‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 14 sur 72 · SERMON PODR LE VINGT-UNIÈME DIMANCHE APRÈS · texte numérisé non relu

SERMON PODR LE VINGT-UNIÈME DIMANCHE APRÈS

LA PENTECOTE.

Twu ^oeavU ittum âomkitts suus, et ait Uti : Serve nêçiuêm , otnnê dehitum dhnlH iUn , qmmiiam rogasHme : «oniM ergà oporluie et te mUereri eonseni tmt , ikml et ego tni nàsertus suum? Etiratus Dominus eju* , tradiâit eum tortoribus.

Alors son mattre le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, Je yoqs al remis tout ce que moat iM défiez, p<ffce<{iM tous m'en ayet prié : ne falloit*U dioao pas atoir pitié de fotre compagnon c(»unè J'ai en pitié de tonsP Sur cela k mattre MUgaé le lifta anx eiéoutenn de la jDstioe. Sâirt Matth., chap. xyui.

Jamais reproche àe fat plas oonvaincanr, ni jamais aassi cbâtiimiit ne fut phB juste* Pour peo qae nous ayons de himière et de drcntnra BatoreUe, it n'y a personae qui né sente tonte la force de Tud^ et qui n*approiife toute la rigneur de l'antre. Car que pontoit répondre ce senriteiir impitoyable» et si dur à se faire payer sanss délai nne somme de oott deniersi lors même qae son maître, touché pom* lai de cornpasaion, et ayant égard à sa mi^e^ fenoit de kri remettre josqnes à dix mine talents? Si donc, irrité d'une telle condoite, le maître ne difilère pas à pnnir ce misëraMe; s'il le traite comme ce malheureux a tniltë son dâ^iteur, et s'il le lait eirfèrmer dans une obscure prison, c^esi uB arrêt dmit Téquifé se présente d'abord à l'esprit, et dont la raiaoïi est étklente. Voilà, mes chers aiiditears, la figare ; et dès que Boas en demeurons là, nous n'y voyons rien qui nous surprenne, ni rien qui ne soit conforme aux lois d'une étroite justice. Mais laissona h figare, et faisons-en TappKcatlon» Jésus-CAirist l'a faite lui-même dfiis notre évangile, et il y a sans doute de quoi bous étonner. Car c'est âBBsi, dit le Fils de Dieu , que votre Père céleste se comportera envers vous : Sic et Pater vester cœiextis fadet aoto (Matth., i8)« Quelle menace, et à qui parle le Sauveur du monde? à vous^ Chrétiens, et à moi, si nous né pratiquons pas à l'égard du prochain la même charité que ce Dieu de miséricorde a tant de fois exercée en notre faveur, et qu'il exerce encore tous les jours ; si , dans les offenses que DDOS recevons du* prochain, nous nous livrons à nos re»sentiments et à nos vengeances ; si nous ne pardonnoBS pas, si nous ne remettons pas Hbéralem^t toute la dette , on si noué ne la remettons pas ânoèrement et de bonne foi : Sic et Pater vater emksHs faeèet

vobis, H non remîseritis untisquisque proximo tuo de cordibus veitris. De là 9 mes Frère^, vous jugez de quelle importance il est de vous exhorter fortement au pardon des injures ; or c'est ce que j'entreprends aujourd'hui. Matière d'une conséquence infinie ; matière où je n'aurois pas la confiance de m'engager» si je ne comptois. Seigneur» sur l'onction divine et l'efficace toute puissante de votre parole. Sontenez-moi» mon Dieu, dans un sujet où votre grâce m'est plus nécessaire que jamais. Je la demande par ht médiation de Marie. Ave.

Si je parlois à des paiens et en philosophe, je pourrois trouver dans les principes mêmes de la prudence du siècle de quoi réprimer les saillies de la vengeance, et de quoi condamner les excès d'une passion aussi aveugle qu'elle est violente et emportée. Mais, du reste , mes chers auditeurs, convenons qu'avec toutes les preuves de la philosophie humaine, je discourrois beaucoup et avancerois peu; et que les plus spécieux raisonnements n'aboutiroient tout au plus qu'à satisfaire votre curiosité, et non point à convaincre vos esprits ni à toucher vos cœurs. II iaut donc prendre la chose de bien plus haut , et c'est à la religion que je dois avoir recours. Il faut vous parler, non en sage du monde, mais en prédicateur de Jésus-Christ. Il faut pour vous soumettre employer l'autorité de Dieu même ; et pour vous engager, vous proposer un intérêt éternel. Appliquez-vous, s'il vous plalt, à mon dessein, que j'explique en deux mots. Je viens vous entretenir d'un des plus grands commandements de la loi; et, afin de vous en persuader solidement la pratique, je viens étaî>lir deux propositions, qui partageront ce discours. Dieu a droit de nous ordonner en ftveur du •prochain le pardon des injures que nous en avons reçues : c'est ht première proposition et la première partie. Si nous refusons au prodiain ce pardon, nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes : c'est la seconde proposition et la seconde partie. Prenez garde, nion cher auditeur. Voulez-vous disputer à Dieu son droit? je vais le justifier. Prétendez-vous que Dieu vous pardonnant, après que vous n'aurez pas pardonné, se relâche ainsi de son droit? c'est de quoi je vais vous détromper. Il n'est point ici question de belles paroles, ni des agréments de Moqueiioe chrétienne: mais il s'agit de vous iaire vivement comprendre deux des plus grandes vérités. Commençons.

PEEMIÈnE PAATIl.

Je l'avoue. Chrétiens : le pardon des injures est difficile, et il n'y a rien dans le cœur de l'homme qui n'y répugne. C'est ce que le christianisme a de plus sublime , de plus héroïque, de plus parfait. Pardonner sincèrement et de bonne foi, pardonner pleinement et sans réserve, vdlà, dis- je, à en juger par les sentiments naturds , la plus rude épreuve de la charité et l'un des plus grands efforts de la reli-

SUR LE PARDON DES OfMJRËS. fis

gion. Mab après toot je «NKiensque Diea a droit de rex^deMms et je dis qa'il l'exige en effet : eomnent cela ♦ eoinme m^, oonnn père, oomne modèle, comme jaee.Ck>mme mattre, par la loi qn'il noas imposa oMBme père, par les biens dont iI,noiis comble; comme mo^e purlesexemples qo'il bobs donne; et comme juge, par le pardon wi Boas promet. Tout ceci est d'une extrême importance : n'en perder

nui*

Pardonner les bjnres et aimer ses ennemis, e'est un précepte mes diers auditeurs, fondé sur tontes les lois divines, et «uni andeo aue la vraie religion. Dans la loi de nature , dans la loi écrite, dans la loi de grâce, cet aoMur des ennemis a été d'une éMîgation indispensable • et quand <» disoit aux Joilh , Vous âimeres votre produio^et voua ha!rec votre ennemi, ce n'étoit pas Dieu qui le ditoit, remarque siàfk Augoatm. mais ceux qni inferprétoient mal la loi de Dieu. Ce n'étoit pas une tradition de Moïse, mais une traditioa des pharisiens qui corrompant la Im de Moïse, eroyoientqneleoommandementd'aimérlé pnxAaiB leur bissuit la Nbwté de haf r leurs enneaus. lésus-Christ h'* donc point établi une loi nouvielle, lorsque, nsant de toute sa puissance de l(^slatenr, d noosadit : Aimez vos ennemlB , et pardonnea-leur • nais il a Mulment renouvelé cette loi-, qui étoit comme efFacée dû souvenir des bommes; il a seulement «ipliqiié cette loi, qui éioir comme obscurcie par l'ignorance et les grossières erreurs A» hommes ; il a seulement autorisé cette loi, qui éloH comme abolie par la corruption ou vivoient la plupart des hommes. Car si vous naimeE que ceux qui vous aiment, poursuivoit le Sauveur du monde, que ftites-^oas en cela plus que les pnbiîcainsf etsi vous n'avez delà diarnë que pour vos frères, qu'y a-t-il là qui vous relève au-dessus d« païens? Toute vo^re charité alors ne peat être digne de Dieu, ni telle que Dieu k demande, puisque ce n'est point une charité sumatureHe, mais une charité parement humaine. Et vrflà pourquoi coudaoit le Fils de Dieu, U vous est ordonné d'aimer jwques à vos ennemis, de remettre à vos ennemis les offenses que vous pensez en avoir reçues de <»nserver la paix avec vos ennemis, et même de la rechercher. Amsi Pa-t-cn dû de tout temps, et ainsi le devez-vous mainteiMBt, en vertu de I ordre que je vous intime ou que je réitère, et aue je vous fois entOTdre dans les termes les plus formels : Ego a Jm

