‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 87 sur 99 · ET LES DEVOIRS DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

ET LES DEVOIRS DES PRÊTRES

hlaUe a eux? Qiiomoib enm fiotest ob$ervm à pojndo^ (jmniUl habei 9eparatum à populo? Qu'admireront-ils dans sa personne, s'ils s'y reoonnoûsent eux-mêmes, et toutes leurs imperfections? Qiàd m tUorn^ retuTy n Jita ti» illo recognoseai î Et le moyen qu'ils aient de U yënération pour celui en qui ils retrouyent tout ce qui les Cait rougir dans eux-mêmes? Ei n qwe in te erubfiitiu t^ eo ouet» vmeranàwn arbitra" tUTy of fendit? A qui donc , je le répète » l'Eglise adressera-t'^elle ses plaintes , si ce n'est aux auteurs de ce scandale ? et quel droit n'a-telto pas de leur dire aveo le même sèle et la même indignation que le Prophète : Vos autem recettistis de viâ^ et scandalhastii pkaritnos in lege (Malag.» I)? Vous, ministres de mes autels, vousqui deviea sanctifier le monde par vos exemples aussi bien que par vos paroles et vos instructions, vous êtes sortis de mes voies , et vous avez entraîné après vous les foibles. Vous avez détruit d'une main ce que vous bâtissiez de Tautre ; et tant d'ames que vous aviez £ait naître en Jésus- Christ par Tefficace et la vertu des sacrements, ont reçu de vous la mort par la liaison qu'elles ont eue avec vous, et par les effets conta* gieux de votre conversation* Justes reproches, mais reproches encore plus terribles, si nous y ajoutons les menaces du Dieu vivant. Car si la justice de Dieu doit être si exacte dans le compte qu'elle demandera a tous les hommes des devoirs de leur profession, elle ira jusqu'à la rigueur par rapport aux prêtres. Jésus-Christ leur avoit confié ce qu'il avoit sur la terre de plus cher, ses frères, le prix de sa croix, les brebis de son troupeau. lis en dévoient être les sanctificateurs : que sera-ce d'en avoir été les corrupteurs? Il faudroit peut-être, Messieurs, adoucir cette expression : mais laissons-lui toute sa force. Elle ne vous donnera rien à entendre qui passe vos connoissances, et qui ne vous ait plus d'une fois rempli le cœur d'amertume.

Voilà ce qui foisoit trembler les Saints; et entre les autres, voilà ce qui faiaoit trembler saint Jérôme. C'étoit l'ornement du désert, bien toin d'en être le scandale ; c'étoit dans l'Église, non seulement un docteur consommé, mais un modèle de pénitence et de sainteté.'Toutefois ce docteur, ce pénitent, ce Saint, ne laissoit pas d'être saisi de crainte, dès qu'il venoit à faire cette réflexion : Grandis dignitas sacerdotvm , res grandis ruina eorum. C'est une grande dignité que celle des prêtres, mais leurs chutes n'en sont que plus profondes. Glorifions Dieu de la sublimité du rang oii il nous a appelés ; mais craignons encore plus le précipice où nous pouvons tomber : Imtmnur ad ascensum , sed imeamus ad lapsum. Saint Chrysostome va plus lojn , et j'aurois peine à user ici de sa pensée, s'il ne nous assuroit luimême avoir fait à ce qu'il avance une sérieuse attention. C'est dans la seconde homélie sur Its Actes des apôtres. Non , dit ce docteur si éloquent et si solide, ce n'est pas sans y avoir réfléchi que je parle : Non temerè dieo. Je ne crois pas que dans l'état du sacerdoce il y ç^a ait beaucoup qui se sauvent; et, selon mon «entimeni, le plus grand

nombre parmi les prêtres est de ceux qui périssent. Quoi qu'il en soit de Topinionde ce Père, c'est ainsi qu'il s'en est formellement et hautement expliqué : Ut affectus sum ac sentio, non arbttror tnter sacerddles muUos esse qui salvi fiant, sed multô plures qui perçant»

La ccmclusion' de toi\t ceci , Messieurs, c'est ce que nous recommande saint Grégoire : écoutez-le , et n'oubliez jamais le salutaire avis qu'il vous donne. Voici en quels termes il s'exprime, et ce qui comprend tout le fruit de cette exhortation. Craignons donc, mes chers Frères, craignons, et appliquons-nous à nous-mêmes cette importante leçon de l'Apôtre, d'opérer notre salut avec tremblement. Craignons qu'après avoir été prêtres de l'autel, nous ne soyons les victimes de l'enfer; et qu'après avoir eu pouvoir sur le ciel et sur la terre, noos ne devenions les esclaves des démons. Pour prévenir ce maihear, accordons notre vie avec notre ministère , et faisons répondre la piété de l'nne à la sainteté de l'autre. Voulez-vous encore un précis et nn abrégé de tous vos devoirs? Le bienheureux Justinien nous Fa tracé en peu de mots : remportez-les avec vous, et méditez-les. Àeceéatia' cerdos ad altaris Mbunal ut Christus, assistât ut angélus, mmitretvl sanctuSf offerat vota populàrum ut pontifex, interpeUet pro pace utmetUator, pro se autem exoret ut homo : Que le prêtre approche de l'aa* tel comme Jésus-Christ, par sa puissance; qu'il y assiste comme on ange, par son respect; qu'il y serve comme un Saint, par la pureté de sa vie ; qu'il y offre les vœux du peuple comme un pontife, par sa charité envers le prochain; qu'il y moyenne la paix comme médiateur, par son zèle pour la gloire de Dieu ; et qu'il y prie poar luimême comme homme, par son humilité et par la connoissance de ses foiblesses. De cette sorte, non seulement il ne sera pas condamné ao jugement de Dieu, mais il ira y continuer rexercice de son pouvoir anprés du souverain juge, et il s'assiéra sur le tribunal qui lui est préparé, pour juger avec Jésus-Christ les douze tribus d'Israël. 11 accompagnera ce Dieu Sauveur dans sa gloire , et il recevra de sa main la couronne d'immortalité, que je vous souhaite, etc.

EXHORTATION

sua LA PRIÈRE DE JÉSUS-CHRIST DANS LE JARDIN.

Etprogres8UtpusUl4nn,proeidit in fadem suam, orans eidieent : Pater m, i»jw«W» e$U irai\teat à me calix Ute : verumtamen non sicut ego volo, sed sieut tu.

S'étant avancé un peu plus loin, il se prosterna le yisage contre terre, priant et disant ; Mon Père, 8*11 est possible, faites que ce calice passe, et qu'il ne soit point pour moi : cependant que votre volonté s'accomplisse, et non la mienne. Saint MATTmBU, chap. xxvf .

