‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 84 sur 99 · ET LES DEVOIRS DES PRÊTRES. S · texte numérisé non relu

ET LES DEVOIRS DES PRÊTRES. S

die et rien de plus ordinaire que de confondre l'un avec l'autre ? et en mille rencontres ne pourroit-on pas, avec plus de vérité, renverser la proposition» et dire tout au contraire : Ce n'est pas pour mon caractère» mais pour ma personne? Quoiqu'il en soit, jamais ni votre personne ni votre caracière ne seront plus respectés , que lorsque vodS ne ferez plus apercevoir tant de vivacité et tant d'exactitude sur lés respects qui leur sont dus. Il vous est permis de soutenir les prérogatives de votre sacerdoce , et d'en défendre les privilèges ; mais moins vous voudrez vous en prévaloir, moins s'attachera-t-on à vous bs contester.

Je dis des prêtres oisiis et voluptueux. Ont-ils satisfait à un office qu'ils abrègent autant qu'il leur est possible , et qu'ils récitent très légèrement , ils se tiennent quittes de tout. A quoi , du reste , se consument toutes les heures de la journée? ni pratique de l'oraison, ni étude des sciences divines ; visites fréquentes , conversations inutiles» parties de divertissement, vie molle , et par-là vie très dangereuse^ et exposée à tous les écueils où l'oisiveté peut conduire : car l'oisiveté est la source de bien des maux dans tous les états , et si je vous Caisois ici le dénombrement de ceux qu'elle a causés dans l'état ecclésiastique, et qu'elle y cause , je vous tracerois une peinture bien affreuse et bien affligeante ; et le moyen que des prêtres sans occupation au milieu du siècle se maintiennent dans la pureté de leur profession ? Un solitaire a sa solitude , un religieux sa retraite , pour rempart contre les occasions et les tentations : cependant , ni la solitude , ni la retraite , ne suffisent pas encore pour préserver l'un et l'autre ; et sans le secours des saintes observances qui partagent tout leur temps et qui le rem* plissent, ils ne se croiroient pas en sûreté et ils n'y seroient pas. Que sera-ce d*un prêtre abandonné à lui-même; maître de lui-même et de ses actions, n'ayant pour l'éclairer d'autre inspecteur que Dieu, qu*on oublie aisément, ni pour le retenir d'autre frein que le devoir^ dont on perd aussi facilement le souvenir ?

Enfin, je dis des prêtres tout mondains. Mondains dans les affoires où ils s'emploient , vivant dans une agitation perpétuelle de procédures , de poursuites, de soins temporels, dont quelquefois ik s'accablent, soit que ce soit pour eux ou pour leurs proches ; mondains dans leurs habitudes et leurs sociétés ; voulant être de toutes les assemblées , de tous les jeux , de tous les plaisirs , de tous les spectacles ; mondains dans leurs manières et leurs discours , affectant de se distinguer par des airs dissipés, par des paroles indécentes, par des excès de joie et des libertés dont ils se flattent qu'on leur applauditi et dont ils se font un faux mérite ; mondains jusque dans leurs vêtements, et par où? par toute la propreté, par tout l'ajustement, par tout le luxe qu'ils peuvent joindre à la simplicité évangélique. Ah ! Seigneur, sont-ce donc là ces ministres que vous avez spécialement consacrés ? sont-ce là les dépositaires de votre puissance, et est-ce en de telles mains que vous avez prétendu livrer votre corps et votre sang ? B.4. 38

tm SUR LA DIGNITÉ

Honte du christianisme ! disons plat6(, bonté de oeax i^nl désho* norent ainsi oe qu'il y a de plus vénérable dans le christianisme ! Quand je lis ce qae saint Augustin raconte de certains prêtres éthiopiens, ou ce que saint Jérôme reprochoil à Joviaien touchant ks mœurs des prêtres d'Egypte, et que je viens i considérer que ces infidèles s'assojettissoieat à une vie si rigoureuse et si austère pour mériter seulement Festime des peuples, et pour se mettre en crédft auprès d'eux, j'ai eômpassion de leur aveuglements Hais tandis que je le déploae avec saint Augustin, je déplore encore plus^ comme œ saint docteur^ notre misère, de ce que tes infidèles nous font des leçons, qu'ils devroient recevoir de nous : O grandie ehrisûûiwrttm ruh êeria 1 Eue pagam dùciarei /ideltum faeti $unt. Qud assemblage ! dit saint Ambroise, et comment acooroer ensemble deux choses si op* posées, réminence de la dignité et l'imperfection de la vie, une proîession toute divine et une conduite toute criminelle ? Hcnor «ttftfimti e$ vita defamds^ deifica profti^ et Ulidîa aetiù. Abus dont saint fiernard se plaignoit si amèrement et avec tant de sujet au pape Eugène. Chacun travaille» lui disoit-il, à devenir plus grand ; mais aucun ne a'étudie à devenir plus saint : Alticirm umimquemquey non metiorem et»e deleetai. Cependant la vraie grandeur, surtout la vraie grandeur du sacerdoce, ix>nsiste dans la sainteté. Otes^hii ce fond, vous ht détruisez. Du moins atttrefixs étoit-dle soutenue par la noblesse. Dans la loi de nature, le droit d'atnessè lui servoit de titre ; et dans la loi de Holse, c'étoit une prérogative de la tribu de Lévi. Mais ^ns la im de grace^ où, sans acception de personne, les prêtres sont admis aux mêmes mystères, c'est la sainteté qui en fait le plus bd ornement. Sainteté requise, non seulement par rapport au pouvoir de l'ordre dont le prêtre est revêtu comme sacrificateur du corps de Jésns-Christ, mais encore par rapport au pouvoir de juridiction qu'il exerce comme pasteur de l'Église de Jésus-Christ. Renouvelez votre attention pour cette seconde partie.

