PREMIÈRE PARTIE
Gonnottre Dieu dans lui-même, c'est le privilège de la gloire et de l'état des bienheureux : le connoître dans ses œuvres et par rapport à nous, c'est l'avantage de la foi, et ce qui sanctifie les hommes sur la terre. Connottre Dieu comme souverain Seigneur, comme premier principe* et dernière fin', comme l'être par excellence, de qui relèvent tous les êtres, et de qui ils dépendent essentiellement ; le connoître ooiçme source de tous les biens, comme celui, dit l'Écriture, qui protége;> qui sauve, qui vivifie, et d'où procède toute grâce et tout don parfait ; lé connaître comme vengeur du péché, comme Saint des saints, qui sait punir le péché autant que le péché est punissable ; en un mot , le connoître dans l'étendue de ces trois divins attributs que BOttsdistibgilôns,' mais qui sont en eux-mêmes indivisibles, savoir, dans l'étendue de sa grandeur, de sa bonté et de sa justice : voilà, dit l'Ange de l'école, saint Thomas, ce qui s'appelle pour nous, dans la vie, la science de Dieu , et ce que l'homme chrétien doit continuellement étudier, s'il veut s'acquitter envers Dieu des trois plus importants devoirs que la religion lui impose : devoir de dépendance , devoir de reconnoissance , et ; supposé que Dieu soit offensé, devoir de pënitenèe.' Or ce sont justement, mes chers auditeurs, les trois idées qoeie Sauveur du monde a voulu' imprimer dans nos esprits, en nous mettant^devant -les* yeux l'oblation adorable de sa personne dans le temple de Jérusalem. Ceci mérite toute votre attention. u .C|^est*JésuéChrist,ifi)sde Marie, qui est présenté à Dieu : et pour^ quoi? pour honorer la souveraineté infinie de Dieu : Sancîifica mhi omne prbnogtmtufn tant de hominUmi^ quàm de juments ;mea enim Munt omnia (Exod.^ 15) : Que chaque premier-né me soit offert, disoit Dieu au législateur Moïse , dans le chapitre treizième de TExôde (pesez, s'il vous plaît, ces paroles, qui font le sujet principal de cette fête, et qui contiennent en substance l'instruction solide et touchante que j'en vais tarer) : Que chaque premier-né me soit offert, paroeque toutes choses m'appartiennent, et que, sans exception, je suis le Seigneur absolu de toutes les créatures. Ainsi Dieu usant de ses droits , et se faisant connoître pour ce qu'il étoit,rordonn6it-il aux Israélites. Telle étoit la fin de la loi. C'étoit pour cela que les mères |H)rtoient à Tau-
tel œ qu'elles avôSent de plas cher, leurs dlnés et le premier fruit de leur fécondité. C'écoit partie qu'elles reudoient hommage à ce sapréme em^nre que Dieu 'exerce, et qu'il ne convient qu'à lui seul d'exercer dans l'univers : Ego Domnus^ et non est aliitt ( Isai., 4S ). C'est moi qui suis le Seigfueur, et il n'y en a point d'antre que moi. Tel éioit, dis-je, l'esprit de cette sainte et divine loi que Moïse avoit publiée, et qui seterminolt à protester, par une cérémonie solennelle, que tout étoit à Dieu, de Dieu, et pour Dieu : à Dieu, en qualité de souverain ; de Dieu, en qualité de principe ; et pour Dieu, en qualité de fin dernière : Mea enim sunt omnia. Mais il (alloit que la loi de grâce relevât encore cette cérémonie, et lui donnât toute sa perfection : il (alloit, pour boaorer cet empire de Dieu autant qu'il devoit l'être, un premi/er-në d'un ordre et d'un mérite supérieur à tous ceux qui jusqu'alons avoient été présentés. Il n'y avoit que Jésu$4]hrist qui, offert par Marie, et s'offrant lui-même, pût dignement et par> £ûtemeot remplir la mesure de ce devoir : pourquoi? saint Jean Chrysostome en apporte deux excellentes raisons. Premièrement , parcequ'en conséquence de sa prédestination éternelle« il étoit Je pre* mier-né de toutes les créatures ; auguste et éminente prérogative que lui attribue saint Paul , Primogemtus omm$ creaturœ (Coloss., 1) : se* oondement, parcequ'ëtant Dieu et homme tout à la fois, la présentation de sa personne étoit un hommage, non seulement digne de Dieu, mais proportionné et égal à la majesté de Dieu : Non rapittam ar6t* tratu» est esse se œqualem Deo {Ptnlip.y 3). Je m'explique» Dieu vouloit que dans chaque éimille le premier-né lui fât voué, pour lui rëpcmdre de tous les autrc^s, et pour être comnie un otage de la dépendance où dévoient vivre tous les autres, représentés par oelut-d, qui étoit leur chef. Mais chacun de ces premiers-ttés n'étant chef que de sa maison, et la loi dont je parle n'obligeant que les entants d'Israël , il n'en pouvoit revenir à Dieu qu'un honneur borné et limké. Que tait Pieu? Il choisit dans la plénitude des temps un homme chef de toas les hommes, dout l'oUation lui est comme un tribut universel pottr toutes les nations et pour tous les peuples ; ua homme qui noms [re* présente tous^ et qui , faisant à notre égard foffice d'alné, répond i Dieu de lui et de nous, à moiae que nous n'ayons l'audace de le désa* vouer, et, que nous ne soyons assez aveugles pour nous détacher de lui ; uq homme, dit le granrl Apôire, dans qui tous les êtres réunis rendant aqourd'hm à Dieu le devoir de leur soumission, et qui , par. son obéissance, remet sous l'empire de Dieu tout ce que le péché eo aveit SQuslrait. Car c'est ce que le Saiet»£sprît a voulu nouscxprioier dans ces admirables paroles de TÉf^tre aux Ef^ésîtns : huamrmre omma in ChriM (Ephes.f 1 ) ; et c'est aussi sur quoi est foadé ce droit d'aînesse ^iue Jésus-Christ devoit avoir »u*deaKis de (mite créature :
i^ di9 plus ; toutes ks^ créaiures^ prises mime misemble , nf ayuti
SDR LA PtlRlPlGATION DE LA VIERGE. Wt
nulle prûpordon arec l'Atre de Dieu, et, comme parle Isaîe, toutes les nations n'étant devant Dieu qu'une goutte d*eau, ou qu'un atome e^ qu'un néant, quelque effort qu'elles fissent pour témoigner à Dieu leur dépendance, Dieu ne pouvoit être pleinement honoré par elles : et dans le culle qu'il en recevoit, il restoit toujours un vide infini, que tous les sacrifices du monde n'étoient pas capables de remplir. Il M« loit un sujet aussi grand que Dieu, et qui , par le plus étonnant de tous les miracles, possédant d'un côté la souveraineté de Pétre, et de l'autre se mettant en état d'être immolé, pût dire, mais dans la rigueur, qu'il offroit à Dieu un sacrifice aussi excellent que Dieu même, et qu'il lui soumettoit dans sa personne, non point de viles créatures » non point des esclaves , mais le créateur et le Seigneur môme. Or c'est ce que fait aujourd'hui le Fils de Dieu. Sêtrifidum et obtationem noluisti, holocaustum et pro peceato non poitulasti; tune tlixi : Ecce venio { Psatn. 39 ) : Vous n'avez plus voulu, 6 mou Dieu , d'oblation ni d'hostie; les sacrifices de l'ancienne loi ont cesse de vous agréer : c'est pourquoi j'ai dit : Me voici, je viens, je me pré<* sente à vous. Car c'est à la personne du Sauveur que confiennent Ut*téralement ces paroles du Prophète royal , et c'est dans le temple de Jérusalem qu'elles furent authentiquement vérifiées, puisque ce fiit là que cet Homme-Dieu, abolissant les anciens holocaustes pour en éta* blir un nouveau, vint lui-même s'offrir à son Père, se consacra, se dévoua solennellement, entra dans le sanctuaire, non plus, dit TApdtre, avec le s^ngdes boues et des taureaux, mais avec son propre san|^ ; ti'çst-à-dire honora Dieu, non plus p^r des sujets étrangers^ mais par lui-même et aux dépens de lui-même; et, par cette unique oblation, donna pour jamais à ceux qui dévoient être sanctifiés, une idée parfaite du vrai culte qui est dû au Dieu vivant : Vhà obiaHone consummavit in sempiternum sanctifkatos {Hébr.^ 10). Voilà donc, mes chers auditeurs, ce que nous inspire le mystère de ce jour, uq sentiment profond et respectueux de la souveraineté de Dieu ; un atlâchement inviolable à ce premier devoir de religion, quiestFobâssance et la souipission à Dieu ; une disposition à se sacrifier , et, s'it étoit possible, à s'anéantir pour reconnottre, comn^e Jésus-Christ, l'empire dé Di^u.
Or de là même couchiez et jugez qud est li^ désordre de Phommé
^ rougir, ___
pendance de Dieu, péché caphal des gpiands du mondfe, dont le ca* ractère le iJlus commun est de vivre comme s'ils n'étoient nés que pour eujt-mêmeSj et qui, par un renversement de principes, usant du inonda, bîiprutôièi jbbîss^nt, comme si le monde ne subsîstolt que pour eiix, rappomiit toiit i enx, au lieu que tout eTçH être k^âppmé i
Dieo. lodépeiadance de Dieo« d*oà41 arrive que dans leurs entreprises Dieu n est pas même consulté ; que sa loi n'est jamais un obstacle à leurs injustes desseins ; que leur politique est la seule r^le de leurs plus importantes actions, pendant que la cousdeoce n'est écoutée et ne décide que sur les moindres ; que ce qui s'appelle leur intérêt n'est jamais pesé dans la balance de ce jugement redoutable , où eux-roémçs néiânrooins doivent l'être un jour: comme si leurs intérêts étoient quelque chose de plus privilégié qu'eux-mêmes; comme si leur poliiique pouvoit prescrire contre la loi de Dieu, qui est éternelle ; comme si la conscience n'étoit un lien que pour les âmes vulgaires ; comme s'il y avoit des hommes affranchis, par leur état, de la suprême domination du Seigneur de toutes choses. Indépendance de Dieu, souvent accompagnée d'illusion et d'erreur; en sorte que ces esprits mondains, professant au-dehors la religion, ne laissent pas d'en être secrètement les déserteurs, ne s'y assujettissent qu'autant qu'il leur plaît, Tinterprètent selon leur sens, l'accoiomodent à leurs passions, et au lieu de régler par elle leur ambition, leurs désirs, leurs vues, la font toujours servir à leurs vi|es, à leurs désirs et à leur ambition. Indépendance de Dieu, qui vient, dans les uqs, d'un oubli général de leurs devoirs, dans les.. autres, d'un excès d'amour - propre ; dans ceux-d, d'un esprit d'orgueil, dans ceux-là, d'un fonds de libertinage et d'impiété : quatre sources du désordre que je combats. Oubli général de leurs devoirs, lorsque dissipés et emportés par le torrent du siècle, enflés de leurs succès et plongés dans le plaisir, ils né se souviennent plus enfin qu'ils ont un maître , un législateur, un juge ; tellement que le respect et la crainte de Dieu s'effacent à mesure que le monde les possède, et qu'il ne leur reste plus qu'une foi morte, incapable de les toucher, beaucoup moins de les contenir dans l'ordre d'une obéissance exacte et fidèle. Excès d'amour-propre, lorsqu'à force de s'aimer, de se flatter, de se rechercher et de se satisfaire, ils se font d'eux-mêmes leurs idoles ; qu'ils se regardent eux-mêmes comme leur fin , et que dans Tusage de la vie toujours occupés d'eux-mêmes, toujours pleins d'eux-mêmes, toujours attachés et bornés à eux-mêmes, ils deviennent insensibles non seulement pour tout ce qui est hors d'eux-mêmes, mais pour le Dieu qui les a créés, et dont la supériorité leur paroit gênante et incommode. Esprit d'orgueil, lorsqu'à l'exenaple de ce roi infidèle dont parle l'Écriture, ils disent au moins dans leur cœur : Quis est Dominus, ut audiam vocem ejus ( Exod., 5 )? Et quel est ce Seigneur dont on me menace sans cesse? qu'ils méprisent sa voix^ qu'ils rejettent ses grâces et ses inspirations, qu'ils violent avec impunité ses commandements et ses lois, qu'ils lui résistât en face, et qu'ils portent l'obstination et l'endurcissement jusqu'à lui pouvoir être f*ebelles sans cesser d'être tranquilles. Fonds de libertinage et d'impiété, lorsque livrés à leurs erreurs, et au sens réprouvé qui les aveugle, ils passent jusqu'au raisonnement 4^ Tutsens^ : Y a-t-il lin Dieu?
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sHIy en a un, est-il tel qu'on nous le figure? (xAinolc^îi téutes^chèsès? y prend-il un intérêt si grand? a-t^l une providence aussi exiàcte et aussi sévère que celle dont on vent que nous dépendions? JErdtxeruni : Quomodd seit Deui, et H est icientia in Exeeho ( Psatm. 72 ) t Car
voilà, Chrétiens, où conduit peu à peu l'esprit du monde.
Or , à tout cela Dieu a voulu par son infinie miséricorde opposer, dans la personne de son Fife ; un exemple sensible , un exemple 'convaincant, et à quoi nous n'eussions rien à répliquer. Car si^ dans Tordre des décrets divins qui se développent aujourd'hui à nos yeux, un Homme-Dieu ne parott devatat Dieu que. sous la forme et dans la posture de serviteur , avec quel front pouyons-Aous soutenir l'indépendance chimérique et prétendue que noiis affectons ? Je le répète , Chrétiens , ce que nous prêche cette auguste solennité ,* et ie premier fruit que nous en devons retirer , c'est une dépendance entière de Dieu. Je ne suis pas à moi , mais à Dieu : donc je ne dois pas vivre pour moi , mais pour Dieu ; donc toatea mes vues doivent av6ir Diea pour terme ; donc je dois mettre Dieu à la tête de tous mes conseils ; donc il faut que Dieu soit la règle de toutes mes entreprises ; donc je ne dois rien désirer que dans les bornes, quoique énroites, de l'inflexible équité de Dieu ; donc je ne dois rien résoudre ; ni former aucun projet , qu'après l'avoir mis à l'épreuve de la loi de Dieu; donc je dois être prêt à me départir de tout ce qu'one lieence criminelle; tm une prudence humaine, m'auroit engi^- à faire contre les ordres •de Dieu; car c'est là dans la prati(}ne ce que nousappelons défiiendre de Dieu. Je dois vivre pour DiéU; donc il ne m'est pas permis d*avoir -d'établissement, de fortune» de dignité, de rang; de grandeur, 'que 'pour Dieu. Une grandeur pour moi^nême, un étabUss^ent^pour moi-même, une élévation « une formne pour moi-même, seroit un monstre dans la nature, et comme une idctttrie svbsistmte an milieu de moi-même, dont la jalousie de mon Dieu se tronveroit piquée» et qtoi m'attireroit infailliblement ses vengeances. J'appartiens à -Dieu , et je ne suis ce que je suis que pour (dépendre de lui ; donc je 'dois -être sincèrement, efficacement , continuellement disposé à m'immoler ,pour lui;* donc, en OHlle occasions qui se présentent, je dois ne renoncer, et, selon l'expression de l'Évangile , me perdre moi-même poiir lai ; done^ je ne dois ménager ni réputation , ni crédit, ni faveur; ni biens, quand il s'agit de me dédarer pour lui ; car voilai ce que c'est que sacrifice , et je ne puis autrement témoigner à Dieu que Je'- isuis s9l créature! Malheur à mot, si, pour tout autre que pour Dieu, j'éveis .'disposé delà sorte! pourquoi? parcequ'il ne peut y avoir que Dieu< de ^cpi je dépende de cette dépendance absolue dqntJe isacnfine est la gtnarque. Malheur à quiconque voudroii être ainsi dévoué à unhonime -mortel ! pareequ'il n'y a point d*homme moetel k qm oe dévouement finisse être. dû , ou plutôt à l'égard de qui ce.déVoueratntvue fût m .crime. Aux hommes, dit le Saint-JËstuii, le tribut, l'honneur, le
MO SUR U PlHliFIGATIQN DE LA VISROfi;
service ; Biaû à Dieu seul le «aerifioe de Umt ce qui est en bous et de nous^méfoef , puisqu'il est le Seigneur par essenoey et que nous dëpendoas de lui jssqne dans le fond de Mtre être.
G*e6l dans oet esprit que. loitt chrétien a di^ se présenter aujourd'hui devant les autebéSit dans l'oblatioa qne nous avons £aiite à IMeu de nos personnes , il y a en quelque chose d'excepté , Dieu ne s'est .point tenu honoré de notre qu)te , et nous ne l'avons point connu poor oe qu'il est i car» autant que nous le pouvions, nous avons osé Lmilercedroitd'eBH^e universel et inaliénable sur quoi étoit appuyée la loi de la présentation t lifea mim iunt omnia (Ex4Mà.f 13); et , démentant sa parole t nous lui avons dit, non de bouche , mais par Tel- £st, que toutes choses ne lui appartenoient pas. Un. seul intérêt réservé , une seule passion épargnée , une seule attache que le cœur n'a pas encore rompuoi c'est assespopr faire à notre Dieu un tel outrage: •péNà noire <d>latioB , quelle fervente qu'elle nous ait pam d'aillenrsi, a été noitseulanient vicieuse et ânpariaite., mais odieuse f parlà nous avons commis os larcin si détestéi de Dieu , et si distinctement marqué dans l'Ecriture : Qtm eg^ Dùmmu diligmijudkiumt et odio babenê fnphiam in holoçauêto (IsAt.^ 16). Oui , mes chers auditeurs, ^ lareia dans l'hiriocausie , c'est- re&oeption dont je parte , desx V injuste réserve que tiotis faisons d'une oho^e que Dreu nous demande coBiine Seigneur^ et qui devroit être la matière du sacrifice qu'il attend de nous ; d'une chose que nous mettons à part , et qne nous re- 4rancholifidtt nombre de eeUÎesdont noué voulons bien qu'à soit maître. Désordre dont nous avons dà^ vons et moi, nous garantir, enprésen- 'tant à IMeu, comme Marie, ce véritable, quoique mystéri^x premier-né figuré ckms la loi ancienne , je veux dire ce que nous aimons feus fortement et pins tendrement, celle passion dominante, cet obînl àquoi nons*sommessi Arditement liés,.et que je puis bien nommer le prenpef-né de notre cœnr ; puisqu'il en a pm les premiers mouv^ xneote* En le saoïiifiànt à Dien,t nous poorrions dii'e que nous lui avons lotit sacrifié, et qu'il ne lient plus à nous que Dieu ne soit en possession de. toute la< gloire dont il éteit si jabux, quand il disoit à son peuple : Smeti^étt nùtn amne j^imo^enitum^meaenim sunt omhta (£a:od., 43). Et c'eet asasi^ homme. du mondé» que vous entrerez dans les JMBnliments^Jhé8eS'<jhrisit, et que, vous conformant à son exemple, •voas coneo!t#iezDien comme votre souterain. ^
. Mais noicl une seconde qualité idont â ne 8& gïoiriâe paii moins , ^ 4|tt'tf vous nnporte encom pins debien oonoottre.iLeë Juifs offiroient ^ Dieu leurs premiers-iiés^ii mémoire du bienfeit signalé qu'ils a voient tilegn tossqoe Dieu, pour lès^ délivrer de Vesclavage de Pharaon» avoit iiaît périr.idaDS une seule mA ions les prepiiers-nés diËgypte :• Ex ^uo TpefctOiijmtnogeMOi in terfà Mgtfpé^ êanen/icavi fnibi tfuidtfnki pri' tiadmt iMiM»t«r in Araé/ {i>htm.> 5) v Gé fut^ selon le témoignage de Diraailinei, le motif {mndpal poun|no^ cette cépémonle fot instîlMé^
Stja U PtJRiFiGàTIOM D£ LA VlBUGBt 611
et J<S«»«Giirial » qui éiaii la fin ei le eoBsomiiiaieiir de k loi , est M* jeurd'biB oiiert oornooe premier-né de tout le genre huauiinf eo ao* lîMi de grâces des obligatiof» lufiDies « persouneiles et suigulièree que niMe avoue à Dieu » mais que nul de noua n'étoit en pouvMr de reeon* poltire^ei, par son adors^le présentation» cet Hoinme*I>ieu ne nous en eàtiburai le moyen. Prenea gavde^ s'il voaa platt , Ghrétiois 9 I>iea vouloit être connu de son peuple « non seulement eomme swtenr des tràia apirituels et surnaturels qui regardent le saint, mais oonsme autour d^ pf#apërité3 et des gnaees temporelles, qui ne laissent pas^ quoique d'un ordre iaférienr, d'être du ressert de sa providence. U veuloit que son peuple lea Uat de lui, en usAt comme venant de lui « M 1^ nigerdât que cornme des grâces d'en haut et des dons qui par« leient de luU Car de là vient, oit saipt lérdme, que presque autant ds fois que: Dieu denhoit aux Hébreux quelque marque édaiante de sa protection , soit en les tirant de captivité , soit en l^ faisant triooa* ph^ de leurs ennemis , il ordonooit une fiite pour en conserver le souvenir : afin, dit ce^nt docteur^ qu'à proportion qu'ils devenoient t^ureux, ils se vissent dans la nécessité d'éire reUgteux; et que, de siècle en sièel&r de généraiîcKi en génération , les pères apprissent à t^urs eafants que c'élCHt le Dieu d'Israël qui les a voit s^iuvés,» qui les «voit protégés, qui les avoit élevés; et que comme une source de> bon^ beur peur eux éio^âe le publier etd*en Convenir, aussi le plus grand de tous les mdbeurs qu'ils avoieiE à craindre étoit de l'ignorer ou de l'oublier. Pourquoi ce sein d'entretenir cetse pensée dans leurs es* jprits*? Ne vous imaginez pas , mes ehera auditeurs, qu'en cela Dieu i^t par intérêt, eu comme un mettre , sévère exacteur de ses droit», Qt déterminé à ne rien perdre de oe qui lui est dû. Mais , reprend saint Jérôme , il exigeoît d'eux ce devoir » parcequ'il prévoyoit que eana cela les biens mêmes qu'ils recevroient de lui leur seroient pvi^ cUciables ; que sans cela les prospérités dont il les combloit ne servie f*aient qu'à les pervertir; qu'il n'y aurejt qme ee devoir de reconnois* sunoe qui pût les préserver d'une entière corruptioni que du moment qu'ils le négligeroient, leurs mœurs aussi bien quetleur foi comn^en^ oei\oient à se dérégler ; et qu'ils ne seroi^t jamais ingrats, sana^tre , pnr une suite nécessaire, insolents, impies* réprouvés*. Dans cette vuei poursuit saint Jérôaie, Dieu lenr fil observer des solennités, leur or« danaa des sacrifices, leur prescrivit des cérémonies e| desrlois; et o'«sfeclaiis celte mêa^ vuequ il noua propose à nous-mêmes le Médiateur et le Sauveur des hommes, comme le modèle, comme lesupplé* iBcnt, eomme la p^feedon de- notre reconnoissancoi Trois choses que je vous prie de bien observer. Gomihe le modèle de notre reoon* hoissanoe; cor c'est ici que Jésus-Christ nouadit : Impiee^ et foc ^mim* fààm êxemplar {ExocL, 25) : YenuL-^tu , cbréttea, n'iêtre pas ingral j0ivers Dieu ? regardo*moi et imite^moi. Offre>toi de m^e que je me sviselivrt^ et saorifiMoi dans le même e^unCque j^ me suis sacrifié%
Si2 SUR LA PURIPtCATtON DE LA VIERGE.
