DEUXIÈME PARTIE
U n'est pas surprenant que l'attentat comnoôs eon^tre la personne de Jésus-Gt\ri$t ait été la cause de la réprobatkm de Judas; csr, scko que saint Cbrysosiome Ta très judicieusement remarqué, unhoiUDe perdu , un homme réprouvé de Dieu, est quelque chose de bien moios qu'un Dieu trahi çt un Dieu vendu. Mais ce qu'il y a de plus étrange et de plus effrayant pour nous , c'est qu*un apôtre de Jésus-Christ se £oit porté jusqu'à cette perfidie, et que, par une telle perfidie, il soit tombé dans l'affreux état d'une danmaiion éternelle. Yoilà ce que nous pouvons regarder comme un abime des jugements de Dieu. Ces deux termes d*apôtre et de réprouvé joints ensemble , et néanmoins si opposés, sont capables de jeter la terreur dans tous les esprits. Car qu'est-ce qu'un apôtre? Un élu de Qieu, m, miuistre de Jésus^Clinstt
sua L4 TRAHISON DE JUOÀS. fi»
un dëpûsitàif^ de ses secrets, un dispensateur de ses mystères, un prodicateurdeson Évangile, un prince de son Église, un pasteur de soi| troupeau, un iiomrne reqgtoli des plus riches dons de la grâce. Et qu'est'-ce qu'un réprouvé? L'abomination de Dieu , Tobjet de la colère et de la vengeance de Dieu , une victime de l'enfer, un vase d'ignomi* nie, selon l'expression de saint Paul, un homme frappé de la maiëdio tion.du ciel, et livré à sa plus rigoureuse justice. Or qui peut sans ef^ froi voir tout cela réuni dans un même sujet? La réprobation d'un homme, quelqii'il soit et en quelque état que je me le figure, est saps doute bien terrible ; celle d*un Juste qui, de Fétat de grâce où il étoit élevé, tombedansrétat ^e perdition , est encore beaucoup plus affreuse : que sera-ce de la réprobation d'un disciple du Sauveur, qui de Témi» nence du trône apostolique , si je puis parler de la sorte, est précipité dans un feu qui ne s^éteindra jamais , et condamné à un opprobre qve rien jamais pe pourra eftacer?
C'est là toutefois, mes Frères, que s'est terminée la trahison de Iq* das. Elle en a fai^ d'abord un apostat; son aposusieTa conduit au désespoir; son désespoir lui a inspiré la pensée d'atte^iter lui-même à sa propre vie ; et celle mort pleine d'horreur, en mettant le comble à son crime, a ipis le comble à ta damnation de son ame, <^t doit être suivie d'une éternité de supplices. Encore une fois, n'est-ce pas là qu'il faut s'écrier avec le maitre des Gentils : 0 aititudo (JRom., il)! O pro^ fondeur impénétrable! et jamais cette parole fut^elie mieux appliquée et vérifiée plus à la lettre? car une profondeur suppose une éleva? tion: or que concevons-nous, dans l'ordre du salut et de la grâce ^ de plus relevé que l'apostolat? et par conséquent, que pouvons-nous concevoir de plus profond et de plus bas que la chute et la réproba* lion d'un apôtre? 0 aititudo! O profondeur! mais de quoi? non pas des richesses de la miséricorde et de la booté de Dieu, mais des tré*» sors de la justice et de la colère de Diei;i : 0 cdtiiwio diviHanm (Ihid.)l Car Dieu a des trésors de colère comme des trésors de bonté , et les uns et les autres sont également des trésors de sagesse et de science , Sapientiœ et scientiœ Dei (Ibid), parceque Dieu n'est pas moins sage ni moins éclairé en réprouvant, qu'il l'est en prédestinant. lia voulu BOUS découvrir ses trésors de colère dans la personne de Judas , pour nous apprendre à les craindre et à nous en garantir. Voyons donc en** core plus en détail les circonstances de la réprobation de ce malheureux.