<iroit incontesttbie de nous y assujettir, parceqn'il est le mattre et par conséquent , que nous sommes indispensablement oWîp^ de nous y soumettre et d'y obéir, pour reconnoîtrelàdessus, aussi bien que sur tout ei^este, noire dépendance , et pour rendre à son sbuverâtn pouvoir i hommage que noas loi devons. Précepte appuyé sur lés iài'. SOI» l« ijus solides et les plus sensibles ; mais quand il s'agit de l'an, tonte J Dieu, et de l'absohie soumission qu'H aitend de m^s en qoa-

lité d6.ipiMreiam étre^ oè yeroit en <}iielqi|6 aorte lui faire O0tflgç qtte dd vo^loir iraiter avec hiipar raison. U cQnimandei c'ett assez. Il Ai # ggQ muem dico vobU i H n'en faut pas davantage, £l qui éiasrveusi en efbL 6 hpmmes^ pmt entrer en discusstoii:a.v6C votre Dieu ? ei v.opa 0]^rtieat-il ' de raisonner siir ses adondbles et snjprèmea volontés? P hcmof ni> qm es^ qui teiponécag Deo {Hmn^t 9)i , . ^

Quelle est donc d'abord la réponse la plus courte et la plus d^c^ve PQitf* ircsaversQr toHt^vos^exeusesi et poar détruire tontes les prétendfi^s justifications dont Yotre vengeance tAohe ^ se oonvrir? La voici ^ çt Q(|inprenez-la« G'est que Dj^ veut que .VQua.pardonniea, c^que vofia pardopuiez de cœiiy } c'eat-à-dire que vous ne vous coptepties pas. de gard^ certains dehors et de. ne tous porter à nui éctat, mais giie vous l>annîssie& de votre coeur toute anipeisîté vokotaire et toui ressentiment* Qiea le Vieut» et je vona l'annoii^e de sa part : EgQ au* tem dico vobk, A cela vous ue pouvez pl«s rien répliquer qui ne londie àf liii-m^p, Msuis ce safirifioe mecofttera bien eiier : dès qu'il est nécessaire, U n'y 9, point ft examiner s'il vons eoAtera beaucoup on s'il vous Goûtei:a p^, puisqu'il n'y a rien, de quelque prix qu'il puisse être, que vous ne .devins sacrifier à DJeu. Mais c'eal ^a effort audessus de ia nature : aussi n'estrClB pas selon la natnre qu'Mi Texige de vous, mais selon la graoei» qui.ne vous manquera pas, et qni est assez puissante pour voua soutier. Mais j'y seils une répugnance que je ne puis vaincre ; et le anoyen qile je me fasse une pareille violence? Abus, répond saint iérùme.t qiiaad Dieu voiiarordontie^ la ehoaedès-, là vous est posaibie, puisque Dieu n'ordonne rien d'impossible* Et qu'y a^t-il, ajoute le niéine saint docteur, de plus possiUe poor voua que ce qui dépend de vons^ et de velre vokNDté? Il &'y a point ici 4 comme à Fégard de bien 4'autres préceptes^ à alléguer, ou la diatance dfia lieux, ou la fortune, ou l'âge, ou la saûtë » ipà le reste. Mais que dira le inonde ? il dira qjie vous étea «hrétien , et que vous vous oooh portez en chrétien ; il dira que voua étea soumis à Dieo,*et votre fidélUé Fédifi^^ Ou a'il pe pense ni ne parle de la sorte, quoi qu'il pense et qnoi qu'il dise, vous mépriserez ses jugements et ses discours , et vous vous souviendrez que c'est à l'ordre de dieu &k non tux idées du mo^de que vous devez vous ccmfopnieré Mais on oie traitera d'esprit foible, et il y va de mon jbonneur : votr^ plus grand honneur est de renoncer en vue de Dieu à tout honneur mondain , et l'acte le plus béroîque de la vraîeforœ €Bt de triomphei* ainei tout à la fois et de vous^ in^me et du siècle profane» Mais eet homme se prévaudra de mon indulgefi(^,et n'en deviendra que plus hardi à m'aitaquer: peut-^re serat-il touché de votre religion ; ou s'il ae l'est pas ^ et qu'il en devienne pins mauvais pour vous» vous en deviendrez meilleur devant Dieu, à qui seul il vous ûnporte de fitnre. Ah! Chrétiens, que notre arnenrpropre est fécond en subtilités pour se justifier, et pour se sonatraira impnnément à la loi de Dieu ï Si j'entreprenois de découvrir tous sea

«lifieesi c-esi une matière qoe je ne. poorroiA épuiiftr ^.anift fA^il mille fois plus artificieux et plusaubtil, il Âindr» tojvooM qu'il pKë i^ous Tempire dominant du matire qui uMs iuterdii toutd liaine, et qui s*en est déclaré si expressém^t par ce$ paroles : Èf6 auum ifiM vobii : Ditigite immco$ »0$Uro$^

. Mais ce n'est point* a|Nrès tout^ par ta» obëisaanee pve Hptfmt souiùission forcée qu'il prétend^ no«8 engager k Fobservifioit de mi foi. U Teut que la reconnoiasenoe y ait part; et le p«rdon qafilaoiii« cite pour le prochain, c'est enoore plus comme Ineoftiieur «teonner père qu'il s'y iatéresse, que oomnaè légisbt^r et eofaunè mittre. S'il nous conuns^pdoit d'aimé nos eiufemis et.de km partenier pooF eux-mêmes, son préoeple pourroit neus parolMi dur et ,rigo«ren/ Car il est vrai qu'à oansidérer iprëeisément la per^bmie <f un enneirti qni s'élève contre nous, nous ja'y trouvons Hen que de ehognam» rieff qui ne nous pique et qui ne àoil capable d'exciter le fiei le phi amer. Mais quefai( Dieu ? il se présente a vous, mon cher aàditèdr ( et détournant vos yeux d'un objet qui les blesse, il voas ordonnef de l'en^ VJsager luirméme. U ofe vous dit pais : G'ett pour eehii<» / c'ett pour celle-là qoeje vous enjoins de leur patdeener ; mais il vous dît : C^ei% pour moi. U ne vous dit pas i Psardefinez^leur, paroeqù'ils le mér»tent^ mais il vous dit : PardoAnec-leur, parcequé je l'iii bien mérité moi-même. Il ne vous dît pas : Ayez égaitl à4)è' t[ue votia leur ieiei ; mais il vous dit : Ay^z égftrd à oé (|ui m'est d^ et à ce qtte je leur i0 cédé. Ce fut ainsi que les enfants de Jacob toqchèrent le^oœiir de ia* seph leur frère^ qu*i($ avoieutsi indignement vèndo, et qu'ils obtmrent de lui le pardon de l'attentat même le moins pardknmaiblé où leur envie lesavoifr portés contre sa propre personne. Votre père, lui dirc^ntrils, et te nôtre. i|fo.u$ a chargés dé vous faire une demande èin son nom : c'est qœ vous ne pensiez plus au crime de vos frères , et que vous oubliiez l'âtorme injustice qu'ils ont commise envers vous? • Pater tum prosçepit nobis ut.kcsc tilnverbis il&u$ dicerernui : Obéecta ni ohlivucark «oei^ fréirum tmrumy et peccatii aique malitke qudm txercuerunt in te {Gene$.j $01). Au sùuvepir de Jacob, de ce pèfe qnk - Joseph aimoit et dent il avoit été si tendrèmrat ainié , ses entraiHeâf a'émurent, les larmeslui coulèrent dès yeâfx ; et bien loin d'éclater en menaces, et de reprocher à ces frères parricides leur barbare inbumaniié, il les rassura , NoHie tmere; il prit lui-même leur défense, et les excusa en quelque manière, Yot eofitasâs dememalum^ $ed DeUi vertii illud in bonum (Ibid. ).; il se fit leur soutien et leur prètetteor y Ego paicam voi et pervulos vesiroB (Ibid.).

