‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 42 sur 72 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Je m^en vais, disoit le Sauveur du monde à ses disciples, sur le point qu'il étoit de retourner à son Père ; je vais prendre possession de la gloire qui m'est réservée dans le ciel , et vous préparer au même temps à chacun votre place dans ce séjour bienheureux : Yado parare vobis locum (Joan., 14). Parole pleine de consolation ; mais parole précédée d'une ^utre qui devoit être pour eux, et qui est pour noiis un grand fonds d'instruction. Car le même Sauveur leur avoit dit auparavant : Ce royaume où je veux vous appeler après moi , je vous le promets , maïs aux mêmes conditions que mon Père me l'a promis , et vous ne l'aurez point autrement que moi. : Dtspono vobis sicut dîsposuit mihi Pater meus regnum (Luc, 22). Qr le fils de David n'y est entré que par la voie du mérite. D'où il s'ensuit, mes chers auditeurs, par la plus just^ de toutes les conséquences , que pour parvenir nous-mêmes à cette gloire céleste, il faut que nous Tayons méritée. Mettons dans tout son jour cette vérité , que je vous propose

%9 SUR l^'ASCONSIOM DE JÉSUSTCHfU|»7,

auJQiird'bifi compte le ipoiif le plqs capable d'e)(citer votre isile ^ d'qlliiqier toate votre ferveur.

Oui , Chrétiens, )a çloire que nous attendons est une récpmpeiisci que Dieu nous destine ; et pour peu que vous ayez de pénétration ,| vpus y devez découvrir d'abord deux différences bien remarquables^ qui la relèvent inQoimeiit au-dessus de ces récompenses fragile^ e^ passagères que le monde promet à ceux qui le servent. Car, se|on I^ belle réflexion de saint Jean Ghrysostomey telle est Tinjusfe distribff-? tioi) qui se fait des récompenses du monde ; on les a sQuvent sans le^ mériter, et on les méritp encore plys ^oiivept sans les avoir. On les ^ sans les mériter, et p'e^t ce qui devroit humilier la pluparf; des heqreu]^ du siècle; et on les mérite eqcore plus souvent sans les avoir , c'est ce qui rebute et ce qui désespère les malheureux. Mais il n'en est pas ain^i de cette récompense immortelle où nous aspirons. Gommé q^ ne l'obtient iamais qu'en la rpéritant , aussi est-on sûr de ne li^ mériter jamais sans l'obtenir. Deux points auxquels je m'^^tache, e\ que jq voudrois imprimer profondément dans vos esprits.

C'est upe récoinpense que ce royaume éternel , où Jésus-Christ, comme notre chef, entre glorieux et triomphant ; mais cette récon^pense ( prenez garde à ces trois pensées), on ne l'a point qu'on ne 14 mérite; on ne l'a que parcequ'on la mérite ; on ne l'a qu'autant qii'oif la mérite. On ne l'a point, dis-je, qu'on ne la mérite. Dieu , comme maître de ses biens , pouvoit nous la donner gratuitement, ^ns qu'i| nous en coûtât rien : mais il ne Ta pas voulu ; et, suivant l'ordre qu'i| a établi , il faut de deux choses l'une, ou que nous méritions cette rér compense, ou que nous y renoncions. De quelque manière que Diei| nous ait prédestinés , en vue ou indépendamment de nos bonnes pef^* vres (que.stion qui partage l'école, et qui n'appjartîent point a moi) sujet), il est certain, et c'est un principe de religion, que nous n'aurons jamais part à son héritage , ai nolis nous trouvons à la mort dépourvus de ces mérites , qui sont , selon l'Évangile , les titres légitimes pour y prétendre. Venez , nous dira Jésus-Christ daps le jugement dernier , si nous sommes assez heureux pour être du nombre de s^s brebis , et placés à sa droite; yenez, les bien-aimés de mon Père; possédez le royaume qu'il vous préparoit, et qui vous est désormais acquis : Venite^ possidete paratum votîUregnum (S/lATrn. , 25). Mais en venu de quoi nous le donnera-l-il , ce royaume? écoutez ce qii'il ajoutera : Parcèque vos bonnes œuvres me parlent pour vous, parcèque vous avez fait, des choses dont je n'ai point perdu lé souvenir , et qu'il est maintenant de ma justice et de nia fidélité de les reconpoîlre : parcèque dans la personne des pauy res, qui étoient mes membres vivants, vous m'avez secouru, nourri, logé, visité: eijfin, régnez avec moi, parcèque vous avez été charitables pour moi : Possidele paratum. vobis regnum; esurivi enim, et dedistis mihi mandu:' çare. Raisonnons tant qu'il nous plaira ^ voilà, da^s 1§ sen^ de jésg^

SUR JL'ASqpSlON DE ^ÉSUS-CHRIST, ^

Christ même , tout le dénouement du mystère impénétrable ^e te prédestination. C'est en cela , remarque le docteur angëlique ^*Qt Thomas^ aue celte récompense du ciel est une véritable gloire ^ et même la gloire par excellence , parcequ*elle est |e Fruit du ipéiite , et du mérite le plus parfait qui puisse convenir à Thomme, fin effet, ce qui se donne à la faveur peut bien être une grâce , peut bien être une distinction, peut bien être un privilège; mais, à parler exactement», ce ne peut être une gloire. Or , ce n'est point là ce que Pieu réserve à ses élus; mais dans le langage du Saint-Esprit , ce qu*il leur réserve est une récompense, et par- là même une gloire : Gloria hœc es$ omnibus sanctis ejus (Ps.'149). Parcequ'ils ont été saii^ts sur )a terre^ ils $pnt bienheureui^ dans le ciel ^ et comblés de gloire ; m^is lei|r bonl^eur ^ et cornme récompense et comme gloire . suppgsis qu'ils s'en sont rendus, dignes : voilà ce que nous enseigne la foi.

Calvin a combattu cette vérité, et c'est un des poiuts oùge cpn-i fesse que son hérésie m'a toujours paru plus insoutenable. II a prétendu que nos plus saintes actions , par rapport à Dieu , ne pouvoîeii^ jamais être méritoires : cependant Dieu même nous assure qu'elliesf. le sont, et nous dit en termes e:iLprès qu'à la fin des siècles S9 pvosU dence éclatersi, lorsqu il viendra pour rendre à chacun $elon 1^ m^ritf^ die ses œuvres : VnUndque secundùmmentumQpemmsuopAmlEçcles.j^ 16). Pouvoit-il s'expliqiier plus clairement? Mais ne suffit-il pas, disoi^ Calvin, que Jésus-Christ nous ait acquis la gloire que nous espérons, et qu'il Tait méritée poumons? Non,.répQpdentles théologiens, après saint Augustin , cela ne suffit pas. Il faut qu'après lui , que par lui f^t qu'avec lui , nous la méritions encore pour nous-mêmes ; cpqiime il ne suffit pas que Jésus-Christ ait fait sur la croix pénitence pour nous » si nous ^e la faisons pour npu§-même^. Il faut que notre pénitence , jointe à la pénitence de cet Homme-Dieu^ nous réconcilie ayec Djen; et de même il faut que pos mérites, joints à ses mérites ^ npps ouvrent le royaume de Djeu; et c'est à quoi le grand Apôtre travaillojt si saintement , et ce qui lui faisoit dire : Adimpleo ea quœ desunt pfLssionum Christi {Çqlpss.^ ) : J'accomplis en moi ce qui qianqueroit saps cela ^ ma rédemption, et à ce que Jésiis-Chris( a souffert pour moi. Mais n'est-ce pas faire fort aux mérites du Rédempteur, que d'accorcier iine récompense aussi divine que celle-là à d'autres mérites que les siens? Nullement, dit saint Augustin ; et la raison qu'il en apporte est convaincante : parceque les mérites que nous devons acquérir, et ajouter à ceux du Jlédempteur ^ so^t tellement des méritas différents des sien^^ (|Uils soqt néanmoins (lépepdar^ts des siens, fondés siîr les siens, lirapt toute lepr efficace et toute leur vjileur de? siens; et par conséquent incapables de nréjudicier aux siens. QiiQ foif uîeu, quand il nous récompensé ? ie j'ayoue , il çoprqnnç nos mérites ; mais parcequje nos mentes soQtses dons, ei\ çpuronnapt nos ifnérite^, il cpurouR^ d^ns poi^ p^r^pqfjp^ ^ prqpreî^ fions : Corfmiiff nobjs f^

9ua (AcGusT.) : c'est la belle expression de saint Augastiji. Mais avouer que Thoinme peut mériter le royaume du ciel , n'est-ce pas lui donner le sujet de se glorifier?" Oui, continue ce saint docteur; et malheur à nous si» faute d'un tel mérite, nous n'étions pas en état de nous glorifier dans le sens que Calvin veut nous le défendre ! Car le royaume céleste n'esl que pour ceux qui ont droit de se glorifier dans le Seigneur; et un des caractères de l'homme juste, les plus distinctement marqués par 1* Apôtre, est qu'il puisse, sans présomption , mais avec une sainte confiance, prendre part à cette gloire dont le Seigneur est le principe et la fin : Quigloriatvry in Domino gUmetur{\. Cor.^ i). Or le foiblede l'hérésie et de la prétendue réfonne de Calvin , est qu'elle dépouille le Juste de tout mérite , j'entends de tout mérite propre, et qu'elle lui ôte ainsi tout moyen de se glorifier même en Dieu : condition néanmoins essentielle pour être récompensé de Dieu. Avançons.

