‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 93 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Pilate étoit trop éclairé pour ne pas voir la feusseté dés accusations queformoient les Juife contre le Fils de Dieu. Après l'avoir interrogé lui-même, il ne trou voit rien qui lui parût digne de mort ; et, selon on reste d'équité que son cœur pe pouvoit uémentir » il pensoit aox moyens de sauver le Juste opprimé par la calomnie^ et de le délivrer des mains de ses persécuteurs. G'éiuit une coutume depuis long-temps établie et constamment observéCi qu'à la solennité de Pâques on eiar* gît un prisonnier, et qu'on en laissât au peuple le choix. Or, entre ks antres, il y en avoit un plus connu par ses crimes, c'étoit Barabbas, homme convaincu de meurtre, de sédition, des attentats les plus noirs, et pour cela réservé au dernier supplice. Que l'occasion , ce semble, étoit favorable âu dessein de Pilate 1 il ne la manqua pas. Il s'adresse en particulier aux princes des prêtres et aux anciens de la Synagogue; il s'adresse en général à tout le peuple assemblé devant lui : Qui des deux, leur dit-il, mettrai-je en liberté à cette fête, et qui voulez-vous que je renvoie, ou de Barabbas, ou de Jésus? Quem vuUU vobis di duobu» dimtiii (Matth., 27)? S'il eût eu à traiter avec des esprits moins prévenus et moins possédés de leur barbare envie contre le Sauveur des hommes, y avoit-il lieu de douter qu'ils ne se déclarassent en sa faveur, et que dans une telle comparaison ils ne prissent an moins des sentiments assez équitables pour ne lé pas rabaisser au-de^ sous d'un scélérat et d'un infâme? Pilate l'espéroit , il se Tétoit promis; mais que peut-on se promettre d'une populace émue, conjurés, furieuse, surtout quand de faux docteurs secondent ses emportements, et qu'elle se voit autorisée des mêmes cheb qui dévoient l'arrêter et la réprimer? Ce n'tst donc de toutes parts qu'une même voie, qu'on même cri pour demander le coupable et pour ctmdamner l'innocent : Non hune, sed Barabbam (Joan., i8): Ne nous parlez point de cet homme, mais donnez*nous Barabbas ; c'est celui que nous voolons, préférablement à l'autre.

SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE, fitc. 671

QaéHe surprise pour Pilate ! et une si étrange résolution ne dut-elle pas le trouUer et le dëconcerier? En vain, pour calmer cette émotion populaire, fatt-il de fortes instances, et veui-il, pour les convaincre, entrer en raisonnement arec eux. Dans Tardeur forcenée qui les transporte, ils sont incapables d'entendre aucune raison et de s'y rendr^. S'il leur dit : Que prétendes-Tous donc que je fasse de ce Jésus que vous m'avez amené, et qui porte la qualité de Christ? sans hésiter un moment et sans autre procédure , ils prononcent l'arrât de sa mort» et concluent quille faut crucifier : Défaites-nous-en, et crucifiez-le : Totle, toile, cruàfige (Luc, 23). Si, prenant une seconde fois la parole, il exige d'eux qu'ils prod^iisept ce qu'ils ont à déposer, et qu'ils en viennent à la preuve de leurs dépositions : car quel mai a-t-il fait ? Quid enim maU /edi (Hatth., â7)? ils croient ce détail inutile, et ne daignent pas s'y engager, tant ils sont persuadés de la vérité de leur témoignage : Si ce n'étoit pas un méchant homme, nous ne l'aurioiis pas conduit à votre tribunal, ni ne vous Taurions pas livré. Sur cela, nouveaux mouvements, nouvelles poursuites, nouvelles clameurs: Qu'on le mette en croix, et qu'il périsse : At t//t tnagU damabant^ cK« eentes : Crtwifigatur { Ibid. )• Enfin , si Pilate ose leur remontrer que c*est le roi des Juitis, et que d'attenter à sa vie, c'est pour eux le crime le plus énorme, ils protestent hautement qu'ils ne le reconnoissent point, qu'ils n'en dépendent point, qu'ils n'ont point d'autre roi que César, et qu'ils ne souffriront jamais que celui-ci ait dans la Judée le mûiûdre pouvoir : Non habemus regem, nm Casiorem ( Joan., 19).

Ah ! peuple indocile et rebelle, c'étoit en effet votre roi, et c'éloiten même temps le roi de gloire ; mais vous n'en avez point voulu , pourquoi? parcequ'il vous apportoit la lumière, et que vous aimiez les ténèbres; paroequ'il vous annonçoit des vérités auxquelles vous refusiez de vous soumeitrci et que par sa parole toute divine et ses œuvres merveilleuses il confondoit votre incrédulité; parcequ'il vous préchoit une loi dont vous aviez peine à vous accommoder, et dont vous vous faisiez un scandale ; parcequ'il rabattoit l'orgueil de vos pharisiens, et qu'il démasquoit leur hypocrisie ; parcequ'ils vous aigrissoient , qu'ils . vous envenimoient , qu'ils vous soulevoient contre lui, et vous inspiroient toutes leurs passions. Voilà, dis-je, pourquoi vous l'avez rejeté, et vous lui avez fait le plus sanglant outrage qu'il ait reçu dans tout le cours de ses souffrances. Car jamais fut-il plus humilié que dans ce jugement, où vous l'avez couvert d'opprobre et d'ignominie? D'être comparé avec Barabbas , c'étoit déjà une des plus grandes humiliations ; mais le dernier degr'é et le comble de l'humiliation, n'a-ce pas été de voir encore fiarabbas obtenir sur lui l'avantage? et le Fils unique de Dieu pouvoit-il être traité avec plus d'indignité et plus de mépris?