Or, Chrétiens, ce n'est poiAt aii nom d'un père tempère!,' ni atf nom d'un homme comme vous, c'est ioinom du Père céleste, au nom d'un Dieu créateur, d'un Dieu rédempteur, qoeje' m'adresse à vous. Gom-* bien deloispeu^é^•, vous TCtraçant l'idée de ses bienfaits, vou!sêteÀ« vous écria» cHimme David, dans un i^eiiouvellement de piété et de

m SUR LB PARDON DES INJURES.

2èle: QridreirihiamD(mihiofm>(mimbuiquœret^ {Ps. IIS)?

Qoe vous domiend-jê, 6 mon Dieu, pour toat ce que vous m*ayez donne; et que fenuhje pour vous, Seigneor, après tout ce que vous avez fisdc pour moi ? Combien de fois aves-vous désiré Foccasion où vous pussiez, par une marque solide, lui témoigner votre amour? N'en cherchez p<vnt d*anire que celle-d; et dès que vous pardminerez pour Dieu, complez avec assurance que vous aimez Dieu. Je ne sais si vous ooBoevez bien tonte ma pensée : elle est vraie, elle est indubitable ; et pour une ame encore susceptible de quelque sentiment de religion, je ne vois rien de plus engageant ni de plus consolant. Expliquons-nous. Laphisgrande consolation que je puisse avoir sur la terre est de pouvoir croire, avec tonte la certitude possible en cette vie, que j'aime Dieu , et que je. Tsilme, non d'un amour suspect et apparent , mais d'un amour réel et véritiible : car autant que je suis certain de mon amour pour lui , autant suis-je certain de son amour pour moi et de sa grâce. Or, de tous les témoignages que je puis là-dessus souhaiter, il n'en est point de moins équivoque e( de plus sûr que de pardonner à un ennemi : pourquoi? paroequ'il n'y a que l'amour de Dieu, et le plus pur amour, qui puisse me déterminer à ce pardon.Ge n'est point la nature qui m'y porte, puisqu'il la combat directanent ; ce n'est point le monde, puisque le monde a des maximes tontes contraires. D'où il s'ensuit que Dieu seul en est le motif, que le seul.amour de Dieu en est le principe ; et qu'en disant à Dieu, Je vous aime. Seigneur, et pour preuve que je vous aime, je remets de bonne foi telle injure qui m'a été faite; je suis, en parlimt de la sorte, à couvert de toute illusion.

Et quelle onction, mes chers auditeurs, n'accompagne point ce téniùignage secret qu*on se rend à soi-même ? J'ai sujet de penser que j'aime mon Dieu, et que je l'aime vraiment. Je bas quelque chose pour mon Dieu, que je ne puis faire que pour lui, et par conséquent que je fois purement pour lui. Quel goût ne trouve-t-on point en cette ^ réflexion? Hais le mal est que, sans regarder jamais Dieu dans rhmnme, nous ne regardons que l'homme même ; et de là ces longues et vaines déclamations sur l'indignité du traitement qu'on a reçu, sur Taudace de l'un, sur la perfidie de Pautre, sur mille sujets qu'on défigure souvent, qu'on exagère, qu'on représente avec les traits les plus noirs. Eh ! Chrétiens, qu'il en soit comihe vous le dites, et comme il vousplatt de l'imaginer, j'y consens; mais ne comprendrez-vous jamais que ce n'est point là de quoi il s'agit? que quand nous vous exhortons k pardonner, nous ne prétendons pas justifier à vos yeux le prochain, puisque s'il étoit innocent , il n'y auroit point de pardon à lui accorder? Que voulons-nous donc? c*est. que vous vous éleviez au^ dessus de l'homme ; c'est que vous donniez à Dieu ce que vous refuseriez à l'homme ; c'est que vous pensiez que Dieu se tiendra honoré, glorifié, et, 91 j'ose dire, obligé de ce qu^ vous fereiE en faveur de

rhomme; Da oioaient que vous mmn serez bien imprimé dans Tes* prii oelte ¥éritë fondamentale et essentielle, y anra*t*îl effort qd vous étonne» on qui doive vons étonner et yous arrêter?

Allons plus avant ; et si, pour nous eiciter.'enoore et nous r^Jer, il nous £aut un grand exemple. Dieu lui-même, oomme modèle, nous en senrira, et nous couYaincra par la vue de ses miséricordes envers nous et par la douceur de sa conduite ; car, nous avons beau nous plaindre et relever nos droits, il n*y a jamais eu, ni jamais il n'y aura de réplique à Targument que Dieu nous fait aujourd'hui sous la figure de ce maître de rÉvangHe ; Omne debitum dimtii HH; nonne ergà oparuût ei umuerericénienn fut (Uatth., 18)? J*aime mes ennemis, et je leur pardonne ; je vous ai vous-même aimé ; et oombiai de fois vous ai- je pardonné? ne devez-vous doncpas m'imiler en cela» et pardonner comme moi? Raison qui nous fonne la bouche, et qui nous aocaUe du poids de son autorité. Et pour l'examiner à fond, prenez* la, mon cher auditeur, dans toios les tours qu*il vous plaira. Gonsi* dérez-y les offenses de part et d'autre, et comparez la personne qui les reçoit, celle qui les fait, le pouvoir et la manière de^ venger, l'intérêt qui se trouve à pardonner, la fin que l'on peut, dans Tun ou dans Faotre, se proposer; pesez, dis-je, exactement tout cela, et en tout cela vous verrez comment l'exemple d'un Dieu vous condamne ; et quec*est]assez de ce seul exemple, si vous ne le suivez pas, pour vous rendre ôriminds. De là vos vengeances vous parottront pleines d'injustice, de foiblesse, de lâcheté, d'aveuglement, d'ingratitude envers Dieu, et d'oubli de vous-même. Toutes ces considérations sont dignes de vous , et demandent une attention particulière.