Après avoir traité avec les princes cies prêtres, il renonce à Jésus- Christ et à sa compagnie ; d'où vient qu it est appelé par saint Am« broise le chef dt*s apostats, Apostatarum caputy et que, selon le cardinal Pierre Damien, tout ce qu'il y a de chrétiens qui perdent la foi et qui apostasient, sont comme les descendants et la postérité de Judas: Judœ execranda progenies. Et ne falloit-il pas en effet qu'il portftt dès-lors le caractère des réprouvés, puisqu'au moment qu'il comma** nia de la main du Fils de Dieu , il fut possédé du dénwbo , qui eotra
eSi SUR LA TRAIUSON DE JUDAS.
dans lui? et c'est ce que saint Jean nous déclare expressément: Et post buecellam introivit in eum Satanas (Joan., i3). Or qu'ëtoit^oey mes Frères, demande saint Cyrille d'Alexandrie , qu'un homme qui yenoit tout à la fois de recevoir dans son cœur Satan et Jésus*Ghrist? Satan , pour l'y faire régner ; et Jésus-Christ , pour l'y faire mourir : Satan , à qui il donnoit dans lui-même un empire abfioju ; et Jésus* Christ, qu'il y crucifioit: Satan , qu'il exaltoit au-4essûs de Jésus- Christ ; et Jésus-Christ , qn'il lai présentoit comme une victime et qu'il loi sacrifioit ! N'étoit-ce pas là le sceau de la réprobation ? n'en étoit-ce pas le dernier terme?
Mais celte réprobation , après tout , ne fut pas l'effet nécessaire ni du sacrilège de Judas, ni de son apostasie, ni de sa trahison. Car, après avoir abandonné Jésus-Christ, après avoir trahi Jésus-Christ, après l'avoir livré aii pouvoir des Juifs , il y avoit une ressource pour lui dans la miséricorde de Dieu; et s'il eût bien ménagé les grâces qui lui restoient , il pou voit encore rentrer dans la voie de la justification , et par-là même dans la voie du ciel. Que ne fit point le Fils de Dieu pour Ty rappeler? Comment lui parla ce Dieu Sauveur, et quels retours ne lui donna-t-il pas occasion de faire sur lui-même? Mais le cœur de cet apostat et de ce traître s'étoit fermé pour jamais aux grâces divines ; et de là son désespoir. Non pas qu'il ne reconnoisse son crime : au contraire, c'est parcequ'il le reconnoît, parcequ'il le déteste , mais par une fausse pénitence, qu'il se désespère. Il le reconnoît , mais il ne le reconnoît qu'à demi. 11 le reconnoît comme une production de sa malice , mais il ne le reconnoît pas comme un sujet capable encore d'exciter la bonté de Dieu. Le voilà touché de repentir : Pœnitentia ductus (Hatt. ,27); mais repentir, disent les Pères, qui outrage Dieu, bien loin de l'apaiser : pourquoi? parcequ'il procède d'un faux jugement, que Dieu est moins miséricordieux qu'il n'est juste ; et parceque ce jugement faux et erroné , au lieu d'attendrir le pécheur pour Dieu, et de le toucher d'un saint amour, ne lai inspire que de l'aversion et de la haine.
L'eussiez-vous jamais cru, mes chers auditeurs, que le démon, qui est l'auteur du péché, pût être l'auteur de la pénitence, et que la pénitence, qui doit réconcilier l'homme avec Dieu , ne dût servir qu'à l'en éloigner? Voilà néanmoins le mystère qui s'est accompli dans Judas. Sa pénitence a été l'ouvrage du démon : c'est le démon qui*la lui a suggérée, le démon qui lui en a donné les règles, le démon qui la lui a fait exécuter. Car tout y a été de son esprit. Ce fut une pénitence sincère, puisque Judas se repentit véritablement de son péché ; ce fut une pénitence vive et affectueuse , puisqu'il conçut une sensible douleur de son péché ; ce fut même une pénitence beaucoup plus efficace que ne le sont communément les nôtres, puisqu'il alla trouver les princes des prêtres, qu'il leur témoigna Tinnocence de Jésus-Christ , et qu'il leur rendit l'injuste salaire qu'il avoit reçu: PcçnitenAâ ductus.
