PREMIÈRE PARTIE
Il est donc vrai , Chrétiens , que la chair de l'homme a été élevée dans Jésus-Christ jusqu'à la souveraineté de Tétre de Dieu ; et c'est oe que le Saint «Esprit a prétendu d'abord nous marquer par ces paroles: Verbum caro factum est : Le Verbe s'est ftiit chair. Demander comment et pourquoi s'est accompli ce prodige , ce seroit le détruire , dil saint Augustin, en voulant le connoitre; puisqu'il est certain que ce mystère de riocarnation du Verbe ne seroit plus par exoellence l'œuvre de Dieu , si l'on en pouvoit rendre raison , et qu'U n'auroit plue l'avantage de se distinguer par sa singularité, si , dans Tordre de ht nature ou de la grâce, on en pouvoit trouver un seul exemple : Hic, si ratio quœrimr, non erit mirabile : si exempium, non erit singufare (AuGusT.). J'avoue que Marie, au moment que l'ange lui en fit la dé» daration, ne laissa pas dédire : Quornodà fiet istwif Comment cela se fera-t*il? Mais saint Chrysostome remarque très bien que cette demande fut alors l'effet d'une profonde et respectueuse admiration, et non pas d'une présomptueuse et vaine curiosité; et que si Marie voulut savoir de quelle manière se vérifieroit ce qui lui éioit annonoé de la part du ciel , ce ne fut point par incrédulité, mais par un pur zèle, et par nn sincère amour de la virginité qu'elle avoit vouée.
Quoi qu'il en soit. Chrétiens, voilà le miracle qui vous est proposé dans cette fête, et que je dois vous expliquer : car je serois prévaricateur, et je ne m'acquitterois pas de mon ministère, si , préléraUe* ment à tout le reste , je m'attachois aujourd'hui à vous développer cet article essentiel de votre foi. Voilà , dis-je, le miracle que la foi nous révèle, un Dieu incarné, un Dieu-Homme, jusqu'à pouvoir dire, dans le sens propre et naturel , qu'il s'est fait chair : Verbwn ctarq factum est. D'où il s'ensuit, par- une conséquence nétiessaire, que la dé l'homme , considérée dans la personne du Rédempteur , est
donc Tëritablement la chair d'an Dieu ; que dans Tinstant bien hen* reux où fut conçue cette chair virginale, elle se trouva donc, toute chair qu'elle étoit, pénétrée, comme dit saint Paul, de Fonction de Dieu, inséparablement unie au Verbe de Dieu , n'ayant , selon lé langage des théologiens, point d'autre subsistance que celle du Verbe de Dieu ; qu'en recevant rétre , elle entra donc d'abord en possession de tonte la gloire qui appartioit à Dieu , et que le Fib de Dieu la reconnottra dans toute l'éternité pour une chair qu'il s'est appropriée, qu'U a consacrée , qu'il a déifiée ; car c'est ainsi qu'en ont parlé tous les Pères , dans des termes que la tradition même de l'ÉgUse auroit eu peine à autoriser, s'ils n'étoient encore au-dessous de ï'àiergie et de la force de cem-ci : Le Verbe s'est fait chair , Ttinc m tit^ro. virgo eoncepk, et Verbum caro factum est, ut caro fieret Deus (Aubr.) : Ce fut alors, dit saint Ambroise , qu'une vierge conçut miraculeusement, et que le Verbe fut lait chair , afin que la chair devint Dieu. Ce Père pouvoit-il s'en expliquer d'une manière plus expresse? Et paroequ'nne vérité aussi importante que celle-là ne peut être appuyée sur trop de témoignages, ajoutons celui de saint Augustin : TalU fuit uta smceptio^ guœDewnhominem,facerèt,ethominem Deum {Axjg.), Oui, mes Frères , disoit ce saint docteur , l'effet de cette incarnation a été tel , que l'homme s'est vu dans Jésus-Christ élevé jusqu'à Dieu, et que Dieu, dans ce même Jéuss-Ghrist, s*est vu réduit à la forme d'un homme. Expressions, je le répète, qui demandent toute la soumission de la foi , et qui Rous paroîtroient avoir je ne sais quoi de dur , si elles n'étoient évidemment fondées sur ce principe incontestable : Verhan earo factum est.
