‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 83 sur 99 · SUR LA DIGNITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA DIGNITÉ

plds prompte et ta pins exacte obéissance. Si h fol ne nous èDseigiioit oes yérkës; ne pâsseroient-elles pa|^clansnos esprits pot#des fictions » H poarrions-fious même nous figurer de la part d*u& Dieu un si prodigieux abaissement? pourrions^noos penser qu^un bomme pût jamais atteindre à une telle élévation, et être revêtu d'un caractère qm le mtt enéiat , si je Tose dire ; de commander à son souverain Seigneur, et de le ftiii^e descendre du ciel? Nous ne lisons qu'avec ^tonnement ce qui est rapporté dans l'Évangile , que Jésus obëissoit à Marie : Eterat gubditus iltis (Luc, 2). tt y îi moins lieu toutefois de s'en étonner» puisque c*étoit le fils de Marie, et que la nature sembloit donner pouvoir à cette^nère sur son fits. Mais qu'est-ce que le prêtre, et quel titre a*t-il à l'égard de son Dieu, qui ne soit un titre de dépendance et de servitude ? Cependant à la parole de ce serviteur, de M esclave , la majesté divine vient tous les joprs s'faumilier dans le sanctuaire, et y renfermer toute sa gloire. Voilà, Messieurs, à quoi vous êtes employés : mais prenest garde , s'il vou^ platt , et revenezren toujours à la même conséquence. S'il fout dès qualités éminenres pour exercer un empire légitime sur des hommes, que fautai pour un empire qui s'étend jusqu'à Dieu même?

C^est sur cela que saint Augustin s'écrie : 0 veneranJda sacerdàium jMgmtàs! 0 dignité des prêtres, que vous êtes vé4|^rable! Mais encore, quelle raison en apporte ce saint docteur? Elle mérite une-attention particulière : In quorum manibui^ veluî in utero Virginis , Ftttus Dei incamatur. Car, dit ce Père , c'est en quelque sorte dans les mains du prêtre, comme dans le sein yirginal de.Mprie, que le Verbe de Dieu est conçu, et qu'il s^incar^^ tout de nouveau. ËxfSression figurée, mais dont le sens n'en est pàsriDoins solide, ni moins réel. Et de là quelle conclusion? que la charité du Fils de Dieu n'a point de bornes? c'esrcelle que tout le monde en doit tirer. Qu'il n'est rien de plus respectable que le caractère tles prêtres? c'est l'idée que tout le peuple cbréiFeh doit s'en former. Mais que ce caractère suréminent engage donc les prêtres à une v|e tout angélique; c'est ce qu'ils doivent conclure eux-mêmes, pouf leur propre édification. '

Écoutez, je vous prie^ Messieurs, le raisonnement du même saint Augustin, écrivant afux anachorètes. Lé plus grand obstacle au dessein de l'incarnation «dia Verbe fui rimpureté de notre nature. Mais que fit l'amour- de Dieu? Pour surmonta c^t obstacle, il prédestina, avant tous les siècles, une Femme, ou plutôt un miracle de pureté, qui devoit être la mère de l'Homme-Dieu. Il la s'épara de la masse cjommune, et la conserva toute Mainte jusqu'au Ihilieu de la corruption. Ce n'étoit pas assez :'il changea tout l'ordre et toutes les lois de la nature, et il ordonna que, par le pr<M%e teplus singulier j la virginité subsîsteroit avec la maternité ; c'est-à-dire qu'une vierge seroit mère, et qu\ine mère ne cesseroit point d'être vierge. Qui jamais entendit rien dé semblable? Mais après toutes œs merveilles qui sanctifièrent

£T LES Devoirs des prêtres. m

ttari^ , save^'^^oos nëanmoins qael sentime&t TÉg^lise ailribue aa VeA»e divin » qnand il fallut accomplir le grand mystère de notre sa« lat? Elie croit en avoir beaucoup dit quand elle chante qu'il n'eut point horreur de demeurer dans le sein de cette vierge : Non horruuti virgtnis utèrtim. N*est-ee pas le même Dieu qui descend sur Tau tel, et que les prêtres portent dans leurs mains ? ii*est-il pas toujours éga^ lement saint et ennemi du péché? la pureté n'est-elle pas toujours égslemetit l'objet de ses complaisances? Pourquoi donc n'a-t-il pas feit les mêmes miracles pour sanctifier ceux qui coopèrent à ce mystère? c'est pour leur en laisser l'obligatipn et le mérite : de sorte que» considérant à quoi i1$ sont éievés, ils se confondent en eux«mémes de se voir si éloignés de la sainteté de leur ministère, et qu'ils travaillent sans relâche à Tacquérir.