Car, pour env^rau détail, nous sommes piqués d'une injure, et queiqaeÎFois nous nous en prenons à Dieu même : mais combien luimême en soufFre-t-il tous les jours et en a-t-il souffert ? Nous ne pouvons supporter qu'un homme se soit attaqué à nous et qu'il nous ait outragés; mais Dieu nous fait voir des millions d'hommes , ou plutôt tons les hommes ensemble, qui se soulèvent contre lui et qui le déshonorent. Nous avons peine à digérer que tel et tel depuis si long-temps nous rendent de mauvais offices; mais Dieu nous répond, que depuis qu'il a créé le monde, le monde n'a pas un moment cessé de l'insulter* U nous est fâcheux d'avoir un ennemi dans cette famille» dans cette compagnie; mais Dieu en a par toute la terre. A quoi sommes-nous si sensibles, et sur quoi faisons-nous paroltre tant de délicatesse? sur une parole souvent mal entendue, sur une raillerie mal prise, sur une contestation dans Fentretien, sur une vivacité qui sera échappée , sur un mépris très léger , sur un air froid et mdifférent, sur une vaine prétention qu'on nous dispute , sur un point d'honneur. Car voilà » vous le savez, voilà ce qui fait naître parmi les hommes les plus grandes ipimiti^ , et même parmi ces hommes si jaloux de passer dans le monde pour sages et pour esprits forts. Hais, dit saint Chry sostomei k

fis SUR LE PARDON DBS INJURES.

regard Jes ûimitiÀ des hommes dans lear prmripe, qu'elles sont fnvok^f Et qa'y a^-t-il ie comparable à tout ce qui s'est hit et à tout ce qui se fait contre notreDieu^ aux impiëtëB, aux sacrilèges, aux imprrfcatioiis et aux blasphèmes ; aux profanations de ses autels, de son nom y de ses plus sacres mystères ; aux révoltes perpétuelles et les plus formelles contre sa loi? Mais encore qu'est-ce que ce souverain maître, créateur de l'univers; et qu'est-ce que de foibles créatures , qu'il a formées de sa main et tirées du néant? Si donc, vils esclaves ^ nous nous récrions si hautement en toutes rencontres et sur les moindres blessures, na-t-il pas droit de nous confondre par son exemple, et de nous dire : Omne deUtum ditnm : nonne ergd oportuii el te mi' êereri? Moi, la grandeur même, moi di^e de tous les hommages ^ mais exposé à toute l'insolence des pécheurs, et à tous les excès de leurs passions les plus brutales, j^'oublîe en quelque sorte pour eux, et lasupériorké de mon être, et Tinnombrabie multitude, la grièveté, l'énormhé^de leurs offenses. Moi-même je leur tends les bras pour les raippdér , moi-même je leur ouvre lé sein de ma miséricorde pour les y recueillir, moi-même je les préviens de ma grâce, et leur cdilimuniqne mes plus riches dons. C'est ainsi que j'en use, tout Dieu que Je suis. Hais vous , ennemis irréconciliables, vous n'écoutez que la vengeance qui vous anime et la colère qui vous transporte ! Mais vous, hommes, vous voulez traiter dans toute la rigueur des hommes comme vous: Non oportuii et temisereri conservi tuif Mais vous, sans vous souvenir de votre commune origine qui vous égale tous devant mes yeux , vous prétendez vous prévaloir de je ne sais quelle distinctipn humaine , pour exagérer tout ce qui se commet à votre égard, et pour le mettre au rang des fautes irrémissibles ! Mais vous, mesurant tous vos pas et craignant de rien relâcher de vos droits, plus imaginaires que réels, vous passez les années et quelquefois toute la vie dans des divisions scandaleuses , plutôt que de faire uuQ dénuurche; et pour une occasion, pour un moment où votre frère a manqué, vous demandez des réparations qui ne finissent point f Mais vous, comptant pour beaucoup de ne pas porter les choses à l'exirémiié, vous demeurez dans une indifférence qui ne témoigne que trop l'éloignen^ent et l'aliénation de votre cœur ! Sont-ce là les règles de la charité que je vous ai recommandée, et dont j*ai voulu éire le modèle? Malheur à nous^ mes Frères, si nous ne nous conformons pas à ce diviq exemplaire! Le péché originel de Thomme a été de vouloir être semblable à Dieu ; m^is ici Dieu non seulement nous permet, mais nous conseille, mais nous exhorte, mais nous ordonne d'être parfaits comme lui. 'Comment accorder ensemble l'un etTautre? Rien de plus aisé, répond saint Auguslin expliquant cette apparente contradiction. Le preniifr péché de l'homme a été de vouloir être semblable à Dieu en ce qui regarde lâ prééminence de cet être suprême*, c'est- à-dire -qu'il a souhaité d*être grand comme Dieu , éclair é éomme Dleui indépen-

dft&t oeninie Dleo. Or c*étoit là on erginfl insopportabld et lilié cr{« niiidle prësomplîOD. Mais la perfection est de ressembler à Dieu par rimiiation de sa sainteté et de ses vertus ; Je veux dire d*étre charitable comme Dieu, misérieordieax comme Dieu, patient comme Dieu : £«« toie perfeeA àieutPâter vetîercœhsHi perféetui e$i (Mattb., B).

Je dis plus, et je soutiens, mon cher auditeur, que cet exemple doit avdùr sur yous d'autant plus d'efficace qu'il tons est personnel. Oonce^ vez bien ceci. Je ne vous ai parlé qu'en général de tout ce que Dieu re^ çoic d'outrages de la part des hommes, et de tout ce qu'il leur t&net si libéralement et si aisément ; mais que seroit-ce si de tooteé les per* scmnes qui composait cet auditoire, prenant chacun en particulier^ je lui mettois devant les yeux tout ce qu'il a fiiUu.que Dieu dans le cours de sa vie lui pardonnât, et tout ce qu'il se flatte en effet que Dieu lui a pardonné? Que seroit*ce si je présenloîs à ce mondain toutes les abominations d'une habitude vicieuse, oh U s'est livré à ses désirs |es ^Hs défilés; où, sans retenue et sans frein , il s'est abandonné aui^ plus honteux débordements^ où, mille fois révolté contre sa propre conscience, il a étouffé la voix de Dieu qui se faisoit entendre à lui, ij a rejeté la grâce de Dieu qui l'éclairoit et qui le pressoit, il a foulé aux pieds la loi de Dieu qui l'importunoit et qui le génoit, il a raillé des plus saints mystères de Dieu dont la créance le condamnoit et dont l'idée le fatiguoit et le troubloit, il a sacrifié Dieu et tous les intérêts de Dieu à l'objet périssable qui Fenchantoit et le possédoit? Que sç« roit-ce si, parcourant tous les autres états, j'appltquois cette morale i^ Pimpie, à Tambitieux , à l'avare (car H n'y a que trop lieu de croirç que dans cette assemblée il se trouve de toutes ces sortesde pécheurs), que seroit-€e, dis-je, mon cher Frère , si je vous retraçois le souvenir de toutes vos iniquités, et que je raisonnasse ainsi avec vous : Voilà ce que Dieu a toléré, voilà sur quoi il a usé à votre égard, de toute sou mdulgence, |voilà ce qu'il a cent fois oublié pour vous rapprocher de lui et pour se rapprocher de vous? Par où jamais pourrea-vous vous défendre de suivre un exemple si puissant et si présent? Or ce que je vous dirois , Dieu vous le dit actuellement dans le fond de l'ame : Serve nequam^ omnedeUium dimîsi îibL Méchant serviteur, c'est spéeialement k vous que j'ai tout remis, tibi. Je pouvois vous perdre, et je me suis employé k Vous sauver ; je pouvois vous baqnir éternellement de ma présence , et je vous al recherché; veu4 é!ie2 peur mot dans une indocilité, dans une insensibilité, dans une dureté de cœur capable de tarir toutes les sources de ma miséricorde, et rlei^ ne les a pu épuiser. De quel front et par quelle monstrueuse opposhion un débiteur à qui l'on a feit grâce sur des dettes accuniuklesi et dHht il serolt accablé , peut-il poursuivre avec une sévérité'inexorable Fàc^ quît d'une dette aussi légère que celle qui vous intéresse? Onme tfe-* timm (fîmtii. tàH : nonne etfgà oportiiit et te misereri eàmtrvi tut ^ Mais peut^tre , Chrétiens, doutéz-vous de ce pardeu de la put de

