‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 41 sur 72 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Que l'état de la gloire inspire la crainte, attire le respect, donne de l'admiration, c'est, Chréliens, ce que je n'ai pas de peine à comprendre. Mais ne semble-t-il pas que ce soit un paradoxe, de dire qu'un mystère aussi éclatant et aussi glorieux que celui de la résurrection

SUR LA RÉSURRECTION DE JËSUS-GHRIST. W

du Fils de Dieu, qu'un mystère qui fat le triomphe de son huniinjl^ qui l'exempta de toutes nos foiblesses, qui le sépara de nous, et nf^ mit dans un état où il n'eut plus avec les hommes ce commerce Ëunilier que son incarnation avoit établi entre lui et eux ; que ce mystèfèi dis- je, doive servir à exciter pour ce Dieu-Homme toute la tenflre^ de notre amour , c'est cequi paroît d'abord difficile à croire, et ce q\^i est néanmoins constant dans tous les principes de notre religion. Gar^ de quelque manière que nous envisagious aujourd'hui ce grand ipy^U tère, soit que nous en considérions la fin, soit que nous en examinioii|s les circonstances, soit que nous ayons égard à l'effet principal qu'il, a produit dans la saiute humanité du Sauveur, je prétends, et il est yrai^ que c'est un des mystères ou sa charité s*est élit voir plus sensible* ment; et que tous les autres mystères de sa vie souffrante et mortellç, ces mystères de miséricorde et de bonté , ont trouvé dans celui-ci comme leur accomplissement et leur consommation : pourquoi oeîa ? comprenez, s'il vous plaît, ma pensée : parcequ'autant qu'il est vrai que Jésus-Christ est entré dans sa gloire en ressuscitant , autant est-il vrai que c'est pour nous qu'il a pris possession de cette gloire, et qu'il est ressuscité ; voilà ce que j'appelle la fin du mystère : parceque, dans le triomphe même de sa résurrection, il a voulu conserver les marques les plus authentiques et les caractères les plus visibles de son amour envers les hommes, savoir, les cicatrices des blessures qu'il avoit reçues dans sa passion ; voilà la circonstance la plus remarquât ble, ou du moins Tune des plus remarquables de ce mystère; enfin» parcequ'en ressuscitant glorieux, il a élevé son humanité à un état de perfection où nous ne pouvons nous défendre de Taimer, mais de quel amour? d'un amour pur, d'un amour spirituel et tout divin; voilà l'effet, ou pour mieux dire, la subsiànce même de ce mystère, considéré par rapport à nous. Appliquez-vous, Chrétiens, à ces trois vérités* C'est pour nous et pour notre intérêt que Jésus- Christ est ressuscité. Il ne nous est pas permis de former sur cela le moindre doute, puisque le Saint-Esprit nous le dit en termes exprès : Traditus est propter de^ licta nostra , et resurrexit propter justificationem nostram (/tom., 4) : Il a été livré à la mort pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. En effet, delà manière qu'en parle rËcriture, il ne ressuscite qu'fin de nous faire ressusciter avec lui , et de ressusciter lui-même ^ dans nous. Il ne ressuscite , dit saint Augustin, que pour ressusciter dans sa personne notre espérance, et pour ressusciter dans nos cœurs son amour, que le péché y avoit éteint. En un mot, il ne ressuscité selon saint Paul, que pour notre justification : Et resurrexit propter justificationemnostram. De sorte quecettegraDdeparoledel'Évangile, Sic Deus dilexitmundum^ ut Fidum suum unigenitum daret (JoAN.,'3)'y s'étend aussi bien au mystère de la résurrection qu'à celui de l'incarnation : car, au moment que Jésus-Christ soriit du tombeau ^ il fut vrai de dire que le Père étemel donnoit encore une fois au monde B. S. 23 ^