Comme le snpplëmoit de notre reocnnoissatice ; car tout ce qu'il y a de défectueux dans les actions de grâces que nous rendons à Dieu» est amplement et abondamment suppléé par Poblation d'un Dieu. Gonune la perfection de notre reconnoissance , puisqu'un Dieu a pu seul rendre suffisamment » et, pour ainsi dire, avec une juste proportion , tout ce que nous devions k Dieu. Arrêtons-nous là» mes chers auditeurs, et tâchons à profiter de ces divines leçons.
A quoi se réduisent-elles? A confondre en nous cet esprit d'ingratitude, qui fait que, bien loin de reoonnoltre les bienfiiils de Dieu, on ne convient pas même avec Dieu|qne cescnent ses bienfaits; que, bien loin de lui en rapporter la gloire; on ne veut pas lui en tenir compte ; qu'on se les attribue à soi-même ; qu'on s'en fait des armes contre lui; qu'on en devient plus fier, plus vain, plus orgueilleux, et par (conséquent plus emporté dans ses passions et plus vicieux : car que voyons-nous dans le monde de plus ordinaire, que des honounés idnsi dénaturés, sans néanmoins passer pour l'être , et sans faire réflexion qu'iFs le sont; des hommes non seulement enflés, mais oorrcanpus par les prospérités dont Dieu les comble ; des hommes qui semblent ne mépriser Dieu que parceqne Dieu les a distingués , et dont on peut bien dire qu'ils ne sont méchants que paroequ'ik sont heureux? Combien en voyons-nous qui , au lieu d'aller au prindpe des succès et' des avantages qu'ils ont dans la vie, croient avoir droit âe s'en apîf»1aùdir,' et se disent secrètement à eux-mêmes : Manus nostra excetsa, et non Domintu fecithœc omma(Deta., 33) : C'est moi qui me suis ^it ce que je suis, c'est moi qui ai établi ma maison , c'est par mon industrie et mon travail que je suis parvenu là ; tout cela est Touvrage de mes mains? Où est aujourd'hui le riche mondain à qui Fon ne puisse faire avec douleur et avec indignation le même reproche tjue Hoïse faisoit aux Juifs? Incrastatui e$t dikctas, et recaldiravu ; thcrassatui^impinguatus, diiatatus^ dere&qmt Deumfactofemsutum, et rècemt à Beo salutari mo (Ibid.). Il s'est engraissé des biens de Dieu, et c^est pour cela qu'il a été rebelle à Dieu , qu'il a quitté Dieu, l'auteur de son être et le réparateur de son salut. Abus que Dieu déteste souverainement, ^ que nous ne pouvons assez détester nous^-méioies. Selon toutes les lois de la justice, plus un homme est comblé de biens, plus il devroit être fidèle, fervent, attaché au culte de Dieu; et, par tin effet tout contraire, plus on est comblé de biens, plus on est froid et indifférent pour Dieu ; disons mieux, plus ouest impie, et ennrâii de Dieu.
' Ah ! mes Frères, s'écrioit saint Bernard, heureux l'homme qui est rèiijours en crainte, et qui n'appréhende pas moins d'être accablé des bïénfaiis et des grâces qu'il reçoit, que des pédiés qu'il commet! ^êolus homo qui semper est paviduty nec minori angitur. soUtciiudine, iit'obruatur benefions quant peccatis (BaàN.) ! Pourquoi céUa crainte et éètte inquiétude touchant les bienfaits reçus de Dieu? AppreueK-le :
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parceqa'il est certain que les bienfaits reçus de Dieu serp^t aus^i bien pour nous un sujet de damnation au dernier jugement /que lôs péchés commis contre Dieu ; et parcequ'il est vrai qu'au lieu que les péchés commis peuvent au moins nous humilier, et par-là servir à notre conversion et à notre prédestination ; les bienfaits de Dieu méconnus ne servent qu'à nous aveugler, qu'à nous endurcir, qu'à fomenter notre împénitence. Ne vous étonnez donc pas si j*insiste sur cette morale : peut-être Dieu me Ta-t-il inspirée comme la plus propre à vous toucher; et peut-être a-t-il prévu que ce seroit celle à quoi vous résisteriez moins. Combien a-t-on vu de pécheurs insensibles à tous les châtiments divins dont on les menaçoit, se laisser attendrir par le motif de la reconnoissance ? Ainsi Dieu en usa-t-il à F^rd de David : au lieu de lui représenter l'énormité de son crime, il lui remit devant les yeux le nombre de grâces dont il l'avoit prévenu: Cest moi, lui dit-il par la bouche de son prophète, qui vous ai sacré roi d'Israël , c'est moi qui ai affermi votre trône, c'est moi qui vous ai délivré des mains de Saiil; et si tous ces bienfaits vous paroissent peu de chose, j'y en ajouterai encore de plus grands : Et si parva sunt Uta, adjiàam tibi multo majora ( 2. Reg,, 12 ). David fut ému de ces paroles ; il ne pul.soutenir Taimable reproche que Dieu lui faisoit : de pécheur qu*il étoit, il devint en ce moment un juste, un saint, un homme selon le cœur de Dieu. Je ne vous en dis pas davantage. Chrétiens : Dieu vous a donné, aussi bien qu'à David, des âmes nobles ; et pourquoi le souvenir de tant de biens dont le Seigneur vous a combla ne feroit-il pas sur vous les mêmes impressions?
' Enfin, Dieu se foit aujourd'hui connoitre comme vengeur du péché, puisque Jésus-Christ parott dans le temple de Jérusalem comme la victime destinée pour l'expiation du péché, et pour la réparation qui en étoit due. à la justice et à la sainteté de Dieu : réparation que Dieu attendoit depuis tant de siècles, et que Jésus-Christ seul devoit commencer dans la solennité présente. Dieu, dis-je, l'attendoit, cette réparation. Car il falloit qu'il fût vengé; et tout miséricordieux qu'il est, il ne devcnt jamais pardonner à l'homme pécheur, si sa colère n'étoit apaisée par une hostie qui du moins pût autant le glorifier que le péché l'avoit déshonoré. Or nul autre que Jésus-Christ ne pouvoit ainsi réparer la gloire de son Père ; et voilà pourquoi il s'est offert. En effet, c'est ici , aussi bien que dans sa circoncision, qu'il parûit sous la forme de pécheur, ou qu^il se substitue en la place des pécheur^. Marie et Siméon, en le présentant, le livrent, pour parler de la sorte, à la justice divine; comme s'ils disoient à Dieu : Vengez- vous, Seigneur; votre gloire le demande, et voici de quoi vous rendre tonte celle qui vous a été ravie. Frappez, et lavez dans le sang d'un Dieu tous les outrages que vous avez reçus. Si le temps n'est pas encore venu de porter le coup, la victime est toujours entre vos mains; et ce sera pour le moment que votre sagesse a marqué, et qu'il vous plaira BL 3. 33
su S«R LA PtÀlhcA-i-ïb* bÊ tA VfïîRdÈ.
êèWtféêAktëf tofS tèlDÊféàricés. Of, Ctrétîens, on vous fa At cenf fi?îàl;"c!t tàCA'ttiéttiê je' i4e pùîs trop aè fois vous !e re<ïîre, ni vous îm^ pfitâët trop âVafW âààs réspril Une sî importante véiîta : quoique cëtië bbl'àt(dii âé Jâfu'si-Christ ait suffi pour effacer tou^ les pec^ du HHitiAè, étie tië V<!^us dîs{>eDse pki du devoir de la pénifenee. Au confi*âfrè, ëflë dôft ^oûi y exciter éf vôosy ^gager plus fiyrtcmeul, en vô^ fâkaiit Voir juéç(tids à ^ÏÏèl point fneii haït le fé^hè, ef jusque» 4 hiël |i>6l)it It doit étfë hûieï puai. Je dis h'ai par nous-mêmes, et puni \^t hbisi^-ïkêrtië^. Cfà^ henôuèy trohofpons pas : il est vrai ^ue le Fibde ftfétl, eh se p'rfténtant pout nous à son Père, lui a pr^enté dans sou âfdofablè përâôôné des .méï*îtes infinis ; msûs pourquoi ? afin que Tex- C^éntè dé sèii thêrifés rétëvât ïes nôtres ^ et non point afin d'exclure dbtoliihïént Içs nôtres, et dé sous décharger du soin de ïes acquérir^ Lè's li6ti^es sà6s ^es siens ne serbient rien ; nds satisfactions sanscélies dé Cet liommé-Diéu » offert k Dieu , serOient inutiles } mais aui^i les iléùnèâ , quoiâue abondantes et siiraï)ondantes , manqueraent ^ sans ïps nôtres , d un accompagnement nécessaire pour nous fes rendre pi*ôâtàbtés, et pour nous les àpptiquiér. Il faut doue que ïesl oôtrôs' soient jointes aux siennes. C!ar e'est sdnsi que hîen 1 a ordonné ; et il est bien Juste due, comme ï)îeu jugé et vengfeur, î( ^xîge c(e T^omme C'fiminél tôiite fa repstration dont l'homme est capable. Maisaoïis, mes chers auditeurs, nous en jugeons et lïous en voulons juçer tout autreînént. lâanÀ être hérétiques de profes^on^ nous le sommes de pratiqué et d'effet. Je m^explique. Une des erreurs de rbérésie des derniers siècles est de ne vouloir point reoonnoître la nécessité de» bontés œuvres , àùrtoui des œuvres pénales et satjsfactoires : et si nous renonçons à ce dogme dans la spéculation , du r^tç nous le suivons cTaiis toute là conduite de la vie. Nous exaltons volontiers le prix de cette divine offrande, qui a été faite à Dieu dans le temple de Jérusalem par lès mains dé ttarie, et nous nous en tenonslà , comme &i nous e|:ions pei^uadés que tout ce que nous y pouvons ajouter n'est qu'une pure surérogation. I^on seulement on vît sans pénitence, mais o» cherche en tout ses aises et ses commodités ; mais on veut être de toutes les parties de plaisir, et entrer dans tous les jeux et tous les divertissements du monde ; mais on se rend idolâtre de son corps, et Toa ne refuse I ien à ses sens de tdut ce qui les peut flatter. Est-ce là Texemple que Jésus-Christ nous donne dans sa présentation ? sont^ce là les le-
!;ons ()u'il nous fait? et par quel Injuste partage prétendons-nous lui àisi^er toute la peine de notre rédemption, et en retenir tous les aTan*' tages pour nous? Non, non , Chrétiens, c*est ne pas connoitre Dieu, ce Dieu des vengeances, que d'espérer en être quittes auprès de lui à si peu de fi'ais, et sans qu'il nous en coûte. Or il ne tient néanmoins qu'à nous de le connoitre dans ce mysière, commç il ne tient encore qu à nous d'apprendre à nous connoitre nous-mêmes, et ce que noo8 nous devons à nous-mêmes : vous l'allez voir dans la seconde partie.
StJii iÀi t\}t{lttCkti6È 6* LA VÏÉHGÈ. *tè
. DEUXlBUf PARTIS*
- &4taïi on princt]^ établi^ même parnti lés piUsn^ et dcM Us^ wt fUt %b]niM lë pdifet ibpiM^ d0 leik* ftiomlé, qfae dé «» cosifokrë eiR; ri^ 4)rë({é: d» t»uta la 99§mef»4e tdotf la fiertkcii^n/(kMoiMMmvaiia «MM-ffiftne», ibdiafft oQs aagaf ilfl «nofid^^ d^onpvtta du dbé dt h IM^ «labi dom lëi maxiaM M lafiMfoiit 'p«6^ aiwir it« Jbur fria aot^ dMiaatlèif dds qhfMet&a t ocHtiMteeK^vMM voùs^étsèi^ <9t ¥(mi w> Ma<hMAtos. €r^ Mut MMbliis, liouatcnur rtpdndotifii de fM^r^ «a^i d#<^te «eide lierai, hmm Voai gWNtiHtsaGfiMP tdlltéK lè^imfw. ^ini0iS9M^vô«!$ i«te4É^»ia9 ajedtoktic^ite, et qMfl({Ae Ègûté (}m jMèsikiièi«2 daaisie WMde, voa»af owirea^(}ae "MM éM6 pm éh cbdM^ qjiie pên de^ dHM^ iîmb enfle, et ^ue peu de dhode yom Ébat ) eonlMs^ ièa^^oiis V ^ "^tma dteouviritièa dMis Vmi» dea mMèrfisr ^ toub miÈ^
fondront, des vices qui vons effraieront, des foiblesseS d'e^fiMt dWt
^miii' fut^mÈ\ da$ baggedsias de otÉm dôtit la Wêvtit iut fépvim<ira ibnt
^ûykféÊ daaâ tous itiie ^aam pteiod d^etrdah^ une vèlontë fra^ et îDebafejts^tev dea pa6si»ns iiièea$ées« et mmeià les plafs ttokei «t les pttihbtiteuit désirs. TbtA cela v6mhuiiinhâatiitomeëiav(m»dàfWM> pettk d»s vaines idiées ipié vouis avèi! de vèus^hêfnea ; ioiate e^est païutt ^ue vous partiettdr«2 au liérRe dès VeHaa solides j (fea« pareil qoé ¥oiis serez juMes , moâêté^i dota, chariMlefe»^ en m met^coimM»* ism votre néant, et i^tis devietidrêtt deë ftDniAies parfaits^ Aiaai ra^ èôfitaoiëtft ces infidèles, et é'àeK shi* (se foaMédiem que le savam €aa^ lltodôre, èhi^tfen de profession et de Migion, t;royoit avoir draît d» 'ebneiaré que fo véritable gltiudeui' est de bîen^ eompreudre ^ pafî)- ^msé s Aftihta majfYtifttdo, êsî ^î iHteik^e paMméin (0âssI0i>4 )é Bt wM -; tues ebét*8 audkèui^ , pfèuant la chose daiis un Sètitnnenc , oe ëerAble,- oppose, mais légalement propt'e à neue instruire et à ncmsddls» fitef , je prétends que la peiHèsse dont nous avons plus à nous eoii^ ibndre, et que nous devons pins souvent nous repYt)eher, (^est d# né fvas eonnottre assez notre vëtffable grandeur. Je Soutiens <pie rbot&ttté ëfam aussi grand danaf les idées dé Dieu qu'il est petit datfs kii^ifidfliOi ^à perfection et son bonheur eât de ae regarder tdufotfrs daua ttetti et jamais dans toioiMéttie * dé sTélever eonlln^ietfement à Diea, et de tè Aire m!il retour sur lui^^ménfiié; de se confier, de se glorifier en Dlea , et, s*ii étoit possible, de s'oublier éternelléttïéirt Itti-^tnéÉse^ poarqtiCÉt pair ceque la vue de tAi^îNérkie, détaëhéë de eeUe de DieU) né péiit que lé désespérer et le désoler, et qu^fl est question de le fôiiifier et de i'ènctourager.
Mon dessein n'est done pas matntefaaat de vous iaspii^er ees perisées -basses de vous-mérttes, ni de vous représenter cè foadad^hnmîitaftèii ^i, comme parle dn prophdte, est au inHieu de vous ï lafais je veux M centraire, sanà^ préjudice de rbuiMIltéehrétiennè, ^ peur vouaat'*
5^6 SUft LA PUfllFIiCATJON DE LA VIERGE
tacher à vos plus importants devoirs » vous mettre devant les yeux votre excellence et votre dignité' ; excellence qne vous avez jusqu'à présent ignorée, dignité dont vous avez été mille fois les profim»- 4ienrs, Je veux vous rendre l'une et l'antre sensible» et , à l'exemple ,du gcand saint Léon, réveiller par-là votre foi, en vous disant : Con* âorâs^» 6 hommes, ce que vous valez» et connoiaste ce que vous 4tes. Deux choses à quoi se réduit toute la sdime, je dis la scieace {>ratique fst salutaire, de nous-mêmes; deux choses qu'il foudroit étu* dier toas les jours de notre vie : ce que nous valons, et ce que nous sompues : ce qne nous valons dans l'estime de Dieu, et ce que nous spmmes par la vocation et la prédestination de Dieu ; ce que nous va* lons^ quoique pécheiirs, et ce que nous smnmes comme chrétiens. Or, pour l'apprendre , il suffit de considérer ce ^ui se passe aujourd'hui dans le temple de Jérusalem; et c'est ici qne j'ai encore besoin de toute votre, attention.
; Ce que nous valons dans l'estime de Dieu : pouvons^nous l'ignorer, .Chrétiens, en voyant Jésus-Christ offert pour nous, Jésus^Ihrist livré pour nous, Jésus-Christ accepté pour nous ; c'es^-à-dire Jésus-Christ pffert, livré, accepté comme le prix de notre rédemption? Dans Testime des hommes, cette règle pourroit n'être pas sûre, parcequé les liommes ne connoissent pas toujours la valeur des choses , et qu'ils se trompent souvent en donnant beaucoup pour avoir peu ; mais dans cc^ de Dieu, qui est infoillible, le raisonnement de saint Augustin est vrai .et convaincant , lorsqu'il nous dit : Voulez-vous savoir Texodlao(oe<et le mérite de ce que Jésus<Christ a racheté? voyez à quel prix et à quelle condition il l'a racheté : or ce qu'il a racheté, c'est votre ame^ c'est vou'e salut, c*est vous-mêmes; et il l'a racheté au prix de son sang, au prix de sa vie, au prix de sa personne même. U y a donc de Ja proportion entre votre sdut et le sang d'un Dieu, entre votre ame et Ja vie d'un Dieu, entre vous-mêmes et la personne d'un Dieu. RetttHèurenel'aviez-vous jamaiscompris; mais voilà néanmoins la grande lïçon que vous fait le Rédempteur des hommes, en se présentant dans tetemple. Qu'est-ce que le salut de l'homme? un bien poiu* lequel Dieu, agissant selon les lois de sa sagesse, n'a pas épar^nné son propre Fils ; fin bien qui, mis dans la balance, mais la balance du sanctuaire, l'a emporté par«dessus tous les mérites d'une vie, divine, puisqu'il esl vrai qu'une vie divine, avec toutes ses perfections et tous ses mérites, lui est aujourd'hui sacrifiée.
.-, Voilà, homme du ;nonde, ce que vous avez coûté à Dieu, et ce que vaut, dans l'idée de votre Dieu, .votre salut. Prenez garde, s'il yons plaît : quand on nous dit qu^en comparaison de ce salut, tous les biens .de la terre, que nous priscms tant» ne sont que des ombres et des ifant<()mes; que ce salut est l'unique nécessaire dont nous puissions compter l'acquisition et la possession pour un gain, et que tout ce x\m ne s'y r^^porte pas doit être censé comme une perte, selon TA-
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE. Si7
pôlre : Vemmtamenhœcomniadetrimentumfed{Pfnltp.^ 3)'; qu'il n'y a que ce salut qui subsiste et qui soit éternel, au lieu que tout le reste' est passager ; que notre cœur inquiet et volage ne peut trouver de repos que dans ce salut, et que rien de visible ne le peot fixer, beaucoup moins le remplir ni le rassasier ; quand on nous prêche ces vérités, nous en convenons malgré nous; et, quelque préoccupés que nous soyons en iaveor du monde, nous nous disons intérieurement, qu'il n'y a en effet que le salut qui soit digne de notre estime ; et quî^ mérite absolument nos soins. Or tout cela, pour parler avec Tertullien, ce sont les témoignages d'une ame naturellement chrétienne -, ev c'est assez pour en juger de la sorte de n'être pas déraisonnable ,' puisque les philosophes, prévenus du sentiment de leur immortalité,' en ont ainsi jugé eux-mêmes , et qu'ils s'en sont fait honneur. Mais quand à ces témoignages de la nature la foi ajoute les siens, et que , BOUS proposant un Dieu offert pour nous en sacrifice, die nous faill comprendre que notre salut n'a pu être mis à un moindre prix quç' celui-là ; que tout autre que ce Dieu de gloire reçu, si j'ose user dé ces expressions, en paiement, et consigné sur Tautel comme notre rançon , n'auroit pas suffi pour racheter le plus vil de tous les pécheurs; qu'il a faUu qu*il s'y employât tout entier ; que c'est en considération de ce mystère que David, par un esprit de prophétie, appeioit ce Dieu qui le devoit sauver, non plus le Dieu du ciel et de fa terre, mais le Dieu de son salut, Bomine , Deus salutis meœ (Ps. 37) ; comme si l'on pouvoit dire sans blasphème, que toute la divinité est aujourd'hui restreinte à l'ouvrage de la rédemption de l'homme , et que ce Dieu de majesté n'est plus ce qu'il est que pour Thomme et pour son salut, puisque c'est pour le salut de l'homme qu'il est non seulement donné, mais donné, reprend saint Augustin, jusqu'à devoir être un jour détruit, et en quelque sorte anéanti ; tellement que cet incomparable docteur, pénétré de la pensée du Prophète, s*écrie encore avec lui : Et foetus es tmfci in salutem {Psatm. il7) : Oui, mon Dieu, je suis votre créature, et en cette qualité j*ai été fait pour vous i mais lorsque je vous vois revêtu d'un corps et entre les bras de Marie, dans votre adorable présentation , il me semble que tout Dieu que vous êtes, vous avez été fait pour moi, et.je ne me trompe pas : Et fœtus es mihi in salutem ; quand la foi, dis-je, venant au secours de notre raison, remplit nés esprits de ces vérités importantes et con^ vaincantes , ah ! Chrétiens, pour peu que nous ayons de christianisme, que devons-nous penser de ce salut , dont l'excellence et la prééminence, au-dessus de tous les antres biens, nous est si authentiquement révélée?
