e( tout bon^i pe ppuvoit être insensible aux vœux d'une a^noie qui te desiroit liniquenient et si ardemment. Vingt-deux ans écoi^ dans un travail .per;* pétuel furent enfin suivis du repos. Dieu se communiquie à Thérèse avec toute la plénfltude de sçs dons ; et, s^ns vouloir i^égaler, h U9] elle peut bien dire ,. comme cetiç mère du Sauveur , que le puissant a fait pour elle de grandes choses : Fedt miiU ma^a t0U eit{ Luc, i ). Elle peut sgouter avec l'Af^tre, que ni les || ni rêspfit , ni le cœur de Thoiâme ne peuvepUpénétrer ces mystèn et qu'ils peuvent encore moins les exprin^er : Quod oculu$ non^idit., nec auris audivi^^ nec in.cor tiominU cucendit (1 • Cor,, 3)* Quelle abon* danqe de lumières au-dessus de toutes les conpoissances hanoaines ! Elle voit Dieu aussi clairement que les prophètes ; elle traite avec Dieq 9ussi f^imrlièrement que les patriarches ; elle parle daJQllKi plus hau* tement que les docteurs.
Il n'y a qu'à iire ces merveilleux ouvrages qu'elle nous a laissés. Us put autrefois servi à convaincre et à gagnef des b^rétiques^ Ils en* ilamment ancor^ tQus les jours la.p^été des fidèles! Pour peu qu'on eutre dans ce mystérieux château dont elle nous a tracé je plan , on se trouve^toutinv^ti des splendeurs célestes > et l'on croit être danç ces démeures éternelle^ où régnent les Saints : In splendoribus Sam^tor rum ( Psalm, 109). Nç l'avez-vous pas éprouvé cent fois , mea.cbèroi Sceurs , que , sans bien comprendre la doctrine de ces excellants trai* tes , on se sent néaninoins , à la seule lecture qu'on en fait » ie cœur tout ém)i , et que l'on conçoit pour Dieu des ardeurs secrète^ dont, on ignore même le principe ? C'est ce qu'avoit remarqué avant nous œ savant ma|tre.de la vie mystique , Jean Avila , et c'est sur qiioi nous ne pouvons trop bénir le Seigneur de ce qu'ayant mis souvent sa touieh puissance^ dans les mains d'une femme , J'raçMH eum in moaus fenàm l Judith , 16 )« il a bien voulu combler celle-ci des trésors de sa sciencet Oui , grande Sainte, nous le reconnoissons ,* et, abaissant Porgiieil de 0OS esprits , nous rendonsbommage à la supériorité de vos vues , sans eatreprandr^ d'y atteindre^ LtaooatompUtion a été^ ppur voua çonnie )# ubar d'Ëh'a , qui vous a transportée ^u«d«s$u« de noua» G*^
SUR SAIMTË ÏBËRËSË. 583
que nous demeurions au pied de la montagne pendant que voua oonversez avec Dieu» Ce vol de l'esprit dont vous nous parlez » ce sommeil de toutes les puissances, cette quiétude , cette suspension de rame tout entière , ces assauis » ces (blessures intérienree : tout cela ce sont des secrets que nous révérons. Mais après tout , f ose le iire , voipi ce que nous admirons encore davantage » et ce qui doit plus oontribuer k no(tre édification : ç!est que vous ne soyez point éblouie de tant de clartés, et que dans un rang si distingué où vous a portée la grâce de votre Dieu, vousayez su nerienperdrede vos plus humbles sentimeiits. Gbose étonnante , mes chères Sœurs ! toutes les bénédictiona du ciel sont désormais pour Thérèse , mais elle ne les reçoit qu'avec orainte , et quelque gage que Jésus-Christ lui donne de sa présence » jusqu'à lui dire comme aux apôures y c'est moi » elle lui demande lé permission d'en douter. Plus il redouble ses. faveurs, plus elle ae tient dans l'humiliation et dans la confusion. Çlle ne peut ae persua« der qu'il n'y ait pas de l'illusion en ce qu'tUe ressent , tant elle^e'eii croit indigne, et tant elle est touchée de. sa propre misère. II lui faut des assurances ; et pour les avoir, tout instruite qu'elle est des voies de Dieu , elle ne fait point difficulté de prendre des guides et des conducteurs qui la dirigent. Elle se souvient que Saul , converti par Jésus-Christ, fut toutefois envoyé auprès d'Ananias pour être formé au christianisme ; Ingredere civiîafem, et ibitUcetur tibi quid te opor* teatfacere ( Aei.