Voilà , Chrétiens , le premier mystère et comme l'enlrée de tous les mystères de la Passion du Fils de Dieu , que nous deroos méditer pendant le cours de ce carême. C'est la grande dévolion des âmes

SUR LA PftlÈRE DE JÉSUS-CHRIST. 601

fidèles, surtout en ce saint temps, de considérer les souffrances de leur Sauveur; et c'est de cette méditation que le»l^nts ont retiré des fruits si merveilleux de grâce et de sainteté. Pour moi, ines Frères, disoit saint Bernard , depuis le jour de ma conversion, mon soin le plus ordinaire et le plus fréquent a été de cueillir, comme l'Épouse, <ce bouquet de myrrhe; composé de toutes les amertumes et de toutes les douleurs de Jésus-Christ, mon souverain Seigneur. Je Fai^mis <lans mon sem, et je Fai appliqué à toutes mes plaies : Huncmihi fasciculum coUîgere et intra viscet^a mea coUocare curavi^ coUectum ex amaritudinîbus Domini met. Car comment pourrois-je oublier les miséricordes d'un Dieu souffrant, ajoutoit ce saint docteur, puisque •ce sont elles qui m'ont donné la vie? et quel intérêt n'ai-je pas à les tenir profondément gravées dans mon souvenir, puisque c'est là que je trouve la vraie sagesse, que je trouve la plénitude de la science, que je trouve des trésors de salut , que je trouve enfin un fonds inépuisables de mérites? In his sapientiam ,. in his plenitudinem scientîcé, in tus (Uvitias salutis, in his copiam meritorum. De là , mes Frères, continoit encore le même Père, parlant à ses religieux , de là vient que je les ai si souvent dans la bouche, comme vous le savez; et que je les ai encore plus dans le cœur, comme Dieu le sait : car c'est là toute ma philosophie, c'est à là seule connoissance de Jésus qu'elle se réduit, et de Jésus crucifié : Hœc phllosophia mea, sdre Jesum^ et hune cruci' fixum» Tels éloient les sentiments de saint Bernard : faisons-en les nôtres, mes chers auditeurs ; et puisque c'est pour cela que nous sommes ici assemblés , commençons dès aujourd'hui à étudier cette science sublime et suréminenté de la charité de notre Dieu et de sa douloureuse passion. Ce que nous présente d'abord l'Évangile, c'est Jésus-Christ priant dans le jardin, et acceptant avec une pleine soumission le calice que son Père lui a destiné et préparé : Verumtamen non sicut ego volo, sed sicut tu. Arrêtons-nous là , et pour notre édification apprenons nous-mêmes comment nous devons en tout nous conformer aux ordres de Dieu, et nous résigner à ses adorables volontés. Soumission d'une nécessité indispensable; soumission que tout chrétien doit conserver jusqu'à la mort, et sans laquelle il n'y a point de salut, puisque le salut devient impossible à quiconque refuse d'obéir à Dieu , et ne veut pas dépendre de Dieu; mais soumission qui , de toutes les vertus, est peut-être la moins connue dans le christianisme et la moins pratiquée. Elle renferme deux choses qui vont partager cet entretien , savoir, le sentiment et l'action; le sentiment dans le cœur, et l'action dans la pratique : le sentiment dans le cœur, pour vouloir tout ce que Dieu veut; et l'action dans la pratique, pour exécuter ensuite et pour faire tout ce que Dieu veut : deux devoirs que nous enseigne par son exemple le divin maître qui s'est anéanti pour nous, et rendu obéissant jusques à la mort. Donnez , s'il vous plaît , & l'un et à l'autre une favorable attention .

602 sua LA PRIÈRE DE JÉSUS-GHRIST.

FABMIÈRE PÀATJE.

Pour comprendre ce que c*est qu'une résignation parfaite aux or^ dres de Dieu^ et que cette soumission du cœur qui consiste dansl& sentimeni, nous n'avons. Chrétiens, qu'à contempler le Fils de Diea prosterné en la présence de son Père, et lui adressant Thiimble prière que les évangélistes ont pris soin de rapporter. C'est là que ce Dieu Sauveur nous donne la plus haute idée d'une sainte conformité aux arrêts du ciel et à toutes les dispositions de la divine Providence; c'est là qu'il nous fait connoitre toute l'étendue qu'elle doit avoir, et à quel degré de dépendance elle nous doit réduire ; tellement qu'il n jr ait ni circonstances si rigoureuses, ni répugnances si vives et si naturelles, toi temps, ni conjonctures, où noire volonté ne soit soumise, et où nous ne réprimions toutes se$ révoltes. Remarquez ceci, mes chers auditeurs ; car voilà, j'ose le dire, un des points les plus impoN tants de la morale chrétienifie, et un des plus salutaires enseignements.

Que (ait donc notre adorable maître, retiré dans le jardin de Getfasé^ mani, et se disposant à consommer, par une mort également ignominieuse et violente, le grand ouvrage de notre rédemption? Il prie, non pas pour une fois, mais jusques à trois fois; non |$as pour quelques moments, mais pendant trois heures entières. Et dans tout le cours de cette oraison si soiivent réitérée et si long-temps prolongée, quedemande-t-il? Une seule chose, et rien de plus; une chose qu'il préfère à toutes les autres; une chose pour laquelle il est descendu sur la terre, une chose qu'il a cherchée dans toute sa vie mortelle, et qu'il ne cessera point de chercher jusques à son dernier soupir : c'est, mon Dieu, Père tout puissant, Père souverainement sage, souverainement juste, souverainement saint, que votre volonté soit faite, et non la sienne: Verumtamen, non sicut ego volo, sed $icut tu. Prenezgarde, Chrétiens: il se soumet, ce Fils unique de Dieu^ au bon plaisir de son Père; il s'y soumet dans le dernier accablement de l'affliction , et lorsqu'il semble qu'un déluge de maux ait inondé son ame; il s'y soumet dans un temps où ce Père même, qu'il veut glorifier par sa soumission, s'est retiré sensiblement de lui, et paroit l'avoir abandonné; il s'y soumet, sans trouver nulle consolation auprès des créatures; et il s'y soumet enfin de telle sorte, qu'il agrée tout, sans exception et sans réserve. Je re-

1)rends et je m'explique, pour vo|is faire encore mieux connoitre tout e mérite d'une résignation si généreuse et si héroïque.

Il se soumet au bon plaisir de son Père : car le bon plaisir de son Père étoit qu'il souffrît, qu'il mourut, et que, par ses souffrances et sa mort, il procurât le salut de l'homme. Or voilà ce qu'il accepte, jmalgré la qature qui s'y oppose, et malgré tous les sentiments coniraires qu'elle lui inspire. En vain se révolte-t-elle; en vsiin, par la yiolepce de ses révoltes, lui foitelle dire : Transeat à me ea&sc û<^< Que ce calice passe^ et que je ne soi^ point réduit à le boire. La graçe.

|>ar un effort supérieur, prévaut et remporte ( le retour est prompt, ^, saos égard à la parole que les sens lui ont en quelque sorte arra-^ ché^ ,'U en revient bientôt au point capital qu'il s'est tracé comme la grande règle de sa vie, et qui est de ne vouloir que ce que le ciel a résolu 9 et que ce qu'il a déternUné dans ses immuables décrets ; Fe« rumtamen nên sicut ego vohj sed sicut tUf

Il se soumet ; et en quelles coqjonctures? Ah ! Chrétiens , ea^ pouvons-nous imaginer de plus tristes et de plus désolantes ? c'est dans un soulèvement général de toutes ses passions contre lui-même; c'est au milieu des plus rudes combats que lui livrent tour à tour , tantôt la do&leur la plus mortelle , Ciepit càntristari (Matth., â6) ; tantôt l'ennui le plus profond, Cœpit tœdere (Maec, 14); tantôt la crainte et les plus vives frayeurs, Cœpit pavere (Ibid. ) : c'est au plus fort de son agonie, et dans une telle défaillance que le sang coule de tous les naembres 4e son corps, et que la terre en est arrosée : Foetus est sud/or fjus sicutguttœ sanguinis decurrentis in terram (Luc, 22); c'est, à ce qu'il semble, dans un délaissement total, et de la part du ciel et de la part des hommes. Il s adresse à son Père, et son Père ne lui répond rien; les trois apôtres qui l'ont accompagqé s'endorment, et le laissent seul dans la plus sombre nuit et la plus affreuse solitude. De là donc il se soumet sans recevoir nulle consolation, surtout nulle consolatioq humaine. S'il persiste dans la prière, ce n'est pas en vue d'y trouver un soulagement à sa peine, mais dans le dessein d'y prendre de nou** velles forces pour la supporter. Aussi Tange que le ciel lui envoie ne )ui rend-il point d'autre office que de le soutenir et de l'encourager : Apporuit autem angeltis decœlo^conforlans eum (Ibid.). Observez cette

Krole, dit saint Augustin : l'Évangélistene nous fait pas entendre que nge le consola, mais seulement qu'il le fortifia: Confortons eum. Enfin, il se soumet : et à quoi? A tout : c'est-à-dire non seulement à la chose, mais à toutes les circonstances qui y doivent être jointes ; non seulement à la substance de ce que Dieu veut, mais à la manière dont il le veut; non seulement à U croix, mais à tous les opprobres et à toutes les ignominies particulières de la croix. D'où vient qii'jl ne se contente pas de dire, Que ce que vous voule^se fasse; mais il ajoute : Qu'il se fasse, et qu'il en soit comme vous le voulez : Non sîcut ego volo^ sed sicut lu.

