‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 24 sur 72 · SDR LE JUGEMENT DE DIEU · texte numérisé non relu

SDR LE JUGEMENT DE DIEU

mais la tache enfin s'efifoce avec le temps : an lieu qoe Thypocrite, démasqué à ce jugement redoutable , sera forcé malgré lui de demeurer en vue; que l'image de son hypocrisie sera gravée dans tous les esprits» et qu'éternellement cette image et sa honte subsistera.

Le remède, mes frères, et le plus assuré préservatif que nous ayons et dont nous puissions présentement nous servir, c'est d'être de bonne foi avec nous-mêmes pour travailler à nous bien comiottre; et de Tétre avec les autres, pour vouloir aussi sincèrement nous faire bien connoitre à qui nous le devons, je veux dire aux ministres de la pénitence. Connoissons-nous nous-mêmes, afin de nous remplir d'une sainte haine de nous-mêmes, et de nous exciter à la réformation de nous-mêmes. Et faîsons-nous bien connottre aux médecins spirituels de nos âmes, afin qu'ils puissent mieux nous traiter, et qu'ils s'appliquent avec plus de fruit à la guérison de nos infirmités. Essuyons à leurs pieds et avec toute l'humilité chrétienne une confusion particulière et salutaire. Demandons à Dieu qu'il répande sur eux et sur nous sa vérité, et souhaitons que ce sôit cette souveraine vérité qui nous conduise par leur ministère. Sans cela nous avons tout à craindre de cette vérité infaillible que rien ne trompera, et de cette équité inflexible que rien ne corrompra; comme il me reste à vous faire voir dans la seconde partie.

DBCXlèME PARTIE.

II y a une loi rigoureuse de justice, et nous ne pouvons douter que cette loi ne soit dans Dieu, pour corriger un jour les relâchements et les abus infinis de notre amour-propre. Quelque lumière que nous ayons, Chrétiens*, pour faire le discernement intérieur de nos consciences, dont je viens de vousparler; rarement avons-nous le courage qui seroit nécessaire pour procéder contre nous-mêmes, pour nous traiter aussi sévèrement que nous nous sommes sincèrement et véri- . tablement connus. Nous nous condamnons ( prenez garde, s'il vous 'plaît, à ces trois pensées auxquelles je réduis toute cette seconde partie), nous nous condamnons, mais en même temps nous nous faisons grâce, et nous voulons qu'on nous ménage jusque dans le tribunal le plus saint où nous nous soumettons à être jugés, qui est celui de la pénitence. Nous nous reconnoissons pécheurs devant Dieu, mais en même temps nous considérons ce que nous sommes selon le monde, et nous prétendons qu'on y doit avoir égard , tirant un avantage secret de la qualité de nos- personnes et de la différence de nos conditions. Nous nous avouons coupables et punissable);, mais en même temps nous nous alléguons à nous-mêmes notre foiblesse, ou plutôt notre délicatesse , que nous croyons devoir épargner, et «pour laquelle nous exigeons des autres qu'ils aient de la condescendance et de la douceur. Trois effets de l'amour de nous-mêmes; trois désordres qui entretiennent Timpénitence des hommes du siècle dans le cours dé h vie ;

SUR LE JUGEMENT IVE DIEU. m

trois relflchements de Fesprit chrétien/ à quoi il tant qaéViqtnié inflexible du jagement de Dieu serve de correctif , et voici comme&t. Car Dieu, mes chers auditeurs, nous jugera sans nous foire grâce ; 3 nous jugera, non seulement sans distinguer nos qualités, mais les employant contre nous-mêmes ; il nous jugera sans consulter notre délicatesse, et il fém, niéme de notre délicatesse le sujet principal de la rigueur de son jugement. Encore un moment de réflexion.

Nous nous faisons grâce en nous jugeant, et Dieu ne nous fera nulle grâce. Yc^k de tous les points de la «religion celui qui nous paroit le plus terrible, et qui néanmoins est le mieux établi. Car c'est ainsi que le Saint-Esprit a défini en propres termes le jugement dé Dieu : /u- Scium rinemiBeriéordiâ (Jacob. , 2). Un jugement sans miséricorde : pourquoi ? pour l'opposer à cette miséricorde pernicieuse dont nous aurons usé dans les jugements que nous faisons de nos personnes. Telle est en effet, Chrétiens, la fausse maiime qui nous préoccupe. Parœqu'il s'agit de nous-mêmes, nous croyons avoir un droit naturel de nous juger favorablement; et c'est au contraire pour cela que nous ne saurions y apporter un zèle trop rigide. S'il étoit question de juger les autres, ce seroit par ce principe de bénignité qu'il s'y faudroit prendre , et à peine y auroit-il quelque danger de la porter trop loin et d'en abuser. Maïs dès que nous sommes nous-mêmes nos juges , le grand écueil à éviter, c'est cet esprit de douceur et de modération que l'amour-propre nous inspire, et qu'il ne manque jamais d'autoriser de mille prétextes spécieux. Voilà cependant où nous allons toujours. Nous voulons que les prêtres, qui sont les lieutenants de Dieu, et qui président de sa part à ce jugement secret de nos âmes dans le sacrement de la pénitence , deviennent en cela les coifnplices de notre lâcheté. A force d'être indulgents comme nous le sommes envers nousmêmes, nous les obl^feons en quelque sorte à le devenir, c'est-à-dire à nous accorder ce qui nous est commode , et à nous dispenser de ce qui nous mortifie : et il arrive tous les jours , par une prévarication indigne, mais qui est celle de notre siècle, que lors même que nous nous scandalisons en général de la trop grande facilité des ministres de rËglise , nous l'entretenons en particulier par cent manières artifi-. cîeasesdont nous nous servons pour les faire entrer dans nos pensées .et dans nos intérêts, et que, ne trouvant point pour autrui des confesseurs assez sévères, nous en formons pour nous-mêmes des plus in-^ dnigents et des plus accommodants. Car de là vient Tespèce de nécessité où nous les mettons de garder avec nous tant de mesures, d'imaginer tant d'adoucissements, de chercher tant de tempéraments; et cela au préjudice de: la sainte fonction qui leur est confiée, et qu'ils tt-'mit pas la force de soutenir* parceque nous en avons trop pour ar* r^er leur zèle et pour l'énerver.

Hais Dieu, Chrétiens, qui est le premier |uge, et au tribunal duquel non seulement nos crimes , mais les jogemeifts de nos crimes doivent B. 5. 42

178 SI» LE JDGEMSNT DE DIBU.

é.tre rapportés, oonfondra umt cela par ob jugement «iipréaie dont le caractère, ^st.dfétre san» miséricorde : Judicmn »nc misericardiâ* I4 lîaisoQ est , dit saint Aognsiin » que ce sera la seule jusUce alors qui agira. Elle agit dès à présent, mais elle n'agit pas toute seule; ou plutôt c'est la miséricorde qui agit par elle et dans elle. Car cette justice même que Dieu exerce contre nous dans la vie, est souveiit une de ses miséricordes les plus spéciales, puisqu'il est certain que Dieu ne nous punit point en ce monde précisément pour nous punir ; mais qu'il ne nous punit que pour nous convertir» que pour nous sanctifier, que pour nous instruire , et qu'ainsi ses ehâtiments dans les principes de la foi sont des bienfaits et des faveurs. Mais dans son jugement il n'écoutera que sa justice» il ne suivra que sa justice, il n'aura égard qu'aui droits de sa justice , parceque nous aurons négligé les dons de sa miséricorde, et que nous en aurons épuisé toutes les sources. Je dis plus : sa miséricorde négligée, méprisée, outragée, ne servira qu'à aigrir sa justice, et par oii? Par le témoignage qu'elle rendra contre noua, bien loin de s'intéresser pour nous : Judicium sine nn$erie»rdiâ.

Ah ! Chrétiens, que nous serviront alors ces grâces prétendues que nous aurons comme extorquées des vicaires de )ésns*Cnrist ? ces condescendances qu'ils auront eues pour nous, de quel usage nous serontelles? Dieu les ratifiera-t-il? conformera-t-il son jugement au leur ? ce qu'ils auront délié sur la terre , le déliera-t-il dans le ciel ? le pouvoir des clefs qu'il leur a donné va-tril jusque là? Non» non, nies cbers aa« diteurs , cela ne peut être* Dieu veut bien qu'ils soient des ministres de miséricorde , mais d'une miséricorde sage et ferme » et ncm point d'une miséricorde aveugle et molle; mais d'une miséricorde qui retranche les vices *et les habitudes criminelles, et non point d'une miséricorde qui les flatte et qui les fomente; mais d'une miséricorde qui mette à couvert sa cause et l'honneur de son nom, et non point d'une miséricorde qui l'outrage et le déshonore. Car une teHe miséricorde, . une miséricorde foible , timide, disposée à tout accorder, ne aanvera pas le pécheur et perdra le ministre : tellement que l'un et l'autre ne doit s'attendre de la part de Dieu qu'à un jugement sans miséricorde: Judicium sine misericordiâé

Autre abus qui résulte de celui<-ei.Nous tirons avantage de nos qualités; et parceque nous nous voyons dans des rangs de naissance et de fortune que le monde respecte , nous voudrions que Dieu nous respectât aussi ; et nous le prétendons si bien , que quand les substituts de sa justice, qui sont les prêtres de la loi de grâce, entreprennent de nous juger selon les règles communes et générales du christianisme que nous professons, nous le trouvons mauvais : exigeant de leur discrétion qu'ils. ne nous confondent pas avec les âmes vulgaires, et mesurant leur prudence par la distinction qu'ils font de ce que nous ^ipmes. N'est-ce pas ainsi que les choses se passent entre les ministres de la pénitence, et nous? Uak v^^yons comment eUes sepasaeroni d»*