^ 9). Saul obéit, et c'est dans le même espiit que Thérèse, quoique possédéeet toute remplie de Dieu , se soumet à la conduite des hommes; et comment s'y soumet-*elle? Jusqu'à se laisser coudamner par des confesseurs ignorants ; jusqu'à résister p^r leurs ordres aux divines opérations; jusqu'à brûler par obéîMince ce qu'elle avoit tracé sur le papier , et qui lui avoit été inspiré d'en haut ; jaaqu'à rejeter les visions de son Dieu comme des apparitions du déaaon. Fais ce qu'ils te diront , lui dictoit intérieurement le Seigneur. S'ils se trompent, leur erreur perfectionnera ta soumission, et ta soa>mission te fera mieux encore, dans la suite, découvrir la vérité. Maxime qu'elle entendit dans le vraï sens où elle lui fut donnée, et qu'elle suivit avec toutes les précautions convenablee ; car ce n'est pas, du reste, que l'esprit de sagesse ner la portât à choisir toujours , autant^qu'il étoit possible , pour la direction de son arae , des hommes capables et d'habiles ministres. EUe n'eut rien plus à cœur dans toute sa vie , aimant mieux , disoit-elle , plus de vertu dans elle-même que de lumière , mais dans un directeur plus de lumièi*e que de vertu ; et ajoutant même ( ce que nous ne pouvons trop remarquer ) qu'elle avçnt fdos souffert du z^e aveugle de quelques personnes, que de leurs viees et de leurs passions* Ainsi en jugeoit Thérèse; ^ la Providence , en ce point comme dans les autres , ne lui manqua pas. Mais à quelque maître qu'il pMt au ciel de l'assujettir , fut-il une ame plus docile , en fut41 une moins attachée à sou sens et moias présomptueuse ?
âS4 SUR SAINTE THÉRÈSE.
Hmnilité » mes chères Sœurs » et docilité beaucoup plus rares que TOUS ne le pensez peut-être , dans les âmes que Dieu gratifie de certaines faveurs » ou qui s'en croient gratifiées. A-t-on dans nne retraite f dans une communion , entrevu quelque lueur d'une grâce pimagère ; a*t-on versé quelques larmes » poussé quelques soupirs ; a-t-on senti quelques impressions de l'esprit divin et quelques transports d'un cœur sensiblement touché , il sei)9)[)le que tout-à-coup Ton soit monté Jusqu'à la région supérieure du del» et qu'on ne tieme plus à la terre. 11 semble qu'on ait droit de se regarder comme aëparé du commun des chrétiens y et qu'on puisse , en se mettant audrâsus d'eux» dire comme lepharisîeu: Non $um sicutcœteri (Luc, 48). n semble qu'on n'ait plus besoin ni de règle, ni de méthode, ni de guide I ni de conseil , et qu'on se suffise à soi-même. Il semble que ce seroit se dégrader et se rabaisser au-dessous de son état , que de s'en tenir aux pratiques usitées , et de se borner à certains sujets plus connus «t plus sensibles. A peine même daigne-t-on s'occuper des mystères de la viede JésusrChrist. L^être de Bien, ress;ence infinie de Dieu, sa présence toute simple et dégagée de toute image, telles autres matières bonnes en elles-mêmes, mais dangereuses par leur subtilité , et très souvent mal conçues ; voilà où l'on s'élance d'abord, et la' sphère que l'on se propose; voilà sur quoi l'on s'exprime dans des termes d'aa^ tant plus fastueux, et que l'on prononce avec d'autant plus d'ostentation , qu'ils sont plus obscurs et moins inielligibles. Tout cela veut dire qu'on s'évanouit dans ses vaines idées ; et ce qui arrive dé là , c'csst que Dieu , qui dotine sa grâce aux humbles et^qui résiste aux superbes , kdsse tqmber ces âmes hautaines dans des égarements pitoyables : DUpersitsuperl^oi mente cordis sui (Luc, 1).