Voilà, mes chers auditeurs, le vrai modèle de la soumission chrétienne; voilà en quoiconsistecette conformité de cœur et de sentiment qui nous tient toujours unis à Dieu, quoi qu'il ordonne de nous, et en quelque situation qu'il lui plaise de nous mettre. Être soumis dans l'adversité comme dans la prospérité, dans le trouble de la passion comme dans la paix ; être soumis quand Dieu nous traite en apparence dans toute la rigueur de sa justice, qu'il ne prend nul soin de nous, ou plutôt qu'il en use avec nous comme s'il n'eu prenoit mil soin, et qu'il nous eût absolument oubliés; éfre soumis sai^s recourir

au monde, à une Famille, à dés proches. Il des amis qui pourroient nous être de quelque soutien, et apporter quelque remède au mal qui nous presse; sans rien même attendre de la grâce, je dis rien de sensible, qui puisse nous adoucir Tamertume du calice que Dieu boqs présente; sans avoir d'autre ressource, ni d'autre asile, queTautelet que Toratoire, non pas pour y demander à être décharge, mais à être second et conforté, et du reste pour y témoigner une fidélité inébranlable et une pleine résignation; être soumis avec une détermination entière à tout ce que Dieu voudra, comme il le voudra, et dans Tordre qu'il le voudra; c'est là, encore une foi^, ce que j'appelle une véptable conformité d'esprit et de volonté avec l'esprit et la volonté de Dien. De tous ces points qu'il en manque un seul, je n'ai plus cette soumission que mon Sauveur m'a -enseignée par son exemple, et je ne satisfais pas au devoir de la religion que je professe, ou je n'y satisfais qu'à demi. *

Car, pour en venir au détail , de me confornier au bon plaisir de Dieu quand rien ne me mortifie, quand rien ne contredit mes inclinations, quand je me vois dans un état commode par lui-môme» et qu'il ne m'arrive rien de désagréable et de fâcheux, est-celà une vertu de chrétien, et seroit-ce même une vertu de philosophe et de païen? Il est vrai néanmoins que je dois, en cet état comme en tout autre, me soumettre au gré de Dieu ; mais en même temps ma soamission me doit être bien suspecte ; j'ai bien lieu de m'ea défier , et je dois dire à Dieu : Seigneur, je veux maintenant ce que vous voulez; mais après tout, parceque vous ne voulez que ce qui me platt, je n'ose presque compter sur une résignation si douce et si aisée : car c'est plutôt vous qui vous conformez à moi, que moi qui me conforme à vous; et selon que les choses succèdent, c'est vous qui faites ma volonté/plutôt que jene fais la vôtre. C'est trop, mon Dieu, c'est trop me ménager et trop m'épargner ; mais afin de me connottre , afin de voir si je suis en effet dans la disposition d'un cœur solidement et chrétiennement soumis, éprouvez-moi, frappez-moi, affligez-moi : Pro6a me, Dormes et tenta me {Psalm, 25). Faites-moi passer par le creuset et parle feu de la tribulalion : Vre renés meos et cor meum (Ibid.) : c'est ainsi que je pourrai savoir si ce n'est point par un effet de mon amourpropre que j'accepte ce que vous m'envoyez, et que je m'y résigne; si ce n'est point parcequ'il m'est utile selon le monde , parcequ'il m'est honorable et agréable. Sans cette épreuve de l'affliction et de la souffrance, je n'oserois vous répondre de mon cœur, ni en être garant: Proba me. Domine^ et tenta me.

De même , Chrétiens , si je ne me|rouve docile et souple sons la main de Dieu que lorsque mes passions sont dans le calme , que lorsque je ne sens en moi nulle agitation, que lorsqu'il ne s'élève dans mon ame nul mouvement qui me porte au murmure et à la résistance» quel sacrifice fais-je ^ DJeu; et ma patience peut-elle être à ses ycax

SUR LA PRIÊRK DE JÈSU&GHRIST. 609

d^un grand prix? Je n*ai nul ennemi à vaincre» je n'ai nulle victoire à remporter, je n'ai presque qu'à suivre le sentiment naturel qui me GcNMoit. 11 ne m'est pas difficile alors de m'écrier dans la ferveur de la médiuaion : Que votre volonté s'acoompUsse , ô mon Dieu ! Fiat voltmtas tua (Uatth., S6). Mais quand je suis dans l'ardeur d'une passion violente^ qui s'est emparés de mon esprit ; quand toutes les puissances de mon ame sont dans le désordre et dans la confusion ; quandia raison elle-même paroît choquée, et que toutes mes réfleidons, que toutestfnes connoissancesne servent qu'à m'aîgrir davantage et à m'animer : au milieu de cette tempête et de ces soulèvements involontaires, m'arracher en quelque sorte à moi-même, me renoncer moimême, pour rendre hommage à la providence de Dien , et pour lui dire : Non sicut ego volo , sed iicuî tu : Il n'importe. Seigneur ; n'ayes point d'égard à ce que je souhaîterois, ni JT ce qui me sembleroit même plus raisonnable, plus juste, plus saint; vous l'avez autrement réglé , cela me suffit : demeurer ferme dans cette disposition, et ne m'en pas départir un moment, c'est ce qui me distingue devant lui et cequi m'élève auprès de lui : pourquoi? parcëque c'est ce qui Thonore, parceque c'est ce qui le foit triompher dans moi de tout moi-même , en le faisant triomi^ier de tout ce qu'il y a de plus vif et de plus intime dans mes iftolinations et dans mes désirs. Heureux qu'il m'en coûtât une agonie par^lleàcelle démon Sauveur! heureux que, tout couvert contoe lui de mc4i ssog, je pusse mille fois redire après lui, et par proportion comcâl^ lui^: Verumtamen, nonsieut ego volo^ sed sicut tul Mais si Dieu, dànsTorage dont nous sommes assaillis, s'éloigne de nous, ou, pour parler plus juste, si Dieu se comporte envers nous comme s'il s'étoit éloigné de nous ; car voilà quelquefois coniment il traite une^e affligée, la livranA^m apparence à elle-même , ne lui donnant nrVues, ni lumières, ni |^t : tout la rebute, tout contribue à lui faire sentir le poids de sa peine. En quel abattement elle tombe ! Cœpit contrtstari; quel ennui la saisit et la désole I Cœpit tœdere; quelles sombres réflexions l'inquiètent et la tourmentent! Cœpit jMivere. Sa foi vient au sicours, et lui dicte intérieurement d'aller à Dieu : elle y vu ; mais elle le cherche et ne le trouve point. Elle frappe à la porte; mais il semble que le ciel est fermé pour elle , il semble qu'il n'y a point de Dieu qui l'écoute : du moins c'est ce que les ennemis de son salut lui reprochent, c'est ceque la nature et les s^^e cessent point de lui suggérer : Dim (Scitur rnihi quoiifUè : ^P est Deus tuut (Psaml. 41)? Peut*étre se rencontre-t-il un ministre du Seigneur qui, comme l'ange envoyé d'en haut, la relève, la rassure, la ranime : Ap^ paruit ei angélus confortant ; mais c'est seulement un appui pour ne pas succomber, et non point u» adoucissement qui lui rende la paix, et qui fasse couler sur elle quelquA^gouites de l'onction divine. Or dans cette- sécheresse et dans cet accablftipent, puis-je être bien résigné aux ordres de Dieu ? Oui, ]b le puis/^t jtrfe doi9. Car quand on

et» SUR LA PRIÊHË m JÉâtJâ-dilRiST.

