‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 95 sur 99 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

C'étoit beaucoup pour le Sauveur des hommes d'avoir subi tonte li bonté d'un supplice aussi humiliant que celui de la flagellation ; mais

il falloit encore qu'il en éprouvât toute la cruauté , et que sa ebair , vicUme d'eicpiation pour tous les péchés du monde , fût immolée à la rage de ses bourreaux , et mise par-là môme en état d'être offerte à Dièa, comme uoe hostie précieuse, et de fléchir sa colère: c'est le triste objet que nous avons présentement à considérer. Quand les amis de Job, instruits de son infortune et de la déplorable misère oii il se trouvoit réduit, vinrent à lui pour le consoler, TÉcriture dit que le voyant couché sur un fumier, tout défiguré et tout plein d'ulcères, ils furent saisis d'un tel étonnement qu'ils déchirèrent leurs habits , qu'ils se couvrirent la tête de cendres , et que, pour marquer la consternation oii ils étoieot, ils se tinrent là plusieurs jours dans un profond et morne silence. Il y auroit encore bien plus lieu , Chrétiens , de tomber ici dans la même désolation, de garder la même conduite et de demeurer sans parole à la vue du Fils unique de Dieu , accablé sous une grêle de coups, tout meurtri de blessures, et comme donne en proie à une troupe féroce et à toute leur inhumanité.

Que devoit-on attendre de cette brutale soldatesque ? G'étoient des hommes nourris dans le tumulte et la fureur des armes , et de là plus incapables de tout ménagement et de tout sentiment de compassion. C'étoient les ministres d'un juge timide et lâche , qui les abandonnoit à eux-mêmes , et dont ils pouvoient impunément passer les ordres , s'il en eût porté quelques uns , et qu'il leur eût prescrit des bornes. C'étoient des âmes vénales et mercenaires , des âmes intéressées, et d'intelligence avec les Juifs, dont ils avoient à contenter la haine, pour en recevoir la récompense qui leur étoit promise et qu'ils espéroient. C'étoient les suppôts de ce peuple ennemi de Jésus-Christ, c'est-àdire du peuple le plus cruel et le plus barbare , le plus envenimé dans ses ressentiments et le plus insatiable dans ses vengeances. G'étoit toute une cohorte assemblée, afin de se relever les uns les autres, et que, reprenant tour-à-tour de nouvelles forces, ils pussent toujours fi*apper avec la même violence. Tout cela, autant de conjectures des excès où ils se portèrent contre cet innocent agneau qu'ils tenoient en leur pouvoir, et contre qui ils étoient maîtres de tout entreprendre.

Que ferai-je ici , mes chers auditeurs, et que vous dirai-je? m'ar^ réterai-je à vous dépeindre dans toute son étendue et toute son horreur une scène si sanglante? entrerai-je dans un détail où mille particularités nous sont cachées, et dont nous ne pouvons avoir qu'une oonnoissance obscure et générale? vous représenterai-je l'acharnement des bourreaux, le feu dont leurs yeux sont allumés, les fouets grossis de nœuds et tout hérissés de pointes , dont leurs bras sont armés? compterai-je le nombre de coups qu'ils déchargent sur ce corps foible et déjà tout épuiséde forces, par l'abondance de sang qu'il a répandu dans le jardin ? Que de cris , que de nouvelles insultes de la part des prêtres, des pontifes , d'une populace infinie , témoins de tout ce qui se passe , et animant tout par leur présence ! Mais je vous laisse , mes B. 4. 44

690 SUR LA FLAGELLATION DE JÉSUS-CHRIST. Frères, à jager vous-mêmes de toutes ces circonstances, comme de mille autres , et à vous en retracer l'affreuse idée. C'est assez de vous dire que cette chair sacrée du Sauveur n'est plus bientôi qu'une plaie ; que ce n'est plus partout que meurtrissures, que contusions , et qu'à peine y peu{-on découvrir quelque apparence d'une forme humaine; qu'au milieu de ce tourment, cet homme de douleurs, après s'être soutenu d*abord, est enfin obligé de succomber ; que, dans une défaillance entière , il tombe au pied de la colonne , qu'il y demeure couché par terre, perclus de tous ses membres et privé de Fusage de tous ses sens; qu il ne lui reste ni mouvement , ni action, ni voix, ni parole; et que, bien loin de pouvoir s'expliquer et se plaindre, il conserve à peine un dernier souffle et une étincelle de vie.