^ Non seulement on n'a point la récompense du ciel qu'on ne la mérite, mais, ce que je vous prie de bien comprendre, on ne l'a que parcequ'on la mérite : en sorte qu'elle est le partage du mérite seul , â l'exclusion de tout autre titre. De là vient que saint Paul , pour la définir, l'appelle couronne de justice : In reliquo reposita est mihi co- Tonajustitiœ (1 . Tim.^ 4) ; parcequ'en effet, disent les Pères, cette récompense ne doit être donnée aux hommes que selon les règles d'une justice rigoureuse, d'une justice incorruptible, d'une justice que rien lie touchera, que rien ne fléchira, que rien ne préoccupera ; d'une justice qui n'aura d'égards pour personne, qui ne distinguera ni qualités , ni rangs , ni naissance, mais qui discernera parfaitement le mérite. Les récompenses du siècle sont tous les jours en butte à la cupidité et à l'ambition : quoiqu'elles ne soient dues qu'au mérite, tout autre chose que le mérite contribue à les faire avoir. On les emporte par le crédit, on se les attire par la brigue, on les arrache par l'importunité : les plus hardis et les plus avides sont ceux qui y parviennent ; le hasard en décide, la bonne fortune de l'un, et souvent l'iniquité de Fautre. On se prévaut , pour les demander, du mérite d'autrui ; le fils veut être récompensé des services du père; l'ami croit être en droit de profiter du travail et du pouvoir de son ami. Ceux mêmes que Dieu a faits les dispensateurs de ces récompenses temporelles , quelque précaution qu'ils y apportent, et quelque envie qu'ils aient de les distribuer avec équité , peuvent à peme se répondre d'euxmêmes , et compter qu'ils ne se laisseront pas prévenir et surprendre. Comme ils sont hommes, dit saint Augustin, ils récompensent en hommes, c'est-à-dire bien plus souvent selon la nécessité de leurs af- £siires, que selon le degré de leur estime; bien plus souvent par inclination que par raison. Et en effet, ceux qui entrent dans leurs plaisirs ont communément bien plus de part à leurs grâces et à leurs bienfaits, que ceux qui s'ijumolent pour leur service. Ceux qui les

flattent et qui les trompent, sont communément bien mieux rëoompensésque ceux qui leur sont fidèles. Ainsi vont les choses humaines : et quelque zèle que nous ayons pour la réformation de 1* univers» nous ne devons pas espérer qu'elles prennent un autre cours.

Rien de tout cela dans la récompense où Dieu nous appelle. II pèsera ses élus dans la balance , mais dans la balance du sanctuaire; et leur mérite seul^^ mis à l'épreuve de son jugement, fera la décision de leur sort. Quiconque n*en aura pas l'exacte mesure, fftt-il un des dieux de la terre » sera rejeté. Comme le fils ne portera point riniquiié du père» aussi le mérite du père ne suppléera point à l'indignité du fils. Tout devant Dieu sera personnel, et la règle du Saint-Esprit subsistera: Vnkmque $ecundùmmmtumoperum suorum(Eccles./i6]i A chacun selon ses œuvres. Il ne dit pas, A chacun selon ses lu«mières , à chacun selon ses maximes , à chacun selon ses talents ; il ne dit pas même, A chacun selon ses désirs, selon ses projets et ses intentions; mais, A chacun selon ses actions, à chacun selon ce qu'il aura fiiit, et non point selon ce qu'il aura cru ou ce qu'il aura voulu faire : Umcuique secundum meritum operum tuorumm En un mot, le temps de la grâce et de la miséricorde sera expiré , et celui de la justice succédera : et par la même raison que la grâce, dans les élus, aura précédé tout mérite, la gloire dont Dieu les corn* blera aura pour fondement le mérite acquis par la grâce. Rien de plus vain, dans l'opinion des mondains mêmes, que la gloire du monde : pourquoi? parcequ'elle n'est ni une preuve certaine, ni une conséquence sûre du mérite ; parcequ'elle est presque toujours l'effet dit caprice et de la prévention des hommes ; parcequ'il n'y a rien où la corruption du jugement des hommes, où leur peu d'équité, d'inté-^ grité, de smcérité, paroisse plus évidemment qu'en ce qui regarde cette gloire profane. Hais par une règle toute contraire, concevez de là ce que c'est que la gloire des prédestinés dans le ciel , puisque c'est un Dieu qui en est l'arbitre ; un Dieu souverainement éclairé, souverainement juste, et qui ne peut estimer que ce qui est essentiellement estimable ; un Dieu aussi déterminé à ne glorifier que le mérite, qu'il l'est à réprouver et à punir le péché ; un Dieu dans l'un et dans Tau* tre également infaillible, inflexible, irrépréhensible : tel est, mes Frères, concluoit saint Paul , tel est le maître dont il m'importe d'être loué et d'être favorablement jugé, parceque c'est celui dont l'approbation et la louange doit faire éternellement la solide gloire : Qui au'^ tertijudicatme^ Dominas est (1. Cor.y 4).

Enfin, cette récompense des bienheureux, on ne l'a qu'autant qu'on la mérite; et si l'un est plus récompensé que lauire, s'il est dans un degré de gloire plus éminent que l'autre , ce n'est que parcequ'il a plus de mérite que l'autre. Dans le monde, on voit tous les jours des mérites médiocres l'emporter sur des mérites éclatants : et vous le permettez. Seigneur, pour nous apprendre que ce n'est point ici que

306 S(jfc L'ASdESèlON bE JÉStiS-CfiRtef.

âé doit faire le vrai discernement de nos personnes ; voua le permettez pour nous détacher malgi^é nous de la terre , et, pour nous faire portei* pJuÀ haut nos Vues; înàis danè le royaume de Dieu, chacun est placé selon Tordre où il doit être; et une des plus singulières beautés que FÉcrïiure jr ii^it remarquer , est cette admirable proportion entre la

Qualité dû mérite et le rang qu'il occupé. Il y a» disoit le Fils de Dieu, ans la inai^ïi dé mon Père, différentes demeures ; ipais ces defnfiu^es, observe àaint Bernard, hé sont différentes que parcequ'il s^y tttnïve des mérites différents. Le plus on le moins de mérite y fait donc lé plus ou le tnoins d^élévation ; cinq talents dé mérite y produièeïit cidq talents dé gloire , et deux n'y en produisent que deux : tellement que la diversité du jhérite y distingue, y partage, y ordonde tout. Or û cela est. Chrétiens, permettez-moi de m'arréter ici, et de fatlfe avec Voifs line rédéxion dont il est difficile que Vous ne Soyez pas touchés : à cfuëlle étonnante révolution ne doivent pas s'atiéiïdre lâ plupart des hommes , quand ce mystère s'accomplira , et ^é Dièa, datiâ son jugement dernier, viendra faire ce partage? Quelle désolation , par exemple, pour taht de grands , lorsqu'après avoif t^u dans lé monde des rangs honorables que leur donnoient lents dignités, leurs emplois, leurs charges, il leur en faudra prendre d'autres <î(de le mérité seul réglera, et où I*arrét de Dieu les réduira ! Si Dlét^, au moment que je pairie, leur faîsoit voir Taflreuse différence de ce qu'ils âont aujourd'hui et de ce qii'ils seront alors, dans quelle Conâterûation cette vue ne les jetteroit elle pas ! et quand à la mort il faudra quitter en effet ces rangs de naissance et de fortune, pour pas^r à d'autres rangs qu'une exacte et rigoureuse justice leur assi- ^paera , quelle douleur pour eux de se trouver dàn^ lin si prodigieux abaissement, dans un élpignement infini de Dieu, parcequ'ils n'auront jpre^ue rien fait pour Dieu ! Je sais que cette réflexion est affligeante; mais en est-etlé moins salutaire, et né serois-je pas prévaricateur, si, dans une occasion aussi naturelle que celle-ci, je ne les fàisois souvenir qu'outre les grandeurs de la terre, il y en a d'autres dans le ciel où ils doivent aspirer ; qu'il y a d'autres honneurs dont ils doivent être jaloux, d^autres places qu'ils doivent remplir , d'autres établissemefits pouf lesquels Dieu les a créés? Aurois-je pour leur salut le 2èle que mon ministère doit nVinspirer, si je ne les avertissois pas que la figure de ce monde passe, et qu'après qu'elle sera passée, le mérite d'une vie chrétienne est le seul titre de distinction qui nous restera? Mais revenons. Je ne me suis pas contenté de vous dire qn'ùn a i^ôuvent les récompenses du monde sans les mériter : j'ai ajouté que itouvent aussi ori les mérite sans les avoir; au lieu que nous sommes assurés, en méritant la récompense éternelle, de Tobtenir. En ef^et, comptez, si vous le pouvez, mes chers auditeursi combien de gens vous avez vus dans le monde mener une vie obscure, et ne parvenir à rien, avec un mérite et des services qui dévoient les élever à tout.

i)es patrons leur ODt manqué, des concurrents lès ont écartés ; t'ènviéy Tintrigue , la cabale , mille mauvais offices les ont détruits ; un Inaître aveugle et sans discernement, un knailre insensible et indlFféfeniy un maître trompé et prévenu les à laissés daôs la foule, les a oubliés, méprisés, rebutés. Qud né nous apprend pas là-dessus l'usagë et la sefence du monde? Mais avec Dieu , je suis à couvert de toutes ces injustices. Quoi que je fasse , si c'est pour lui que je le fais , il tù'en tiendra compte. Qu'est-ce qu'un verre d'eau? cependant Ce verre d'eàîi donné en son nom ne sera pas sans ](*écompense. Qu'est-ce qu'une pensée? cependant cette Donne pen^ëe reçue et suivie aura son salaire. Qu'est-ce qu'un désir? cependant ce bon désir, conçu et formé dans le cœur, produira, selon l'expression de l'Apôtre, soh rayon de gloire. Qu^est-ce qu'une parole? cependant cette parole dite avec douceur, avec humanité, avec cLarité, sera écrite dan^ le livre dévie. Or, si Dieu doit récompenser de la sorte jusqu'aux moindres mérites, que sera-ce des autres? G est ainsi qu'il nous Ta promis ; et comme il est tout puissant, c'est ainsi qu'il peut l'accomplir; et comme il est fidèle , c'est ainsi qu'il veut l'accomplir : par conséquent, c'est ainsi qu'il l'accomplira. En sorte, conclut saiiit Augustin , que sa toute-puissance, qui est la toute-puissance d'un Dieu , n'aura point dans l'éternité d'autre ôccupatioù que de glorifier ses élus et tous leurs mérites. Voilà à quoi il s'emploiera, en quoi il mettra une partie de ses complaisances, de quoi il ne se lassera jamais.