me dit qu'il faut être soumis M bon plaisir de Dieu, il ne s'agit paA do temps de te consolation spirituelle , lorsque Dieu me remâit des douoears d« son esprit et de l'abondance de ses grâces. On sm nsse^ que rien ne nous est pénible eh cei^tat, *et que nous di||ns avec ta même confiance que David : Ego dtxi in abundantiâ meâ : Nort rmh vebarinœtemum (Pialm. 24). Goflibieti de fois dans une communiôii où Dieu se faisoit sentir à moi, dans les saintes ardeurs d'une prière où je m'entretenois ayeo Dieu, dans un ravissement de m^ comr que Dieu touehoit , que Dieu embrasoit, que Dieu transporta, lui ai-je protesté que je n'aurois éternellement d'anti'e volonté que la sienne t Et £illoit-il beaucoup prendre sur moi pour lui parler delà sorte? que dis-je!etétoit-ce moi qui parfois diors, oun'étoit'CepasrespritdeDfed qui parioit en mm et pour moi? En quoi donc Je puis bien marquer ma soumission, mais une soumission ferme et constante , mais une soumission solide et de quelque valeur dans PesUme de Dieu , c'est lorsque toutes les lumières qui m'édhiroient viennent à s'étdndre;c^e8t lorsque toute la ferveur qui m'excitoit et qui m'emportoitvientàsere^ froidir; (/estlorsque toutes ces larmes qu'une certaine tendressedecœur et de dévotion me faisoit répandre sont venues à sécher, et que toutes ceê douceurs secrètes qui m'attiroient et qui m'attachoien|pes ont tournées en aridités et en dégoAts; Car voilà recueil où les amesqii7paroissent . les mieux affermies ne sont que trop sujettes àécl;0.uer*c'est là qu'elles commençât à se démentir : Avertisti faeiem tutÊMÊÊ^'factus sum ton^ iurbatus (Ibid ). Mais c'est en ce temps d'épreuVHIe jedois m'armer de toute la force ohrétienne, et faire à Dieu une sainte violence pour m'approcber de lui , malgré ses rébus apparents : Verumtamen , non ncut egovolo, sedsicui tu. Vous me délaissez, mon Dieu, mais je ne Vous délaisserai point. Vous me d|É|issez en me privant 4^ette pré« sence sensible dont vous favorisezVK élus; mais je ne vou^élaisseraf point en perdant cette union inviolable et essentielle que vos élus ont avec vous, €^ qu'ils doivent toujours conserver. Au contraire, plus je me verrai abandonné de vous, ou plus je croirai l'être, plus je m'abandonnerai à vous ; et avec les simplet vues de la fûlf qui me restent, je vous dirai tout ce qjste je disois en ces jours de bénédiction et de paix, où vous daigniez vous communiquer à moi et me gratifier devos plus doux entretiens et de vos plus consolantes visites : Verumtamen, non sicut ego vo^^ed skut tu*

De là, sans c^lher les vaines consolations du monde, et sans avoir recours à des parents , à des amis qui pourroient la dissiper , et en (|ue!que manière la dédommager de ce qu'elle ne trouve point auprès de Dieu , une ame soumise ne veut que Dieu ; et de quelques épines que la voie où elle marche soit Semée^ il lui suffit de savoir que c'est la voie de Dieu, et qu'elle y est fitc la volonté de Dieu. Cette seule pensée lui inspire un courasp'quS la j^sposeà tout, et qui lui fait accepter tout. Je dis toui^sans restriction et sans choix. Gara quoi jene

SUR LA PRIÈRE DE JÉSUS-CHRIST. eOt

ptAs trop prendre garde, c'est que ce ne seroit point encore ââsez , et même que ce ne seroit rien pour moi de me toumettre, si ma soumission n*étoit universelle, et si je prëtendois me résigner à une chose et non à l'autre. Dès que Tune et l'autre se trouvent également marquées du sceau de la voloAté de Dieu, Tune et l'autre , sous cet aspect, me doivent être également sacrées, puisque la volonté de Dieu est dans l'une comme dans l'autre également respectable et adorable. Quel ca* lice le Fils de Dieu consent-il à boire? Celui que son Père lui présente, celui que son Père lui a choisi, celui que son Père lui envoie par le ministère de l'ange, et hoii pas celui qu'il s'est préparé, ni qu'il à choisi lui-même : Calicem quem dédit fnihi Pater ( Joan., 18). Si j'avois moimême à me prescrire mes peines, mes disgrâces, mes mortifications ^ mes humiliations ; s! je pouvois, à mon gré et selon mon goût, prendre l'une et laisser l'autre , autant t{u'il y auroit de mon goAt et de mon gré; autant y auroit-il de ma volonté, j'entends de ma propre volonté* Or ce qui s'appelle ma propre volonté ne peut compatir avec la volonté de Dieu, ou plutôt avec une sincère et véritable soumission à la volonté de Dieu : pourquoi ? parceque l'essence de cette soumission est que toute propre volonté soit anéantie dans moi, et comme absorbée tians la volonté de Dieu.

Ainsi Je dois reconnottre Fillusion de ce langage si commun dans le christianisme , et que tiennent tant d'ames pieuses du reste, et régulières dans leur conduite. On dit : Je veux bien souffrir, puisque Diea fordonne; maïs je voudrois que ce ne fût point ceci ou cda. On dit : Que Dieu m'afflige d'une infirmité, d'une maladie , je la porterai sanft me plaindre : mais je ne puis vivre dans l'abaissement où je suis, ni digérer les outrages que je reçois et les traitements indignes qu'on me £ait. On dit : Que Dieu me frappe dans mes biens ; je les lui offre tous, et il eàt le maître : mais que ma réputation soit attaquée, mais que cet homme l'emporte sur moi, et que mes droits soient si injustement blessés ; mais que le repos de ma vie soit sans cesse troublé par les chagrins, par les humeurs, par les contradictions perpétuelles de cet esprit bizarre et inquiet, c'est ce qui ne me parott pas soutenable. Voilà comment on s*explique, et le sentiment où l'on s'entretient : mais c'est en cela même qu'on s'égare et qu'on perd toute soumission, parcequ'on n'en a qu'une imparfaite et bornée. Car ce calice qu'on rejette, c'est justement celui que Dieu nous a destiné par sa providence, et par conséquent celui qui nous doit sanctifier, celui qui doit être la matière de notre obéissance, et qui en doit faire le mérite : Calicem queni dédit mihi Pater, Tout autre nous seroit inutile , parcequ'il ne nous viendroit pas de la main de Dieu , et que ce n'est point par celui-là qu'il lui a plu d*éprou ver notre soumission, ni à celuilà qu'iPa voulu attacher notre salut et notre perfection. D*ôù il s'ensuit que si je veux être soumis à Dieu, je ne dois rien excepter : rien,dis« je, non seu'ement par rapport aux choses, mais même par rapport

6d8 SUR LA PRIÈRE D£ JÉSUS-CHRIST.

aux moindres circonstances des choses. Et, en effet» remarque saint Thomas, ce que Dieu veut, hors des conjonctures où il le yeut, et sans les circonstances avec lesquelles il le veut , n'est plus, à le bien prendre, ce qu'il veut. Dire donc : De la part d'un autre, je supporterois cette parole, ce mépris, ce refus; mais de la part de tdle personne, c'est ce que je ne saurois dissimuler ni tolérer; dire : En d'autres rencontres et dans un autre temps, je me tairois ; mais maintenant, il faut que je me contente et que j'éclate : penser de la sorte , et être ainsi disposé, n'est-ce pas vouloir faire la loi à Dieu? Cette circonstance do lieu, du temps, de l'occasion, de la personne, est-elle moins dépendante de lui et de sa suprême volonté , que tout le reste?