M'est-ce pas ce qu'on a vu dans tous lès siècles de l'Égalise ; et quel autre principe a formié tant de sectes de faux illuminés et de visionnaires? Ah ! mes chères Sœurs, je ne puis douter qu'il n'y ait parmi vous bien des âmes que Dieu appelle par un attrait particulier aux phis sublimes exercices de Toraison:. c'est votre nourriture dans la sainte solitude où vous vous êtes e&fermées, c'es.t votre aliment spirituel; et plaise au ciel de conserver toujours dans votre communauté cet esprit de prière ! il en sera le soutien , il en fera tout le bonheur. Mais un' avis sur lequel je ne puis trop insister, et que vous ne devez jamais oublier, c'est de joindre à cet esprit de prière Tèsprit de soumission, une défiance salutaire et un bas sentiment de vous-mêmes; c'est de vous souvenir toujours de cetre parole du Sauveur du monde à ses apôtres, lorsqu'ils lui témoignoient quelque complaisance des miracles qu'ils avoieol opérés en son nom , Yidebam Salan&ni riaU ftUgur dôcœlo cadentem (Luc. , 10) , J'ai vu Satan , ce premier ange , précipité du plus haut des cieux ; c'est de rentrer dans votre néant à mesure que Dieu parott voiis en tirer, de cacher dans le secret da votre coeur tout ce que la grâce y peut produire , et de n'en iaire part
qu'à Dieu même dans la personiie de ées ministres ; surtout de ne TOUS attacher à rien avec obstination , et d'avoir pour suspecte toute aingubrité» toute voie extraordinaire, tout ce qui éloigne des chemins les plus battus. Je ne veux pas dire que vous renonciez à toutes les feveura du ciel » mais que vous lés examiniez, mais que vous les soumettiez au jugement de ceux que Dieu a constitués pour en juger ; mais que vous appreniez enfin de Thérèse à les discerner. C'est la dernière leçon par où je finis, et qu'elle vous fait par son exemple. Saint Paul exhortoit les fidèles à ce discernement des esprits , conàme.à un point d'une extrême conséquence; et rien, en effet, mes chères Sœurs, n'est plus important, soit en général pour le gouvernement de rÉglise, soit en particulier pour la conduite des âmes. Or à quoi votre sainte et glorieuse mère reconnut-elle l'esprit de Dieu , qui lui parloit , qui Tanimoit, qui la dirigeoit? Admirables instructions pour nous ! c'est qu'elle observa que , dans - tontes les vues qu'il lui inspiroit, il n'y eut jamais rien de contraire ni aux coutumes, ni aux règles, ni aux vérités de la religion. C'est qu'elle remarqua quç jamais elle ne sortoit de ses extases sans en être plus confirmée dans la foi, et sans brûler d'un nouveau zèle pour la propagation de l'Église. C'est qu'elle s'aperi^ut que ces contemplations, oiiDiett l'élevoit , augmentoient en elle le désir de sa perfection et le soin de purifier son ame , d'en effacer, jusqu'aux moindres taches , de travailler à acquérir les vertus, et de chercher en toutes ses actions la pure volonté de Dieu, et ce qui lui d^voit plaire davantage. C'est qu'elle éprouva que Dieu ne lui cemmuniquojt ses lumières que dans le besoin , et selon le besoin qu'elle en avoit pour ravanoementde quelque ceuvre sainte, pôpr l'établissement de sa réforme, pour la conversion des âmes et pour leur sanctification. Témoignages solides, qui lui hU soient conclure avec l'Épouse des Cantiques , qu'elle avoit heiireusement trouyé l'Époux qu'elle aimoit : Inverti quem diUgit anima niea (Cant.^ 3.) Non, non^ pouvoit-elle dire alors, comme le disciple bienaimé, ce n'est point un fantôme; c'est le Seigneur lui-même que je vois et' qui me parle; c'est mon Dieu: Dominus e«e(JoAN., 21). Car le démoo , cet esprit de piensongfe , ne s'intéresse point pour le progrès de la vraie foi, ne porte point les âmes à la sainteté, n'inspire point de combattre les vices , de corriger les abus et de répandre le culte de Dieu.
