SERUON POUR LE DIX-SEPTIÈME DIBIANCUE APRÈS
LA PENTECOTEi
Cangregatis mUem fhairita^, interrogaoU eos Juut, dieens : Qu4d vobis videiur de ChrUto?
Les phartoieiu étant assemblés, Jésas leur fit cette question : Qae pensez-Tons dn Christ? StiNT Mâtthiiu, chap. izii.
Si la passion n'eût point aveuglé ces faux docteurs de la loi , ils pouvoient aisément répondre à la demande que leur fait le Fils de Dieu, et découvrir dans sa personne tous les traits de ce Christ ou do ce Messie qu'ils attendoient depuis si long-temps, et qu'ils avoient ao* tuellement devant les yeux. Témoins de tant de miracles qu'il opéroit, commandant aux flots de la mer, chassant les démons, guérissant les malades, ressuscitant les morts, ne devoient-ils pas, sans hésiter, le reconnoitre, et lui dire : Le Christ dont vous nous parlez, c'est vou£fméme? Pour nous, mes chers auditeurs, nous n'en reconnoissons point d'autre ; mais du reste , quelque importante et quelque nécessaire que nous puisse être la connoissance de cet Homme-Dieu, c'est un sujet, dit saint Chrysostome, que les ministres de TËvangile ne doivent guère, dans leurs prédications, entreprendre d'approfondir, parcequ'il est impénétrable et infiniment au-dessus de toutes nos pensées et dé toutes nos expressions. Cependant, mes Frères, il nous est assez connu pour nous servir de modèle ; et jnéme , selon saint Jérôme et saint Augustin, il y a entre Jésus-Christ et le chrétien un tel rapport, qu'il faut, en quelque manière, les confondre ensemble, et qu'on ne peut bien définir Tun que par l'autre. De sorte que si Jésus- Christ n'est pas substantiellement dans le chrétien , il y estpar ressemblance ; et que si le chrétien n'est pas réellement, et dans le fond de son être, un autre Jésus-Christ, il l'est au moins par une conformité aussi parfaite qu'il peut Tavoir avec cet excellent et divin exemplaire. Suivant ce principe, sans examiner aujourd'hui ce que c'est que le Christ, examinons ce que c'est que le chrétien, qui en doit être le fidèle imitateur : Quid vobis videtur? Cette matière sera beaucoup
plus morale, plus utile et plus sensible. Vous y apprendrez ce que vous êtes, ou plutôt ce que vous devez être et ce que vous n'êtes pas. Pour en profiter, implorons le secours du cid» et adressons-nous à Marie, en lui disant : Ave.
De quelque manière que Tait entendu saint Jérôme , je trouve sa proposition bien judicieuse et bien juste, quand il dit que ce qu'il y a de grand dansla profession du christianisme n'est pas de parottrecbrëtien, mais de l'être : Esse christianum magnum est^ non viden (Hi£« KON.) Et l'une des raisons qu'il en apporte, c'est, dit-il, que le christianisme étant une profession d'humilité , et l'humilité ne cherchant point à se montrer ni à briller, il s'ensuit que la vraie grandeur du chrétien est d'être ce qu'il est, et non point de le parottre, puisqu'une partie de sa perfection consiste souvent à .'ne le paroître pas. C'est I>ar cette pensée que j'entre dans mon dessein; et pour vous donner l'idée d'un véritable chrétien, je la tire de son principe et de son modèle, qui est Jésus-Cbrist même. J'entends Jésus-Christ selon deux caractères particuliers qu'il s'est lui-même attribués, lorsque parlant aux Juifis pour se faire connottre à eux, il leur disoit : Ego non sum de hoc mundo (Joan., 8), Je ne suis point de ce monde ; et qu'il ajoutoit : Ego de supemis sum (Ibid.) Je suis venu du ciel et je demeure immuablement attaché à Dieu mon père. Divins caractères que j'ai à TOUS représenter dans le chrétien , et qui vous en traceront l'image la plus complète. Qu'esUce qu'un chrétien : Quid vobis videturf Un hoosme par état séparé du monde , c'est sa première qualité ; et un homme par état consacré à Dieu , c'est la seconde. L'une et Tantre pleines de gloire et de vertu en elles-mêmes , quoique de nul éclat aux yeux du monde. Car qu'y a-t-il de moins éclatant dans le monde que d'être séparé du monde ; et qu'y a-t-il de plus intérieur et de plus caché que d'être consacré à Dieu? Mais ce mys* tbre caché' est ce que j'entreprends de vous développer. Séparation du monde , qui élève le chrétien au-dessus du monde : ce sera la première partie. Consécration à Dieu , qui élève le chrétien jusqu'à Dieu même : ce sera la seconde partie ; et voilà tout le plan et le partage de ce discours.
PREniRE PARTIE.
Pou^^ vous faire entendre d'abord ma pensée, et pour raisonner dans les principes de la théologie sur le sujet )]ue je me suis proposé, deux choses , selon saint Thomas, sont essentiellement requises pour faire un chrétien : la grâce ou la vocation du côté de Dieu, et une fidèle correspondance à cette vocation ou à cette grâce du côté de rhomme. Or Tune et l'autre, bien considérées, n'ont point de caractère qui leur soit plus propre que celui de la séparation du monde. D'où je conclus qu'être véritablement séparé du monde, c'est être
vëritabiement chrétien. Voilà tout le fonds de cette 'première partie, Qu'eât-ce que la grâce, je dis la première de toutes les grâces, qui est la vocation au christianisme? Les théologiens et les Pères se sont efforcés de nous en donner de hautes idées. Mais je n'en trouve point de plus exacte ni de plus solide que celle de saint Augustin» quand il dit en un mot que c'est une grâce de séparation : Qui autem congruenr ter sunt vocati, hi etecti, et Dd aliiore judicio gratiœ prœdestinationc diêcreti (AuG.) . Voulez-vous savoir, mes Frères,!dit ce saint docteur, qui sont ces élus appelés comme l'Apôtre selon le décret, mais le décret favorable de Dieu ? ce sont ceux dont Dieu a fait le discernement , qu'il a tirés die la masse corrompue du monde, et qu'il en a séparés en vertu de la grâce de leur vocation. C'est donc en effet dans la séparation du monde que consiste l'attrait , le mouvement et l'impression particulière de celte grâce. De là vient que «aint Paul, pour exprimer le don de grâce qu'il avoit reçu dans cette vocation miraculeuse et pleine die prodiges dont sa conversion fut suivie , ne se servoit point d'autre terme que celui-ci : Qui me segregavit ex utero, et vocavit per gratiam suam (Gai., 1). Tout ce que je suis , je le suis par la miséricorde de mon Dieu qui m'a appelé. Et comment m'a-t-il appelé? en me séparant dès le ventre de ma mère ; c'est-à-dire , selon l'explication de saint Ambroise, en me choisissant pour vivre séparé de la corruption du monde. De là vient que quand Tesprit de Dieu répandoit sur les premiers disciples ces grâces visibles et abondantes qui les élevoient aux plus saints ministères, ainsi qu'il est rapporté au livre des Actes, c'étoit toujours en ordonnant que ceux qu'il avoit choisis pour cela fussent séparés du reste même des fidèles. Segregate nùhi Saulum et Bamabam {AcL,i3): Séparez-moi Saul et Barnabe pour l'œuvreimportante à laquelle je les ai appelés : comme si cette séparation; ajoute saint Chrysostome, eûtjété une espèce de sacrement, par lequel la grâce de la vocation divine leur dût être communiquée. De là vient que le Sauveur du monde, pour signifier qu'il étoit venu appeler les hommes .à la perfection évangélique, disoit hautement qu'il étoit venu séparer le père d'avec son fils, et la fille d'avec sa mère : Veni separare hominemadversmpalremsuum,etfiliam adversùsmatremsuam (Matt., 10) ; réduisant toute la grâce de cette perfection à cet esprit de séparation. De là vient que le grand Apôtre voulant nous faire comprendre la grâce suréminente et infinie de la sainteté de Jésus-Christ, en a renfermé tout lemystère dans ce seul mot, Segregatus à peecatoribus ( Hebr.^ 7 } : c'est un pontife qui nous a été donné de Dieu, mais un pontife qui, par l'onction céleste dont il étoit rempli , a été parfaitement séparé des pécheurs. Or vous savez que la sainteté de Jésus- Christ est l'exemplaire de la nôtre ; et que la nôtre, pour être agréée de Dieu, doit être conforme à la sienne. Puisqu'il est donc vrai que cet Homme-Dieu a été sanctifié par une grâce qui l'a pleinement séparé du monde, il faut par proportion que la grâce qui nous sanctifie
produise eD bous un semblable effet ; et qu*en conséquence de cette grâce Dieu nous puisse dire ce qu'il disoit aux Israélites : Yous êtes mon peuple, et c'est en cette qualité que je vous regarde ; mais pour* quoi et comment Tétes-vous ? parceque je vous ai séparés de tous les autres peuples de la terre, qui vivent dans Tidolâtrie et dans les ténèbres deriofidélité. Voilà, encore une fois, le caractère essentiel de la vocation pu de la grâce du christianisme.