SUR LB JUGEMENT 9E WSO. tT«

ml Oien^ Si je vous disois qoe rim des titras dont Diea le glorife davantage dans l'Écriture est d'àtre itfi Dieu sans ^rd aou oondi* tioDS des hommesi queic'étoit la louange particaUère qiie4es pharisî^é loiémes attribuoient à JésuirGhrist* oonfessani en sa présent» qm dans les JHgeniMits qu^il pôrtoitt il ne oonsid^roît point les personnes^ Abu inmreipkUper^onfimhmninum (|lÀTin<i3!^; et qu'en ^^Jnsqa'att siyet de sa mare» p'est^-dire de la plus auguste de toutes les créatures, cet Hommes-Dieu. s- est hautem^t déclaré tel» ne l'ayant jamais élevée dans le inonde, et pour lui donner place dans sa gloire» ba l'ayant jamais partagée selon sa dignité » mais selon ses mentes et ses œuvres : Laudent eam opéra j^ub [Prov.^ 31). Si je vous le^dÎBOi^, |a ne VOUS dirois que os qm véus avez cent fois entendu, et cela seul devroit renverser toutes vos prétentions imaginaires, iînidées sur la dtf» féren^ de vos états. Mais je vous dis aqourd'bui quelque chose de plus fort , et q«oi ? c'est que la différence de vos conditions et de vos états» hiea loin de vous être avantageuse» est jiisteinent oè qui rendra Dieu plus sévèra et plus inflexible contre vous. Qui nous l'apprendt Itti-méafee^ par ces paroles de la Sagesse , que vous devriez ëeouter comme autant de timoerresi et qui ont fiât la ewiversion de tant de grands du mcfnde : Audite etgo va$ qtù emiHnetu muUkmMneÊi, er pb^ eeiîs vobis in tUrU$ na^mtm. Qiite horfendè eî ctci appëreHi 9obk) fUenilmi jadkîum duristimttm kU qui prœàmt ( &ji»,6) : Sachez done^ vous qui commandefifr aux nations et qui vous plaisez dans b fotale des peuples où tous êtes honorés, sachez que ce Dieu de majesté se mo»« trera bientôt à vous i mais d'une manière qui vous doit saisir du firayeur. Car pour ceut qui sont dans Télévation^ il ne peut y avoir qu'un jugeaient inexorable et rigoureux : Quontom judkium éurtsd* mum iàs qui prœtuni* De vous en marquer les raisons , ce serdt ou soin snperflu » puisque vot^e expérience vous les fisit assez vdr : ce mépris de Dieu dans lequel vivent les grands de la tarre , eet oubli dû kur dépendani^ , cette ostentation de leur pouvoir» et » sans parler dû reste» eette duretéde cœur envers ceux qui leur sont soumis» ne jus^ tifie que trop la Providence sur la sévérité avec laquelle Dieta leu jugera.

Quoi qu'H en soit» voilà Tarrét que b Sagesse étemelle a pforioaoé i Exiguà conceditur muenwrdia : poisnies tMem poienier lerm^fts ptàieniMir {Sap.^S), S'il doit y avmr de la douceur dans lejugenieidlde Dieu» c'est pour les foibles et pour les petits; mais les grancb et Ibé pnisumits du siècle» à proportion de leu^ grandeur, y doivent être phM^ rudonent frqppés. Je me suisdone trompé quand j'ai dit que Meta Éë distingueroit point nos qualités. Ah! mes çhers amfitenrs, vous pareltrez encore dans smi jugement tout ce que vous êtes» et vous y portée rez toutes les marques 4e ces dignités édauntes dont vous aarez éfé revêtus^ nsaps c'est ce qui àfiumera la- colère de Dieu» et ée qui h letU Inmrsur vue tésss de plus terribles aiiKthèiiM. Votre souki'ft tf orâT

180 SDR ' LE nj&RMENT DE DIEU.

sera qnef Dien voalAt bieQ ne vous point dîatîngaery et qn'il tous jugeât comme les derniers des hommes ; mais c'est ce que la loi naviolab(e de son ëqnilé ne Ini permettra pas. H faudra, malgré vous , que vous soyez jugés en grands , parcequ'il faudra que vous soyez punis de niéme; Ainsi l'ont été les Pharaon, les Baltasar» les Anticicliiis; Ib éioîent princes; et voilà pourquoi Dieu, dans l'Édriture^ a fulminé contre eux des arrêts qui nous font encore frémir. Or vous devez compter que leur destinée sera la vôtre, et que, vivant comme eux, ce qui s'est aoeomplidam eux s'accomplira infailliblement en vous; pour« quoi? parceque la loi est sans exception : Quontom jtâfimm'dtcm^- T$um fàs qui prœiunt.

• Troisième et dernier abus. Nous nous supposons délicats, et parcequ'il nous ptatt de réti*e, nous nous faisons un droit et Bdéoie une obligation ^de nous épargner ; et ce qui est selon Dieu lâcheté et impénilencey nous Térigeons en devoir. Non seulement nous nous ménageons sans 'scrupule , mais nous nous ferions volontiers un scmplile de ne fious ménager pas ; et quoi que TÉcriture nous dise de cette nécessite indispensable de crucifier sa chaâr et ses sens, nous nous prévalons de la plus légère incommodité et du moindre besoin que nous sentons ou que nous croyons sentir. Encore si cette délicatesse ne s'étendoit qu'à certaines pratiques volontaires de la pénitence chrétienne , et à certains exercices de notre choix et moins expressément ordonnés ! mais ce qu'il y a de bien déplorable, c'est qu'on s'en sert comme d'une dkpenae universelle à l'égard des observances même les plus étrcntes, et dés préceptes les plus communs et les plus formels. Âbstinmices et jaunes , ce sont des commandements qu'on tient impraticables; et si les ministres de TÉglise, dépositaires de ses lois et chargés de les faire observer^ veulent entrer là-dessus dans une sérieuse discussion , et ne a'en rapportent pas d'abcM^d à nous , on les regarde conoime desgens indiscrets, et peu versés dans Fusage ordinaire de la vie. De quoi ik ont encore plus lieu de gémir, c'est que ce sont les riches et lesopul^ts du. siècle qui font plus valoir leur prétendue délicatesse ; comme si l'abondance où ils vivent altéroit leurs forces , et qu'au milieu de tout ce qui peut flatter le corps et l'entretenir, ils fussent absolument hocs d'état de supporta* ce que d'autres, <bns'des condîtiona laborieuses., soutiennent avec constance et avec* fidélité. .

Delà, nul soin de satisfaire à Dieu ; mais Dieu néaumoins doit être satis&it, et veut être satisfait. Que fera-t-il donc? parceque notre dé- UçatÇMSsenous aura empêdbés de fe satislufre; il se satisfera lui-même p^ l'équité incorruptible de son jugement. Mais dans un jugement m équitable, cette délicatesse que nous alléguerons ne sera*t-eUe pas une excuse légitime? Chose étrange, mes chers auditeurs , que Thonmie i^ilie se jii&tifier devant Dieu par cela même pourquoi Dieu se pré-* Kire kile condamner, et que sa témérité aille jusqu'à ce point * de se ^»yjril!.4e 40n. propre désôrdne pour se dérober aa juste cfaâtimeni

SUR L£ JUGEMENT DE DIEU. m

qui lui est dA? Car noas noaa fondons sur notre délicatesse ponr nous rassurer contre le jugement de Dieu ; et c'est sur notre délicatesse même que Dieu nous jugera : comment? en nous reprochant, (ce qui n'est que trop réel et que trop vrai) et en nous foisant voir qiie c'étoit une délicatesse affectée, que c'étoit une délicatesse outrée, par conséquent que c'étoit une délicatesse criminelle , et que, bien Ma de mor dérer l'arrêt de notre condamnation , elle eu doit d'au(aat plus augr menter la rigueur, qu'elle aura été la source 4e plus de péchés., ei qii*eii même temps elle nous aura servi de prétexte pour nous décbarr ger de toute peine et de toute réparation.

Aussi, Cbrédens, écoutez le formidable arrêt que le Seigneur a pro^ nonce dans TÉcriture, et qu'il prononcera encore plus hautement et srtec plus d'éclat : Quantum in deticiis fuit, tantiim date iÙitormentum (Apoc.^ 13). Que l'oisiveté, la paresse, les aises et les plaisirs de la yie soient la règle et la mesure de la damnation et du tourment* Car c'est ainsi qu'il exterminera comme autrefois, et bien plus même qu'autrefois, tous les efiëminés d'Israël. C'est ainsi qu'il se tournera contre eux, et qu'il se dédommagera avec usure de la satisfaction volontaire cpi'il attendoit de leur part , et qu'ils lui auront refusée : Abstulit effeminaios déterra (3. Âey., 15).