Que dis-je , Chrétiens? c'est en cet état qu'il s'explique à nous plus hautement et plus fortement qu'il ne s'est jamais expliqué. Il n'a qu'à se niontrer à nos yeux : cela suffit. Il ne lui faut point d'at|tre voix que celle de son sang , pour nou$ instri|ire ; il qe lui faut point d'autre organe que ses plaies ; ce sont auiant de bouches ouvertes pour nous redire ce qu'il s'est tant efforcé de nou9 pe^ sqader en nous préchaul son Évangile, que quiconque aime spuameen cq ponde ^^ q'eat^è^dire ^ chair , que quiconque y est attaché , et veut l'épargner et la choyer, la perdra immanquablement; mai^ que pour la^uver dans l'éternité, c'est uqe nécessité indispensable de la haïr (sp cette vi# , de réprimer ses sensualités, de lui refuser ses aises et ses coinmaditéa, de lui £ûre une gutrre continuelle en la mortifiant» en l'assujettissant , en h domptant : Qui amat animam suam , perdet eam; et qui çdit animam stuim in hoc mundo , in vitam cçtemaxn ctistocUt eam ( JoAjf.j 12], Maxime essentielle ^ans la morale db Jésus-Christ ; maxime J9 plus juste, et fondée sur les principes les plus solides , parceq^e cetle cîiair que nous avons à combattre est une chair, mouillée de mille dé^rdres, une chair de péché ; et qu'étant criminelle elle dait être punie tempo» rellement , si pous ne voulons pas qu'elle le soit éternellement ; parceque c'est une chair rebelle , et qu'il n'est pas pos^hle de la tenir dans la soumission et dans l'ordre, si l'on ne prend soja de la réduire sous le joug, à force de la châtier et de la mater ; parceque c'est une chair corrompue çt la source de toute corruption, puisque c'eat d'elle que vient tout ce que saint Paul appelle œuvres de la chdir » les débauches et tes impudicités , les querelles et les dissensions» les colères et les envies ; et que pous ne pouvons nous mettre à couvert de ses traits contagieux , ni les repousser , que par de salutaires violences; parceque c'est une chair conjurée contre Dieu et contre nousrUiémes: contre Dieu, dont elle rejette la loi; CQPtre nuus-mémes, doi|t elle ruine le salut; et que pous devons par conséquent la regarder et h traiter comme notre plus mortelle enneniie.

La chair du Fils de Dieu n'avoit rieu de tout cehi. C'éfoit nqe ehair 8ain|ê et sapctifiaitte , une chair «ana tache $$ to^l« pwe» une diair

SUR U rLAGËLLATIOM DE j£SUS^HRI8T. 691 pleinement soumise à l'esprit ; c*ëtoic la chair d*ïin Dieu , et toute^ nous voyons quels traitements elle a reçus : or c'est sur cela même que cet Homme-Dieu , baigné dans son sang , se fisit entendre i nous du pied de la colonne» et qu'il nous reproche , tout mpet qu'il est , nos délicatesses, et Textréme attention que nous avons à flatter nos corps; comme s'il nous disoit : Jetez sur moi les yeux» et, par une double comparaison « confbndex-vous. Idolâtres de votre ohair» vous ne voulez pas que rien lui manque , que rien la blesse » que rien incommode i et moim^ voici déchiré de fouets et tout ensanglanté. Mais encore qu*€$t-co que eette chair dont vous prenez tant b« inté* rets , et qu'étoit*ce que la mienne , que j'ai st peu ménagée i Repro* che le pli» touchant , et dont TApdtre avoil senti toute hi force» lor»* qu'il iraçoît aux pr^smiero fidèles ces grandes règles de la pénitence et de la mortification chrétienne: que si nous voulons ôtre à Jésus-Christ» nous devons crucifier notre chair avec tous ses vices et toutes ses coi^cupiscences s Qui mut Chriiti, eçiruem suoin cnict/S«erttttt cum irt<tii ei ommfnieenUiB (Galat., 5) ; que nous ne devons nous conduira que selon l'esprit » sans écouter jamais la chair , ni av<nr égard ou à ses ré* pugnances ou à ses désirs ; S/nritu amhiianie , ei demderia eanis non perficietii (Ibid.) ; qu'au Keu de la consulter et de la suivre» nous devons expressément y renoncer» et mémo en queh}ue ^rte nous en dépouiller : ExjK}6antet vas veteremhommem{Cok)iÈ.^ S) ; que quel» que effort qu'tl y ait à faire pour cela» quelque sacrifice qu'il nous en puisse coûter» il ne doit être compté pour ifieu » et que nous ne de* vons jamais oublier» en considérant Jésus-Christ» que nous n'avons point encore comme lui répandu notre sang : NondUm enm usqui ad sangumem ratitutis ( Bebr., 13).

