PREMIÈRE PARTIE
Ce fut sans doute un changement bien subit et bien étrange que celui de Pierre; ce fut une foiblesse bien condamnable, lorsque, voyiant Jésus-Christ entre les mains des Juifs, et craignant d'être arrêté lui-même comme son disciple et enveloppé dans le même sort, il ne se contenta pas de méconnoitre publiquement ce divin Sauveur,
«0 SUR LE REMEMERT DE SAINT PtERftE.
■MM qa'il es fiitjaBqti'«Dx imprécations et aui serments. Éloit-celà œC homme «opaniTant si résolu, ainsi qa'il le protesta plus d'one fois, et si déterminé àjierdre la vie plutôt que d'abandonner jamais le Fils de Dieu? £fiam n opartuerit me mort, non te negabo (Matth., 26). Étoit-ce cet apôtre ai férme.et si intrépide, qui seul dans le jardin s'étoit présenté au combat contre une multitude de gens armés , et qui n'attendoit qu'un ordre de son maître pour se jeter au milieu d'eux ? Domine^ si percutimuâ in gUuiïo (Ltc, 22)? Après de si belles démonstrations, après une conduite si hardie et des sentiments si généreux , une parole Pétonne , une simple fille le fait trembler : dans k trouble oh il entre et la frayeur dont il est saisi , il devient blasphélliateuf et parjure ; il renonce son Dieu et sa foi : Nescio hominetn îi- Stim (UâttHm 2(>). Dédire qu'en ee moment la grâce lui avoit manqué, eé seroit renouveler une erreur proscrite dans l'Église, et flétrie de seâ censuras : mais disons avec plus de vérité , que dans cette fatale coqoncinre il manqua à la grâce , qui pouvoit le confirmer et le soatenir. De dire que sa chute fut une suite et le juste châtiment de sa présompiioni c'^t la pensée de tous les Pères et de tous les interprètes, autorisée par l'Évangile et fondée sur l'oracle du Saint-Esprit. Mais sans rechercher la source de son désordre, considérons le nôtre, et oonfondons'uous d'avoir tant de fois nous-mêmes renoncé Jésus- Christ, et de le renoncer peutrétre encore tous les jours« Vous me demander comment, et je vais vous l'expliquer*
C'est une plainte isfue faisoit saint Paul écrivant à Tite son disciple, et déplorant la conduite de quelques chrétiens , fidèles tout à la fois et infidèles; fidèles dans les paroles , mais infidèles dans la pratique et dans les œuvres i Confitentur se nosse Deum , faclis autem negant {Tit.fi) : Il est vrai, disoit ce docteur des nations, ils parlent comme nous ; mais ils n'agissent pas comme nous : ils confessent comme bous Jésus^hrist, Fils de Dieu et vrai Dieu; mais ils n'observent pas comme nous sa loi , et par leurs mœurs ils blasphèment, non plus ce qu'ils ignorent, mais ce qu'ils connoissent et ce qu'ils croient. Or tel est le déplorable désordre où nous sommes tombés dans le christianisme, et voità comment le monde, même chrétien a renoncé et renonce sans cesse Jésus-Christ. Renoncement le plus universel, et renoncement le plus crimineL Développons ces deux points, qui nous donneront bien lieu de gémir , pour peu que nous soyons sensibles aux intérêts de la aainte reUgion que nous professons.
Renoncement le plus universel : car à quoi ne s'étend-il pas , et jusqu'où ne le porte-t-on pas ? On le renonce , cet adorable et divin maître, en tout ; c'est-à-dire, qu'on le renonce dans sa vie et dans ses exemples , qu'on le renonce dans sa mort et dans sa croix , qu'on le k*enonce dans son Évangile et dans sa morale , qu'on le renonce dans ses sacrements , et en particulier dans le plus auguste et le plus saint de ses mystères ; enfin qu'on le renonce jusque dans ses disciples et
Sim LE RENIEMENT DE SAINT PIERRE. fBl
ses seeUteurs. Et pour en venir à la preuve» qu'est-ce que renoncer Jésas-Christ , ainsi que nous le devons présentemBit entendre? C'est tenir une conduite toute contraire à celle de Jésus-Ghrist ; c'est sai?re dans l'usage ordinaire de la vie des maximes et des règles incompatibles avec l'esprit de Jësus-Gbrist; c'est rejeter ce qn il a recherche, fuir ce qu'il a aimé, négliger sans attention et sans soin ce qu'il nons a laissé de plus salutaire et de plus précieux, TatUquer jusque dans ses membres, et faire de ses imitateurs et de ce petit nombre de fidèles qui lui sont dévoués, le sujet ou des plus malignes railleries, ou des plus violentes persécutions. Or n'est-ce pas là commeot le traitent une multitude innombrable de mondains, quoique éclairés des iumiè« res de la foi et nourris dans le sein de son Église? Nous n'avons qu'à ouvrir les yeuxet qu'à les jeter autour de nons, pour nous en oonvain** cre : l'expérience ne nous en instruit que trop, et il seroit à souhaiter que nous n'en eussioDs pas des témoignages si sensibles et si communs.