Ne nous flattons point, mes chers auditeurs ; et sans nous épancher en dlnmiies reproches contre les Juifis, tournons toute notre indigna*

672 SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE» Etc.

tion contre noas-mémes ^ et convenons que €ette rebelle nation n'a point méprisé plos oiitrageusemect Jdsus-Cbrist, que nous méprisons notre Dieu sur tant de sujets et en tant d'occasions où nous nous lais* sons en(ratoer, et on nous nous abandonnons au désordre du péché. Quand Teitulfien parle du péché de rechute après la pénitence, il en fait consister la grièveté et la malice en ce qne l'homme , dit-il , après avoir éprouvé Fempire du démon et celui de Dieu, l'empire du démon lorsqu'il étoit dans l'état du péché, et celui de Dieu, tandis qu'il vivoit dans l'état de la grâce, se détermine enfin, et se livre au démon pré« férablement à Dieu ; de sorte que, faisant la comparaison de l'un et de l'autre, il semble conclure que le joug de Dieu est moins avantageux et moins souhaitable que celui du démon, puisque, après avoir secoué dans sa pénitence le joug du démon pour se convertir à Dieu, il quitte tout de nouveau le joug de Dieu, et se réduit sous l'esclavage et la servitude du démon. Ainsi raisonnoit ce savant Africain.

Mais il n'est pas nécessaire, pour justifier ma pensée, de la renfermer dans cette espèce de péché. Je prétends que tout péché, je dis tout péché mortel) est une préférence refusée à Dieu et donnée à la créature. Je prétends que tout homme qui , par une offense griève, pèche contre Dieu , est aussi coupable envers Dieu que le furent les Juife envers le Fils de Dieu dans le choix qu'ils firent de ^arabbas, ao préjudice et à la ruine de cet adorable Sauveur. Je prétends que c'est la même injure de part et d*autre , que c'est le même jugement, le même crime. Gomment cela? comprenez-en la preuve; elle est incontestable et sans réplique. Car, selon toute la théologie, qu'est-ce que le péché? Un éloignement volontaire de Dieu, et un attachement libre et délibéré aux objets créés. Dès-là que nous péchons , nous quittons Dieu, nous nous séparons de Dieu : et pourquoi? l'un pour une volupté sensuelle, l'autre pour un vil intérêt; celui-là pour un fantôme d*honneur, celui-ci pour un caprice, pour une vaine idée, pour un rien. Or n'est-ce pas là une vraie préférence, où des objets périssables et mortels, oil d'indignes créatures, plus méprisables souvent et plus abominables que Barabbas, l'emportent sur tous les droits de Dien?

En effet, je ne puis pécher que je ne connoisse le mal que je vais commettre. Je sais , en péchant, que telle action est criminelle, que telle liberté, que telle injustice, que telle médisance, que telle vengeance est défendue, et contre la loi de Dien. Quand donc, indépendamment de la loi et malgré la loi qui condamne tout cela , je m'y porte néanmoins, c'est que j'aime mieux me contenterai tout cela, que d'obéir à cette loi : par cbnséquent, c'est qu en vue de tout cela, je la méprise, cette loi divine, et le souverain auteur qui me Va imposée. Sans me déclarer aussi ouvertement que les Juifs, ni m'en expliquer en des termes si formels, je dis comme eux dans mon cœur : Nm huncy sed Barabbam (Joân., ^8) : c'est un maître trop exact et trop sévère qu'on me propose à servir. La voie de ses conunandeoieDts est

SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE^ etc. «7$

trop étroUe pour moi» et il m'en faut une plus hrge. Le monde est mille fois plus commode ; et en le suivant, il n'y a point tant de gène ni de contrainte. Il se conforme à mes inclinations, il seconde mes desirs, il me laisse une licence entière pour vivre à mon gré et selon mes volontés : voilà le Dieu qui me plaît, et que je demande. TolUf toUc (Luc, 23) : Otez-moi ce Dieu si saint, qu'une œillade, qu'un geste» qu'une parole est capable de le blesser; ce Dieu si clairvoyant, qui ne pardonne rien. Toile : Otez-moi cet Évangile, cette loi si rigoureuse^ et si opposée à tous mes sentiments naturels. Non habemus regemp nisi Cœsarem (Joan., 19} : Je n'ai point d'autre loi que mon ambition» point d'autre loi que ma convoitise, point d'autre loi que mon amourpropre, point d'autre loi que toutes mes cupidités, et tout ce qui peut me rendre la vie plus douce et plus agréable. Ce sont là mes guides» mes docteurs, mes maîtres : Non habemus regem , nUi Cœsarem* Ces pensées. Chrétiens, fffnt horreur; mais à bien considérer la nature du péché, voilà dans la pratique où il se réduit, en voilà le fond et le ca* ractère le plus essentiel.