Or c'est de là que je tire la preuve de ma première proposition, et que mesurant, selon la règle de saint Bernard, par l'action de Dieu en nous notre obligation envers Dieu, j'entre dans la plus édifiante moralité que ce sujet me puisse fournir. Car voici comment je raisonne : la vocation chrétienne, en tant qu'elle procède et qu'elle est inspirée de Dieu» est une grâce de séparation; donc la correspondance qui lui est due, et qui fait proprement le devoir du chrétien, doit être une correspondance de séparation du côté de l'homme. Pourquoi cela? Ah ! mes chers auditeurs, le voici : parceque la correspondance à la grâce doit nécessairement se rapporter à la fin et au terme de la grâce même. Car comme il y a diversité de grâces et d'inspirations , i)tt;isiones gratîarum sunt (1. Cor,^ 12) ; aussi faut-il reconnoîlre qu'il y a diversité d'opérations dans l'homme et de devoirs, Et divisiones opéra" tionum sunt ( Ibid. ). C'est-à-dire que toutes sortes de devoirs ne répondent pas à toutes sortes de grâces. Je m'explique. Dieu me donne une grâce de résistance et de défense contre la passion qui me porte au péché : je né puis correspondre à cette grâce qu'en résistant à ma passion et en la combattant. Au contraire. Dieu me donne une grâce d'éloignement et de fuite dans l'occasion du péché : je ne puis être fidèle a cettegrace qu'enfuyant et en m'éloignant : et ainsi des autres, parceque c'est à nous, dit saint Prosper, de suivre le mouvement de la grâce, et non pas à la grâce de suivre^'le mien. Comme il est donc vrai que la grâce par laquelle Dieu m'appelle au christianisme ou à la perfection du christianisme , est une grâce de séparation du monde , quoi que je fasse , je n'accomplirai jamais le devoir du christianisme, si je ne me sépare du monde^ et si je ne fais avec Dieu ce que Dieu faut le premier dans moi.
Car en vain Dieu me sépare-t-il du monde en me prédestinant pour ,étre chrétien, si je ne m'en sépare moi-même en exécutant ce décret, et en coopérant à cette grâce qui me fait chrétien. Il faut , s'il m*est permis d^ parler de la sorte , que ces deux séparations concourent ensemble, et que la mienne seconde celle de Dieu, de même que celle de Dieu est le principe de la mienne. Concevez -vous cette vérité? Voilà en substance toute la théologie nécessaire au chrétien, et sur laquelle un chrétien doit faire fond« Car de là s'ensuivent quelques conséquences , que chacun de nous peut et doit aujourd'hui s'appliquer , comme autant de règles pour se connoltre devant Dieu et pour se juger ^i-méme. Ne perdez rien de ceci , s'il vous plait.
Première conséquence : il suffit précisément d*étre chrétien , pour être obligé de vivre dans cet esprit de séparation du monde. Qu'est-ce à dire du monde? c'est-à-dire des faux plaisirs du monde » des joies profanes du monde, des vaines intrigues du monde, du luxe du monde» des amusements, des folies, des coutumes, ou plutôt des abus du monde; en un mot, de tout ce qui entretient la corruption et la dissolution du monde. C'est-à-dire de tout ce qu'entendoit le disciple bien aimé , quand il nous défendoit de nous attacher au monde et à tout ce qui est dans le monde, Nolite dUigere mundumy neque ea quœ in mundo sunt ( JoAN., 2) ; c'est-à-dire de ce qu'il prenoit soin lui-même de nous expliquer en détail, quand il ajoutoit que tout ce qu'il y à dans le monde est, ou concupiscence de la chair, ou concupiscence des yeux, ou orgueil de la vie» Omnequodest in mundOy concupiscentia carnisest, et concupiêèenAa oculorum, et superina viœ (Ibid.); c'est-à-dire de ce qu'il nous ordonnoit de détester et de fuir , lorsqu'il concluoit que le monde n'est que désordre et qu'iniquité : Mundus totus in maligno p(h iitus est (JoAN., 5). Il suffit, dis-je, pour être obligé par profession et par état de s'en séparer, d'être chrétien; et il n'est point nécessaire pour cela d'être quelque chose de plus que chrétien : pourquoi? parceque la grâce seule du christianisme nous sépare de tout cela; et parcequ'au moment que nous avons été régénérés par cette grâce, nous nous en sommes séparés nous-mêmes. Vous le savez, mes chers auditeurs; et à moios de désavouer ce que FÉglise a fait solennellement en votre nom , et ce que vous avez mille fois ratifie depuis , vous n'ai pouvez disconvenir. Et en effet , quand les Pères vouloient autrefois détourner les fidèles de certains divertissements qui ont été de tout temps la passion du monde, et par lesquels les hommes du monde se sont de tout temps distingués » ils nç leur en apportoient point d'autre raison, sinon qu'ils étoient chrétiens et séparés du monde ; et cette raison seule les persuadoit. A theatro separamurj quod est qv4ist consistorium impudUÀtiœijEKtVLu), disoit l'un d'entre eux: le théâtre, qui est comme une scène ouverte à l'impureté , fait une séparation entre les païens et nous; car les païens y courent, et nous l'abhorrons : et cette différence n'est qu'une suite de leur religion et de la nôtre. De même, quand TertuUien recommandoit aux damés chrétiennes la modestie et la simplicité dans l'extérieur de leurs personnes, ce que l'on peut dire être à leur ég^rd un commencement de séparation du monde , comment est-ce qu'il leur parloit? Vous êtes chrétiennes, leur disoit-il, et par conséquent séparées de toutes les choses où cette vanité pourroit avoir lieu. Vous avez renoncé auxspectacles; vous n'êtes plus de ces assemblées où l'on ne va que pour voir et pour être vu; ces cerclesoù l'orgueil, où le faste, où la licence, où l'incontinence entretient tant de com" merces criminels, ne sont plus pour vous : en qualité de chrétiennies, vous ne paroissezplus dans le monde que pour les exercices de la charité où delà piété; que pour visiter les pauvres, qui sont vos frè-
res ; pour assister an sacrifice de votre Dieu , pour venir entendre sa parole : or tout cela est directement opposé à cette mondanité, qui esc le charme de votre amour-propre. Devez-vous traiter avec les femmes infidèles? à la bonne heure; mats pour cela même vous êtes indignes da nom que vons portez , si, leur donnantpar votre exemple l'idée de ce que vous êtes, vous n'avez encore plus de soin de paroître toujours revêtues des véritables ornements de votre sexe , qui sont la retenue et la pudeur. Voilà le raisonnement dont se servoit TertuUien , «fondé SUT la profession simple du christianisme. Raisonnement qui convainquoit les fidèles dece temps-là; et malheur à nous,:si nous n'en sommes pas convaincus comme eux ! ^