Mais si cela est, comme nous n'en pouvons douter, où en sommes* nous, et que devons-nous penser de nous-mêmes, en voyant l'al^use contradiction qu'il y a sur ce point entre notre ^e et notre foi ? Car enfin , comment accorder une telle foi avec cette indifSérence pour le
n» sm iK PURIFICATION m hh nm^K
9al^%^ ^y^ oet ouUi du apliit^ av«c ce mépris cjiu $alut, ^vec cftai^* ion yoloQUiire du salu( qù iiou3 vivons ? est*U nen de plus négligé (lau9s ]^ abonde? Vous demandiez autrefois» Seigneqr, ce que Tbomme PQurrpit donner en tfch;^ngp pour son ^mt ^( p^r où il poqrrpi^ $p r.fçbeterv «'^ venoit jan»aî# à se perdre ; Mt quam dabU homo cûmtm^ UfMonempro anima 4uà (Mattp., 16) ? Et jç ne suis point s^rprÂ? que mag en ayez ainsi p^lé ^ car apriis v<h);» être 4onné pour Thomm^ na 1 {iviea^-vous pas récjîuit danei i'igipps^ibiUté d'im^pi^^^^ jama^ un épliange qui le d^ommageâl de {a perte de soni^lut? pedevoitril puis é(r« û premier à #e dire un ufilifou de fois ; Qt^qmÂabU hom coffmiutfitioi^m prçi animçjiuéf Dppnis qu^ ton Dieu t'a racheté à se& pippre9 dépens» pqpr quei avantage et quelle espérance idu siècle ^ 9)^HiieureuXy i(f QoinmeUr:a«-tu dé^ormaia» en t'exposiçra^-tu i périr ? M^ hëhs! ne faut^il pas ici cbasger )a proposition , et« ^i 4'jW [^rodjgp iiusfî oiur^geui pour vpuf. Seigneur» qu'il nous e^t Auiesten ^ pi^'e pai 4einaqipler P^r t^el «ujfii, fûtrce le^ plus frivole».
rjljipjnpe o^^udpiiii» u^sirii pes |wéi à toujt mftment de donner sou wmr
(^ la venclre^ 4e to proitituâr? Clst^iJ uqi intéréf qui iffi^ ï^y/^k? Wrfl w( <9priGe qui ne ) en^po^^te? î^\ ufie cbimèred't^mieur d(9t( il ne s'efif èta? eM«^l MU Minvt de volu|^ qui ne le cti^rive, «t ne le Cfi^rompe j wqu'ji vQidoiF bien s^ damwr? A on jugef ps^r i^^'aciions çl sa.cpndoite» ceeaiMtsi priiédaDieu ne parotl^il pas a^oir àsm 9sm eeijfpe le ^mr iwe i «( ^9^^ (««^iQuni» par la pl^s ifieigne {plie ^ le i^euT^r^emeni }e plus monstrueui^ » k qupi ne le wn&p-^^rû pas ? çqmme^'il ^yok entrepris de vérifier la prçpps^jMW CûAtradiatQJre à celle de Msi^i^Gliris^ : Qfiam non Mit eomnmtmmiem pro omunk ^^? iipipbien de i^^tiens^ jptusinaRdîu et j4u^ réprouve» qu'Ésvit ifÎKeiMt tre^q^Ulep, ap^ès even* peeoncé po/ur un yaîn plaisir % lenur 4r9H ^'MUm^M k ïbékUêgf^ dea ^qCants de Die«? m^\m^ de pé^ c^eu<?i Hm^ sacrilégee que HA^, fom enc(E^re wp# jfa*én^ir le pact^ fqu^rable qMe 4H ^ ipifipr4uD(i disciple » H ,ve<)dent cpmiue Ivik »b yil pri^ J^ 3a0g du JioistAi i^'eettiHiiirfe Ibir aata^d quiia cQ(^é la f^mg d'mi^ioi? m eela jnAme d'eufeui plu» sacrU^fei» 4me Judaa » qu'au i^ns«etr^a?e 9« fvecQnnut» détesta «m crwe^t^u iliémoignade rtiorw l(Wr;«M iMUrque oiM^ci y spni; inseu«i)pto. Or ^X ce prodigiaui^ IHMaM^^aeiinit que Jesu^^hrist, coqiflM h lune^ière 4mPW4^> ^a( veup gfi^ivi et iMnifii VMcelleei rewàile qu'^ y ,aapp<sirii Car» pour ne ppÛMMittîr 4te nom B»yeièr«, f^ pour faire t^owwi^ vm^eip c^iie di^^ vîne inhale sur h prése^tatiw du ^^uveur, ^^m p^t fm iv^Q^t salut ffi'Mf iè^MMi pnédmj^^ I0 Y^v^^ifxmm. ^ fi%W ; ^ ralpmdoD<i£|iit »
je m'avilissois moi-même, je me livrois à ma passion, je servoâs c^ les-
cbm ta cnéatiife^ j'i«yfsseis>e<ui; ^èn» et à }a cbwPi ^ P^r^ià ^ ^loia la fMuyete sable, je me dégrade^ jusqu'à me r.f^dre senrf^laUe aux tiâfiea. Mais 'wna» medJA wj^i'd'Ni cet Jl^winerQieu» %me^f ^t ^ l:i
tu me vo^S; et du sacrifice, quoique non ^angl^pt^ qgic j^pcé^^^ pp;jÇ
toi, commence enfip à te connoitre. Me voilà sur l'^utaï çQm^
victime et le prix de Ion ame : regarde, et par le prix ^nq^^ jfî, f^r
chète, comprends ce que t\i percjs fsn Içi perdAnî. C'est là,,.yif-^è!,Vçp
qu'il nous fai^ entendre ; et pa^lheur à nojus^ sî ^ pjfr l>n<|Jtrçi$5eipçft);
de notre cœ|ir, et par pjie J^dpçilité griminelle^ 'no.U5 v^jçqôulomk.pp^
sa yoi?c ! sj jamais nous perdcms le spjyiY^Air de ijptrç jÇ)^^l)epcip^ 4?
ce que pou^ yalon^, et de plufe, si nous qç ^o^^JtipflLQ.ns pas lejacprç, p^
i^ sainteté de nçs mœur$, noljrp digwitç ^t ^e qu9 poi|S ^jqçupes J ^ .
par, en po^isçquence dje cettp f-^cfeçiptiop (Jttç te Sa^ve^^ d^ ifp;^'^
mes yi^nt de copqaeoQçr en sç préaept^nt pour m^^ à ^m^ WW
somnaes spéçialeqoent Thérija^ie de Dieu, te couquête 4e Ilivèn, Jç piçj^T
pie de Dieu. Il est vr^i^ coqame créatures formées ^e h in^in d^ Diet]^
nous apparteniops déjà à Dieu ; xuais cpmoie r^chç)^^ d*Ufi Oie^j^ mu^
lui ;ippartenojis çpcprç p;^r uç droit Jlout nQJ^yef]tu , 0, npu^ Uu ^|t^?
jnes çop§.acrés d'gne feçQU toute «pécialç : pp ypiJà qç qu§ j'^jm^ç
notre dj^nité, Ç^r reipsarque^E icj uj|e ^iffé^epoe ç^santieUç ;^trp Pji^
ef, les bô[mne3 ; apparteoir au^ boççunoç , c'«3t un esjelavagfi qqi ppu^
humilie et nou$ rabaisse ; mais iippartjenir ^ Dieu et ètrp À Dieu« «c*^^,
selon l'ÉqrUure, )W état de liberté qui oqu$ relève ^t qui noM$ JbouQrei
en ppp$ degsmeogiit 4e 1^ plu^ honteuse servitude , qui ^t peUe dif
jpopd^e.et dé TiÇftfe^,, C'^ç^oit Ig belle leçop que fai^it saîp^t P«4 ^it
premiers BdèJes^flU^niJ iHçt^r (JispU ; Wes Fjrères, vqu^ n'^t^ p)us:4
yoM9 ; iVw ««(?« ^/^^ri iU Cpr„ 6) ; mis yom é^^ jà Di^ii ;. en ^j^rf
tiçipdr )^ ^9 jsi gr^ ««ître, p'içst votre glûi;ref £^ SW «««l Pli«ÇipR
rApOirç 4P|puypit-il c.ette cop^olante vérité , qu'ils Jfiél^^n), plus i^
€ui.^ ^ mis Jt Diieu ^ $ur ce qu'ils avoieut 4^ r^^c^tes ()^ Jé^STC^^vi^i
et racheta à wa trè^ gr^ prix : jEivpîi upiw ^(î* pre^i^ fmon^ (Îbifl-X
Ce b'^p#s d$^9 j o^aîs parçiaqu>i> /juîtiité 4e çhpéiiwp, «piis anfqf^
î),eaiipoup piu$ ^ f^art ^ ^eitie rédemitioa, 4'^li4a«rfi wi W^^e ^
opmoume, {f^t surtovt cçmime pbr^ti/e^ ^e ^fi^ sofi^pi^^ 9 Dif;^^
suftoujt çpowe cbr^^iens que «cws^^ppar.tçffpi^ ^ Djefii e!^ JW^ *Wr
§équeot^ ^urtQut CQAune ichrëtieps qiie noix$ ^yçf^ 4t^ ^g^fi^fâ^ idlji;
$^ipt et giprieu)^ çiirapt^e d'eafâQts de Diej^.
D'oif le ipê»e ^ôtre, ift&t^-u^wt tpwjQwr^.le^ ffliB»fif fidèle iç^
fîluoitcleu;^ ch(^$qp^.je voiispria, me^^cbjers ;N^itÊmr^, 4p i^'^9ttt)liçr jgiAai3, et oui vpu» (^QÎ^ept servir 4e règ)ei$ (|aps tfiiiu^ l^ooiii^Hi/^^ VQjtre vie, JEn^pfi ç9ti§ pr«(io «»(vii<? ; Vo^^ gve^ pfp^cji^^^à i|^ gf f^jji^ pri^^ glorijSea^^o^c Diew, e^pgrte^-Jedajo* yps mm ^ rffmi^JPR^ Séqjiefloe; Glfirifiçute, ^ P^vftU^ D^;^ i}^ ^F/?pr^ m¥io[imt.)j Ce&t-^-dir,e/ju'U ti^§«fl^pfs qjie, ^^ ve^^m.de ç^Xt^f^fim^fiim^i^n règne dan^ p9$ fi^prjiis; jjf^q^s q^'i\ fytut qi^ !W>s ^p^piç parlipji^f})^ ? fe mce de ç^ ff ysieire, et ^lue., paf- l'exeîiçifîe 4 we WWMi^pce ^^s^. ils jp^jrp^^jii^.^vwi bi?^ q^ 09S ^WSr r9Pli«Lé§ df ^^sv^-Çbff^vfiï
8â0 StJft LA. PbklFIGJLTION DE LA VIERGE.
être- i^vétus de la mortification dn Seigneur Jésus « et c'est ce que TApâtre entend, quand il nous exhorte à porter Dieu dans nos corps : Empti e9tis pretio magno; Vous avez été achetés à un grand prix , ne vous engagez donc pas dans la servitude des hommes : seconde con* séquence : Jfolite fierl servi hominvm (1 . Cor.9 7). Car il y a une servitude des hommes incompatible avec le bienheureux état de cette rédemption parfaite où nous entrons anjourd'huî» une servitude des hommes essentiellement opposée à la liberté que Jésus-Christ nous a acquise, une servitude des hommes redoutable à tous les servitevrs de Dieu. Mais à qui le prédicateur de FÉvangile en doit-il donner plus d'horreur, qu'à ceux qui mènent la vie de la cour? et où les effets que produit cette damnable servitude sont-ils plus funestes et plus pernicieux qu'à la cour? Servitude des hommes, engagement conmie nécessaire à l'iniquité , disposition prochaine à l'injustice , assujettissement aux erreurs d'autrui, aux caprices d'autrui , aux passions d'autrui : servitude des hommes , dont on sent tout le poids , dont on voit tonte l'indignité, dont on connolt les dangereuses suites, dont on gémit dans le cœur, dont on voudroit être délivré, et dont on n*a pas le courage de secouer le joug : servitude des hommes, qui vousfaîit entrer dans toutes leurs intrigues et tous leurs dessems, quelque criminels qu'ils soient ; qui vous fait acheter leur feveur aux dépens de tous les intérêts de Dîeu', aux dépens de tous les intérêts de la conscience et dn salut , aux dépens de vous-mêmes et de votre ame. Ah ! mes Frères, êtes-vous hommes, et surtout êtes-vous chrétiens, pour servir de la sorte? Prenez garde, je dis pour servir de la sorte : car à Dieu ne plaise que je fasse d'ailleurs consister la liberté chrétienne à s'affranchir du juste devoir qui nous soumet aux puissances légitimes. Je reconnois avec l'Apôtre , et selon Tordre sagement établi de Dieu , qu'il y a des hommes qui doivent être obéis par d'autres hommes et servis par d'autres hommes. Je puis même ajouter que jamais ils ne sont mieux obéis, ni mieux servis que par des hommes vraiment chrétiens, parceque l'esprit du christianisme est un esprit de subordination et de soumission. Mais, du reste, cette dépendanceque nous inspire la religion a ses bornes, et j'en reviens toujours à la maxime de saint Paul : Nolite fen servi hominum. Non, vous ne devez point servir les hommes jusqu'à en faire vos divinités, jusqu'à les substituer en la place du premier et souverain maître à qui vous appartenez, jusqu'à leur vendre sa loi , à leur vendre votre innocence, à leur vendre votre éternité, en vous rendant fauteurs de leurs vices, complices de leurs désordres, compagnons de leurs débaudies, approbateurs perpétuels de tout ce que leur suggèrent la cupidité^ le plaisir, l'ambition, Tenvie, la haine, la vengeance, le libertinage etTimpiété. Voilà ce que j'appelle, non plus une obéissance raisonnable, mais une servitude, et la plus vile servitude ; voilà de quoi un Dien Sauveur a prétendu nous d^ager. Prenons donc des sentiments dignes de lui et dignes de nous. Res-
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE. m
pectons dans nous-mêmes le dmt de Dieu, et ne profanons pas ce qui lui vient d*étre solennellement dévoué par l'oblation de l'Homme- Dieu. Car je puis bien vous appliquer cette parole que nous avons Iuq dans Tévangile de ce jour, et , selon le sens qu'elle exprime , dire de chacun de vous qu'il est le Saint du Seigneur : Sanctum Domino voca^ bituT (Luc, 2) ; le Saint du Seigneur, parceque dans la personne de Jésus-Christ il a été offert au Seigneur ; le Saint du Seigneur, parcequ'il ne doit servir et qu'il n'est destiné qu'à procurer la gloire du Seigneur; le Saint du Seigneur, parcequ'il en est la demeure, qu'il en est le temple vivant , et que c'est en lui que l'esprit du Seigneur est venu habiter pour en prendre possession : Sanctum Dommo vocabi' iur : tellement que, sans rien diminuer en nous des sentiments de l'humilité chrétienne , nous pouvons nous regarder devant Dieu comme quelque chose de sacré ; et que dans cette vue nous devons en tout nous comporter avec la même attention et la même circonspection qu'on traite les choses saintes. Or ce qui est saint ne doit être employé que pour Dieu , ne doit êtr^ rapporté qu'à Dieu ; autrement ce seroit le méconnottre , et nous méconnottre nous-mêmes : Sanctum Domino vocabitur.
C'est, Sire, cette intention droite, cette vue de Dieu, qui consacre et qui relève les grandes actions de Votre Majesté. A en juger seulement selon les principes de la sagesse humaine , nous y trouvons tout ce qui peut faire un grand roi selon le monde ; c'est-à-dire un roi puissant, absolu, régnant par lui-même, magnifique dans la paix, invincible dans la guerre, impénétrable dans ses conseils, infaillible dans ses - entreprises, vénérable à ses sujets, fidèle à ses alliés, redoutable à ses ennemis, donnant la loi aux souverains, tenant dans ses mains la destinée et le sort de l'Europe , au-dessus de la flatterie et de l'envie par son élévation , et au-dessus de sa propre gloire par sa modération. Mais, Sire, Votre Majesté est trop chrétienne et trop instruite des saintes maximes de l'Evangile, pour ne pas voir l'inutilité et le néant de tout ce qui brille aux yeux des hommes, s'il n'est consacré au Seigneur, etsil'onn'en peut dire : SanctumDomino vocabitur, Decet éclat qui vous environne, de ce nom qui a retenti dans toutes les parties de la terre , de cette réputation qui a passé jusqu'aux extrémités du monde, et qui vivra dans la plus longue postérité ; de ces batailles gagnées» de ces victoires remportées , de tant de fiûts mémorables, lien ne restera devant Dieu que ce qui se trouvera marqué de son sceau : cela seul subsistera , cela seul sera pour vous le fbnds d'une gloire solide et d'un mérite éternel. Vous vous êtes aujourd'hui présenté, Sire, à ce suprême Seigneur de toutes choses , non seulement comme le premier-né de la plus auguste fomille qui soit sous le ciel , mais comme le fils atné de l'Église. De tout temps , nos rois se sont glorifiés de cette qualité; mais Votre Majesté s'en est fait un engagement aux plus éclatantes et aux plus héroïques vertus. Elle ne s'est
pas contentée du titre dç fils atj;ié çle rÉglise» mais elle a voql^ Iç remplir et Je soutenir ({'une manière dont les siècles passés ont vu peu
excité;, fortifié leur zélé : et puisque c'est ainsi qu'elle-mén^e s'ep eiLr plique. elle a çpn;|epti ^ la djn^inution de ses droiis, ppur cputribuçr aii rétablissement de la disçiplioe ^t à iili conservation d.ç |a jpM,ret^ de la foi ; n*ayant cpmj^te pour ripnses i)[).tçré.tS|i pfircec]u'il s'î^is^oit des iqr teréts de TÉgli^e^ et^.sfiçs çonsu),ter iine i^uss^ prqdenc<^, ayaQt fai( céder à sa religion, pon seulement $es pr^eniiQi)^, n)$iis ç^ qui Ipi étoi^ déjà tout acquis par i^ne longuç pp^fie^^ipp* G'^st de qujoi cette déclaration que Votre Majesté vi,ç;it de doxmfsr« si gutheptiqu^i $j se^séç^ si pleine de l'esprit çhréti^ , 3i prPpr^ ^ concilier 1^ sacerdoce çt 1$ royauté, fera Iç précieii^ mQj3ua)9qt* t^ postérité )^ |ira, e^, en la lisant, confessera que {^onis Iç Gr^^d p'a pas été woipis gRod par sqi^ inviolable attachepiep^ à TlÈçli^?^ qu^ par toutes l^s yevm^ politiques et militairi^. Yçtilà , 3ij*e , ce qiii est mar^qué dans le livrç de vi^, ayec des caractères ineffaçables. On oubliera enfin tout le reste ; et^ quelque immortalité que )e (ï^gade Ipi promette, le ippn^iQ périra. Juî-ijiêïiae, et toute grandeur humaii^e périra {jivçc le mondç. Ce que Votre Majesté fait pour l'Église ne s'pubher^^ ni ne .mourra jîjrp^i^ : TÉgîU^e le publiera ; et , çoni^ne elle ne doi( poi^t fivoir de fin, s^ recppppK^ance n'aura point dp termç , npn plus quç l$i récompense qpi vptia ^t réservée dans l'éternité bienheureijse, où pous co^di^ise^^etç.
in Jérusalem^ vi sisterent eum Domino. ' ' ' . '
Le temps de la |Hirlfl«|^<)n 4e Marie étantlcoeupli selenla loi ile Biots», is porttoent Vati9f^\ à Jéc^ua^ 901)1 te ]W^^r fia S^fpç^^.f a|»t L^e» ^p. lu
SlRIÎ,
Ç'^toiï UQe 6g;Mr^ q^ii^ ^ qj^ se pratiquoit parmi l^ loiCi^ pWpis la ^rémpnie de ce jour, oi| àIs f^rpsjsptq^enjt i Djyeu ^e pçwi^'^é de /chaque faqyU^; ^ c'est dan^ ia p^fsorjfi^ à^ i4^i^^^}^'^ , .timmnUk p.fr Marie ^u Père ép^jf^l^qm xsettè figure si tvçix^ïé^wffkjfnplssr «ccpippU^senie^^, P^i^qu^ lœ ,d.ivin S^ve^, selp^ l'exprie^pa /i^ »aàni ^^\f psi par f^xq^l^e leprpmier^rn^ 4^ touties )^ cr^^M^^ Mai» lea W»j» Q\w4f'^^^f A^^ll^n^éi flpplqve i?hQ^ ^ t»i^ m&Aiert #t de hm Tm9f(m?¥^ PPW y^m t^stri^kin« ^r a^/^q qw H^ ««Ares J5|gMr^ 9 $'9^cppmpU§^agi^ A^ iéi^rQ\iri»f., ou ffim 99\^t 9^%1» 4»iUr cy npj} ^(id^ifiapt a ^qb^isl^, na^ a reç^ pooQ^^ii^iu^-^tiYel Hc^nm^aejIKtent d'i?i^ig^lionq^iiçjle#*av<*ijt pa^dij^eiepî» de Moïie; é^'im^k^-àife
Siw Pw^ Y^ iiuefiaps la Iv 4e£r^o^) PV^ bJ^t^ #^ i^ï^iiMMow
coftsinnë» t et: YoUà ce que ji'Ëglwe a iH^tQll4^ oouad^elarer &b^ pe^» Hiettani d^ e^gea deio^ k^ inains. ^cowwe les symboles du $aerj^ 4»$ non» fl#v<n»9 Mre de nos per«aiiqei w Aouyerain aMteur de nour^. être. Car, 91 noue le veii^ bien comfMPi^ v^e e^ Is^ fe^m qu'a dû mm mfivw ce myai^re» Nous «von» recpnqM que 110$ vie», ieemioe mt^ cm ssHBotigée pdr la b^uédiel^n de^ prêtres, deyoieiu être c^plQyéeeaiifier«rioe du J>iauque 90u§ «idarçui».» ^ c^paUBs^ pour ^a gloire^ JNous.avoni beutemeut protesté que «ou$ epp^rtenion^ 9 Diev» e^^ue, nous ne voulions plus être désormais qu'à Dieu : ou si ce n'est pas ainsi que vous l'avez conçu» HeéC dû de^^lr de mon ministère de vous le^siirç opmpreu^e^ et d^ xcm ii^truÀreà fond i*m poi^^ aus^ JiUPQr- UUQt que eeluirlà. Vierge is^te, çe^t vouç qui, d^nç la présept^on^ de v<4^e fils, poi|s ipetlisz dev^t les yeux )e grand fçiodèle que npu^ devons imiter ; qbtenez^noq^ ^Qiçore les grâces nécessaires pour ap? prendrie à profiter de son ezemjd^ y et daigne^ 4<^outer la prière qM€( 90US vpu$ faisoA$ gn vpi^ salu?m^.« 4^c Ma(ia.
Peut'^tre, Chrétiens, n'av^^-VP^^ J9<Qai$ fait toutç 1^ r^fle^ppn
qu'il £)ut au ipytstère que célèbre aujourd'hui TËglise; et peiAt-é)jre«.
ne vous fàtt^cbant qu*à l'extérieur d^ cette céréoupnie , ^e yqu$ ét^T
vous jamaia appli()iués à en pénétrer lefpi^d. C'est 4pnc à moi de vous.
en domder loute lixitelligeace pécp^re , ^ vpiçi sans doute un des
^jie|s ies plus importants que j'aie jusqu'à présent traitée dans ççtip
çhftirf # /^t q^ie j'y puis^ tfaijer : car il s'agit d'étudier le c|vîçiiaui>/pq
daof^ 4es pneiUiîier^ pleo^eni^^ sefon Iç l^qgpge de T^pôue; il ^*9?M
d'^udi/^ iJ(é§u$HGbri«^ ipa^e, et de l'imiter dajQi^ un/edé^ plu^ gr^de§
^4^ pl^§ ^inte^ action^ de 3f^ vie, q^ ^t sa pré^ntation- ]PIpus
s(VQ]^ p^ru amim lui dufi^ le temple du Seigneur^ et cett^ f§te , qui
fttpi^ IfL ^éif^des JifVfsi e^t ençogre pljn^ li^ r^^ ; ma^s jl est questîqn dp
KQÎr ppf^iiienf; npus la spilçpnisQmy ^t si npifn m uson^hi^n prjs l'^g-
prit r dQilà 4és^i4 vojrfs ^iSu^tiop et (9 mjeon^, et §an3 cela je l^^ ^*
|ipff(nQ^§ qu'imp^rfait^^t à pe que de^aande ici de iuoj mpn jcujn js-
tère. CoAuprene», e'il yofjs f^U, |e4essein,dçcedi^ours. lésus-îCiv^sJ;
dfin# le tepipl^ se présente à Di^u ; pgurqiioi? ppur reçounoitre et
pouir bqnprer le dom^i^e de Biei^i ; car vpilà ce qui po^s ei^t e»pri?;$T
sèment iftgçqué dap? cfs p2^pp)m dp m^u itexte ; IJt ^Ut^^nt eum flo-
mino; ppuf» l'^Vir AU 3eB«Pur, c'estr^-^i/e ^ifi spuvpraia nwjlurp c|p
tputp$cbo9P^* Qr ç*esitôi^si,.n|e^x?iief s f utjjteurs^ qu,e noug avopf du
ou que jçfm 4^9U^ luous çfff ir ^nwswiêiws ; et ppur yoi;i§ ç^plJcjM^'
^ trpismpls \0Wf^ mi pensée, je frouve qjie ce ^prêçipie domine ,#
Pl^U^ XyK>i^q¥^t|^ pri»aipfile^ 4 ua^s car^cière» qui le disiipjguiBoi :
c ^st iw4pmaii^ essenU^, c'^sj un dw^ine ppiyer^^, et c'est m» ^Q-
m^if^M^rpfi' })^mm e§i^flîM.i^l, ^V^ ^ur l)^ q^iwre i^êflie (de Picujj
dW^jy^ If Diy«lfsp|,qji^i, spn^ i^xpejpitjpp ^ s^m hi^rm^, f ^Qt^nd j} jpjjt ;
834 SDR LA PORIFIGATION DE LA VrERGE.
dok Jamais avoir de fin. Sar cela je reprends » et je disr : domaifie essentiel que nous devons reoontaottre , comme Jésus-Christ, par une sincère oblation de nous-mêmes ; ce sera la première partie : domaine universel que nous devons reconnottre, comme Jésus*Ghrist, par une entière oblation de nous-mêmes; ce sera la seconde partie : domaine éternel que nous devons reconnottre, comme Jésus-Christ, par une prompte oblation de nous-mêmes ; ce sera la conclusion. Trois points de morale d'une conséquence infinie^ et que je vais développer.