Ainsi Thérèse avoit*e)le de quoi se rassurer ;«t voilà les principes .certains qui doivent nous rassurer nous-mêmes : voilà par oii nous pouvons conndtreles dons du ciel. Car ne vous y trompez pas, mes chères Sœurs, et foites-y toute Tattention nécessaire : il y a des dons du ciel apparents , et il y en a de véritables. De n'avoir que l'apparence, sans la réalité, c'est illusion; d'autant plus dangereuse, que sous l'image d'un faux bien elle nous égare et nous perd. Il est donc d'une conséquence infinie de savoir déuiéler l'un de l'autre, et de ne
prendre pM ron pour l'autre. Or» encore une foU, je n'ai pomt làdessus de règles plus sûres à vous donner que celles dont sa servit si utilement et si sagement votre bienheureuse institutrice. Tant que l'oraison vous rendra plus fermes dans la foi de Jésus-Christ, plus respectueuses envers l'Église de Jésus-Christ » plus sensibles jaux intérêts de l'Église de Jésus-Christ » plus soumises à ses décisions et plus exactes i ses observances et à ses pratiques ; tant que vous deviendrez; par l'oraison plus zélées pour l'accomplissement de vos devoirs, pla( assidues à vos fonctions , plus attentives à mortifier vos désirs, vos inclinations, vos passions ; plus vigilantes sur vous-mêmes et plos appliquées à vous perfectionner selon l'esprit de votre état; tant que vous profiterez de l'oraison pour avoir plus de charité envers le prochain,
f)Ius d'obéissance aux ordres des supérieurs , plus de patience dans es contre-temps et les chagrins de la vie , plus de douceur, de modération , de retenue , d'empire sur les mouvements de votre cœur et sur les paroles de votre bouche : à ces caractères , je recoonolU'ai le sceau de Dieu , et sans faire de longues perquisitions 4c la méthode d'oraison que vous gardez, ni de tout ce qui s'y passe, je yffm dirû d'abord et sans hésiter: Ne craignez pas, le Seigneur est là : DomsiMi en* Mais par une raison toute contraire, en vain me dira-t*^n de œlleci ou de celle-là que c'est une ame privilégiée, une ame prévenue de grandes grâces , que c'est une fille d'oraison : si je sais d'ailleurs (fue c'est une fille d'une foi équivoque , attachée à ses propres idées , in* (atuéç de doctrines étrangères et d* opinions réprouvées de lËglise» n'écontant rien de tout ce qu'on lui veut foire entendre pour la guérir de ses erreurs., et ne chercliant qu'à en infecter les antres, bien loin d'y renoncer elle-même ; si je sais que c'est une fille de parti, engagée dans des cabales et dans des intriguesi qu'elle est aussi ardente à soutenir qu'elle le devroit être à les attaquer et à les oombaitre; si je vois qu'après tant doitaisoDS et tant dé contemplations, die n'en est ni plus charitable, ni plus, condescendante aux foiblesses d'antroi, m jxioms maligne dans ses jugements, ni moins aigre dans ses discours, ni plus régulière y ni plus fidèle à la discipline domestique, ni plus souple aux volontés et aux avis des personnes qui la condviiseirt ; en tin niot, qu'elle est toujours sujette au^ méines imperfections et aux mêmes défauts, sans prendre nul soin de $e réformer et de changer, ah ! mes chères Sœurs , eût-elle tous les transports d'Éli^ , tous les ravissem^ts de saint Paul , toutes les révélations des