C'est donc une erreur, non seulement grossière , mais pernicieuse, de dire : Je suis du monde, et je ne puis me dispenser de vivre selon le monde, ni de me conformer au monde. Car c'est ce qui vous perd, et ce qui est la source de tous vos égarements. Or vous me permettrez bien de vous dire que de parler ainsi c'est une espèce de blasphème; car le Fih de Dieu vous a déclaré .expressément dans l'Évangile que vous n'êtes plus du monde, et vous, supposez que vous en êtes encore; et, ce qui est bien plus étrange, vous prétendez en être encore dans le même sens qu'il a voulu vous foire entendre que vous n'en étiez plus. Il fout donc renverser la proposition , et dire : Je ne suis pluS du monde, parceque je suis chrétienne; donc il ne m'est plus permis de vivre selon le monde , ni de me conformer aux loif? du monde. Alors vous me parlerez selon l'esprit et selon la grâce de votre vocation.
Mais cela est trop général. Seconde conséquence : plus un homme dans le christianisme a soin de se séparer du mt>nde, plus il est chrétien; et plus il a d'engagement ^t de liaison avec le monde (je dis de liaison hors de son devoir , et d'engagement hors de la nécessité et de sa condition) , moins il est chrétien : pourquoi? parceque, selon la mesure de ces deux états, il participe plus ou moins à cette grâce de s^Muration qui foit le chrétien. Chose si avérée (c'est la remarque du saint ëvêque de Genève, François de Sales) , que quand la grâce du christiaiiisme a paru agir sur les hommes dans toute sa plénitude , die les a portés à des séparations qui , de Taveu du monde même , ont été jusqu'à l'héroïque. Ainsi un Arsène est m crédit dans la cour des empereurs; cette grâce l'en arrache pour le transporter au désert. Une Mélanie vit dans la pompe et dans l'aflBuence des délices de Rome; cette grâce l'en détache pour lui foire chercher d'autres délices dans la [Retraite de Bethléem. Jamais tant d'illustres solitaires, c'est-à-dire tant d'illustres séparés que dans ces premiers siècles de TÉglise, parcequ'il n'y eut jamais tant de parfoits chrétiens. Et pourquoi pentons-iKNia que les monastères aient été de tout temps regardés comme des asiles de sainteté, sinon paroequ'on y est dans une entière séparation du monde? Qa'est-ee qu'une feligian fervente et réglée
(écoutez saint Bernard ^ et souffrez que je rende ce témoignage à la vérité connue), qu'est-ce qu'une religion fervente et réglée , telle que nous en voyons encore aujourd'hui ? c'est une idée subsistante du christianisme. C'est un christianisme particulier , dit saint Bernard, qui, dans le débris du christianisme universel, s'est sauvé, pour ainsi dire , du naufrage , et que la Providence a conservé , comme an commencement de ce premier christfanisme révéré par les païens mêmes ; car voilà , mes chers auditeurs, ce qui me rend la religion vénérable. Au contraire, l'expérience m'apprend que plus un chrétien s'ingère dans le commerce et les intrigues du monde , moins il est chrétien ; et qu'autant qu'il fait de pas et de démarches pour y entrer , autant l'esprit chrétien s*altère-t-il ou se corrompt-il dans lui. Jusque là que quand les Pères de l'Église ont parlé ou de ces recherches empressées du monde, ou de ces vanités et de ces plaisirs qui marquent l'attachement au monde, ils n'ont point fait difficulté de dire qu'il y avoit en tout cela une apostasie secrète ; pourquoi? parceque la grâce de la foi étant un principe de séparation à l'égard de toutes ces choses , ne pas renoncer à ces choses, c'étoit renoncer, en quelque manière , à la grâce de la foi.
Mais je vais plus loin. Troisième conséquence : il est impossible à une ame chrétienne de se convertir et de retourner véritablement à Dieu , à moins qu'elle ne soit résolue de faire un certain divorce avec le monde, qu'elle n'a pas encore fait; et il y a de la contradiction à vouloir être autant du monde et aussi engagé dans le monde qu'auparavant, et néanmoins à prétendre marcher dans la voie d'une pénitence sincère qui produise le salut; car le moyen, mon cher auditeur, deconcih'er ces deux' choses? Vous avouez vous-même que c'est le monde qui vous a fait perdre l'esprit de votre religion et l'esprit de Dieu : il faut donc que pour retrouver cet esprit vous vous sépariez du monde , et qu'au lieu de persister à vous figurer en vain cet esprit où il n'estpasjvous l'alliez chercher où il est. Or il estévidenl que l'esprit de Dieu n'est point dans cette espèce de monde dont nous parlons, puisque , bien loin d'y être pour vous , c'est là que vous l'avez perdu : et c'est ici où je ne puis m'empêcher à'être touché de la plus tendre compassion, en voyant certaines âmes dont on peut dire que le monde est plein , et qui,, pour ne se pas résoudre une bonne fois à cette séparation du monde , délibèrent éternellement sur leur conversion , et ne se convertissent jamais. Dieu les presse, la grâce agit en elles, elles conçoivent mille désirs ardents de leur salut; vous diriez qu'elles sont toutes changées , et que le charme est levé : mais quand il en faut venir à ce point , de rompre avec le monde et de se séparer du monde, ah! Chrétiens, c'est une conclusion qui leur paroît plus affligeante que la mort, et qu'elles éloignent toujours. Voilà pourquoi elles sont si ingénieuses à trouver des raisons et des prétextes pour faire valoir les engagements qui les rétiennent dans le monde ; voilà pourquoi
elles sont si éloqn^tes dans les apologies qu'elles font du monde. Hë quoi! disent-elles , ne peut-on pas être du monde et se sauver? DieuT n'est-il pas Fauteur de ces conditions , que Ton réprouve sous le nom deitaonde; et n'y a-t-il pas une perfection pour les gens du monde comme pour les religieux? Mais quand on leur répond qu il n'est pas question du monde en général ; qu'il s'agit d'un certain monde particulier, qui n'est point l'ouvrage de Dieu; d'un monde qui les pervertit et qui les pervertira toujours , parceque c'est un monde oii règne le péché 9 parceque c'est un monde où le libertioage passe pour agréable et pour honnête , parceque c'est un monde dont la médisance fait tous les entretiens» parceque c'est un monde oii toutes les passions se trouvent comme dans leur centre et dans leur élément» parceque c'est un monde où l'on ne peut éviter mille écueils auxquels la conscience ne manque pas d'échouer : que c'est ce monde-là dont il faut qu'elles se séparent, si elles veulpnt être à Dieu ; qu'il n'y a point sur cela de tempérament à prendre» ni de ménagement à observer; que leur conversion est attachée à ce divorce : quand on leur parle ainsi , c'est, encore une fois, l'obstacle éternel que la grâce trouve à surmonter dans ces âmes mondaines , et qu'elle ne surmonte presque jamais; parceque les séparer d'un tel monde, c'est les séparer d'ellesmêmes , ce qu'elles ne veulent jamais tout de bon , quoiqu'elles le veulent toujours imparfaitement.