Mais cela posé, Chrétiens, et quoique nous fassions profession de le croire, vivons-nous et agissons- nous comme en étant persuadés? Je parle à des auditeurs qiii, chacun dans leur condition, se piquent d'avoir leur Inérite , et je veux bien convenir de tout le mérite dont vous vous piques. Mais ce mérite, que je n'ai garde de vous disputer, est-ce un mérite pour le ciel? est-ce un nolérite à qui Jésus-Christ ait jamais rien promis? est-ce un mérite que Vous osiez vous-mêmes présenter à Dieu pour lui demander son royaume? Si les Saints qui régnent avec ce Dieu et ce Roi de gloire n'avoient point eu aautrè mérite, recueilleroient-iJs maintenant les fruits dont ils ont jeté sur la terre les précieuses semences? Entrons dans le détail. Une vie aussi inutile et aussi vide de bonnes œuvres que celle d'un homme du monde, d'une femme du monde , réguliers d'ailleurs et d'une conduite, selon le monde , irréprochable , est-ce la vie d'un chrétien , gagd, selon la parabole de TÉvanglIe , pour mériter une récompensé Un[nortelIe ? Voyons ces mercenaires, qui, pressés par le besoin, donnent leUrs peines pour un tsalaire temporel : ces hommes à oui le Fils de Dieu nous compare si souvent, et à qui il veut, en quelque état que nous puissions être, que nous nOus conformions. Lesiinitousnous? sommes-nous attachés, comme eux, à un travail Constant et assidu? renonçons-nous, comme eux, à la mollesse et à la douceur du repos? avons-nous , comme eux » des jours pleins par une pratique en-

tière de nos devoirs? Si » malgré cette inutilité de vie , Ton gagnoit le ciel , le ciel seroit-il ce royaume de conquête qu'il fout emporter par violence et acheter si chèrement? Doit-il suffire à des chrétiens, pour être récompensés de Dieu, de se trouver exempts de crime? et la maxime sur laquelle on s'appuie jusqu'à s'en faire une conscience, que tout le mérite du salut se réduit à ne point faire de mal , n'estce pas une erreur dont il iaut aujourd'hui vous détromper? Méritet-on des récompenses en ne faisant rien? le monde en juge-tnlde la sorte? récompense-t-il l'oisiveté, quoique d'ailleurs innocente? n'exiget-il pas des services réels? et pourquoi croirons-nous que Dieu nous en tiendra quittes à moins de frais? Vivant danycette erreur grossière, que je sais éure le désordre le plus ordinaire de ceux qui m'écoutent , puisje, mes chers auditeurs, vous dire, à la vue de Jésus<Cbrist montant au ciel : Gaudete eiexsultale (Hatth., 5) : Réjouissez-vous et tressaillez de joie? pourquoi? Quoniam merces vestra copiosa ett m codis (Ibid.); parceque vous aurez la même récompense que ce Dieu glorifié, une récompense abondante. Ne dois-je pas vous dire plutôt : Pleurez et gémissez; pourquoi? parceque, travaillant si peu, il faut que votre récompense soit bien petite : pleurez; pourquoi? paroequ'il est même plus vraisemblable que cette récompense des élus n'est point pour vous : pleurez : pourquoi? parceque ces mérites dont vous voulez vous prévaloir, et à qui le monde donne de vains éloges, sont des mérites périssables , dont vous avez déjà reçu la récompense, et dont vous ne la recevrez jamais. Voilà, dans cette sainte solennité, et malgré la joie de l'Église , ce qui doit faire le sujet de votre douleur.

Enfants des hommes , concluoit le Prophète royal,-jusques à quand aimerez-vous la vanité et jchercherez-vous le mensonge ? Usquequd diUgitis vanitatem^ et quceritU mendadum {JPsalm. 4)? 11 leur en demandoit la raison : usquequàf et il n'en attendoit pas la réponse, remarque saint Augustin , parcequ'il savoit bien qu'ils n'en avoient point à lui faire. Souffrez que je vous fasse le même reproche. Enfants des hommes , jusques à quand vous fatiguerez-vous à chercher des récompenses corruptibles , dont la poursuite vous cause tant d'inquiétudes, dont le retardement vous remplit de tant de chagrins, dont vous n'êtes jamais contents , et qui ne servent qu'à vous jeter dans un plus profond oubli de Dieu? Aussi ardents que vous l'êtes pour ces biens de fortune qui emportent toutes vos réflexions et tous vos soins ,. et dont la mort vous dépouillera bientôt, jusques à quand négligerez-vous ces vrais biens et cette couronne que votre médiateur et votre chef vous propose comme l'objet le plus digne de vos vœux? Écoutez-le parler lui-même; car c'est lui-même qui, du haut de sa gloire, s'adresse à nous en ce jour, et nous dit : Vsquequd diligttis vanitateni^ et quceitris mendacium (Ibid*)? Hommes terrestres et sensuels , jusques à quand mépriserez-vous mes promesses pour celles du monde ? Puisque vous êtes si intéressés et si avides > que ne vous

SUR L'ASCEN^IOM DE JÉSUS^GHRIST. 369

attadhes^vous da mwis aa mattre qui vous offre davantage? Lemonde a-t-il des récompenses aussi solides et même aussi présentes que les miennes ? le monde » quand vous vous êtes livrés à lui , vous a-t-it jamais rendus heureux , et trouve-t-on le centuple en le servant? Yoili» chrétiens auditeurs , à quoi il faut que vous répondiez , mais à quoi vous ne pouvez bien répondre que par la réformation de vos mœurs et par un pariait changement de vie. Que ce soit donc là désormais l'exercice de votre foi : Thesaurizate vobis thesauros m cœlo (Matth., G) : Amassez des trésors pour le ciel. Au fiea de ces vertus mondaines dont vous vous parez» et qui ne sont devant Dieu de nul mérite ; au lieu de cette prudence de la chair, de cette politique , de cette force païenne, entrez dans la pratique de ces vertus chrétiennes, qui seront pour vous des sources fécondes de béatitude et de gloire. Appliquezvous non seulement à- vous assurer, mais à augmenter votre récompense par vos bonnes œuvres. G*est à quoi jusques à présent vous n'avez point pensé; mais il est encore temps d'y pourvoir : car vous pouvez encore réparer par votre ferveur toutes vos pertes. Vous pouvez encore racheter ces jours malheureux où vous n'avez rien foit, ni pour Dieu, ni pour votre ame. Vous pouvez même , à l'exemple des ouvriers de l'Évangile, commençant tard et à la dernière heure du jour, être aussi bien récompensés que ceux qui sont venus dès le matin, et qui ont travaillé toute la journée. Or si vous le pouvez , êtesvous excusables de ne le faire pas ? Récompense du ciel , récompense qu'il faut mériter comme Jésus-Christ ; c'est ce que vous avez vu : mais pour la mériter comme Jésus-Christ , j'ajoute qu'il faut souffrir comme Jésus-Christ ; vous l'allez voir dans la seconde partie.

DEUXIÈMB PARTIE.

C'est un ordre établi de Dieu , et le monde méoie , tout perverti qu'il est dans ses maximes, est obligé de s'y soumettre et de le reconnoitre : on n'arrive point à la gloire par le plaisir; mais il faut renoncer au plaisir,. quand on se propose d'acquérir la véritable gloire. Car le plaisir ne conduit à rien, je dis à rien de solide , ni à rien de grand. Jamais ce qui s'appelle vie de plaisir n'a produit une vertu , n'a inspiré de sentiments nobles , n'a élevé l'homme au-dessus de luimême. Soit donc par la nature dés choses , soit par un effet de la corruption du péché , le plaisir et la gloire d^ns cette vie sont incompatibles ; et quiconque présume qu'il pourra les accorder, se flatte et se trompe , séduit par les fausses idées qu'il a de l'un ou de l'autre. En un mot, où règne l'amour du plaisir^ il faut que le désir de la gloire cesse ; et où le désir de la gloire est sincère , il faut que le plaisir soit sacrifié. C'est ainsi que le concevoient les sages mêmes du paganisme; et ils le concevoient bien. Or, si cela est vrai de la gloire en général , et même en particulier de cette gloire profane que l'ambition des hommes recherche , quel jugement devons-nous fsure de la gloire du B. 3. 24

B70 mi L'AâCËNdiON t>fi JÈfiOS^tmtST.

del Y de èétte gloire pour làqtièlle nous avoiid tous été trééi « tSOÀi «tir quoi fiods avons perdu dos droits , en perdant la gtaoe de riniiôcence, et où ii n'y ^ plus de retour pouf nous que par les œuvres de la péni^ tence ; de cette gloire où nous ne pouvons prétendre que par la croit de Jésus-Christ , et qu'il ne nous est pas mdflie permis d'espërét*, al nous ne sommes » comme dit saint Paul , entés sttf Jésos^Christ, et sur Jésus<*Ghrist souffrant et mourant : Si comptantaH facU mmta H^ fni&tudine morîiM ejus, rimul et resurreetàonii erimui {Rùm., 6) • Non, mes chefs auditeurs ; je le répète, jamais les plaisirs de la Vie ne nous feront parvenir à cette gloire. Il faut y aller par la voie des sonffHmees : pri^ ttière vérité» qui confondra étemdlement la mollesse et la délieàtMse des mondaiâs. Mais d'ailleurs toutes sortes de souffrances lie oonduK sent pas à cette gloire : autre vérité qui doit détromper une hiBniij de chrétiens que nous voyons souffrir dans le monde, maiè .t|tfi A6 souffrent pas en chrétiens. Deux importantes leçons que j'ai encdrei développer, et que je regarde conmie les deux points les plus essentiels de b morale évangelique.