retulit triginta argenteos (IIatth., 26) : mais avec toutes ces qualités , ce fut une pénitence de démon; comment cela? parcequ'elle ne fut pas animée de Tespérance chrétienne. Il y a près de six mille ans que tous les démons, dans Tenfer, font une pareille pénitence : ils recoa* noissent toujours leur péché , et le reconnoltront toujours; mais sans nul amour pour Dieu , ni nul sentiment de confiance en Dieu. Le grand artifice de Tesprit des ténèbres est de nous inspirer cette pénitence défectueuse, et de nous porter à faire par yolontë ce qu'il fait par une sorte de nécessité.
Ainsi Judas proteste qu*il est pécheur, il s'en déclare publiquement: J'ai péché» dit-il » j'ai vendu le sang du Juste : Peccavi^ tradens son'quinemJustum (Mattu., 26J. Mais ce n*est point assez, répond saint Bernard, de confesser que tu es pécheur; il faut confesser que Diea est bon , et joindre cette confession de la miséricorde de ton Dieu à la confession de ton crime, parceque c'est dans ces deuxconfessions que consiste le retour de la graoe. Judas fait l'un, mais il laisse l'autre; et de là il se repent, mais il ne se convertit pas. il jette dans le temple les trente deniers dont on a payé sa trahison; mais il n'a pas recours au trésor inépuisable de l'infinie bonté de Dieu qu'il a trahi ; il jette le prix pour lequel il a vendu son maître, et il ne connoît pas le prix dont son maître l'a racheté : Pretium reddit quo vendiderat Do* minum (ces paroles sont de saint Augustin), non agnosclt prelium quo redemptus est à Domino. Enfin , confus et interdit , n'espérant riea de la part de Dieu, il se tourne contre soi-même, et, dans l'horreur qu'il conçoit de lui-même , il devient lui-même son propre bourreau. Les phariiiiens et les scribes l'avoient renvoyé, et lui avoient dit en le renvoyant qu'ils ne se mélùient point de ce qui le regurdoit, e( qu'ils n'y prenoient aucun intérêt : Que nous importe? c'est à vous de voir ce que vous avez à faire : Quid ad nos? tu videris ( Matth., 27). Il y pourvoit en effet , mais de la manière que lui dicte son aveugle fureur. Il se croit indigne de vivre , il se condamne à la mort : mais à quelle mort? à la plus infâme. De la même main dont il a reçu le prix du sanf; : Pretium sanguinis (Ibid.), il forme le nœud qui doit finir le cours de ses années et lui ravir le jour. Il meurt, et, expirant par un nouveau crime , il laisse sa ménnoire en exécration à tous les siècles » Etsuspensus crepuit médius. [Act., i).
Tel fut le sort de cet apôtre , déchu de son apostolat et dépouillé de toutes les grâces qui y étoient attachées. Or là-dessus, mes Frères que de réflexions à faire, que de conclusions à tirer , que de résolu-» tiens à prendre ! Appliquons-nous bien à cet exempte, pour le consi» dérer et l'étudier. C'est l'exemple d'un réprouvé ; mais l'exemple d'un réprouvé peut être pour nous 'une leçon aussi salutaire que les exem* pies des Saints; et la viie des damnés peut nous servir à connoitre les voies de notre prédestination. Judas s'est perdu aux côtés de Jésus* Christ , et au milieu des apôtres ; il n'y a donc plus d'état dans le mond^ £.4, 40
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qui soit amiré , il n'y a donc pins de lieu où Ton soit à convert du péril ; on peut donc se damner jusque dans les plus saintes professions ; on ne peut donc pins compter sur rien. Et en effet, sur quoi compterois-je? est-ce sur les grâces de Dieu? Judas en a eu de plus abondantes que moi. Est-ce sur Fusage des sacrements? Judas a vécu et conversé avec l'auteur même des sacrements ; il a mangé à la table de Jésos-Gbrist , et il y a eu la même part que les autres disciples. Est-ce sur ma pénitence ? Judas en a feit une infructueuse , et puis-je me promettre que la mienne aura plus de mérite et plus de pouvoir au-* près de Dieu? Sur quoi donc, encore une fois, ferai-je fond? Ah! Seigneur, mon plus solide appui sera