‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 94 sur 99 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

C'étoit ime nécessité bien dure pour Pilate^ que celle où l'obstiiia* tion des Juifs sembloit le réduire, de trahir ses propres sentimenta et d'agir contre tous les reproches de son cœur, en livrant à la mort un homme dont il ne pouvoii ignorer la bonne foi, la candeur, la sainlçté» et en l'abandonnant à toute la violence de ses enuefnis. 11 est vrai que ce gouverneur, revêtu de l'autorité du prince, pouvoit repousser la

SUR Là FIAGEUATION DE JËSUS^CHRIST. (iSS

violence par la violence ; que « dans la place qu'il occupoit et dans le crédit que lui donnoit son rang» il ne tenoit qu'à lui de se déclarer le protecteur du Fils de Dieu, de TeDlever d'entre les mains de ses per« sécuteurs» et de le mettre à couvert de leurs poursuites. Il est même encore vrai que non seulement il le pouvoit, mais qu'il le devoit ; car il étoit juge, et, selon toutes les lois de la justice, il devoit défendre le bon droit contre l'iniquité et Toppression. Mais il craignoit le bruit; et, par un caractère de timidité si ordinaire ju^ae dans les plus grandes dignités, il ne vouloit point faire d'éclat : mais il craignoit les Juife ; et,, par Une lâche prudence, il ne vouloit pas s'exposer à une émeute populaire : mais il craignoit l'empereur, dont on le menaçoit ; et , par un vil intérêt, il ne vouloit pas qu'on pût l'accuser devant lui et le citer à son tribunal.

Quelle est donc sa dernière ressource, et quel est enfin l'expédient qtt*il imagine pour fléchir des cœurs que rien jusque là n'avoit pu toucher ? Ah ! mes Frères, l'étrange moyen ! et fut«il jamais une con* duite plus bizarre, etplus opposée à toutes les règles de lequîté? C'est de condamner Jésus-Christ au fouet, dans l'espérance de calmer ainsi les esprits , et de leur inspirer des sentiments plus humains, en leur donnant une partie de la satisfaction qu'ils demandoient : car telle est la vue de Pilate. Quoi qu'il en soit, la sentence est à peine portée, qu'on en vient 4 la plus barbare exécution. Des mains sacrilèges saisissent cet adorable Sauveur, lui déchirent ses vêtements et les arra* chent, le lient à un infaone poteau, et se préparent à lui faire éproH* ver le traitement le plus indigne et le plus sensible outrage. Que voue dirai-je. Chrétiens ? et quelle horreur ! Ce corps virginal , ce corps formé par l'esprit même de Dieu dans le sein de Marie , ce temple vivant de la divinité, est exposé aux yeux d'une populace insolente et à la ris^e d'une brutale soldatesque. Il l'avoit prédit, ce Verbe éternel; il nous Tavoit annoncé par son prophète, lorsque parlant à son Père, il lui disoit : Qaoniam propter te smtinui opprobrium^ operuit canfusio faciem meam (Psalm. GS) : C'est pour vous, mon Père, c'est pour la gloire 4^ votre nom, que j'ai voulu être comblé d'opprobre , et couvert de honte et de confusion.

Arrêtons-nous là, mes chers auditeurs, et sans nous retracer des images dont lésâmes innocentes pourroient être blessées, considérons seulement et en général cette honte du Fils de Dieu, comme le modèle ou le correctif de la n6tre. Dieu nous a donné la honte, ou du moins il nous en a donné le principe, pour nous servir de préservatif contre le péché. La honte est une passion que la nature raisonnable excite en pous , et qui nous détourne, sans que nous remarquions même ni comment ni pourquoi , de tous les excès et de toutes Ie6 impuretés du vice. C'est upe bonne passion en elle-même ^ mais elle n'est que trop sujette à se dérégler dans l'usage que nous en faisons ; et il nous falloit un aussi grand exemple que celui de Jésus-Christ pour en corriger

le désordre. Or je prétends que jamais cet Homme-Diea ne nous a fiiit lâ'dessas de leçon plus solide ni plus touchante que dani le mystère que nous méditons.