PRBMIÈRB PARTIE.
Il n'y a qu'un Seigneur, dit saint Paul : Vnus Dominus {Ej^s., i) ; et Dieu seul a droit de prendre absolument cette qualité à l'égard de l'homme. Quand on dit, en parlant des grands de la terre , que les hommes qu'ils ont élevés et dont ils ont fdit la fortune sont leurs créatures, c'est une flatterie que l'usage a introduite, mais que la religion, bien loin de l'approuver, contredira toujours. En effet, les grands peuvent bien avoir des serviteurs, ils peuvent bien avoir des sujets, ils peuvent bien même avoir des esclaves : mais il ne convient qn*à Dieu d'avoir des créatures qui, dans le fond de leur être, soient à lui et dépendent de lui ; et c'est en quoi je fais consister l'esseice de ce souverain domaine qu'il a sur nous. Or, de là , Chrétiisns, il s'ensuit d'abord que de tous les tributs que nous devons à Dieu, celui par où nous distinguons Dieu comme Dieu, et Tunique même par où IMen prétend être reconnu de nous pour ce qu'il est, c'est cette oblation de nous-mêmes dont j'ai entrepris de vous instruire id. Car de tout le reste, dit excellemment saint Augustin, nous en pouvons être rede* vables aux hommes ; nous pouvons leur devoir nos assiduités et nos soins ; nous pouvons leur devoir nos biens, et quelquefois leur devoir nos vies : mais jamais nous ne pouvons nous devoir nous-mêmes à eux. Ce fond de nous-mêmes est quelque chose que Dieu s'est réservé singulièrement , et dont il exige que nous lui fassions honneur. Telle est, reprend saint Augustin, la nature de l'homme : et voilà, mes cbers auditeurs, le grand mystère que Jésus-Christ, cet homme par excellence, cet homme prédestiné pour être l'exemplaire et le modèle de tous les autres hommes , cet homme choisi et envoyé au monde pour y faire connoître la supériorité infinie du domaine de Dieu; voilà , dis-je, le grand mystère qu'il nous découvre dans la solennitéde ce jouir.
Il sait que le domaine de Dieu son Père a été violé : il s'est chargé d'en réparer la gloire , et il entreprend de la rétablir parmi les hommes. Mais comment? sera*ce par le sacrifice des animaux et par le sang des victimes? sera-ce par l'encens qu'il fera brûler sur les adtels du Seigneur, ou en lui présentant des fruits de la terre? Non , mes chers auditeurs ; ce ne seroit point là s'offiîr lui-même, et toute autre victime que lui-même ne pourroit dignement honorer ce suprême domaine, dont ri veut rehausser l'éclat , et auquel il vient rendre rhom-
SUR lAPUaiFIGATION DE LA VIËRQB. 885
QMge qui lui est dû. C'est dans cet esprit qu'il paroU aojofiird'hui de** vant la mayesté divinei pour lui rendre un culte qu'il pouvoit seul liû rendre. Car ne confondons point cet enfant et ce premier-né avec les autres aînés d'Israël. Sous le voile de cetle humanité dont il esi re^ yéui» ce n'est pas seulement un homme qu'il offre à Dieu en s'offrant lui-même, mais un Dieu, puisque eu effet il est Dieu lui-m4me, et que^ tout Dieu qu'il est, il se soumet; que, tout Dieu qu'il e$t, il s'anéantit; que, tout Dieu qu'il est, et même parcequ'il est Dieu , il se présente, afin que le mérite de sa personne relève le mérite et le prix de son sa^ crifiee.
Arrétônsruous là, Chrétiens ; il n'en faut pas davantage pour notre instruction. Voilà le précis de cette oblation essentielle à quoi se ré» dnit non seulement le principal devoir de l'homme, mais, pour parler avec le Sage , tout Thonime : Hoc est enim omnû homo {Ecele$., 12). Voilà Timportante leçon que nous fait le Sauveur du monde , et l'exemi^e qu'il nous propose pour nous servir de modèle. Nous n'a*vons rien qui soit plus à nous, ni tout ensemble qui soit plus à Dieu,, que nous-mêmes : c'est donc de nousHoaémes que noua devons Ujrer ce tribut qu'il exige de nous, et qui lui est incontestablement et nécessairement affecté comme au premier maître. Pour mieux entendre ma pensée, prenez garde à deux propositions que j'avance , et dont l'ap» parente contradiction va mettre dans tout son jour ce point fondsp mental que je traite. En qualité de créaiwres, nous appartenons essen» tiellement à Dieu : c'est le premier principe que je pose; prindpe que toute la théologie reconnoît, et que hi nature même et la raison nous ensdgnent. Car à qui l'ouvrage peut-il plus justement appartenir qu'à l'ouvrier qui l'a formé? Je dis néanmoins d'ailleurs, et c'est une vérité qui nous est marquée en mille endroits de l'Écriture, qu'il dépend de nous ou d'appartenir à Dieu, ou de ne lui pas appartenir ; et qu'il y a certains temps et certains états oit en ei^t nous ne lui appart^ona plus. Ainsi Dieu le déclaroit-il lui-même aux Israélites par le prophète Osée, quand il leur disoit : Je ne suis plus votre Dieu , et vous n'êtes
£lus mon peuple. Et quoique l'Apôtre, en conséquence du bienfait da L rédemption, nous ait (Ut , Vous n'êtes plus à vous; l'expérienoe toutefois nous apprend qu'il faMtbien que nous soyons encore à noua» puisque nous disposons tous les jours de nous-mêmes, non seulement au préjudice de Dieu, mais de nous-mêmes, jusqu'à nous perdre et à nous damner. Comment accorder cela? un peu d'attention, Ghrétiena» et vous l'allez voir ; c'est tout le secret de l'alliance du domaine de Dieu avec la liberté de l'homme.
n est vrai, nous pouvons ne pas appartenir à Dieu par le choix injuste et criminel de notre volonté, quoiqu'au même temps nous lui appartenions, sans le vouloir, par la nécessité inséparable de notre être ; et il est vrai que nous sommes encore à nons^naêrnes par l'exercice de ce franc arbitre dont Dieu nou^ a laissé la disposition» quoi^
^qiietirtiltfify ftdfbfM plù9 p£lr cet éngiÇêinèiitde JtisiKsei^f nom m» mx'fiith à lui en ve^lu de iMre cnésAÏott. Or voMè , «M Frères « dh «licrt Gbrf âostdoûfe, êmt quoi m Fofndé ce |!^féc6pteiiatQtiel et divin qui •HOU* oMige à Aouâ cdtiÀaei^ e( à aoûs dëvoueF & Dibii. Ga)* sd Uôm a|fpârt0DtoM (èlléMeat ^ Dieu t)«fe néii^ tt^^sfenéi ^ios aueda de«wrine sâc MbâniiiéiilAsi nèus s«i^iOtis itMpàbieftdefeimeefté «tceh j^te eMaiiibii d^MUë^ttiÂnes^ en ^cA eôiMtete ie pAtèïp^ ttkëHtè dé ^Mferelgfiort ; et âlhéusëtkitfsfdteifteftift ÉourfHGnântfèsqueDien^H'efit •ffais mieun domhiftâ^ iur «(Mis^ Oieti H^ pcintôit ^m exiger de ncM que nous nous donnassions à lui. Mais étant nécessairement à lur d'Hué
•esc en di^oit de prétendre Taut^e t et paroeque tiârès âiouiiBes à lui par néteftiui i il ii6U6 AfR ee eataHiméëthem â! légilifAe d-étre emHftû h M pAt ële^ltoé et par i^olouié; P^ÊHitH^iiflén' eoudet^W 4ë pli» j«ftté? J ' Qiteile étéil'ddim llnteiniètt de Dièir danft eétte loi tfd Ifl pi^dëAta- 4im de< eul^t^^ et ^uel eët mctftê :sttp tiou^ le dës^eii' de sa pro^ MéA0è 6àm lemiyitè^e que edèbrè ai^ettrd'faftti l'É^^kie? le vofeî, OkrëtieMp. il veat i)Ue , p^ tioé ùhfiiiôû Mbf e et foioufAire dé nos -personue^ , HMé Itfi dédions ce dMnatee qM uoua avdbs soi- aous^ «fléffiéc» 7doiiiMflê\ retriai^iièz icéd, je tous prie, dothaine 4fa\ ne «Du^ peat être avatitageut que par lâi «é^altm quèf tiouë lui ett faiaons; •eiitoftiâine pottr rtbUs le plus pi'ëjudldfeiblë et le plusf fiA^esKe, ^1 iious HMS te iiédèrydnë. Dtên , (U&^e ^ veut que iioiis lui eédkfns ce do^ «aîde^ pbaf èii f dMUMer, à, éltl m'eM péi'mls de parié* atttsi, pou^ M «^erolvre té Méi»* afin q«fit ftoit vitii que noM lui appanenohs daus éiMiKéalei^ uitiuië^e» dém tôtts pouvcyâsrtiiiappartéiiii*; Joèque Ià{pa)r^ dôiruefii^illdi, itida Bleu, rï je me aers de cette etpl*eséiëri), jùàqûe fâ il tfek UôU^e tfieu qu'i deiëi : et pourquoi Ae pa^rlerai -^Je pas ûe Ht ^brte, ^tidsqt^, ts^iôu lé té^té saet*é, sans eeia ou dîrôif inéthe qu'il be Test fMM d« tôttt ? yoi^ nm paptlns fneU^ : et égb non êré véHet (Ofire., i); Ma^ psir-là iMe devient plefneiâent, et sondetnaiue l^oit cofhnfé sa demlàfë perfeetioi); En un mot^ Otirëtiehs, Dfea veut uôttsa^oir^ mais M nfe yeui pefttt tfe tk>us Maigre noue : et c*est là , dtt salât Angtiatin» ee qal i^R^ jftrtrë èi là nôtre : sa g!o(rc, parcéqu'î! n'y a rîeft pmt M de^piast liwfndhaM^ que d'aveir deë crëàtni^eé qui ventilem Mevétrè â M-i^ àftheirt à dëpeiidr^ de l^i, djà àb Absent titte béatlMéte de ift'attacbèr a M\ et la nôtre, parcéqu'à proportion V|ue nou^ doitthiè^ à' Dieu, HoM ndtisri^vrâs bu^des^us de frôtre bai^e^se natur cSte. iy\dA Vient qùélëa gi^àhds, les soutiËrteift^ , lès rots de la terre, âfoift xiéux qui par leur état ont une dépendance plus prochaine de Dieu ; en sorte ^e éeiie dépéadairtîe fait leur véritrole grattdwfr, et c(faer€4>ligation spéciale qu'ils oM d'être ioUikiis à DieU plus Ique le ëommuii dèa tioMfnefi, est jiinernent ce qui les relève au^dessu^ dé tous \fSA hon^iftefiff ' Mais revenons. H est donc question d'olrélr â ce prerfiier précé^* de la Icfi de grate, en nous offrant noas^tnênoes à Biett : et ^â^st
stiit LÀ pMii^ibAtiON bÈ LA ytt^RGË. h^
que hbils-mèmesf WentendfonS-nous par noiis drfnr nous-mêmes r Ah! Chrétiens, voila le mystère que noua n*alvons peut-être jamais t)ieh compris, et oii nous nous sommes laisi^é si souvent tromper p^ nôtre amour-propre, ff tfest rien de ptus ai^é que de dire ^ Dieu f j« m'offre â vous Je ma cohsùcre à Vous , je veux étrè$vous; maid4 feut enfin. s'expljquér« et développer en la pi^ésescè d:e pieu oe mys^* tire de nous-mêmes. Or nous avons une règle infaillible pour 1^ connoftre : car il y a dans nous un premier-né, qui est notre cœur, à qiioî tout le reste se rédi^it; et o*est ce . jireroier-né qui doit éire pré* seht^ par i^homme chrétien dan^ là loi ^vançélique, qpmn^e le» priât: miers-néfi d'Israël Tétoient dails 16 loi de Moïse. Ce coeur a ses posf $jon$» ses atta<chements, 3es intérêts, ses pkisirs/se$ cupidités; et tout cela c est ce qui s^appettè nous-mêmes : jonais nous sommes suifs d^ tout cela et dé nous-mêmes, quaad ce cœur est une if^îs à Dieiir U est vrai que ce cœur est un abîme impénétrable ; nàaia enj^n^ tout impé-^
Tautre tdut à la tbis; ^ l^erreùr du inonde fa plus jpqrnlcieuse ^t de croire que nous pouvons partager ce cœur entré Ih créature et Dieu^ entre ncre passions et Dieu , puisque à peine le pouvons-nous partager entré deux passions et deux objets ôréés. Disons à t)ieuque nous n^ voulons pas être à lui^ et que nous avons disposé de ce cœuj^^e^ faveuir d'un autre; c*est un outrage que npus lui ferons : nia\s au moins y iiura-f-à dans ce^ outrage une espèce de bonne foi ; et peut-être la lionte que nous aurons de lui faire cet!te cqnf^essioo nous rappellera l^Iëà nous. Mais de dire à Dieu que x^ous sommes,^ lui, pendant qu^up autre objet nous jpossède et qu il occupe j^otre cœur, c^est ajou* ter crime sur crixne, et mentir au Sajnt-Ësprit. Ce cç^ur* qui est la
ji]ue faire de nos.biens, dit le Pro^jbète royal ; et s'il se tient hpnçré de Voffreque nous lui en faisons^ ce n'est que par le rapport qu'iko^t à
iiôtre cœur : mais si, en lui donnant ces biens, nous retenons f^ cœur» jnotre sacrifice est le sacrifice de Çaifn. Sans cela noUs avons beaul^i .protester que nos vies, que nos fortunes sont entre ses main^; il fsiul bien que nous parlions ainsi : mais' toutes ces protestations sont des !paroles dont il appellera toujours à notre cœdr, et contre lesquelles ce cœur réclatnera toujours, tant qu'il se sentira dominé par la créature.
Dieu veut donc notre cœur. Chrétiens, et il le veut de telle sort^ dull en e^t jaloux ; et cette jalousie est si peu indigne de lui i qu'jl s en fait même honneur dans TÉciriture, puisau^une des qualités do^t ÏI se glorifie davantage est celle d'un Dieu jaloux : Dominus zelotei
52i) sua lA PUBIFICATION IIE LA. VIERGE.
nomen ^w {Exod.^ 34). U n'est point jaloux de nos grandeurs» il n'est point Jaloux de lios prospérité : outre que nos prospérités et nos grandears sont trop peu de chose pour exciter sa jalousie» il n*a garde de nous les envier, lui qui en est l'auteur. U veut bien que nous soyons riches» que nous soyons grands» que nous soyons puissants àans le monde» pourvu que notre cœur soit à lui. C'est pour cela qu'il a fait des prodiges d'amour» qu'il a tout entrepris» qu'il a tout souffert; et saint Ambroise» surpris avec raison qu'il ait voulu tout souffrir de la sorte et tout faire » ne croit point manquer au respect qui lui est dû , en s'écriant : 0 Deum, n foi e$t dkere, prodigum tut prœ desiderio hominU (Ambr.) ! O Dieu » si je Tose dire» prodigue de vousmême et de votre divinité par un désir excessif du cœur de l'homme! ' Après cela» serons^nous encore assez injustes pour lui refuser un cœur qui lui appartient par tant de titres» ou plutôt serons-nous encore assez infidèles pour lui ôter la possession d*un cœur que nous lui avons offert tant de fois? Car enfin» chrétiens auditeurs» cent fois nous l'avons dit; et le langage le plus ordinaire que nous avons tenu à Dieu» lorsque nous étions au piéride ses autels» c'étoitque nous lui donnions notre cœur : et si nous ne voulons prononcer ce jugement contre nous-mêmes» que nous parlions alors en hypocrites et même en infipies » nous sonàmes obligés de convenir que » de notre propre conééntement» ce cœur n'est plus à nous. Et voilà » dit saint Grégoire ]pâpe» ce qui fait la malice du pé^hé ; mais surtout de ce péché par oii notre cœur s'attache et se livre à une créature mortelle. Car c'est attienter sur le domaine de Dieu» ou pour mieux dire» c'est ruiner dans nous ce domaine volontaire que Dieu s'étoit acquis sur nous : c'est révoquer la donation que nous lui avons faite de nous-mêmes » et» par une usurpation sacrilège» lui arracher ce cœur qui s'étoit consacré à lui : c'est commettre dans l'holocauste un larcin ; ce qu'il a tou- J<>urs eu en horreur» comme il le témoigne si expressément par son prophète : c'est nous dérober nous-mêmes à lui» après nous être présenté» et piquer sa jalousie» non plus en adorant » à l'exemple des Israéfites» et en lui suscitant pour rivaux des dieux de bois et de pierre» tnraîs des idoles de chair : Et in sculptilibus suis ad cemulationem eum ^ftrovûcaverunt {Psalm. 77). Profanes idoles, objets corrupteurs et înilignesde nous, qui nous perdent» qui nous danment» et dont nous nous faisons néanmoins de prétendues divinités » ou qui nous réduisent à ta'avoir plus et à ne plus reconnoltre de divinité ! Ah ! mon Dieu, est-il •possible que mon iniquité soit allée jusque là? Et moi qui ne voudrois 'pas qu'on entreprit sur le moindre de mes droits; moi qui nepourrois -souffrir qu'on violât à mon égard certains devoirs; moi» Seigneur» qui crois pouvoir exiger de vous» parceque vous êtes mon Dieu» que vous étendiez sur moi les soins de votre providence, comment vous ài-je 'rendu jusques à présent si peu de justice , et comment ai-je pu vivre Mnsi dans un désordre continuel » par rapport à vous et à la plus
essentielle de mes obligations? Mxds enfin jusqu'à quand ce désordre durera-t-il? jusqu'à quand cette passion régnera-t-elie dans mon cœur? en serai-je toujours esclave» et ne romprai-je jamais mes liens, pour vq|is offrir ce beau sacrifice de louanges dont a parlé votre Prophète» et/|ui consiste àm'inunoler moi-même, et à vous honorer par-là, selon la parole du Saint-Esprit, de ma propre substance? Si nous le faisons. Chrétiens, ce sacrifice, non seulement nous nous acquitterons de ce que nous devons au souverain domaine de Dieu, mais nous engagerons Dieu à nous combler de ses grâces ; il nous accordera les secours les plus puissants pour seconder une si généreuse ^treprise; et pour nous soutenir dans l'exécution, il nous affermira le bras pour porter le coup avec plus d'assurance, et pour lui sacrifier cette victime qu'il nous demande ; il versera sur nous ses plus abondantes bénédictions, et même ses plus douces consolations ; et nous serons surpris de trouver tout aisé , là où tout devoit, ce semble, nous coûter si cher.