Vous me direz qu'on n'y procède pas communément avec tant de délibération , et qu'on n'y fait pas toutes ces réflexions. Ah ! mes Frères, c'est ici le prodige, et de la malice de l'homme pécheur, et de Vé^ normité de son péché. Car écoutez deux choses que j'ai à vous répondre. Je soutiens d'abord , et j'en prends à témoin la conscience d^un nombre infini de pécheurs, et môme de plusieurs qui m'écoutent ac* tueliement : encore une fois, je soutiens qu'il y en a qui pèrhent avec toutes ces vues; qui délibèrent, qui raisonnent, qui combittent en eux-^ mômes et contre eux-mêmes, et qui ne s'abandonnent à leurs désordres que par cette conclusion formée : je le veux. Péchés d*un plein choix, d'une pleine résolution, et de la volonté la plus parfaite : mais en même temps péchés les plus pernicieux par rapport au salut ; péchés qui conduisent le plus directenient à la réprobation , ou qui sont déjà comme une réprobation anticipée; péchés que Dieu souvent ne remet ni en cette vie ni en l'autre, et qu'il punit dans la rigueur de sa justice. Quelle abomination, quelle désolation !

Du reste, et c'est l'autre réponse , je conviens aussi que tous ne vont pas jusqu'à cet excès, et n'embrassent pas de la sorte le pé* ché. Je ne ferai pas même difficulté de reconnoiti e qu'une grande, partie de ceux qu'il entraîne , s*y engagent plus légèrement : c est-àdire qu'ils s'y engagent avec moins d'advertance et moins d'attention; qu'ils s'y engagent par un premier mouvement et par précipitation, soit parceque les objets présents les frappent tout-à-coup et les exci-^ tent, soit parceque le penchant les domine et que le poids de l'habitude les emporte. Tel est , je veux bien l'avouer, tel est l'état de la plupart des pécheurs du siècle. Mais cela même les excuse-t-il , et cela dimi* nûe-t-il l'injure que fait à Dieu le péché? Quoi ! je prétendrois tirer avantage de mon inadvertance et de ma légèreié dans un siyet qui B. 4, 43

674 SIBI LE JUGEMENT DU PEUPLE, etc.

denHnifoil! toute mon attention et tonte ma précaution f Quoi f lors*» qu'il s*est agi de perdre mon Dieu, et de le sacrifier Mx sales appâts d'une sensualité brutale , je me croirai bien justifié de dire que je ne pensois guère à ce que je foisois ? Quand il étoit question d'immoler lésus-Çhrht et de le crucifier dans mon cœur, je me tiendrai moins ooupable , parceque je n'examinois rien là-dessus , et que je ne m'appUqnois pas à en prévoir les affreuses conséquences? Et oii est-ce donc que j'emploierai toutes mes lumières , que j'apporterai tonte ma vigilance, qae j'userai de tonte ma circonspection? La passion m'a entraîné : et voilà justement ce qui offense mon Dieu , et ce qui l'outrage. Car le respect d'un tel maître, et l'honneur qui lui est dû par tant de titres, nedevoit-il pas être plus puissant pour m'arréter, que toute l'ardeur de la plus violente passion, pour me précipiter et m'emporter? Si les Juifs tumultuairement assemblés c(ioient à Pilate, Toile hune, etdimitte notns Barabbant (Luc, 23), Faites-le mourir, et remettez-nous Barabbas , c'étoit dans un transport qui les ayeugloit : mais en étoient-il moins criminels ? Ainsi j'ai Commis ce péché par vivacité de tempérament, par inconsidération , et presque sans y prendre garde; mais c'est ce qu'il y a de bien surprenant et de bien étrange, que j'aie pris si peu garde à ne faire aucune démarche qui pût èM préjucfictabfe à la gloire et aux intérêts d'un Dieu, de qui j'ai tout reço et à qui je dois tout. Mon devoir capital , n'étoit-ce pas d'étudier toutes ses volontés , et de me rendre continuellement attentif à les ae- ^mplir, et à ne m'en départir jamais? Il feUoit que j*y fusse bien peu attaché , pour en perdre si aisément le souvenir ; et si je veux de bonne foi me consulter moi-même , si je veux sonder le fond de mon cceur et ses véritables dispositions , je trouverai que je n'ai franchi si précipitamment et si hardiment le pas, que parceque la loi de Dieu ne me touchoit guère , et que j'étois beaucoup plus sensible à mes désirs déréglés, et aux sujets malheureux qui les aîlumoient.

De tout ceci donc , Chrétiens , vous comprenez Ténormifë du pédié, et le degré de malice qui lui est propre. Quedis-je! et quel esprit humain la peut comprendre telle qu'elle est? Car pour concevoir toute la grièveté de cette préférence donnée à la créature au-desSus de Dieu, il foudroit en même temps concevoir toute la grandeur de Dieu an-dessus de la créature : tellement que la malice du péché doit être aussi grande, par proportion , que Dieu est grand , que Dieu est juste, que Dieu est bon , que Dieu est parfait dans tous ses attributs : or tout cela est infini , et par conséquent hors de la portée d'une raison aussi foible et ausi bornée que la nôtre. Et comme il est de l'essence de Dieu que, quelque idée que je me forme de son souverain être, il passe toujours infiniment tout ce que j'en connois , il est de Fessence du péché que, quoi que j'en imagine, il soit toujours plus difforme et pins odieux que tout ce que je ih'en puis figurer. Quand je conçois qu'il a converti les auges en démons, qu'il a ruiné pour jamais TéM

SUfc LE lUGEMENT DU PEUPLE, etc. é7S

dlnuocemce oà lofent crés nos |)reiDter«; patents , et qa'it les a pei*dus avec toute leur postérité ; qu'il dépouille l'ame de tous ses iùéri<' tes y en eût-elle amassé des trésors sans nombre, et qti'fl Texposè k des supplices éternels; quand je me représente tout cela, ce n'est rietf encore , dît saint Augustin , parceque tout cela n*ést rien en comp^ raison de ce que je ne puis me représenter, qui est la majesté du créateur offensée et comme dégradée dans Tesiime du pécheur.