En effet» Chrétiens, savez-vous d'oiilui vient cette confosion, qui le jette dans te plus profond accablement ? Ah ! mon Père, ajoutoit-il, comme il n'y a que vous qui connoissiez toute la mesure de mes biimiliaiions , il n'y a que vous qui , par les lumières infinies de votre sagesse, en puissiez bien pénétrer le fond et découvrir le véritable sujet : Tu sets improperium meum et confuiionem meam (Pf . BS). Les hommes en ont été témoins, ils en ont vu les dehors, et rien de plus ; mais vous, Seigneur, sous ces apparences et ces dehors qui n'en re* présentoient que la plus foible partie, vous avez démêlé ce qu'il y avoit de plus intérieur et de plus secret, et vous en avez eu une scieuce parfaite : Tu sets confusi&nem meam. Or cette science des opprobres de Jésus-Christ, et de la confusion qui lui a couvert le visage, c'est, mes Frères, ce qu'if a plu à* Dieu de nous révéler. Qu'est-ce donc ici qui Thumilie, et de quoi a-t-il plus de honte? est-ce d'avoir à subir un cbiiiment qui ne convient qu'aux esclaves? en-consenlant à prendre la forme d'un esclave, il a consenti à en porter toute l'iu^nomioie. Est-ce d'être fouetté publiquement comme un scélérat?]! proteste luimême qu'il y est tout disposé, et il est le premier à s'y offrir, parceque c'est pour obéir à son Père, parceque c'est pour honorer la majesté de son Père, et pour satisfaire à sa justice : Quoniam ego in flagella param spm (Psalm. 57). Est-ce même de Tétat ouS4 parott devant tout un peuple qui l'insulte, et qui lance contre lui les traits de la plus piquante et de la plus maligne raillerie? voilà, je l'avoue, voilà de quoi faire rougir le ciel , et de quoi confondre le Dieu de l'univers : mais j'ose dire après tout, et vous devez, mon cher auditeur, le reconnottre, que ce qui redouble sa confusion, que ce qui la lui fait sentir plus vivement, que ce qui la lui rend presque insoutenable, ce n'est point tant l'insolence des Juifs que la nôtre. Expliquons-nous, et confeodonsnous nous-mêmes.

Oui , Chrétiens , de quoi il rougit, ce Saint des saints et ce Dieu de pureté, c'est de vos discours licencieux, c'est de vos paroles dissolues, c'est de vos conversations impures, c'est de vos libertés scandaleuses, c'est de vos parures immodestes, c'est de vos regards lascit^, c*est de vos attachements sensuels, de vos intrigues, de vos rendez-vous, de vos débauches, de vosdébordements, de toutes vos abominations. Car c'est là ce qu'il se rappelle dans cet état de confusion où le texte sacré nous le propose : c'est de tout cela qu'il est chargé, de tout cela qu'il est responsable à la justice divine , et de tout cela, encore une fois, qu*il rougit d'autant plus que, par l'affreuse corruption du siècle et par Taudace la plus effrénée du libertinage, vous en rougissez moins.

De là, mes Frères, j'ai dit que nous devions apprendre à réformer en nous les pernicieux effets de la honte , et à sanctifier même cette