la crainte de vos jugements; car voilà par o& vous voulez que le Juste se soutienne aussi bien que le pécheur, et c'est en cela que votre grâce est admirable , d'avoir fait de b crainte , dont le propre est d*ébranler , l'affermissem^t de toutes les vertus. Il n'appartenoit qu'à vous, ô mon Dieu ; de lui donner une qualité si rare et si excellente. Dans l'ordre naturel , la crainte afFoibIH ; mais dans l'ordre du salut , elle fortifie : et c'est par cette raisoo , remarque saint Ambroise, que le Fils de Dieu a souffert Judas, et qu'il l'a admis au nombre de ses disciples. Car ce choix n'a pas été sans un dessein particulier de la Providence : Eligitur Judas , non per imprudentiam , sed per providentiam. Dieu a voulu que sa chute nous fût une preuve sensible de cette grande vérité , que nous devons opérer notre salut avec tremblement : Cum metu et tremore (Philipp.^ 3). Le premier ange nous avoit déjà servi sur cela d'exemple , en se pervertissant dans le ciel ; mais son exemple , dit saiut Bernard, n'étoit pas assez sensible pour nous. Le premier homme nous en avoit donné un témoignage pins touchant en se perdant lui-même , -et toute sa postérité avec lui , dans le paradis terrestre ; mais c'étoit un témoignage trop éloigné de nous : il en falloir un qui nous fût plus présent, et qui nous ftt voir que dans le christianisme même où la grâce abonde, et dans les sociétés du christianisme les plus régulières et les plus parantes , il y a toujours des dangers et des écueils à éviter. Or c'est de quoi nous avons la plus évidente conviction dans la personne de Judas; et si nous présumons encore des miséricordes de notre Dieu, si nous oublions ses jugements redouiables, pour nous entretenir dans une vaine confiance , si nous négligeons l'affaire du salut, et que nous nous en reposions sur la providence du Seigneur, qui ne manque point aux hommes en cette vie , n'est-ce pas un aveuglement criminel , et une témérité sans excuse?
Mais devons-nous tellement craindre, que nous bannissions de notre eœur toute espérance ? A Dieu ne plaise. Chrétiens ! Craignons, mais d'une crainte filiale : or cette crainte des enfants , bien loin d'exclure Tespérance , la demande au contraire , et la suppose comme une compagne inséparable. Judas a désespéré, et c'est son désespoir qui a consommé sa condamnation ; d'où il s'ensuit qu'il n'y a donc point de
désordre» point d*babitiide si invëiérëe,oii il soit permis de se.d^^Tidi^ la bonté divine, et de n'en plus attendre de grâce, Qaand je serois aussi coupable et œôoie plus coupable que Judas» tant queje suis sur le terre» jesuis toujours dansia voie; et tant queje suis dans lav^ie^Dieu veutqve je le regarde comme ma fin, et que j'y aspire. Mais oommeat pottrrms-je aspirer à ce que je n'espère plus ? David étoit devenu adultère ; J)ayi4 à son adultère avoit ajouté Tbomicide; David avoit scandalisé iôgil son peuple ; David avoit abusé de tous les dons de Dien : mais entm-t-U pour cela dans le moindre sentipoient de désespoir ? Que dis-je? plu» il se reconnut criminel , plus il ranima son espérance , plus il la redioiir bla. Avant son péché , il appeloit Dieu son Seigneur, son souverain » son roi ; mais depuis son pécbé il usa d'un nom plus engageant eî plm tendre , et commença de l'appeler sa miséricorde : J)euinieu$ mm» ricordia mea (Psalm. â9). Car, selon la pensée àfi saint AugusiM'iit étant pécheur devant Dieu , il ne trouva point de terme plus propre pour exprimer ce que Dieu lui étoit et lui vouloit être : Nqh invenU quid appelleret Dominum j nui miserkordiam suanu D'où ce saint docteur conclut en s'écriant : 0 nomen sub quo nemini desperandum / 0 Iq grand nom , mes Frères ! nom qui condami^e toutes les défiances dea hommes, et qui nous apprend que personne, qui que nous soyons, ne peut, sans faire outrage à Dieu, se croire hors d'état de re^uroer à lui , et d'en obtenir une pleine rémission.