Est-il possible, dit-on, que je puisse vivre sans voir le monde? Que ferai-je quand je me serai déclarée n'être plus du monde ? quelle ressource aurai-je contre l'ennui qui m'accablera dans cette séparation du monde? quel jugement fera-t-on de moi dans le monde? car voilà les difficultés que l'esprit du monde a coutume de former dans une ame qui traite avec Dieu de sa conversion. Et moi je dis, âmes chrétiennes , que si vous aviez tant soit peu de foi, ou plutôt si vous écoutiez,tant soit peu votre foi, vous rougiriez de ces sentiments. Non, non, Sdgneur, diriez-vous à Dieu , ce n'est point de là que doit dépendre ma résolution , et je raisonne en infidèle lorsque je parle de la sorte. Que cette séparation du monde me soit difficile ou aisée, qu'elle me cause de la tristesse ou de la joie, que le monde l'approuve ou qu'il la condamne; puisqu'elle m'est nécessaire, c'est assez pour m'y soumettre» S'il m'est pénible d'être séparée du monde , j'accepterai cette peine comme une satisfaction de tous les attachements criminels que j'ai eus au monde : et combien de fois, ô mon Dieu , le monde même m'a-t-il causé de mortels ennuis? est-ce un grand effort que je ferai, quand je serai prête à en souffrir autant pour vous? Le monde me oondanmera : et que m'importe d'être louée ou condamnée du monde, puisque je veux sincèrement m'^n séparer ? Je cherche quelles seront alors mes occupations: et n'en aurai-je pas trop , pourvu que je m'attache aux devoirs de ma religion et aux devoirs de mon état ? ces occupations ne sont-elles pas plus dignes de moi que celles que je me
faisois dans le monde , qui dissîpoient mon esprit sans le remplir» et qui oorrompoient mon cœur sans le satisfaire?
Cependant , Chrétiens , vous me demandez quelle doit être cette séparation du monde » et c'est le grand point de pratique qui me reste à vous expliquer. Je ne parle point des qualités vicieuses et mauvaises que cette séparation peut avoir : c'est une matière qui me foumiroit mille réflexions très solides > mais qui ne seroient peut^tre pas universellement goûtées. Or mon dessein est de tâcher à entrer dans vos cœurs(, pour les gagner à Dieu. Iljy a des séparations du monde fausses» et il y en a de vraies. Je suppose que celle que nous embrasserons sera telle qu'elle doit être; qu'elle sera sincère , désintéressée, et qu'elle aura Dieu pour motif. Mais cela posé » je dis (et voici les règles qui nous regardent), je dis qu'il y a deux sortes de séparations du monde : l'une corporelle et extérieure , l'autre de cœur et d'esprit. Je dis que pour vivre en véritable chrétien, toutes deux sont nécessaires y parceque la séparation extérieure du monde n'est qu'un £aintôme» si elle n'est soutenue et animée de celle de l'esprit ; et que celle de l'esprit ne peut se soutenir ni subsister, si elle n'est aidée de l'extérieure. C'est la maxime de saint Bernard et de tous les Pères. Il faut une séparation du cœur et de l'esprit; car en vain suis-je séparé da monde , d'habit , d'état , de demeure , de fonction et de conversation, si mon esprit et mon cœur y sont attachés. C'est par le cœur qu'il fiiut que je conunence à m'en séparer. Or vous qui m'écoutez , Chrétiens, au milieu des embarras de la vie du siècle, vous pouvez avoir cette séparation du cœur; et vous pouvez l'avoir, si vous le voulez, aussi parfaitement que les solitaires et les religieux mêmes, parceque votre cœur est entre vos mains, et que vous en pouvez disposer.
Mais ce n'est pas tout : il faut que laséparation du cœur soit accompagnée, ou , pour mieux dire, soutenue de la séparation extérieure et corporelle : par quelle raison?- parceque, dit saint Grégoire pape, la contagion du siècle est telle, que les hommes les plus purs, les plus saints et les plus dégagés de l'amour du monde, ne laissent pas d'en ressentir les atteintes. Il faut donc de temps en temps les affoiblir et en diminuer l'impression , en se retirant et se séparant extérieurement du monde, et foire cooune ces consuls et ces princes de la terre dont Job a parlé, qui jusque dans leurs palais se bâtissent des solitudes, où ils sont au milieu du monde comme s'ils n'y étoient pas : Cuvi regibus ttconsutibui terrœ, qui œdi^ant sibisolitudines (Job, 5). C'est de là qu'est venu l'usage de ces saintes retraites qui se pratiquent aujourd'hui dans le christianisme , et qui y produisent des effets de grâce si mervdlleux. Que fait-on dans ces retraites? on écoute Dieu parler, on converse familièrementet paisiblement avec lui, on reçoit ses commomcations les plus intimes, et on y répond. Ah ! mes Frères , les jours qap vous passerez dans ces pieux et salutaires exercice^ seront proprement vos jom^; et l'oa peut dire que sans ceux-là , presque
tous les autres sont perdus pour vous. Ce qu'il y a de bien déplora* ble» c*est que nous ne les voyons pratiquer ordinairement qu'à ceux qui en ont moins de besoin ; car à qui est«ce que ces retraites sont plus nécessaires? Ce n'est pas à cet ecdésiastique ni à ce religieux , qui mènent une vie réglée dans leur profession : c'est à cet hommed'affaires, dont la consdenoe est chargée de mille injustices qu'il ne verra jamais bien que dans une retraite : c'est à cet homme de cour, qui ne pensera jamais sérieusement à son salut si une retraite ne Ty fait penser : c'est à cette femme du monde » laquelle se trouve dans un abîme de corruption dont il n'y a qu'une retraite qui soit capable de la tirer. G'çst à ces personnes qu'il faut des retraites. Aux autres elles sont de conseil, mais à ceux-ci eUes peuvent être et sont très souvent d'obligation , parceque , dans l'ordre naturel des grâces et dans la voie commune de la Providence , elles leur deviennent un moyen unique pour se sauver.