On le renonce dans sa vie et dans ses exemples. Il nous les a prop<H ses pour modèles» et c'est à nous aussi bien qu'à sesap^resqu'iladit; Exemplum dedi volns , ut tjuemadmodUm ego feci , i$a et vos faciaiU (JoAN., 13 } : Je suis venu et j*ai vécu parmi vous, afin que vous puissiez vous former sur moi , et que par une sainte conformité de pratiques et d'actions on pût me reconnpître en vous. L'Apôtre, dans le même sens, vouloit que la vie de Jésus-Christ parût dans la vie des chrétiens, qui composent le corps mystique dont il est le chef : Ut et vita Jesu manir festetur in corporibus nostris{2. Cor.f 4). Et ce maître des Gentils prenant pour lui-même ce qu'il enseignoit aux autres , et se rappliquant dans toute son étendue et toute sa force, croyoit, sans pardre Thumilité chrétienne , pouvoir dire de lui : Ce n'est pas moi qui vis , mais Jésus-Christ qui vit en moi : Vivo autemjam non ego ; vivit veto in me Christus (Galat., 2). Pouvons-nous parler de la sorte? y a-t-41 dans toute notre vie un seul trait qui ne soit pas directement opposé à la vie de Jésus-Christ pauvre et amateur de la pauvreté , de Jésus- Christ humble et amateur de Thumiliation et de Tobscurité , de Jésus- Christ ennemi du siècle et de ses feusses prospérités ?
On le renonce dans sa mort et dans sa croix. Cette croix , selon le langage de saint Paul, a été une folie pour les Gentils et un scandale pour les Juifs ; mais, dit saint Chrysostome, die est souvent pour nous l'un et l'autre tout ensemble : une folie , quand nous devrions la rechercher nous-mêmes, et un scandale, quand nous sommes forcés de la porter ; une folie, quand nous devrions la rechercher nous-mêmes, parce que, bien loin de la rechercher en effet, nous mettons toute n<ytre sagesse à la fuir et à ne rien souffrir ; un scandale , quand nous sommes forcés de la port^ , parceque nous en faiscms le sujet de nos révoltes intérieures et de nos murmures. Que Dieu nous envoie une affliction, et que par-là il veuille nous associer à Jésusdbrist soufGrant et crucifié , en quelle désolation ne tombons-nous pa«? à qnek excès.
et quelquefois à quels désespoirs ne nous emportons-nous pas? On a beau nous dire que cette croix, cette peine qui nous arrive est une portion de la croix du Sauveur ! elle nousparoU insoutenable ; et quoi- -qu'elle nous soit présentée de la main même du Fils de Dieu, quelque légère d'ailleurs qu'elle puisse être, an lieu de la recevoir avec respect, nous la rejetons avec horreur.