Quel bmgage, mes ohers auditeurs ! et qui de vous l^tend) Ne sont-ce pas là des termes dont le monde ignore souvent jusques à la signification» ou que le monde au moins croit ne convenir qu'à des solitaires et à des religieux? Or prenez garde néanmoins à qui saint Paul donnoit ces divines leçons , et à qui il enseignoit cette excellente morale ; car ce n'étoit ni k des religieux » ni à des solitaires qu'il parloit ; c'étoit à des chrétiens comme vous » n'ayant au-dessus de vous d'autre avantage ni d'autre distinction , sinon qu'ils étoient de vrais chrétiens» et que vous ne l'êtes pas ; c*étoit à des hommes employés cooime vous » selon leur profession » aux aHaîres du monde ; à des femmes engagées comme vous, par leur état et leur condition, dans la société et le commerce du monde. Voilà ceux à qiû il recommandoit de mener une vie austère, non seulement selon lé cœur, mais selon les sens ; de mourir à eux-*mémes et à leur chair ; de se con-> tenter du nécessaire » ou pour le {pgem^nt , ou pour le vêtement » ou pour Taliment, et de retrancher tout ce qui e^t au-delà comme superflu » comme dangereux » (lomne iodéoent d^ms la religion d'un Dieu qui» par ses souffinanoes» est venq ooosaimp l^hnégatièn de soi-

692 SDR LA FLAGELLATION DE JÊSUS-GBRIST.

même et de tout soi-même. Ces expressions ne les étonnoient point » ces propositions ne leur sembloient point outrées ; ils les oomprenoient, ils les goûtoient, ils se les appliquoient. Le christianisme a-til donc changé , et n'est-il plus le même ? Ah ! mes Frères , le christianisme a toujours subsisté ; mais reconnoissons, à notre confusion , que ce ne sont plus les mêmes chrétiens : nous en avons retenu le nom 9 et nous en avons laissé toute la substance et tout le fond.

Quoi qu'il en soit , c'est dans cette sainte mortification de la chair que les Saints de tous les siècles et de tous les états ont fiait consister une partie de leur sainteté. Parcourez leurs histoires , et troavez-en un qui n'ait pas témoigné pour sa chair une haine particulière. Soit qu'ils eussent toujours vécu dans l'innocence , ou qu'après une rie mondaine ils se fussent convertis à Dieu ; soit qu'ils eussent abandonné le siècle pour se retirer dans le d^rt et dans le dottre , oo qu'ils dissent restés au milieu du monde pour satisfaire à leurs engagements et à leurs devoirs ; en quelque situation qu% aient été, et par quelque voie qu'ils aient marché , du moment qu'ils ont commencé i embrasser le service de Dieu , ils ont commencé à se déclarer contre leur corps « et en sont devenus les implacables ennemis. Leurs vocations étoient différentes, et leur sainteté avoit, ce semble, des caractères tout opposés : c'étoit, dans les uns, une sainteté de silence et de retraite , et dans les autres , une sainteté de zèle et d'action ; dans les uns, une sainteté toute pour elle-même, et dans les autres, une sainteté presque toute pour le public ; mais malgré cette diversité de vocations , ils sont convenus en ce point de haïr leur chair et de h traiter durement. La foiblesse du sexe , la complexion , le tranul, les infirmités même, n'ont point été des excuses pour eux. Bien loin qu'il fallût les exciter , il falloit au contraire leur prescrire des bornes et les modérer ; tant ils étoient, je ne dirai pas seulement sévères , mais saintement cruels envers eux-mêmes.