Voilà» mes diers auditeurs , la première idée du christianisme. Séparons-nous du monde avant que le monde se sépare de nous; car il fiut de deux choses l'une, ou que nous nous en séparions nous-mêmes par choix et par vertu , ou que nous en soyons séparés par force et par nécessité. Or ne vaut-il pas bien mieux que cette séparation se fasse en nous par l'attrait de la grâce, que d'attendre qu'elle se fasse malgré nous par la violence de la mort? Séparons-nous du monde» tandis que nous pouvons devant Dieu nous rendre le témoignage que nous nous en séparons pour lui. Car quel honneur fuisons-nous à Dieu quand nous nous convertissons à lui parceque nous ne sonunes plus eu état de goûter le monde , ou plutôt parceque le monde conunence à ne nous plus goûter? Quelle obligation Dieu , pour ainsi parler, nous peut-il avoir, quand nous lui donnons le reste du monde? Quelle (Ivoire tire-t'il de nous, quand nous nous mettons dans Tordre, non pas par un e^rt que nous fassions en quittant la créature , nuds par un secret désespoir de ce que la créature nous a quittés? Séparons-nous du monde de la manière dont nous en voulons être séparés dans le jogement de Dieu; et puisque, selon saint Augustin, le jugement de Dieu à l'^rd du Juste ne sera point une punition, mais une séparation , Non punitio, sed discretio (Auc); anticipons dès cette vie l'effet de ce jugement; faisons dès maintenant ce que Dieu fera alors : paroissons sur la terre dans le même rang où il fiiudra que nous paroissiens , c'est-à-dire séparés des impies et des réprouvés; et, sa^ différer jusqu'à la venue de Jésus-Christ, fsdsons en sorte que , trouvant en nous cette séparation déjà faite , il n'ait qu'à la ratifier quand il viendra pour nous juger. Séparons-nous du monde, afin que dans ce jour terrible Dieu ne nous sépare pas de ses élus. Car comme il y a, selon FÉcriture , une séparation de miséricorde et de grâce, aussi y en a-t-il une de rigueur et de justice; et la plus forte imprécation que . faisoit David contre ^es ennemis» qui (tarent
46 Sm LE CARACTÈRE DU CHRÉTIEN.
toujours les ennemis de Dieu , étoit de dire à Dieu : Domine^ à panch divide eos (Ps. 16) : Séparez-les, Seigneur, de ce petit nombre d'élus que vous avez choisis. Surtout , Chrétiens , n'appréhendez point la séparation du monde comme un état triste et affreux. Quand elle seroit telle y vous étant d'ailleurs aussi salutaire et aussi nécessaire qu'elle Test, vous devriez l'aimer. Mais j'ose bien dire que si vous y êtes fidèles à Dieu , Dieu vous y fera trouver des douceurs préférables à toutes les joies et à tous les plaisirs des sens. En effet, il n'y en a point de plus heureux dans le monde que ceux qui sont parfaitement séparés du monde : c'est ce que nous avouons tous les jours ; et il est bien étrange que , reconnoissant dans les autres ce qui doit faire notre bonheur, nous le craignions pour nous-mêmes. Cependant, mes cbers auditeurs , tel est l'enchantement de nos esprits et le désordre où nous vivons : toujours persuadés du néant du monde, et toujours possédés de Tamour du monde , nous dégoûtant sans cesse du m'onde et ne nous en détachant jamais. Quoi qu'il en soit, mes Frères , voilà le premier caractère de l'homme chrétien , d'être séparé du monde. Mais il n'en faut pas demeurer là , et le second est d'être consacré à Dieu , comme je vais tous le montrer dans la seconde partie.
BEUXIÈHE PAATIB.
11 est de la sainteté de Dieu d'être servi par des Saints, -comme il est de la grandeur des rois d'être servis par des grands; et la ipême raison qui fait que ceux-ci, en qualité de souverains et de monarques, veulent avoir des princes pour officiers de leur maison, est celle pourquoi Dieu , en qualité de Saint des saints, se fait un honneur de recevoir le culte qui lui est dft par des hommes sanctifiés, et qui portent dans eux un caractère de consécration. Tous les hommes, dit saint Grégoire pape, sont essentiellement sujets à l'empire de Dieu; mais tous les hommes ne sont pas pour cela consacrés à Dieu. Cette consécration est l'effet d'une grâce spéciale : et je dis que c'est la grâce propre du christianisme. Pour approfondir cette vérité, concevez bien, s'il vous plaît, trois choses dignes de toute votre réflexion , et capables de remplir vos cœurs des plus nobles sentiments de la foi. Premièrement, Texcellence de ce que j'appelle la consécration du , chrétien; en second lieu, l'obligation indispensable de sainteté que cette consécration impose à l'homme chrétien ; et enfin la tache particulière qui , par une malheureuse nécessité , et en -conséquence de celte consécration , se répand sur tous les péchés du chrétien. Si je vous fais bien comprendre ces trois articles, il n'y a rien, mes chers auditeurs, que je ne doive espérer devons.
Qu'est-ce que l'onction du baptême, en vertu de laquelle nous sommes chrétiens? C'est, dit saint Cyprien, une consécration solennelle qui se fait de nos personnes;^ mais une consécration dans laquelle il' semble que Dieu a pris plaisir de rassembler toutes les richesses de
sagraoe pour nous la rendre plus préoieuse; esr leJl>aptéine, ajoute ce Père» nous consacre en je ne sais combien de manières , qni doivent toutes nous inspirer an certain respect pour nons^némes. Il nons consacre comme rois, il nous consacre comme prêtres, il nous consacre comme temples de Dieu, il nous consacre comme enfents de Dieu, il nous consacre comme membres de Dien. Ah! mes chers auditeurs, apprenons aujourd'hui ce que nous sommes, et confondonsHoous, si nous ne sommes pas ce que tant de motifs nous excitent à devenir.
Je dis que le baptême nous consacre comme rois et comme prêtres; ainsi l'apôtre saint Pierre le déclare-t-ii , lorsque parlant aux chrétiens dans sa première Épttre canonique, il leur donne tout à la fois ces deux qualités en les appelant sacerdoce royal , Regale sacerdotium {{ . Pbtr., 3). Et ainsi le disciple bien aimé , dans l'Apocalypse, feitîl consister en partie le bienfoit.de la rédemption en ce que Jésus- Christ, qui est le souverain rédempteur, nous a établis rois et prêtres de Dieu son père : Et fecisA nos Deo nostro regnum et saeerdotes (Apoc., ë). £n effet, comme chrétiens, nous ne sommes destinés A rien de moins qu'à régner; et ce n'est point une exagération ni une figure de dire que dans le baptême nous sommes sacrés pour posséder un royaume, qui est le ciel; que nous y recevons l'investiture d*une couronne, qui est la couronne du ciel; et qu'en même temps que la grâce de ce sacrement nous est conférée, nous avons un droit légitime de prétendre à l'un des trônes que le Fils de Dieu- nous a préparés dans le cieU Comme chrétiens , nous sommes encore consacrés prêtres du Dieu vivant : comment cela ? parceque Fonction baptismale non seulement donne pouvoir au chrétien, mais lui impose Tobligation d'offrir à Dieu des sacrifices continuels: le sacrifice de son esprit par la foi, le sacrifice de son corps par la pénitence, le sacrifice de ses biens par Taumône, le sacrifice de sa vengeance par la charité, le sacrifice de son ambition par rhumilité; toutes hosties^ dit saint Paul, par lesquelles on se rend Dieu favorable, et^ans lesquelles le christianisme n'est qu'une ombre de religion : Talibus enim hostiis promeretur Deus (Hebr.y 13). Je dis plus : parce qu'en qualité de chrétiens nous pouvons offrir tous les jours le plus grand de tous les sacrifices, qui est celui du corps et du sang de Jésus-Christ^ Car tout laïques , mes Frères, que vous êtes , vous offrez réellement et conjointement avec le ministre du Seigneur ce divin sacrifice : et de là saint Léon conclut que vous devez donc vous regarder comme les associés des prêtres : Agno$cantse^ et regii generisy et officii sacerdotalis esse cansories (Léo). Or vous ne pot>vez offrir ce sacrifice avec les prêtres sans être, dans un sens, prêtres vous-mêmes. D'oii il s'ensuit que le caractère de chrétien répand sur vous une partie de l'onction sacerdotale.