Pécheurs qui m'écoutez , comprenez ce que je dis, et ne lfoubli«j( jamais : ce qui a damné Judas , ce n'est point proprement la tivBihisoii qu'il avoit commise , mais le désespoir ou il s'abandonna apràe sa tra* hison ; car sans ce désespoir , tout traître qu'il étoit , il pouvoît néaar moins encore se sauver. S'il eût espéré , sa trahison eût pu servir à sa justification , en servant à exciter sa pénitence et sa contrition. Son malheur est de s'être persuadé qu'il n'y avoit plus de pardon pour lui ; et voilà ce qui perd tous les jours les grands pécheurs du monde» Les pécheurs ordinaires se perdent par un excès de confiance, mais les libertins et les impies déclarés se perdent par un défaut de ooufianice. Les uns périssent parcequ*ils e(^>èrent trop , et les autres parcequ'ile n'espèrent point du tout. Car voici la plus dangereuse illusion de l'es*prit séducteur, qui ne cherche qu'à nous attirer dans le précipice par quelque voie que ce puisse être. Avant le péché , il nous donne de la confiance, et il nous l'ôte après le péché; c'est-à-dire qu'il nous donne de la confiance quand elle nous peut être préjudiciable , et qu'il nous l'ôte quand elle nous est sdutaire et nécessaire. De même , avant le péché, il noue ôte la crainte des jugements de Dieu ; mais il nous la rend après le péché, et nous hi rend au double. De sorte, si je puis le dire , qu'il nous feit comme une espèce de restitution , en nous ren* dant après le péché ce qu'il nous avoit été avant le péché. Mais , je me trompe : il ne nous rend point ce qu'il nous ôte , et il ne nQ^s ôte point ce qu'il nous donne; csr il nous rend afrès le j^hém^fmm
crainte » au lieu de la crainte véritable et religieuse qu'il nous a ôtée avant le péché , et ne nous ayant donné qu'une confiance présomptueuse avant le péché , il nous ôte après le péché la vraie confiance qui pourroit nous retirer de notre égarement, et nous ramener à Dieu. Ah ! pécheurs, encore une fois, qu'il est important que vous conceviez bien ceci, et que vous y fassiez une sérieuse attention! Si vous saviez espérer en Dieu , tout pécheurs que vous êtes , j'oserois vous répondre de votre salut ; car si vous saviez espérer , vous espéreriez chrétiennement ; c'est-à-dire que , malgré la multitude et la grièveté de vos offenses, vous espéreriez assez pour vous toucher , assez pour vous inspirer un saint désir de rentrer en grâce avec Dieu , assez pour vous en faire prendre la résolution et l'unique moyen , qui est la pénitence; as3ez pour vous soutenir, pour vous consoler, pour vous encourager dans votre retour ; mais non point assez pour vous endurcir dans vos désordres, et pour vous confirmer dans vos habitudes vicieuses : c'est-à-dire que , ne perdant jamais l'idée de la miséricorde divine , et qu'au milieu des dérèglements de votre vie , rappelant le souvenir de cette bonté souveraine qui s'intéresse encore pour vous, qui vous ouvre son sein, qui vous tend les bras, qui vous invite, et qui vous promet une prompte et entière abolition dès que vous voudrez revenir, et que vous le voudrez bien, vous vous sentiriez émus jusque dans le^fond de l'ame , pénétrés , attendris , piqués de recaunoissanoe envers le meilleur de tous les maîtres, confus de vos ingratitudes et indignés contre vous-mêmes, déterminés à tout pour profiter de la grâce qui vous est offerte , et pour achever l'ouvrage de votre conve^ sion. Plaise au ciel que ce soit I4 le fruit des saintes vérités que je viens de vous annoncer ! plaise au ciel que tout ce qu'il y a de pécheurs dans cet auditoire, prosternés devant Dieu et humiliés au pied de cet autel , commencent dès