Ah ! Seigneur , que la nature est ingénieuse pour défendre ses intérêts! et que le cœur de Thomme , jaloux de sa liberté et impatient sous le jou{j[, devient adroit à s'autoriser contre vous et à justifier ses révoltes! Trop long- temps, mon Dieu, et trop souvent j'ai moi-même écoutélesfaux prétextes d'un esprit aigri, d'an esprit animé, d'un esprit rebelle, et j'en ai suivi les mouvements: maisil faut enfin qu'il plie; et, après un exemplecomme le vôtre, il ne lui est plus permis d'avoir d'autre sentiment que celui d'une humble et d'une aveugle soumission. Soumission dans les plus fâcheux revers et dans les plus tristes accidents; soumission dans les calamités, dans les besoins, dans les traverses, dans toutes les misères delà vie; soumission malgré les répugnances, malgré les soulèvements de cœur, malgré tout le bruit et tous les retours des passions les plus vives et les plus ardentes; soumission au jnilieu des plus profondes ténèbres, au milieu des découragements, des désolations, des langueurs, et sans nulle goutte de cette rosée céleste que vous faites couler. Seigneur, à certains moments et sur certaines âmes ; soumission toute pure et toute surnaturelle , où ne se jnéle rien d'humain, rien de tout ce que le monde peut offrir pour me soulager ou pour me distraire; soumission générale et complète, qui embrasse tous les événements, quels qu'ils soient ou qu'ils puissent être, et dans chaque événement jusques aux plus légères particularités. Car telle est, mon Dieu, la soumission que je vous dois, et dont je ne puis me départir sans oublier ce que vous êtes et ce que je suis. Elle a pour moi bien des difficultés, et j'y trouve dans moi bien des obstacles. Tout ce qu'il y a de charnel dans mon cœur y forme de continuelles oppositions, et cette guerre intestine m'expose à de rudes assauts. Mais avec votre grâce , Seigneur, la raison et la religion réprimeront la chair; ou si elles ne peuvent lui imposer silence, au milieu de ses cris, et sans prêter l'oreille à ses murmures, je ne cesserai point de répéter cette parole que je vous ai déjà bien des fois adressée, et dont je comprends aujourd'hui le sens mieux que jamais : Verumtamen, non sicut ego volo^ sed sicut tu. Quand je ne chercherois que le repos de mon ame, c'est dans cette disposition qife je le trouverai ; et sans cette disposition, je ne puis l'avoir; car vous êtes, Seigneur, le

SUR LA PRIÈRE DE JÉSUiS^CHRIST. 609

centre de mon repos; et, par conséquent, il n'y a de repos à espérer pour moi qu'autant que je serai uni à vous. Le supplice des damnés dans l'enfer est d'avoir une volonté contraire à la vôtre , et , par-là même, de vouloir éternellement ce qui jamais ne sera ; et de ne vonloir jamais ce qui sera pendant toute l'éternité. Le bonheur des prédestinés dans le ciel est de n'avoir qu'une même volonté avec vous. Ils vous voient, ils vous aiment, ils vous possèdent; mais cette vision, cet amour, cette possession ne les rendent bienheureux que parceque ce sont les principes de cette admirable et ineffable conformité qu'ib ont avec vous. De sorte que si quelqu'un de ces bienheureux n'étoit pas content de l'état où vous Tavez mis, et qu'il désirât un autre degré de gloire que celui qu'il a reçu, il ne seroit plus bienheureux. Or il ne tient qu'à moi d'entrer dès à présent, par une soumission chrétienne, en participation de ce bonheur, et d'acquérir par choix et par mérite cet avantage dont les bienheureux jouissent par récompense et par nécessité. Soumission dans le sentiment, pour vouloir tout ce que Dieu veut, et soumission encore dans l'action, pour fttire tout ce que Dieu veut : c'est ce que J'ai maintenant à vous expliquer.

DEUXIÈME PAATIE,

Il y a, disent les théologiens, deux sortes de vertus : les unes, selon le langage de l'école, vertus affectives; et les autres» vertus effectives; c'est-à'-dire qu'il y a des vertus qui sont toutes renfermées dans le cœur, et qui ne consistent qu'en de simples complaisances, dans ie^ désir, l'affection, le sentiment ; et qu'il y a des vertus qui se produisent au-dehors par des effets , et dont le mérite est d'exécuter, d'accomplir, de pratiquer. La conformité chrétienne et la soumission aux volontés de Dieu comprend Tune et l'autre espèce : non seulement elle nous fait aimer et accepter ce que Dieu veut; mais dans la pratique, elle nous fait agir conséquemment à ce que Dieu vent, et selon ' qu'il le vent. Voyons-le dans la conduite de notre divin maître , et tirons de son exemple cette nouvelle instruction.

Il étoit marqué dans les décrets delà sagesse divine que cet Homme- Dieu seroit livré à la mort. L'ange venoft encore de lui annoncer làdessus l'ordre du ciel : c'éioit un commandenient exprès , et par l'effort le plus généreux il s'y étoit résigné, il y avoit consenti. Mais dans l'extrême défailtance qù il se trouvoit, épuisé de forces, et ayant presque déjà perdu tout son sang, étoit-il en état de se présenter si tôt à cette cruelle passion dont il avoit ressenti si viveuient lesapproches? La seule idée qu'il en avoit conçue l'avoit consterné , l'avoit accablé , lavoit jeté dans un trouble et réduit dans une foiblesse où il se oonnoissoit à peine lui-même. 11 avoit été plus d'une fois obligé d'avoir recours à ses apôtres pour le soutenir; il les avoit avertis de veiller, de se tenir prêts et sur leurs gardes, de ne le point abandonner : SusHnete Atc, et vig%latenfecum(ttAjTUn 26); comme s'il se fût défié de B. 4. 38

610 SUR U PR^ËaS m JÉBUS-qBBfST

sa f^asolatiûii, (lit saint Cbry$ostpme» et qu'il ei\t en) a?air besoia de içur présence. Y avojt-il donc Uea d'attendre qu'il osât entrer dans un combat où il sembloit si mal disposé ; qu'il osât 9e mettre lai-méme entre le& mains de ses ennemis; qae bien loin de prendre la faite an bruit des soldats qui le chercboient , ii allât le premier à eux et qn'fl les prévint : tout cela, par un s^^int eippressement de satiafoireàceque son Père deuiundoit de lui» et de se conformer à 9e9 desseina aor luif Non, Chrétiqis, à ei^ jqger selon les vues bvimaines, on ne pouvoit guère rêfpéffir ; mais c'e^t là même sins^î quç nous devons reconaoitre f^t que q9M4 ne pouvons asseï admirer Tefficace tontç puissaîile d'une résignation p^rfeite, et secondée de la grâce. Il n'y a rien à quoi elle B^ nous porte; rien» di9-je, de si pénible qu'elle ne nous fosse entreprendre, rien de si rebutant qu'elle ne noua fsisae embrasser, rien de si epnuycMX et de si fatigant où^le ne nou4 fesse persévérer, jusqu à ce que Tordre de Dif u , que cia volonté sût tout l'acoompltese» m^t qui dépend de nous, et que ngiis lui ppuvoQs donner. En vc»ci la preuve; et pour ppus çn cçnvaincre, ayQi\s toujours les yeux attachés sur Jésus-Christ, i^ç^^re exemplair^ ett i\otre guide* "^