Ah ! Chrétiens, que ne connoissons-nous mieux lejpéché, ou qûé n'en perdons-nons absolument toute la contoissance f notre malheur est de le connottre, et de ne le pas connoftre assez. Si nous ne le connoissions pohit du tout, nous ne sertons plus en danger de le commettre ; ou si nous le connoissions mieux et dans toute sa laideol^ , bien loin de le rechercher et de nous y plaire» nous ne penserions qu*k nous en préserver et à le fuir. Mais , hélas ! nous le connoissonis au** tant qu'il faut pour en pouvoir devenir coupables devant Dieu, et nous ne le connoissons pas autant qu'il seroit nécessaire pour être en état de ne le pouvoir plus animer et de n'y pouvoir plus tomber. État d'impeccabilité, état bienheureux ! Quand est-ce que nous y serons? Ce sera quand nous verrons Dieu , et que nous le contemplerons dans toute sa gloire, parcequ'alors nous aurons une connoissance du pé^ ché beaucoup plus vive et plus étendue , puisque nous le connoîtrons dans Dieu même ; et que d'ailleurs attachés à Dieu d'un lieu désormais indissoluble , nous nous trouverons par-là dans la sainte nécessité de haïr tout ce qui peut nous en éloigner et nous Tenlever, Cependant, mes Frères, sans être dès maintenant en cet état, il ne tient qa*à nous de quitter le péché, de nous retirer du péché et de ne plus retourner au péché, parceque la grâce ne nous manque pas pour cela, et qu'avec la grâce tout nous est possible. C'est ainsi qu'exempts de là malice du péché, nous nous mettrons encore à couvert de la peine qui le suit, et dont j'ai à vous entretenir dans la seconde partie.

DECXIÈME PARTIE.

C'étoit une espèce d'imprécation parmi les Hébreux , de souhaiter à un homme que le .sang d'un autre homme retombât sur lui. Nou^ en voyons l'usage dans le Lévitique ; et si quelqu'un se la faisoit à mi^ même par forme de serment , et qu'il dit , Je veux que le sang de celui-ci ou de celui-là retombe sur moi, c'est comme s'il eût dit : le veux.que tout le crime qu'il peut y avoir en le répandant me soit m* puté. S'il y a des peines et des malédictions qui y soient attachées,]^ veux m'en charger. Si ce sang est innocent, je m'en fais le coupable^ et je m'engage à être la victime et Fanathème de son expbtion. YoiU « Chrétiens, l'affreuse extrémité où la fureur des Juifs le» porta; jusqu'à consentir , après Tindigne préférence qu'ils avoient donnée à Barab« bas , que te sang de Jésus-Christ non seulement retombât sur eux ,

676 SUR L£ JUGEMENT DU PEUPLE, ne.

mais sur leurs enfants : Sanguit ejui super nos et super jUm noitrot (Matth.. 27).

loiprécaiion dont le sens est plein d'horreur; car, c'est-à-dire si cet homme que vous appelez Juste, et qui s'appelle Dieu, est aussi juste que vous le croyez, et qu'il soit, ainsi qu'il le prétend, égal à Dieu et Dieu lui-même, nous voulons bien, en vous demandant sa mort, devenir responsables de tonte Finjustice qu'elle renferme, et no» consentons à être traités, nous et toute notre postérité» comme de» déicides. Imprécation que je ne puis prononcer , et que vous ne poovez entendre sans en éti e saisis d'effroi, puisqu'elle nous fait voir dans ce peuple le plus violent transport de haine, et qu'elle nous présage ipour eux dans l'avenir et pour leurs descendants les plus terriUes malheurs. Imprécation où Pilate, tout païen qu'il étoit, craignit d'aToir part, et dont il voulut se mettre à couvert , lorsqu'enprésenœde cette multitude, et au milieu des cris qu'ils redoubloient sans cesse et qu'ils lui adressoient, il se fit apporter de Teau; qu'il se lava les mains, et leur déclara hautement qu'il se tenoit quitte de réDorioe attentat qu ils alloient commettre, qu'il n'y contribuoit en aucoie sorte; que c'étoit à eux d'en rendre compte, et que pour lui il s'en croyoit innocent : Innocensegosum à sanguine Justi Aujtu(Ibid.).Ibi$, enfin , imprécation dont 1\ ffet , dans le cours des siècles, n'a été que trop réel et que trop visible. Nation réprouvée, race maudite et daciel et de la terre, vous l'éprouvez encore maintenant.. Ce n'éioit pas seulement un souhait que formoient vos pères, c'étoit une vérité qu'ils annonçoient. Ce sang qu'ils ont versé , en retombant sur eux » a rejailli sur vous; et, prophètes contre leur pensée et contre lear intention , ils n'ont rien prédit qui ne se soit accompli, et qui nes'accooiplisse tous les jours.