D'où leur venoit cette haine si vive et si universelle dont ils étoient tous animés? De Tardent désir qu'ils avoient conçu de conformer, autant qu'il étoit possible, lenr chair à la chair de Jésus-Christ ; de b forte persuasion où ils étoient que jamais leur chair ne participeroit à la gloire de la résurrection de Jésus-Christ, si elle ne participoit à sa mortification et aux douleurs de sa passion ; du souvenir qu'ils por« toient profondément gravé dans leur cœur, que c'étoit pour notre chair et pour ses voluptés sensuelles, que la chair de Jésus^^hrist avoit été si violemment tourmentée ; d'où ils conduoient qu'une chair ennemie de Jésus-Christ, qu'une chair coupable de tous les maox qu'avoit endurés la chair de Jésus*Christ , étoit indigne de tonte compassion , et ne pouvoit être trop affligée èUe-même, ni trop maltraitée. C'est ainsi qu*ils en jugeoient; mais pour nous, mes chers auditeurs, nous raisonnons, ou du moins nous agissons bien autrement : la nuixime la plus commune et la plus établi dans toutes les conditions,

est d'avoir soin de son corps» et de ne l'endommager en rien ; de ne le point fatiguer» de ne le point affoiblir, de l'entretenir toQJours dans le même embonpoint ; d'en étudier les goûts, les appétits, et de loi fournir abondamment tout ce qui raccommode : voilà notre principale, et souvent même notre unique occupation.

Ce qu'il y a de plus merveilleux et de plus étrange, c'est qu'avec cela l'on prétend être pénitent, l'on prétend être dévot. Ton prétend s'ériger en réformateur du rellkîhement des mœurs et dé la doctrine. AppUquez-vous à ma pensée ; c'est un point de morale à qud vous n'avez peut-être jamais fait assez d'attention. Que des impies déclarés, que des libertins de profession , que des mondains par état, se rendent esclaves de leur corps, et lui accordent tout ce qu'il demande, je n'en suis point surpris: comme ils n'aspirent, ou du moins qu'ils ne pen« sent à nul autre bonheur qu'à celui de la vie présente, il est naturel qu'ils en recherchent toutes les douceurs. Dès-là que ce sont des mondains, ils sont possédés du monde et de l'esprit du monde : or tout ce qui est dans le monde, dit saint Jean , n'est qu'orgueil de la vie, que concupiscence des yeux et que concupiscence de la chair ; il est donc moins étonnant qu'ils soient si attachés à leur chair, et qu'ils la laissent vivre à l'aise et au gré de tous ses désirs.

Mais ce qui doit bien nous surprendre, et ce que je déplore comme un des plus grands abus du christianisme, je l'ai dit et je le répète, c'est qu'on prétende être pénitent sans pratiquer aucune œuvre de pénitence. Un homme est revenu de ses criminelles habitudes, une femme a quitté le monde, après l'avoir aimé jusqu'au scandale : il y a sujet de bénir Dieu d'un tel changement, et je l'en bénis. Ce ne sont plus les mêmes intrigues, ni les mêmes désordres; mais du reste, pariez à l'un et à l'autre de satisfaire à la justice de Dieu ; représentez* leur avec l'Apôtre que, comme ils ont fait servir leur corps à l'iniquité, ils doivent le faire servir à la justice et à l'expiation de leurs péchés ; dites-leur, avec saint Grégoire, qu'autant qu'ils se sont procuré de plaisirs défendus et illicites, autant ils doivent s'interdire de plaisirs même permis et innocents : c'est une langue étrangère pour eux, et toute leur pénitence ne va qu'à corriger certains excès et certains vices, sans en être moins amateurs d'eux-mêmes, ni moins occupés de leur personne.