Quel prodige, en effet, et c|uel changement merveilleux! quelle intrépidité dans cet homme auparavant si timide , à ce qu'il paroissdt, et saisi de si mortelles alarmes ! quelle oôinstanee et quelle fermeté dans ce^ homme auparavant to^t s^attu » toiit interdit, et prêt à sue» comber squ^ le poids d^ sa dçuleur I quelle promptitude et qudie adi- ^ vite dans cet bomm^ auparavant tout appesanti seWn les sens , tout atténué, étendu par terre, et sur le point de rendre l'amel Qn'est*il arrivé, et qui en n pu faire de la sorte comme un autre homme? Voici le my^re, chrétiens auditeurs , et l'une de;$ plus salutaires instroctîQ^s pour upus. C'est tot^ours le même Qonmne-Dien , et ce l'a toujours été; toujours pénétré des mêmes sentiments de soumission à la volonté ^ Dieu ; msis celte soMmissioifi demeuroit renfiarmée dans le cceur , parceque ce n'étoit pas encore le temps de la prouver par ka œuvres , et d'agir. Elle a été rudement attaquée, forteifteiit oombaltue.,. violemment agitée, .et presque déconcertée ; mais dans le fond dUe ne fut jamais altérée , ni |amais elle ne s'est dém^ntiia. De là l'haut est-elle venue où il faut eni^n accomplir le commandement de Dieu ; c'est alors que cette soumi^jsion ^ montre dans iwx son édat , et qu'elle déploie toute sa vertu. A ce moment t<»ites les frayeurs de jésus-Christ se dissipent, toutes ses inquiétudes se caln^t, toutes ses répugnances s'évanouissent ; rien ne Tétonae , rien ne l'arrête. A ce montent toutes les puissances de son ame se réveillent et se fortifient. Suivons-le, voyons<le marcher vers ses apôtres , écoutons-le parler. U ne leur dît plus : Ne vous endormez pas , observes exactement toutes choses , et ne me quittez point , comme s'il eût voulu qu'ils fussent toujourjs attentifs à sa défense ; maïs : Dormez maintenant, leur dit-il, etreposez ; hormke j<mk <?t x^qMJufnçiUL iUêiViu^ i&y; voqImu

SUR LA PRIÈRE DE JÊSUS-GHRIST. 6H

aiott f sdoB ta pensée de saint Chrysostoioe» leur donner à eonnottm qu'il ne comptoit point sqr eux , qu'il ]i*y avoit point pour lui à reouT 1er , que son pafli ëtoit pris , que son jour étoit marqué » que c'étoii celui-là , et qu'il ne cberchoit poini à l'éviter : Ecçe «^^propififttuvtl km*a (Uatth., 36). Il ne leur témoigne plus ni tristesse, ni orainie, ni irrésolution ; mais, dans le feu et l'ardeur qui le transporte» il hausse la voix, il les presse» il les excite. Allons, reprend-il d'un ton vif et aan sure» levez-vous, etavaoQons : SurgitOi $amus (Ibid.) : pourquoi? c'eal que lo perfide qui me doit trahir n'est pas loin , et que je ne veux paa qu'il ait l'avantage d'avoir été plus prompt à me trouver, que je ne l'aurois été à m*offrir moi-mâme. G'eat que la troupe qu'il conduit vn bientôt parottre , et qu'il ne convient pas qu'ils fussent plus déterminés à se saisir de ma personne, que je ne l'aurois été moi-même à la leur abandonner : Surgite, eanm$; ecoe appropinquêmit qm me traëei (lbid.)« Il ne se retire plus à l'écart, ni dans le lieu du janiin le plus solitaire, comme s'il eût eu peur d*ètre découvert et apen^ de ses ennemis ; mais il va au-devant d'eux , mais il les aborde » il jea interroge , il leur demande quel dessein les amène , et contre qui iia sont envoyés : QuemqucmH$ (Joan,, 18)? S'ils lui répondent que leur commission regarde Jésus de IHaaareth , et qu'ils viennent à lui , il ne dissinnule point , il ne se déguise point : C'est moi ; me voilà : iga sum (Ibid.). Si la majesté de son visage, si sa parole toute divine leur im« prime d*abord du respect , et leur donne même une telle épouvante qu'ils en sont tous renversés, il leur permet de se relever, il leur parle une seconde fois : De quoi s'agit-il ? je vous ai dit que je suis ce Jésus que vous cherchez; faites tout ce qui vous est ordonné: Disn vokis , quia ego eum (Ibid.). S'il se met de la sorte en leur pouvoir , il leur défend de rien entreprendre contre ses apôtres , et de tes arrêter avec lui, parceqn'ils ne luisent (Ibint nécessaires, et qu'il ne les oonsidère point comme des appuis. Pour moi , voua me traiterez de la maniée qu'il vous plaira , puisque c'est à moi que vous en voulez; mais pour ces disciples, hissez-les aller : Si ergo me quonitie, wuie kos abvre (Ibid.). Enfin quand , par un e^Lcès de zèle pour son mattrev Pierre tire l'épée et frappe un des gens du pontife, on dîroit, selon h| belle expression de Tertullien , que du même coup^ la sownissiea de Jésus-Christ et sa patience est blessée : Paûentia Dommï tu Makho vutnerata est. Il condamne l'impétuosité de cet apôtre-trop ardent, il lui retient le bras, et dans le moment même il fait un miracle peur guérir la blessure que Malcbus avoit reçue. Car il ne peut souffrit qu'on forme le moindre empêchement à ce que son Père désire de lui, et à l'ouvrage dont il est chargé. Il ne pense plus qu'à cela, il ne sou* pire plus qu'après cela , il. ne s'occupe plus que de cela. Dès qu'il y envisage la volonté de son Père , il ne lui faut point d'aHt|*e iitotif » d'antre intérêt, d'autre soutien : et c'est lui-même qui s'en déclare |e plus bau^^ment et le plus expressément dans cet admirable passaiM

de Fëvangile de saiot Jean : Ut cognoscat mundus quia dttigo Pairem, et sieut mandatum dédit mihi Pater, iic facto; surgîte, eamus ( Joan.» 14) : Ne balançons point , et ne différons point. Je ^is ce qui m'est rëservéy et à quoi je suis appelé; mais il n'y a rien de si rigoureux que je ne yeuille subir, point de supplice si cruel que je ne sois résolu d'endurer ; afin que le monde sache que j'uime mon Père , afin de faire voir au monde combien les ordres de mon Père me sont vénérables et me sont chers ; afin d'instruire le monde , et de lui apprendre comment il doit respecter les volontés de mon Père , et s'y conformer dans toutes ses démarches : Ut cognoscat mundus quiatUUgo Patrem, et sicut mandatum dédit mihi Pater, sic fado.