8^ FSi niilqtre; et t*ed la pen^ëe de FÂpôtre , dans ce texte dé l'Éfitté ijix fiëbréïit qHëfài âë[a cité : Et ciifri Uértirn inirodticH prima' ^èHHurn iH àYbêfri térrœ [Éèbf., A). Mais en quelle qualité lé aonùatWl àlorà? Ne èrarfgûdxis boint de |^Grté]^' tl<ot> loin la chose : il h'f Î6rà <9eki dan^ èétté ttîëologie qdé de bolide et d'incbûteâtable. U lë AoAààf ][>diir id âéccmdié foti eïi qualltë dé Sstùvëcif, en qualitë de paâtétfi', en qtiathëdeâo^ftédfetdemaltfe. En qualitë dé Sauveur, ^uisqtf if eâft éèrtsiin (jfue lé^-Chtîst par sa i^ésnrrectioft mit le sdèâu ft ibià ce^ù'il avôft fait, et â tout cè qtf'il àtôlt souffert p6nr le salut fléA ftôoàÉe^ i et que , s'il n'ëtoit pés ressusôitë , ce {p*and ouvrage dMr ftatot des hommes aurôit ëië û6ù seulement iftiparfaity màiâ ftiëattti , et ^tf oti àiïrôlt (JU dire f Erab etacUatum est scandalum crtt- ^ / e»^ ^Y^crr^l CMUtui nwrtUtù est (Ùàl.y 5) : Eh quoi ! Jësbs-C!hrtet éU doUd ittàri eu vain, et le écandafe de la croix est èahs effet? En lluaHtë de pasteur, poH^ue le premier soin de cet Hômme-t)ieu , i rittstaiit qtril rei^ânsdta, fut de ramasse)* soU troupeau que Tinfidëlitë avolt dissipe : Sùriptunt est; Percutiani pastoreni^ et dispergeri" ittt Mes wrégiÉ. Postquam autem resutrrèxero^ prœcedam vos in Ga/iiûsam ( MAtTH., 2)3). Il est écrit , dîsoit*iI à ses apôtres , en prophétilalit leur ebute i Se frapperai le pasteur, et les brebis seront dispersées : mais que delà né vous trouble jpoint ; car après que je serai ressuscité, j'irai devant voua en Galilée : et pourquoi? pour vous rappeler à cette sainte bergerie que j'ai fbrméé, et où je rassemble mes prédeàtîriës et meâ élus. En qualité de maître et de docteur, puisque tout le teûvpk qû'Û demeura sur la terre après sa résurrection, il l'employa» comme tiotl^ l'apprenons de saint Luc, à instruire ses disciples, à leur dôtmer l'intelligence dé sed mystères , â leur développer le sens des Écriture^, à leur enseigner tout ce qui regardoit les vérités de la religion. Salutaire^ enseignements qui font aujourd'hui, dahs le christianisâé, le fond de ces traditions divines que nous recevons comme autant de règles de notre foi. C'est pour cela que ce Sauveur adorable ^Uspehdlt quarante jours entiers la gloire de son ascension , ne pouvant encore niontër au ciet , parôeque son àniour, dit saint Auguslin, le reteUôit sur là terre. C'est pour cela que, tout glorieux qu'il ëtott, il he lâiësà pas dé converser avec ses apôtres, leur àpp^iroissànt, les visitâftt , les consolant , leur faisant d'aimables reproches, les accompagnant daiis leurs voyages, n'oubliant rien pour se les attacher, tt pour avoir toute leur confiance. C^est pour cela que dans quelques unes de ses apparitions, il lès appela ses frères, ce qu'il n'avoit jamais frit àvan$ sa inOrt f Ite, nuntiate fratribus méU ut eant in GaUlœatn (BLittn., ^) t Allez, dites à mes frères qu'ils se rendent en Galilée, mrceque c'e^t là qu'ils îhe verront; né se contentant pas, coinmè autrefoii^, de les traiter d'amis, mais les honorant du nom de frères, comme ti l'état de sa résurrecdon avoit ajouté un nouveau degré à Tëtroite dffiancé qu'il avoit contractée avec nous éU se Irisant homme. Or que