Mais vous me direz : Ce qu'il y a dans mon cœur de plus précieux pour moi, ce qu'il y a de plus intime, est souvent ce qui me rend plus cilminel ; car c'est un engagement tendre, un amour Ulégiiime et corrompu : or ce qui me rend criminel, et ce qui est criminel en soi, comment peut-il être offert à Dieu, et comment peut-il enurer dans ce sacrifice de moi-même par où je dois honorer Dieu? Appliquezvous, Chrétiens , à ma pensée ; je vais, dans une espèce de paradoxe, vous découvrir une des plus grandes et des plus consolantes vérités du christianisme. En effet, voilà le miracle de la grâce , que ce qui nous rendoit criminels serve à nous sanctifier parle sacrifice que nous en faisons à Dieu; et que ce qu'il y avoit dans nous de plus abominable aux yeux de Dieu, par un changement merveilleux , soit ce que nous avons à lui présenter de plus digne de lui ; c'est-à-dire que notre Dieu veuille bien se tenir honoré de notre péché même, et que non seulement il ne refuse pas de recevoir ce péché en holocauste, mais que de tous' les holocaustes qu'il attend de nous , il n'y en ait pas un qu'il estime davantage, et qui lui plaise plus que celui-là. Or c'est de quoi nous ne pouvons douter, après la déclaration expresse que nous en fait saint Paul, en nous obligeant à faire servir nos propres désordres à la piété et à la justice. Et voilà, Chrétiens, le moyen dejconcilier deux choses infiniment utiles pour notre instruction et pour notre édification. Plaise au ciel que vous les goûtiez, et que vous en profitiez! Car la foi nous apprend, d'une part, que nous devons nous offrir à Dieu dans un état où *hotts lui puissions être agréables, c'est-à-dire dans un état de sainteté conforme à ce que nous sommes et ù ce qu'il est : et cependant la même foi nous enseigne d'ailleurs que Dieu, tout juste et tout saint qu'il est, ne dédaigne pas les pécheurs. Nous savons que comme Jésus-Christ présente aujourd'hui dans sa personne une victime pure, innocente, exempte de tache, il faut que nous paroissions, B. 5. 34
^ SÙft LA PtSlinGATlOIl m LA VIËROÉ.
autant qu*3 est possible, devant Dieu dans l^s mêmes dispositions; que nous avons un (^orps, et qu*il Faut que nous lui présentiotisce corps comme une hostie vivante, sainte, capable de lut plbir«, Vt exkibeatti tùrpotà neêthi hoMâm tfventem, fetnettm^ Ùeô pùtentiem {Rtm., Ml); qu*il nous a donne onë ame, et qn'fl font que cette ame smt sanctifiée ar la charité et par toutes les vertus chrétiennes, pour mérit^ tl6 ui être offerte i en nn mot, qall ftiut, parcequ'il est saint, que bons le soyons aussi : Sancti tstôte, tjuià ego ianctus ntm (Lévit., 11). Vcûlà ce que nous savons; tnais nons savons en même temps que les pnMi- €ains n*ont pas laisrà d'entrer dans te temple de ce Dieu de sainteté, pour se présenter à lui , et que, n'ayant rien qui fût digne de liti, ih ont cru devoir an moins lui elA*ir leur indigfnité. Quoi donc ! veux-Je par-là Vous ek)gagér k offrir h Dieu dei corps impurs, des esprits su< pethes et orgueîtleux, des âmes attachées à la terre, aes cœurs infectés de la contagion du péché? A Dieu ne plaise, mes chers auditeurs, que je sois dans ce sentiment, et que je ne Taie pas en horreur! Hais pour n'être pas encore saints et irrépréhensibles devant Dieu, nepourrez-vous plus aussi jamais votis présenter à Dieu? En parlaiit de fa sorte, je vous réduirois à un foneste désespoir, et peut-être donnerùis-jeà Timpiété tout l'avantage qu'die désire. Non, non, Chrétiens, je ne dis ni l'un ni l'autre : mais réiinissant ces deux vérités. Je dis, pour détruire tons les prétextes qui pourroient vous éloigner de Dieu, qu'il feû.t» ou que vous soyez saints pour Vous offrir à tKeu, ou qu'en vous offrant à Dieu vous commenciez à être saints. le dis qu'il faut que voas trouviez dans vous-mêmes ôette victime innocente que de* mande l'Apôtre ; ou, si vous ne l'y trouvez pas, que vous l'y formiez : et comment? par l'oblaiion même de vos personnes; car quelque corrompus que vous puissiez être par le péché , je prétends que cette obtatibn seUte-, dé la manière que je l'entends, vous sanctlflera; et que comme notre .dhrin Sau\'eur, en se présentant à son Père, a sanctifié par cette seule action tous les Justes qui sont et qui seront jattiaîs, Vna oàlaAme coïisummavit in sempiternum sanctificatoê [Hebr.^ 10), ainsi, vous qui m'écoutez, par cette oblation p)srticuliëre que vous ferez de vous-mêmes , pourvu qu'elle soit sincère , de pécheurs , de mondains , d'indignes de Dieu que vous êtes, vous deviendrez Saints, parfaits, dignes de Dieu : pourquoi? parceque, selon les principes de la théologie et des Pères, s'offrir à Dieu sincèrement et de bonne foi, c'est se sanctifier: Sanctum Domino vocabitur (Luc, i).C^r s'offrira Dieu sincèrement et de bonne foi, c'est sincèrement et de bonne foi vouloir être à Dieu : or vouloir être ainsi à Dieu , c'est renoncer de bonne foi et sincèrement à tout ce qui nous éloigne de Dieu; et voilà la détestation du péché et la conversion du cœur. Vouloir être à Dieu, et le vouloir bien, c'est vouloir détruire dans nous tout ce qui nous a séparés de Dieu, et qui pourroit encore nous en séparer; et voilà 1 expiation du péché et b satisfaction de la pénitence. Vouloir être à Dieu , c'<
SUR LA PURIFICATION DE LA VICROE. tg|
toaloir Ure atni de Dieu, Jni obâr, te servir; et toilà TetiertSee deé verlvs cbréliennes, et la pratique de toutes les bonnes œuVnés : Sant^ tum Domino votntntnr. Une oblation de noas-krtémes, vëritaMe, MKêà^ efficace, comprend tout Isela, sinon dans l'exécution aiHUièlle,M ÈttoWà dans le désir, dans te sentiment, dans la réisoltatioii ; et tpxé !Mt-4[ éw^ tantage pour nous récondtier avec Dieu et pour taons reMMt^é tiMA sa grâce? Smetum Domno vocabiîur.
Grande et essentielle différence que vous deVéie ici l*eniarqul^ ëtitfè Ids devoirs de la retigioU que nous rendons i Dieu, et les ol¥H^ Mfitttè ^lacères de service que nous (aisôns aux hommes : ca^ qttattd )e inè dotme, par exemple, quand je m'ofA^ à un granit de la terre, Jétfe deviens pas pour cela, digne dé llii ; je puis être à lui, et Iretenlr t&oKSé mon indignité, parceque je puis être à lui et n'en être pas ttaellle^t'^ il ne dépend pas de moi de lui plaire, et û peut ariivet* que l'eltaprMIsement même et Tardenr que je témoignerai pour lui plains fera ifèk je lui déplairai. Mais il en va tout au contraire h Tégard dé Diett : il je veux être à lui, je suis à lui ; si je veux lui plaire, Je lui plàis \ isi jte veux mériter son amour. Je commence à le miériteir ; et si Je ^èt 4^ venir Saint, dès-là je commencée le devenir : SicinctttHi J^int»ib trodt- Iniur. A quel autre maître dots-je donc plutôt me consacrer? et dlHIb la consécration que je ferai de moi-même à mon Dieu, quel regret plus vif dois-je ressentir que d'avoir quelque temps délibéré ttxt Uike obligation si indispensable? car puisque tous êtes nàon Dieu, Seigneur, puisque vous êies le Dieu de mon cœur, il est bien j^lsté que vous le possédiez ; et que ne puis^Je vous !e rendre tel que vous TâVé^ formé î Mais, tout corrompu qu'il est, vous l'agréerez quand Je ;totto f offrirai : de celle victime d'iniquiiéj vous ferez une victime de propiliation et de sanctificalîon ; vous h purifierez par le feu de votre amour ; et, purifiée de la sorte, elle servira à votre gloiiie. Les mattrèH du siècle, si j'allois me présenter à eux, après leur avoir été aussi infidèle qu'à vous, me rebuta roient, et refiiseroient de m'entendrè; mais, Seigneur, vous voulez bien encore vous tenir honoré de l'oFfhande que je viens vous faire, et c'est ce qui m'encourage à la Mre. Domaine de Dieu, domaine essentiel que nous devons fëconAdttre, comme Jésus-Christ , par une oblalioti sincère de nous-mêmes ; et domaine universel que nous devons reconifbttre, comme lésus-Ghrist, par une entière oblation de nous-mêmes : c'est la seconde partie.
nnCXIÈME PART1£.
C'est une réflexion bien judicieuse que &it samt Arabroists, lorsque, parlant de la vertu de religion, qui est le lien de la dépendance et àd lu subordination parfaite qu'il doit y avoir elilre D|t?u et l'homme, Il dit que le devoir et le nnérite de celle vertu ne consistent pas à s^ofénr simplement à Dieu : et la raison qu'il eu apporte est convaincante ; car il n'y a point d'homme, ajoute-vil, pour lâche ou pour pétheot
qa il puisse être, qui, daD9 le relâchement même ou dans le^ësordre de sa conduite, ne voulût être à Dieu à certaines conditions, ne ftn, près de se donner à lui jusqu'à un certain point d'engagement, et ne lui fit sans peine le sacrifice de sa personne avec certaines réserves. JjC mérite donc de la religion, conclut ce saint docteur, est de faire à Dieu Toblation de soi-même,, dans une étendue proportionnée à celle du domaine de Dieu. Or, pour bien reconnottre l'étendue du domaine de Dieu, la condition indispensable doit être de s'offrir à Dieu sans condition ; le terme de notre engagement, de s'engager sans aucun terme, et la juste mesure de notre sacrifice, de se sacrifier sans mesure : pourquoi? Je vous l'ai dit, Chrétiens : parceque Dieu étant absolument ce qu'il est, et son domaine étant infini aussi bien quescm être, tout ce qui est borné du côté de la créature ne pçnt plus avoir, en qualité d'hommage et de tribut, la proportion requise pour l'honorer. Il faut dans le cœur de l'homme, si j'ose m'exprimer ainsi, quelque chose d'aussi vaste et d'aussi immense que ce domaine même qui est en Dieu, afin que Dieu puisse être content; c'est-à-dire, il faut que rhomme veuille être aussi universellement à Dieu que l'empire de Dieu s*ëtend universellement sur lui. Or ce caractère d'universalité dans l'acte de religion dont nous parlons, c'est ce qui en fiiit le difficile et l'héroïque ; et voilà néanmoins la seconde leçon que nous devons tirer de notre mystère.
Car, prenez garde, Chrétiens, Jésus-Christ ne se contente pas d'être présenté dans le temple : mais il se présente lui-même avec une connoissance distincte de tout ce qui lui arrivera en conséquence de cette présentation; je veux dire avec une vue actuelle de tous les o^ dres rigoureux qui seront un jour exécutés sur sa chair innocente et sur sa divine personne : il s'offre à Dieu pour être la victime du genre humain ; il s'engage jusqu'à vouloir bien accomplir tout ce qui est prédit de lui, jusqu'à vouloir bien renoncer aux droits les plus inaliénables de sa gloire, jusqu'à vouloir bien se dépouiller de sa liberté, en prenant la forme d'un esclave , jusqu'à vouloir être rassasié d'opprobres, être un homme* de douleurs, être regardé comme un ver de terre, être anathème et malédiction, être couvert de la tache da péché, et traité comme pécheur; en un mot, jusqu'à cette affreuse extrémité de mourir, et de mourir par les mains des hommes, et de mourir entre deux criminels^ et de mourir sur la- croix : Vsque ad mortemy morlem autém crucis (Philip., 2). Car sansKela, tout Sauveur et tout Dieu qu'il est, il ne s'acquitteroit pas envers Dieu de ce qu'il lui doit; et si de toutes ces épreuves, il en eût excepté une seule. Dieu n'auroit pas éié pleinement satisfait de lui. Il falloit tout cela pour honorer Dieu selon toute l'étendue de son domaine.
Ah! mes Frères, s'écrie saint Bernard, à^considérer cette oblation telle qu^elle se fait dans le temple, et par rapport à l'heure présente ; à l'examiner seulement en elle-même, et sans égard à ses suites, elle
SUR LA PURIFICATION DE LA VIERGE. â35
parott assez douce et bien facile. On porte Jësus-Christ à l'antel, on le consacre au Seigneur de toutes choses, on le met pour cela dans les mains du prêtre, on le rachète avec deux tourterelles, et aussitôt on le rapporte dans la maison de Joseph : Oblatio ista Bâtis delicata vide-tur^ ubi tanthm sistitur Dimiinà^ redimitur avibus et iUicô reportatur (Been.) Mais n*en jugez pas par la simplicité de cette cérémonie : car le jour viendra où ce divin enfant sera offert, non plus dans le temple^ mais au Calvaire; non plus entre les bras de Siméon, mais entre les bras de la croix; non plus par le ministère de Marie, mais par le ministère des bourreaux : Veniet quandà non in templo offeretur^ net tnier brachia Simeoms, sed extra civiiatem inter brachiacrucis (Idem.); Ce qui se fait aujourd'hui n'est que le prélude de ce qui se fera alors; ou plutôt, ce qui se fera alors ne sera que la consommation et Taocomplissement de ce qui se fait aujourd'hui. Car cet Homme-Dieu ne sera persécuté, ne sera moqué et insulté, ne sera meurtri decoups et déchiré de fouets , ne sera crucifié que parcequ'il l'aura voulu. Or c'est aujourd'hui qu'il se déclare solennellement vouloir toutcela :etil se tient obligé de le vouloir, parcequ'il se présente à Dieu ; nous apprenant» par son exemple, qu'à proportion de ce que nous sommes, il nous en doit autant coûter pour nous mettre dans l'ordre de cette dépendance entière et parfaite où nous devons vivre à l'égard de Dieu; et que, pour peu que nous prétendions composer avec Dieu, l'oblation que nous lui faisons de nous-mêmes n'est ni complète, ni recevable. Voilà, mes Frères, dit saint Léon, ce qui nous justifie sensiblement l'excell^ce de cette loi divine que nous avons embrassée , et qu'une infidélité secrète qui nous aveugle ose quelquefois condamner d'excès. Quand on nous dit que la loi chrétienne porte l'assujettissement et le dévouement de la créature à Dieu jusqu'à la haine de soi-même, jusqu'au crucifiement de la chair, jusqu'à Thumiliation de l'esprit, jusqu'à la mort des plus vives et des plus dominantes passions, jusqu'au retranchement des simples désirs, jusqu'au pardon des injures, jusqu'à Tonbli de l'intérêt, jusqu'au sacrifice de Thomme et de tout l'homme; et que^ sans une disposition du cœur qui conoprenne tout cela, il est inutile de nous offrir à Dieu, le dirai-je ? tout fidèles que nous sommes, nous ne pouvons goûter cette morale; elle nous paroît outrée, et nous la traitons d'exagération. Mais d'où vient notre erreur sur ce point? de ne nous pas appliquer assez à bien connoitre et le domaine *de Dieu d'une part, et de l'autre la tyrannie du monde. Ne perdez pas ceci de vue, je vous prie : je dis, d'une part, le domaine de Dieu ; car si j'avois une fois bien compris ce que c^est que Dieu, et par combien de titres je lui appartiens, quelque épreuve qu'il voulût faire de moi et de ma fidélité, ma raison n'auroit rien à répliquer • Ce jseulnom d'un Dieu matire de l'univers, s'autorisant de cesuprémo domaine pour porter ses lois, ne les fondant sur rien autre chose, sinon qu'il est le Seigneur, Ego Domnus{LevU., 19); d'un Dieu à qui non s
m SUR LA PURiriCATIOlf DE U VIERGE.
mmmom rtdevaUes deloat^jMurceqne doosivobs tout reçn de lai; d'un SHoàieqm nous avons une dépendance si nniverseile, qoe nous ne I^VWNM rien sans loi et que par loi : ce nom seul, je le répète, pris dans lame retendue de sa signification, répondroit à toutes les diffi* colles ifoe la prudence huaMune pourroit former ao préjudice de ses 4paî(t. A qooiqoe ee soit qu'il loi plût de les étendre, je condurois qo'fls ¥oot bien au*delà, et que toos les hommages que je lai rends ne mu eacore que comme de foibles essais de ceux que je lut dois. Sur-^ toot je le condurois de la sorte, en conudérant, d'autre part, la tytoonw da monde; car je n'ai qu'à me soufenir comment le monde vent ét|e servi, comment il veut qn'on soit à lui, pour apprendre oe 006 Dieu demaade c^ moi, et ce que je ne puis sans injustice loi re* «uer. En effet, le monde est-il content qu'on ne se donne à lui qu'à ^ftaùf Et que réservez-vous, que croyez*vous pouvoir réserver, IpUMl il s'agit de marquer votre attachement à ces maîtres mortels <laot la nécessité ou le devoir vous font dépendre? Voilà, Chrétiens, Me conviction sensible, palpable, et à laquelle je ne vois pas que vous poksiex jamais répondre ; voilà le sujet de votre confusion : «vous ■^ pensez pas, il est bon de vous y foire penser.
¥ois le savez, jasqu'oà le monde souvent feit aller ses prétendons i Pétard de ceux qo'il tient sous son empire. Délibérer et balancer quand il est question de son service, ne se pas livrer en aveugle à tontes ses volontés, se prescrire là-dessus certaines bornes, et ne pas vonkûr passer plus avant, c'est assez pour le refroidir, assez pour le piquer contre vous ,. assez pour liii rendre votre fidéMté su^)ecte, et pour vous attirer sa disgrâce. Vous vous êtes miHe fois sacirifié pour loi; vous avez eu pour fui toutes les déférences ; vous kii avez rendu toutes les assiduh^ qui pouvoîent lui faire voir votre zèle ; vous lui en avez donné mîHe preuves, et tous les jours vous lui en donnez encore de nenveRes : cela est vrai ; mais parceque dans une occasion vous n'avejs pas fait paroîtFe la méine ardeur ; parcequ'il ne vous a pas trouvé également vîf , également prompt , également déterminé a seconder tous ses désirs, i}n'en faut pas davantage pour vous détruire dans son esprit, et pour répandre un nuage sur tous vos mérites passés. Dieu dit autrefois |t Abraham , lorsque ce saint patriarche consentit à immoler Isaac , son fils unrque et son bîen-aimé : Quia fecisti hanc rem i^ Gènes. y 82) : Parceque vous m'avez obéi en telle rencontre, pour cette seulç chose que vous avez faite , je vous bénirai, je vous comblerai (Je gloire,' je voua donnerai une longue et heureuse postérité , je verserai sur vous mes grâces les plus abondantes. Mais, s'il m'est permh de fcîre ceue opposition , je puis bien dire, au contraire : Parcequ'M v â eu un point et tel point où le monde atiendoii de vous un plein (févouement de vous-même, et oà vous vous êtes épargné, cela snfH.% ; sans égard à tout ce gu il a d'ailleurs reçu de vous, le monde vous méprisera , le monde vous oubliera , le monde vous frapfcra de
SUR L^ PURIFIGATIOH fiH LK Vl£RGfi« ^
$es anatbàine», et vous réprouvera : telle est k conduit^ du n^oiide ^ telle tn est 1^ M ; et cç qui m'étonne encore plus, c'est de vous voir sji soumis à oeite kû. Quelç sacrifices oç fait-on pas aui^ bommes pour mériter leurs boQuesgrac^y et pour ^'insinuer dans Içur faveur? Je sacrific0 de «es biens ; on s épuise pour eux en frais et eu dépenses excessives, rieu ue coûte, pourvu qu'çn parvienne à lei|r plaire, et ïqvl W compta poiir fkn \^ désordre de s^ affaireçi çt la ruine entière dg 9a (f mille ; le saçriQce de son r^pos; que de reflétons, que d*assidui-t 1^, que de veilles» que de courses , que de faligues! le, sacrifice de ^ santé; OQ se cfinsnme de travaux » et encore plus (Je chagrip^ qui çi), fOUt ius^raMes ; |e sacrifice ()e sa vie ; qn s'expose à tous les orage{| ie la mer, à tous les périls de^ armes, et Ton deviepi proidigue de sou propre sang ; le sacrifice mémç de son aiue ; on se rçnd complice des î^justes entreprises d'un grand, ou compagnon de ses débauches. Disje rien dont voqs ne soyez témoins, el dont nous ne devionstgémii? Pre* pez gard^ s*U vous plait : je ne prétends poiut raleoûr Tardeur qu'où a , et que mn^ devons avoir pour ces maîtres que {e cie) a placés sur nos tâteas» fft qu'il a revêtus de son autorité, soyons dévoués à leur^ pai^soniies , dévoues à leurs intérêt^; et hors l'intérêt de Pieu et celui 4e notre con^ieuce i ne ménageons ri^u de tout le reste ^ et soyonsleur fidèles jusqu'à là luort ; non seulement j'y consens , mais c'est ui\ devoir que je vo^is proche , et à (\uox je ne pui^ trop fortement vQUS porter, v unique çhvse que je veux vous faire cpu^preadre , et que je déplore, c'est votre jpjustice, lorsque vous usez de t^ de réserve à l'égard du plus grand de tous les mn^ltres, ^t que vous faites gloire f)e vous immoler pour les autres.
Car voici le désordre, Chré^ens; et inm pou que vou^ vous appliquiez à découvrir les sentiments de vot^*ec(Bur» vqu^ %uv^f' bientôt r^ connu que c'est le vôtre. On veut être à Dieu, mais toujou(^ av^c çerr taines excepti^M^, Qu'û demande tout ciç qu'il l^i piuira, tout lui eft {àrésenté , pourvu qu'il fasse grâce 4 cette passion , pourvu ({u'il ne condamne pa$ cett^ inclination, ppurvu qu^ ce point dho^neùr spi^ h cûuvei t, pourvu qu'on ne soit pas obligd de renoncer à ce jeu, pourvu qu'on puisse toujours entretenir cette société et se jucouver à ces assemblées, YoiUi le plan qu'on s/iî forme d'une ponduite chiétieui^; voilà le traité qu'ç^ voudroit faire avec Dieu ; et gioji^ jp di^s que ce plan est chimérique , ef que ce traité j^e peut subsister : pourqi^? parceque c'est voijilair vous partage e^^re Dieu et W n)bOvde» ep^re Dieu et vo|is*méfue$y et .que Djyeu uo. p^t souffrir de p^trtf^ge; parceque c'est vouloû;' limiter le dou^iue de pieu, et qii/^ s^ 4omaine n'a point de limitea.
£o effet, Chrët^s, ave^-voqs jaiuai^ biep péuétré le sens de ces paroles que Dieu dit à Moïse, et sur qu^oi est fondée la cérémonie de ce jour : Jtf^ ^fiut oni^d {£a;ari., }3) ; ïqutescboçfiSsgijtft^BCM? Pa-
i^li$ ç«tft^» AS»» qni» lim Iwr ^i^y«ii^ co{Hpre#pent les aev^s
les plus essentiels de rhomme envers Dieu , en nons donnant la plas juste idée du domaine de Dieu sur rhomme. Metksunt omnia : Tqut est à moi : c'est-à-dire, comme nons l'enseigne le disdple bfen aimé^ que tout dans ce vaste univers a été feit par lui, et que rien de tout ce qui a été iait ne Ta été sans lui : par conséquent que l'homme, en par* ticnlier , n'a rien qu'il n'ait reçu de lui ; et, par une conséquence n<m moins nécessaire , que l'homme n'a rien qui ne doive remonter vers lui comme à sa source , et lui être rapporté. Mea sunt omnia : Tout est à moi ï c'est-à-dire que comme il est l'auteur de t{^ut, il en est le conservateur ; en sorte, dit l'Apôtre, que nous n'agissons que par lui, et qu'il n'y a pas une pensée de notre esprit , pas un sentiment de notre cœur, pas une action qui ne dépende actuellement de lui : d'où il s'ensuitque toutes les pensées de notre esprit, que tous les sentiments de notre cœur,^ que toutes nos actions doivent être pour lui. Mea mnt omnia : Tofîït est à moi : c'est-à-dire, selon la parole du Saint-Esprit , qu'il peut disposer de tout à son gré , et suivant les absolus et sages conseils de sa providence ; qu'il a dans ses mains les biens et les maux, les richesses et la pauvreté, la Fortune et l'adversité, la maladie et la santé ; qu'il les distribue comme il lui platt, et partout où il lui piatt ; que c'est lui qui blesse et lui qui guérit , lui qui dépouille et lui qui enrichit, lui qui abaisse et lui qui élève, lui qui afflige et lui qui console : car toutes les Écritures sont pleines de ces expressions; et de là que iàut-il conclure? que quelque disposition qu'il fasse de nous, qu'en quelque état qu'il nous place, nous n'avons donc ni ne pouvons avoir aucun droit de nous détacher de lui.