On le renonce dans son Évangile et dans sa morale. Il y a deux morales qui se contredisent formellement , la morale de Jésus-Christ et la morale du monde. Parcourons les maximes de Tune et de Tautre, nous n'en trouverons point entre lesquelles il ne se rencontre une contrariété absolue. Selon la morale de Jésus-Christ, toute affection aux biens delà terre et aux richesses temporelles est réprouvée ; et selon la morale du monde, il faut avoir, et avoir le plus qu'on peut, et avoir le plus tôt qu'on peut, et avoir comme on peut. Il y faut tourner tous ses désirs et toutes ses réflexions ; il y faut appliquer tous ses soins: car on ne vaut, et Fou est heureux qu'autant qu'on se voit à son aise et bien pourvu. Selon la morale de Jésus-Christ , c'est une béatitude que d*étre doux et débonnaire , que d'être pacifique et patient , que d'endurer les injures et de les pardonner ; et, selon la morale da monde , c*est une lâcheté que de supporter la moindre offense. Il n'y a point là-dessus de ménagement à garder , il n'y a point de satisifâction qu'on ne doive exiger , point de paix qu'on ne doive pour cela troubler, point d'intérêt qu'on ne doive sacrifier : autrement, ce seroit se couvrir d'une tache ineffaçable , et se mettre dans un opprobre dont on ne se laveroit jamais. Selon la morale de Jésus-Christ, nous n'entrons point dans le royaume du ciel, si nous ne nous faisons petits comme des enfants ; et selon la morale du monde , c'est une bassesse de cœur que de ne travailler pas, autant qu'il est possible, à se dii^tinguer, à se faire de la réputation, à s'attirer du respect, à s'établir dans Tautorité et dans le crédit, à se pousser dans les emplois, dans les dignités. L'ambition est une noblesse d'ame, et c'est n'avoir point d'honneur, que de ne se sentir pas piqué d'une si belle passion. Selon la morale de Jésus-Christ, Tétat de ceux qui pleurent en cette vie, de ceux qui mortifient leurs sens , de ceux qui font pénitence, est préférable à tous les plaisirs et à toutes les joies du siècle ; mais là-dessus quelle est la morale du monde, et à quoi nous porte-t-elle ? i se diververtir , à jouir du temps , à se procurer tous les agréments de la vie , à être des jeux , des compagnies , des spectacles, des repas ; à ne se taire aucune violence, à ne se gêner en rien. Il en est de même de tous les autres articles , qu'il seroit trop long de parcourir en détail, et où la morale de Jésus-Chr ist et celle du monde ont des principes tout différents. Par conséquent , s'attacher à Tune , c'est renoncer à l'autre. Or des deux laquelle snivons-nous ? quelles maximes débitons-nous dans les entretiens ? à nous entendre parler, et à voir la manière dont nous nous comportons en tont » peut-on se former quelque idée da
cbristianisme ; et si d'ailleurs Ton ne savoit que nous en faisons une certaine profession, s^imagineroit-on jamais que nous avons été élevés à l'école de Jésus-Christ, et que nous croyons à sou Évangile ?
On le renonce dans ses sacrements, et surtout dans le plus auguste et le plus saint de ses mystères, qui est la divine Eucharistie. Dans ce mystère adorable il se propose à nous comme Tobjet de notre culte; mais au lieu dés honneors qui lui sont dus, quels outrages ne lui faiton pas ! Point de respect en sa présence, point d'attention ni de recueillement : encore si Ton ne le déshonoroit que par de simples dissipations et de simples immodesties ; mais jusque dans son sanctuaire, à quelles abominations n*en vient-on pas! quels discours y tient-on? quels sentiments y conçoit-on? quelles scènes y donne-t-on? quels scandales y eause-t-on? Les hommages qu*on devroit lui rendre , on les rend à une idole mortelle ; Tencens qu'on devroil lui offrir coqime au vrai Dieu, on l'offre à une fausse divinité. Ce n'est pas tout : dans ce même mystère, dans ce sacrement où il réside en personne, il a voulu demeurer avec nous Jusqu'à la fin des siècles ; il s'est attendu que nous irions l'y visiter, et que,- dans ces saintes et salutaires visites, il seroit notre conseil, notre consolation, notre ressource; il nous a promis que nous trouverions .tout en lui, et nous l'abandonnons comme s'il ne devoit rien être pour nous. N'est-il pas étrange que ses temples soient si solitaires et si délaissés ! A peine y voit-on quelques personnes s'entretenir avec lui ; à peine y sommesnous entrés à certains jours, que l'ennui nous prend, et que nous pensons à nous retirer. S'il n'y avoit un précepte qui nous obligeât quelquefois d'y paroître, nous nous en absenterions durant des années entières. II y a encore plus : c'est qu'il nous a donné ce sacrement de son corps et de son sang comme un pain , comme une nourriture , comme le soutien de nos âmes ; mais ce pain