Cependant, Chrétiens, voyons la chose plus en détail, quoique toujours en abrégé; et par l'application que j'en vais faire, appreuoQS quels sont les redoutables jugements de Dieu sur les pécheurs,eti quoi nous nous exposons en profanant par le péché le sang de Jésus- Christ, et en le suscitant contre nous. Car, prenez garde, s'il toos plait : en vertu de ce sang divin si injustement répandu par les Juiis» et si justement retombé sur cette nation sacri'ége , Dieu les a afflisés de trois grands maux , ou plutôt*Dieu les a affligés de tous les maux. que nous pouvons réduire à trois espèces : ruine temporelle, a?eaglement spirituel , réprobation éternelle. Je m'explique, et ceci sans doute mérite bien nos réflexions, et doit bien nous foire connoitre quelle vengeance le Seigneur sait tirer de ses ennemis, etcomoientil sait punir les offenses qu'il en reçoit.

' Ruine temporelle. Jamais il n'en fut de plus entière; et en pouvons-nous avoir une peinture plus vive, que celle même qu'en avoit tracée le Fils de Dieu avant sa dernière entrée en Jérusalem? Car il vit dès-lors tout ce qui devoit arriver à cette ville criminelle ; il ^np^"

SUR^LË JUGEMENT DU PEUPLE, erc. 677

rut touché jusqu'aux larmes : et quelle désolation lui unuonça-t-il? QvCil viendroit un temps oii les étranf^ers l'assiégeroient , qu'ils en seroient bientôt maîtres, qu'ils la pilleroient, qu'ils la saccagerotent , qu'ils la renverseroient de fond en comble ; qu'ilsne laisseroient pas pierre sur pierre ; que ces calamités s'étendroient sur toute la nation; qu'elle seroit séparée, dispersée , et qu'il ne lui resteroit ni empire; ni demeure, ni temple. Or personne n'ignore comment tout cela de point en point s'est vérifié. Nous en sommes témoins; et si nous von^ Ions remonter à la cause, le même Sauveur a pris soin de la marquer : parceque ce peuple malbeureux n'a pas connu la visite du Seigneur ; parceque, n'écoutant ni reproches intérieurs de la conscience, ni remontrances tant de fois réitérées de la part de Pilate , ni droit , ni équité , ils n'ont suivi que leur passion et que la haine qui le^s trans* portoit; parceque, depuis tant de siècles qu'fis ont trempé leurs mains parricides dans le sang d'un Dieu, ce sang'adorable n'a point cessé ; id jamais ne cessera, dans tous les siècles , de crier au ciel vengeance contre eux. De sorte que ce même sang, qui devoit être la ressource de tout Israël et leur rédemption, est devenu; selon qu'ils s'y étoient eux-mêmes condamnés, leur perte et leur destructicm : Sanguis ejut $upernosetiup(rfiliosna$tro^.

Aveuglement spirituel. C'est ce voile dont a parlé saint Patil ; ce voile qu'ils ont sur les yeux , et qui jusques à présent lei a empêchés d'aperc^oir la lumière qui les environne de toutes parts , et se montre à eux dans toute sa clarté. Et n'estnl pas étrange qu'après tant de témoignages les plus sensibles et les plus évidentsde h justice divine qui les poursuit, et qui voudroit leur Mre enfin reconnoîtrela grièvefë de leur crime, ils ne se rendent point encore ; que toujours 'également obstinés et endurcis , ils conservent le même ressentiment contre le vrai Messie qu'ils ont renoncé, et s'en promettent un autre qu'ils ne verront jamais; que, de génération en génération, celle. inflexible dureté de cœur et cette impénitenoe se perpétue comme un héritage ; que par-là ils irritent toujours de plus en plus la colère du Seigneur', et qu'ils achèvent , ainsi qu'il est dit dans l'Évangile , àè rimtplir la mesure de leurs pères ? A quoi devons-nous attribuer ce mortel assoupissement , et d'où a-t-ii pu venir? C'est qu'ils se sont retirés de Oietf , et que Dieu s'est retiré d'eux; c'est qu'ils ont abandonné Dieu; vi que Dieu les a abandonnés. Car c'est en ce sens que le Seigneur disoit i son prophète : Aveuglez-les, et rendez*les sourds, afin qu'ils voient comme s'ils ne voyoient point, et qu'ils entendent comme s*ils n'entendoient point. Ils ont méconnu leur libérateur ; et son sang, qu'ils oi^ fait couler, est encore tout fumant. Au lieu d'être pour eux^ une source inépuisable de grâces, comme il pourroitTêire, après tout; s'ils en vouloient profiter, c'est lui qui en détourne le cours et qui les arrête. Au lieu de servir à leur guérison , c'est lui qui aigrit kurs plaies et qui les envenime. Suites funestes de cet arrêt qu'ils ont porté cont e

SUR LE JUfiplMENT DU P£UPLB,^ ne.

tnxrnèmWf et qoi $'8xéciit« dtfu tonte soa ëlendue et toote êa force : ^0ngvu qitf super w$ et fuper fiUos mosUro^.