Ah I Chrétiens, quel fonds de morale! reprenons-le , et tâchons à nous instruire. Rien dans nous qui n'appartienne à Dieu; et cependant que lui donnons-nous de tout ce que nous sommes? Dans ce partage (pie nons faisons de nous-nâémes, si Dieu n'est pas absolument oubbe, du reste que ne réservons-nous pas pour notre vanité, pour notre ambition, pour notre plaisir, pour nos commodités et nos aises', pour notre intérêt et notre avare cupidité? Ce qu'il y a de plus déplorable et ce qui rend notre erreur plus dangereuse, c'est que nous nous con* duisons en cela ménie par principes, mais principes qui nons trompent, ou parceque notre amour-propre nous les fait porter trop loin, ou parcequ'il nous les fait mal entendre. Car il faut être à Dieu, disonsnous, mais y être d'une manière convenable à notre état; il faut être, à Dieu, mais aussi, dans mon état, ne dois-je pas abandonner tout le soin de mon établissement selon le monde; il faut être à Dieu, mais aussi, dans mon état, ne dois-je pas me distinguer par des singularités, ni manquer à toutes les bienséances du monde ; il faut être à Dieu» mais aussi, dans mon état, ne dois-je pas me priver de tout divertissement et da tout relâche ; il faut être à Dieu, mais aussi, dans mon état, faut-il me maintenir; et si je ne pense pas à moi-même et à mes affaires temporelles, qui y pensera et qui y pourvoira? Spécieux raison-
nements, qui, pris dans nu sens chrétien , peuvent être vrais, et alors ne nous font rien dérober à Dieu de tout ce que nous lui devons; mais qui, de la manière que nous les entendons , n'aboutissent qu'à noius foire entièrement quitter Dieu pour le monde, ou du moins qu'à nous justifier l'indigne réserve, que nous faisons de la meilleure part de (nous-mêmes, pour la donner au inonde. Allons plus avant : rien dans nous, non seulement qui n'appartienne à Dieu, mais qui n'ait une dépendance actuelle de Dieu pour subsister,'niqui puisse agir sans Dieu. JUais voici l'injure la plus sensible que puisse recevoir de nous ce premier moteur qui concourt à toutes nos pensées, à tous nos sentimentSi à toutes nos actions, par un secours continuel et toujours présent : '€'est qu'à peine nous occupons-nous quelques moments de lui, qu*à peine tournons-nous quelquefois notre cœur vers lui ; que de tant d'actions qui composent notre vie, à peine en peut-il compter quelques unes qui soient pour lui. Je dis plus encore : comme Dieu est te souverain auteur de nos êtres, il est maître de nos destinées : car, selon le raisonnement de m^tre, l'ouvrier ne peut-il pas foire tout ce qu'il veut de son ouvrage? le placer comme un vase d'honneur sur le buflet, ou l'employer aux plus vils ministères? le conserver Ou le briser ? et , quoi qu'il en fosse, n'est-ce pas toujours son ouvrage? Cest-à-dire, Dieu, qui nous a créés indépendamment de nous et sans nous, ne peut-il pas, sans nous et indépendamment de nous, décider de notre sort? et de quelque manière que sa providence en décide, soit pour nous foire briller dans Féclat, ou pour nous laisser dans l'obscurité ; soit pour nous combler des biens de la vie , ou pour nous en priver; soit pour nous rendre heureux selon le monde, ou pour nous refuser ce prétendu bonheur ; riches ou pauvres , grands ou petits , sain» ou malades, consolés ou affligés, ne somrnes-nous pas toujours des créatures fermées] de sa main 7 et la diflerence de nos conditions, qui ne change rien à ce caractère ineffoçable de créatures que nous portons, change-t-elle quelque chose à ce droit inviolable qu'il a sur nous, et à ce caractère de maître qni lui est propre? Si donc nous voulons éire à Dieu comme nous le devons, si nous voulons rendre à son domaine l'hommage qui lui est dû, il fout que ce soit par une soumission sans bornes, et par un plein abandon de nous-mêmes à toutes ses volontés. Qu'il nous fosse montçr aux plus hauts rangs, ou qu'il nous en fosse descendre; qu'il nous appelle à des emplois éclatants, ou qu'il nous destine à ce qu'il y a de plua commun ou même de plus méprisable; qu'il seconde nos desseins, ou que, par une conduite particulière de sa sagesse, nos desseins échouent ; dans la paix ou dans la guerre, dans la gloire du triomphe on dans l'humiliation de la défoite, dans l'autorité ou dans la sujétion, dans la foveur ou dans la disgrâce, dans le repos ou dans le travail, dans l'opulence ou dans la disette, partout il fout nous souvenir^ comme le graod-prétre Héli, qu'il est le maître, Dmmusest (i. Beg., 5) ; que c'est à lui d'ordonner,
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sans nous rendre raisop de ses ordres, et à nous d'obéir saas murmu"^ rer et sans nous plaindre ; que c'est attenter à ses droits» que de prén tendre nous mar^tuer nous-wômes la route que nous devons prendre* et choisir l'état où il nous platt de nous pousser ; que lui apparte» pant dans tous les états » â n'y en a point » quel qu'il soit, qui puisse nous dispenser de lui être sincèrement et totalement dé<« voués.
C'est là, dis-je, de quoi je dois me souvenir. Ainsi, tant que je voudrai mettre à ce devoir capital et générpl des exceptions, tant que je ne serai pas disposé à bénir Dieu , ou , comm^ la ^rand-prétre HéU » lorsqu'on m'annoncera delà part deDieu les ordres les plus rigooreuxi ou, comme Marie, lorsqu'on me dira, au nom de Dieuiquej'aurai Tame percée d'un glaive de douleur ; ou , comme Jésus-Christ, loraque par Tarrét de Dieu je me verrai condamné à la croix, c'est-à-dire aux adversités et aux souffrances de la vie; tant quej'entrepreudraide me conduire moi-même, et de m'ingcrer oii il me plaira, ou mon ambition me portera, où mon intérâi m'engagera , oùmon plaisir m'attirera, sans égard aux vue^ de Dieii, et sans examiner qiieU desseins il aura formés sur moi ; tant que je m'élèverai contre Dieu , dè^ qa'ii ne condescendra pas à mes désirs, et qu'il perroeura que je sois hura'iUé, délaissé, persécuté, ruiné; tant que je dirai : Si j'étois en tell^ ou telle eituation , je servirois Dieu , je me donqerois à Dieu, poaia présente* ment je ne puis rien faire pour Dieu ; enfin, tant que j'oserai compter avec Dieu, et que je ne lui ferai pas, sans restriction, comme un transport uuiversel de tout ce que j'ai et de tout ce que je puis avoir , de tout ee que je suis et de tout ce que je puis devenir ; il ne se tî^andra jamais suffisamment honoré de moi, ni jamais je p'aurai rien à atieadredelui. Car pour aller jusqu'au principe, vouloir retenir quelque cfaose et le refuser à Dieu, c'est préférer à Dieu même ce que vous retenei^, et ce que vous lui refuse^ : par conséquent ce n'est plus av(ûr pour Dieu cet anaour de préférence qui \e met à la tête de linit ; et ne je pas aimer de la sorte, c^est sa rendre indigue de ^ graee, p'est mé- Titer sa haine, et s'attirer ses plu$ rigoureux chàiimeuts, . Et voilà, mefi chers auditeurs (comprenez lûen ceci , c'eit i^ue re* .marq^^bieu vraie et bi^n importante), voilà ce qui arrête tous les jours tant de convergions , ce qui fait évanouir tant de bons desseins» ce qui relient jusqu'à la mort tant de pécheurs dans un affreux éloignemeat ideDieu, et ce qui les damne, Je ne veiix que vous-mêmes pour vous convaincre de ce que je vftis vou$ dire , et votre seule exp^jenoe e» eera la preuve la plus senaible^ Cgmbien de mondains se jseut^tquel- 49efoi^ toitchés de la grâce ? Pécheurejd'babitude, et plon^ depuis àe longues apnées dans tous les désordres, ils voient l'horreur ^e leur état : la raiâw qui les éclaire, la toi qu*ils n'oui pas encore perdue, )a«onaciBnce qui les pique au fond .de Taip^t tout imJ^ fM ^^i^x^44ut le défégieflP^iit d^ lm€ ceuduite , 4 péç^s^ d« rev^pir à I>#î^ , les
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oonsëqueiioes de ce retour , le prix infiia du salut ; ils voudroient y penser, que dis- je? ils sembleot niâme eu effet le vouloir. Mais dès qu'il en faut venir à Texécutioa, ce qui déconcerte le projet qu'ils ont formé, ce n'est souvent qu'un seul point : u cet écueil toutes leurs résolmions échouent. Que Dieu voillût leur passer cet article, ils seroient prêts à lui sacrifier tout le reste ; que sur cela seul le confesseur , ministre de Dieu et vengeur de ses droits, se relâchât et leur fit grâce» il n'y a rien d'ailleurs à quoi ils ne fussent en disposition de se sou* inettre; mais au moment qu'on leur parle d'immoler cet Isaac, au moment qu'on veut appliquer le ciseau sur cet endroit vif , toute la nature se révolte, toute leur constance se démefit. Us étoient en voie de devenir des Saints sans cet obstacle qui s'est présenté, et qu'ils n'ont pas le eourage de lever ; et parcequlls ne veujent pas faire ce der^^ nier effort, paroequ'iis craignent de rompre ce lien qui les attache, au liru de se rapprocher de Dieu et de rentrer en grâce avec lui, ils s'en éloignent plus que jamais , ils se irengagent dans leurs habitudes cri^* mineiles, ils ne gardent nulles mesures, et se laissent emporter à tout ce que leur coeur corrompu leur inspire. Car ils sentent bien qu'ils ne peuvent être à Dieu, s'ils n'y sont pidnemeot ; et qu'iiprès lui avoir immolé miUeautres victimes, s'ils épargnent celle qu il leur demande, îl ne peut être content. D*où ils concluent que ne voulant pas faire î Dieu 0^ sacrifice, ils n'ont donc plus rien à ménager sur tout le reste^ et qu'autant vaut se perdre en satisfaisant toutes leurs passions, qu'en B'ensatisfiaisant qu'une seule« Damnable raisonnementi dont les suites sont affreuses. De Ik plus de frein qui les lUTéte , plus de crainte de Bieu, plus de soin du salut; et ce qui met le comble à leur malheur , c'est que les années, bien loin de déprendre leur coeur de ce qu'ils o«t -aimé jusqu'à ne pouvoir se résoudre d*y renoncer pour Dieu, oe ser* -Tent au contraire qu'à les y. attacher davantage. Jusqu*à la mort ils en sont idolâtres ; ils emportent avec eux cette victime d*ipiquîté , ou ils ne la laissent que pour passer en la quittant dans les mains de la justice divine, et pour en ressentir tes plus redoutables vengeances. Combien de réprouvés souffrent dans l'enfisr, et y souffriront éternellement ! pourquoi? une seule attache les a perdus. Sur tout autre chose ils étoient les mieux disposés du monde ; ils «voient des princi- • pes de probité et d'honneur , ils avoient un fonds de christianisme «t de religion ; nutis ta religion s'étend à tout , et ils ont voulu la restreindre ; ils ont voulu composer avec Dieu, et Dieu ne veut point de composition : il lea a abandonnés, et ils se smit ahandowés ewtmémes.
Si donc. Chrétiens, nous nous senleiis aujourd'hui touchés de quelque désir d'être à Dieu, suivons4e; oiaia entrons dans lesentimeat du Prophète. Cet exemple est d'autant plus propre pour vous et pour cette cour, que c'est Téxemple d'un grand roi et d'un saiitroi, Itevid, iNUBiii^ deiwt Dieu, Imî dlsok 1 SeigM^
de TOUS, la {j^randeur, la puissance , la gloire : Tua est^ Domine, ma^ gnificentta^ et potentia, et gloria (1. ParaL^ 39) ; rien dans le ciel et sur la terre qui ne vous appartienne, et qui ne soit soumis à votre empire : Cuncta quœ in cœlo suntet in terra , tua sunt; tu dommarU om^ nium (Ibid.). Delà que concluoit-il? Ah! Seigneur, c'est donc avec joie, et dans la simplicité/de mon cœur , que je vous offrirai toutes choses : avec joie , parceque je sais que je n'en puis fiaire un usage ni pins glorieux pour vous, ni plus salutaire pour moi; dans la simplicité de mon cœur, sans user d'aucun détour et sans votisen dérober la moindre partie ; Vndè et ego in smpUeitate cordis mei îœim obtuli uni' ver^a (Ibid.). Voyez-vous, mes chers auditeurs, comment de l'universalité du domaine de Dieu , si je puis encore user de ce terme, il tiroit comme une conséquence nécessaire l'universalité de Toblation que nous devons faire de nous-mêmes à Dieu? Et, bien loin qu'il comptât pour beaucoup un tel sacrifice, et qu'il crût faire par-là quelque chose de grand , il s'étonnoit au contraire que Dieu voulût Inen l'acoepter de sa main. Car quisuis-je, Seigneur, ajoutoit*il, et qu'est-ce que ce peuple dont vous m'ave^ donné la conduite, pour que nous o^obs vous offrir cela, et que vous daigniez le recevoir de nous? Ne sont-ce pas vos dons que je vous rends, et ne sont-ce pas vos biens que je vous présente? Quis ego et quis populus meas^ ut possimus hase litn universa promittere î Tua sunt omnia; et quœ de manu tuâ aceepimui, dedimus tUn (Ibid.). Ainsi parloit un roi, un roî victorieux et conquérant; ainsi dans l'éclat qui l'environnoit, et au milieu de toute la pompe du siècle, se souvenoit-il qu'il y a au-dessus de tous les rois , et par conséquent au-dessus de tous les hommes, un souverain maître, dont le domaine essentiel demande une sincère oblation de nous-mêmes, dMit le domaine universel demande une entière oblation de nousmêmes, et dont le domaine étemel demande enfin une prompte oblation de nous-mêmes. C'est la troisième |>artie.
TaOISIÈME PASLTIE.
Il ne faut pas s^étonner à l'Apôtre, instruisant les premiers fidèles, entre les autres maximes de religion qu'il leur proposoit , s'attachoit particulièrement à celle-ci, que nul de nous ne vit pour soi-même , et que nul de nous ne meurt pour soi-même ; mais que, soit que nous vivions, soit que nous mourions, c'est pour le Seigneur que nous devons vivre et mourir, puisque vivant et mourant nous sommes à lui : iStie ergd vtvbnus^ due morimurf Domttit sumus{ Rom., 14). Il parloit ainsi, dit saint Chrysostome, parcequ'il savoît que le domaine de Dieu est on domaine étemel ; et qu'en conséquence de cette éternité de domaine, il n'y a pas un moment de notre vie qui lui puisseêtre disputé. En sorte que dès que nous commençonsd'être, nous commençons à dépendre, ne sortant du néant que pour entrer dans la'possession de Dieu, c'est-id^re d$ns un état où nous appartenons à Dieu, et où nous ne pouvons
SUR LA PUMFIGATIOM DE LA VIERGE. tt41
être jastement pos8édé9d*a)icun autre que de Dieu. C'est sur ce principe que l'Ange de l'école, saint Tliooias,'i établi cette opinion si raisonnable, que l'homme, dès le premier instant qu'il oonnolt Dieu , est obligé de l'aimer, et de s'âever vers lui ; et que le premier péché que nous commettons dans le moment que noire raison se développe , et que nous pouvons user de notre liberté, est de ne pas fiiire à Dieu ce sacrifice de nous-mêmes, que l'Écriture appelle le sacrifice du matin: Holoeaustum imUttiinum (4. Reg., 16). Opinion, dis-je, quelque ap«parente qu'elle ait de sévérité , la plus conforme à la lumière môme naturelle. Car, selon le raisonnement d'un savant cardinal, expliquant là-dessus la pensée et la doctrine de saint Thomas, pourquoi l'homme, au sortir de l'enfance, et lorsqu'il commence à ouvrir les yeux, ne 1^ tournera-t-il pas vers son souverain auteur? pourquoi différera-t*» un moment à le reoonnoltre, et pourquoi auroit-il droit de ne lui pas offrir les prémices de cet être qu'il n'a reçu et qu'il n'a pu recevoir que pour lui en £ure hommage ?
C'est dans cette vue que saint Augustin, touché d'une douleur amère, et cepassant devant Dieu les années de sa vie, s'écrioit : Beauté plus ancienne que le monde , c'est trop tard que je vous ai aimée! Sera te omavi, pulebriUido tant antiqua (August.)! Prenez garde : il ne s'arrétoit point à tous les autres motifs que la pénitence dirétienne auroit pu lui fournir, pour pleurer ces débiis criminels qu'jl avoit apportés à sa conversion ;* mais il mesuroit le temps de sa conversion à celui de ses obligations ; et comparant l'un à l'autre , il se confondoit d'avoir si mal rempli celui-ci, par l'abus qu'il avoit fait de celui-lià. Car quelle honte pour moi, disoitce saint pénitent, que Dieu m'ait aimé pendant des siècles infinis , ei que le monde , ma passion , d'indignes objets et une aveugle cupidité , lui aient enlevé la meilleure parole de ce petit nombre de jours que j'avois pour répondre ^son amour! quel désordre, que Dieu ayant toujours été mon Dieu , je me sois soumis et donné si tard à lui , comme sa créature ! Voilà quel étoit le sujet de son repentir et de ses regrets : Sera te anunvif pulehritudo tam anAqua !
Aussi est-ce par cette règle que les prophètes , qui furent les oracles de l'andenne loi, ne demandoient pas moins à l'homme qu'une' éternité de culte et d'adoration , poulr honorer cette éternité de domaine qui est l'un des plus nobles attributs de Dieu. Et comme la vie deThomme, prise dans toute sa durée, est une espèce d'éternité pour lui ; comme Moïse, en parlant de Dieu , et usant d'une compression divine et mystérieuse, assuroit que le Seigneur régneroit éternellement, et au-delà de l'éternité même, Dominut regnabit in œiernumet ultra (Exod., iâ) : ainsi le prophète Hichée ne craignoit point de s'engager trop , quand il promettoit à Dieu de lui rendre un hommage éternel et plus qu'éternel , Ambulabimus in nomne Pomni Dei noiiri in œtemum et ultra (Mien., 4) : comme s'il n'eût pas voulu , re-
MS SDR LA PCRmCÀTION OB' LA VIERGE.
marque saint Jërdme, qne le domaine de Ûién sttr sa {iersoniie TeiiiporiAt sur le zèle de sa piété» et que » par vue sainte émulatioD , il eût ambitioBDë d*étre aussi lofig^teffips et aussitôt à Dieu que Dieu avoit été à Itil.
Hais » Gbrétieiui t sans chercha d'autres exemples , arrêtons-nous à eeini que flous présente dans ee mystère le Sautem* de nos âmes : ear Toilà rimponaot devrar qu'il prélebd ^core aujourd'hui nous ensrfgilér. C'est tm Dieu enfont , un Dieu qui tient de naître ; et quarante jours à- peine ae sont écoulés depuis sa naissance, que déjà 3 tesft être porté à l'autel du Seigneur, et là se* sacrifier à son Père. D'une si belle tie qu'il doit liiener sur la terre, il ne veut pas qu'il y
^it un âge qui ne serve à la gloire de Dieu,* et l'engagement qu'il contracté par cette oblaiion de hri-ltoéme fie regarde pas seulement ses j^mières atitïées et le temps présent , lâais totrté la suite de des années et tout l'avenir ; tellement que le sacrifice de sa cfoix et de sa mort ne sera point un autre sacrifice que eehii-ci, Mais le dernier acte de Cjekii^, la perfection et la consofnmation de celni<i. Et quand, la veille de sa passion, il dira à son Père , J'ai achevé l'ouvrage pour lequel vous m'avez en\-oyé et que vous m'avez confié , Opv^ cottsumim»% tfuod dedisîi mihi (JoaN., il); quand sur la croix, prêt à remettre son aihe entre les mains de son Père, il s'écriera, Tout est conqptnmé, Conêummamn est (Joan., 19) ; fi ne parlera point d'un autre mtYTSQe que de celui même qu'il conâmence dans le temple et dans sa sainie présentation.
Figurons-noiis donc, ines chers auditeurs , que Jésus Christ , dans cette fête que noiis solennisons , s'adressant à nous , et nous animant par son eltemple , nous dit à chacun etî particulier ce qu'il dit depuis à ses apôtres : Ecce ascendimus Jerosotymam,etFtiius Bominis tradefur (M ATTfl. , 20) : Nous voici enfin à Jérusalem , et l'heure est Tenue oh le Fils de l'Homme doit être livré; ne différons point, et ne disons pas perdre n Dieu un moment de cette gloire qu'il attend de moi et de vous , et que nous pouvons lui procurer par une ofolation prompte de nous-mêmes. Quand le Fils de Dieu tint ce langage à ses disciples,
^ l'évangéHtfte renMirque qu'ils n'y comprirent rien, quoique ces paroles fussent néanmoins très intellîgibles : Et ipsi nikil horum intei" texemnt (JLtc, 18). Voilà, Chrétiens, l'état de noire misère, et i quoi nous en sommes réduits. Notre divin maiire nous prêche aujourd'hui , par son exemple, qu'il faut nous donner prompienjent à Dieu, et qu'autrement nous ne pouvons bien reconnoître le domaine éternel que Dieu a sur nous : vérité incontestable; mais,flia*gré toute son évidence, vérhé que l'esprit du siècle, cet esprit aveugle et grossier, nous rend obscure ; en sorte que nous ne la comprenons jamais, pttrceqoe.noiis ne voulons jamais la comprendre : Et erat verhutn istmi abscùndiinm nb m (Ibid.). Car nous voulons être à Dieu; mais quand ? toujours pour l'avenir, ei jamais pour lé jour présent. ÉcoU-
Stm LA PtJRiPiCATIÔlt DE LA VÎERGÉ. 84$
tez-moi , et tâcher à découvrir sur cela toate la perversité du cœur de rhomihe, pour eu concevoir toute l'horreur qu'elle mérite, et, s'il étoit possible, toute VbOrreur que Dieu en conçoit. Nous voulons être à Dieu quand nous n*aurons plus riett qui nous attire ailleurs , ni qui puisse nous y retenir : être à Dieu quand il ne nous restera rien autre chose dans la vie, ni engagement à former, ni ambition à conteniez, ni rang où aspirer, ni prétention à soutenir, ni fortune , ni figure à faire ; que nous nous trouverons, pour ainsi dire, abandonnés à nousmêmes, et qu'en nous présentant au Seigneur, nous ne lui présenterons qu'une vie désormais usée, caduque et inutile : être à Dieu quand nous aurons donné à nos passions tout le loisir et tous les toioyeits de se satisfaire; que nous leur aurons mille fois sacrifié tous ses intérêts; qu'aux dépens de sa gloire et de sa loi, nous aurons aveuglément suivi tous nos désirs , ^t brutalement assouvi toutes nos cupidités : être à Dieu quand il nous plaira , et non point quand il lui platt^ quand ta seule raison nous y engagera , et non point quand la religion nous y appelle ; quand ce sera Ta dernière et Tunique ressource que nous aurons ou pour faire' parler de nous dans le monde» ou pour charmer l'ennui de la vie , et non poiiit quand le devoir nous y oblige et que la piété no\is l'inspire : enfin, être à Dieu quand il n'y aura plus à reculer, pluà à remettre, et que , surchargés , acca- blés de dettes, il faudra, par une pénitence précipitée, apaiser sa justice, ou, par un affreux désespoir, consentir à notre éternelle ré* probation. Tel est le plan de conduite que nous nous traçons à l'égard de Dieu ; tel est , dans le partage de nos aânées , le temps que nous lui assignons.