passion pour remployer à notre salut. Quel en est le dérèglement et Tabus le plus ordinaire? Je le réduis à deux chefs : l'un, de nous porter sans honte i ce qu'il y a pour nous de plus honteux ; et l'autre, de nous éloigner par honte de ce qui devroit faire notre gloire aussi bien que noire bonheur. Voici ma pensée , qui n est pas difficile à comprendre. Nous n'avons nulle honte de commettre le mal, et nous en avons de pratiquer le bien ; d'oii il arrive que nous péchons le plus ouvertement, et que souvent même nous nous en glorifions : au liea que, s'il s'agit d'un exercice de piété, de charité, de quelque bonne œuvre que ce puisse être, ou nous l'omettons lâchement , parcequ'un respect tout humain nous retient ; ou nous ne nous en acquittons qu'en particulier et secrètement, parceque nous craignons la vue du public et les vains jugements du monde. Deux dispositions les plus dangereuses et les plus mortelles. Car il n'est pas possible que j'entre jamais dans la voie de Dieu, ou que je m*y établisse, si je ne me défais de cette honte mondaine, qui me retire de l'observatiop de mes devoirs et delà pratique des vertus chrétiennes; et si je n'acquiers cette honte salutaire, qui nous sert de barrière contre le vice, et qui nous en détourne. Il faut donc que je bannisse l'une de mon cœur, et que j'y entretienne l'autre. La honte du bien, dit saint Bernard, est en nous la source de tout mal , et la honte du mal est le principe de tout bien. Par conséquent je dois apporter tous mes soins à maintenir celle-ci dans mon ame, etcombattre celle-lili de toutes mes forces. Sans la honte du péché, ajoute saint Chrysostome, bien loin de pouvoir me conser^ Ter dans l'innocence, je ne puis pas même, après ma chute, me relever par la péuitence : pourquoi ? parceque la pénitence est fondée sur la honte du péché, ou plutôt parceque la pénitence n'est autre chose qu'une sainte honte, et qu'une horreur efHcacedu péché. D'où il s'ensuit que c'est par la honte du péché que je dois retourner à Dieu, que je dois me rapprocher de Dieu, que je dois commencer l'ouvrage de ma réconciliation avec Dieu.

Mais, du reste, en vain le commencerai- je par-là, si, dans un assemblage monstrueux, je joins à la honte du péché une fausse et danïnable honte delà vertu. C'est alors que ce que j'aurai commencé, je ne l'a* chèverai jamais, puisque celte honte de la vertu ruinera dans moi tout ce qu'aura produit la honte du péché. Ainsi ^ mes Frères , voulonsnous consommer Tœuvre de notre sanctification; outre la honte du péclié, revêtons-nous des armes du salut , c'est-à-dire d'une fermeté , d'une intrépidité, d'une hardiesse, et, selon Texpression de saint Augustin, d*une sage et pieuse effronterie dans le culte de notre Dieu et dans l'accomplissement de tous les devoirs de la religion. Règles divines et admirables enseignements, que nous recevons de Jésus- Christ même. Tournons encore vers lui les yeux , et formons-nous sur un modèle si parfait.

Le voilà, ce Sauveur adorable, dans la plus grande confusion ; et ce

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qui ttàt sa bonté, ce sont les péchés d'autrui : comment n'en auroîs-je pas de mes propres péchés? Ah ! malhedrense, disoH le Seigneur par la boDche de Jérémie à une ame pécheresse , o& es-tn réduite? Je ne Tois plus de ressource pour toi. Ton iniquité est montée à son dernier terme » et }e suis sur le point de t'abandonner : pourquoi ? parceqne tu t'es fait un front de prostituée , et que tu ne sais plus ce que c'est que de rougir: Frons meretricls facta est ttbi; noluisti erubescere (Jbreh., 3.) Tandis que tu n'étois pas tout-à-fàit insensible à la honte que dévoient te causer tes crimes et tes dissolutions» j'espérois de toi quelque chose ; car cette honte étoit encore un resté de grâce , et an moyen de conversion : mais maintenant que tu l'as perdue , qui sera capable de te ramener de tes égarements, et qui pourra te rappeler à ton devoir? La crainte de mes jugements est bien forte ; mais elle s'efface en même temps que la honte do péché. La vue de rétemité est bien terrible ; mais on n'y pense guère dès qu'une fois on a déposé toute honte du pëcbé. Ma grâce est toute puissante ; mais elle ne l'est que pour inspirer la honte et la douleur du péché. De là , tant que ta demeureras sans honte et sans pudeur dans ton péché, il n'y a rien i attendre de ta part , et tes plaies deviennent incurables : From mèretricU factà est tibi; noluisti erubescere.