. De .là vient, mes cbers auditeurs (appliquez-vousàceci, et ne pensez pas que la grandeur de mon sujet m'emporte trop loin , puisque autant qu'il est relevé, autant me suis-je étudié à le traiter exactement); de là vient que dans Jésus-Christ, entre la chair et le Verbe, il n'y a rien eu de divisé; et que ce qui étoit vrai de Fun, par une communication d'attributs, l'est encore de l'autre. Ainsi, paroeqne la chair de Jésus-Christ a été passible et mortelle , nous disons , sans craindre d'être accusés de blasphème , que le Verbe de Dieu a souffert et est mort pour nous : et d'ailleurs , parceque le Verbe de Dieu est égal à Dieu , nous ne craignons point la censure, en disant que la chair de Jésus-Christ esc assise à la droite de Dieu. Et quoiqu'il n'y ait point d'extrémités plus opposées que la croix et le trône de Dieu , nous ne faisons pas plus de difficulté d'attribuer à cette chair du Fils de rUomme, qui a été crucifiée , la prééminence du trône de Dieu, que d'attribuer au Verbe de Dieu, qui est la splendeur de ia gloire du Père, l'humiliation et l'ignominie de la croix. Pourquoi? parceque tout cela n'est qu'une suite de ce que nous professons par ces paroles, Verbum caro factum est.
Il est vrai, et je suis toujours obligé de le reconnottre, ce mystère est
difficile à croire, et c'est là que nous devons captiver nos esprits. Mais puisqu'un Dieu veut bien anéantir pour nous dans ce mystère sa souveraine majesté , ne refusons pas au moins de lui soumettre notre raison. Soumission nécessaire : car, comme disoit saint Athanase, je ne puis savoir comment le Verbe s'est incarné ; mais il ne m'est pas permis d'ignorer qu'il se soit incarné , et qu'il ait pris une chair semblable à la mienne. Au lieu donc de m'engager dans une recherche inutile, et qui passe toutes mes vues ; au lieu de vouloir pénétrer dans ces ineffiibles secrets de l'incarnation divine , lorsque je ne me connois pas moi-même ; ce que j'ai surtout à faire , c'est de bénir mille fois la miséricorde infinie de mon Dieu, non seulement parcequ'il est descendu de sa gloire pour moi , et qu'il s'est fait homme comme moi , mais parcequ'il m'a révélé , et qu'il m'a fait annoncer ce mystère de mon salut. Car si je puis être sauvé sans la science de Tincarsation, je ne puis l'être sans la foi de l'incarnation ; c'est-à-dire si je puis être sauvé sans savoir par quelle vertu et de quelle manière le Verbe de Dieu a élevé la chair de l'homme à une si noble alliance, je ne puis l'être sans savmr que cette merveilleuse alliance s'est faite dans la personne de Jésus-Christ; en sorte que, dans la personne de Jésus-Christ, il y a eu tout à la fois un vrai Dieu et un vrai homme : Verbum caro factum esU
C'est de quoi tant d'hérétiques n'ont pas voulu convenir ; et c'est pour mieux affermir la créance de ce mystère , que Dieu a permis qu'elle fût attaquée par tant d'endroits. Les uns ont combattu la divinité de Jésus-Christ, ne oonsidératit pas qu'il est aujourd'hui formé dans le sein de Marie par la seule opération de l'Esprit divin, Sphritut sanetus superveniet in te (Luc, 1); que l'ange l'appelle absolument saint et la sainteté même , Sanctum vocabUvr ( Ibidem) ; qu'il est conçu par une mère vierge , et demeurant toujours vierge, quoique mère; enfin, qu'il vient dans le monde pour £tre le Sauveur du monde : ^Hndpes d'où il. s'ensuit incontestablement qu'il est Dieu; car, comme raisonnent saint Ambroise, saint Augustin, saint Cyrille et saint Bernard, il n'appartient qu'à un Dieu d'être saint par lui-même et la source de toute sainteté ; qu'à un Dieu d'être fils d'une vierge , sans que cette vierge y perde rien de sa virginité ; qu'à un Dieu de sauver le monde, après qu'il l'a créé.