11 faut , comme Jésus-Christ , aller à la gloire céleste pian* la croix et par les souffranoes. Heureux si par-là nous en trouvons le dteminl mais malhettr à nous si nous nous figurons qu'on y arrive par une voie pins douce et plus conunode , et qu'ity ait pour eda des eondi* tîons et des états privilégiésl Que n'ai-je le zèle de saint Paul , pcfltf graver profondément dans vos cœurs ce grand principe t Cest ce qiie le Sauveur du monde fit entendre aux enfanté de Zébédéè , qui pas* soient néanmoins pour ses disciples favoris , quand il réprima, par lia dureté apparente de sa réponse, la vanité de leur prétention. Voua me demandez, leur dit- il , d'être assis et honorablement placés dans mon royaume ; et moi je vous demande si vous pouvez boire le calice que je boirai moi-même avant vous. Gomme s'il leur eùl dit : Favoris et disciples tant qu'il vous plaira, si vous ne participez k cecaliee dont je vous parle, à ce calice d'amertume et de douleur, il n'y a pouf vous dans mon royaume ni place ni rang ; et quiocmque refese d'ac* cepter cette condition , et n'a pas le courage de passer par cette épreuve , doit renoncer à ma gloire , et compter qu'il en est exdu« C'est ce que le même Sauveur nous a fait voir dans sa propre per* sonne, et ce qu'il déclara à ses apôtres, sur le point qu*il étoit-de fe* tourner à ce royaume céleste qu'il avoit quitté pour descendre sur la terre : Nonne hœc ùpcrtuit paît Christum , et iia mtroÊre in tfloiiian suam (Luc., 34)? Vous vous étonnez de ce que le Christ a souffiart, et votre foi en est troublée : mais ignorez-vous les divines Écritilfes, et n'avoit«il pas été dit qu'il souffrir oit de la sorte, et qu'il entreroit ainsi dans la gloire? Or, s'il le folloit pour le Christ, epertuit , ne le faut**tl pas pour nous ; et qui peut se plaindre d'une loi que le Fib même de Dieu a voulu et a dû subir? Aussi les Saints , nu moins xieut de la loi de graoe, non aeulement se sont consolés , mais ae^sont

&m L*ASCEN8iON DE lÉSOS^fiftlftT. S71

jouis ) mais se sont glorifia dans les afflfeUons dé cette vie, perce* qii*ils les ont toujours regardées comme la route sûre et lufluHible qu'ils dévoient suivre pour parvenir au terme de leur bonheur. Att lien que David , par un mouvement de eonSance, mais d'une eonfiance encore judaïque , c'est^li-dire d'une confiance qui se propesoit encore qnelqae chose de terrestre et de charnel , et qui ne s'élev<At pas aussi parfaitement que la nôtre aux biene spirituels et célestes ; au lieu , ' dis^je, que David , pour chercher du soulagement dans ses *maut, fitisoit i Dieu oetto prière , et lui disoit : Educei de îriMaHme tnA* num meam {PaUm. i43) : Délivrez-iiiel , Seigneur, des tribulations qui Bi'aecablem 2 les Saints de la lot nouvelle » par un esprit tout op* posé, mais b^ plus épuré et plus éclairé, ont cru devoir dire : Nôii, Seigneur, M nous en délivrez pas. Ce sont des tribulations, il est vrai, mais des tribulations salutaires , dont , malgré les révdtes de la na-» ture , nous nous glorifions et nous nous félidtons : GlorhMMr in tri» Matiùniàui noiir» {Haut,, S). Ce sont des maux qui nous abattent, mais qui , par un effet tout divin , au même temps qu'ils nous abattent aux yeux des hommes, nous d^chent de nous-mêmes et nous élè-» vent à vous ; tles maux qui sont les gages prédeux de ce véritable , de est unique , de ce souverain bien que nous attendons. Et à quoi notis réduiriez-vous» Seigneur, repremnt , au nom de tous les autres, saint Grégoire pape» pénétré de cette vérité; k quoi, mon Dieu , nous réduiries^vous , si , par une miséricorde qui nous perdroiti vous veniez à nous délivrer de ces maux que nous endurons, puisque vous nous assurez , daas toutes vos Écritures , que la souffrance doit feire tout le mérite de notre espérance , et par conséquent qu'eUe en doit être le plus ferme et le plus solide appui? Oh en serions-nous , si , n'étant plus dans le monde ni affiigés , nî humiliés , ni mortifiés , ni persécutés, nous n'avions plus ce qui est , selon le témorgnage de votre apAtre, le caradère le plus visible et le plus certain de vos prédestinés? Ne nous écoutez donc point , Seigneur, si jamais nous souhaitions d'avoir sur la terre un sort plus tranquille; et rejetez notre prière, si nous ëtîoas assez insensés pour vous demander une telle grâce. Dounez-non« des secours puissants pour nous soutenir, et un fi[)nds de patience pour souffrir arec soumission ; mais ne nous punissez ps$ , Scîgiieur, jusqu'à nous traiter dans la vie plus favorablen^ent que vous ne l'avez été , et jusqu'à éloigner de nous ce qui doit nous donner une saintie ressemMaiice avec vous. Ainsi , dis je , ont parlé les Saînis; et ce langage, qui, selon la prudence delà chair, paroît "Mie , étoit dans eux la plus émtnente sagesse.

C'est ceb même qui a donné à ces grands hommes et à ces fidèles senfîteurs de Dieu, sur le sujet des prospérités lemporettes , des sentiments si contradicioîremeni opposés à ia cupidité et à rdmour-pj*o« ppe ; c'est ce qui les a fait trembler, quand ils se sont vus dans des liiaia dont le uiende leur apptaudissok, et où consiste en effet la féli-

37S SUR L'ASCENSION DE JÉSUS^lHRIST*

cité des enfants du siècle» nuiis dont ik craignoient les suites fîmestes^ par rapport à cette félicité qa'esp^rent les enfants de Dieu : c'est ce qui les a convaincus, aussi bien que saint Augustin, qu'une prospérité complète, s'il y en avoit une dans le temps présent, seroit une réprobation commencée ; et qu'un homme sur la terre parfaitement heureux, s'il raisonnoitbien, devroit ou se croire perdu, ou se condamner pour toute sa vie à pleurer et à gémir : pourquoi ? paroequ'il n'y auroit point de moment où il ne dût être touché et alarmé de cette pensée ; Je ne suispas dans la voie de Dieu ; ce n'est point par-là que Dieu a conduit ses élus. Comblé de biens comme je le suis,, et souffrant aussi peu que je souffre , s'il y a une éternité bienheureuse, je n'ai nul lieu de croire qu'elle soit pour moi, et j'ai d'affreuses présomptions qu'elle n'est pas pour moi. Pensée désolante pour un dirétienl C'est dans cette vue que Jésus-Christ a proppncé ces fameux anathèmes , à quoi le monde ne souscrira jamais ; mais qui subsisteront nuilgré le monde, et qui , malgré le monde, auront leur effet : anathème contre les riches voluptueux : Yx vobi$ diviîibus (Luc, 6)! anathème contre ceux à qui rien ne manque, et qui vivent selon les désirs de leur cœur ! V(b vobis fttt ridetis^ qui saturati estU (Ibid.) ! c'est-à-dire, anathème contre ceux que le monde a toujours été en possession de béatifier et de canoniser! Et c'est par la même raison que ce divin midtreaérigé en béatitude ce que le monde déteste, et ce qu'il a le plus en horreur : bienheureux les pauvres ! Beati pauperes (Matth., .5 ) ! bienheureux ceux qui pleurent! Beati qui lugent (Ibid.)! bienheu^eux ceux qui souffrent persécution! Beati qui persecutionem pattuntur (Ibid.) ! Enfin, c'est ce que les ap6tres Pau! et Barnabe préchoient avec tant zèle, quand ils alloient, dit saint Luc, visitant les églises chrétiennes, fortifiant le .courage des disciples, les exhortant à persévérer dans la foi , et leur remontrant que c'étoit par les afflictions et les peines qu'ils dévoient entrer dans le royaume de Dieu : Confirmantes animas discipuhrum^ et exhortantes ut permanerent in fide^ et quomam per muUas tribulatio^ nés oportet nos intrare in regnum Dei (Act,^ 14).

Telle est la loi que Dieu, dans le conseil de sa providence^ a portée, et qu'il ne changera pas pour nous. Cependant , au mépris de cette loi, on veut être heureux dans le monde; et, quoique les souffrances soient la marque la plus certaine des élus de Dieu , par une infidélité dont on ne fait nul scrupule, et qu'on ne se reproche jamais, on consent à n'avoir point cette marque spéciale de prédestination pour le ciel , pourvu que l'on soit, si je puis ainsi parler, des prédestinés de la terre. A quelque prix que ce puisse être, on veut, autant qu'il est possible, écarter tout ce qui fait de la peine et qui incommode ; et , sans balancer, on renonce, au moins dans la pratit]ue et par les œuvres, aux béatitudes de Jésus-Christ, pour jouir des béatitudes du siècle. Que cet adorable Sauveur, que les Saints, après lui, soient arrivés à la gloire par la croix et par les tribulations, on pré-

SUR L'ASCENSION DE JËSUS-GHRIST. 37S

tend y arriver par la joie et par le plaisir : car au même t^ps qu*on ne veut rien souffrir, on veut nëanmoms d'ailleurs» par un secret inconnu à Jésus-Cbrist mAme, et par une contradiction, que les Saints n'ont jamais accordée, se sauver dans le monde ; c'e8t-à<iire qu'on vent se sauver dans le monde, tandis qu'on n*7 respire que le plaisir» qu'on y rapporte tout au plaisir» qu'on y cherche avec soin et en tout te plaisir, qu'on ne pense qu'à y mener une vie de plaisir, et <]pi'on n'y connott point d'autre bien que le plaisir. Mais que fait Dieu, Chrétiens? remarquez ces deux traits de sa miséricorde, et reconnoissez le désordre de votre conduite. Afin que les plaisirs du monde ne vous corrompent pas, et que ce ne soient pas des obstacles à votre bonheur éternel. Dieu, qui veut en quelque sorte, malgré vous-mâmes, vous sauver, mêle ces plaisirs d'amertumes» vous y fait trouver des dégoûts, vous les rend fodes et insipides. C'est ce que vous éprouvez à toute heure; et vous qui» contre tous les desseins de Dieu» voulez vous perdre, malgré toutes les amertumes qui s'y rencontrent» vous êtes avides de ces plaisirs, vous les desirez ardemment, vous vous y attachez opiniâtrement» et, tout insipides qu'ils sont, vous les préférez aux délices pures de cette gloire, dont la seule espérance seroit déjà pour vous une félicité anticipée. SemblaUes à l'infortuné £saû, qui, pour contenter seulement une fois la faim qui le pressoit, vendit son droit d'aînesse, et fut par-là frustré de la bénédiction de s6n père, vous sacrifiez à de vaines douceurs, et à quelques moments d'une volupté passagère» le saint héritage qui vous étoit acqtiis.