Sur cela, mes chers auditeurs, je finis par un- avis important que j'ai à vous donner, mais qui pourroit être pour vous un scandale, si vous et oioi nous le prenions dans le vrai sens où il doit être entendu. Car je voue dis : Aimes-vous vous-mêmes, mes Frères, et si vous voulez , aimez votre chair ; j'y consens. Ce n'est point précisément Tàmourde vous-mêmes niFamour de voire corpsqueDieu condamne, puisquepersonne , selon la parole du Saint-Esprit , ne hait proprement sa chair : Nemo camemsuamadio, habuit {Ephes.^ S). Aimez-la donc, encore une fois, cette chair; mais aimez-la d*un amour solide et chrétien , et non d'un amour terrestre et déréglé; c'est-à-dire aimez-la pour l'autre vie, et non pour celle-ci. De tous les maux, épargnez-lui le plus grand, qui est le supplice éternel dont elle est menacée, et où votre mollesse la conduit. Or vous ne l'aimerez jamais de cet amour sage et véritable , qu'en la haïssant d^ns ce monde ; je veux dire qu^en l'affligeant, qu'en la renonçant, qu'en la soumettant, qu'en arrêtant ses révoltes , qu'en réprimant sesappédts, qu'en l'immolant et la sacrifiant. Ce langage lui semble dur, et elle y répugne; je le sais et je ne m'en étonne pas, puisqu'il s'agit de la dompter et de la crucifier avec tous ses désirs sensuels. Mais combien mille fois lui sera plus dure cette sentence que Dieu prononcera contre elle : Allez au feu, et au feu éternel : Discedite in ignem œterwwfn (Uatth., 23). Eh quoi ! mondain voluptueux , fenune idolâtre de votre chair, vt)us l'aimez, cette chair, et vous l'exposez au coup le plus sensible et le plus accablant dont elle puisse être frappée! Vous l'aimez , et vous l'exposez à des flammes allumées du aoufifle même deBieu ! Vous l'aimez, et vous l'exposez à une éter-

m HOMÉLIE.

Bitë de sottttrances ; et de quelles souffiranoesf Veilè ce que f appelle Famour, non seuTement le plus aveugle, mais le plus insensé. VoJlà ce qui me toache pour vous d'une compassion d'autant plus vive, que je vous vbis plus amateurs de voai^-mémes et plus susceptible des Moindres impressions de la douleur. Traitons-nous maintenant , mes ohers auditeurs, traitons-rnôus avec toute la sévérité évangéllque, si nous voulons que Dieu, dans son Jugement, nous traite avec toute sa bonté paternelle. Ne nous faisons grâce sur rien , afin qu^l nous fEisse Igrace sur tout. Armons-nous contre nous-mêmes d'une inflexible équité, afin qu'il ne prenne à notre égard que d«s seâtiments de nfr sérioorde. Préservons-nous de son jugement par le nôtre ; eu pafceîqfu'i! ftiut nécessairement paroltre au jugement de Dieu, tâchons, par la rigueur du nôtre , de mériier ce jugement de feveur, qui mettra V% Àtts de Dieu dans la possession d'une félicité étemelle , que je^ous iouhàite, etc.

' SUR l'Évangile de l'àvbdglç-né*.

4^ pa88|i|k(, v|f qn homiite qui 4^it aveugle deppia ^ nais^nq^ $^1117 4eiNt Çl^P* V^'

De tous les faits qu'opt rapportés les historiens sacrés et dont ils ont composé leurs saints évangiles,^ nous pouvons dire, Chrétiens, qu'il n'en est point où ils se soient étendus dans un plus long détail, ni qu'ils; nous aient représenté avec des traits plus vlf^,. qpe 1^ guérison miraculeuse de cet aveugle-né , 'à qui le Sauveur du monde ouvrit les yeux , et en qui il voulut feire éclater sa gloire:^ Il semble que le fidèle evangéliste qiii nqus en fait aujour4'hui le récit ait pris à tâche de n'en pas omettre une circonstance; et la peinture qu'il nous en trace est si liaturelle et si sensible, que nous croyons, en lisant ce miracle, y être présents nous-mêmes et voir tout ce qui s'^y passe. Je ne puis doac, ce pae sen)ble , mes chers auditeurs , mieux contenter votre piété, qu'en suivant de point en point , dans ce discours, tout Tévangile de ce jour, pour en tirer, comme dans une simple homélie ^ lés instructions salutaires qui se présenteront, et qqi serviront à l'édification de yos âmes, Qv 4ans toute la suite de cet évangile je remarque surtout de^x sortes jje personnes qui s'y distinguent , et qui (Joivient particulièrement oc* cupçr nqtreaUentjon.Nous les entendrons parler, mais du reste tenif deux lapgages bien différent^. Nous les verrons açir, mais avec des sentiments bien qpposés. D^une part, c'est l'aveugle même ^éri pa^ Jésus-Glirist ^ et bépissant à haute voix son bienfaiteur ; mais d'autre part,, c^ fijont les; pharisiens ennemis de JésusrChrist , fi piqués d'une

OTMlMrMgite 4a nerérett de la qntfiiâttM aanaioê dtCMtÉim. ak,!taLVom%4um k

iftte pl^oei: cette homélie, <|ai est restée des Senoons du P* Boardaloue*

■oruSte envie contre ce Dien Sanvenr. Touché de la phis Juste reoonnoissance, ei <e fisdsant un devoir indispensable de confesser et de pulUier la vérité, à la gloire de cet Honnne-Dieu^qui vient d'opérer en sa faveur un prodige si merveilleux , l'aveugle reconnoU de bonne foi et déclare avec assurance le bienfait qu'il a reça , en nomme l'auteur, en marque tontes les particularités, et se reprocherœt comme un crime et unemonstmeuse infidélité, non seulement de rien dire qui pftt ob^ eardr oe miracle^ mais de rien taire de tout ce qui peut en rehausser l'éclat. Voilà comment s'explique un cœur droit; et, par une règle toute oôntraire, void, dans l'exemple des pharisiens, comment se laissent avêttgler des ceenirs préoccupés, des coeurs envenimés; en un mot qtfl exprime encore mieux ma pensée, des cœurs intéressés. Car, selon lei v«es de cesfaux diocteurs de la loi, il étoit de leur intérêt de rabaisser les oeuvres de Jésas^Cfarist et de les décréditer, parceque lui-même , pal* ses œnvres, il diminuoit leur crédit; et c'est pour cela que, malgré Té* vidence du miracle fait dans la personne de l'avengle-né , ils ne peu^^ vent jamais se résoudre à en convenir, et qu'ils en prônent même occasion de calomnier le Fils de Dieu et de le traiter de pécheur. De là, ■006 comprendrons d'abord en quel aveuglement l'intérêt propre eM capable dte nous plonger et nous plonge tous les jours comme les pha^* fisiens ; ce sera la première partie. Et nous apprendrons ensuite, du ténoignage de l'aveugle , à dissiper, par les lumières de la loi, les ténèbres de l'erreur, et è confondre le mensonge par une sainte confes*' sion de ia vérité ; ce sera la seconde partie. Pour vous faf re bien eur tendre Fun et Pautre, fai besoin des grâces du ciel, et je les demande par l'intercession de Marie. Ave.

C'est une diose étonnante, et qui sert même encore aujourd'hui de prétexte à l'infidélité , que les miracles du Sauveur dn inonde ayant été aussi éclatants et aussi publics que nous l'apprenons de TËvangfle, il se soit trouvé, non seulement des hommes, mais des sages et des savants , tels qu'étoient les pharisiens , (|ui n'en aient pas été persuadés, et qui se soient aveuglés jusqu'à ce point que de n'en vouloir pas reconnotire rauteur,~xle lui disputer sa mission et de s'opposer à sa prédication. Car enfin , me direz-vous dads une juste sur^ prise , quel aveuglement , quelque affecté et quelque obstiné qu'on te suppose , poyvoit résister à la conviction sensible de tant de prodiges que cet Homme-Dieu faisoit dans la Judée , à la vue d'un million de tétooins ? Mais en un mot , Chrétiens , j'ai répondu à celte difficulté par la proposition que fai avancée , quand j'ai (lit que l'intérêt dont les pharisiens étoîent préoccupés , et qui fut leur passion dominante ,• avoit été la source de ce désordre. Car si la prévention de Tintérêi propre peut bien aveugler les hommes dans les choses mêmes qui tombent sous les sens , et qui n'excèdent pas la raison humaine , comme

BOUS le voycms tous les jours » que ne peut-elle point dansceUes qm sont du ressort de la foi, tel qu'étoit en particulier le disceroement du véritable Messie; c'est-à-dire dans celles où, la raison ne suffisant pas^ il iaut que la grâce agisse ; où le mystère de la prédestination s'acf complit; où, par un secret jugement^ Dieu a droit de retirer ses lu« mières » et où le châtiment le plus commun dont il use » selon la doctrine des Pères » surtout de saint Augustin , est de répandre des ténèbres sur les cupidités injustes de notre cœur ? Spargens poenaks cœcitates super illiciias cupidiiates (Adgust.). Yoili» chrétienne Gom« pagnict ce qui a fait méconnottre aux pharisiens la lumière. même» je veux dire le Verbe envoyé de Dieu , et ce qui a produit en eux kïé'. gard de Jésus-Christ cet aveuglement terrible , mais volontaire » que nous avons peine à concevoir. G'étoient des esprits intéressés 9 plems d'une malheureuse ambition qui les possédoit, jalouxtle Tautorité qu'ils s'étoient acquise, ou plutôt qu'ils avoient usurpée sur les peuples ; et paroequ'ik en tiroient selon le monde de grands avantage » déternû? nés à tout pour la maintenir. Dès que Jésus-Christ parut, ils le regardèrent comme un homme contraire à leurs desseins, comme rennemi de leur hypocrisie, comme le destructeur de leur secte; et de là vient qu'ils se firent un intérêt de le ruiner et de le perdre* Car c'est pour cda, dit l'évangéliste, qu'ils avoient conspiré, et résolu que quiconque le reconnoltroit pour le Christ seroit chassé de la synagogue : Jam enim conspiraverant , u<, si quis eum confiteretur esse Christum^ extra synagogam fier et (Joan. , 9). Cet intérêt qu'ils avoient devant les yeux, cette politique à laquelle toute leur conduite se rapportoit, cette envie de dominer et de régner, voilà ce qui les aveugla, voilà l'origine d'où procéda la malice et l'iniquité de tous les jugements qu'ils formèrent, soit de la personne du Sauveur, soit de ses miracles. Commençons par sa personne; et, dans un exemple aussiauthentiqne que celui-ci, apprenons combien il est dangereux de suivre en aveugle le mouvement d'une passion au préjudice de la vérité.