Mais est-ce là , mon cher auditeur, honorer Dieu r ou n'est-ce pas l'outrager? est-ce. reconnotire sa souveraineté, que de lui prescrire ainsi le temps qu'il nous plutt? est-ce rendre hommage à son domaine, que de lui assigner dans ce temps les dernières années de la vie, des années sur quoi nous ne pouvons compter, et qui ne viendront peut-êire jamais pour nous , parceque la mort nous enlèvera avant qu'elles viennent? Quoi ! Dieu, traité de la sorte, nous attendra? il se contentera de ce partage? c'est-à-dire il se contentera que nous lui présentions ce que le monde avant lui aura long-temps possédé et mille fois profané? que nous lui présentions ce que le monde méprisera et rebutera ; et que nous te lui présentions , parcc(],ue le monde comn)eucera à le mépriser et à le rebuter? que nous lui présentions ce que nous ne pourrons plus lui refuser , sans attirer sur nous un arrêt de condamnation d autant plus inévitable, qu'il sera prêt à le lancer sur nos télés? Ah! mon Dîfeu, seriez-vous ce que vous êtes, si vops étiez obligé de nous recevoir à de telles conditions ; et serionsnous ce que nous sommes, s'il nous étoit permis de vous les imposer? Non , non , Chrétiens , il n'en ira pas ainsi ; et Dieu , pour ce qu'il se doit à hii-même, a bien su établir, dans Tordre de la prédestination
des hommes , des lois rigoureuses qui le garantissent de cet outrage. Car si nous l'en croyons (et qui en croirons-nous mieux que lui» puisque toutes ses paroles sont infeillibles et qu'il est la vérité même?), si , dis-je y nous l'en croyons , après que nous l'aurons si iodignement traité , il nous frappera de son mépris : et quels seront les terribles effets de ce mépris de Dieu? comprenez-le. Ce ne sera point d'être insensible à nos vœux » si nos vœux sont sincères et qu'ils partent du cœur ; ce ne sera point de se tenir éloigné de nous , si c'est de bonne foi que Qous nous tournons vers lui; et que nous le cherchons ; ce ne sera point de nous rejeter, si , par une vraie et solide oblation de nousmêmes , nous nous présentons à lui. Il a dit qu'à quelque temps que le pécheur voulût revenir à lui, il le recevroit; qu'à quelque. temps que nous fussions bien 'résolus d'être à lui, il agréeroit le don que nous lui ferions. Mais prenez garde : ce retour véritable, cette résolution ferme, cette bonne volonté dépend de Dieu et de sa grâce; et que fera Dieu en vous méprisant, après que vous l'aurez méprisé? C'est qu'il vous privera de cette grâce, je dis de cette grâce efficace et forte , de cette grâce d'autant plus nécessaire que vous serez pJus foible, et que vous aurez plus d'efforts et plus de chemina faire, après de loDgs égarements, pour le retrouver :iil la retirera, et alors vous ne voudrez plus être à lui ; vous ne serez plus même guère en état de le vouloir, parceque vous ne l'aurez pas voulu lorsque vous en aviez le pouvoir. Ces années que vous lui destiniez, vous voudrez encore les donner au monde ; du jour présent , vous remettrez toujours au lendemain , et de ce lendemain à un autre, jusqu'à ce que vous soyez enfin arrivé à ce dernier jour qui n'aura plus de lendemain pour vous. Ou s'il vient un âge avancé, et un temps auquel il semble que vous vouliez vous donner à Dieu, vous ne le voudrez qu imparfaitement , vous ne le voudrez qu'à demi ; vous croirez le vouloir, et vous ne le voudrez pas. Et c'est en ce sens qu'il faut entendre cette menace qu'il a si souvent réitérée dans l'Écriture , et exprimée en tant de manières différentes : Alors ils m'invoqueront , et je serai sourd et insensible à leurs prières ; ils me chercheront , et je me déroberai à leur vue , en sorte qu'ils ne me trouveront pas : ils frapperont à la porte, et ils me crieront. Seigneur, Seigneur! mais moi, sans leur ouvrir, je leur répondrai que je ne les connois point ; je les renverrai à ces faux dieux qu'ils m'auront préférés, et à qui ils auront consacré leurs plus beaux jours.
Terrible mais juste châtiment, auquel vous vous exposez, mon cher auditeur, et dont vous n'aurez pas lieu de vous plaindre , puisqu'il n'aura rien de si rigoureux ijue vous n'ayez sans doute Ibien mérité.' Vous médirez quecela doit donc désespérer ceux de mes auditeurs qui, jusqu'à présent, engagés dans le luonde et dans les intrigues criminelles du monde, ont passé de longues années sans se donner à Dieu , et voudroient maintenant rentrer dans le devoir et le ser-
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vir. N'y a-t-il plus de retour pour eux, et ne peuvent-ils plus faire k Dieu un sacrifice d'eux-mêmes qui lui soit agréable? Je n'ai garde , Chrétiens, de le penser et de le dire de la sorte : il ne m'appartient pas de marquer ainsi des bornes à la miséricorde de notre Dieu. Je sais qu'il y a eu des pénitents de tous les âges , c'est-à-dire des hommes qui, rebelles à Dieu et à ses grâces, avoient consumé presque toute leur vie dans une révolte et dans un désordre continuel , et qui néanmoins ont enfin ouvert les yeux , ont reconnu leur injustice , et Font réparée, en se soumettant au légitime empire du maître dont rien n'eût dû jamais les séparer ; des femmes qui , idolâtres du siècle, et plus idolâtres encore d'elles-mêmes , s'étoient lait une divinité de leur corps, et avoient consacré à cette divinité prétendue, non seulement tout le cours d'une florissante jeunesse , mais tout ce qu'elles avoient reçu de jours au-delà, et qui tout-à-coup ont renoncé à leurs anciennes habitudes, ont pris le parti de la piété et d'une piété solide, se sont enfin rendues, si je puis ainsi parler, au souverain Seigneur à qui elles s'étoient dérobées , et lui ont offert dans leurs personnes autant de victimes qu'il a bien voulu accepter : voilà ce que je sais , et de quoi je suis obligé de convenir. Mais aussi convenez avec moi que ces exemples où notre Dieu fait parottreles richesses de sa miséricorde sont moins communs que nous ne le pouvons penser, et qu'il y en a mille autres contraires, où il exerce toute la sévérité de sa justice : et de là concluez deux choses très importantes, et dignes de toute votre réflexion. Car de ces deux sortes d'exemples , les uns de miséricorde, et les autres de justice, je vous propose les premiers pour soutenir encore votre confiance , si vous êtes de ceux à qui la conscience reproche de s'être depuis long-temps soustraits au domaine de Dieu , et d'avoir vieilli dans le service du monde et dans l'esclavage de leurs passions ; et je vous propose les seconds pour vous inspirer une crainte salutaire et bien fondée, et pour vous engager fortement à consacrer à Dieu les prémices de votre vie , si vous êtes de ceux qui se trouvent dans l'heureux état de le pouvoir faire. Développons ceci, et expliquons-nous.
Je parle d'abord à vous , mon cher auditeur ; à vous , dis-je , qui , sur le retour de Tâge, commencez à comprendre le devoir capital de fai religion que nous professons, qui est de nous donner à Dieu de bonne heure; et d'honorer, par cette prompte oblation de nous-mêmes, l'éternité de son domaine : vérité fondamentale que vous reconnoissez , mais que vous craignez de reconnottire trop tard. Justement effrayé des menaces du Seigneur que je viens de vous faire entendre , et pressé par le remords de votre cœur, il vous semble qu'elles doivent s'accomplir en vous ; et cette pensée vous décourage , comme s'il n'étoit plus temps de vous réduire sous la loi de Dieu , et de lui oflrir une victime qu'il rebuteroit. Hais à Dieu ne plaise que ce discours servtt à ralentir la ferveur de vos résolutions, et à rendre inutiles les B. 3. 3S
m SUR LA PURIFICATION DE LA VlfiRGE.
efforts de la grâce! Non, mon cher Frère, ces menaces divines ç(ùà vous troublent ne sont point si générales qu'elles ne puissent avoir et qu'elles n'aient eu leurs exceptions ; elles ne sont peint si décisives ni si préi^ises , que d'autres que vous n'en aient appelé , et que veas ne puissiez en appeler comme eux à la miséricorde du maître qui les a prononcées. Or pourquoi ne serez- vous pas de ce nombre , et pourquoi ne prendrez-vous pas toutes les mesures nécessaires pour en être? vous le pouvez , et c'est à vous en particulier que je Faimonoe; à vons qui m'écoute^ , et que Dieu appelle tout de nouveau par ma voix ; à vous en qui ce discours excite certains sentiments qui sont ies' effets d'une grâce spéciale ; à vous à qui Dieu ouvre les voies du retour par ces pensées et ces désirs secrets qu'il vous inspire ; à vous qu'il a eon^ serve pour cela jusqu'à ce précieux moment , qui peut*étre est le der^ nier, mais qui peut devenir le principe de votre éternelle prédestfaïation. Il est vrai, vous n'aurez plus l'avantage de vous être domié au Seigneur de bonne heure , et c'est de quoi vous gémirez eu sa présence ; mais du moins aurez-vous désormais l'avantage d'être à lui constamment, d'être à lui jusqu^au dernier soupir de votre vie, et de réparer, par votre persévérance, vos révoltes passées; c'est ainsi, dis- je, que je vous parle : mais voici ce que j'ajoute pour les autres.
Car de compter aussi , mon cher auditeur, qu'il sera toujours temps de reprendre le joug du Seigneur, après l'avoir secoué, et sur ce principe vous livrer au monde dès vos premières années, et ne réserver à Dieu qu'un reste de vie; de se promettre que Dieu sera toujours également prêt à vous prévenir, et à faire toutes les avances pour vous rechercher ; de s'attendre que le trésor de ses miséricordes tous sera toujours ouvert , et que vous y trouverez au besoin tous les se* cours et tous les moyens sur quoi vous faites fond, c'est une confiance présomptueuse à laquelle j'oppose les exemples de tant de mondains et de mondaines qui y ont été trompés avant vous, et après qui je n*ai que trop lieu de craindre que vous ne le soyez vous-même* Quelle raison avez-vous d'espérer, qu'ils n'eussent pas comme vous? et si d'affreuses suites leur ont fait voir combien leurs espérances étoieni fausses, qui vous assure que de semblables épreuves ne vons convaincront pas un jour, mais à votre ruine éternelle , que vos prétentions n'étoient pas mieux établies? Ahl Chrétiens, ne nous exposons pas à un danger dont les conséquences sont si terribles. Ne remettons point à une autre occasion ce que nous pouvons faire dans les conjonctures présentes; elles ne seront jamais plus glorieuses poar Dieu, ni plus salutaires pour nous* Autant de moments que nous re- Âisops à Dieu, ce sont, autant de moments perdus, non seulem^dt pour lui , mais pour nous-mêmes : encore s'ils étoient seulement perdus ! mais parcequ'ils auront été perdus « ce seront contre noas au* tant de sujets de condamnatioa. Offrons*nou8, eouMUe Jésos-Glmst ,
SUft LA PURIFICATION m LA VIBRGE. 6Vl
dés OQe nous le pouvons » dès que nous nous y sentons attirés » dès que Dieu nous y invite , et par iui-méme et par ses noinisires; maïs surtout offrons-nous comme Jésus-Christ , par qui? par Marie : car c'est par Marie qu*il vaut être offert, par Marie qu'il veut être porté dans le temple » par Marie qu'il veut être mis entre les mains du (;randrprétre ; et si nous pensons à faire à Dieu le sacrifice d$ mms^ mêmes, faisonS-ie par la mère de Dieu; que ce sacrifice de nous» mêmes soit comme la consommation du sacrifice qu'elle hit ^ujour** d'bui de son fils, Âv^p la médiation de cette vierge toute puissante , il n'est risn que le ciel ii*agrée , et c'est ainsi que nous hoDoreroBS It domaine de Dieu, ce domaine essentid , ce domaine universel, ce do« maine éternel.
Cette morale / Sire , est pour les rois aussi bien que pour les autres hommes ; et je le dis ^vec d'autant plus d'assurance et plus de consolation en présence de Votre Migesté, qu'entre tous les autres monar* qa€Sf il n'en est point qi^i rende au souverain maître dii monde de plus éclatants témoignages d'une soumission vraiment chrétienne^ Nous vous voyons. Sire, au comble de la grandeur humaine : tout ce qui peut relever un roi, et lui donner dans le monde un grand nom , le ciel l'a réuni dans votre personne sacrée ; l'éclat de la majesté, l'étendue de la puissance , la sagesse des conseils , le succès des entreprises , la gloire 4es armes i voilà ce que nous admifons ; voilà ce que toute l'Europe , attentive à vous considérer , est forcée de reconnoftre elie-même, et à quoi elle ne peut refuser des éloges d*autant plus glorieux , qu'elle auroit plus d'intérêt à les diminuer et à les obscurcir. Mais « Sire , dans ce. haut degré d*élëvation, ce^iu'iï y a de plus digne de nos admirations et de plus grand , c'est que Votre Ma« jesté ne se laisse point éblouir par sa grandeur; c^est que, dans la splendeur de sa puissance « elle n^ouUie pomt qu'il y a aundessus de toutes les puissances mortelles un Tout-Puissant ; c'est que, prévenue des sentiments d'une religion pure et sincère, elle se souvient i comme Salomon, ce prince si sage et le sage même par excellence, qu'il y a au plus haut des cieux un plus grand qu'elle , le créateur de tous les hommes et le Roi des rois. C'est dans cet esprit , Sire , que vous vous êtes aujourd'hui prosterné devant l'autel de ce Dieu de gloire, et de ce suprême dominateur de l'univers. Nous avons vu Votre Majesté, humiliée en sa présence, lui faire hommage de tout ce que vous êtes ; nous vous avons vu , au milieu de la plus florissante cour, lui présenter, en vous présentant à lui ^ ce qu'il y a sur la terre , et selon le monde , de plus vénérable et de plus auguste. Qi^'il est beau, Sire, après avoir paru sur le trône en souverain, pour imposer au peuple la loi ; ap^ avoir tant de fois paru à la tête des armées en conquérant , pour soutenir les droits de votre empire, et pour abattre Torgueil et confondre les projets de tant de nations ennemies , de parotire ensuite aux pieds du Seigaeur en suppliant » pour honorer
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son domaine» snpëriear à tonte domination , ou plutôt le principe et l'appui de toute domination ; ponr lui foire une protestation solennelle de la plus religieuse et de la plus humble dépendance; pour lui soumettre , par Toblation la plus parfaite » tout ce qu*il vous a son-* mis! Qu'il y a là de fermeté d'ame et de noblesse, qu*il y a d'équité et de droiture , qu'il y a de solide piété , et par conséquent de véritable grandeur ! Il est » si je l'ose dire » de l'intérêt et de l'honneur de Dieu » de maintenir Votre Majesté dans ce même lustre qui lui attire les regards du monde entier; puisque plus vous serez grand , plus Dieu tirera de gloire des hommages que vous lui rendez. II aura » Sire, dans votre personne royale , aussi bien que dans la personne de David , un roi selon son cœur, fidèle à sa loi , zélé pour sa loi , protecteur et vengeur de sa loi. Mais ce ne sera pas sans retour de sa part, ni sans récompense : après vous avoir couronnés! ^orieuaement sur la terre , il vous prépare dans le ciel une couronne im-* mortdle , que je vous souhaite au nom du Père , du Fils et du Saint- Esprit.
Maria opUmam partem elegit, quœ non auferetur ab ed,
Marie a choisi la meiUeare part, qui ne lui sera point dtée. Saint Lvc, cliap* u
Ce fut à Marie, sœur de Marthe, que le Fils de Dieu rendit ce témoignage avantageux : c'est ainsi qu'il se déclara pour elle, et qu'il h félicita de ce qu'elle s'attachoit à l'écouter, pendant que Marthe se ftitiguoit et s'empressoit à le servir. II faut néanmoins convenir que ces paroles de notre évangile, appliquées à la fête que nous célébrons, expriment parfaitement le caractère de Marie , mère de Jésus , puisqu'elle a eu sans contredit en toutes choses la meilleure part. Je n'aurois , pour vous en convaincre , qu'à parcourir tous les mystères qui se sont accomplis dans la personne de cette incomparable vierge , et qu'à vous y faire remarquer les privilèges infinis de grâce et de gloire qui Tont élevée au-dessus de tous les Justes et de tous les élus de Dieu. Mais je m'arrête uniquement à l'auguste mystère de son assomption; car ce degré de gloire si sublime où elle paroît aujourd'hui , cette couronne d'immortaSté qu'elle reçoit des mains de son fib , cette béa* titude qu'elle possède , et qui doit être la récompense étemeUe de ses éminentes vertus > c'est la consommation , hou seulement dé toutes les grâces dont elle a été comblée, mais de tous les mérites qu'elle a acquis, et par conséquent ce que nous pouvons dire être pour elle, souverainement et par excellence, la meillenre part , qui ne lui sera point enlevée : Optimam partem elegit, quœ non auferetur ab eâ. Heureux partage de Marie , qui doit être le sujet de nos réflexions , et auquel nous devons tous nous intéressé, si nous avons , comme chrétiens, les
sentiments de religion que la vue du triomphe de cette mère de Dieu doit produire dan9 nos cœurs! Ce que nous appelons son assomptîon est par excellence le mystère de sa gloire : mais si nous savons bien nous l'appliquer et en profiter , il n'est pas moins le mystère de notre espérance; et voilà ce que j'entreprendrai de vous faire voir* après que j'aurai demandé les lumières du Saint-Esprit, par Tintercesàon de sa bienheureuse épouse. Ave Maria.
C'est de l'espérance que le Juste vit » aussi bien que de la foi ; c'est sur l'espérance » aussi bien que sur la foi , qu'est fondé tout l'édifice de cette perfection chrétienne dont la charité est le comble ; c'est par l'espérance aussi bien que par la foi que nous nous élevons à Dieu , que nous cherchons Dieu , et que nous trouvons le royaume de Dieu. Ainsi , Chrétiens , quand j'ai dit que le mystère de ce jour étoit un des mystères de notre espérance, j'ai prétendu vous en donner l'idée la {dus haute » et tout ensemble la plus consolante et la plus édifiante que vous en ayez jamais conçue. Écoutez-moi , et vous en aUez convenir. Pour y procéder avec ordre » je ne prétends point pénétrer le fond de la béatitude et de la gloire dont la reine des anges jouit dans le del; car» comme remarque saint Bernard, si l'œil n'a point vu , et si le cœur de l'homme n'a jamais compris ce que Dieu prépare au moindre de ses élus» qui pourra comprendre et encore moins expliquer ce qu'il a préparé pour la plus parfaite et la plus sainte de toutes les vierges ? Sans vouloir donc connoitre la gloire de Marie en elle-même» il me suffit d'en examiner le principe et les effets; le principe » par rapport à Marie qui la possède ; et les effets par rapport a nous» qui comme enfants et serviteurs de Marie» devons y partie ciper : car » envisageant cette gloire dans son principe » et par rapport à Marie » j'y découvre un des plus puissants motifs de notre espérance; et la considérant dans ses effets et par rapport à nous » j'y trouve un des plus solides appuis de notre espérance. Appliquez-vous à ma pensée. Il est certain que Marie » dans son assomption, à ^eçu de Dieu comme une double plénitude » je veux dire une plénitude de bonheur» et uoe plénitude de pouvoir ; une plénitude de bonheur pour elle-même» et une plénitude de pouvoir pour ceux qui l'invoquent. Or la vue de son bonheur » ou plutôt de ce qui a été la cause et la source de son bonheur» c'est ce qui doit exciter notre espérance; et la vue de son pouvoir auprès de Dieu » c'est ce qui doit affermir notre espérance. Je pourrois m'en temV là ; mais parceque rien xi'est plus sujet à l'illusion que l'espérance » même chrétienne » et que rien n'est plus dangereux dans la voie de Dieu que l'abus de cette venu » j'ajoute à ces deux vérités une réflexion qui m'a paru bien importante » et que je vous prie de faire avec moi : c'est qu'en même temps que le mystère de ce jour excite et affermit notre espérance» il noiis apprend encore à la réçler, ef à n'en pfis abuser ; instrjuction à là-
quelle je rédnis tout ce discours , pour combattre deux erreurs grosëiëres ou nous tombons communément sur le sujet de la gloire de Marie : Tune qui regarde les moyens par où elle y est parvenue , et Tautre les avantages qui nous en ooivent revenir. Car ces moyens par Où Marie est parvenue au comble de sa gloire, nous nous les figurons tout différents de ce qu'ils ont ^té ; et ces avantages qui nous doivent revenir de la gloire de Marie , nous nous les promettons tout autres
Si'ils ne sont en effet ; deux erreurs , dis-je, infiniment préjudiciae$. Tftchons à nous en préserver , et pour ceh reconnoissons premièrement qi|el a été le vrai principe de la béatitude de Marie , et voyons ensuite quel est le pouvoir que Dieu lui a donné pour nous secourir : le principe de sa béatitude» bien expliqué, nous garantira de b première erreur; et la mesure de son pouvoir, bien entendue» nous mettra à couvert de la seconde. Voilà tout mon dessdn , et ce qui demande une fiaivorable attention.
Considérer dans Tàssomption de Marie une vierge triomphante , iine reine couronnée , une créature élevée au-dessus de tous les or-i éires des esprits blehheureux, et placée dans le rang de la gloire le plus éminent ; en un mot , une inere de Dieu béatifiée par le Dieu même qu'elle a conçu , et qu'elle a 6U l'honneur de porter dans ses chastes entrailles : ie l'avoue, Chrétiiens, c'est quelque èhose de grand,
Juelque chose qui surpasse toute expression humaine» et sur quoi on pourroit bien s'écrier : 0 aititudo (Uvitiartun (Rom.^ ii}! G abîme des trésors de Dieu ! C'est ce que l'Église semble noua proposer d'abord dans cette solennité , et c'est là que nos réflexions sur ce mystère se sont peut-être jusques à présent terminées: mais si cela est, et si nous en somnies demeurés là; quelque auguste que nous ait paru ce mystère J'ose dire qne ni vous ni moi ne l'avons jamaisbien pénétré: car , it est vrai » Voilà , mes chers auditeurs , ce qu'il y a dans l'assomptioïi de Marie d'éclatant et de magnifique ; mais l'esprit de la foi^ qui perce , coname dit saint Paul, jusque dans les secrets les plus intimes , et , pour user du terme de cet apôtre , jusque dans les profondeurs de Dieu, Etiam profunda Deî (1. Cor.j 2) , nous y découvre bien d'aulres sujets d'admiration. E^n voici un , Chrétiens, qui vous surprendra, mais qui vous édifiera; et qui, détrompant vos esprits, excitera dans vos cœurs les sentiments les plus vifs de respérancè des Justes. Appliauez-Yous, suivons plaît.