. StR LÀ ilÊStlRfcËd'IpI^ DE iÉSts^lliliST. SS5

doit nôiià inspirer tout cela, Chrétiens? tin zèle ardent et uq ayiiqoi tendre pour cet Homme-Dieu. Il est ressuscité pour ngus. comme }\ éioit mort pour nous : voilà ie principe sur lequel saint raul fonde èetté admirable conséquence , quand il nous dit que nous |^e devons donc plus vivre potir nous-mêmes» ni mourir pour poùs-nnéin^ ; Qije èoii^ue nous vivions, soit que nous ^moilrions, c'est, pp^c.rj^ Soldeur que nous devons vivre et mourir» parceqne», soit «que non^ vivions ou que nous mourions, nous soipmes à' lui : Sivf€r^ vwimui, iive morimur^ Domini suinus (itont.j 14), Car, ajoute TÀpôtrei yoiÈi pourquoi Jésus-Christ est mort et ressuscité : In hoc enim. GAmliii moriuus est^ et resurrexit (lt)id.). 11 a voulu par sa mon et pfir ;sa x^ surrectiçn acquérir âur les morts et sur les vivants une .dofiwation souveraine; |iné domination, non pas de crainte et de sènritudeii mais d'anioùr et de liberté, puisque c'est particulièrement sur n<M cours qu*il veut r^^er. Et en effet , reprend saint Ambroise, e^^liqnant ce passage, comment reconnoitre l'amour que par l'amour, et un nmour jsî pailait, que par un amour sans bornes f Ce Dieu.fait. chair n'a point Yoiilù se partager, quand il a été question de nos intérêts j pourquoi nous partagerons-nous quand il s'agira de son service? il nous à^aa* crifié Àa vie glorieuse, aussi bien que sa vie souffrante; pourquoi ne )ui sacrifierions-nous pas nos prospériijés ^ussi bien que notj adversités, nous tenant toujours également unis à lui dans ^'une et dans Tauire fortune? il ne veut ni dé gloire^ ;9i de iriouipheqùe pour nous) jpourquoi desirerons-nous et cbercherons^noua jamais autre ofatsa que lui?

Ce n'est pas assez : le Sauveur du. monde est tellemen| ressusoitdi que, dans l'état même dci sa résurrection , il porte encore les marqua de son amour pour les hommes, je veux dire les cicatrices des blesaures qu'il a reçues en mourant. Quoique ces plaies ne conviennent guère, ce semble, à la bienheureuse immortalité dont il prend posses^ .sion, il se fait un plaisir de les conserver ; et pourquoi? Ah 1 mes Frères, répond saint Augustin, pour bien des raisoi^s que sfi charité lui fournit, et dont votre piété doit être touchée. Il coi^serve jks plaio) pour nous faire entendre que dans le séjour nor^me de sa glçîre il nu veut point nous oublier; pour accomplir ce qu'il nous a dit à chaçttù par son prophète : Ecce in marùbus meù descripsi te (IsAi.^ 49()* R^ garde, Chrétien, c*est dans mes mains que je t'ai écrit, mais avec dea caractères qui ne s'effaceront jamais : car ces plaies, dont tu voia en*^ coreles vestiges, sont auiai^t de traits vifs et animés, qui te représeo-* teront éternellement à moi, et qui me parleront sans pessjepour 10)4 Que la mère oublie son enfant , et qu'elle abandonna le fik qu'elle if nourri dans son sein ; quand cela même seroit possible, pour moi Je ne t'oublierai pas, parceque je te verrai gravé sur mes mains : Eû€0 in manibuB mm descrip$i te. 11 conserve ses plaies pour apaiser ia jua« tice de son Père, et pour faire auprès de lui, selon ta pensée du bien