En effet, Chrétiens, s'il y a en cette vie un état de perdition et presque sans remède, c*est celui d'un pécheur qui ne rougit plus desoD péché ; et la raison qu'en apporte saint Bernard devroit foire trem* bler tout ce qui se rencontre ici de pécheurs disposés à tomber en ce fatal endurcissement. C'est , dit-il , que la honte du péché est la dernière de toutes les grâce» que Dieu nous donne ; et qu'après cette grâce, il n'y a presque plus de ces grâces de salut , de ces grâces spéciales et de choix, qui font impression sur une ame criminelle, et qui, par une espèce de miracle, la retirent de l'abîme où elle est plongée. L'expérience nous le fait assez connoitre , et la chose ne se vérifie que trop par la nature même des grâces. Si donc, reprend saint Bernard, je ne ressens plus cette grâce de honte et cette confusion qui me troubloit autrefois à la présence du péché, et qui m'en éloignoit, j'ai Ken de craindre que je ne sois bien près de ma ruine, et que Dieu ne me laisse dans un funeste abandonnement.

Mais le moyen de réveiller en moi cette grâce si précieuse, et d'y exciter cette confusion ? Jésus-Christ, mes Frères, Jésus-Christ : c'est celui qui la ranimera , qui la ressuscitera, qui la fera renaître, quand elle seroit pleinement éteinte. II nous suffit de le contempler dans le mystère de sa flagellation. Nous l'y verrons chargé d'opprobres pour nos péchés; mais beaucoup moins confus de ses opprobres que de nos péchés. Hé ! mon Frère, s'écrie saint Chrysostome, si tu ne rougis pas de ton crime, rougis au moins de la honte qui en retombe sur ton Sauveur ! si tu ne rougis pas de pécher, rougis au moins de ne pasrougn* en péchant. Car le plus grand sujet de honte pouf* toi, c'est de n'en

SUR LA ÈLACELLATiON DÉ JÉSUS-CBRÏSt. 68Ï

àtôfr point ; et peot*étre cette honte ne te sera pas inutile, puisqu'elle servira i faire revivreen toi la boitte du pécbé même, et qu'àforced'avoir honte de n'en point a voir, tu pourras en avoir dans la suiteet la reprendre. Qui doute, Cbrétiens, que cette pensée ne pût être un frein pour le plus déterminé pécheur, s'il faisoit dans son péché cette réflexion : Ce péché que je commets a fait rougir mon Dieu. Il en a porté la tache » et cette tache , avec laquelle il s*est présenté aux yeux de son Père , lui fut, tout innocent qu'il étoit , plus ignominieuse que tous les coups de fouet dont l'accablèrent ses bourreaux. Combien plus encore doitelle donc me défigurer devant Dieu ? Ce qui fut plus sensible à Jésus- Christ dans le prétoire, ce n'étoit pas d'être exposé à la vue des Juifs, ni d'être en butte à tous leurs traits , mais de paroitre avec mon péché devant tous les esprits bienheureux et tonte la cour céleste. Or n'ai-je pas actuellement moi-même tout le ciel pour témoin , et n'est-ce paà assez pour me confondre , et pour arrêter par cette utile confusion le cours de mon désordre? Yeux-je me réserver à cette confusion universelle du jugement de Dieu , où ma honte éclatera aux yeux du monde entier? et ne vaut-il pas mieux en rougir présentement avec fruit dans le souvenir d'un Dieu Sauveur attaché à la colonne, que d'en rougir inutilement, et avec le plus cruel désespoir, aux pieds d'un Dieii vengeur assis sur le tribunal de sa justice?

Mais ce n'est pas tout. La ménie honte que nous n'avons pas pour le mal, ou que nous travaillons à étouffer , nous l'avons pour le bien , et nous manquons de courage pour la surmonter. Du moins, en rou« gtssantdu^éché, nous rougissons également de la vertu. De sorte que, par Talliaoce la plus réelle, quoique la plus bizarre et la plus injuste^ c'est pour nous tout à la fois une confusion, et de mal faire, et de bien faire: de mal faire, parcequ*il nous reste toujours un certain fonds de conscience ; de bien faire , parceque nous nous conduisons selon les idées du monde, et que nous en craignons la censure. État le plus ordinaire dans le christianisme. Les libertins déclarés n'ont honte que du bien qu'il faudroit faire, et qu'ils ne font pas ; les âmes veriueusea de profession et les vrais chrétiens n'ont honte que du vice , qui leur est odieux , et dont ils tâchent de se préserver ; mais la plupart , ni libertins tout-à-fait, ni tout-à-foit chrétiens, marchent entre ces deux extrémités, et réunissent dans eux Tune et l'autre honte , la honte du péché et la honte de la piété.