J'ajoute qu'en vertu de ce même caractère vous êtes consacrés à Dieu comme ses temples. Rien de plus commun dans la doctrine de
aaint Paul. Non, mes Frères» disoit ce grand apôtre, ce n'est point dans des temples bâtis par les hoknmes que notre Dieu fait sa demeure» mais dans ceux qu'il a bâtis lui-même ; c'est-à-dire dans nous-mêmes, car vous êtes vous-mêmes les temples du Dieu tout puissant. Or prenez garde » mes chers auditeurs , cette qualité que nous possédons de temples de Dieu est, à parler dans la rigueur, uniquement attachée à la grâce du bapiême; et toute autre grâce que celle du baptême , fûtelle aussi éminente que celle des anges , ne nous conununique point cette qualité. Écoutez la raison qu'eii donne Guillaume de Paris. C'est qu'à parler dans la rigueur, nous ne sommes proprement les temples de Dieu qu'en tant que nous sommes capables de recevoir le Fils de Dieu par la participation de son corps adorable, lorsque ce Dieu de bonté et de majesté vient habiter dans nous, et élit de nos cœurs autant de sanctuaires et de tabernacles où il réside. Or par où sommesnous capables 4e le recevoir ainsi, cet Qomme-Dieu ? par le baptême. Car quand j'aurois toute la sainteté des esprits bienheureux , si je n'avois le caractère du baptême, je ne pourrois me présenter à la table de Jésus-Christ , ni participer à son sacrement. C'est donc le baptême qui fait en nous comme la première consécration du temple de Dieu , ou plutôt c'est par le baptême, et par le caractère de chrétien que le baptême nous confère , que nous devenons les temples de Dieu.
Mais qu'est-ce que toutes ces qualités, en comparaison des titres glorieux d'enfants de Dieu et de membres de Dieu ? Car ce sont là les termes formels et les ext>ressions de l'Écriture. C'est de nous que saint Jean a dit que tous ceux qui ont été unis à Jésus-Christ dans le baptême et par le baptême , que tous ceux qui ont cru en lui et en son saint nom , ont dès-lors acquis un droit incontestable d'être appelés enfents de Dieu, comme en effet ils le sont devenus: Quoiquot autem receperunt eum, dédit as potestatem filios Deifieri, hi$ qui credunt in nomme ejus (Joan., 1). C'est aux chrétiens que saint Paul disoit : Vous êtes le corps de Jésus-Christ , vous êtes ses membres : Vos estis corpus ChrisA^ et membra de membre (1. Cor.^ 12). De vouloir relever ici l'excellence de tous ces dons descendus du Père céleste et commuiniqués à l'ame chrétienne , ce seroit , mes chers auditeurs , une matière infinie, et des discours entiers n'y pourroient suffire. Passons à l'obligation de sainteté que nous imposent de si saintes qualités ; et tirons de là le juste sujet de notre confusion , pour le faire en même temps servir à notre édification.
Voilà, dis-je, encore une fois, mes Frères, ce que nous sommes , et voilà les augustes caractères que la grâce, à proportion de vos états , imprime dans vous. Mais aussi quelles conséquences suivent de ces principes? Voyez quelle ferveur de charité la charité d*un Dieu pour nous doit allumer dans nos cœurs. Voyez à quel retour de zèle elle nous engage ; par quelle intégrité de mœurs nous devons soutenir ce
degré de gloire où la grâce nous a fait monter. Est-ce trpp exiger de nous que de nous obliger à être parfaits, pour remplir, non pas l'étendue, mais en quelque sorte Fimmensité de ce devoir? Enfin, tout ce que la loi chrétienne nous commande , quelque héroïque qu'il puisse être, est-il trop relevé pour des enfants de Dieu? Ah! Seignenr, s'ëcrîoit saint Ambroise , méritons-nous de porter ce beau nom, si, par une lâche conduite , nous venions à dégénérer, et à déchoir des hauts sentiments de l'esprit chrétien , dans les bassesses infinies de l'esprit du monde ; et ne faut-il pas que nous renoncions pour jamais à l'honneur de vous appartenir, si nous prétendions nous borner à des vertus médiocres? C'est ainsi, mes chers auditeurs, que le concevoient les Pères ^e l'Église , et c'est le fond de moralité sur lequel saint Paul établissolt les plus fortes remontrances qu'il falsoit aux chrétiens. Il ne les appeloit point autrement que du nom de saônts; et quand il écrivoit aux églises dont le soin lui étoit comihis , son épttre portoit pour inscription : Aux saints de l'Église de Corintbe^ aux saints qui sont à Éphèse : Ecclesiœ Dei quœ est Corinthi, vo* catii sanetit (1. Cor.^ i) : pourquoi? parcequ'il supposoit que l'on ne pouvait être l'un sans l'autre, et que L'essence du chrétien étant d'être consacré à Dieu , être chrétien par profession c'étoit être saint. De là vient qu'il n'eniployolt guère d'autre motif que celui-là pour porter les chrétiens à cette inviolable pureté du corps et de l'esprit, par où il Touloit qu'ib fussent distingués dans le monde. Ne savez-vous pas, mes Frères, leur disoit-il , que par le baptême vous êtes devenus le temple de Dieu : NesetHs quia templum Dd esHs (1 . Cor., 3)? Or le temple de Dieu doit être saint; et quiconque profene ce temple. Dieu le perdra*
Sur quoi Zenon de Vérone feit une remarque aussi solide qu'ingénieuse. Si ce temple de Dieu, dit-il, étoit dans nous parfait et achevé, comme il l'est dans les bienheureux qui sont au ciel, nous n'aurions plus besoin de travailler à notre sanctification ; mais la structure de ce temple , pendant que nous vivons sur la terre , devant toujours croître et ne se terminant jamais, c'est à nous, pour répondre aux vues de Dieu qui en est le premier architecte , de l'édifier continuellement. Vérité que saint Paul a si Inen exprimée par ces paroles : In quo omnis œdificatio constructa creseit in templum tanctum in Domino {Ephes,,^) ; car il ne dit pas que Jésus-Christ esUle fondement sur lequel nous sommes bâtis et ^fiés , mais sur lequel nous bâtissons et nous édifions , pour être un temple consacré au Seigneur. Or ce temple , encore une fois , ne peut être édifié dans nous que par la sainteté de n(^e vie : d'où vient qu'une vie sainte m% communément appelée vie édifiante. Et la merveille en ceci , reprend Zenon de Vérone, est de voir qu'en effet si nous sommes justes, le temple de Dieu se bâtit à tous moments et se consacre dans nos personnes : O re$ miranda^ quatUUè œdificaturin nobii et consecratur domm Dei B. 3. 4
(Zen. Vsr.}' Il est vrai, ajoutoit ailleurs le grand Ap6tre, comme chrétiens' vous participez au sacerdoce de Jésus-Christ et au ministère dés prêtres ; mais c'est pour cela même que je vous conjure de pré- .'sentér aDieu vos corps, comme autant d'hosties saintes, vivantes, et âgféabtes à ses yeux. Car si les prêtres de Tandenne loi dévoient étr^ mnts 9 parcequ'ils étoient députés pour^ offrir des pains et de r^nçens ; vous qui , en vertu de votre vocation , offrez à Dieu des victimes incomparablement plus nobles ; vous qui lui offrez tous les jours TAgheau sans tache dans le sacrifice de Fautel; vous qui lui devez offrir des cœurs , des volontés et des esprits, que devez-vous âtre, si le raisonnement de TÉcriture est juste : Ineemum et panes offerunt, et ideà sancti erunt Deo suo ? A quoi , par rapport à vous, ce raisonnement ne s'étend-il pas, et quelle nécessfté ne vous impose -t-il pas de mener une vie pure, et dégagée de la corruption du siède?