aime disciple, Toffice de médiateur et d'avocat : Advocatum habemuM apud Patrem (Joan., 3). Car C'est bien maintenant que nous pouvons dire à ce Dieu Sauveur : In mambtu tvis $ortei meœ {Psabn. 30) : Ah ! Seigneur, mon sort est dans vos mains. II n'est pas nécessaire que vous parliez pour plaider ma cause ; vous n'avez qu'à présenter ces mains percées 'béùr nous, il n'y a point de grâces que je n'obdenne, et je tiens mon sâlut assuré. Il les conserve pour nous engager à ne perdre jamais le souvenir de sa sainte passion; en sorte que nous ayons toa* jours ses sotifFrances en vue, et que nous nous fassions non seulement une occupation et un devoir, mais même un plaisir, d'y penser sans cesse avec tous les sentiments de la plus vive reoonnoissance , disant avec le Prophète royal : Adhœreat Ungua mea faudbus ntrâ, si nofi memiènti^o tut; $i non proposttero Jérusalem in prtncipio ketitiœ mece (Psakn. 136) ; Oui , Seigneur, que ma langue demeure attachée à mon palais, si je ne me souviens de vous, si je ne me représente toujours Jérusalem, et ce que vous y avez souffert; et si je n'apprends pas de là à réprnner mes passions, à retrancher l'excès crimioel de mes divertissements , à me détacher du monde et de moi-même. Car rien, dit saint Ghrysostome, n'est plus capable de produire en moi ces heureux effets , que de considérer un Dieu qui porte les vestiges de la croix jusque sur le trône de sa majesté.

Enfin ce divin Sauveur nous présente dans sa résurrection l'objet le plus aimable, et le plus propre à lui gagner tous les cœurs, savoir : son humanité glorieuse, immortelle, impassible, revêtue de toute la splendeur que répand sur elle la divinité qu'elle renferme, et qui commence, après s*être si long-temps cachée dans les ténèbres, à se produire au jour et à se faire connoltre. Or dans cet état oîi il foit la félidié des Saints, n'a-t-il pas droit de nous dire : Qu'y a-t-il sur la terre qne vous puissiez préférer et même comparer à moi! Si donc vous êtes ressuscites selon l'esprit, comme je le suis selon la chair, ne vous attachez plus à ces beautés fragiles et périssables qui séduisent vos sens et qui corrompent vos âmes; mais recherchez ces beautés célestes^ et incorruptibles dont vous voyez déjà dans ma personne une si brillante im3ige: Si consurrexistiscumChristo,quœsurshm sunt quœrite, non^ quœ super terram {Cohss,, 3). Demeurons-en là. Chrétiens, et n'entrons pas plus avant dans un sujet qui me conduiroit trop loin, si j'entreprenois de l'approfondir et de le développer dans toute son étendue. Contentons-nous de faire un retour sur nous-mêmes, et de tirer des trois considérations que je vous ai proposées , la conséquence naturelle qui en doit suivre. Car une charité aussi constante que celle de Jésus-Christ pour nous, une charité qu'il a fait paroître , non seulement jusqu'à la mort, mais au-delà des bornes de la mort, nous touche-t-elle autant qu'elle le doit et autant qu'il se Tétoit lui-même promis? pourrions-nous dire aujourd'hui, comme les deux disciples de noire évangile , que notre cœur est tout brûlant de zèle : Nonne cor