Ce qui doit bien nous surprendre, c'est qu'on prétende être dévot sans être chrétien ; je veux dire, sans marcher par la voie étroite du christianisme : car le christianisme est une loi austère et mortifiante; et cependant, tout dévot qu'on est, on ne veut rien avoir à souffrir; on renonce au luxe, au faste, à la pompe ; mais d'ailleurs on veut être servi ponctuellement, nourri délicatement, couché mollement, vêtu et logé commodément. Rien que de modeste en tout; mais rien en tout que de propre, que de choisi , que d'agréable. Telle dans la dévotion mène une vie mille fois plus douce, et je pourrois jouter, plus déU-

OM Smt LA rLA&ËUATION DB IË6t^6i{RtgT.

oienie» qti*itiiê antre dtttis êon dërëglettiem et sod libéKinâgê* Ge <}tti doit bien mû» surprendre, c*ést qu'on f^rétënd^ à*érigèr en eenseur des rnûbuts et en réfofmateuf des ret&cheUâlsftts du siècle, sans penser d'abord à t^oriHer te reiâcheinedt »b Ton tit soi-méiheâ r^ard de la mortifioStiotl des Sêflâ : n'est-ce pas Hl lllltision de nos jours? Crier sans oesse eontre des doctrines pt-étendiiès relâchées ; gémir à tonte occasion et atec amertotne de cœui^ stH* le renTersement de la morale évang;éliqtie ; s'élever atec tèie^ ou plâtdt avec emporte- BMDt et avec aigreur, contre eeui qu'on veut iïiire passer pour deatmetéttrs de cette saitite morale; les reg^arder comme rirraie semée dans le champ de l'Église, et former de pieut dessins pour arracher oe mauvais grain r Fis imee«> et eoiligimui ta (Matîh., i5) ; ne parier tpié de sévéritëi et en leter partout Tétendard, dans les discours pa* hiios, dans les entretiens particuliers, daus les tribunaux de la péni* teuce, dans les ouvrages de piété, voilà les beaut dehors et les spédenses apparences dont une infinité 4'ames, ou simples, ou prévenues, se laissent iiiseiner les yeui. Hais quand, moins crédule et ttioids fatile à feonfondre les apparences avec la vérité, on vient à percer an travers de ces defaol^s^ et qué^ prenant la règle de lésus-Christ, on juge des paroles par les œuvres : A fruaibûÉ eorum cognosbtûi eoi (HAtîH., 7)^ que troave-t^on? des gens sévères, on réputés tels, mais en même temps bien pourvus de toutes choses, et ayant grand s(Hâ de l'être $ des gens sévères^ mais m même temps répandus dans le monde, et dans le plus beau monde, pbUr en goûter tous les agrémedts ; des gens sévères, mais n'étant toutefois ennemis ni des divertissements profanes, ni des conversations plaisantes et enjouées, ni des bons repas ; disdns-en deux mots, des gens de la dernière sévérité dans leurs leçons^ mais de h dernière indulgence dans leurs eiem-^ pies; anges dans letirs maximes, msis hommes, et très hommes, dans leur conduite. Ce n'est pas qu'ils ne veiiiUént que cette sévérité, qu'ite prêchent aveiii tsht d'emphase, soit milse en prStiqiië, mais par aaatres$ et non parent t comme maitis^ et comme doëtenr^. Us s'en tiennent à rinstrnetion^ et se déchargent sur leurs disdplèS dé Texécudon. Ah! mes ehèrs auditeurs, he nous trbmpbtts point, et métton^-BOus bien en giaMe ôdntre M artifices îet leâ prestiges de ntHi< chaii* ; tout animale et toute matérielle qu'elle est, il n'est rièft dèpIiiSStabtiletde pins adroit & défendre ses intérêts t ne piérdons fStniis dé vue le grand

modèle que nous propô^ notre mystère, et fàiSons à notre égard ee qne Ûi Pilate à regard des ihVk, lorsqu'apt-ès là flagellation de Jésus-Christ, Il lé leUrprësehta dans Tétat lepluspitbyable, et qu'il liéar dliî Voilà l'homme, Bcûi hbmà ( Joàn., î9) } dlsons-lfe-ttous à nousmêmes en h contemplant : Voilà l'homme, et vt^ilâ te Dieu de mon èalui^ Voilà par où il m'a sauvé, et par où je me sauverai. Les Joiis, en le voyant, n'en devinrent que plus endurcis; mais je puis me promettre que nous en serons touchés, que nous nous sentirons animés