DîûU, et par rapport à vous. Car qui sait s'il est digne d'amour ou de baille, et qui peut être certain de la rémission de ses péchés ? Eh bien{ si vous craignez de ne Tayoir pas encore obtenue , je viens vous enseigner le moyen infaillible de l'obtenir, en vous faisant considérer. Dieu comme juge ; et s'il y a une vérité qui doive faire impression sur vos cœurs, n'est-ce pas celIeK», par où je conclus cette première partie? Il e^ vrai, tel est en cette vie notre tiiste sort et l'affreuse incertitude où nous nous trouvons : nous savons que nous avons péché, et nous ne savons si Dieu nous a pardonné. Les plus grands Saints ne le savoîent pas eux-mêmes ; et des pénitents par état, après avoir passé de longues années dans les plus rigoureux exercices d'une mortification accablante, saisis néanmoins de frayeur, se demandoient les uns aux autres, comme nous l'apprend saint Jean Climaque : Ah ! mon Frère, pensez-vous et puis-je penser que mes péchés devant Dieu soient effacés? Si des Saints étoient pénétrés de ce sentiment , quel doit être celui de tant de pécheurs ? Or dans le sujet que je traite , j'ai de quoi les tirer de cette incertitude qui les trouble ; j'ai de quoi leur donner l'assurance la plus solide et la plus ferme , puisqu'elle est fondée sur la parole même de Dieu, sur l'oracle de la vérité éternelle. Car c'est Dieu qui nous Ta dit ; et s'il nous ordonne de pardonner, c'est en ajoutant à son précepte cette promesse irrévocable et si engageante : Je vous pardonnerai moi-même, Dùnittite et dimktemini (Luc, 6). En deux mots, quel fAds d'espérance et quel motif pour animer notre charité! Il n'y a là fti ambiguïté ni équivoque , il n'y a point de restriction ni d'exception : tout y est intelligible , tout y est précis et formel. Remarquez-le bien : Dieu, par la boudie de son Fils, ne nous dit pas : Pardonnez, et je vous pardonnerai certains péchés ; mais de quelque nature qu'ils puissent être, vos jpéchés vous seront remis, Ètdinûitemini. Une nous dit pas : Pardonnez, et je vous pardonnai plusieurs péchés; mais leur nombre, selon Texpression du Prophète, fut-il plus grand que celui des cheveux de votre tête, tous vos péchés en général vous seront remis, Et dimitemni. Il ne nous dit pas. Pardonnez, et, après un temps marqué pour satisfaire à ma justice , je vous pardonnerai ; mais du moment que vous aurez pardonné, vos péchés dès-là vousseront remis, Etdimitteifnini. Tellement, Chrétiens, que dès que je pardonne, et que je pardonne en vue de Dieu et par amour pour Dieu, je puis autantcomptersur le pardon de mes péchés que sur rinfàiUibUité de Dieu et sur so^ ii^viols^le fidélité. Rempli de cette confiance, je vais à l'autel du Seigneur , et, sans oublier le respect dû & cette infinie majesté, j'ose li|i parler de la sorte : Je suis pécheur, et je le reconnois exi votre présence , 6 mon Dieu ; mais tout pécbeiir que je suis, vous me recevrez en grâce, parceque, selon vos ordres, j*ai moi-même fait grâce. Dans le sacriQce que je viens vous présenter, je n'ai point d'autre victime à vous offrir que. mon cœur etqi|0 son ressçmiment : je vous rimntole, Seigneur, et c'est unehostie

SUR LE PARDON DES INJURES. ISi

digne de vous, poisqu'elle est purifiée du feu de la chariië ; el si vous rqeiiez celte hostie « j*en appellerois à votre parole ; et si vous m'impatiez encore quelque chose après Tavoir racheté par cette hostie, je dirois. Seigneur, et vous me permettriez de le dire, ou 'que vous m*a* vez tronipé , ou que vous avez changé : or ni Tun ni Fauire ne vous peut convenir.

N'en doutez point, mon cher auditeur, quand vous aurez fait un pareil effort, et que vous adresserez à Dieu une teDe prière, il vous écoutera ; il vous répondra dans le secret du cœur ce qu'il fit entendre à Madeleine en la renvoyant : Allez en paix, vos péchés vous sont pardonnés : BemMUnniur tibi peceaia ; vade m pace ( Luc, 7 )• Le ministre de la pénitence, témoin d'une disposition si sainte, et comptant sur toates les autres qui s'y trouvent renfermées, prononcera sans hésiter la sentence de votre absolution, et répsndra sur vous toutes les béné* dictions du del. Vous vous retirerez content de Dieu et content de vous-même. Or à toutes ces conditions et par tous ces titres, ditesHmoi siDieo n'a pas droit d'exiger de vous le pardon qu'il vous ordonne, et dont il voi»a feit une loi? Mais vous , dès que vous ne le voulez pas accorder, ce pardon si légitimement dû et si expressément enjoint , ne donnez-vous pas à Dieu un dnût particulier de ne vous pardonner jamais à vous-même? C'est ce que vous allez voir dans la seconde partie.

nZUXliMB PAKTIE.

Ce que nous craignons communément le plus, et ce qui nous seroit dans la vie phis fâcheux et moins soutenable^ c'est, Chrétiens , qu'on nous traitât comme nous traitons les autres, qu'on nous jugeât comme nous jugeons les autres , qu*on nous poursuivit et nous condamnât comme nous poursuivons et condamnons les autres. Notre Injustice va jascpi'à ce point, de ne vouloir rien supporter de ceux avec qui nous sommes liés par le nœud de la sodété humaine , et de prétendre qu'ils nous passent tout, qu'ils nous cèdent tout , qu'en notre feveur ils se démettent de tout. Si, par un retour bien naturel, ils se comportent envers nous selon que nous nou&comportons envers eux ; s'ils s'élèvent contre nous, de même que nous nous élevons contre eux; et s'ils nous font ressenUr toute la rigueur qu'ils ressentent dfi notre part, nous en paroissons outrés et désolés. Mais à combien plus forte raiaon devons-noMS donc craindre encore davantage que Dieu ne se serve pour nous de la même mesure dont nous nous servons pour le prochain , c'est-à-dire qu'il ne devienne aussi imfdacable pour nous que nous le sommes pour nos frères , et que le pardon que nc^us ne voulons pas leur acconder, il ne nous l'accorde jamais à nou^-inémes? Or c'est justement à quoi nous nous exposons par notre inflexible dureté et par nos inûniiiés. En ne voulant pas nous eonformer à sueon*

itt SUR LE PARDON DES INJURES.

dttite, BOos l'oblig^eons de*se conformer à te nàive; et nem obêtinaiit à lie rieù pardonner , noas lui donnons un droit particulier de ne nous pardonner jamais. Gomment cela? le vdd. Parcequ'alors nous nous rendons singulièrement coupables, et ooufables en quatre manières. Observez-les : coupables envers Dieu, coupables envers Jësus-Cbrist, Fils de Dieu , coupables envers le prochain substitué «n la place de Dieu, et coupables envers nous-mêmes. Coupables envers Dieu, dont nous violons un des préceptes les plus essentiels ; coupables envers Jésus-Christ, Fils de Dieu, que nous renonçons en quelque sorte dès que nous renonçons au caractère le plus distinctif et le plus marqué du christianisme ; coupables envers le prochain substitué en la place de Dieu, et à qui nous refusons ce qui lui est dA, en conséquence du transport que Dieu lui a feit de ses justes prétentions ; enfin, coupables envers nous-mêmes , soit en nous démentant nous-mêmes de la prière que nous faisons tous les jours à Dieu , soit en prononçant contre nous-mênnes , par cette prière, notre propre condamnation. Quelle ample matière, et quel nouveau fonds de morale? Écoutez* moi, tandis que je le vais développer.