Or, mes Frères , ce monde que le Fils de Dieu a voulu instruire aux dépens de sa propre vie, c'est nous-mêmes. 11 y a , comme vous l'avez pu déjà comprendre ^ il y a des volontés de Dieu qui n'exigent de nous autre chose que le gré du cœur, qu'une acceptation volontaife et libre , que la patience à recevoir et à supporter. Mai? il y en a qui tendent à l'action , qui nous imposent certains exercices, certains devoirs, et qui nous obligent à les remplir : volontés de pratique « volontés dont il est présentement question : et ià-dessus voici ce ,que nous enseigne l'excellent modèle que je viens de vous proposer ; car dès qu'une fois elles nous sont connues, ces divines volontés, et que nous sentons le mouvement de la grâce qui nous presse de les exécuter et de les suivre , malheur à quiconque délibère et demeure dans une oisiveté lente et paresseuse ! En vain d'ailleurs nous iïattons-nous d'une prétendue résolution d'être fidèles à Dieu ; du moment que cette résolution est sans effet , c'est une résolution chimérique et une erreur qui nous trompe. Dans l'ordre delà grâce , vouloir et faire n'est qu'une même chose, puisque si la grâce, dit saint Augustin, n'est donnée de Dieu que pour vouloir , le\ouloir n'est donné par la grâce que pour faire. Si donc ce vouloir dont nous nous prévalons n'opère rien , ce n'est plus qu'un vouloir imaginaire; et Ton ne peut mieux nous comparer qu'à ces idoles dont parle Moïse, qui ont des bras , mais qui n'agissent jamais ; qui ont des pied^fi^ill^is qui ne marchent jamais ; qui ont une bouche , et qui jamais ne prononcent une parole*

Tel est néanmoins , mes chers auditeurs , le pitoyable aveuglen^ent où tomb^Bt une infinité de chrétiens. Ils disent cent fois le jour à Dieu : Fiat volontas tua : Seigneur, que votre volonté soit faite ;*il$ le disent, et se font un mérite de lavoir dit : tellement qu'à les eiv-ci'oire , ce sont autant d'actes de soumission et de résignation. Cependant que font-ils de tout ce que Dieii veut , et de tout ce qu'il leur a prescrit dans leur .état? à quoi se montrent-ils assidus et réguliers? combien d'obligations indispensables négligent-ils? et de celles mêmes qu'ils accomplissent peut-être en partie, que ne retranchent-ils poinc, et que n'oublient-il$ point? Or se dire soumis à Dieu., et toutefois ne se conduire presque en rien selon les vues de Dieu ; témoigijjer à Dieu

qu'on est résigné à tout ce qui lui plait , et ne pratiquer presque rien de ce qui lui plaît , et que nous savons lui devoir plaire ; demander chaque jour à Dieu que tout se fasse dans le ciel et sur là terre , dans nous et hors de nous , conformément à sa volonté, et s'écarter sans cesse de cette volonté divine , et ne garder presque rien des règles que nous a tracées cette volonté divine , et vivre dans une omission fréquente» ordinaire , presque universelle de ce que nous inspire cette volonté divine , n'est-ce pas se jouer de Dieu même, et vouloir faire un fantôme d'une des plus soli<klS et des plus saintes vertus du christianisme?

Rendons-nous justice , chrétiens auditeurs , et jugeons-nous de bonne foi nous-mêmes. PJfous professons une religion dont les maximes, les conseils , les préceptes , toutes les observances. sont à notre égard des déclarations formelles et précises de la volonté de Dieu. Nous sommes dans des conditions, dans des ordres , dans des sociétés où Dieu nous a appelés , où Dieu nous a marqué nos voies , où Dieu nous a distribué nos fonctions et nos emplois. En mille occasions particulières et en mille conjonctures nous nous sentons intérieurement touchés , soUicités, pressés de Dieu , qui nous fait connoitre ce qui lui agréeroit , ce qui Thonoreroit , ce qui nous sanctifieroit , ce qui coopéreroit aux vues de miséricorde et de salut qu'il a conçues en notre faveur. Si nous récoutons, si nous entrons dans la route qu'il nous ouvre y et où il nous attire par sa grâce ; si nous nous acquittons chrétiennement et constamment du ministère dont il nous a chargés , et que nous nous adonnions sans relâche à tout ce qui est de notre profession ; si nous accordons nos mœurs et tout le plan de notre vie avec son Évangile , avec notre foi , avec le culte qui lui est dû, et que, jusqu'au dernier soupir , nous nous attachions à le servir comme il mérite de l'être, et comme il veut l'être : alors prenons confiance; nous pouvons avec quelque certitude nous répondre que nous lui sommes unis d*esprit et de volonté. Sans cela , nous avons beau nous humilier devant ses autels, nous avons beau le reconnoitre pour le souyerain arbitre et le maître de toutes choses, nous avons beau làdessus , à certains moments, nous épancher dans les protestations 1^ plus animées et les plus spécieuses : ce n'est qu'un pur langage, ce ne sont que de simples complaisances, qui, séparées des œuvres qu'elles devroient produire, n^ peuvent être réputées devant Dieu, ni comptées pour une véritable soumission.

Vous me direz que cette soumission en pratique et en œuvres demande bien de la contrainte et de la gêne ; qu'il y a des exercices très laborieux et très fatigants ; qu'il y a des temps où ils sont supportables, et qu'il y en a d'autres où ils ne le sont plus ; qu'on n'est pas toujours en disposition de se faire violence , et d'qgir de la même manière, avec la' même promptitude et le même zèle, dans la même étendue et la même exactitude. Àh ! Chrétiens , en parlant de la sorte

614 SUft LA PRIÈtlE DE JÉSUS-GURtST.

et vonlant vous prévaloit* dé telles excases , pensez-vous au niattre à qui vous appai^tenes comme ses créatures , et dont vous relevez nécessai*renientet essentiellement? comprenez-vous sa grandeur et ses^ droits? li'est-il pas toujours votre Dieu ? ne Test-il pas partout et dans tous les lieot ? ne i'est-il pas en toutes rencontres, et en quelque situation , ou intérieure ou extérieure, que vous puissiez vous trouver? La volonté de ce premier Être n'est-elle pas une volonté supérieure? et par quel renversement faudra-t-il qUe celte volonté supréûie , cette première Volonté , dépende de nosioiblesses et de nos lâchetés , dépende de nos humeurs et de nos caprices, dépende de nos légèretés et de nos inconstances? Quoi dond ! ce Dieu si paissant et si digne d'être servi et obéi ne verra ses ordres suivis que lorsqu'ils nous plairont , que lorsqu'ils nous seront aisés et faciles , que lorsqu'ils ne nous exerceront point , qu'ils ne nous captiveront point , qu'ils ne nous mortifieront point? il se conformera à nos changements et à nos variations ? II attendra le temps favorable où notre ferveur se rallumera, et où ïlous serons touchés d'un attrait tout nouveau ; comme si c'étoit à lui de s'accommoder à nous, et non pas à nous de nous accommoder k lui et a toutes ses ordonnances? Non , Seigneur , il n'en doit pas être aitisî , et ce seroit non seulement un désordre , mais une indignité. €àr pourquoi vous serois-je soumis plutôt aujourd'hui que demain , l^tttôt dans une occasion que dans une autre, plutôt sur tel sujet' que sur tel autre? N'étes'-vous pas toujours pour moi le même Dieu, et Hesuis-je pas toujours à votre égard dans la même dépendance? Votre volonté est une volonté éteruelle , et je suis l'instabilité même ; mùis il faut que mon ibsiabilité soit fixée par votre éternité , et qn'en iOt|t ce qui sera dé votre bon plaisir , ma volonté soit immuable par vertu, conkoie la vôtre est immuable par nature. Le même empire im- (K>se toujours la ihême obligatioti , et le thème maître m'engage toujours à la même obéissance.