Sm LB GOUAONNEttËISt DE JÉStlS^GHRISt. 695

d'une ardeor et d^une résolation toute nouveile» pour ruiner en nous Tempire de la chair, afin de ne plus vivre désormais que de cet esprit de grâce qui nous élèvè^a à DietI, et qui , par lés saiiites rigueurs de Id mortiBcatioQ évaiigélique, nous conduira à la béatiilide étemelle, que je Vous souhaite, etc.

EXHORTATION

Stà LE COCRONNËÉtfiNt DE JÊSUS-CHtaST.

Tune milites prœsidU suscipientes Jesum in prœtorium , congregaverunt a^ fut» ttniversam eohcrtem ; et ë±uentes eum^ ehiamyann cocdnétim éirtuiiidedé}'Wfii ei ; a jf>ieetentu eorùiunn dé sfdnis, fxwneitmt tvper eaput e^tfélarundinem in dexttrd ejvu

▲lors les soldats du souverlieur ayant emmené Jésus dans le prétoire, rassemblèrent antour de lui toiile la conorte; et après Tavoir dépouillé, ils le couvrirent d'un manteau de pourpre i puis faisant une couronné d'épines, ils la lui mirent sur la tête, lis loi taUtnt aliisi ufa roaeau à la main droite* Saint JUttubd, chap. xxviu

N'étoit-ce donc pas assez de tant d'outrages d^a foils au Fils de Dieu? et puisqu'il étoit enfin condamné à mourir, falloit-il ajouter, ft rinjusiice et à la rigueur de cet arrêt, de si Amères insultes et de si barbares cruautés? \\ seaiblci dit saint Ghrysostome^ qub tout l'enfer en cette triste journée fût déchainéii et eàt donné le signal pour sou-^ lever tout le monde contre Jésus-Ghrist. Car ce ne sont plus môoke les Juifs, ce ne sont plus les princes des prêtres» ce ne sont plus les scribes et les pharisiens^ qui poUvoient avoir des raisons cachées et des sujets particuliers de haine contre ce divin Sauveuri ce ne sont plûi là^ dis-je, oeilx qui le persécutent; mais ce sont les soldats de Pilote, €6 sont des Gentils et des étrangers, qui en font leur jouet, et qui le préparent au 8upt)lice et à l'ignominie de la eroix par les plus sensibles dérisions, et par toutes les inhumanités que leur inspiie une hrii^ tAle férocités Les paroles de mon texte nous les marquent eU détail i et voilà le mystère que nous méditerons^ s'il vous platt, aujourd'hui, et que je puis appeler le mystère de la royauté du Fib de Dieu. Car, à bien considérer toutes les eirconstanoeé qui s'y rencontreht, j'y trouve tout à la fois la royauté de ce Dieu-Homine méprisée et re* connuei avilie et déclarée^ proEanée, et tiéanbidins établie et solide» ment vérifiée. Je dis méprisée, avilie, profanée, par les irtdignitës qu'ekertœnt contre lui les soldats; mais je dis en même temps reora^^ nue, établie, et solidement vérifiée^ par une conduite Supérieure e| une secrète disposition de la Providence^ qui se sert pour oeia de llnsolence même des soldats et de leur impiété. L'un et Fautre ne sera pas pour nous sans instruction. En voyant la royauté de Jésus-Ghrist si outrageusement méprisée, nous nous confondrons de l'avoir tant de fois méprisé nous^-mêmes^ ce roi dû ciel et dé la terre \ et eri la voyont si justement reconnue et si solidement vérifiée, nous apprendrons à quoi nous la devons nous-mêmes reconnoltl'eè et en quoi iious lu devons honorer. La suite vous développera ees deux pensées, qUi tdmprennênt tout le sujet et tout le partage de cette exhortation*

Page 1