Le crédit du Fils de Dieu étoit incommode aux pharisiens, et se trouvoit opposé à leurs intérêts. Il n'en f^lloit pas davantage pour le décrier dans leur estime, et pour leur faire croire de lui tout ce que l'aversion la plus violente et la haine là plus envenimée fût capable de leur suggérer. En effet, Jésus-Christ passoit pour un prophète, pourun honune de Dieu ; et ils étoient convaincus que c'étoit un pécheur : Nos scimus qtùa hk homo peccator est ( Ibid. ), Mous le savons, disoient-ib, que cet homme est un méchant et un hypocrite ; et l'assurance que nous en avons nous oblige à rendre ce témoignage contre lui. Mais cet homme^ leur répliquoit-on, est exaucé de Dieu, niais cet homme fait des miradeç, mais cet homme est irrépréhensible dans ses mœurs : Il n'importe, c'est un pécheur, et nous le savons. Nos scimus. Mais pourquoi lesavoîent-ils?pari;equ'iIs vouloient que cela fût, et qu'il étoit de leur intérêt qu'on le crût de la sorte. Or en ceci leur intérêt

UOMÊUË. 18»

écoit la rè^e deleur jugement, et ce qu'ils vouloieiitëUHt uniqiieBieDt ce qui les persuadait. Si le Sauveur du monde se fût déclaré pour eux» s'il eût été de leur parti, s'il se fût conformé à leurs maximes, il eût eu leur approbation ; et, sans être ni plus juste ni plus saint qu'il l'étoit, ils l'auroient canonisé. Maisparcequ'ilcondanmoit leurserreurs, mais parcequ'il révélpit le mystère de leur iausse piété, mais parcequ'il dés* abnsoit le peuple séduit par Tapparence de leur religion et par leur pernicieuse doctrine, quoi qu'il Ât, c'ëtoit un pécheur et un honune de mauvaise vie : Nos tcimus quia hic homo peccator e$i. .

Excellente idée, Chrétiens, de la malignité de l'esprit du monde. Qu'est-ce qui nous aveugle pour l'ordinaire dans nos opinions et dans nos préjugés contre le prochain ? Je vous l'ai dit, l'intérêt qui nous domine. Nous jugeons des honunes, non point par le mérite qui est en eux, mais par l'intérêt qui est en ntts ; non point sur le pied de ce qu'ils sont, mais de ce qu'ils nous sont ; non point pour les qualités bonnes ou mauvaises qui leur conviennent, mais par le bien oti le mal qui nous en revient* Car de là naissent les injustices énormes que nous commettons à l'égard de leurs personnes. De là, les entêtements eu faveur des uns; de là, les déchaînements bizarres contre les autres; de là, les censures odieuses des plus dignes sujets; de là, les.iouanges outrées des sujets les plus médiocres; de là, ks pr^érenoeft iniques de ceux-det les exclusions de ceux-là; de là, ces abus presque infiw que déploroit David, et qui lui fdsoient conclure que les enfants des hom-} mes n'étoient que vanité; que leurs balances, c'est*à-dire celles ide lemc estime ou de leur blâme, étoient des balances trompeuses, et qu'eu^ih mêmes, par leurâ désirs et leurs prétentions intéressées, jls travailloieot sans cesse à s'aveugler et à se tromper : Verunuamen vanifiUi. bonùttum, mendaces filu komifinm in stuteris, uî decipiunt ipsi 4e va^. niiate in idipwum (Ps. 61).

Bien de plus vrai. Chrétiens, et c'est ce que notre expérience pro«. pre nous découvre tous] les jours. Qu'un homme soit dans nosialé::. rets ou que nous ayons intérêt à le foire valoir, dà$*>là nous nousfigu<« rorn qu'il vaut beaucoup : sans autre titre que celui-là» il est» dans l'étendue de notre idée, propre à tout etcapablede tout. Aueontrairew que l'intérêt nous alièiie de lui, si nous nous en croyons, il n'est plua rien et ne peut plus rien. Cette passion d'intérêt nous le dépeiidt tel que nous le voulons» nous leoontirefait, nous le déguise, nous cache les débuts qu'il a ou nous fait voir ceux qu'il n'a pas, nous diminue ses perfections ou nous les augmente, nous le représente sous autant de caractères différents qu'il y a de différentes faces dans l'intérêt qui nous fait agir. Pourquoi un père tombe*t-il dans l'aveuglement le plus grossier sur le sujet de ses enfants? parceque son grand et essentiel intérêt est dans ses enfants. Pourquoi n'aperçoit-il pas en eux ce qui les rend ou méprisables ou insupportables à tout le monde? parce^ qu*il a lui seul un intérêt en eux que tout le moudc n'a pas. Pourquoi

•pproiiTe*t*Jl jusqu'à leurs Miêt et à leurs extravagances 7 parçeque lêiirs extravagances et leurs foUes 6nt du rapport à son intérêt. G'eçt ainsi auerintërél corrompt et affoiblit la raison.

Mais cet affoibllsstment et cette corruption de la raison par l'in^ térét, parott encore bien plus dans l'opposition de deux intérêts con^ traires. Car que ne peut point l'aliénation des esprits et des cœurs» pour nous prévenir des erreurs les plus visibles an désavantage d'an ennemi ; et dans quelle disposition ne nous met-elle pas de ne pouvoir plus lui rendre justice, parçeque nous sommes déterminés à le désapprouver et à le condamner? Il s'est aitiré notre disgrâce, cela su^t. Avec cela, en vain feroit-ii des miracles ; ses miracles mômes nons lé ferment parotire odieux : en vain posséderoit-il toutes les vertus; les vertus les plus sincères prennent dans notre imagination la couleur et la teinture des vices les plus honteux. S'il est dévot, nous le régardcms comme un séducteur ; s'il est honnête et obligeant, nous le trai^ tons de lâche et de flatteur; s'il est réservé, nous l'accusons de dissimulation et de fourberie ; s'il est ouvert, c'est, à ce qu'il nous semble, imprudence el inèonsidération. lia beau se distinguer par le mérite de ses actions, «et intérêt au travers duquel nous Fenvisageons nous défigure, et noircit à nos yeux les actions les plus saintes. Les autres ont beau lui donner df s louanges, cet intérêt qui nous préoccupe nous ftiit juger que tous les autres se trompent, et qu'il n'y a que nous qui le connoissions. En même temps qu'on lui applaudit, comme les femmes dlsraâ applaudissoient 6 David , cet intérêt dont nous sommes dominés nous envenime contre lui, de même qu'il envenima SaûL

Et voilà, Chrétiens, encore une fois, le caractère de tous les esprits ambitieux, surtout dé ceux qui, selon l'expressionde saint ^mbrdise, se sentent piquée de i'aiguilloh de l'envie : Quibus ambiîkmu gttmuhii invicUa est (Ambr.). Gomme l'ambition et l'envie ont pour objet le plus délicat de tons les intéi êts, qui est la gloire, aussi ont-é^les une mâiignité plus subtile pour aveug4«r Ihofiitne dans toutes lesoccasîoBe oii cet intérêt d'honneiiV tt de gloire se trouve en compromis. De là vient que, par une fittaiité ou plutôt par une indignité aue noos*ne pouvons BOUS reprocher assez, il ne noos est presqite pas posiîible de conserver des sentiments équitables pour ceux qui préterKlent avoir mêmes ranga que nous, pour ceux qui sont en état de nous les disputer,, beaucoup moins pour«eux»qai les obtiennent, et qu'on nous préfère. Pourquoi eeb? paroeqne l'intérêt est comme un ntiage entre eux et nous, que notre raison n'a pas la force de dissiper. Nous jugeons sainement de t09t ce qui est au*dessus ou au-déssons de notve sphère, j'entends de eaux qui, par leur élévation ou par leur obscurité, ne peuvent être des obatacles à nos entreprises : ma'» de ceux que la concurrence des mêmes honneurs et la poursuite des mêmes droits-nous suscite pour adversaires, nousen jugeons d'une manière pitoyable et la plus déraisonnable*