Sur cela, Chrétiens, qu'avô6s-kous à faire? G'eSt de rentrer en de nous-mêmes, et tious exanâUer sérieusement nous-mêmes; c'est de Voir en quoi particulièrement tK^os sommes plus lâches à pratiquer la volonté de Dieu, et plus libres à nous affranchir des règles et des devoirs qu'il tious a prescrits^ Est-ce dans les exercices de piété , dans la prière , dans la pénitence 4 dans l'usage des sacrements et dans les dtviùs mystères? est-ce dan^ les soins temporels , dans tes fonctions d'une charge, dans l'administration d'un bien , dans la conduite d'ua ménage , datrs l'éducation des enfants? Deméme, quels sont les accidents de la vie , les événements , les disgrâces, où nous sommes plus Bttjets à nous troubler et à murmurer T 8ont-ce les maladies dont Dieu fidus afflige? sont'-ce les injustices que nous font les hommes, et les persécutions qu'ils nous suscitent? sont-ce les pertes qui nous arrivent datii tm commerce et dans lés affaires que nous entreprenons? sont^ce lès tnépris qu'on tious témoigné , et les humHiatMris olll âolK

SUR LA PRiÈRE DE JÉSUS-CHRIST. 615

soiiiines expoiéâ? sobt-ce les travaux dont on nous charge^ et les fa-* tigues dont on nous acbable, ou dont noud nous crôydnS accablëà? RéooBnoi88ons*te en la p(*ésence deDièti ; bat* il né tient ()iili iibud de' le dëconyrir, et nous datons asseÈ ce qili altète pliis coiAtnunénieht tad* tre coeor» et ce qui noUs Mt plus de jseide. Ne noâs cotitentohi jSà^ de le savoir, mais prémunissons-nous contre cela même; ettoiiteslèé Fdè que la chose en effet se présente , et qu'il faut mettre la main à l'œuvre, qu'il faut baisser la tête et porter le fardeau, qu'il faut se renoncer soi-même et s'assujettir, qu'il fabt âe t'ë^rimer ou faire effort , imaginons-nous que nous nous trouvons à la place des; trois disciples, et que Jésus-Christ, marchant devant nous comme notre conducteur, nous dit : Surgite , eamus : ecce appropinquavit hora : Hltez-vous , âmes chrëtiènnéis, et ne tardez pas un moments Voila Theur^oii votre tiièii vous appelle, et où vous devez me suivre; C'est danâ cette oeeasidii , dàâs cette action, que vous avez à montrer votre amour, votre attachement, votre obéissance, et à en donner tiil téihoigfDagé eer-' tain. Gardez-voiis de Vouâ comporter ici avec négligence, et avec lih' esprit chagrin et chancelant^ Gardez-vous de faire un pas en arrière, ou de vous tenir dans un lâche assoupissenient et dans un repos oisif : Surpie, eamus. Souvenez-vous de la grandeur du maiire qui veut cela de Vous, ^t qui vous l'enjoint. Souvenez-vous delà gloire qu'il eil attend , et de fa récompeiise que vous en recevrez. Souvenez-vous que vous l'aurez pour témoin, pour spectateu;*, pour juge. Souvenez-vous qiiè c*eist de là peut-éire qu'il a fait dépendre votre sanctification, votre salut, votre prédestination éternejle. Souvenez-vous qu'il y a peut-être attaché les dons les plus précieux de sa grâce , et que peut-être, manquant là-dessus de soumission, vous vous priverez de ses plus insignes raveûrs et de ses plus abondantes bénédictions: Sur^iife, eamus. Figuroiis-nous , dis-je, mes Frères, que c'est le Sauveur même oui nous presse de la sorte , et qui nous sollicite. S'il nous reste un degré de foi, y a-t-il rien à quoi ces motifs ne soient capables de nou$ déterpniner? Plus résignés alors que jamais et plus résolus à toutes les volontés de notre Dieu, nous nous écrierons coiQine saint Paul : Domine, quid me vis facere {Act» 9ÏÏ Expliquez- vous. Seigneur, et. me déclarez, ou me faites annoncer de votre part, ce que vous desirez de moi : quoi que ce soit, j'y consens; je vous tends les bras, et mon c6^r est prêt. Pour nous confirmer dans cette disposition, nous en reviendrons au sentiment du Fils de Dieu; et quelque victoire qu'il y ait à remporter, ou sur nous-mêmes, ou sur le monde, nous dirons : Ut cognoscat mundus quia diUgo Patrem ; et sicut mandatum dédit mihi Pater ^ sic fado. Ah! Seigneur, le mohde n'a guère connu jusqu'à présent si je vous aimois, et je ne l'ai guère connu moi-même : mais il e^t temps enfin de l'en convaincre pour son édification , et de m'en convaincre moi-même pour ma consolation. Car jamais je ne donnerai au monde» ni moi-même je n aurai jamais de preuve plus convaincante, que j9

vous ahne sincèrement, efficacement, pleinement, que lorsque je me trouverai, et dans le sentiment et dans la pratique, comme transformé en tous par une inviolable et entière conformité de volonté. Ge ne sera pas en vain ; et jamais aussi n'aurai-je de meilleur titre pour aspirer à votre gloire, et pour être reçu dans votre royaume, oà nous conduise, etc.

EXHORTATION

SUR hJL TRAHISON DE JUBÀS.

Jdhiie êo laquêfUê, eeee Judas wm$ de duodecim wniU et eum eo turba muita, misH à prindfdhut êoe^dotum. Qui autem iradiderat eum , dedU illU signum , dieifU : Quemcumgue oseulatuê fuero, ip$e est, Unele eum.

Le Sauveur du monde n'avoit pas encore achevé de parler, que Judas, Tun des dôme apôtres, arriva, et avec lui une troupe d'hommes armés, qui étoient envoyés par les princes des prêtres. Or le disciple qui le trahissoit leiyr avoit donné ce signal, et leur avoit dit : Cdui que je baiserai, est celui que vous cherchez; saisissez-le. Sàijit Mâttb., chap. xxvi.

Que puis-je, Chrétiens, ajouter à ces paroles? et pour vous faire concevoir une juste horreur de la trahison de Judas , quelle autre image vous en tracerois*je, et en quels caractères plus marqués pourrois-je vous la reprësétoter? G*est un disciple de Jésus-Christ, et c'est même un des disciples favoris , puisque c'est un des douze apôtres : Vnus de duodecim. II parott à la tête d'une troupe armée : contre qui? contre son maître ; et envoyé par qui ? par les ennemis de son maître : Et eum eo turba muita, miêsi à principibus sacerdotum. C'est luimême qui le trahit , cet adorable maître , et lui-même qui Ta vendu aux Juift : Qui autem tradiderat eum. Enfin le signal qu'il leur donne poiA* le connoitre et pour le prendre, c'est un baiser : Quemcumgue osculatus fuero f ipse est, tenete eum. Voilà sans doute, entre les souffrances de Jésus-Christ dans sa passion , ce qui lui dut être le plus sen^ble ; et c'est de quoi je viens aujourd'hui vous entretenir. Je ne prétends point m'arréter à une iongile et inutile déclamation contre l'attentat de cette ame lâche et sans foi. Une simple vue en découvre d'abord toute l'énormité. Mais , afin d'en tirer des leçons qui nous soient profitables, nous devons considérer dans le crime de Judas surtout deux choses, savoir, ce qui en a été le principe , et ce qui en a été le comble. Or le principe de son crime , ce fut une passion mal réglée , vous le verrez dans la première partie ; et le comble de son crime, ce fut un aveugle désespoir, je vous le montrerai dans la seconde partie. De là nous apprendrons en premier lieu de quelle conséquence il est de ne souffrir dans notre cœur nulle pass^ion qui le puisse corrompre; et en second lieu, qu'à quelques excès néanmoins que la passion nous ait conduits , il n'y a jamais sujet de perdre espérance, et de' se croire absolument abandcHiné de Dieu. Deux points

<]ue je vous prie de bien remarquer, et' qui vont partager cet entretien.

Page 1