nosirwn ardem eratîn nobis^ (Luc, 34)? Concevons-nous au moins l'obligation indispensable où nous sommes de nous consacrer sincère-* ment et pleinement à Jésus-Christ? croyons-nous, comme nous en de-' vous être convaincus, que tout notre bien consiste dans ce parfait dévouement; et que sur cela, si j'ose parler de la sorte, roule toute notre destinée selon Dieu? c'est-à-dire, aimons-nous Jésus-Christ d'un* amour qui ait quelque rapport à celui dont il nous a aimes? Si c'est ainsi que nous Taimons, prenons confiance, parceque nos noms seront ëcrits dans le livre de vie. Si nous Taimons moins, tremblons^ parcequ'fl est de la foi que celui qui n'aime pas le Seigneur Jésus, est anathème. Oui, mes Frères, disoit saint Paul, je vous regarde comme des anathèmes, si vous êtes indifférents pour cet Homme-Dieu, et insensibles à ses intérêts. En vain feriez-vousdans le monde les plus grands miracles, en vain parleriez-vous le langage des anges, en vain auriez- Yous tous les dons du ciet ; si vous n'avez pas la charité de Jésus-Christ, vous n'êtes pas en grâce avec Dieu, et par conséquent vous n'êtes devant Dieu que des sujets d'abomination : pourquoi ? parceque, selon la parole de Jésus-Christ, Dieu n'aime les hommes qu'autant que les hommes aiment son Fils : Ip$e enim Pater amat vos, quia vos me amasHs (Jôan., 16). Je dis plus; et quand même j'aimerois Dieu, sans Famour de Jésus-Christ, je ne seroîs rien, et je ne mériterois rien : Dieu ne se tiendroit pas honoré de mon amour, parcequ'il ne veut être aimé de moi que dans Jésus-Christ, comme il ne veut me sauver que par Jésus-Christ. D'où vient que saint Paul , parlant de la charité de Dieu, lui donne toujours ce caractère particulier d'être renfermée en Jésus-Christ : GratiaDei in Christo Jesu (1. Cor. y 1). Car, comme raisonne saint Thomas, c'est à Dieu de me prescrire comment il veut que je l'aime; et c'est à moi de l'aimer selon la forme qu'il me prescrit. Or il m'a déclaré expressément qu'il vouloit que je l'aimasse dans la personne de ce Sauveur; c'est donc dans la personne de ce Sauveur que je dois désormais chercher Dieu, aimer Dieu, espérer en Dieu. Hors de ce Sauveur, il n'y a plus de Dieu pour moi , plus de grâce, plus de miséricorde, plus de salut pour moi, parcequ'il n'y a plus, dit l'Écriture, d'autre nom sous le ciel par où nous puissions parvenir à la vie bienheureuse.

Or, un moment de réflexion, mon cher auditeur: et considérez, mais considérez-le attentivement, si, vivant comme vous vivez dans les engagements du monde, dans les intrigues du monde, au mi* lieu des écueils et des tentations du monde , vous avez pour Jésus- Christ cet attachement d'esprit et de cœur qu'exige de vous la religion que vous professez. Examinez bien si , dans l'embarras et le tumulte des affaires humaines , vous conservez pour Jésus-Christ toute la reconnoissance qui lui est due comme à votre Rédempteur ; si vous êtes zélé pour la gloire de son nom , si les intérêts de son Église vous sont chers, si vous suivez ses maximes, si vous iuiîtez ses

3Sf( SDH LA RÊSDBR^TION DE JÉSP^^HI^IST. ex^ples, si vous pratiquez sa |oi : car voilà les marques d'un vërit4« bfe e^ solide amour. Du reste, que ce ne soit pas un amour sensible ; aiie CjBt amour solide et yéritaole n'opère pas dans vous les mêmes efffft^ q!}e dans certaines âmes spécialement choisies et favorisées dç Djeu; ii n'importe : ce seroit que erreup de mesurer par-là. soit Toblîg^tipn, soit mémp la perfection de cette diivine qharifé qui nous 4oit

?pir à j^é^iis-Gbrist : et c'e$t une des pl)|$ subtiles illusions dont se sert ennep^i de notre salut pour désespérer les foib{es et pour endurcir les libçrti'i^s. Je 4is que vous devez à Jésus-Cbrlst votre amour, mais j<9 np ({is pas que vous le devez sentir, cet amour : car il peut être dans