aujourd'hui à mettre en œuvre cette espérance si avantageuse et si efficace que je leur prêche ! Allons, mes Frères, et ne différons plus ; le Seigneur nous attend , et il est prêt à nous recevoir. Nous sommes chargés de crimes , et c'est justement ce qoe nous devons d'abord confesser en sa présence : Peccavi , tradens «aaguinemjusium: Oui , Seigneur, j'ai péché, et le perfide qui vous a vendu a-t-il plus péché que moi? J'ai déshonoré votre nom, j'ai violé votre loi , j'ai abusé de vos grâces , j'ai négligé vos sacrements , et combien de fois peut-être les ai- je profanés? J*ai sacrifié mon ameà mes passions, cette ame que vous aviez rachetée de votre sang : Tradens sanguinem jvstum. Je ne viens donc point m'excuser, mon Dieu; je viens plutôt m'accuser comme Judas ; mais du reste dans un autre sentiment que Judas. Peccavi : J'ai péché contre vous , mais je ne cesserai point pour cela d'espérer en vous. J'ai péché ; mais comme votre miséricorde est au-dessus de vos jugements , elle est au-dessus de tous mes péchés , et au-dessus de tous les péchés du monde. J'ai péché ; mais plus j'ai péché , plus ma douleur augmente ; et plus mop repentir
est vif 9 plus Yoos êtes disposé à me pardonner. Dans cette confiance je vous réclamerai, et vous m'écoaterez; je vous adresserai mes vœux, et vous les ag^réerez ; je travaillerai à vous satisfaire » je vous vengerai de moi-même, et vous me préserverai de vos vengeances pour me recevoir parmi vos élus , et me faire part de votre gloire » où nous conduise, etc.
EXHORTATION
' Et poêt pusUlum, rurnu qui asiabant, dieebant Pett'o : Veré ex ilUs es, nom et GaH' iceus es, Ille atUem ecqpU anathemaiitaret etjurare : Quia neseio hcminem istum quêm 4licins.
<^ielque temps après, ceux qui se trouvèrent U, dirent à Pierre : Assurément vous êtes de «ces gens-là , car vous êtes aussi de Galilée. Mais il se mit à faire des imprécations, et à dire avec serment : Je ne connois point cet homme- là, dont vous me parlez. Saint Mabc, chap. xi v.
N'étoit-ce donc pas assez pour le Sauveur du monde qu'un de ses apôtres Teût trahi et vendu; et falloit-il que, dans son affliction, il eût encore la douleur de voir le prince même des apôiresle renoncer, et d*entendre celui qu'il destinoit à être un jour le souverain pasteur des fidèles le charger d'anuthèmes et le blasphémer? Providence de mon Dieu , vous le permîtes ainsi , selon les décrets éternels de cette justice impénétrable dont nous devons adorer les jugements, sans en* treprendre d'en découvrir le fond et de les examiner. Quoi qu'il en soit, cette colonne sur laquelle devoit porter le saint édifice de l'Église fut ébranlée ; Pierre tomba , et nous donna tout à la fois, dans sa chute y et un exemple sensible de la fragilité humaine, et une triste image de ce qui se passe tous les jours parmi nous. Car, au milieu du christianisme, combien de chrétiens renoncent tout de nouveau Jésus^Christ? mais aveccette différence bien essentielle et bien funeste pour nous, que Pierre ne renonça son maître que dans une rencontre, et que par une prompte pénitence il prévint les suites malheureuses de son infidélité; au lieu que nous renonçons ce Dieu Sauveur habituellement, constaaoh ment, et que par-là nous nous exposons à être renonces nous-mêmes. £n deux mots, qui comprennent tout le sujet de cet entretien, Jésus- Christ renoncé par les mauvais chrétiens, ce sera la première partie ; et les mauvais chrétiens, renonces par Jésus-Christ, ce sera la seconde. Deux vérités affligeantes que je prends ici occasion de traiter, et qui pourront vous engager à faire un retour salutaire sur vous-mémet . Commençons.