Yoilà , mes chers auditeurs, ce qui doit aujourd'hui vous ammer ; et si vous n'êtes pas touchés de ce que je dis, voilà ce qui doit vous faire trembler; car un troisième et dernier artide par où je finis, c'est que les péchés des chrétiens contractent une maÛoe particulière, qui est celle même du sacrilège, et qui les rend plus abominables devant Dieu. En effet, qu'est-ce que le sacrilège? c'est, disent les théologiens, l'abus, la profanation d'une chose consacrée à Dieu. Or tout ce qu'il y a dans moi est consacré à Dieu par le baptême ; et tous les péchés que je commets sont autant d'abus criminels que je fois de moi-même. Par conséquent tous mes péchés renferment une espèce de sacrilège dont je suis coupable. Mais encore de qudle nature est ce sacrilège? ce n'est pas seulement la profanation d'une chose consacrée à Dieu, mais unie à Dieu, mais incorporée avec Dieu, ain^ que l'est un chrétien en conséquence du baptême et selon les principes de notre foi. Ah ! mes Frères , ècrivoit saint Paul aux Corinthiens, justement indigné d'un pardi abus , seroit-il possible que j'en vinsse à cette extrémité? Quoi! j'arracberois les membres de Jésus-Christ, pour en faire les membres d'une prostituée ? ce sont les propres expressions de l'Apôtre : Tollens €rgà membra Christi^ faciam memikra meretrkis (1. Cor.^ 6) ? QiK»! je corromprois un cœur qui doit être la demeure de mon Dieu , je l'infecterois du poison le plus mortel, je Je souillerois de toutes les iniquités I
C'est cependant, mes chers auditeurs, ce que nous faisons en nous abandonnant au péché : jusque là que quelques théologiens , portant trop loin le sens et la force des paroles de l'Apôtre ont douté si Ton ne pouvoit pas dire que Jésus-Christ, tout impeccable qu'il est en luij^én(ie, devenoit pédlieur dans les chrétiens i et cela autant de fois qu'ils commettoient de péchés. Je sais que l'Église a rejeté cette manière de parler si injurieuse à la sainteté d'un Homme-Dieu, et qu'elle l'a même traitée d'hérésie ; mais cetle hérésie et cette manière de parler ne laisse pas d'être fondée sur une vérité certaine, sa^r, que
toutes les fois que nous péchons, œ sont les firmes et les nienri>res de Jésus^Cbrist qui pèchent: ToUens ergàmemtra Chrini, faeiam mem-^ krameretrimf
Ce ne sont point là des exagérations de la chaire , ni ce n*en est pdnt une d'ajouter, 'en déplorant la ^triste décadence du christianisme, qne rien néanmonis n'y est plus ordinaire que le péché. Quand Dieu, dans les premiers âges du monde, Tit la corruption générale où. toute la terre étoit tombée , il se repentit, selon le langage de TÉcritare, d'ayoir créé l'hoânne : Pœnitet me feeisse eoê ( Gènes. ^ 5 ). La vue de tant de désordres qu'il découvrit lui fit regarder avec horreur son propre ouvrage, et l'excita à le détruire : Delebo hominem quein ereavi (Ibid.). Car il ne put souffrir qu'une créature formée à sa ressemblance, et enrichie de ses dons, défigurât ainsi son image par de honteux excès et par ses débordements : Omms qmppè taro corrupe^ rai vtom iuam (Ibid.). Hé! mes Frères, ces premiers hommes étoient-ils plus vicieux qne nous , et dans leurs vices étoient-ils aussi criminels? Prenez garde : étoient-ils engagés en de plus mortelles habitudes, étoient-ils dominés par de plus sensuelles passions, étoientils sujets à de plus grossières et de plus sales voluptés? Toyolt-on parmi eux plus d'injustices, plus d'inimitiés, plus de vengeances, plus de perfidies, plus de dérèglements et plus de débauches? Mais en tout cela et en toute autre chose étoient-ils d'ailleurs aussi criminels que nous? Avoient-ils avec Jésus^Christ la même liaison, s'étoit-il montré à leurs yeux sous la même chair, avoit-il contracté avec eux la même union par la même grâce et les mêmes sacrements ? En un mot, étoit-ce des chrétiens comme nous? et n'est-ce pas une conclusion bien solide et bien vraie que celle de TertuUien et de tpus les Pères après lui , !que dans la loi nouvelle, dans cette loi qui nous lie si étroitement à IXeu, qui nous dévoue si spécialement à Dieu, qui nous donne avec Dieu une communication si intime, et nous fait, en quelque sorte, participer à la nature même de Dieu, si nous sommes pédieurs, notre péofaé nous rend beaucoup plus condamnables au tribunal de Dieu, et plus redevables à sa justice ?