Car il ne fout point se persuader. Chrétiens, qu'il vous soit indifférent de pardonner ou de ne pardonner pas, et que devant Dieu voua en soyez quittes pour lui représenter la justice de vos pessentiments et de vos vengeances, par la grièveté des injures qui vous offensent. Tout offensés que vous pouvez être, Dieu vous défend de suivre les mouvements de votre cœur aigri et envenimé, et quelque violente que soit la passion qui vous anime, il veut que vous l'étouffiez : pourquoi? parcequ^l s'est réservé à lui seul le droit de vous venger et de vous laire justice^ quand il lui plaira et selon qu'il lui plaira : Jlfî Ai vtndicta et ego retribtiam (itom., 12). Il ne prétend pas que sans sujet et sans égard on s'attaque à vous , ni que le tort que vous recevez demeure impuni : maisparceque, s'il vous permettoit d*être vouç-mêmes les juges et les exécuteurs de la juste satisfaction que vous pouvez attendre, tout le lien de la société seroit bientôt rompu, et toute la charité éteinte dans le monde. Pour la maintenir, cette société qu'il a établie, et pour conserver entre les hommes cette charité si nécessaire , i4 vous ordonne de lui abandonner votre cause, de vous en reposer sur lui, et de réprimer jusqu'au moindre sentiment qui vous porteroit aux dissensions et à une fatale désunion. Précepte si exprès et d'une obligation si étroite, qu'il entend même que sur le point de lui présenter tout autre sacrifice, vous quitterez l'autel, vous y laisserez la victime, et vous Irez avant toute chose vous réconcilier avec votre ennemi. Sans cela, quelque présent que vous apportiez à son sanctuaire et que vous ayez à lui mettre dans les mains, il le rejette et le réprouve.' ^ue faites-vous donc, mon cher auditeur, quand, par une division scandaleuse ou par une secrète aliénation, vous séparez ce que Dieu àvôit uni, et vous troubtes la paix dent il étoit le garant et le sacré nœud ?

SUR LE PARDON DES INJURES. i2S

Ooire Tennemi visible que vous avez sur la terre et que vous aigrissez encore davantage , vous en suscitez contre vous un autre dans le ciel, mais plus puissant mille fois et plus redoutable , tout invisible qu'il est : c'est Dieu même. Or se rendre ainsi coupable et condamnable aux yeux de Dieu, n'est-ce pas Tantoriser spécialement à vous punir, et à vous punir sans rémission?

Non, Chrétiens, tant que vous serez inflexibles pour vos frères, n'espérez pas que Dieu jamais se laisse fléchir en votre faveur. Vous \ous prosternerez à ses pieds, vous gémirez devant lui , vous vous frapperez la poitrine et vous éclaterez ensoupirs pour le toucher : mais la même dureté que vous avez à l'égard d'un homme comme vous , il l'aara envers vous ; et malgré vos gémissements et vos soupirs , n'attendez de lui d'autre réponse que ce foudroyant anathème : Point de miséricorde à celui qui n'a pas fait miséricorde ! Judicium sine miseri^ cardia iUi qui non fecit misericordiani (Jacob., â). Il est vrai que dans son Église il y a un tribunal de miséricorde pour les pécheurs et pour le pardon de leurs péchés, et qu'il a revêtu ses ministres de son pouvoir pour vous absoudre : mais ce pouvoir , par rapport à vous , ci^t suspendu dès que vous voulez fomenter dans votre ame le mauvais levain qui l'envenime, et le oiinistre alors doit vous dire en vous ren* voyant : Judicium àne miserïcardiâ illi qui non feciî miserieordiam. Il est vrai qu'à la mort Dieu commande aux prêtres de redoubler leurs soins pour votre secours, et de vous communiquer abondamment et libéralement toutes les grâces qu'ils ont à dispenser. Mais s'ils ne peuvent vous engager à une réunion sincère et de cœur, et s'ils n'en ont de solides témoignages, il leur défend à ce moment même, à ce formidable moment, de vous foire part des remèdes spirituels dont une telle disposition vous rend indignes ; et plutôt que de vous les^ appliquer en cet état, il veut qu'ils vous laissent mourir sans sacrements et enréprouvés, afin que sa parole s'accomplisse : Ju(Ucium sine miscri" cardia lUi qui non fecit misericordiam. Âh! combien de pécheurs sont ainsi passés au jugement de Dieu ; et si plusieurs ont consenti dans cette extrémité à. de prétendues réconciliations, combien, sous de trompeuses apparences, sont morts aussi ennemis qu'ils Tétoient depuis de longues années ! Car il est certain que de toutes les passions il n'en est point qui s'imprime plus profondément que la haine, ni qu'il soii plus difficile de déraciner. On a vu des chrétiens, après avoir enduré pour l'Évangile de cruels supplices et triomphé de tous les efforts des tyrans, s'oublier eux-mêmes à la vue d'un ennemi; et, sur te point de consommer leur victoire, céder à un resseniimenr, et perdre avec la foi la couronne du martyre.

Je ne m*en étonne point, puisque rien n'est plus directement opposé à l'esprit de Jésus-Christ que l'esprit de vengeance et les avcr.Nions qui l'entretiennent dans un cœur. Autre sujet de la colère et cTe Findignation de Dieu: Car entre les caractères de la loi évangéliqiic , un

des plas propres, et je puis dire le premier , c'est cette charité qui » sans disu'nction d*amis et d'ennemis , nous lie tous ensemble, et ne hit de tous les cœurs qu'un même cœur, et de toutes les âmes qu'une même ame. Cette charité qui va jusqu'à bénir ceux qui nous chargent de malédictions, jusqu'à prier pour ceux qui pous persécutent et qui forment contre nous les plus injustes entreprises, jusqu'à les embrasser , jusqu'à les secourir dans leurs besoins, jusqu'à les aider de ic^ut notre pouvoir* Cette charité que pratiqua sur la croix le Fib de Dieu, notre Sauveur .et notre divin exemplaire, lorsque, s'adressant à son Père, il prit la défense des Juifs qui poursuivoient sa' mort, des juges qui l'avoient condamné, et de ses bourreaux mêmes qui l'outrageoient encore après l'avoir crucifié: Pater, dimitte ilUs; non emm sciant quid faciunt ( Luc, 23 ). Voilà, dis*je, la perfection de la loi de grâce ; voilà le précepte que Jésus-Christ semble avoir eu plus à cœur » le précepte qu'il a spécialement adopté comme son précepte , auquel il s'est particulièrement attaché, sur lequel il a plus fortement insisté; voilà à quoi il veut qu'on nous connoisse en qualité de chrétiens: In hoc cognoscentomneê qviadUcipulimei estis (Joan., 13). Quand donc, contre toutes les règles de cette charité si hautement et si expressément recommandée, nous nous éloignons les uns des autres et que nous vivons dans une guerre, ou déclarée, bu d'autant plus dangereuse et plus mortelle qu'elle est plus couverte; quand, à la première atteinte qui nous blesse, nous nous récrions, nous nous emportons, nous ne pensons qu'à rendre reproche pour reproche, médisance pour médisance, mal pour mal, quel qu'il puisse être; quand, retenus par un respect tout humain et par une modération feinte , nous conservons cependant au fond de notre ame un venin qui l'empoisonne , et qui ne manque pas de se répandre dans l'occasion , quoique subtilement et sans bruit ; quand nous nous consumons de réflexions , de désirs , d'envies , que nous inspire une secrète malignité et qui ne tendent qu'à la satisfaire ; quand nous nous laissons préoccuper des idées communes , que nous nous faisons une gloire d'avoir vengé une injure , que nous regarderions comme un opprobre de n'en avoir pas effacé la tache,, que nous aurions honte de n'en avoir pas eu raison par quelque voie que ce soit : n'est-ce pas alors renoncer Jésus-Christ , sinon de bouche au moins d'effet, puisque c'est renoncer une des maximes fondamentales de la sainte religbn qu'il nous a préchée? N'est-ce pas rougir de Jésus- Chrj^t , puisque c'est rougir de sa morale et de l'observation de sa loi? Or ne nous y trompons pas , et comprenons bien deux choses : premièrement, qu'il n'f a point d'autre médiateur par qui nous puissions obtenir la rémission de nos péchés que Jésus-Christ; secondement, que quiconque aura renoncé Jésus-Christ, Jésus-Christ le renoncera; et que quiconque aura rougi de Jésus- Christ devant les homndte, Jésus-Christ, devant son Père, rougira de lui. Par conséquent, que si nous ne pardonnons comme Jesus^Cbrist et selou la loi