D'autres ont refusé , par une erreur toute contraire, de reoonnoître l'humanité de Jésus-Christ ; tantêt ne lui attribuant qu'un corps imaginaire et fantastique; tantôt lui accordant un vrai corps, mais sans ame et sans intelligence ; tantôt lui donnant un corps parfait , mais formé d'une matière toute céleste, et non de la substance de Marie : dogmes insoutenables, à quoi les docteurs de l'Église, et entre autres TertuUien, saint Athanase et saint Léon pape, ont opposé toutes les Écritures et les plus solides raisons» Car , disoient-ils , si
Jësus^Gbrist n'a eu qu'un corps imagioaire, comment nous a^-t-il rachetés de son sang? s'il n'a eu qu'un corps sans ame, comment at-on pu l'appeler homme; et s'il n'étoit pas homme, comment a-t"*3 satisÂdt pour les hommes? si son corps a seulement été formé dans I0 sein de Marie » et non de la substance de Marie , comment Elisabeth l'appela-t-eUe la mèrede son Seigneur? Mater Domtitim^i (Luc, I); et comment l'ange lui dit»il que IHomme-Dieu qu'elle devoit porter dans tes chastes flancs » naîtroit d'elle? Nasceturex te (lUd.)?
Enfin , conclut saint Augustin , plusieurs se sont trompés , tout à la fois, et à l'égard de la divinité de Jésus-Gbrist « et à l'égard de soa humanité ; non pas en niant ni l'une ni l'autre» mais l'union de Tune etdel'antre, telle que le Saiat»Esprit l'a ftiiteettellequ'ellesubsîsterd toujours. Car ils reconnoissoient en Jésus-Christ et une traie divinité» et une vraie humanité. Mais comme le propre de l'hérésie est dedonnef dans toutes les extrémités, ou bien » d'une part» ils prétendoient que Dieu et l'homme dans Tincardation avoient été seulement unis de volonté, unis de sentiments et d'intérêts, unis par adoption» par affection » par communication de gloire » et non point d'une union réelle et substantielle; ou bien» d'autre part» ils confondoient telle* tuent ensemble la divinité et l'humanité» qu'outre l'unité de personne, ils établissoient encore dans l'Homme-Dieu une unité de nature : erreurs foudroyées par l'Église dans ces fameux conciles dont les célèbres décisions nous servent de règles » et qui nous apprennent qu'en Vertu de l'incarnation le Verbe divin s'est réellement et substantielle^ ment uni à notre chair; que par cette union le Verbe incamé s'est rendu propres toutes les misères de l'homme , et que l'homme est entré en participation de toutes les grandeurs dé Dieu ; qu'il j a néanmoins entre les deux natures qui composent cette adorable per^sonne, la iiature divine et la nature humaine» une distinction essentielle , sans qu'elles aient été confondues , et que Tune , comme par^ loient quelques hérétiques, ait absorbé l'autre. Tel est. Chrétiens, le précis de la doctrine orthodoxe touchant le mystère d'un Dieu fait homme , et c'est de quoi H falloit d'abord vous instrilire : Verbum care factrnn est.