Ce n'est pas assez : Dieu vous envoie des souffrances, et, par une bonté paternelle , il les attache à votre condition, à vos emplois, aux engagements que vous avez dans le monde. Car, quelques mesures que l'on prenne, on ne peut être en commerce avec le monde sans y trouver sans cesse des sujets de mortification et de chagrin. Si vous connoissiez le don de Dieu , vous ne penseriez qu'à le bénir d*en avoir ainsi ordonné, et vous n'auriez que des actions de grâces à lui rendre» de vous avoir pourvus d'un si puissant préservatif contre les dangers et les écueils de votre état. Quelque avantageuse, selon le monde, que pût être votre destinée, vous ne vous croiriez pas abandonnés du ciel» ni réprouvés, puisque vous auriez encore part au calice du salut. Mais quel usage faites-vous d'un si précieux talent? A ce désir insatiable des plaisirs du monde que je viens de vous reprocher» vous JQignez l'abus des souffi^ances par où Dieu vouloit vous sanctifier : et comme vous vous pervertissez par les plaisirs mêmes que vous ne goûtez pas, et qui ne vous satisfont pas, ainsi vous pervertissez-vous par les croix mêmes que vous portez, mais dont vous ne profitez pas; car toutes sortes de souffrances ne conduisent pas à la gloire que Dieu nous découvre dans le mystère de ce jour. Si cela étoit, l'enfer ne seroit plus enfer. Il faut que ce soient des souffrances pour la justice, parcequ'il n'y en a point d'autres que Dieu puisse couronner» ni qui puissent

374 ÂUR UA8GBN6ION DE JÉSUS*GRRIST.

avoir de la proportion avec cette vie bièabeuréQse où Jésus-Christ après iai bous appelle. Souffrir parceqa'on a le cœur déchire de mille pMioBs, iouffrir paroeqa'on est dévoré par une atnbttion que rien ne peut BaUlfaire, louffrir parcequ'on est possédé d'une envie secrète» souffrir parcequ'on a «tans l'ame la baine et le fiel, c'est souffrir plus que n'ont souffert les pénitents les plus aastères» et plus que ne souffrent ces malbenreux, condamnés par la justice et la rigueur des lois à trataar leurs chaînes dans un esclavage dur et honteux. Mais c'est souffrir comme les démons pour l'iniquité ; et il répugne à la sainteté de Dieu de tenir compte aux hommes de ce qu'ils souffrent ponr de si indignes sujets. Si donc l'on prétend an royaume de Dieu, il faat souffrir pour la cause de Dieu, il fiiut souffrir pour la charité^ souffrir pour la vérité, souffrir pour la paix, souffrir pour l'obéissance : car tout cela est renfermé dans cette justice dirédenne dont parloit le Fils de Dieu, quand il disoit : Beaii qui perseiMtiidMsm patinfitur fftapîer jtUittlam , ^ttoniam ipiotum est regnum tmkmm (MA'm., S) I Souffrir plutôt que de se venger et de re^ pousser une injure, en rendant le mal pour le mal , c'est ce que j'appelle souffrir pour la charité; souffrir plutôt que de trahir sa • conscience» plutôt que de nâanquer à son devoir, plutôt que d'approuver le vkët c'est ce que j'appelle souffrir pour la vérité; Souffrir plutôt que de causer du trouble, en voulant se défendre et se ja^dfier, c'est ce que J'appelle souffrir pour la paix; souffrir plutôt que de murmurer ec^de se plaindre, plutôt que de résister aux puissances lëgititiM, c'est ce que j'appelle souffrir ^pour robéissance. Voili les souffirances que Dieu accepte, et qu'il récompense dans son royaume. Main ma douleur est, Chrétiens, que les vôtres ne sont pas communëmetil de ce caractère ; ma douleur est qu'au lieu que les Saihtsdi^oienl eti s'adressant à Dieu, Propiet te mariifitamur totâ die {Rrnn., 8), C'est pour vous, Seigneur, que nous sommes persécutés et que nous voulons Tétre, c'est pour vous que nous nous persécutons eii quelque mhnière nôus^^mémes, et que nous nous mortifions : peut* éireceulc qui m'ëcoutent, et à qui je parle, pourroient dire au monde : C'est pour toi que je me mortifie, mondes dont je me suis fait Tesdave i c'est pour toi que je me captive, c'est pour uii que je me fais violence, ô*est pour toi que je souffre tout ce que les serviteurs de Diea ont souffert pour Dieu. Or qu'arrive«>t-»li de là? Ce qui me parott et qui doit vous paroiire, mes chers auditeurs, le comble de tous les malheurs de l'homme : vous allez à la peitiition et à la mort, par où les Justes et les vrais chrétiens vont au salut et à la yie. Car les souffrances mëneot à l'un et à l'autre i et ce n'est point, je le répj^te, précisément par les souffrances que Dieu feii le discernement des élus et dés réprouvés; c'est par lu qiialité, .c'est par le motif, c'est pur le principe et la fin des souffrances* Ce])endânt, j'en reviens toujours i la propoëitiôu générale^ que pour entrer dans-cette patrie, dont les

SUR UA8GBNS1QN DE lÉStlS^HiUST. m

tMHiet aiqûiird'hiiî vom soit ouverlee, et pour mériter d'y éire reçu» y iaut souffrir.

Cette parole, CbrëUena, vous parott dure ; mais j'ose dire qu'eUe M doit poiat Tétre pour vous, et en Toici la raison, à laquelle je vous défie de répliquer. Car que ne souffrea«vous pas cous les jours» et que n'êtes- YQus pas détermioés à souffrir pour le monde? que ne aou(fres*vous pas pour vous étaUir, et pour vous pousser dans le nmnde? Ce désir d'acquérir de la gloire» que ne vous fait-il pas en-* treprendre ? Cette ambition de vous élever» que ne vous fait-elle pas prendre sur vous? S*il s'agit de votre fortune» épargnes* vous votre santé» ménagez-vous votre repos » vous plaignes-vous qu'il, vous en eoûte de rassnjettissement.et du travail? avec quelle patience ne sup« portez-vous pas tout ce qui se présente de plus fâcheux et de plus pénible ? avec quelle ardeur et quel courage ne passez-vous pas pardessus toutes les difficultés? Pour peu que vous ayez de bonheur et que les choses vous succèdent» que ne trouvez-vous pas aisé? Faut-il vous exciter et vous animer? avez-vous besoin pour cela de reniontrances? ne vous les faites-votis pas à vous-mêmes, et ne vous en dites^vous pas plus que je ne vous en dirai jamais ? Or souffrez pour Dieu ce que vous souffrez pour le monde» je ne vous en demande pas davantage. Vous en faut- il un motif pressant» touchant, convaincant? ne Favez-vous pas dans cette gloire qui vous est proposée comme le terme de votre espérance ? y a-t-il un autre bien plus précieux pour vous que cette gloire où vous n'aurez plus rien à désirer» plus rien à demander, plus rien à rechercher, parcequ'elle comblera toute la capacité de votre cœur ; que cette gloire durable et éternellement assurée, que Jamais rien ne vous enlèvera» que jamais rien ne troublera» que jamais rien ne bornera; que cette gloire après laquelle les Saints ont tant soupiré, vers laquelle ils élevoient sans cesse leur esprit, ils tournoient sans cesse leurs regards» et dont la seule vue, quoique obscure et encore imparfaite, dont le seul avant-goût sur la terre les ravissoit» les transportoit» et, pour m'exprimer ainsi, les enivroit ; que cette gloire où lé Fils de Dieu souhaîtoit si ardemment de retourner, dont il parloit si souvent à ses disciples» surtout depuis qu'il fut res* suscité, et qu'il se vit sur le point d'aller recevoir la couronne que son Père lui avoit préparée? C'est là qu il nous précède. Chrétiens : nous sommes ses membres, et il est notre chef; partout où le chef entre, il faut que les membres le suivent» et qu'ils y soient placés avec lui. C'est là qu'il tratae après soi comme en triomphe, et qu*il introduit tant d'ames justes, tant de patriarches, de prophètes, de prédestinés de l'ancienne loi, qui depuis si long-temps attendoient ce libérateur. Joignons- nous d'esprit et de cœur à cette troupe glorieuse, et disposons-nous à la grossir un jour nous-mêmes, et à partager avec eux la même gloire. Mais, du reste, n'oublious jamais (car c'est là toujours qu'il s'en fout tenir» et ce qu'il faut poser pour un principe nécessaire

576 POUR Lk FËT£ DE LA PENTECOTE.

et incontestable)) que c'est une récompense; qu'elle l'a été pour eux, qu'elle le doit être poar nous ; qu'ils Tout acquise par la sainteté de leurs œuvres, par la ferveur de leur piété, surtout par leur patience inaliérajble et lenr constance à souffrir, et que c'est ainsi que nous la devons mériter. Défions-nous de notre foiblesse ; mais ne craignons point toutefois que les forces nous manquent, puisque Jésus-Gbrist est à la droite de son Père comme notre médiateur, comme notre pontife, pour faire descendre sur nous ses grâces les plus puissantéls* Allons à son trône , à ce trAne de gloire et de miséricorde tout ensemble , lui présenter nos hommages, lui offrir nos prières , lui exposer nos besoins, Tadorer et l'invoquer, jusqu'à ce que nous puissions dans l'éternité le voir et le posséder. C'est ce que je vous souhaite, etc.

HepUli tant omnes Siflritu sancto.

Ib tarent tous remplis da Saint-Eiprit. Livre des AeUt, cbap. ii.