de vie, nous ne le mangeons presque jamais ; mais cette nourriture céleste, nous la négligeons, nous la rebutons, nous n'en usons qu'avec dégoût ; mais ce soutien de nos âmes, souvent par de sacrilèges profanations, nous nous en faisons un poison ; en sorte que ce qui devoit être notre salut, devient notre mort : ainsi Irenversons-nous toutes les vues de Jésus- Christ , et abusons-nous de ses grâces contre lui-même et contre nous. Enfin, on le renonce jusque dans ses disciples et dans ses sectateurs. Quoiqu'il n*y ait plus, comme autrefois, de tyrans qui persécutent l'Eglise de Jésus-Cbrist, il y a néanmoins, dans l'Église même, une espèce de persécution moins sanglante, mais du reste non moins dangereuse, qu'ont à soutenir les vrais chrétiens. Il semble que ce soit une honte dans le monde de se conduire selon les principes de la religion , et d'en pratiquer les devoirs. Qu'une personne prenne le parti de la piété, qu'elle en fasse une profession particulière ; qu'une femme se détache de ses habitudes, et qu'elle se réduise à une vie moins mondaine et plus conforme à l'esprit de l'Évangile ; qu'un
homme refuse de s'eDga((«r dans hm affaire» parceqa*dle loi parolt délicate pour la conscience ec qu'elle blesse la pureté de la loi chré* tienne, cela suffit pour être exposé à mille discours et à mille Jugements : d'où il arrive que» comme aux premiers siècles de l'Église, les fidèles qui confessoient Jésus-Christ étoient souvent dans la nécessité de se cacher, pour se mettre à couvert des arrêts et des violences de leurs persécuteurs, ceux maintenant qui veulent vivre selon les règles et la sainteté de la foi qu'ils professent sont quelquefois dans une espèce d'obligation de dérober leurs pieuses pratiques et leurs bonnes œuvres à la connoissance du public, pour se garantir de la malignité des chrétiens mêmes et de £eur mépris»
Voilà donc le renoncement le plus universel, et il est encore évident que c'est le renoncement le pluscrimineK Car, comme la qualité d'apôtre dont Pierre étoit revêtu ne servit qu'à redoubler le crime de sa désertion , ainsi la qualité de chrétiens dont nous sommes honorés n'a point d'antre effet alors que de nous rendre plus coupables devant Dieu, et plus condamnables. Il est vrai, et il en fiaut convenir, tout ce qu'il y a eu d'infidèles ont renoncé Jésus-Christ ; ils s'en sont hautement déclarés, et quelque différents qu'ils fussent de secte et de religion, ils sont. tous convenus en ce point, de faire la guerre à cet Homme-Dieu : Convenenmt in unum advenus Donànum et adverm CkrUtum ejuM (Psabn. i ). Hais , après tout , il y a là-dessus une niflexion à faire, qui est essentielle : c'est que ces infidèles, qui se soDt ligués contre le Fils de Dieu , ne le connoissoient pas pour ce qu'il étoit, et qu'ils n'y avoient pas la même créance que nous. Si donc, par exemple, les païens l'ont renoncé dans sa personne et dans sa divinité, c'est qu'en effet ils ne le regardoient pas comme un Dieu, et qu'ils traitoient les honneurs divins qu'on lui rendoit de superstition et de profanation. £n cela ils étoient aveugles, et malheureux dans leur aveuglement ; ils étoient même coupables ; mais du reste, tout coupables qu'ils pouvoient être, ils agissoient conséquemment, et péchoient autant par erreur que par une malice délibérée. Si les Juifis l'ont renoncé dans sa doctrine et dans sa loi, c'est qu'ils ne leprenoient pas pour le Messie et l'envoyé de Dieu , et que, trop prévenus en faveur de la loi de Moïse, ils rejetoient comme une loi supposée le nouvel Évangile qu'il leur annonçoit. Car, dit saint Paul, s'ils avoient été persuadés qu'il leur parloit de la part de Dieu, et qu'il étoit Dieu lui-même, ils ne l'auroient pas crucifié. C'étoit opinifttrelé dans eux de ne pas écouter sa parole, confirmée par tant de miracles, et leur ignorance étoit inexcusable ; mais enfin l'animosité qu'ils témoignèrent contre lui étoit une suite naturelle de cette ignorance, et ils ne se portèrent à de si cruels excès, que par un faux principe où ils pensoient être bien fondés. Si les hérétiques l'ont renoncé dans ses prindpauxi mystères, et, pour ne rien dire des autres^ si les hérétiques de œs derniers siècles te renoncent dans le sacrement de ses anteb, et
s*ib refusent de Ty adorer, c'est qnlls ne croient pas an'il y soit réd*lement ; ils se trompent, ils s'égarent, et ils sont condamnables dans leur égarement , parceqn'ils s'obstinent contre les témoignages les plus certains ; mais après tout, selon leur intention, ce n*est pas à loi directement qu'ils s'attaquent, et ils ne manqueroient pas de lui rendre tout l'honneur qu'il mérite , du moment qu'ils viendroient à se dé» tromper, et à s'apercevoir de l'illusion où ils sont engagés.