En combien d'occasions où Dieu exige que nous fassions connoltre ce que nous sommes, nous tenons-nous renfermés daos nous-mêmes, et déguisons-nous nos sentiments, parceque nous a vous de la peine à prendre parti contre telles personnes « et que nous ne voulons pas avoir à essuyer leurs raisonnements et leurs discours? Combien de fois parlons-nous et agissons-nous contre toutes nos lumières et tous les reproches de notre cœur , parceque nous n'avons pas la force de parler et d'agir autrement que celui-ci ou que celui-là avec qtii nous vivons ,

et que nous n'avons pas Tassurance de contredire ? Un homme a de la reirgion , il a la crainte de Dieu , et il voudroit vivre régnlièrenient et cbrëliennement ; il voudroit assister au sacrifice de nos autels avec respect ; il voudroit fréquenter les sacrements avec plus d'assiduité ; il voudroit accomplir avec fidélité tous les préceptes de l'Église; il voudrioit s'opposer à certains scandales» abolir certaines coutumes, réformer certains abus ; il voudroit s'absenter de certains lieux, rompre certaines liaisons , et s'engager en d'autres sociétés moins dangereuses et plus honnêtes ; la grâce le presse , et il en voudroit suivre les mouvements ; il le voudroit , dis-je , et il se sent de l'attrait à tout cela : mais toutes ces bonnes volontés et tous ces bons désirs , que faut-il pour les déconcerter et les renverser? Une répugnance namrelie à se distinguer et à parottre plus religieux et plus scrupuleux qu'on ne l'est communément à son âge et dans sa condition.

Honte du service de Dieu, où n'es-tu pas répandue, et quels dom« mages ne causes-tu pas jusque dans les plus saintes assemblées? Combien de desseins fais-tu avorter? combien de vertus retiens-tu captives? en combien d'ames détruis-tu l'esprit de la foi, et combien de gloire dérobes-tu à Dieu? Or il faut. Chrétiens, triompher de cet ennemi; il faut, à quelque prix que ce puisse être, vaincre cette honte, non seulement parcequ'elle est indigne du caractère que nous portons, mais parcequ'elle est absolument incompatible avec les maximes et les règles du salut. Et poiir nous fortifier dans ce combat, quel exemple est plus puissant que celui de Jésus-Christ ? Car si toute la boute, disons mieux, si toute l'infamie de sa flagellation n'a pu ralentir son zèle pour l'honneur de son Père, ne serois-je pas bien condamnable de trahir la cause de mon Dieu par la crainte d'une parole , d*uii mépris que j'aurai à supporter de la part du monde? Si je dois rougir, ce n'est point des railleries du monde, ce n'est point des jugements et des rebuts du monde ; mais c'est de ma lâcheté, c'est de mon infidélité, c'est de mon ingratitude, quand un aussi vain respect que celui da monde me fait oublier tous les droits et tous les intérêts du Dieu qae j'adore, d'un Dieu à qui j'appartiens par tant de litres, d'un Dieu à qui je suis redevable de tant de biens, d'un Dieu, le souverain auteur de mon être, et mon unique fin, mon unique béatitude dans réternité. N'insistons pas davantage sur un point si évident par luî-naême, et passons à un autre , où nous devons considérer la flagellation du Fils de Dieu, non plus comme un des supplices les plus honteux, maïs les plus douloureux, et apprendre de là à retrancher par la mortification évangélique-toutes les délicatesses des sens et de la chair : c'est la seconde punie.

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