de Jéiiis-Ckrist, nous ne pouTons compter sar sa médiation , ni espérer par ses mérites raJboUtion de nos offenses: mais si ce n'est pas par loi que nous Favons» par qni l'anrons-nous?

Chose étrange, mes chers anditears! Noos sommes ehréiienSt oa Doos prétendons Tétre. En vertu de la profession que noos en faisons, DOQS n'avons pas nne fois reconrs à Dieu pour implorer sa grâce, que œ ne soil au nom de Jésus-Christ, comme frères de Jésus-Christ , comme membres de Jésus-Christ. Et cependant nous prenons des sentiments tout opposés à ceux de Jésus-Christ , nous tenons une condôite toute contraire à la sienne, nous le désavouons et nous le déshonorons, en désavouant son Évangile et déshonorant le christianisme, oà par une vocation particnlière il nous a spécialement appelés. Autrefois le signe des chrétiens et la glmre du christianisme, c'étoit l'es^ prit de paix qui r^oit entre eux ; c'étoit, comme je Pai dit, ce concours unanime de tant de volontés dans une même volonté, et de tant d'intérêts dans un même intérêt : tellement que de toute une multitude il ne se fisusott pour ainsi dire qu'un même homme. Les païens le remarquoient, et c*est ce qui les étonnoit, ce qui les édifioit , ce qui les chsrmoit. Qu'y avoit-il en effet de plus admirable et de plus grand ? Ds voyoient parmi des gens de tous les pays et de tous les caractères mie concorde que rien ne troubloit. Ils voyoient des martyrs endunt sans se plaindre, et même avec foie , les fausses accusations , les calomnies atroces, les ignominies publiques , tout ce qu'il y a de plus outrageant et de plus diflamant. Ils voyoient ces généreux soldats de lésûs-Ghrist et ces fidèles imitateurs de sa charité pardonner à leurs tyrans toute la fureur qui les animoit contre eox , et embrasser ceux qui les toarmentoient, qni les déchiroient, qui les brûloient. Cétoit là le triomphe de la religion : mais en voici le scandale. C'est que p^mi les successeurs Ae^es chrétiens si patients et si charitables, il ne se ux>uve presque plus de patience dans les injures, ni de charité. On Toit des disciples de Jésiis-Christeh de perpétuelles contestations et en des discordes éternelles. On emfdoie toutes les considérations divines etbamaines pour lesLadoncir et pour les accommoder : mais souvent on y perd ses soins, et 1 on n'y peut réussir. Ce qu'il y a de plus déplorable, c'est que, par la plus funeste de toutes les illusions, ce sont quelquefois les plus chrétiens en apparence et les plus déclarés pour la piété, qui ganlent dans le cœur plus d'amertume et plus de fiel. Ils viennent à l'autel de Jésus-Christ , ils participent au sacrement de JésQs^^hrist^ ils prêchent la plus sévère morale de Jésus-Christ : et cependant ils roulent dans leur esprit mille projets de la vengeance la plus. vive et la plus pure. Et cependant ils forment mille intrigues et mille cabales, non point seulement contre quelques particuliers, mais contre des sociétés, contre des corps entiers, pour les noter, pour les décrier, pour les ruiner. £t cependant ils n'épargnent ni le sacré ni le pnrfane, ni l'artifice ni le mensonge, pourvu qu'ils puissent parvenir

à la fin qu'ils se proposent, dhiuoilier, de confondre, de pordhre qidconque ose les contredire , et ne donne pas ayeuglëaient dans leurs idëes, ou plutôt dans leujrs erreurs. Encore prét^Adent-ils agir en od^ pour Jésus<]!brist , et défendre la cause de Jésus*Cbrist a comoie si cet Homme-Dieu, ce Dieu de charité, qui pour la défense de sa propre personne ne proféra pas une parole, autorisoit dans eux, soosk vain prétexte de sa gloire, les plus aigres sentiments, k& plus iniques pré» Jugés, les plus noires médisances et les plus injustes pratiques.

Mais revenons. De ne vouloir pas pardonner « c'est se rendre coupable envers Dieu , coupable envers Jésus-Christ Fîls de Dieu^ eC je (lis encore coupable envers le prochain snbstitué en la placQ de Diena troisième raison qui engage Dieu à nous juger nous-mêmes selon toule la sévérité de sa justice et sans indulgence. Car , quet que puisse être cet tomme contre qui vous vous tournez*et pour qui vous vous mo'kitrez si intraitâl)le , il est revêtu de tous les droits de Dieu, et c'est de lui que Dieu vous a dit ce qu^ l'apôtre saint Paul disoit à son disoifde Philémon au sujet d*Onésime : R^ceves-Ie comme moi-même i et usez-en avec lui conmie vous en devez user aveo moi-même . ; Suseipe illum sicut me (PAiiem., 17). Il vous a déplu dans une occasion, il s'est échappé à votre égard , et c'est une dette dont vous pourriez lui demander compte. Mais cette dette, je la prends sur moi ; et pour une juste compensaiiott, je lui. transporte celles que je pourrois à meilleur titre exiger de vous. Car souvenez-vous que vous vous devez vousmême à moi , et que j'ai sur vous un droit absolu et sans réserve : Si autem aliqmd nocuit tibi, aut débets hoc fnilâimpuia yego reddmn^ ut non dicam tibi quod et te ip$um mihi debes\Philem,.yiS). C'est ainsi, dis-je, que Dieu s'en est expliqué, et c'est ainsi que^ votre frère, tout redevable, qu'il vous est, a droit d'attendre de votre pnrt un traitemeiA favorable et une remise entière. Mais vous^ violant tous ses droits, vous n'êtes occupé qu^ des vôtres ; voua Us relevez f vous les exagérez ^yous les redemandez avecua^ hauteur et une exactitude que vous appelez droiture «.justice ; équité « n^ais.qué j'appelle, moi, inhumanité, que j*appeUe^eraaujNi » que quelquefois' natême je puis appeler férocités Car qui ne sait pas quels sont les ^portements d'une passioQ de veug^unce? on se crdt tout permis, et l'on ne garde nulles mesurés^ D^^i^ la fausse idée que l'on se forme d'une offensé cpe l'i- ' maginatiqn grossit^ et que noiyre délieatesse fait erotti^ à l'infini, quoi qu'on dise, quoi qu'on enu^eprenno , quoi qu'on exécute^ oe n'est jamais trop. Pour un trait, Qn en renvoie mille autnes; peur un not, on en vient à mille discours rempUs d'invectives les plus mjurieuses et qui o^'ont point'de fin; pour uue.fois et pour un m^^ment, on passe les années et souvent toule la vie à but|i^ sans cesse up homme, aie cbagriner, à le traverser, e^, s'il est possible, à ledésoler.età l'accabler : pourqqqi? porceque^ aveuglés d'un asaonr-propre qui ne se prescrit point d^ bornes, nous nous infàtuons de nos pr^ndos droitSi et bous

SUR LE BARDON DESmiUlIRS. IST

pwdHB love swveair du drok féel et solide que Dîoii o ttOMiliis an proobaiÉ.