N'en demeatt)ns pas là; mais réduisant à la pratique et aux mœurs cette première vérité, profilons de la fête de ce jour pour nous dis*poser à la solennité de Pâques qui approche , et faisons-nous du mystère de rîncarnaiion une préparation solide à l'accomplissement du grand précepte de la communion. Car voilà sur quoi est fondée cette loi si sainte , qui nous oblige à nous éprouver nous-mêmes avant que de recevoir le corps de Jésus-Christ, et à n'y participer jamais qu'avec une conscience pure » et dans un état où » sans être absolument assurés que nous sommes dignes d'amour, nous puissions toutefois, quoique pécheurs , dire avec humilité , comme saint Paul : Nikit ndhi comcius tutti (1. Cor., 4): Ma conscience ne me reproche rien, du moins
&m VANHONCiktW!^ DE LA TÎÈAGE; 47l
rie& de captial et de grief. On demaiule pourquoi PApôtre a fetf utf crime n atroce de ce qu'il appelle communion indigène ; et ron s'é^ tomie ^'animé du zèle apostolique dont il étoit rempli , il ait fulmina ëe si terribles anathèmes contre ceux qni , dans un état de n)ort $ osem manger le pain de ^ie; qu'il leur ait déclaré que c^esl alors leur jogemetot qu'ils mangenl, el leur condamnation ; qu'il les ait traités de profanatenrr et de sacrilèges; et que , sm^ sa parole, maigre la oorruptioB du siècle , la seule pensée de communier indignement fesse encore horreur aux chrétiens les plus imparfaits et même les plus mondains. Non, non, mes chers auditeurs, il ne faut point en être surpris. Supposé ce c[ue je Tiens de vous dire, et ce que la foi ûoiùé epse^e derincamation du Verbe, il n'y a rien en toirt cela qui ne sole foctleà comprendre; et qoand une fois j*ai conçu que ce pain dont pérlè saânt Paul est le corps du Seigoeur, et le Seigneur même, jèsotfscriÉf ssns peine à tous tes anathèmes qu'il prononce contre ceux qui fyrefel'' Bsnt SMS diseernement cette nourriture céleste. Quelque fbridMabtetf qu'ils soient , je n'ai, pour les trotrrer équitables y (}u'à m'ajplpliqu^ persoBneilemeiit le mystère du Verbe fait chair , en me disant à iité4 même : Cette chiiir que je mange dans le sacrement est la Chair d'iiii Bien, et je la profane quand je la mange dans l'état dti péché. Par Fiiû^ èarnalion elle est unie à une personne divine ; et par l'indigne eonk munion -queiefais, je l'anÂs^ toute sainte qu'elle est, à iineame erimineUe et ennemie de Dieu. Cela seul me fait sentir la raiscm qu'a eae saiat Paul , de condamfner si séTèrement ces sacril^es qui se pré« sentaoft à la table du Sauveur sans avoir la i*obe de nooes, qui est Ui graee, et il n'y a point ensuite de châtiment qui ne me paroisse QBOonè au^dessoDS d'une •telle profenation.
Que fendroîl*il donc dire à un chrétien qui se trouve sur le poùil de Qéld)rer la pàque, et de prendre part au sacrement de Jdsuadbridtl Écotttez-aKâ, hpàimesdn siècle, et n'oubliez jamais* cette itostrœtiait^ Il.fiiudroit lui dire à.peu près, et avec la proportion qui doit être îqî gardée ^ ee que Fange dit à Marie : Ideàque et quod nasoetur ex êê ianctum, vocabitur Fiiiuê Dei : Prenee garde, mon Frère! ce qui esl caehé sous les symboles de ce pain, c'est le Saint des saints et le Fils de Dieu , le même qui est né d'une vierge^ le même dont l'auge fit à eette viei^ enn si magnifique éloge. Voilà o^luique vous allei reoetoirr Ainsi rentrez en TOus-même; et vous mesurant sur Texempie de Mariity puisque voas êtes destiné à porter dans votre sein le même Dietf^f voyisa si vous êtes dans les mêmes dispositions; voyez si vous à vos? reçu comme dfe t'Ësprit divin ; voyez si' l'espiHt >dorrompu du monde ne règne pas eneore dans vous : car II b« s^agti pas moiUs .pbiir vcint qoe d'être, aussi bien quB Mavie , le temptsr vivant oh un. Dieu ftiit ohÎMr doit et veut foire sa dumeui^e : Verbttm caro faotum est , et hahHiWiê in nelfu.