iiQHËLIE. 187

Caractère nos seslemenl dea eaprils ambitieux, mais des esprits factieux» avprès de qui, comne remarque TertuOien, être de leurs ad-^ hàrenta, c'est le aouveraiu mérite ; n'en être pas, c'est le souverain dëcri : Ubi ipaum iUic este, fnromereri; nmt «Me, demereri est (Txrt.). Si vous êtes dévoues à leur pfirti , ne vous mettes plus en peine d'ac-^ quérir de la capacité , de la probité , de la piété : votre dévouement vous tiendra lieu de toat le reste. Caractère particulier de l'hérésie , dont le propre, selon robservalien de saint Augustin, a toujours été d'élever jusqq'an oiel ses fauteurs et ses sectateurs, et d'abasser jus«^ qu'au néant eaux à qui Dieu inspiroit le zèle de l'attaquer et de la combattre. Et œ caractère est admirablement exprimé dans les pha« risiens de notre évangile, qui, tout corrompus qu'ils étoient, ne par^ knent d'euxHDémes qu'en termes honorables ; et tout éokdM , tout sasctifié qtt'éloit ce pauvre qui les eontredisoit, n'avoient pour lui que dtt mépris, ûar pour nous, lui disoiant-ils, nous observons invkdablement la loi, nous sommes les véritables disciples de Moïse, nous mahi^ tCBOfts les traditiens dans leur pnreté : Nos Moysi ^Usdpuli sutnuê (JoAN., ^« Mais vous, vous êtes un misérable chargé de péchés , et q^, bien brin de pouvoir nous instruire, n'étea pas digne de recevoir nés leçons : hpeccati» natus es mus ', es tu éoees nos { Ibid. ). Or ils ne le aaéprâeient de la sone, et il n'étolt un misérable dans leur opl** nion, que parceqn'i) ne parlât pas comme ils vouloient, et comme fl éteit de leur intérêt qu'il parlât. Voilà, dit saint Augustin, ce qui ar« livoit dans^Iea acbiames qui se scgot famés entre les fidèles, et qui ont divisé r^isede Dieu. La manière des hérésiarques étoit de s'ériger eux4némes premièrement, et puis leurs partisans et leurs associës^'eil hommes raM) et extraordinaires. Tout ce qui s*attacholt à eux devenoit grand , et ce seul titre d^élre dans les intérêts do pai^ti étoit un éloge achevé. U n*y avolt parmi eux, à les entendre, qu€|des génies sublimes, que des prodiges de science et de vertu. Ils s'appeloient; sans hésiter, les vmi& disciples des premiers Pères de TËglise , ft ^ftrient s^ls en dvott de diirc : Nos JK^yn tUscipuH sumus. G'Âoit dies enx que se trçuvoit la ferveur de ^ancienne di^ipHne, et la soU^ <fitëdere^t chrétien. Hors de ches ew^, ils ne vôyoienl rien qui ne leur fit pitié. Les plus intelligents^ et les plus habiléa du parti catholique leur paroissoient é^ hommes faibles tt igborànts; tout ce qui ne les feTorisoli pas n'étoH que relâchement et que désordre ; n'être pi» danslears^ectiments, c'éloît êtneiabandonnéde I>ieu et réprouvé. Eà efier, ils le cro^oieet ainsi; et quoique tout cela fait autant dillustons et de chimères, 4 farce de tonhaitèr'et de vonioir que ces diimères et ces illusions fussent des vériféS) ils^ s'en fa)i<dent des vérités et en Iriomj^oient. Tant il est vi<ai que du moment que le ressort de f intérêt joue, la rafeôn ne juge plus qu'au gré dé la volonté aveuglée n passionnée.

mit, Capétiens, ^lu» d'équité quéàd uie fois ('ii^térêt prévaut ; et

cela est si constiuit » que les hommes qui sont nës'poar la sod^é , et dont tout le commerce roule sur une bonne foi réciproque, ne recon^ noissenc plus celte .bonne foi, et n'ont plus de créance les uns pour les autres, dès qu'ils apwQoivent dans les affaires qui se traitent entre eus le moindre mélange d mtérét. Quelque probité qu'ait un juge, s'il est intéressé dans une cause, on se croit bien fondé à le réeuser, et Ton ne croit point lui faire tort d'en appeler à un autre jugement que le sien. Quelque irréprochable d'ailleurs que soit un témoin ,< si son in<« térét se trouYe joint à son témoignage, son témoignage passe pour miL Comme si les hommes, d'un commun accord, serendoient à euxmânes cette justice, de confesser que qnand leur intérêt est de la partie, ils ne sont plus capables de garder les règles de la justice. U ne faut donc pas s'étonner que les pharisiens, s'étant foit un intérêt con* traire à Jésus-Christ, s'avenghûsent sur le sujet de sa personne : car c'étoit une conséquence naturelle, et il y eût eu du mniicle si cet aTeu* glement n'avoit pas été l'effet de cet intérêt. Mab il faut s'étonner de ce que la personne de Jésus-Christ étant aussi sainte et aussi aoooml4ie qu'elle Tétoit , les pharisiens se foisoient un intérêt de lui être contraires. Car voilà, mes chers auditeurs, ce qui les jperdlt et ce qui nous perd. Nous nous faisons des intérêts qui vont premièrement i nous aveugler, et puis, par un engagement infeilUble, k nous dioquer, d nous aigrir, à nous emporter contre des gens dignes de toute noire estime, et avec qui la charité chrétienne nous devroit unir. O intérêt, que tu as perverti de jugements au préjudice de celte divine charité, et que tu as fait de plaies à cette vertu, par tes funettes impressions dans les esprits des hommes !

Mais voyons encore ceci plus dairement daos la suite de notre évangile ; et de l'aveuglement des pharisiens touchant k personne du Sauveur , passons à celui qui eut pour <d>jet l'action particulière de cet Homme*Dieu et le mirade qu'il venoit d'opérer. Car c'est ici que la malignité de l'intérêt achève de se produira, et qu'die se découvre tout entière. Prenez garde. Chrétiens : Jéstts4:)hrist a miraculeusement guéri un aveugle-né, et ce miracle est opposé k l'intérêt de ses ennemis. Que font-ils? quelque éclatant que soit ce miracle, ils le contestent et te désavouent. Obligés eofin d'en convenir , ils nient an moins que Jésus-^Christen soit l'auteur. Ils le nient, dis-je, sans raison, et contre toute apparence de raîisoq, parcequ'ils ont intérêt à le nier. Si ce miracle tes.accDmmodoit,:qttelque mcroyable qu'il leur parût, ils le croîroient; mais parceque ce mirade les déconcerte , .quelque authentiquequ'il puisse être, c'est dans leur idée un mirade supposé. De là, ce sein avec lequel ils l'examinent, nçn seulement dans la rigueur, maia d'une manière pleine de. malice. Car de quels artifices n'usent-ils pas, et quelles enquêtes ne 'font-ib pas? De là, cette détermination à écouter avec joie tout ce qui semble être favorable à leur incrédulité, et à ne supporter: qu'avec obagrîo U^itl ce qui .boom-

itaMÊLiE. m

bit«i qoîla convainc. Dé là, cet esprit de censure ^ui les porte à eondamner ce qae l'évidence de la chose ne leur permet plos de révo-' quer en doute. De li, cette fensse réffâmiéy qui les hh chicaner sur la circonstancedtt jour, ne voulant pas qu'un malade puisse être guéri le jour du sabbat, ni que ce sabbat soit un jour de miracles. De là , cette extrémité où le désespoir les réduit^ leur faisant attribuer phitôt au démon ce qui est visiblement l'œuvre de Dieu , que de les forcer, s'ils reconnoissoient que c'est Tœuvre de Dieu, de rendre honneur à Jésus-Christ. De là, cette conduite violente qu'ils tiennent envers l'aveugle même et ses parents, les traitant avec hauteur, et les intimidant pour leur fermer la bouche et leur imposer silence. Tout cela, parceque l'intérêt les possède, et que jusque dans les fiiits publics , qui devroient être naturellement moins contestés , le caractère de Vintérêt est de nous feire voir les choses, non pas comme elles sonl et comme elles se passent, mais comme il nous seroit expédient, selon nos vues, qu'elles fussent et qu*elles se passassent en effet. Or, dans cette disposition de cœur, le moyen que les pharisiens avouassent ainoèrement et de bonne foi le miracle de Jésus-Christ ; et la justice dle-méme, tonte lumineuse qu'elle est, étoit-elle assez perçante pour entrer dans des esprits infectés d'une telle contagion? Ceci vous surprend, et d(Ht vous donner de l'horreur pour l'esprit d'intérêt.