prophètes, ou p^rût-ell? les avoir, je me défierai de tout cela, et l'on ne me oonvliucra jamais que l'esprit de Dieu s'y trouve , ni qi^'il en soit l'aniettr : pourquoi? parceque l'esprit de Dieu est un esprit de reUgioo, et d'une religion pnre et sans tache; parceque l'esprit de Dieli est un esprit de cbaiité, un esprit d'obéissance^ un esprit de règle, ub es* prit de sainteté, et que je ne découvre aucun' de oes fruits dans ces n* des spéculations et dans ces cootenaiplaiîons prétendues.
SUR LA D1G;<ITK, istc.
Mais que feis-je» et qu'est il nécessaire de lo'éiendre davantage sur un point qui ue peut regarder une mai^ou aussi sainte et aussi édifiante que celle-ci? Quoi qu'il eu soit| il étoit toujours boa» noies chères Sœurs, de vous prévenir contre dea illusions et des désordres qui se glissent partout , et dont il y a partout à se défendre. Du reste » que l'esprit de Thérèse vive parmi vous, qu'il s'y ranime aujourd'hui» et qu'il y fasse sans cesse de nouveaux progrès. Sans cetesprit de mor-tific^tion, l'oraison dégénère dansiin pieux , mais vain amusement^ et sans cet esprit d'oraison » la mortification ne peut subsister, et tombe enfin dans la laagueur et le relâchement. L'un et l'autrefait la perfection de Tame religieuse, et l'unit étroit^oient k Dieu dans ce monde, pour luipétre encore plus inséparablement et plus intimement iftiie dans la félicité éternelle , que je vous souhaite, etc.
. EXHORTATION SUR iiA nieniiTÊ et lss DBvoiita nis prêtres*
Saeerdoteituiinxiuanturjustitiam.
Que vos iwêtres; Seignèar, soipDt revêtus de Justice et de sainteté, Piaumê ciizi.
C'est ainsi , jtf essiéurs , que le Prophète vous fait tout à hi fois con« Qottre i*excellenGe de votre sacerdoce et ses devoirs ' ; et o^ést làdessus que saint Ambroise, traitant de la dignité des prêtres , lelir adreaae des paroles aussi âaqiie»ies pour exprimer la crrandeur de leur ministère , qu'elles sont instruetives pour en exeînoer saintement les fonctions : Audite me, stirps Levitica^ germen sacerdotale, jfropago êantifieata, duces ac reotores gregis CArùd : Écoutez-moi , vous qui êtes ka vrais héritiers de la^trfl^u de {^évi , iseos de la branche sacerdecale, sanctifiés par votre oaraetère^ et constitués les ehefe du trou* peau de lésus-Ghrist : Audite me rogantempuriter et vereiiiem : Éoou- Us la prière que je vous fais ,- aceenpagnée du respect et de la vénération <|ùe je dcns avoir pour vds personnes : Ut eum honoriê pobk prœrogaikfam mômtramuêt eongrum eHam meriia tequiramus ; afin que vous ayant montré réminence du rai^ où vous éies élevés , jepuisae exiger de vôu^touteaieé vertus et toute la sainteté nécessaire pour la soutenir avec honneur. Paroles dignes d'un évoque qui , ho- Boiérd'ah caractère aupérievi* encore k cèltii des prêtres que la Providence lui avoit subordonnéa» les iaatrukèit eftmattreets'expliquoit avec aolorité. Pour moi, Messieurs, qwn'ai pl^rmi vousni la même disdnciion, ai les'mémea drohs, Je ni'entreprendrailpoint de voua IMaciire ici des règle»;* mais, sans n'oublier moi-même, et gardant iMCee les mesuras convenables, je puia du reste vous représescer ka oblîgstioiia qui se trouvent indispeasablémeÉl attachées à votre
*qittesiiwtitifqa»wtiyiiipwisiwiii*iii giimisuiw.