Ab 1 Chnétiens , qvsHe épreuve UteMate fit^elt^pus d'olle^élae »
tion, tons les hommes, sans en excepter aucun, sont devenus les membres de Jésus-Christ, n'a plus hésité à tirer de là cette affreuse conséquence , dont il n'y a point d'impudique qui ne doive trembler : Tollens ergà'membra Oiriiti, facidm membra meretricûk(l. Cor.^6). Si c'étoit un autre que saint Paul qui se fût expliqué de la sorte, nous ne pourrions entendre ces termes; et la pudeur que nous affectons , malgré la licence et le débordement des moeurs où nous vivons, nous feroit rebuter une instruction si nécessaire et si essentielle : mais si c'est l'esprit de la foi qui nous anime et qui nous conduit, quel e£fet cette conséquence ne doit-elle pas produire en nous ? quelle horreur ne doit*elle pas nous inspirer pour le péché que je combats? et si nous en sommes esclaves, quelle indignation ne doit-elle pas nous faire concevoir contre nous-mêmes ? Tollens ergà membra Chnsti^ faciam memtra meretridi? Cela seul, bien médité, ne doit-il pas être pour nous plus convaincant que toutes les prédications; et pour peu qu'il nous reste de religion, en faut-il davantage pour nous préserver de l'emportement des passions impures?
Vous me direz : Mais il s'ensuit donc que le Fils de Dieu , s'incarnant et se faisant homme, a rendu le péché de l'homme plus abominable et plus irrémissible qu'il ne le seroit de lui-même? Oui , reprend saint Chrysostome , cela s'ensuit et doit s'ensuivre nécessairement* Mais nous sommes donc« en conséquence de ce mystère, plus criminels que nous ne l'aurions été si nous étions demeurés dans Fétat de notre première corruption? Rien de plus incontestable et de plus vrai. Mais 'l'incarnation de Jésus-Christ nous devient donc préjudiciable, quand nous nous abandonnons à notre incontinence? C'est ce que toutes les Écritures vous prêchent. Ah ! Chrétiens , peut-être y en a-t-il parmi vous d'assez ingrats et d'assez insensibles aux bienfaits de Dieu, pour souhaiter. que Dieu ne les eût point tant honorés; peut-être leur infidélité va-t-elle jusque là ; et, s'il étoit dans leur choix de prendre l'un ou l'autre des deux partis, peut-être renonceroient-ils à la gloire d'appartenir à Jésus-Christ, pourvu qu'il leur fût permis de satisfaire impunément leurs desiirs déréglés, et qu'ils se trouvassent par-là déchargés de l'obligation que ce mystère leur impose, de vivre dans Tordre. Mais il ne dépend plus d'eux ni de nous que cela soit ainsi, et il ne dépend plus de Jésus-Christ même qu'il cesse d'être ce qu'il nous est. Soyons libertins tant que nous voudrons, nous serons toujours ses frères selon la chair : jusque dans les enfers, si nous sommes jamais réprouvés de Dieu, nous en porterons le caractère; et ces désordres de la chair tireront éternellement de lui , malgré que nous en ayons, un sujet particulier, ou un surcroit de condamnation.
Peut-être, mes chers auditeurs, ces désordres ont-ils déjà éteint les plus vives lumières de votre foi, et peut-être ceux à qui je parle ne croient-ils plus que foiblement le mystère de l'incarnation d'un Dieu : car le moyen de le croire et de vivre dans l'habitude de ce péché?