DEUXIÈME PAUTIE.

Ce ne fut point une parote sans effet qile celle de Jésus-Christ à ses apôtres, lorsqu'il leur dit : Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel. Les Pères et les interprètes reconnoissent que par-là le Fils de Dieu soumît aux prêtres, dans la personne des apôtres, toute i'Ëglise ; qu'il les revêtit d'un pouvoir qui s'étend sur tous les membres du corps (nystique de ce Sauveur, et qu'il n'y a dans le monde ni prince ni monaïque qui ne relève de cette juridiction, aussi souveraine qu'elle est universelle-

En voulez- vous, Messieurs, concevoir une légère idée? Imaginez- Vous un homme qui, d'une fortune médiocre etd'upe condition obscure, se trouve tout-ù-coup élevé au premier ministère d'un grand

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état, et cela parla pure libëfalitë du maître, lequel vent faire ëclatei^ sa puissance dans rëlévation de son sujet : Stahonorabitur^ quemcun^ que volnerit rex honairari (EstK^j 6 )|^ y^k l'iÉj^bitre de toutes cImn ses» et les plus import|iitea afiairea ne se aonduisent q«e f>ar loi ; (fe^ loi qui distribue ies'feveurs, lui qui assigne les récompenses» lui qui iait les heurgox et les malheuiaut t ses ordres sont reçus comoiedesl ordres supén^nrs i et tous lès iirtërêts du prince lui sont confiés. Qu'un rebelle, qu'jni erinlinel ait sa gra« à obtenir, Vest à ce mëdia^ tear qu'il s'adresse ; et par l'efficace de cette médiation, le plus coupable est en un moinant rétabli dans tous ses droits et d%i toutes ses espérances. Jamais entendit-on parler d'un tel crédit ? et dans ce qutf l'Ecriture nous a j|arquë de celui d'Aman, y a-t«il rien qui puisse régaler? Je M m w étonne pas : caries princes de la terre n'ayant qu'un pouvoir borné, ils n'ont garde de le communique^avec si peu de réserve. Mais il en est tout autrement à l'égard de Dieu t comme sa grandeur est infinie, il peut, sans lui riei Ater, en faire part à qui il lui platt ; or il l'a, pour ainsi ^ire, déposée tout entière entre les mains de ses min\|Ms, et c'est la bdie réfl||ion de saint Gbrysostomé dans ses doctes commenlfl^es sur le saceraoce. Quelle merveille ! et qui le â*oiroit? Le serviteur est établi juge suHÎi terre, et le maître! daus le ciel ratifie tout^É^ sentences qu*il porte , Set'Vus sedet in terra , et Domnu» sequttur sententiam ; le ciel reçoit de la terre la règle et la forme de justice qu il doit suivre, A terra judicandl for» mam cœlum accipit. De sorte, ajoute saint Gyprien, que le jugement des prêtres est conime jugement anticipé de Jésus-Christ même, Antidpatum Chriiti judmum : encore ce jugement du prêtre a-t-il cet avantage, quil confère la grâce, qu'il efface kp péchés, qu'il conver*^ tit les pécheurs en saints i ce que n'aura pomt le dernier jugement que prononcera le Sauveur du monde à la fin des siècles.

Voilà , Messieurs , le ministère de réconciliation que Dieu vous a commis. Vous êtes ses délégués, et, si j'ose user de ce terme, vous êtes ses plénipotentiaires , pour conclure cette grande paix qui se traite entre le del et la terre , entre Dieu offensé et l'homme pécheur. C'est à vous que le créateur du monde remet sa cause et ses intérêts ; c'est à vous qu'il dit encore plus qu'à ses prophètes : Judicate intet^ me et vineam meam (Isal., K) : Cet homme est pécheur, il m*a outragé, il a blessé ma gloire; je pourrois le juger moi-même; mais je m'em rapporte à vous. Tout ennemi qu'il étoit, je le tiendrai pour ami dès que vous l'aurez déclaré tel ; il ne s'agit pour lui que de se rendre digne de l'absolution que vous lui donnerez: du moment que vous lui aurez pardonné, je lui pardonne, et toutes les portes du ciel, qui lui étoient fermées, s'ouvriront poiu* le recevoir. Voilà, dis-je, mi** nistres de Jésus-Christ, comment Dieu vous parle, et voilà de quoi toute l'Église le doit glorifier, comme ces troupes fidèles de TÉvati* gile ; Et ghrificaveruni Deum , qui dédit potettatem talem homnibut

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