Qu'avons-noos donc à craindre ? Plaise au ciel de détourner Teffet d'une si terrible menace, et puissions-nous le prévenir ! G*est que Dieu, selon les mêmes termes de rÉcriture, ne vienne à se repentir de ce qu'il a fait pour nous, en nous honorant d'un si saint et si glorieux caractère iPœmtet me femse. C'est qu'il ne détruise enfin cette Église qu'il a rachetée de son sang et animée de son esprit : Deiebo de terra. Que dis-je , mes chers auditeurs ! il ne la détruira jamais , et cette Eglise subsistera toujours, paroequ'elle est bâtie sur la pierre ferine. Hais Dieu, content de se réserver quelques âmes fidèles , détruv*a tant d'indignes sujets qui la désolent, au lieu de ré(fifier. Il les retranchera de son royaume comme autant de scandales , et il le transportera à des nations étrangères. Il conservera le christianisme , mais il
^ réprouvera des millions de chrétiens. Il permettra que le flambeau de la foi s'éteigne parmi nous : hélas ! n'a-t-il pas déjà commencé à le permettre ? et tandis que la lumière de FËvangile se répaind sur des peuples ensevelis dans les onoères de la mort » ne voyons-nous pas tous les jours des esprits s'obscurcir, et tomber peu à peu dans les plus épaisses ténèbres de l'incrédulité? Car voilà l'affreux châtiment qu'ils s'attirent de la part de Dieu ; et le moyen qu'une foi toute sainte et tonte sanctifiante pût se maintenir dans la licence du siècle, et compatir avec des mœurs toutes perverties? Omnisquippè caro corruperat viam 8uam. Que nous reste-t-il autre chose, ô mon Dieu, que d'avoir recours à votre infime miséricorde, et de vous fléchir par un retour prompt et sincère dans les voies d'une foi pure et agissante? Tout coupables que nous sommes^ ce sont toujours vos enfonts qui vous réclament comme leur père, ce sont toujours les membres de votre Fils adorable, puisque ce sont toujours des chrétiens. Si nous n'avons plus qu'une foible lueur pour guider nos pas , elle peut croître avec l'assistance de votre grâce, et se fortifier. Ne souffre»pas. Seigneur, que cette dernière ressource nous soit enlevée.Toute autre vengeance qu'il vous plaira d'exercer sur nous, nousravonsméritéeetnousl'acoeptons. Mais, mon Dieu, soutenez notre foi, augmentez notre foi, vivifiez notre foi , pour la couronner dans l'éternité bienheureuse, où nous conduise, etc.
SERMON POUR LE DIX-HUltlÈME DIMANCHE APRÈS
LA PENTECOTE.
' Et vident Jenu fidem illorum, dixU paralytico : Confide, /S/i; remiUuniur tibipeo cala tua.
Jésus voyant leur foi, dit au paraly tlqae : Mon fiJa; prenn confiance ; vos pédiés yous aont remit. Sàiat Màttubu, chap. ix.
Il n'est point de mal plus pernicieux à l'homme que. le péché ; et si ce fut une grâce que le Sauveur dît monde fit à ce malade de notre * évangile, de lui donner la santé du corps et de leiguérlr de sa paralysie, ce fiit encore une faveur tout autrement précieuse et mille fois plus estimaUe, de li4 donner la santé de Vajne et de lui accorder la rémission de ses péchés. Tel est, mes chers auditeurs, l'avantage que nous recevons nous-mêmes dans le sacrement de la pénitence, et que nous ne pouvons conserver avec trop de soin. En vain le paralytique perclus de tous ses membres se fût-il trouvé tout-à-coup, par un miracle de la vertu divine, en état d'agir ; en vain eût-il entendu de la bouche dé Jésus-Christ cette parole toute puissante, Surge et ambula (1[atth., 9) , Levez-vous . et marchez, si, par une rechute aussi prompte que l'avoit été sa guérison» il eût perdu tout de nouveau le mouvement, et qu'il fût retombé dans sa première infirmité. Disons mieux, Chrétiens, et ne sortons point de notre sujet : en vain ses pé«
cbës lui eussent-ils ëtë pardonnes, si la passion, reprenant bientôt un nouvel empire sur son cœar, l'eût rengagé dans ses mêmes habitudes; et en vain eût-il été réconcilié dans un moment avec Dieu, s'il fût au bout de quelques jours rentré dans ses voies criminelles, et qu'il se fût rendu plus que jamais ennemi de Dieu. C'est pour cela que le Sauveur, après avoir guéri auprès de la piscine cet autre paralytique dont il est parlé dans Tévangile de saint Jean, l'avertit expressément de ne pécher plus, et de ne pas retourner à ses désordres passés , de peur qu'il ne s'attirât de la part du ciel un châtiment encore plus rigoureux que celui qu'il avoit déjà ressenti : Ecce sanui factut es :jàm noU peceare^ ne deterius tibi aliquid contingat ( Joan., 5). Souffrez donc, mes chers auditeurs, que je vous fasse aujourd'hui la même leçon ; et comme le condle de Trente, parmi les caractères de la vraie pénitence, par oà nous obtenons le pardon de nos péchés, nous marque la fermeté et la persévérance du pécheur pénitent , permettezmoi de vous entretenir d une matière que je n'ai point encore traitée jusques à présent dans cette chaire, et qui demande tout mon zèle et toute votre attention : c*est la rechute dans le péché. Je veux vous faire voir ce qu'on doit penser de ces conversions suivies de rechutes ordinaires et habituelles. Le sujet est terrible ; et s'il est vrai, dans le sentiment de saint Augustin, ^qu'on ne doit pas se réjouir, ni même entendre parler des jjraces que Dieu nous fait, sans avoir au même temps le cœur rempli d'une crainte salutaire, selon le mot du Prophète, Exultate et cum tremore (Ps. 2), à combien plus forte raison devons-nous trembler au récit des tristes malheurs que j'ai à vous représenter dans ce discours, après que nous aurons imploré l'assistance du Saint-Esprit par Tintercession de Marie : Ave.
Les théologiens distinguent divers états de pécbé et de grâce; mais de tous ces états» il n'y en a que deux plus communs en cette vie présente où iious sommes : Fun est de se relevée de la chute dû péché par la grâce de la pénitence, et l'autre de déchoir <}e la grâce de la pénitence par la rechute dans le péché. Or le premier état , dit saint Grégoire , fait «ur^ la terre notre véritable bonheur, et nous donne qudque comnilunic^tion de tous les autres états de sainteté ; car la pénitence nous remet absolument dans l'état de là grâce, pour pouvoir ne plus pécher; elle nous rétablit dans les plus beaux droits de la grâce, comme si nous n'avions jamais péché ; elle nous tient lieu , tant qu'elle subsiste en nous, d'une grâce confirmée, pour nous préserver du péché; et elle nous fait mériter l'état de la gloire, oii nous ne pourrons plus pécher. Delà il s'ensuit, par un raisonnement tout contraire, que le second état, qui est celui de la rechute dans le péché, doit être pour l'homme le plus grand de tous les malheurs, puisqu'il détruit tous ces avantages de la pénitence, que nous pouvons encore réduire surtout à deux : savoii^; par rapport au
passé, d'ethcer les péchés commis ; et par rapport à Tavenir, de bous fortifier pour ne lesplus commettre. Car remarquez bien, 8*11 vous plait, deux propositions que j'avance. Je dis que la rechute ordinaire et habituelle dans le péché rend la pénitence passée infiniment suspecte ; et j'ajoute que la même rechute dans le péché rend la pénitence à venir non seulement difficile» mais, selon le langage de TÉcriture et des Pères de TÉglise , moralement impossible. Que feit donc, le pécheur de rechute? deux choses. Il nous donne lieu de douter si sa pénitence passée a été sincère et véritable } c'est la première partie ; et il se jette dans une extrême difficulté, pour ne pas dire dans une espèce d'impossibilité , de retourner jamais à Dieu par une nouvelle et soïde pé^ nitence : c'est la seconde partie. De sorte qu'il ne peut raisonnablement ni s'assurer du passé, ni compter sur l'avenir. En deux inots, tb* chute dans le péché, marque d'une fausse pénitence à l'égard du passé, obstacle à la vraie pénitence dans l'avenir, voilà de quoi je vais vous convaincre, si vous voulez m'écouter avec attention.