HadaheS

C'est le grand mystère qui s'est accompli pour la première fois dans les apôtres, et qui doit s'accomplir en nous, si nous sommes disposes, ainsi qu'ils Tétoient, à recevoir ce don céleste de l'Esprit de Dieu. Car Jésus-Christ, par sa mort. Ta mérité pour nous aussi bien que pour les apôtres; il le demanda pour nous à son Père, en le demandant pour les apôtres; et la solennité que nous célébrons n'est point, comme les autres fêtes de l'année, une simple commémoration , mais le mystère même deladescente du Saint-Esprit. Mystère toujours subsistant, et qui, jusques à la fin des siècles, subsistera dans l'Eglise de Dieu, tandis qu'il y aura des fidèles en état d'y participer, et qui se mettront en devoir de le renouveler dans leurs cœurs. Or il ne tient qu'à nous. Chrétiens, d'être de ce nombre, puisqu'il est vrai, et même de la foi , que, par les sacrements de la loi de grâce , nous pouvons tous les jours recevoir le Saint-Esprit ; et qu'en vertu des promesses du Sauveur, le même Esprit qui descendit visiblement sur les disciples assemblés dans Jérusalem , descend encore actuellement et véritablement sur nous; non pas avec le même éclat ni avec les mêmes prodiges, mais avec les mêmes effets de conversion et de sanctification, quand il trouve nos âmes bien préparées, et que nous prenons soin de les lui ouvrir, il est donc , mes chers auditeurs, d*un intérêt infini pour vous et pour moi de bien comprendre quel est cet Esprit que le Fils de Dieu nous a promis , et dont la mission ineffable doit opérer en jaous ce qu'elle opéra dans les aj)ôtres. Car, malheur à nous si par notre infidélité nous y appo^tôi^s quelque obstacle!

* La reine d'Angleterre.

POUR LA FËTË D£ LA PENTECOTE. 577

malheor, pour me servir de l'expression de saint Paul, si nous contristons le Saint-Esprit , et si nous n^ligeons d'entrer dans les dispositions où nous devons éire pour avoir part à ses grâces I Divin Esprit, source féconde » d'où procède toute grâce excellente et tout don paraît, répandez sur moi un rayon de cette lumière dont les disciples de Jésus-Christ furent pénétrai, quand vous reposâtes sur eux. Donnes-moi une de ces langues de feu qui parurent sur leurs têtes , lorsqu'intérieurement éclairés, animés, fortifiés, ils commencèrent à parler. Dans l'obligation où je suis d'annoncer à mes auditeurs les vérités du salut, votre secours m'est nécessaire, et je vous le demande par l'intercession de Marie. Ave Maria.

Le monde, dans l'état malheureux où l'a réduit le péché, ne peut recevoir le Saint-Esprit. C'est la plus sensible marque et la plus funeste que Jésus-Christ nous ait donnée de la réprobation du monde : et en prononçant contre lui cet anathème,iln'enapointapportéd'aulre raison , sinon que le monde, dans l'excès de son aveuglement, ne sait pas même ce que c'est que TEsprit de Dieu : Spiritum veritalis quem munclus non potest accipere , quia non videt eum^ nec scit eum (JoAN., 14). Il est donc, concluoit saint Chfysostome, du devoir des prédicateurs de rËvangile, de faire connoitre au monde ce divin Esprit. Et . c'est ce que j'entreprends dans ce discours , où j'ai à vous exposer le mystère de notre religion , non seulement le plus sublime, mais le plus édifiant et le plus touchant. Quand saint Paul, venant à Éphèse, demanda aux disciples qu'il y trouva si , depuis <)u'ils avoient reçu la foi , ils avoient reçu le Saint-Esprit : Si Spiritum sanctum accepistis credent^s (Act., 19); surpris d'une telle demande et confus, ils lui répondirent ingénument qu'ils n'avoient pas même ouï dire qu'il y eût un Saint-Esprit : Sed neque si Spiri' tus sanctus est, autUvimus (Ibid.). Combien de chrétiens, disons mieux, combien de mondains, à la honte du christianisme qu'ils professent , vivent aujourd'hui dans la même ignorance , et peut-être dans une ignorance encore plus criminelle! car il ne suffit pas, pour le salut , de savoir que le Saint-Esprit est la troisième personne de l'adorable Trinité , qu'il est consubstantiel au Père et au Fils, qu'il procède éternellement de l'un et de l'antre ; ce sont des points de créance qui nous apprennent ce que le Saint-Esprit est en luimême , et par rapport à lui-même : mais de plus , mes chers auditeurs , il faut savoir ce qu'il est par rapport à nous , ce qu il doit produire en nous, pourquoi il nous est envoyé , ce que nous devons faire pour le recevoir , et par où nous pouvons juger si nous Favons reçu. Or combien de lâches chrétiens, uniquement occupés du monde^ ne se sont jamais mis en peine de s'instruire sur tout cela , et, p!us condamnables que les disciples d'Éphè^e, pourroient faire encore aujourd'hui cet aveu honteux: Sed neque si Spiritus sanctus est ,

Mtt&wmii: Gomment anrioDs^noos r€ça le Saint-Eaprit, puisque Moi igooroDs même oe que o*e8t que le Saint-Eeprit? Quoi qu'A en sdt , voici y mes Frères » Tidëe que je viens vous en donner, et que je tiro du mystère que nous célébroos. Cet Esprit, dont les apAtres reçurent les prémices et la plénitude , fut pour eux , et est par proportion pour nous, un esprit de vëritë, an esprit de sainteté, et un eqnit de force. Appliquez- vous à on trois pensées. C'est un esprit de vérité , parcequ'en nous remplissant de ses lumières /il nous enseigne toute vérité : ce sera la première partie. C'est un esprit de sainteté, parcequ'en s'unissant à nous, il détruit en nous tout oe qu'il y trouve non seulement d'impur et de charnel , mats d'imparl^it et de terrestre , opposé à la vraie sainteté : ce sera la seconde partie. Et c'est un esprit de force , paroequ*il nous rend capables de tout fiiire et de tout supporter pour Dieu, en nous inspirant une vertu surnaturelle , et un courage au-dessus de toute difficulté : ce sera la codcIusîod. Qualités du Saint-Esprit, qui nous sont sensiblement représentées par ce feu mystérieux et miraculeux , sous le symbole duquel if fut donné aux apôtres : car le feu , qui de tous les éléments est le plus noble, a la vertu d'éclairer, de purifier et d'échauffer. Or ce sont justement à notre égard les trois propriétés de l'Esprit de Dieu. Comme esprit de vérité il nous éclaire, comme esprit de sainteté il nous purifie, et comme esprit de force il nous anime. Comme esprit de vérité il nous détrompe de nos erreurs , comme esprit de sainteté il nous détache de nos engagements criminels , et comme esprit de force il nous fait triompher de nos foiblesses. Comme esprit de vérité il élève et perfectionne nos esprits, coipme esprit de sainteté il réforme et change nos cœurs, et comme esprit de force il remue toutes nos puissances par le zèle qu'il excite en nous, quand il veut que nous agissions pour la gloire et les intérêts de Dieu, Trois effets de sa sainte présence que Dieu nous découvre en ce grand jour , et qui vont faire tout le sujet de votre attention.

panmÊAB partus.

Enseigner la vérité, c'est une chose qui peut convenir à l'homme, et qui n'est point au dessus de la portée de l'homme. Mais enseigner sans exception toute vérité , mais l'enseigner sans distinction à toute sorte de sujets , mais pouvoir l'enseigner en toutes manières , c'est ce qui n'appartient qu'à Dieu , et de quoi tout autre esprit que celui de Dieu est absolument incapable. Aussi est-ce le caractère le pks essentiel et le plus divin que Jésus-Christ, dans l'Évangile, ait attribué au Saint-Esprit t Quum autem venerit tlk , docebit vos omnem verikttem (JoAN., 16) : et c'est oe même caractère qui me semble d'abord avoir paru plus sensiblement en Ce jour solennel , où cet esprit de vérité

licèceadH sur les apôtre el sar tous les discifrfes assemblés* £b vaiet kl preuve» que je vous prie d'écouter.

N0Q9 dit saint Augustin , pesant ces paroles, Omnem veriiaiem , il ii*appartieBl qu'à TËsprit de Dieu d'enseigner et de persuader toute vérité. Car il y a des vérités qiie la cbair et le sang ne révèlent point » ^les vérités qui ohoqnent et qui révoltent la raison humaine, des fentes dont la nature s'effiraie, des vérités humiliantes, gênantes, mortifiantes , mais qoi stet par4à même des vérités saluiaires et nécessaires ; en mi mot, des vérités que l'homme, selon le terme de l'Évangile, ne sanroit porter, beaucoup moins goûter, ni aimer. S'il arrive donc qu'il vienne à en être sincèrement et efficacement persuadé, ce ne peut étire qiié l'effet d'un esprit supérieur, qui agit en lui et qui l'élève an-dessus de lui. Or il n'y a qoe l'Esprit de Dieu qui ait ce pouvoir. L'esprit de rhomme,dit saint Ghyso^tome, apprend à l'homme et lui persuade cequisatisfiiit l'amour-propre, ce qui flatte la vanité, ce qui exdte h curiosité, ce qui favorise la cupidité : voilà ce qni est de son ressort. Mais ce qui combat nos passions, et ce qui est contradicioirement opposé à toutes les inclinations de l'hornihe, ne pouvant pas venir du fonds de Thomnie, et d'ailleurs étant vérité, il faut nécessairement que ce soit l'Esprit de Dieu qui nous l'enseigne et qui nous le persuade. De même, c'est une marque sûre et infaillible de l'Esprit de Dieu , d'enseigner la vérité à toute sorte de sujets ; et la raison en est évidente : parcequ'it se trouve dans le monde des sujets si mal disposés, soit à comprendre la vérité, soit à s'y soumettre et & la croire, quand même' ils la comprennent , qu'il n'y a que le Dieu de la vérité qui puisse les en rendre capables. En effet, donnez au docteur le plus consommé, et au plus habile homme de la terre, certains esprits grossiers à instruire : avec toutes ses lumières, il ne les éclairera pas. Donnsa-lui à persuader certains esprits obstinés et entêtés : avec toutes ses démonstrations, il ne les persuadera pas. Mais quand l'Esprit de Dieu s'en rend le maître, ni l'entêtement de ceui-ci, ni la stupidité de ceuxlà, n'est un obstacle aux impressions toutes puissantes de la vérité : pourquoi? parceque cet Esprit , qui est souverainement et par excellence l'esprit de vérité, en se communiquant à nous, surmonte ou plutêt détruit dans nous tous ces obstacles : c'est-à-dire parcequ'un des effets de sa présence est de corriger tous les défauts de nos esprits, et qu'ayant lui-même formé tous les esprits, il sait leur donner le tempérament qu'il lui piatt. Ainsi, de grossiers qu'ils étoient, il les rend, quand il veut a^ir en eux, spirituels et intelligents ; et , de rebelles à la vérité , souples et humbles pour lui obéir. Les autres matti*es cherohent des disciples, et qui par eux-mêmes aient déjà des dispositions |)onr entendre les vérités qu'on se propose de leur enseigner. Mais l'Esprit de Dieu n'a pas besoin de ce choix : toutes sortes de disciples, indociies, pesants, incrédules, opiniâtreSi prévenus, lui peuvent convenir» dit saint Chrysostome, parcequ'il sait faire de tous autant de

sujets propres à être instruits, et c'est la merveille que les prophètes nous ont distinctement marquée : Est tcriptum in prophetis : Et erunt cmnes docUnles Dei ( Joaxi ., 6 ).