m)<|)qpefois être plus parfait , lorsque, sans être nii sensible » m ip.(|]^^ fl |e$t gi^néreux et efficace, embrassant tout, et ne goûtant fl&k ; jHirn^pn^aDt 1^ pâture par la pure grâce, et dans les aridités fi 1^ 3^chef*e$s,çs , soutenant une exactitiiae et une fidélité qui pe sel iiféfOfml j Wf^^?f f'^ ^^^'^» Chrétiens, de quoi vous consoler d'une paf t, mf^^à Djçi^ né vp|is doniie pas ces sentiment! tendres et affectueux gpp 1 pjk Y9"^rpit quelquefois avoir : mais aussi vpilà de quoi vous tmi^vniïii^Vf Jpr^que vqus n'ayez pas cet ^ipoqr cljrjitieij et raisonna*^ j[^^ que je vous ç^emande. Car cet ampur, tqut divfn qu'il ^st, né s'alif^m^T^ pas dans yous sans voqs-n^ômes. Dieu, indépendamment dp Y^Y^t ^^iira I^iep yous y porter par de secrètes ipspir^tions ; mais le Qpiiseut/^i)[)epf fjue vous donnerez aux inspirations de Dieu, les ^ctes 4*^moifr qpe V9us formerez, jet qui i^^ peuyept être piéritoires s'ils ne fqiff libr^> aqiyePï lètrèles pffet^ de votre coopérs^tîon^ Et tandis que,' S9j^ rîei^ pip% yPU9 YP^s çoqtepterez de dirç, comme tant d'aipes n^Qfid^^ f h U'^f P^s encof ^ pour Jé^qs-Chri^f cet i^moqr feryeni el llgi^qL m^is p'^t un dpn qup j'£|ttendsdu piel ; vous l'attendrez en ysàx^j et j)ieq ^(^rpfillement i^qpfsra sur vous ce t^r^^î^l^ ^^V^\' ^^^^I % 4^^ P^ononp^ p^jT la bopp]ip dc^ saiqt Paifl : ^i quis r^on amat pQt^l^um, ^o§tpi$fi ^(^^HP Chrjstum, a({ an<^hema {^.Q>r.^^6), Que celui qui »-fHWW R?s le $^f ïir |^u^ sou p^thème.

Ah ! mes Frères , prévenons 1 effet dp ceUe iprrible n^eqace. Que. ç% ^y^qr, r^^m^jt^ ppur nptr^ jqsti^caMon, ne sqit pas une pierre ^e sc^qd^^e popVflOu;» ^( {e sujet de qptre ppnd^mqatipn. Faisons-lQ YÎyfe (l^q§ poji^ copipe saint Papl, çq sprle qqe nou3 puissions dîrfs, Wfff^ c^t ^PPth • Çe n'est p|u3 moi qui vis, niais q^es|; Jésus-Christ qiii (|t pjf^ moi : Yiyç qutem^iam hqu ego , vivit verà in me Ç^^rist^^ (/C^^af., fj. pt cela coqiment? par un ^mpur sincère, par qne vivci fie^QOpjlpjs^^ince, par uqé fidélité inviolable, par que parfaite imitation dqf v^rfus a^ ce piefi-Homqie , nofre modèle sur la terre, et notrq g}8r'«ft(^MT ^3PS J'eternilé biepheure|jsç , qup je vpqs souhaite , çlc.

SUR L'ASCEIfSION DÇ JÉSU3-pfl»|ST, SIS^ON SUfi VASCmSUm de lËfiDS-CHiaST.