De là il nous est aisé de conclure que, de toutes les contradictions oii l'on tombe à l'égard de ce Dieu Sauveur, il n'en est point de plus injurieuse, ni par conséquent de plus criminelle que la nôtre : car en même temps que nous le renonçons, soit dans sa vie et dans ses exern* pies par une vie toute profane et toute mondaine, soit dans ses souffrances et dans sa croix par notre extrême délicatesse et nos sensua» lités, soit dans son Évangile et dans sa morale par des nuiximes et une conduite formellement opposées, soit dans son adorable sacrement et le précieux sacrifice de son corps et de son sang par nos négligences et nos irrévérences, soit dans ses disciples et ses sectateurs par nos mépris et la malignité de nos jugements, nous savons néanmoins, ainsi que la foi nous renseigne, que sa vie et ses exemples nous doivent servir de règle ; qu'il a souffert et qu'il est mort sur la croix, pour nous inspirer le détachement de nous-mêmes, et l'esprit de patience et de mortification ; que son Évangile est une parole de vérité, et que sa morale contient nos plus essentielles (^iigations ; qu'il est en personne dans son sacrement, ou plutôt que ce divin sacrement n'est autre chose que lui-même, vrai Dieu et vrai honmie; enfin, que ses disciples et ses sectateurs sont ses élus, ses favoris, et qu'en s'attachantà lui ils ont pris le meilleur parti , et même le seul qu'il y ait à prendre. Or savoir tout cela, et cependant le renoncer en tout cela, n'est-ce pas le traitement le plus indigne et l'injure la plus outrageante ?
Voilà ce que nous ne pouvons assez méditer, et c'est à quoi saint Paul exhortoit les Hébreux, de penser incessamment : Reeogitaie eum qui talemsuitinuU àpeccatoribuiadvcrsiuiemetipiumcantradiciionem {Heb.9 S). Mes Frères, leur disoit ce grand apôtre, pensez à celui qui a souffert de la part des pécheurs une telle contradiction, il neleur dit pas qu'ils pensent aux affronts et aux outrages que Jésus^Christ a reçus de la part des Juifs, ni à la violence du supplice dont ils le firent mourir ; mais à la contradiction des pécheurs, parceque cette contradiction lui est mille fois plus sensible. Il ne leur dit pas seulement , Pensez-y ; mais pensez-y continuellement. Reeogitaie; n'en perdez jamais le souvenir, parceque ce souvenir, bien imprimé dans vos esprits, y produira des fruits infaillibles de conversion. Occupons-nous sans cesse nousrmémes de cette pensée, conservons-la, entretenons-la dans notre cœur : Recoguate. A force de nous représenter souvent le dés* ordre d'une contradiction qui dément toute notre foi, nous en concevrons de l'horreur, nous nous humilierons en la présence de Jésus*
Christ, nous lui dirons : Ah ! Seigneur, il n'est que trop vrai, et je suis o!>Iigë de le reconnoiire à ma confusion, j'ai contredit votre loi, j*ai contredit vos actions, je vous ai contredit en tout ce que vous avez voulu être pour moi ; et en vous contredisant de la sorte, je me suis contredit moi-même : car il ne m'étoit pas possible d'être bien d'accord avec moi-même, tandis que j*étois en contradiction avec vous; et voilà ce qui a fait le tronble de mon ame. Si j'avoisëté tout-à-fait athée et sans religion, j'aurois eu du moins quelque sorte de paix dans les dérèglements de ma vie ; mais ce reste de foi que je n'ai point perdu , joint au désordre de ma conduite, a fait naiire dans mon esprit des contradictions qui m'ont jeté en de cruelles inquiétudes. Ainsi; Seigneur, oa je dois me conformer désormais à vous, ou il faut renoncer à mon propre repos et à mon bonheur éternel ; car que puis-je attendre en contredisant et en renonçant l'auteur de mon salut, sinon d'en être à jamais renoncé moi-même et réprouvé? Jésus-Christ renoncé par les mauvais chrétiens, c'a été le premier point ; mais aus^i les mauvais chrétiens renonces par Jéi^us-Christ, c est l'autre point, dont nous devons être d'autant plus touchés qu'il y a plus de quoi nous intéressser.