Il^prob^tioii éternelie. Je se dis pas que ce soit iès la vie ane ré* pi^b^UoD d^ parfaite et ctammmée : mais je veux dire que Dua ie^ ayaojt Uyrés i leur sens rëproiairé, il arrive de là qu'ils marcheot daps la yoie de perdition» et qu'il est d'une difficulté extrême de lésai ififâre jaoïais revenir. OngagnercHtàJéaiis-Cbrist desmillioDsdepafeH fit d'idolâtres , plutftt qu'on ne lui ramèneroit un seul de ce peuple perverti» et marqué du plus visible caractère de la damnation.G'estle triste aort ou ils sont réserves. J^yi jugement de Dieu, à ce jugement ioù Jéaus-Cbr^t présidera en personne, ils parottront devant loitoot ponverts, ou pour mieux dire» tout souilles de son saog. La tadie alors en sera ineffaçable : tous ks feux de Tenfer ne h porilie- ^m^t pas; sans oesse elle se présentera à leurs yepx, et 8908 cesse i\^ s'écrieront pendant toute Técernité, non plus en insaltant à œ Diea Sauveur» maps e9 se désespérant : SanguU ejus mper nos et superfUm vosfros*

Or« npes Ffènes» pour en venir à nous-mêmes» pour tirer delàsDe Î9Struction qni nous retienne dmis le dev(»r, eu qui nous eoes^ fortement et promptement à y rentrer» il est cemin^ et c'est l'apresse doctrine du grand Ap^ltre» que par le piéché nous bisons putraçe au sang de Jésus^rist, comme si nous le répaudions tout de nouveau et nous lé foulions aux pieds. D'où il s'ensuit qpeBoos l'attirous contre nous-mêmes , ea sang précieux ; que nous le U* 90ns relombipr sur nous-* mtees » et que par propprtion noos aons 4B^^y)soos aux méatâs cbÂtiments cpm les Juifs» et aux mêmes TBogeaih ces di^ ciel.

Je u'exagi^ poiat » et ce que j'avance ici n'est que trop vrai et qoe trop rolidemeut fondé. Car» quoique nous ne soyons plus à ces temps ^ DieUt gouvernant uu peuple grossier et tout cbarnel, fiiisoiVflns çemqiUQément édaier contre Ini sa justice par des maux temporels; çQmme ille réoompensoit par des prospérité humaines, iioosnepeairons Aéauiuoin$ douter qu'il ne punisse encore de la même sorte l)ieo de^ péciieufs» et qu'il ne les afflige des mêmes misères. Tant de unihpursp^ies qui désolent lesétats» tahtdefléaux qui y portëntlerava^' giUjBn^es» pestes» famines, ne eont-ee pas souvent les effets de la li* œùise des peujptes es de la corruption de leurs mœurs? Tant d'aoo* Aeuts particuliers et de revers qui renversent des iiamiiles, qai^ dissipent les biens» qui en ternissent récbt, qui en troublent la pai^» nui fout échouer les desseins tes mieux concertés » qui font ëvaDonr les espérances les nuenx établies » qui empêchent que rien n'avance, que rUn ne réussisse et ne succède heureasemeât, ne sont-oepassos' vent de justes punitâoos» ou des injustices d'un père» de ses fray et de ses mauvais tours» de ses excès et de ses débauches; ou des mondanités d'une mère» de son fiiste et de son orgueil » de ses latn-

SW LE JUGEMENT DU PEUPLE, ^rç. m9

gttes el de &es scandales ; ou de la oonduite dér^ée des ei^ts , tes UD$ msd élevés et maîtres d'eusL-môoies , les autres jfehelUs à toutes les leçons qa'on leur fait » et emportés par le feu d'une jeunesse Ubefr fine et passionnée? Combien de décadences, de cbutes, dedisgreces; combien d'humiliations» d'afflictions, de chagrins ; combien de contretemps fâcheux, de traverses , de oontradictions ; GOD^bien d'infirmjr tés, de maladies, de mort subites ; combien d'ijafortunes, et de toutes les espèces , que nous imputons , ou à la malice dej» hommes » opi ew caprices du hasard, sont des coups de Dieu et de secrètes mdédictàoiis dont il nous frappe?

On ne le voit pas, on n'y pense pas, parcequ'on s'accoutume ^ regarder tontes choses avec les yeux de ia chair, sans ouvrir jamais les yeux de la foi. On prend bien des mesures , on imagine bku des moyens pour se rétablir dans un meilleur état; mais le plus s&r, ce $eroit celni que donnoit le Prophète à Jérusalem : Lauamim, mundi t^ tote (IsAï.,î) : Purifiez- vous, et lavez-vous de tant d'iniquités ; Auferu maium fiegitatianvm vestrarvm ab oculis meii(lbid,): Bannissez de votre cœur le péché qui l'infecte , et qui blesse la vue de votre Dieu l Quiescite agere perverti , dUcite bene facere (Ihid.) : Cessez de faire le mal , apprenez à faire le bien . Alors vous commencerez à jouir d'uu sort plus heureux, même selon le monde. Dieu bénira vos entreprî* ses , il adoucira vos peines; vous verrez votre maison se relever, vos affaires prospérer ; tout ira selon vos vœux, et vous iconnottrez de quel avantage il est, non seulement par rapport au salut, niais par rap« port à la vie présente, d'avoir pour vous ie Seigneur, et de vivre dans $a grâce : iSt volueritii et audieritis me, ^ona terrce comedelU (Ibid.).