Maïs achevons. Chrétiens, de nous appliquer cette morale, et rougissons de ce qu'au milieu du christianisme , cet esprit intéressé produit encore aujourd'hui les mêmes effets ou les mêmes erreurs, non plus sur ce qui r^arde simplement les miracles du Fils de Dieu, mais généralement sur les points les plus essentiels et les plus incontesta* Mes de la religion ; mais sur les devoirs de la conscience les plus naturels et les mieux établis ; mais, ce qui parottroit presque impossible, sur les feits les plus évidents qui ont rapport et à la justice et à la charité Oivers le prochain. Confondons-nous de ce que, tout Chrétiens que nous sommes, l'intérêt sur tout cela nous rend plus aveugles que jamais les pharisiens ne l'ont été. Je dis sur les points les plus essentiels de la religion : car pourquoi le libertinage va-t-il à douter de tout, et à n'être convaincu ni touché (te rien? Pourquoi se feit-on secrètement des systèmes de créance, ou, pour mieux dire, d'impiété et d'infidélité, selon lesquels on vit, sinon parcequ'il seroit de l'intérêt du libertin que la religion fût éteinte, et qu'il n'y eût rien devrai que ce qui le flatte et que ce qui lui plaît? Nous ne comprenons pas quelquef(Hs comment les païens pouvoient être si grossiers que d'adorer des dieux infâmes , incestueux , adultères ; et saint Augustin nous assure qu'il le comprend bien : C'est, dit-il , qu'ils étoient intéressés à avoir des dieux comme ceux-là, et qu'il leur étoit avantageux, dans le moment qu'ils suocomboient à une passion honteuse, de pouvoir s'autoriser d'un tel exemple. Voilà tout le fond de l'idolâtrie et du puganî&me. Mais nous n'aionspas besoin de remonter si haut, et il

IgD HOMÊUBa

ne feot ici qqe 90Ui|C(Miflulter noua-mémM. Gftr, qlœlqi» obstiné <|ttë soit un libertin du siècle» il ne dàttvouera ptA, s'il veut répondre sans d^uisement , qu'il n^a commencé à douter de l'autre vie que quand il a été de son intérêt que tout se termidàt à oslle^d; que renfier ne lui à paru une erreur populaire que quand il a été de son intérêt qu'il n'y eût plus d'enfer ; qu'il n'a traité le pklbé de bagatelle et de galaii* terie que quand il a été de son intérêt que lé péché né fût plus péché; et que s'il en est venu , coaune Talhée ^ jusqu'à conclure dans son cœur qu'il n'y a point de DieUi ce n'est que quand il a été de son in^ térêt que l'être de Dieu fût anéanti.

Je ois sur les devoirs de la conscieitce les plus importants et les mieux établis. Car comment et par où se forment tôiis les jours tant de consciences erronées ? par FintéréU Proposdz à quelque homme que ce soit une affaire à traiter, une question à décider, un point dé conscience à résoudre, et cachez-lui Tintérêt qu'il petit y avoir t pomt peu qu'il soit vfsrsé eu ces sortes de matières , il vous donnera la dé-> âsion la plus équitable et la plus juste , il votas convaincra par les raisons les plus sensibles et les plus palpables » il vous prescrira les règles les plus droites et même les plus étroites , il répondra à toutes vos*difficultéS|ei vous mettra devant les yeux la vérité dans toute son évidence. Mais tirez en même temps le voile» et déconvrez-lui daii4 cette même affaire, dans ce même point de conscience et cette même décision, quelque intérêt particulier qui le regarde^ c'est alors que les objets commenceront à changer pour lui de face, et qu'ils lui patxyl'' tront tout autres qu'il ne les avoit considéréSé Ces maximes sur les^ quelles il s'appuyoit, et qull croyoit indubitables, ne lui sembleront plus si certaines. Ces objections qu' on lui foisoit et qu'il rqetoit comme insoutenables, ne seront plus, à son sens, si frivoles. Ilesa- ÊDinera, il raisonnera, il subtilisera ; et à force de subtilités et de rai* sonnements que l'amour-propre ne manquera pas de lui suggérer > 9 en viendra souvent à autoriser ce qu'il condamnoît d'une première vue lorsqu'il n*y voyoit point son intérêt engagé. Et n'estnce pas aiasi que tant de gens dans le christianisme, sages du resté, conscieBGiettX et même dévots, ou passant pour l'être, ne se font nul scrupule de mille choses dont le public se scandalise et a raison de se scandaliser? On demande çpmment ils peuvent accorder ceci ou cela avec la piété, et avec la sévérité de leur morale sur tous les autres sujets. On ne le comprend pas; mais eux, ils le comprennent parfaitement, ou pensent le bien comprendre. Ce qui troubleroit les plus relftchés 4 et oe qui les feroit trembler, ne leur cause pas le moindre remords. Ils ont leurs principes qu'ils suivent sans inquiétude ; et à la iaveur de ces principes, ils demeurent tranquilles, et ne réforment rien de leur conduite ordinaire. De quelque manière que le monde puisse parler, ils se tiennent en assurance du côté de Dieu : ils vont à l'autely Us célèbrent les sants mystères, ils participent mix sacrementSr G'est<à*dire qu'ils ont kwa

HOBtÊUB. m

iotëréu qai leur fiminent les yeux de l'âme, et qm dtei({neiit toutes les lumières de teor esprit, paroequ'il est infaillible qae partoat où Vith térét entre, il attire après soi raveagiement et rerreur*

Je dis sur les faits les plus sensibles qui (mt rapport et 4 la j astice et à la diaritë enviars le prochain. £t en effet , pourquoi nous entêtons** BOUS de mille fausses suppositions que nous douions soutenir pour vraies, et pourquoi appuyons-nous sur une infinité de jagememsvaina et ténoiéraires? Pourquoi nous 0gttrons-nous que ce qui n'a jamab été pensé a été dir» et que ce qui a été foit évidemment ne l'a pas été? Pourquoi comptons-nous sur nos imaginations comme sur des ciiosee réelles » ce qui est la source malheureuse de la plupart de nos aversions , de nos inimitiés, de nos vengeances? C'est qu'il y a dans noua des intérêts qui, occupant toute la capadié de notre cœur, ne laissait à notre esprit aucun exercice de réflexion et de raison. Il faut donc, mes chers aaditeurs, si vous voulez être des enfants de lumière , re-* noDcer à cet intérêt qui nous empêche de connoitre Dieu, qui noua ôtela connoissance de nous-mêmes, qui nous rend incapables de œ discernement si nécessaire du bien et du mal, qui nous cache la corruption de nos désirs, c^ui nous déguise nos intentions, qui nous lait ignorer nos obligations, et qui, pour la conduite de la vie, nous jette dans des abîmes d'obscurités plus déplorables et plus funestes que celles de l'enfer. £t voilà , dit saint Bernard, ce qui nous doit donner de l'horreur pour cet esprit intéressé, quand nous venons à en consi» dérer les suites par rapport au jugement de Dieu. Car sur tout cela qu'aurons-nous à répondre à Dieu? Ces consciences erronées nous justifieront-elles devant lui? cespréoceupatioas et ces préventions nous serviront-elles d'excuses? ces idées fausses sur lesquelles nous avons agi diminueront-elles rinjustice et la malice de nos actions? Dieu n'aura-t-il pas toujours droit de nous ramener au principe, et de dire à chacun de nous : II est vrai, tu as été aveuglé, préoccupé, trompé; mais tu n'as été tout cela que parceque tu as été intéressé; tu n'as jugé faussement et désavantageusement de ton frère que quand l'intérêt t'a divisé de lui; tu n'as ignoré tes propres devoirs que quand l'intérêt t'a dominé. Or, de vouloir excuser un péché par un autre péché, c'est une présomption insoutenable et pleine de folie. C'est ainsi, dis* je, que le Fils de Dieu condamnoit les pharisiens dans notre évangile,p et c'est ainsi qu'il nous condamnera si nous nous trouvonseoupables du même désordre. Nous pe pouvons mieux Téviter qu'en opposant aux ténèbres de l'erreur les lumières de la foi , et en confondant le mensonge, comipe l'aveugle de.noire évangile, par une sainte confession de la vérité. C'est le sujet de la seconde partie,

nECXIÈME PARTIC.

C'est à la foi , Chrétiens , de confondre par ses lumières l'aveuglement voltmtsire des hommes ^ et €m à elle d'oppoçwr le zèle de sa

eonfession à ce feux zèle de Tintérét dont les esprits ibondaiDS se prëoccopent poor résistera la vérité. CrécUmuSy disoit le grand ap6« tre, propter quod et loquimur (2. Cor,^ 4) : Nous croyons ^ et c'est pour cela que nons parlons y afin que le témoignage de notre bouche d'accordant avec la persuasion intérieure de notre esprit , Tinfidélité même soit obligée de sf rendre. Voilà, mes chers auditeurs » la règle qu'a suivie TaveugleHié de notre évangile pour honorer le double miracle fait dans sa personne , c'est-à-dire le miracle de sa guérison et le miracle de sa conversion. Il a cru , et il a parlé. Il a cru en Jésus* C!hrist , et il a confessé Jésus-Christ. Et je trouve que le zèle qu'il a montré dans cette confession a eu quatre qualités admirables pour confondre l'aveuglement des pharisiens. Car il a été sincère , pour confondre tous les artifices de leur duplicité; généreux, pour confondre l'orgueil de leur prétendue autorité ; convaincant , pour confondre la foiblesse de leur vaine science, ou , pour mieux dire, de leur ignorance; et constant, pour confondre la dureté de leur obstination. Appliquez-vous , et dans l'exposition succincte que je vais vous faire de la victoire et du triomphe de notre foi , apprenez ce qu'elle doit faire en vous et ce que vous devez faire avec elle.

