SUR LE JUGEMENT DE DIEU
tem super iniquitatem. On dit : J'ai eu une attache qui m*a engagé dans des conversations trop libres ; mais on ne dit pas que cette attache a refroidi peu à peu et même entièrement éteint un amour légitime et de devoir ; mais on ne dit pas que cette liberté de la conversation a suscité des querelles et des jalousies , dont la paix d'une famille a éié troublée; mais on ne dit pas que cet engagement a éclaté» et scandalisé le public : Appone ijdquitatem siiper iniquitatem. On dit : J'ai trop aimé le jeu » mais on ne dit pas que ce jeu , outre le crime d'une vie oisive qui n'en a pu ^tre séparé, a fait abandonner les soins les plus essentiels, a détourné des exercices de piété et de religion, a donné un mauvais exemple à des enfants , a autorisé des domestiques dans leur libertinage , a empêché de payer ses dettes , a causé des emportements et des dépits contre Dieu même : Appone iniquita" tem super iniquitatem. J'ai parlé, dit-on, peu charitablement de mon prochain; mais on ne dit pas qu'en parlant de la sorte on a perdu ce prochain d'honneur et de crédit , mais on ne dit pas que cette médisance a été un obstacle à sa fortune, mais on ne dit pas qu'on a parlé pour se venger d'une injure qu'on prétendoit avoir reçue; on ne le dit pas, et peut-être ne sei'est-on jamais dit à soi-même. Mais Dieu vous le dira , et c'est ainsi que dans son jugement il mettra iniquité sur iniquité ; c'est-à-dire , qu'outre celles que nous avons connues , il nous présentera celles , ou que nous n'avons jamais observées, ou que nous avons oubliées : Appone iniquitatem super iniquitatem.
Je dis que nous avons oubliées , car nous en perdons facilement la mémoire. Mais Dieu, qui se trouvera intéressé à réveiller ce souvenir et à le perpétuer, le rendra fixe et immuable ; comment cela? en nous appliquant la lumière de son entendement divin , par où ces mêmes crimes lui sont toujours présents ; et en nous l'appliquant avec des traits si marqués, qu'il ne sera jamais en notre pouvoir de les effacer. Lumière divine (prenez garde , s'il vous plaît ), qui pour cela est comparée par le Saint-Esprit , non pas à la parole, mais à récriture : Lingua meacalamus scribœ velociter scribentis (Ps. 44) : Ma languie, disoit le Prophète , lorsqu'elle exprime les pensées de Dieu , est semblable à la plume d'un écrivain. Que vouloit-il dire? Similitude admirable! répond saint Jérôme. Parceque de même qu'un écrivain forme des caractères qui demeurent, qui se conservent des siècles entiers , et qui représentent toujours à l'œil ce que d'abord ils lui ont fait voir, au lieu que la langue ne forme que des paroles passagères , qui cessent d'être à l'instant qu'elles sont prononcées ; aussi la lumière de Dieu a-t-elle un être permanent, de sorte que lorsqu'une fois elle sera imprimée dans nos esprits comme Dieu l'y imprimera , nous ne pourrons plus perdre Tidée des sujets de notre condamnation , et nous les verrons éternellement écrits dans Dieu même : Lingua mea calamus scribœ vèloèiter scribentis. Et voilà , n)es Frèries , dit saint Bernard , ce que Dieu vouloit nous déclarer dans ce passage du