FI eimkoe dixisseU ffidenMut Uïis, elMatut est,

^prtf «l'tf (set puM Al to «octe • M i^ tiitf 4 à Uw ¥M VM k 4iM. iMM 4M jij^^

Pourquoi le Sauveur ^u monde dëcpuyre-trjl aujourd'hui jisk gloire à ses apôtres, et ppurquoi y/eut-il qu'ils soient tjémoins de son tripn)|phe, aprè^ avoir ëté témoins de ses humiliations et de se9 sou^ances? dette aue$^iôn, Ghrétieps, n'est pas difficile à inéspudre ; et ypùf Jugez ^séinent c|ué lé Fils de Dieu vouUit par-|à les afferipir dan$ Ij^ ibr, qu'il voulut les prémunir contre les dangereuses tentation^ jaux* quelles ils dévoient être exposés, qu'il voulut les préparer aux persécutions et aux croix, et les riendris capables de soijfffrir euqp-mêipes comme lui, non seulement avec patience, mais avec joie. Ùesï pour çdt qu'il se fait voir à eux 4^ns tout l'éclat de sa majesté : c'e^t pou)^ ce^ qu'en leur donnant une si sensible et si haute idée de ce sâour hïenheureux ofi il va marquer leurs places, il les remplit (ji'une doucair intérieur,e et toute câeste^ qqi les retient sur la montagne, jjiofs ^é^e qu'unie nqéeleur 9 fa|t perjdre de vue leur divin paître. En sorte qi^'i) Âiut que deux anges descendent exprès pour lès retirer de cette prpr fonde extase oii ils demeuroient plongés, et pour les renvoyer à leurf travaux apostoliques : Bcce duo viri astiterunt jtixtà tllo$ m vestibtif alUs\ qm et dixèrunt: Viri fialilœif qt^id staiif aspidentes in cœlunf {Acu.tj? " ' ' ■ " ' * "

Apphquons-nous ced, me^ chefs aqditeqfs; car^ en oualité de chré* tiené, ce mystère i|ous regarde, et il doit opérer en nous les méfnes dispositions que dans, les apôtres. En effet, |I 7 a parmi nous des tièdes et des lâches dans la voie de Dieu^ et il ^i iniportant de les animer. Il y en a qui gémissent sous le poids des ac^versites et 4^ W' sères humaines, et' II s'agît de les consoler. Peut-être y .en a-t*il qui ^ Jouissant d'une tra^cjuilieprospérité, ^ont 3ur lé poiif t de toipber dans des états d'autant plus affligeant^ et plus douloureux^ qu'ils les prévoient moins; et Je dois les y disposprl pr, en voîq l'excellent moyen. Nous attendons un Sgiuveur, * qui , copfinie dlsoî^ le grand Apôtre', transformera notre corps, et le rendra tout yil /et tout abject qu*il esf, conforme à son corps glorjeux : Salvatorem expeptamus, qui reformabtt corpus humilitatts nostrœ configuratim corporis claritatis sucç (Philîh., §). Non seulement nous l'atteqdonç, mais, éclairés jles vives luiiièrês qui rejaillissent de son humanité s(unte» nous le voyons et nous Vajdmirons. Voilà Fobjet de nos espérancejç, voilà le sujet dé not|*e consolation, voilà ce qui doi( allumer notre ferveur et soutenir notre courage : 1^ vue de ce Sauveur couronné de gîpiré , ratientê dé cette gloire dont il nous assure la possession. Oar nous sommes déjà, selon Fexpresston de saint )ean, )es enfants de Dieu, J^imc sumusnlnD^ (JoANi, 5) ; et nous savons que quand Jésus-Cbrist viendra à la fin d

siècles, et qn'3 se montrera dans la même gloire où il parôlt en ce jour, nous serons semblables à lui : Scimus quoniam cùm apparueritj ùmUeMeierimui (Joan.» 3.)* C'est là,dis-je, ce qui nous doit rendre fervents et patients ; fervents dans l'accomplissement de nos devoirs, patients dans les afflictions et dans les maux qui nous arrivent par l'ordre de la Providence. Mon dessein est donc de vous parler de la gloire du ciel 9 et de vous la proposer comme le motif le plus touchant, le motif le plus propre à faire impression sur vos cœurs, et à vous faire tout entreprendre et tout supporter dans la vie. J'ai besoin de la grâce du Saint-Esprit» et je la demande par l'intercession de Marie : Ave Maria.