Enfin, c'est l'ouvrage de l'homme d'enseigner la vérité d'une manière bornée et limitée ; je veux dire, de l'enseigner à force de leçons et de préceptes , et de la faire entrer dans les esprits jusqu'à un certam point de persuasion et de conviction. Ainsi les philosophes du paganisme imprimoient-ils peu à peu dans l'esprit de leurs auditeurs les vérités humaines qu'ils leur enseignoient , y employant de longs discours et bien des paroles. Mais enseigner dans un instant les vérités les plus profondes et les plus incompréhensibles de la religion ; mais les enseigner sans qu'il en coftte, pour les apprendre, ni étude ni travail ; mais les enseigner et les persuader jusqu'à déterminer les hommes à mourir et à se sacrifier pour elles » c'est les enseigner en Dieu, et d'une manière qui justifie parfaitement l'efficace et l'opération de l'Esprit de Dieu. Or voilà, mes chers auditeurs, ce qui s'est accompli à la lettre dans la personne des apôtres, et ce que je remarque comme un des plus grands miracles qui jamais aient paru sous le ciel, comme le miracle qui aie plus contribué à l'établissement de notre foi, et dont nous devons pour cela conserver un éternel sQuvenir.

Car ne fut-ce pas un prodige bien étonnant , de voir les apôtres, au moment qu'ils reçurent le Saint-Esprit, aussi pénétrés des lumières de Dieu , et aussi consommés dans la science du royaume de Dieu , qu'ils avoient été jusque là-ignorants et remplis d'erreurs? Ne fut-ce pas un changement de la main du Très- Haut, de les voir dans Jérusalem préchant des vérités qu'ils avoient fait profession, non seulement de ne pas croire, mais de contredire? Tandis qu'ils n'avoient eu pour maître que Jésus-Ghrisi (ô mystère adorable et impénétrable! ), vous le savez, Jésus-Christ, t'ont Dieu qu'il étoif, n'avoic pas suffi, ce semble, pour leur faire entendre cette doctrine céleste qu'il étbit venu établir sur la terre. Quelque soia qu'il eût pris de leur en donner une intelligence parfoite, après trois années d'instruction , toutce qui regardoit sa divine personne leur étoit encore cadhé ; son humilité les choquoit, sa croix étoit pour eux un scandale, Us ne concevoient rien à ses promesses : au lieu de la vraie rédemption qu'ils dévoient attendre de lui; ils s'en figuroient une chimérique, c'est*à-dire une rédemption temporelle, dont la vaine espérance les séduisoit : et quand ce Dieu^Homme leur par loit de la nécessité des souffrances, des avantages de la pauvreté, du bonheur des persécutions, de l'obligation de pardonner les injures jusqu'à aimer ses ennemis, c'étoient, dit l'Écriture, autant , d'énigmes où ils ne comprenoient rien : Et ipsi nihil horion intellexerunty et erat verbum istud abseonditum obéis { Luc, 18) : pourquoi ? paroequ'ils n'avoient pas encore reçu l'Esprit de Dieu , et que toutes ces vérités étoient de celles que le seul Esprit de Dieu peut enseigner. Mais dans Tinstant même que le Saint-Esprit leur est donné, ces véri-

téSy qui leur avoient paru si incropbleSy se développent à eux : ik en comprennent le secret , ils en découvrent les principes, ils en voient clairement les conséquences. Renoncer à soi-même et porter sa croix» ce n'est plus dans leur idée une folie» puisqu'ils font consister en cela toute leur sagesse. Aimer ses ennemis et pardonner les injures les plus atroces» ce n'est plus, dans leur estime» ni foiblesse» ni bassesse» puisque c'est par-là qu'ils mesurent la grandeur et la force de Tesprit chrétien. Ils ne comptent plus pour un bien les richesses de la terre» puis-* qu'ils se font une béatitude d'être pauvres et de manquer de tout. Us ne regardent plus la persécution comme un mal» puisqu'ils triomphent de joie d'en avoir été trouvés dignes. Je ne fais que rapporter ce que nous lisons daus le livre des Actes ; et voilà les saintes et admirables leçons que fit aux apôtres ce divin maître » et dont il les rendit capables lorsqu'il descendit sur eux. Or quand je dis que le Saint-Esprit les rendit capables de tout cela» je prétends, mes chers auditeurs» vous faire conclure avec moi que c'est donc un esprit qui enseigne toute vérité. Car que ne peut pas enseigner et persuader celui qui enseigne et qui persuade le détachement de soi-même^ l'oubli de soi-même» la haine de soi-même?

Mais encore quels hommes pensez-vous qu'étoient les apôtres avant que le Saint-Esprit vînt leur enseigner ces vérités ? Ah ! Chrétiens » quelle merveille ! des hommes remplis de défauts; des hommes» selon le reproche.de Jésus-Christ, insensés et lents à croire» StuUi et tardi corde adcredendum (Luc.,24), des hommes charnels» et ne voulant juger des choses de Dieu que par les sens, Nisi videro, non crc'* dam (JoAN.» 10) ; des hommes intéressés, qui ne reconnoissoient pour vérité que ce qui étoit conforme à leurs désirs ; des hommes que le Sauveur lui-même avoit eu peine à supporter, et à qui, dans le mouvement de son indignation, il avoit dit : 0 generaUo incredula, quandiu vos patiar ( Marc, 9)? Car c'est ainsi que l'Évangile nous les dépeint» et telle étoit, même après la résurrection du Fils de Dieu » la disposition où ils se trouvoient encore ; puisque Jésus-Christ, en se séparant d'eux et montant au ciel, leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leurs coeurs. Sont-ce là des sujets capables de profiter à Técole du Saint-Esprit, et d'y être admis? Oui, répond saint Chrysostome, ôe sont là les Isujets que le Saint-Esprit choisit pour en faire ses disciples : s'ils étoient mieux disposés» ils ne lui seroient pas si propres ; s'ils étoient plus spirituels et plus raisonnables, il ne tîreroit pas de leur conversion toute la gloire qu'il en veut tirer : il lui en faut de ce caractère, pour montrer ce qu'il est et ce qu'il peut. Jésus-Christ vient de les quitter , en leur reprochant le déplorable état où il les laissoit. Voilà justement le fonds que cherchoit Tesprit de vérité, pour faire éclater sa puissance. De ces incrédules , il fait les appuis de lu foi, et de ces ignorants, les docteurs de toutes les nations, afin qu'il n'y ait personne sur la terre qui ne puisse prétendre à la qualité de disciple

%f^ POUR LA FÊTÉ DE LA PENtEOOtË*

da Saint-Esprit, et doAt le Saint-Esprit ne puisse fitre le fliattre : caf* $*il Fa été des apdtres, de qui nele sera-tnl p&s?

Vous me demandes jusqu'à quel point il les persuade ? Jusqu'à les résoudre à mourir pour b confession des vérités qu'il leur en* seigne , jusqu'à les préparer au martyre , et ft leur en inspirer des désirs ardents. Car c'est pour cela que œs disciples de la vérité reçurent la plénitude de TEsprlt. Or , en matière de persuasion t l'Esprit même de Dieu ne peutaMer plus loin. 81 Platon , dit saint Ghrysostome, eût eu la présomption d'exiger de ses sectateurs ce té*' moignagede la créance qnlis avoient en M; s'il avoit voulu qu'ils sou* tinssent sa doctrine jusqu'à Teffusion de leur sang, bien loin de s*at* tacher à lui , ils ea auroient conçu du mépris : pourquoi? parcequ'il ne les persuadoit qu'en homme, et qu'en effet la persuasion qui vient de l'homme ne va pas ft beaucoup près jusque là. Tirez donc cette conséquence, et raisonnez de la sorte : Le Saint-Esprit, révélant aux disciples du Sauveur les vérités évangéliques , leur révèle en même temps que la foi de ces vérités sera pour eui un engagement au martyre ; que, pour croire et pour soutenir ees vérités , il leur en coûtera d'être maltraités, accablés, sacrifiés comme des victimes : et il lesper* suade à cette condition ; marqué visible et incontestaUe que c'est TEspritdeDieu.

Au reste, Chrétiens, ne pensez pas que tout ceci ne se soit aocompfi qu'une fois, ou ne l'ait été que dans la personne de ces premiers disciples. Car «aint Luc, «n termes exprès^ nous assure que le miracle dont je parle se renouveloit tous les jours dans l'Église naissante ; que le Saint-Esprit descendoit sur les fidèles, tantdt quand ,on leur conféroit le saint baptême, tantôt quand on leur imposoit les mains, tantdt quand on leur anuonçoit la parole du salut ; et que par-là on voyoit grossir de jour en jour le nombre des croyants, c'est-à-dire le nombre de ceux qui étotent persuadés comme l'avoient été les apûtres : Auge* batttr eredenlium in Dcfmino multitudo {AcL,^). Or ce qui arrivolt a^ors avec ces signes éclatants que saint Luc rapporte , c'est, malgré la perversité du siècle, ce qui arrive encore aujourd'hui, quoique d.'one manière plus simple , c'est ce que nous avons vu nous-mêmes plus d'une fois : et ce que nous avons admiré, lorsque des esprits libertins et obstinés dans leur libertinage, que des mondains, des impies, des incrédules qui vivoient au mifieu de nous, touchés de cet esprit de vérité , ont renoncé à leur impiété , se sont soumis au joug de la religion, ont commencé à connoître Dieu et à le glorifier. Car ainsi le monde est-il devenu chrétien ; ainsi des ténèbres de l'infidélité s'est-il converti à la lumière pure de la foi ; et ainsi TEsprit de Dieu ; selon îa parole de Dieu même, a-t-îl rempli tout l'univers : Spiriîies Bominireplevit orbem terrarum (Sap,,l).