Mais qu'arrive-t-il? permettez-moi de m*cxpliquer, Messieurs ; je ne dirai rien que vbus ne remarquiez aussi bien que moi, et que vous ne déploriez avec la même douleur et le même zèle que moi. Qu'ar« TÎve-t-il donc, encore une fois? On séparé Thonneur d'avec la charge et le fardeau, et de deux choses essentiellement jointes ensemble, on prend celle qui flatte l'avarice, l'ambition , et l'on se dispense de celle qui engage à la réformation des mœurs, et à leur sanctification. Désordre dont nous ne' pouvons assez gémir, et qui devient tous les jours plus commun dans le christianisme. Tellement que le sacerdoce aujourd'hui se trouve comme abandonné à toutes les convoitises des hommes. On en fait le partage des enfants, et c'est la ressource d*un père et d une mère chai*g^s d'une nombreuse famille. Pour les pau- Tres,'c'est une fortune et un moyen dé se garantir de la misère^ Pour les riches, c'est une voie à des rangs honorabres;et à des distinctions éclatantes. De là combien voyons-nous de prêtres .intéressés, de pré» .très ambitieux , de prétrçs vains et présomptueux, de prêtres oisifs et voluptueux , de prêtres tout mondains ? Vous ne vous offenserez point. Messieurs, de cette morale, que je dois, par proportion, m'appliquer à moi-même, autant qu'elle me peut convenir , et dont nous devons tous profiler. Reprenons.

Je dis des prêtres mercenah'es et intéressés. Je n'ignore pas là maxime de saint Paul ; elle est ji>ste, elle est raisonnable : Quiconque sert à l'autel , doit vivre de l'autel. Qu'un ministre du Seigneur, en faisant les fonctions de son ministèi^e, reçoive donc certaine rétribution qui y est assignée, c'est Ce que ([Église approuve,* et ce que je ne pourrois condamner sans une extrême témérité. Hais que dans des fonctions si excellentes et si sacrées, ce ministre n'ait en vue que la rétribution qu'il en tire ; qu'il ne s'y adonne que pour cette rétribution ; qu'il ne paroisse le$ estimer que par celte rétribution ; qu'il en fasse comme un trafic, comme un commerce, et que dès que cette rétribution vieudroit à manquer ou à dinainuer, il soit disposé à les négliger et à s'en exempter ; voilà ce que toute l'église réprouve, et ce

ÎKIS SUR LA DIGfttTÉ

que je ne parois trop hautement réprouver moi-même. Car voilà le principe malheureux de tant de profanations du plus saint mystère. On le célèbre sans dévotion, sans onction, sans attention , souvent sans préparation , et sans la plus nécessaire préparation, qui est Tin* n6cence du cœur. On a ce que Ton prétendoit , dès qu'on ne se retire pas les mains vides. Tout le reste n'étoit que comme Faccessoif e ; mais c'étoit là le capital.

Je dis des prêtres ambitieux. Il y a dans Tétat ecclésiastique des degrés où l'on ne peut monter sans le sacerdoce. C'est une conditîoD absolument requise pour obtenir tel bénéfice , et pour parvenir à telle dignité. Il faut donc entrer dans les ordres sacrés , et l'on y entre : pourquoi ? Est-ce pour avoir le précieux avantage d'offrir le sacrifice xlu corps et du sang de Jésus-Christ? c'est à quoi J'en ne* pense guère ; et si le saint caractère n'étoit bon qu'à cela , on ne s'empresseroit pas de le demander. |ffais il peut servir à autre chose , et on ne le recherche que pour cette autre chose. Non seulement on est prêtre avec ambition , mais on ne l'est que par ambition. Est-^on venu à bout de ses desseins» et se voit-on au terme oit l'on aspiroit» on ne se souvient plus en quelque manière dé la qualité de {urétre, parcequ'elle n'est plus de nul usage. On passe les mois, on passe presque les années sans en faire nul exercice. On vit en. laïque; et plût a Dieu que l'on vécut au moins en laïque pieux et chrétien! c'est le dernier souhait oii nous réduisent tant de bénéficiera. Une courte messe où ils assistent, et où ils n^assistent qu'aux jours ordonnés, vcMlà souvent tout le fonds de leur piété et toute leur religion.

Je dis des prêtres vains et présomptueux. Jésus -Christ ne reoommandoit rien davantage à ses apôtres , qui furent les premiers prêtres de la loi nouvelle, que Thumilité. Saint Paul ne vouloit pas qu'un ministre de rjËglise cherchât à dominer dans l'Église même, beaucoup moins à dominer dans le monde. Mais depuis Jésus-Christ et depuis saint Paul, cet esprit de domination a fait dans le sacerdoce y es progrès qu'il n'est pas aisé d'arrêter. Parcequ'on est prêtre , on est délicat et sensible sur le point d'honneur ; et tel, dans la condition où il est né, eût conservé tonte Ja modestie de son état, qui n'a commencé à là perdre que du moment qu*il s'est vu couvert d'un habit qui devoit le rendre plus modeste encore et plus humble. Parcequ'on est prêtre, on s'arroge le droit de iuger de tout,, de décider de tout , de l'emporter partout et sur tout. A l'exemple de ces pharisiens qui né vouloient pas qu'en les approchât , on traite le reste des hommes de ph)fanes , et l'on en exige des déférences que Ton s'atUreroit bien mieux si l'on y étoit moins attentif, et si l'on en paroissoit moins jaloux. Je sais de quel prétexte on veut s'autoriser. Ce n'est pas pour ma personne , dft-on , c'est pour mon caractère. t>istinctioB spécieuse, mais sujette à la plus subtile illusion. . Car, dans cette union si. étroite du caractère et de la personne, ést-il rien de plus fa-

Page 1