Mais croyons-le, ou Bêle croyons pas : si nous vivons dans le désordre de ce péché, nous nous feisons de ce mystère, qui par excellence est le mystère du salut, un mystère de réprobation. Si noas ne le croyons pas, notre arrêt est déjà porté, et dès-là nous voilà jugés: Qtct non creÀt, jamjvdicatus est (Joan., 3); si nous le croyons, nous nous jugeons et nous nous condamnons nous-mêmes. Si nous ne le croyons pas, il n'y a point de Sauveur pour nous ; et si nous le croyons , il y en a un, mais pour notre confusion. Car souvenons-nous. Chrétiens, que ce Dieu fait homme est en même temps, selon Poracle du saint pontife Siffléon, pour la ruine des uns et pour la résurrection des autres : Po^ sUui Cet in rumam et in remrrectionem muUorum (Luc, 3). Il s'est incarné pour nous sauver; mais il pourra bien arriver, par Tabus que nous faisQns de ses grâces, qu'il se soit incarné pour nous perdre. Or* s'il doit jamais contribuer à la perte de quelques pécheurs , comme rÉvangile nous l'assure, sur qui doit-on présumer que tomberont ses anathèmes, si ce n'est pas en particulier sur ces chrétiens sensuels, sur ces voluptueux impénitents et obstinés dans leur péché? Ah ! Seigneur, ne permettez pas qu'une si funeste prédiction se vérifie jamais en nous, et que les mérites de votre vie mortelle, qui, dans les vues de votre infime miséricorde, doivent servir à notre salut, par un châtiment de votre redoutable justice servent à notre malheur éternel ! Et vous. Vierge sainte et toute pure, puissante médiatrice des hommes, et leur mère, puisque vous êtes la mère d'un Dieu-Homme, en nous donnant^'oe Sauveur que vous portez dans votre sein virginal, et qui vient BOUS racheter, aidez-nous à recueillir les fruits d'une si abondante ré* demption , afin que , par les grâces dont votre Fils adorable est la source et dont vous êtes la dispensatrice, nous puissions parvenir à la bienheureuse éternité, où nous conduise , etc.
F'erbum earo faetum est, et habitavit in noMs,
Le Verbe s'est fait chair, et II a demeuré paimi nous, Saint Ain, chap« f •
SiRB,
C'est le grand mystère que nous célébrons aujourd'hui, et sur quoi est fondée toute la religion chrétienne. Mystère que Tapôtre saint Paul exprimoit en des termes si relevés , et qu'il appeloit le mystère par excellence de la bonté et de la charité de Dieu envers les hommes : Magnum jnetatis sacramentum^ manifestatum in came (1. Ttm., 3). Le Verbe s'est fait chair : voilà, dit saint Augustin, ce ^ui paroissoit incroyable. Mais il y avolt encore, ajoute-t-il, quelque chose de plus incroyable, savoir, que ce mystère, tout incroyable qu'il étoit, fût cru néanmoins d^sle monde; et c'est ce qui est arrivé. De ces deux choses incroyables, celle qui l'étoit le plus a cessé de l'être^ et est devenue non seulement croyable, mais évidente. Car il est évident que le B. 3. 30
06 a^JR l^'ANMONCIATIQN DE U VIEBiGe*
mjuèr^ d'«Q Dîett ûicarxi^é a été prêché aux nations» et que lejMnde #'68t soumis à oe poiat de fçi : Magnum pielatis sacramenium , prceài^ itiHim gentikus , creSuim in mimdo (1 . Tim., 3). Quand saint Pml m fp^fiok éoû, ce néiéok qu'une prédiction qui dès*loro commeaçoît i ^ vérifier ; oidîs nous voyons la prédiction pkinenent acconpUe. Le inonde devenu 4^éljen croit un Dieu fait chair; et voilà le wrade q^> opéré le Seigneur^ et qui par^ à nos yeux : 4 D^minQ factw» £^t uiud, et est mir^'ÛR in qcuMs nMr'u {P$^ 117). Or» convaioens* içoœme nous Je sommes » du plus incroyable , pourquoi aurioas««o«s 4e ^a peine à croire oe qui Test moins? C'étoit le raisonnement desaint 4^ugttstin. Mais ice n'est pas assez : le Verbe fait chair a demeuré parmi nous» Et habitavit in notns (Joan.» ^ ) ; pourquoicela? pour nous instruire par ses exemples^ et pour nous saooUfier par sa doctrine. Voilà, dit saint Paul, par rapport à nous, une des principales JEuis de rinoarnation : Apparuit erudiens noi (Fit., S). Écouiex-le donc, mes cfaers auditeurs , ce Verbe incréé, mais incarné : c*est par moi qu il vous doit ai^ourd'hm parler, c'est moi qui lui dois servir d'organe ; et, pour m'acquitter dignement d'un si saint ministère, j'ai besoin des lumières et des glaces d» même Esprit dont Marie reçut la plénitude. Demandoqs-ks par l'intercession de cette mère de Dieu, etdiaons^uî arecr^u^ : Av^ Maria.