Après cela ^ .ibe$ shers auditeurs , allea à Tatilel faire la prière que le Saiifear whs a lliinnéaie tmeée^ Allea aui pieds de Dieu pranoiH oer eoiiira»¥oa9Hiié8ies Tarrét le plusfbodroyaiit* AUea à lafaee de ee Diett de anajestë wus déaMUir vma-ttéaies » voua «ondëmner veas» oiéiies^ et vonsrtfudre.eafia eoupaUas eoYers TOu**oiéaM6. G'eli la deraièni preave par bà je fiais, ei dont vous dméi élre louches. Noos disons loua les jours à IMeu : Seigaeur» pordeuBez-iious nos offeases^ ooDune. nous pai^cmBOds à oeiix qui nous Qntoffeaaës: Diaitu nobU^ ikut el ne» dtmîliimtts ( May? h», 6)» Kous ledisonsf- mais si nous oobh prenons le sens dé oelts prière» et que nous ayons rame nleénée d'oii reaseoUaleatqui la pique» et qu'eUs n'ail pas encore guéri, cette prière de lOBotlfieacion- devient pour nous une prière d'abominatioa ; et je soutiens quenons ne la devons proTérer qu'en tremblant i que lious la devons regarder eommeune sentence de morl^ et eoincne l'aoatbème le plus terrible qui puisse tomber .sur nos tétesi Et èa effet, n'est<>o0 pas ou nous démentir nous-mêmes, ou nous condamner nous-mêmes 9 Nofis démentir nous^méines , si nous pensons d*linekfiiQQn et qoeiièus parliona de Taulre ; si « ne voulant pas sincèrement et de bonne foi que Dieu mette cette égalité parfaite entre son jugement et le nôtres nous osolis néanmoins lui tenir un langage tout opposé. Nous coa^ damner noÉs*«inémé8, si , cons^ntiintà ce que Dieu ne nous pardonne qu'aufaat que nous pardonnerons, nous ne pardonnons pas; ec si^ pour rentrer en If raoa auf)rè8 délai, nous ne remplissons pas une condition Sansla^pieUe noiis semUons censéquemment lui demander qu'il BOUS réprouve.

Car qu'est-ce à dil« , Pardonnez--nous, mon Dieu^ de mémeqne noue pardoanoBs^ lorsque l^ééllement et dans la pratique nous ne pouvons noua résotidre à pardonner? JMmîiie noAts» jtctteetnMdtmtiiimtts.Fai« tes-y » mon cher Frère , toute Tattention nécessaire y et je m'assure que vous en serea saisi de frayeur. G'c st dire à Dieu : Seigneur^ comme je porte dans mon sein une aversion que rien n'en peut amm dier» ayes pdm* moi la même haine ; et comme je ne veux jamais voir set ennemiv ni qu'il me vde, ne soufifrea pas que moi-même je vou9 voie jainai8.d(his votre royaume. Travaillera ma perte comme je travaille à la sienne , es couvrezHoaot dans l'enfer d'une confusion éter* aelle» comme Je voudrois sur la terre le oomUer d'opprobre : Sictti tt net. C'est dire à Dieu : Ne me pardonnez pas mie», Seigneur^ que je purdomie; et comme cette réconciliation oii Ton m'engage n*esl qu'apparedle^ ne vous récoaoiliea point auiren^eut avec moi; je suîë tomjoaiu ennemi : soyea toujours le tuien. Malgré la parole que j'ai donnée, je n'attends peur me venger que l'occasion qui me muique s serve»-vons, pour vous venger de moi, de tontes celles qui se présenteront, et qui nevousmanquei'ont pq3: Sivui fi nos.C'rst dire à Dieu:

De mtee, Se^wiir, qu'il me suffit, bu que je yemx qs'il «le tilkise , en pardonoant, de ne poiot agir contre la personne, et qae,^ reste, je ne prétends la gratifier en rien y l'aider en rien , abandonnez ions mes intérêts, et ne prenez part à ancnne chose qui me oonocme. Pri« irez*nioi de tofus tos dons, ei refnsez^moi tonte faveur , tout secours , tout bien, Sieui et not. Estroe ainsi, mon dier auditenr,qûe?ou8 Tentendez? Dn moins c'est ainsi que vous le dites , et c'est ainsi que Dieu dans son jugement PacoompliTa. Quelle horreur I ah I pensea&-y , Chrétiens; quelle conviction et quelle horreur, quand Dieu, en vous rejetant 4e sa présence, vous dira : De are tuo tejudieo (Luc.,19) :II né fiiut point d'autre juge que vous-même. L'arrêt dé ma justice, qui vous éloigne de moi, vous parolt rigoureux ; il vous consterne, il vous désespère ; mais c'est vous4néme qui l'avez dicté, et vous l'avez eu cent fins voos« même dans la bouche. De quoi pouvez-vons vous plaindre? je suis la règle que vous m'avez marquée , je vous pardonne comme vous avez pardonné; ou plutdt parceque v(nis n'avez jamais pardonné, ne comptez jamais que je vous pardonne. Retirez- vous. De we tuo te ju^ dieo.

• C'est à vous» mes Frères, à le bien méditer ce funeste arrêt, et c'est avons à prendre snr cela votre parti. Car il n'y a point de tempérament, point de milieu : ou pardon de votre part, ou de la part de Dieu affreuse réprobation. Choisissez de l'un ou de l'autre. Mais quoi? voudrots-je donc à ce prix me donner unesatisfacdonsi vmne? M'estil donc si important de réparer une injure, que je veuille qu'il m'en coûte mon éternité, mon saint, mcm ame? En poursuivant un ennemi et en le haïssant, ne seroit-ce pas être mille fois encore phis ennemi de moi-même; et en repoussant un mal, ne seroit-ce pas^m'atiirer le plus grand de tous les maux, le souverain mal ? Cotnmènt en jugeraî-je à la mort, et comment en jugent tant d'autres? Oserois* je mourir alor$ dans 1 état d'inimitié où je vis, et ne seroit-ce pas un scandale pour le monde même , qui , malgré ses faux principes sur ks injures^ par la contradiction la plus sensible , et par le témoignage qu'il se trouve forcé de rendre à la vérité, condamneroit lui-même un mourant assez endurci pour emporter avec lui son reâseniiment dans le tomb^u ? Or pourquoi ne pas foire maintenant et utilement ce qu'il foudra foire nécessairement un jour , et peut-être sans friiit ? Car qu'est-ce que ces réconciliations de la mort, etquepeut-onsepromettlredece qui n'est souvent qu^une cérémonie et qu'un usage? S'il y a quelques difficultés à surmonter, et quelques victoires à remporter sur moi» j'en serai bien dédommagé par l'onction divine qu'on y goûte. Jamais Joseph ne ressentit plua de consolation que lorsqu'il embrassa ses frères qui l'avoient vendu. lien pleura, non pas de douleur, maisdela joie lapins douce et la plus solide. Quoi qu'il en soit, ChrétiejDS, nous sommes pécheurs (car voilà toujours où il en fout revenir), et pécheurs en toutes manières. Comoie pécheurs, nous avons un besoin

SDR LA RESTITUTION. 12»

inflni qpe Diea nous i)ardoiine. Pardonnons, et espérons font de sa miséricorde dans le temps et dans rétemité bienhenreose , où nons conduise, etc.

Page 1