Je sais ce qae vous me direz : Que cette règle n'est pas générale. J'en conviens : on voit des pécheurs dans Topulence, on en voit dans la splendeur, on en voit qui passent leurs jours dans le plaisir, et qui goûtent ou semblent goûter toutes les douceurs de Is vie. Mais éoêu* tez la réponse de saint Augustin : C*est que s'ils sont exempts de toute peine temporelle, ils n'en sont que plus rigoureusement punis, et que Le plus grand de tous les châtiments est que Dieu maintenant les épargne, et ne prenne pas soin de les châtier : pourquoi? parcequ'il les laisse par-là tomber d^s on aveuglement d'esprit et un endurcissement de cœur qui leur ôtent presque toute espérancede retour, et qui les Goeduiseitf à l'impénitence finale. Si Dieu dès à présent envoyoità ce pécheur quelque adversité, il se dégoûteroit du inonde, il rentre* roit en lui-même, il feroit des réflexions sérieuses sur la disposition de sen ame , il comprendront que c'est la main de Dieu qui s'est appesantie sur lui, il reoonnoitroit ses parements, et peoseroit à seremet*tredans l'ordre, et a reprendre la bonne voie qu'il a quittée : mais parceque le monde a toujours pour lui les mêmes agréments , parceque tout répond à ses désirs et que tout flatte ses incUnâlions, de là vient qu'il se platt<hiBS son péché, qu'il s'y attache sans oésse perde

680 SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE, etc.

nouveaux liens ^ qu'il s'y endort si profondément, que, sans un miracle de la grâce, on ne peut plus attendre qu'il se réveille de ce sonuneB léthargique.

Vengeance de Dieu d'autant plus funeste, qu'on la ressent moins, tt que, bien loin d'en être effrayé, on s'en applaudit,|etonla prend poar un bonheur et une félicité. Les plus sages mêmes s'y laissent surprendre, et ont peine de voir des gens sans piété, sans règle, peut-être 4ans religion et sans foi ; des gens adonnés aux vices les plus honteax, et plongés en toutes sortes de désordres ; des gens à qui rien ne conte, ou pour leur fortune, ou pour leur plaisir, ni trahisons, ni mensonges, ni fourberies, ni chicanes, ni violences, ni concussions ; de les voir, dis-je, en effet s'élever, s'agrandir, s'enrichir, venir à t>outde tous leurs projets, quoique les plus iniques; et avoir tout a souhait. Dieu, dit-on quelquefois, est témoin décela ; et comment le souffre-t-il? Ah ! mes Frères, comment il le souffre? vous me le demandez, et moi je prétends que c'est par un des plus redoutables arrêts de sa justice. Gir je m'imagine l'entendre prononcer, contre ces pécheurs enivrés de leur prospérité prétendue, le même anathèioe qu*il prononça contre tes peuples d'Éphraïm : Vœ coronœ superbiœ, ebrits Epkraïm (Isa!., S8) : Malheur à ces ambitieux, qui ne font que monter de degrés en degrés; malheur à ces voluptueux, qui ne font que passer de plaisirs en plaisirs; malheur à ce^ riches avares et intéressés, qui ne font qu'ajouter héritages à héritages, el qu'entasser tiésors sur trésors! pourquoi ? parceque c'est ce qui les entretient dans leur ivresse, c'està-dire dans leur attachement à la terre , dans leur insensibilité pour le ciel , dans toutes leurs cupidités. Aussi rien ne les touche. Je dis rien de tout ce qui regarde leur éternité; et n'est-ce pas U i'élat de tant de mondains et de mondaines? On a beau leur représeater le péril où ils se trouvent exposés ; ils ont perdu là-dessus tente vue, tout sentiment. Ils marchent toujours du même pas sans s'alarmer, et suivent toujours le même train de vie, jusqu'à ce qu'ils se soient enfin précipités dans l'abîme.

Et en quel abîme? voilà ^ Chrétiens, le comble des vengeances divines contre le péché, et voilà le dernier coup de la justice du Sei* gneur qui le punit : une réprobation éternelle. Voilà le terme fatal oo le pécheur se laisse entraîner, et ce qui lui est dû. Vérité iocontesUh ble dans la religion que nous professons. 11 n'est point ici question de douter, de raisonner, de disputer. Nous sommes chrétiens ; et nous ne pouvons l'être que nous ne reconnoissfons cette éternité de peines ooname le juste salaire du péché, comme la suite naturelle du péché, comme ia fin msdiieureuse où mène par lui-même le péché. C'étoit pour nous délivrer de ce souverain malheur que Jésus-Gbrist avoit donné ison sang, et tout son sang: mais par l'abus criminel que le pécheur ena fait, ce sang, qui devoit le laver, ne sert qu'à le rendre aux yeux de Dieu plus difforme ; ce sang, qui devoit le récondSeT,

kl ni

SUR LE JUGEMENT DU PEUPLE, etc. 681

ne sert qu'à le rendre devant Dieu plus coupable ; ce sang, qui devoît H être son salut» devient la perte irréparable de son ame et sa damnation. Ab ! mes Frères, qui pourroit exprimer, je ne dis pas la douleur, I mais le désespoir du réprouvé sur qui coule le sang de son Sauveur, • non plus pour éteindre les flammes qui le dévorent, mais pour les al- D lumer ? Car ce sang divin descendra j usque dans l'enfer ; et c est là que doit se vérifier dans toute son étendue cette parole de TÉcriture , que le Seigneur, le Dieu tout puissant, a fait distiller, sa fureur sur ses ennemis, et sa plus grande fureur : Magnus enim furor Domini stti« lavU super vos {Û» Paralip.,Zi). De vous expliquer quels sont les effets de cette colère du Seigneur, aigrie et irritée par cela même qui devoit radoucir et Papaiser, c*est ce qui me conduiroit trop loin , et ce qu'on vous a fait mille fois entendre ; c'est ce qu'éprouvent tant de pécheurs df ja condamnés; et plaise au ciel que nous nous mettions en état de ne l'éprouver jamais !