Ce n'est pas sans un dessein particulier que l'évangéliate, pour jaoas donner une idée juste du mystère de ce jour, l'a renfermé dans ces trois divines paroles, que nous ne devons jamais prononcer qu'avec jrespect : Le Verbe s'est fait chair : Verbum carofacfMmm (Joan., 1). Autrefois, saint Paul défendoit aux ministres de l'Église, chargés de l'instruction des fidèles, d'entretenir leurs auditeurs :de ce qui regardoit les généalogies et les alliances, prétendant que c'ëtoient des questions inutiles qui ne servoient qu'à exciter des disputes , et qui ne contribuoient en rien à l'édification des mœurs. Ainsi Fordonnoit-il à Timothée. 11 n'en est pas de même, Chrétiens, des alliances du Verbe avec la chair, et de la chair avec le Verbe, dont j'entreprends ici de •vous parler; car ce sont des alliances toutes saintes qu'il vous est important de bien connoitre, et qu'il ne vous est pas permis d'ignorer; des alliances qui doivent être le sujet de vos réflexions, comme elles sont l'objet de votre foi ; des alliances qui vous découvrent les plus , admirables principes que vous puissiez vous appliquer pour la Téformation de voire vie. Or j'en trouve trois de ce caractère dans le mystère adorable de rinoarnation , et les voici : Alliance du Verbe avec la chair, par rapport à Jésus-Christ ; alliance du Verbe avec la chair, par rapport à Marie, sa mère; alliance du Verbe avec la chair, pur rapport à nous, qui sommes ses frères; alliances, dis-je, que je vous propose comme mfiniment propres à vous toucher, à vous convertir» à vons smicttfier, à vous rendre de panfoits. chrétiens, ai vous en javei
pratter. Et afin que vous en puissiez mieux fidre le diaoernemeot, je disiÎDgue dans oes trois alliances autant de degrés qui ëlèvenl la chair de l'homme, dans la personne de Jàus^brist, jusqu'il la sou? ^rainelé de Tétre de Dieu ; dans la personne de Marie, jusqu'au rang suUime de la maternité de Dieu; et» dans nos personnes, jusqu'à la dignitd d*enfants de Dieu. Ainsi , gardant les proportions cmYenables entre Jésus-Christ et Marie, et entre Marie et nous, ce seul mysiftre du Verbe incarné nous fait voir aujourd'hui trois grands mtrtdeft! dont Jésus-Christ, un Homme-Dieu; cesera la première partie : dans Marie, une mère de Dieu ; ce sera la seconde : dans nous, qui que noussoyonSi mais surtout si nous sommes en état de grâce, de légitimes enftnts de Dieu ; c'est la troisième. Vous verrez. Chrétiens, les trois conséquent œs pratiques que je tirerai de là , non seulement pour vous aflennip dans la foi , mais pour voua apprendre à remplir dignement les plue saints devoirs du christianisme.