368 SUft LA DIGNITÉ
état f et je n'aurai , pour m'en tracer Tidëe juste , qu'à me tracer l'idée de votre conduite la plus ordinaire. C'est donc dans cet esprit , qu'usant de la liberté qoe vous me donnez , je ne craindrai point de vous dire ce que vous devez être, parceque je sais qu'en même temps je vous dirai ce que vous êtes. Je pourrois, dans un récit pompeux et en de magnifiques expressions» relever les avantages infinis et toutes les prérogatives du sacerdoce de la loi de grâce. Mais si j'en parle, ce ne sera que pour éiabCr cette proposition si solide et si viraie, savoir, que tous' les titres d'honneur qui rehaussent l'éclat et le prix du sacerdoce, sont autant de raisons et de puissants motifs qui noos obligent, comme prêtres du Dieu vivant, à travailler sans relâche à la sanctification de notre vie et à notre propre perfection. Et parceque tous ces titres se réduisent à deux pouvoirs que le prêtre exerce en vertu de son ministère : le premier, que les théologiens appellent communément pouvoir de l'ordre, et le second, appelé, selon le même langage de la théologie , pouvoir des clefs on poirvoir de juridiction ; celui-là, par rapport au corps réel de Jésus^Hrist , i)ui est son sacrement ; et celui-ci , par rapport au corps mystique de Jésus-Christ, quî est ion Église composée de tous les fidèles : je veux" vous faire voir quel fonds de sainteté demandent indispens';id>lement l'un et l'autre. En deux mots, sacrés ministres da Seigneur, soyez saints : pourquoi? et parceque vous êtes les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ , c'est la première partie ; et parceque vous êtes lea pasteurs de l'Église de Jésus-Christ, c'est la seconde: Saeerflotes tm induantm justitiam. Voilà tout le sujet de cet entretien. '
PREHliRE PARTIE. ^
J'ai, cé me semble, compris tout ce qui peut se^dire de plus çraud 1 l'avantage du sacerdoce , quaîid j'ai dit qu'il donne^ au prêtre une espèce de pouvoir sur la personne mêoie du Sauveur : mais par-là , Messieqi:s, je crois aussi vous faire assez entendre la. pins, essentielle et la plus étroite de yos obligations , qui est de vous purifier sans cesse, de veiller sans cesse sur vous-mêmes, et'de soutenir par une vie sainte la sainteté de votre mtnistèire.
Le Fils de Dreu, se pTiésentam Iiii-même àwn Père, se mit tout à la fois en deux états , ou fit tout ensemble deux offices bien différents : celui de prêtre,' et celui de victime. Bans les sacrifices de l'ancientte loi, remarque saint .Augustin, le prêtre n'immoloit qu'une victkne étrangère ; mais dans te sacrifice de la loi nouvelle, c'est le mêoie Dieu qui offre et qi^.est offert; qui offre comme prêtre, et qui est offert comme i^ostie : Idem sacefdbs et hostia. D'où 11 «'en^t que le Smveur des hommes en se sacrifiant exerce sur sa personne adorable une autorité propre., puisqil^)n ne peut sacrifier une victime sansavmr droit sut* son sang et sur sa vie. Et de là même encore suit une autre çon^é(|ueiice, qu'ayant substîtàe les prêtres à sa place pour eoBtimer