L'aveugle guéri par le Fils de Dieu fut sincère jusqu'à la naïveté dans le témoignage qu'il rendit du miracle dont il venoit lui-même d'être le sujet ; et c'est ce qui jeta les pharisiens dans la confosion. Car ifs eurent beau l'interroger et le questionner pour tâcher de le surprendre dans ses paroles, il persista toujours à soutenir ce qu'Os ne vouloient pas entendre ; et par la simplicité de sa déposition il rendit inutiles toutes les ruses dont leur esprit double et artificieux se servoit pour obscurcir la gloire du Sauveur. Oui , leur déclara-t-il jusqu'à jMusieurs fois , c'est moi qui suis cet aveugle de naissance que vous aviez vu mendier dans la place publique. Je vous l'ai dit , et je vous le dis encore : cet homme que vous appelez Jésus est celui qui a opéré dans moi cette merveille; et puisqu'il faut pleinement vous en éclaircir, voici la manière et les circonstances qu'il y a observées. Il a pris un peu de boue , il me l'a mise sur les yeux , il m'a commandé d'aller à la piscine de Siloé, et de m'y laver. J'ai obéi à son ordre, et vous en voyez l'effet. Si ce qu'il leur disoit eât été un mensonge et une imposture, à force de le presser , et d'exiger de lui à plusieurs reprises un compte exact de la chose , ils l'auroient embarrassé ; il se Seroit coupé dans ses réponses, et à peine auroit-il pu éviter de tomber en quelque contradiction. Maisparcequ'il confesse la vérité et que la vérité est toujours la même, il ne se dément point, et n'a qu'un même témoignage toujours uniforme : Lutum miln posuit super oculos; et lavi; et video ( JoAN., 9). Mais cet homme est un pécheur : S'il est pécheur, comme vous dîtes , c'est ce aue j'ignore ; tout ce que je sais , c'est qu'étant aveugle comme j'étois , je ne le suis ptus : Si peccator est , nescîo : unum scto*, quia cœcus ckm essem , inoko video (Ibid.). Or ce

HOMÉLIE. 19iS

léanfÀgnage , enpore une fois , rendott les pharMens d'autant ploseonfu8 qu'il étoit plus ^mple et plus naïf. Car que ponvoient-ito hkm pour l'éluder ? U s'agissoh d'un iait qui portoit en sol son édaircisse* ment et sa preuve. C'étoit un miracle subsistant dans la personne de ce pauvre. Ce pauvre parloit et se prodnisoit. Que pouvoit la finesse et llntrigue contre une semblable sincérité?

Et voUà , chrétienne Compagnie , ce qui confond encore aujourd'hui l'aveuglement de certains libertins du monde » qui, dans le proférés malheureux 4e leu;* vie déréglée , en sont venus jusqu'à ne plus rien croire et à renoncer leur foi. Voilà ce qui les désespère : le récit de certains miracles , qui même humainement doivent être crus , et que la prudence la plus raffinée , la plos défiante et la moins crédule , est forcée de reoonnottre : le rapport d'un homme, non-seulement irréprochable et digne de créance » mais digne même de respect , qui dit : Je l'ai vu , c'est à moi que la chose est arrivée , et j'en parie par mon expérience prqpre. Car de prétendre que tous ceux qui ont jamais tenu ce langage aient été des imposteurs ou des visionnaires ; que parcequ'il y en a eu quelques uns ou même plusieurs , Jl iîàille ainsi Juger de tons les autres , et que , sans discussion ni discernement , il n'y ait qu'à s'inscrire en faux contre tous ces témoignages , c'est une voie bien courte pour maintenir Fimpiété et Tirreligion , mais encore plus courte pour autoriser l'extravagance et la témérité. J'avoue qn'en matière de miracles il y a eu des hommes trompes , et je veux bien même avouer qu'il y en a eu qui , de dessein formé , ont entrepris de tromper les autres. Dieu l'a permis de la sorte , dit Tertullien , pour répreuve de ses élus. Mais de se mettre en tête que tous ont été , sans exception , de l'un ou de Tautre de ces deux caractères , et que d'un si grand nombre de gens éclairés , de sages , de saints qui rapportent ces effets extraordinaires de la puissance de Dieu , et qui assurent les avoir vus , il n'y en a pas un seul qui ait dit la vérité, c'est un sentiment, sdlon le chancelier Gerson , qui tient de l'impudence , et qu'un homme qui a quelque reste de raison et de modestie ne peut pas avancer sans rougir. En efïet , quand saint Augustin , dans l'excellent traité de la Cité de Dieu , raconte les miracles qui se foisoient de son temps à Carthage , quand il dit qu'il y étoit présent avec tout le clergé de la ville , quand il en décrit jusquea aux moindres particularités , il n'y a point d'esprit solide et bien sensé qui s'avise de lui en donner le démenti, et il n'y a point d'esprit libertin qui ne soit déconcerté dans son libertinage. Car de dire que saint Augustin s'imaginoit voir ce qu'il ne voyoit pas , ou de le soupçonner de mauvaise foi , comme s'il avoit pris plaisir à imposer au monde et à répandre des faussetés dans une matière aussi essentielle que celle-là , c'est ce que le désespoir seol de se défendre contre la vérité peut suggérer à une ame infidèle* Cependant c'est à quoi l'impie en est réduit. Or, en être réduit là , c'est ce que j'appelle la confusion de l'impiété*

i^ HOMÉLUS.

r Ibispassona plus avant. Si Tavèugle de notre ëfangîle fnt sincèfe é^m son témoignage ^n foyeur de Jé8u»-Ghrist , il ne fat pas moins généreux. Car il n'eut point pour les pharisiens œs làdies égards i|u'il auroit eus infailliblement s'il eût consulté la prudeni^ humaine. Il ne s^ fit point esclave de cette autorité impérieuse qu'ils s^rrogeoient parmi le peuple , et qui empéchoit la plupart des Juift de se déclarer pour le vrai Messie. U n'examina point si son procédé pourroit les choquer et leur déplaire ; et sachant bien même qu'ils s'en offenseroient, il ne crut pas pour cela devoir parler moins librement. Se sentant redevable à Jésus-Christ d'une graoe aussi spéciale que celle qu'il en avoit reçue, il méprisa tout, pour publier sa gloire : et le scandale même des pharisiens lui fut un motif pour ne les pas ménager. Ses parents, et ceux à qui il appartenoîi, n'en usèrent pas ainsi. Comme ils vouloient se conserver, ils respectèrent la SjrnagogBe ; et, par une vaine politique , ils dissimulèrent l'obligation qu'ils avoient au Sauveur du monde, pour ne pas s'attirer hi haine du peuple. Nous confessons, dirent-ils , que c'est là notre fils , et qu'il est né aveugle ; mais de savoir comment il voit maintenant , et quel est celui qui lui a rendu la vue , c'est ce qui nous est inconnu : interroges-le, il peut bien lui-même répondre. Or c'étoit la crainte , ajoute Tévangéliste , qui les faisoit parlerde la sorte : Husc dixeruni parentes qw, qnamam timebant {Jok^.f 9). Mais pour l'aveugle sanctifié et éclairé de la lumière de la grâce, cette crainte n'est point capable d'affoiblir son aèle. Sa bouche parle de la plénitude de son.cœur. Les pharisiens lui demandent , en le menaçant , quel est donc enfin cet homme qui lui a ouvert les yeux ; et lui , avec une sainte liberté , proteste que ce doit élre aa moins un prophète et un homme de Dieu , Quia ffropheta est ( Ibid. )• Ils se scandalisent de cet éloge ; et lui leur soutient que cet éloge est justement dû à Jésus-Christ* Us veulent encore une fois savoir pourquoi : Mais à quoi bon tant de discours ? r^rend ce pauvre ; ne me suis-je pas déjà assez expliqué , et ne devez-vous pas être plus que satisfaits sur ce point? Ëst-oe que vous voulez aussi devenir ses disciples ? Numquid et vos vultis discifniU ejus fieri ( Ibid. )?iCela les aigrissoit , et , piqués de ces paroles , ils s'emportoient contre lui jusqu'aux injures ; mais lui ne se soucioit ni de leur aigreur ni de leurs injures, et il n^ comptoit pour rien d'être chargé de leurs malédictions , pourvu qu'il honorât celtti qui l'avoit favorisé d'une si efficace et ^ salutaire bénédiction. Générosité , dit saint Augustià , qui humilioit oes esprits superbes, accoutumés à dominer, et à n'être jamais contredits dans leurs plus grandes erreurs. Mais générosité qui condanme encore bien davantage la foiblesse d'un million de chrétiens , persuadés de la vérité, et néanmoins lâches et timides quand il s'agit de la soutenir.

Car voilà , mes chers auditeurs y avouons-l& ici à notre honte, voilà le désordre du christianisme. On veut plaira à tout le monde ; oo nb "veut choquer personne» Ûnoiqu'il s'agisse dos intérêts de Diéut ^^