Pour cela que nous reste-t-il , mes chers auditeurs ? Contrition , réformation de vie, satisfaction. Contrition à la vue de tant dé péchés qui nous ont éloignés de notre Dieu, de ce Dieu digne de tout notrç amour, et dont nous n'avons payé les bienfaits que d'ingratitudes et d'offenses. Réformatipn ; car il ne suffit pas de pleurer le passé, il faut penser à l'avenir ; il faut le régler , il faut le sanctifier ; il fjut rendre à Dieu toute la gloire que le péché lui a ravie ; il faut se dédommager de tous les mérites qu'on a perdus, ou qu'on n'a pas amasses : or on ne le peut que [jar une vie toute nouvelle, et d'autant plus remplie de bonnes œuvres, qu'elle a été plus souillée de crimes. Sa* tisfactions: n'allons point, mes Frères, n'allons point chercher plus loin que dans ce saint temple le prix nécessaire pour nous acquitter auprès de la justice divine. C'est dans ce tabernacle qu'il est renfermé; c'est là que repose ce sang qui seul a pu expier tous les péchés du monde, et qui peut, à plus forte raison, expier les nôtres. Prosternonsnous devant lui , et adressons*-nous à lui. Sang adorable , relique vivante de mon Dieu, remède souverain et tout puissant, c'est en vous que je me confie et que je mets toute mon espérance. Quand je serois mille fois encore plus chargé de dettes , il n'est rien que vous ne puissiez payer pour moi, et c'est ce que j'attends de vous. Aussi cou* pable que je le suis, je devrois, pour l'expiation de mes iniquités, répandre tout mon sang ; mais sans vous que serviroit mon sang et le sang de tous les hommes? Vous êtes donc mu ressource, et c'est à vous que j'ai recours. Non pas que je veuille m'épargner moi-même : je suis pécheur, et par conséquent je veux désormais et je dois me traiter en pécheur. Mais ma pénitence tirera de tous toute si vertu , et n'aura de mérite qu'autant qu'elle vous sera unie. Vous la sanctifierez, vous la consacrerez, vous me la rendrez^salutaire pour l'éternité bienheureuse, où nous conduise , etc.

^ SUR LA FUQËLUTIOfir DE lËSUSrCHRIST.

EXHORTATION

Tune apprelundlt PiUUuê Jesum, tt fiaçêilavU.

Alors Pilate fit prendre Jésus, et le fit flageller. Saiat JBAJi.'chap. zu.

Quel nouveau spectacle^ Chrétiens, et quelle sanglante ^ne ! on conduit notre divin maître dans le prétoire de Pilate ; on le dépouille de ses habits et on l'attache à une colonne ; outre une nombreuse multitude de peuple qui l'investit de toutes parts, une troupe de soldats s'assemble autour de lui ; ils sont armés de fouets, et ils se disposent à le déchirer de coups ! Pourquoi ce supplice, et qui Ta ainsi ordonné? Gomment s'y comportent les ministres du juge qui vient de rendre cet arrêt, et comment est-il exécuté? c'est ce que je me suis proposé de vous mettre aujourd'hui devant les yeux, et ce qui doit faire également le sujet de votre compassion et de votre instruction. Pour y procéder avec ordre, observez, s'il vous plait , qu'un supplice devient surtout rigoureux et par la honte qui l'accompagne, et par l'excès de la douleur qu'il est capable de causer : en quoi l'esprit elle corps ont tout à la fois à souffrir ; car la honte afflige Tesprît, et la douleur fait impression sur les sens et tourmente le corps. L'une et l'autre ne se trouvent pas toujours jointes ensemble. La honte d'im supplice peut être extrême, sans qu'il y ait nulle douleur à supporter ; ou la douleur en peut être très cuisante et très violente, sans qu'il s'y rencontre nulle confusion à soutenir. Mais voici ce que je dis touchant cette cruelle flagellation, où le Sauveur des hommes se vit condamné : c'est que ce fut tout ensemble un des supplices de sa pas* sion, et le plus honteux, et le plus douloureux. Cette honte qu'il a voulu subir, tout Dieu qu'il étoit, nous apprendra à corriger les désordres d'iine honte criminelle , qui souvent nous arrête dans le service de Dieu, et à nous prémiinir contre le péché de la honte salutaire que nous en devons concevoir. Et cette douleur, qu'il a voulu ressentir dans tous les membres de son corps, nous animera à retrancher en nous lès délicatesses de la chair, et à nous armer contre nousmêmes des saintes rigueurs de la pénitence chrétienne. Voilà en deux mots tout, le fond de cet entretien, et tout le fruit que vous en devez retirer.

Page 1