Isaîe Favoit dit, et saint Paul , dans les mêmes termes, nous Ta déclaré, que l'œil n'a point vu, que Toreille n'a point entendu, et que le eœùr de Thomme n'a jamais conçu ce que Dieu, dans les trésors de sa miséricorde, a préparé pour ceux qui l'aiment et qui le servent. Après deux témoignages si authentiques, il n'y a point de prédicateur de TËvangile qui puisse, sans témérité, entreprendre de donner â ses auditeurs une idée juste de la gloire du ciel. Mais aussi, dit saint Chrysostome, le prédicateur a-t-il en cela même un grand avantage, puisque ^impuissance où il est, réduit est justement l'idée la plus baute^ la plus vraie, la plus exacte que nous puissions avoir sur la terre, et qu'il puisse donner de cette gloire. Ne faisons donc point aujourd'hui d'efforts inutiles pour comprendre une gloire dont la plus essentielle propriété est d'être incompréhensible. U nous doit suffire de la çounoître comme nous connoissons Dieu, c'est-à-dire de savoir ce qu'elle est , par ce qu'elle n'est pas. Or nous le savons, et j'oserois même ajouter que nous le sentons, lorsqu'il nous arrive, en contemplant l'univers , et le bel ordre des créatures qui le composent, de faire cette réflexion aussi touchante que solide : Tout ce que je vois Rapproche pas de ce que j'espère; et tout ce que j'admire en cette vie n'est qu'une ombre obscure et confuse de ce que Dieu me destine en Taulre. Car voilà, Chrétiens, la plus excellente notion que nous ayons à nous en former. En effet, c'est ainsi qiie saint Augustin, voyant la cour des empereurs de Rome si pompeuse et si magnifique, se figurpit .par proportion la magnificence et la beauté de la cour céleste; c'est ainsi qu'au milieu des cérémonies les plus augustes, il s'écrioit : Si hœc tam pulchra suntj qualis ipse? et si hcBc tanta, quantuê ipse (AvGUST.) ? Si tout ceci est si brillant, si grand, si surprenant , que sera-ce de vous, ô mon Dieu? et c'est ainsi que nous en jugerions nous-mêmes, si nous ne nous laissions pas éblouir au vain éclat du monde, et que nous sussions, comme ce grand Saint, nous élever des grandeurs visibles et mortelles aux grandeurs invisibles et éternelles. Mais, encore une fois, tenons-nous-en à la règle du Saint-Esprit, qui nioùs défend de rechercher ce qui est au-dessus de nous, et qui nous or-

donne d'être attentifs à ce que Dieu demande de nous : Altiora te ne quœsieris; sedquœ prœcepittibi Deiw, illa cogita semper; c'est-à-dire, sans avoir une vaine curiosité d'apprendre en quoi consiste la gloire des bienheureux, instruisons-nous avec humilité de ce que nous devons faire pour y parvenir. Le voici, mes chers auditeurs, et il n'y a personne qui ne doive se l'appliquer. Le Sauveur du monde nous fait connottre, par son exemple, que cette gloire est une récompense, et il nous fait au même temps entendre que cette récompense est surtout le fruit et le prix des souffrances. Arrêtons-nous à ces deux pensées, et fa(isons-en le partage de ce discours. Cette gloire où nous appelle après lui Jésus-Christ est une récompense ; il faut donc la mériter : ce sera la première partie. Cette récompense est surtout le fruit et le prix de ses souffrances, c'est donc en particulier par le bon usage des souffrances qu'il la faut mériter : ce sera la seconde partie. Ainsi le Fils de Dieu l'a-t-il méritée lui-même. Et voilà en deux mots ce qu'il nous a révélé de notre gloire future, et ce qu'il nous est nécessaire de ne pas ignorer. Tout le reste sont choses ineffables, mystères cachés, secrets qu'il n est pas permis même à saint Paul de nous découvrir, et qu'il est beaucoup moins en mon pouvoir de vous expliquer : -Arcana verba quœ non licet homini loqui (2. Cor., 12). Mais pour votre édification, et pour satisfaire à ce que vous attendez de moi , je dois vous dire, et je vous le dis avec tout le zèle que Dieu m'inspire, que si vous voulez arriver à la même gloire que Jésus-Christ, vous devez la mériter comme JésuSrChrist, première proposition ; et que si vous voulez la mériter comme Jésus-Chri^, vous devez souffrir comme Jésus-Christ, seconde proposition. Je vous demande pour l'une et pour l'autre une attention favorable. Elles sont simples ; mais, dans leur simplicité, elles renferment les plus importantes instructions.

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