HOIfÊLIE. m

h reUgtoD^ de ia piëié, on 86 iait on intérêt de s(m peu de tèle; on ne parle qu'à demi , on observe des mesures , on méndgfe les es^ prîts. Cependant le libertinage privant , cependant le vf oe s'autorise , cependant l'abvs et le dérèglement passent en «sage et en coutume ^ cependant .rerreor prend tous les jours de noirvelles forces. S'il y avoit un esprit généreux et déterminé à mépriser tout ce qui s*appelle respect humain » rien de tout cela ne tiendroit contre lui. Mais pSTcequ'on ne veut pas défendre la cause de Dieu à ses dépens ; mais purc^qu'on considère celui-ci et qu'on appréhende cdui-là , de là vienc que la justice et la vérité sont opprimées par le mensonge. Qu'est^K^ qui fermoit la bouche à tant de catholiques daas là naissance des hérésies » et qu'est-ce qui les faisoit parler d'une manièi^ à douter presque s'ils n^n étoiènt pas les fiinteurs? vous le savez; la crainte du parti. Ils ne vouloient pas , non plus que le père et la mère de l'a* vei^e-né, avoir la Synagfogue contré eux , et Hs aitf oient mieux parottre moins eâés pour leur foi , que de s'etpeser à la haine d'une faction considérable. Qu'est-ce qui a fait.de tout temps des chrétiens prévaricateurs de leur propre zèle et des sentiments que Dieu lent inspiroit? la crainte de s'attirer les impies en s'élevànt contre Tîm-^ piété. Et d'où vient encore aujourd'hui que les derniers scandales , non seulement sont soilfiferts avec impunité , ihais sont proposés pour modèles et pour règles de conduite ? c'est qu'on craint de se faire dès ennemis en les combattant. Il faudk-oit , pour rendre tànoignage à la vdritë contre les erreurs qui règnctot dans chaque condition , encourir la haine de toutes les conditions. Il fondroit se résotidre à déplaire aux eodésiastiqoes , en leur faisant sur letirâ devoirs des leçons odieuses , qu'ils ne veulent jamais écouter ; aux juges , en leur découvrant mille injustices dans leur justice même ; à tonte une cour, en reprochant à ceux qin la composent leurs mœurs corrompues et leurs débordements. Il faudroit , dis*je , des hc^mes du caractère de notre aveugle ; assez désintéressés pour votiloir bien se sacrifier à la défense de la vérité , et assez intrépides pour aller contre le torrent de ta corruption , qodqae autorisée qu'elle puisse être. Or où trouvé-t-on des âmes de cette trempe? C'est à vous, Seigneur, à les susciter dans le monde et dans votre Église.

Outre que le témoignage de Taveug^e-né fut sincère et gén'ëreux , j*ajoute €fae ce fat un témoignage convaincant. Car admirez, Cbré^ tiens, le pouvoir et la vertu de la foi , quand Dieu entreprend de là laire agir dans le sujet même le plus foible ! Tout ignorant qu'est cet aveugle, il réfute les pharisiens par leurs propres principes; et des mêmes choses qu'ils avancent pour justifier leur incrédulité, il lire autant de preuves pour les convaincre. Nous savons, disent les phaiîsiens, que Dieu a parlé à Moïse; mais pour cet homme que vous nommez Jésus, nous ne savons pas même d'où il est : Hune auteni neteinms undè tii <(Joan., 9). Ah t reprend le pauvre , atilmé et rem^

196 HOMÉUE.

pli de l'esprit de Dieo » c'est ce qn'il y a de ïAen ëtotanant , que vous ne sachiez pas d'où il est , et que ce soit lui néanmoins qui m'ait ou- ▼ert les yeux ; comme leur disant que ce miracle de Jésus-Christ parloit assez hautement pour lui ; comme leur reprochant que s'ils ne le reconnoissoient à ce^te marque, ils n'avoient aucune connoissancedes choses de Dieu ; comme les forçant d'avouer qu'après un prodige aussi visible que celui-là , leur ignorance ne pouvoit plus être que volontaire et affectée :/n Aocmtro^iJees^ quiavos nescifif tmitô^tf (JoAii.,9). £t en efifet , l'argument ëtoit sans réplique » et il y avoit à douter « dit saint Ghrysostome, lequel des deux miracles étoit le plus surprenant, ou celui de la toute-puissance du Fils de Dieu qui avoit ouvert les yeux à un aveugle-né , ou celui de l'endurcissement des pharisiens , qui ne vouloient pas les ouvrir à une vérité si édatante.

Ils s'opiniâtroient à dire que Jésus^hrist étoit un pécheur :5riiiitfs quia hic homo peccator M (Ibid. ). Mais c'est en cela, réplique Taveugle, que vous êtes livrés au sens réprouvé. Car on sait bien que Dieu n'exauce point les pécheurs^ surtout quand ils lui demandent des mi« racles en confirmation d'une erreur, puisqu'il s'ensuivroit alors que Dieu autorise le mensonge. Or cet homme qu'on appelle Jésus a été exaucé, comme vous voyez, pour faire ce miracle dans ma personne ; et il ne Ta fait que pour confirmer qu'il étoit Iuir*même l'envoyé de Dieu. 11 faut donc qu'il le soit véritablement, ou que Dieu soit le garant de la plus criminelle et de la plus grossière imposture. Car voilà , selon saint Augustin , le sens de cette admirable parole , Scimus qvia peccatores Deus non audit (Ibid. ) ; et ce que les théologiens enveloppent dans des raisonnements infinis , ce pauvre le conçut en un mot : Scimus f Nous le savons. Et de qui l'avoitnl appris, sinon de ce divin maître qui dans un moment instruit les esprits soumis et dociles? Si ce miracle, poursuit-il, pressant toujours ces faux docteurs, si ce miracle étoit une action équivoque, qui pût être diversement interprétée, votre erreur seroit excusable : mais qu'on ait ouvert les yeux à un aveugle de naissance , c'est ce qu'on n'a jamais entendu , c*est ce qui n'a point d'exemple dans le cours de tous les siècles, c'est ce qui n'est point du ressort de k nature, et qui ne peut partir que d'un Dieu : A sœculo non est audUum qudi quis aperuit ocutos cœei naû (Ibid.). Qu'auroitpu dire de plus fort un homme consommé dans l'étude de la religion , et que pouvoit opposer à cela toute la Synagogue?

Ah I Chrétiens, voilà ce que le Saint-Esprit appelle la victoire de notre foi : Et hœc est Victoria quœvindt mundum^fidesnostra (Joaii.» 5). Voilà ce qui a rendu les apôtres, c'est-à-dire de simples pêcheurs, les maîtres du monde. Voilà ce qui fit triompher un Spiridion , à la vue de tout un concile, de l'arrogance et de l'orgueil des philosophes. Voilà ce qui fait tous les jours qu'une ame fidèle , avec son ignorance prétendne,confondraleplus fier libertin, et le fera taire. Mais du reste»

disoit le savant Pic de la Mirande , étadions notre religion, et ne nous réduisons pas volontairement , en matière de christianisme , à une simplidtë méprisable. Souvenons-nous que ce christianisme doit être dans nos personnes aussi solide et aussi raisonnable contre ceux qui l'attaquent^ qu'édifiant pour nous-mêmes qui le défendons. Ne tombons pas dans ce désordre, aujourd'hui si déplorable et si commun, de professer une créance, et d'en ignorer les preuves essentielles. FaiscMis* nous un devoir de les bien comprendre, et, selon la maiime de saint Pierre, d'être toujours prêts à en rendre compte. Que Dieu trouve en nous, sinon des martyrs fervents , puisque le temps de la persécution n'est plus, au moins des confesseurs éclairés , pour soutenir son culte contre la vaine présomption du libertinage. Car c'est , Chrétiens , à quoi nous sommes appelés. Vous demandez quelquefois ce qui pourroit vous occuper, au défaut des divertissements profanes et des joies du siècle. Je vous le dis, l'étude de votre rdigion. A peine vous y êtesvoos jamais appliqués, et, par une négligence dont vous répondrez à Dieu, à peine avez-vous une idée confuse de ce que vous croyez', c*est« à-dire de ce qui vous fait chrétiens. Si, bien loin d'être en état de persuader et de confirmer les autres , vous ne prenez nul soin de vous confirmer et de vous persuader vous-mêmes, comment osez-vous vous glorifier du nom que vous portez?

Enfin Taveugle-né fut constant dans son témoignage. Ce ne fiit pas pour une fois que les pharisiens le questionnèrent , le pressèrent , le menacèrent. Us mirent tout en œuvre pour le forcer de se rendre et pour lui faire changer de langage. Biais autant qu'ils montrèrent d'obstination dans leur incrédulité, autant fit-il paroitre de fermeté et dé oonatanoe à glorifier son bienfaiteur et'à boniiesser la vérité. Que, dans ]e disespoir de le réduire , ces docteurs aigris et irrités le chassent avec ignmninie de la Synagogue, Et ejeceninteum /bras ( Joar., 9), il endure tout et il est déterminé à tout, plutôt que de méconnottre celui à qui il doit sa guérison, et de lui manquer de fidélité. Que dis-je? à ce premier témoignage il en ajoute un autre (dus relevé et plus saint. U oonnoissoit bien là vertu miraculeuse de cet Homme-Dieu qui l'avoît guéri; mais il ne savoit encore qu'imparfeitement qui il étoit. Qr il fiiut que le Fik de Dieu , par un dernier effet de sa pmssanoe et de sa nûsérioorde, lui éclaire les yeux de l'ame, après lui avoir éclairé les yeux du corps ; et c'est ce qu'il fait dans un second entretien qu'il a avec ce pauvre. A la première parole de Jésus-Christ qui l'instruit dé sa mission et qui lui découvre sa divinité, ce nouveau chrétien ne dé- Ubëre point, ne raisonne point, ne diffère point. Avec quelle proraptitade il embrasse la sainte loi qui lui est annoncée ! avec quelle sounmaion il croit les hauts mystères qui lui sont révélés, et au moment qu'ils lui sont révélés! Je crois. Seigneur, s'écrie-t-il : Crûdo, Dmmne (Ibid.). Tontes les calomnies des pharisiens contre lésus-Christ, tous leurs c&conrs m tous leurs mauva» traitement» n^ Topt pu

(98 HÛMfiUË.

ébranler ; et, plus iaviolablQaieBt atucbë que jamrô à Ja personne de ce Sauveur qui lui manifeste ses divines perfeetiona, il se prosterne à ses pieds et Tadore comme spn Dieu : Et procmcns àder<wU eum

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