Mars qu'a fait le démon , ce prince des ténèbres , ennemi des œuvres de Dieu et jaloux de sa gtowe? îVwir combattre ce mirwle, il s'ew ef-

mUK U FÊTE DE U PENTECOTE. m

ftA-oë, «tu A mène trouvé le iiiDy«ii de pervertir rmivers ptr tm es« prii «eut eoniTHre à V^ptit de vërilë ; je veux dire per fesprU do iodonde^ q«i» se commiitti^uaBt cft se répanàiDt, a défiguré toute la fs^ce de la terre^ qae rEsprii de Diewavoil saifitemeii^ei heureusement reiMMivriée X je m'expluiue^ Car voici, mes ckers auditeurs» le désordre de notre sièele> que bous m pouvons assee déplorer. Tout l'univers «t aqeord^lHii reiD}rfi de l'esprit du monde, et on peut dire que Tes- |irit du monde est comme fesprit donAmat qui conduit tout. Eu effet, c'est fesprb du monde que Ton oottsulte dans les affaires , c'est Tesprit du monde qui règne dans les oonverstHons , c'est l'esprit du monde qui fiiit les liaisons et les eodétës , c*est Fesprit du monde qui règle les u^iges et les coutumes. On juge selon l'esprit du monde , tm pnie selon Pesprit du monde, on agit et on se gouverne srion fes^ prit du monde ; le dirui-je?* cm voudroit même servir Dieu selon l'esprit du mondtet* et aooommoder us religion à l'esprit du monde. Et paroeque cet esprit du monde est un esprit de mensonge, un esprit tferreur^ un esprit d'imposture et d'hypocrisie; par une conséquence séessaaire, et que Texpérience même ne nous fiiit qucxtrop sentir» de là vimit qtt*îl n'y a rien dans le nxMide que de firax el d'apparent. Faux plaisirs, ftittxlionneairS)feusMS joies, fausses prospérités, husses promesses, fisusses louanges ; voilà pour les biens extétîeurs :, ftiusses venus, fausse prudence, fiiussevnodératiotfi, fausse justice, Aûsse gé*' jnérosité, fausse probité ; voilà pour les biens de l'esprit : mais ce qui est i)ien plus indigne^ fausses conversims, fausses dévotions, fausses hunnliiés, fausses pénitences, Iihx tèies pour Dieu, et fausses charités pour le prochain ; voilà peur ce qui reganie te salut. De là vient que lestonmies du monde, pleins de cet esprit ^ semblent n'avoir point d'auure étude que d'imposer auK autres et de se tromper eux« «sèmes, que de ^sadier oe qu'ils sont et de montrer ce qu'ils ne sont pus : de là vient que ^ Selon P ApOtre, le monde est une -scène oit tout se pusse en figure, oA il n'y a riende solide ni de réel, où la flatterie est «n crédit , où la stneérité est odieuse, où la passion, soutenue de la nlae et de l'^rtitce, parle hardiment, où la vérité simple et modeste est captive et dans le eitence. Pernicieux esprit, qui, à mesure qu'il s'empare du monde, y feit éclipser les plus vives hm^es, non seules ment du ^ristîauisme et de la religion, mais de la droite raâson. Ce^ pendant, je le répète, c'est cet esprit du monde qni s'insimie et qui s'inureduit partout. On ne se contente pas de Tavotr pour soi ; on le eommumque, on travaille à le répandne. Un père Finspire i ses en** Ams , il leur en fait des leçons , il leur en donne des rè>>:les, il les élève selon cet esprit, il les avance selon cet esprit, et, eu les conduisant selon cet esprit > il se damne avec eux selon vH esprit. Ce n'est pas seu*lement daus les palais des grands que cet esprit du monde exerce un ssuveraiu empire , c'est dans les conditions partioulières, c^est parmi le peuple : le dirai-je? c'est jusque dans les pkn saints états, jusque

dans l'Église et dans le dergë. Car je vois, par exemple, dit saint Bernard, et je le vois avec douleur, que tout Tempressement et tout le zèle des miaistres de l'Église consiste à faire valoir leurs droits , à s'enfler de leur digiyté, à jouir de leurs revenus et à en abuser. Ainsi parloit-il de son temps. Or on sait bien , ajoutoit-il , que ce n'est pas l'Esprit de Dieu, mais l'esprit du monde, qui leur inspire ce zèle ambitieux et intéressé. Voilà donc l'esprit du monde placé jusque dans le sanctuaire* Vous me direz que les religieux mêmes n'en sont pas exempts, et que, dans la profession qu'ils font de renoncer au monde, ils ne laissent pas souvent d'en conserver encore l'esprit : je le sais, et c'est ce qui me fait trembler, quand je viens à rentrer dans moimême. Mais si j'en dois trembler pour moi, quelle sûreté peut-il y avoir pour vous? et si ce malheureux esprit du monde peut aveugler et séduire un homme séparé du monde, que ne doivent pas craindre ceux qui, par la nécessité de leur état, se trouvent exposés à tous les dangecs et à toutes les tentations du monde ?

Quoi qu'il en soit , Chrétiens, reprenons ; et par le mirade qu'a opéré dans les apôtres le Saint-Esprit , reconnoissons ce que nous sommes devant Dieu. A en juger par les effets, cet esprit de vérité, dont je \iens de vous faire voir les merveilles et les prodiges , a-t-il été jusqu'à présent un esprit de vérité pour nous ; et s'il ne l'si pas été , à quoi devons-nous l'imputer, sinon à l'endurcissement et à la dépravation de nos cœurs? Quelque profession que nous fassions, comme chrétiens, d'être les disciples de cet esprit de vérité, nous a-t-il réellement persuadé les vérités du christianisme? nous lesa-t-il fait goûter? nous a-t-il mis dans la disposition sincère et efficace de les pratiquer ? Nous adorons en spéculation ces vérités , mais y conformons-nous notre conduite? nous en parlons peut-être éloquemment, mais nos mœurs y répondent-elles? nous en faisons aux autres des leçons, mais en sommes-nous bien convaincus nous-mêmes? croyons-nous d'une foi bien vive qu'il faut , pour être chrétien , non seulement porter sa croix, mais s'en faire un sujet de gloire; qu'il faut, pour suivre Jésus-Christ , renoncer intérieurement, non seulement à tout, mais à soi-même ; qu'il faut , pour lui appartenir, non seulement ne pas flatter sa chair, mais la crucifier ; qu'il faut, pour trouver grâce devant Dieu, non seulement oublier l'injure reçue, mais rendre le bien pour le mal? Croyons-nous, sans hésiter, tous ces points de la morale évaugélique , et pouvons- nous nous rendre témoignage que nous les croyons aussi solidement de cœur, que nous les confessons de bouche? Les apêtres, au moment qu'ils reçurent le Saint-Esprit, furent prêts à mourir pour ces vérités: sommes-nous prêts, je ne dis pas à mourir nous-mêmes , mais à faire mourir nos désirs déréglés et nos passions? Suivant cette règle, y a-t-il lieu de croire que l'esprit de vérité nous a détrompés de mille erreurs qui causent tous les desordres du monde, qu'il nous a désabusés de je ne sais

oombien de feasses maximes qui noas pervertissent, qa*il nous a dessillé les yeux sur certains che^ où nous nous formons des consciences qui sont autant de sources de damnation? s'il n'a rien feit en noas de tout cela, quelles preuves avons-nous que nous l'ayons reçu ; et si nouane ravons*pas reçu, à qui nous en devons-nous prendre, encore une fois, qu'à nous-mêmes? Peut-être, pour excuser l'aveuglement criminel où nous vivons, osons-nous dire que ce sont les lumières du Saint-Esprit qui nous manquent, et rejeter sur lui l'iniquité de nos erreurs. Mais comme esprit de vérité , il a bien su nous ôter ce vain prétexte, et nous convaincre, par les reproches qu'il nous fait si souvent dans rËcriture, que nos erreurs viennent uniquement de nos résistances à ses lumières; que si nous sommes toujours aveugles, c'est que toujours incirconcis de cœur, toujours indociles et opiniâtres , nous ne voulons pas Técouter, et qu'au mépris de ses inspirations , nous ne suivons point d*autre guide que l'esprit séducteur du monde, qui nous corrompt et qui nous perd : JDurâ cervice et indrctimcisis cor-^ dihu, vos semper Spiriiui saneto resUHtis {Act. , 7) . Au lieu que nous voudrions rendre le Saint-Esprit lui-même responsable de notre aveuglement, par le refus qu'il feroit de nous éclairer, comme esprit de vérité il nous fait convenir malgré nous que la cause de notre aveuglement, c'est que nous ne pouvons supporter la vérité qur nous reprend , et que nous abusons par orgueil de celle qui nous flatte : Dvrâ cervice et tnàrcumcisis cordUms^ vo$ semper Spiritui saneto resistitis. Ah ! mes chers auditeurs, ne faisons pas cet outrage à l'esprit de grace^ de vouloir nous justifier aux dépens de la grâce même. Préservez-nous de ce désordre, 6 divin Esprit ! et pour cela faites-nous connoitre vos voies. Enseignez-nous ce que vous enseignâtes aux apôtres. Faites que nous commencions esatai à être vraiment vos disciples; et soyez pour nous, non seulement un esprit de vérité , mais un esprit de sainteté : c'est la seconde partie.

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