'Qu^ést-ce donc que je conçois^ ou qu'est-ce que je dois concevoir dims je niyétère que nous célébrpiis? Une mère de Dieu glorifiée, non point absolument ft précisément parcequ'elle à éié mère de Dieu,
SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE. S&i
ce que îe considère » dans sod asaomption , comme ressenliel et le capital à quoi nous devons nous attacher; et c'est le précis et le fond dé toute cette première partie. La proposition vous étonne , et voui avez peine à vous persuader que ce qui a élevé Marie à cette gloire in« compréhensible dont elle prend possession dans le ciel , ne soit pas rexceliente prérogative qu'elle a eue sur la terre d'être la mère d'un Dieu. Car quel titre en apparence plus légitime pouvoit«eIle avoir » pour être reçue en souveraine dans le royaume de son fiU,qoe d*avoir été sa mère; et si elle avoit à se promettre devant Dieu quelque dîsthiction , d'où devoit-elle plutôt l'attendre que de cette divine maternité ? Cependant , Chrétiens , il est de la foi que cette maternité, toute divine qu'elle est , n'est point proprement et dans la rigueur ce qui fait aujourd'hui l'élévation de Marie : car c'est ainsi que le Sauveur lui-même s'en est expliqué dans l'Évangile; et la déclaration expresse qu'il nous en a laite , est une preuve sans réplique. Vous l'avez cent fois entendue , mais peut-être ne l'avez-vous jamais méditée autant qu'il étoit nécessaire : écoutez-la donc » et ne l'oublies jamais. Vous savez en quels termes cette fomme dont parle saint Luc se sentit un jour hsspirée de foliciter Jésus-Christ , lorsqu'elle s*écria que bienheureux étoit le sein qui Tavoit porté » et les mamelles qui Tavoient nourri : Beatua venter qui te portavit, et ubera quœ suxisti (Luc, 11 )! Elle crut, aussi bien que nous, que la béatitude de Marie consistoit à être la mère de ce Dieu incarné et fait homme : Beattis venter. Mais vous savez aussi de quelle manière Jésus-Christ la détrompa, et l'étonnante réponse qu'il lui fit. Non , non , reprit cet Homme-Dieu , vous l'entendez mal, et il n'en est pas comme vous le pensez : Quinimà; celle que je reconnois pour mère, et dans le sein de laquelle j*ai été formé, n'est point heureuse pour cela. Ce n'est point là ni la mesure, ni la cause immédiate de son bonheur; mais les bénédictions abondantes dont Dieu l'a déjà prévenue, et dont il achèvera un jour de la combler, procèdent de tout une autre source. Or, prenez garde, Chrétiens , que ce qui feisoit alors , dans le sens du Fils de Dieu , la béatitude de Marie , c'est ce qui a fait depuis , et ce qui fait encore maintenant sa gloire dans le ciel : car la gloire d'une créature et sa béatitude devant Dieu ne sont qu'une mênfie chose. Marie , dans la pensée de Jésus-Christ , n'étoit point heureuse précisément par la raison qu'elle étoit sa mère : ce n'est donc point précis sèment en vue de sa maternité qu'elle à été glorifiée. La conséquence est évidente, selon tous les principes de la théologie et même de lafer. Pourquoi donc Marie se trouve-t-elle si hautement et sf honorablement placée dans le royaume céleste? apprenez-le de Jésus- Gftrisf,qùi seul a pu nous le révéler; apprenez-le de Marie même, qui en' a sédti l'effet et l'accomplissement dans sa personne : joignez ensemble ées deux témoignages , et faites-vous-en deux leçons pour la eotfdoile de votre vie. Rien ne tous fera mieuie ^Ater ce que j'appelle le don '4t
respëranœ chrétienne, et ne sera plus propre à vous inspirer un zèle ardent pour votre sanctification.
Voici le témoignage de Jésus-Christ. Il déclare , en comprenant Marie dans la réponse générale que je viens de vous rapporter , et Ty comprenant d'autant plus qu'elle en étoit personnellement le sujet; il dédare, dis-je, que la béatitude de Marie vient uniquement de ce qu'elle a été fidèle à Dieu, et obéissante à sa parole : Çtuiwaab^ beati qui audiuM verbum Dve^ et ctutodiunt illiid (Luc, 11) ! Voilà l'oracle de la Sagesse incréée, trop clair pour n'être pas pris à la lettre , et Irop avantageux à la Vierge que nous honorons pour n'en pas faire le fond de son éloge. Avoir écouté et inviolablement pratiqué tout ce qui étoit pour elle parole de Dieu, ordre de Dieu, bon plaisir de Dieu : c'est-à-dire avoir suivi tous les mouvements de la grâce qui agissoît en elle/ sans y apporter jamais la moindre résistance ; avoir répondu exactement et constamment à toutes les inspirations qu'elle recevoitde Dieu ; avoir accompli, avec la dernière fidélité, tous les dessdns que Dieu avoit formés sur elle ; n'être jamais sortie des voies de cette provideDce supérieure qui la gouvernoit ; s'être fait une loi des volontés de Dieu les plus parfaites ; s'être dévouée sans exception à Dieu ^ dans les plus rigoureux sacrifices qui dévoient être , et qui ont été tes épreuves de sa vertu; avoir sanctifié sa vie par un continuel exerdce de cette obéissance ; avoir rendu toutes ses actions , jusques aux plus petites, précieuses devant Dieu par le mérite de cette soumission ; et ne s'être jamais ralentie un seul moment, jamais relâchée de sa première ferveur, toujours attentive à ce que l'esprit de Dieu lui suggéroit, toujours agissante pour Dieu, toujours unie de cœur à Diea, toujcurs dépeodante de Dieu : voilà, dit saint Augustin , ce que Dieu a couronné et glorifié en elle : Hoc in eâ magnificamt Dominus , quia fecit volunlatem Patm^non quiacaro camern genuit (August.). C'est ainsi qu'en parloit ce saint docteur; comme s'il eût dit : Ne vous y trompez pas, mes Frères, et ne confondez pas les dons de Dieu. Avoir engendré selon la chair le Verbe éternel , et par le plus inoui de tous les miracles être devenue la mère de son créateur , c'est un honneur que Marie a reçu de Dieu ; mais ce n'est point , à le bien prendre , un mérite que Dieu ait dû, ni qu'ilait pu même, selon les lois de sa justice, récompenser dans Marie. 11 n'a loué dans elle que cequ'elle a fait pour lui. Or , ce qu'il a trouvé dans elle de louable , est uniquement ce qui ^ fait sa gloire devant lui : Boc in eâ magnificamt quia fecit voluntatem Pairis .,non quia caro camem genuit.
Je me trompe. Chrétiens ; la fidélité de Marie n'est pas le seul titre de la béatitude et de la gloire dont Dieu, comme juge équitable , la combla dans son assomption. Une autre de ses vertus y eut encore jpart, et la foi nous enseigne que ce fut son humilité. Humilité de Marie, s'écrie saint Ambroise, qui , dans l'incarnation divine , ayant eu la force d'attirer un Dieu sur la terre, eut encore le pouvoir d'éie*
ver une pure crëatore au plus haut des deux. Eu effet, avoir été fidèle à Dieu, et obéissante à sa parole» autant que Tavoit été Marie, c'étoit beaucoup ; mais ce n'étoit rien si elle n'eût été humble , et si , faisant pour Dieu tout ce qu'elle faisoit, elle n'y avoit ajouté, p|0ur surcroît, de mérite, de n'avoir jamais eu la moindre vue de s'en rien attribua à elle-même. Car voilà le fonds que Dieu, juste et suprême rémuné-»' rateur, crut devoir enrichir dans la personne de cette vierge incomparable , non seulement des dons de la grâce, mais des trésors immenses de la gloire dont il la mit en possession. Qui le dit? Marie elle-même^ qui, pleine de l'esprit de Dieu, s'en rendit authentiquement le témoignage : Qvia respexit humilitatem anciUœ suœ; eue emmex hoc bea^ tant me dicent omnes generatianes (Luc, 1) : Oui, dit-elle, dans ce sacré cantique qui , selon saint Ambroise, fut comme l'extase de son humilité, aussi bien que de sa recounoissance, voilà pourquoi on m'appellera bienheureuse, et pourquoi, en effet, je la serai , parceque le Seigneur a jeté les yeux sur ma bassesse. Or elle parloit ainsi, reprend saint Ambroise, ayant déjà été saluée par l'ange comme mère de Dieu, ayant déjà été déclarée reme du ciel et de la terre , ayant déjà été remplie de la divinité du Verbe, qui habitoit en elle oorporellement ; et l'aveu qu'elle foisoit de sa bassesse n'étoit qu'une expression vive et affectueuse de l'humilité de son cœur : Quta retpexit AumUiiatem ancilUe suce^ parceque le Seigneur a été touché de l'humilité de sa servante, c'est pour cela, et pour cela spécialement, que je serai béatifiée , Ecce enim ex hoc beatam me dicent; pour cela que le Tout- Puissant fera éclater en moi. toute sa «magnificence ; que celui qui abaisse l'orgueil des superbes prendra plaisir à m'exalter : et je veux bien le publier et le faire connottre, afio que toutes les âmes justes» profitant de cette confession, sachent qu'il n'y a que l'humilité qui puisse prétendre à la véritable gloire. Qu'est-ce donc, à proprement parler, que l'assomption de Marie? Me nous contentoos plus de dire que c'est le jour de son couronnement et de son triomphe : disons que c'est le couronnement et le triomphe de son humilité; par*Ià nous exprimerons mieux Tintérieur du mystère que nous célébrons» et parlà nous répondrons mieux à la question qu'auroient pu nous faire aujourd'hui, non seulement les hommes grossiers et terrestres, mais les esprits même célestes, à qui l'assomption de Marie fut un sujet de surprise et d'admiration. Car les anges mêmes, dit saint Bernard, furent dans une espèce de ravissement, en voyant Marie monter au ciel avec tant de pompe ; et charmés de la nouveauté de ce spectacle, ils eurent lieu de s'écrier, aussi bien que les compagnes de l'épouse : Quœ est ista quœ ascendit de deserto deliàu affluemf Qui est celleci qui s'élève de la terre avec cette affluence de délices et cet éclat de gloire qui l'environne? Mais on eût bien pu leur répondre ce que saint Paul répondoit dans un sujet pareil, en parlant de l'ascension du Fils de Dieu : Quod (Mcm tucendit^ 4iwi est^ nm qma et descendit
ttS4 SUR L'ilSSOMPTION DE LA VIERGE.
primunt (Epket.., 4)? Vous êtes en peine de savoir qui elle est, et pourquoi die monfe; mais sonvenez-vous que c'est elle qui, étant la phs sainte et la plus parfaite de toutes les créatures , ne s'est jamais considérée que comme la dernière des servantes de Dieu ; et saches qu'elle ne s*ëlève ao^essus de tous les êtres, que parcequ'elle est descendue par son humilité profonde jusque dans le centre dé son néant : Qudd autem as€en(&ty quid est^ nist quia et descendit t N'en oherchfz point d'autre raison que celle-lè. Cette humilité héroïque, qui a été la vertu prédominante de Marie ; ce détachement d'ellemême, sur lequel elle a foudë tout l'édifice de sa sainteté; ce renoncement à toutes les vanités du siècle, dont elle a fait , dès ses plus tendres aunées, une si solennelle profession ; cette vie cachée , dans laquelle elle a su se renfermer; cette horreur sincère qu'elle a eue des louanges même les plus véritables; ce trouble dont elle fiit saisie, entendant celles que lui donnoit un ange de la part de Dieu : cette disposition si admirable qu'elle a témoignée à rechercher en toutes choses son propre abaissement ; à vouloir bien parottre pécheresse, quoiqu'elle fût toute sainte ; à vivre dans les rigueurs de la pénitence, quoiqu'elle n'eût jamais perdu l'innocence; à se purifier comme les autres femmes, quoiqu'elle fût la pureté même ; à se soumettre à la loi, quoiqu'elle fût au-dessus de toute loi : cette vue de son néant , qui, dans les hautes communications qu'elle avoit avec Dieu , étoit comme le contre-poids des faveurs qu'elle recevoit de lui ; ce soin de glorifier le Seigneur à mesure que le Seigneur opéroit en elle de plas grandes merveilles; cette humiliié enfin, qui n'avoît jamais été vue sar la terre, et dont Marie étoit l'unique exemple, c'est-à-dire cette humilitë jointe à la plénitude de la grâce, jointe à la plénitude du mérite , jointe à la plénitude des honneurs, voilà ce que Dieu a estimé, et ce qui l'a déterminé à placer Marie dans un rang sublime : Qaïa respeocii humlitaiem ancUlœ suœ ; ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Mais encore^ me dlrez-votis, le Sauveur dtt monde, qui, comme parle l'Évangile, avoit reçu de son Père le pouvoir de juger, et par conséquent de récompenser, en béatifiant et en couronnant Marie, ne considéra -t-il en aucune sorte qu^elle étoit sa mère? nedonna-t-il rien à la tendresse qu'il avoit eiie, et qu'il conserva toujours pour elie? Non, répondent les Pères ; et la raison qu'ils en apportent est convaincante : parcequ'il est certain que le Sauveur du monde , en béatifiant et en couronnant Marie, n*agissoit pas en Fils ni eu homme, mais en Dieu et en juge souverain. Or, en tout ce qui étoit immédiatement de la juridiction et du ressort de h divinité, le grand principe de cet Homme-Dieu fut de n'avoir jamais d'égard à la chair et au sang. De là vient que quand Marie le pria de faire un miracle aux noces de Gana, bien loin de marquer qu^il eût en cela pour çlle de la déférence, il parut \à traiter avec une espèce de rigueur, en Ini répondant que ,
pour ces sortes d'actions absolument et essentiellement divines, commeceIle-là»iIn*yavoitTiende commun entre lui et eUe : Qmdmild et tibi est, mulier (Joan., S)? De là vient qu'à l'âge de douze ans, s*étent séparé d'elle dans le temple où elle le retrouva, trois jours après, au milieu des docteurs» bien loin de se montrer sensible à la douleur qu'elle avolt eue de cette séparation , il la reprit en quelque sorte du reproche qu*elle lui en fiiisoit, et sembla même s'en offenser» parceqa'elle devoit savoir, lui dit-il , qu'il étoit alors occupé à ce qui éioit eu service de son Père: Quid est quod me qucerebatis? nesciebatis (luià in his quœ Palris met sunt, oportçt me esse (Lvc, 2] ? De li vient que Marie elle-même s'étant un iour présentée pour lui parler, pendant qu*il annonçoit au peuple le royaume de Dieu, et un des assistants lui ayant dit, Voilà votre mère ; il déclara qu'il ne reconnoissoit pour mère et pour frère que ceux qui foisoient la volonté de son Père céleste : Quœ est mater mea, et qui sunt fratres met ? Quicumque [e* éerit vohmtaiem Patris met qui in cœlis est, ipse meus fraier et mater est (MattHm il). Pe là vient que, sur la croix oii , comme souverain pontife, il offroit à Dieu )e sacrifice de la rédempdon des hommes, voulant recommander à Marie un de ses disciples, il ne l'honora pas du nom de mère; mais il l'appela simplement femme : Mulier^ eccc ftRus tuus (JoAif ., 19). Or, s'il en usa de la sorte même durant sa vie mortelle, et pendant qu'il étoit encore soumis à Marie; beaucoup plus, reprend saint Chrysostome, en dut-il ainsi user lorsque , assis à la droite de son Père, il rendit justice à Marie, et la mit en possession de la gloire qui lui étoit réservée. Car ce fut là , je le répète , qu'il décida en souverain et en Dieu, et non pas en hojmqie ; et lui-même il s*étoit expliqué que comme homme il ne pouvoit rien à ce tribunal en faveur des siens : Sedere autem ad dexteram meam vel simstram^ non èstmeum darevobîs(1AkrTn.9^)'ll eut donc encore égard aux méritée que Marie avoit acquis, et non pas aux titres d'honneur qu'elle avoit possédés; et jusqu'à la sentence qu'il prononça à cette reine des vierges, au moment qu'il la couronna, il soutint le glorieux caractère que l'Écriture lui attribue, de n^avoir acception de personne , mais de rendre à chacun selon âes œuvres : Non est personarum aceeptor Deus (Act., 10}. Tel est le raisonnement de saint Chrysostome, fondé sur les mailme3 éternelles de la prédestination de Dieu.
Mais voici dû reste, mes chers auditeurs, ce qui l'adoucit, et ce qui servira en même temps à confirmer la vérité que je vous prêche. Car
i**ajoute que, sans déroger aux lois de cette justice rigoureuse, le Fils e Dieu, agissant comme souverain et comme Dieu, a néanmoins, dan^ un autre sens, traité Marie avec toute la distinction qu'elle pouvoit Mtendre de lui en qualité de mère ; et je dis que, sans préjudice ûa divins décrets auxquels la prédestination de l'homme est attachée, ravantdge qu'a eu Marie d'être mère de cet Homme-Djeu' n'a p^s laissé de contribuer A sa béatitude. Je m'explique. En quoile Fils de
Dieu» agissant oomme souverain et comme Dien» a-t-il oonàdërë Marie, et l'a-t-il distinguée oomme sa mère ? en ce qu'il loi a préparé dans cette Tue des grâces spéciales, des grâces extraordinaires et abondantes, dont elle a rempli la mesure par sa fidélité, et qui lui ont fait acquérir tant de mérites dont elle a reçu la récompense. Et en quoi Tavantage qu'a eu Marie d'être la mère de Dieu a-t-il contribué à sa béatitude? en ce qne sa maternité a rehaussé le prix de son humilité, et que son humilité devoit être le fondement de son élévation. Cependant la proposition que j'ai avancée subsiste toujours, savoir, que la cause prochaine de la béatitude de Marie n'a point été précisément sa qualité de mère de Dieu, mais sa fidélité d'une part, et son humilité de l'autre. Vérité si constante (permettez-moi. Vierge sainte, de Caire ici une supposition qui ne peut tourner qu'à votire gloire , puisqu'elle marquera encore mieux et la souveraine équité du jugement de Dieu, en vous plaçant sur le trône au moment de votre assomption, et le mérite inestimable de votre parfaite coopération à la grâce), vérité si constante, que si Marie, après avoir conçu le Verbe de Dieu, n'eiit pas été obéissante à sa parole, et se fftt oubliée jasgu'à Se complaire en elle-même et à présumer d'elle-même, quoique mère de Dieu, elle ne jouiroit pas de la félicité et de la gloire où eUe est parvenue : pourquoi? parcequ'avec cette auguste maternité, Dieu n'eût pas trouvé dans eUe le caractère de ses élus, qui est la justice et la sainteté. Comme au contraire, si Marie, sans avoir conçu le Verbe de Dieu, eût été ou eût pu être aussi obéissante et aussi humble qu'elle le fut, aussi sainte et aussi fidèle, aussi consommée en verta et aussi pleine de mérites, j'ose dire que , sans être mère de Dieu, elle seroit aussi élevée qu'elle Test dans la gloire, et aussi proche du trône de Dieu.
Or voilà. Chrétiens, ce que j'appelle le motif et l'attrait de notre espérance. Car si Marie u'étoit dans la gloire que parcequ'elle a àé là mère du Rédempteur, ce seroit pour nous une raison de rhonorer, dé la révérer, et de célébrer avec des sentiments de respect et de relîjg^ion le jour solennel de son triomphe ; mais en tout cela il n'y auroit rien par où notre espérance pût être excitée. Quelque admiration que nous eussions pour cette vierge, la voyant monter au ciel , il ne nous seroit pas permis de prétendre y monter après elle ; et les désirs mêmes que nous en formerions seroient aussi chimériques et aussi vains que téméraires et présomptueux. Mais quand je considère qu'elle n'y monte que par un' chemin qui m'est ouvert aussi bien qu'à elle; quand je fais réflexion que les mêmes voies qui l'ont conduite à ce souverain bonheur, sont celles que Dieu m'a marquées pour y arriver ; quand je me représente que Marie n'est entrée dans la joie de son Seigneur qu'en vertu de cette parole , qui ne me regarde pas moins qu'elle. Courage, bon et fidèle serviteur, Euge, serve bone et fidelis; intra in gaudium Oçraini lui (Matth., 25); quand je pense que
SDH L'ASâOMPTION DE LA VIERGE, S57
la loi selon laquelle Dieu, faisant justice à Marie, a relève les abaisser ments volontaires de son humilité, n'a point été une loi particulière pour cette vierge, mais une loi universelle pour tous les hommes, Quiconque s'humilie sera exalté, Omnis qui êe humiliât, exaltabitur (Luc, 44) ; quand je me dis à moi-même que tous les droits qu'eut Marie k cette gloire dont elle est comblée peuvent , par proportion , et doi-* vent me conTcnir^ si je veux profiter de son exemple : ah ! Chrétiens» je sens alors mon cœur s*élever au-dessus des choses terrestres, et je commence à découvrir, mais d'une manière sensible, non seulement la vanité de toute la gloire du monde, non seulement l'inutilité des vertus purement humaines, qui font le mérite et la perfection des sages du monde, mais (ce qu'il m'importoit bien plus de savoir) l'insuffisance même de certains dons, quoique d'un ordre surnaturel , dont je pourrois peut-être me flatter devant Dieu , et sur lesquels j'établirois une fausse confiance en Dieu. Or en découvrant de la sorte mon aveuglement et mes erreurs, dans un mystère où tontes les lumières de la fbi se présentent pour m'éclairer, je m'instruis moi-même, je me redresse moi-même, je m'encourage moi-même, je me reproche mes tiédeurs, je déplore mes relâchements, je renonce à mon orgueil , je m'attache à l'humilité, qui est la vertu des âmes prédestmées; tout cela par le mouvement de cette espérance chrétienne que m'inspire la solennité de ce jour ; et voilà les fruits de bénédiction et de sanctification que l'esprit de Dieu y a renfermés pour nous. Oui , mes çhers auditeurs, animé de cette espérance dont le Juste vit, et qui est la ressource du pécheur, j'oublie, selon la maxime de l'Apôtre, les choses de la terre, pour cherdier uniquement les choses du ciel, où la reine des vierges est assise, non pas comme Jésus-Christ à la droite de Dieu , mais immédiatement au-dessous de Dieu, et absolument au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu. Animé de cette espérance, je goûte les biens éternels, je les désire, je soupire après eux ; et, piqué d'une sainte émulation, je redouble mes efforts pour suivre les traces de Marie, et pour atteindre le même terme. Car voici les leçons que je me fisiis, en me la proposant comme le modèle sur lequel je me dois former : Je puis, selon la mesure des grâces que je reçois, être fidèle â mon Dieu comme l'a été Marie ; je puis, selon l'étendue des desseins que Dieu a sur moi, accomplir ses ordres comme les a accomplis Marie ; je puis écouter la parole de Dieu qui m'est annoncée , avec le même esprit et la même docilité que Ta écoutée Marie ; je puis obéir à la voix intérieure qui me parle, avec la même promptitude que Marie. Quoique je ne sois pas destiné à de si grandes choses que Marie, je puis, en l'imitant, sanctifier mes actions, mes occupations, mes affections, en sorte que j'aie droit comme elle de dire au moment de la mort : Bonum certamen certavi ( S. Tim., 4) : J'ai combattu, j'ai rempli ma course, j'ai gardé la fbi, et il ne me reste plus que d'attendre la couronne de justice qui m'est réservée : Jn reliquo repoHta est miki
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corona juitiiiœ (2. Tim., 4). Dieu ne m'a ras confié auunl de talent»
3u'à Marie : mais il m*a assuré , daûs son Èyangiie, qu'il me suffiroîi 'avoir été ndèleen peu de choses, pour recevoir beauooup : Quia tufoi pauca fwsii fidelîs, super multa te eonstituam (Matt^., 25). Je oe puis ^ler Marie, ni être aussi riche en mérites, niais je puis m'hamilier Comme elle ; et, même en me comparant à elle» mon indignité peut el doit être en moi le fonds d'une plus grande humilité. Je suis pécheur^ mais je puis réparer, par la pénitence, les pertes que j^ai faites en peiw dant rinnocence. Si je ne suis rien dans le monde, je puis aimer, comme Marie, une vie obscure et cachée en Dieu : ei si j'ai dans k monde quelque avantage, je puis, i Texempte de Marie, ne m'an sep* vir que pour en faire nommage à Dieu : voilà, dis*je, ce qui sontieul mon espérance ; mais es n^est pas tout.
Car cette même gloire de Marie, fondée sur son humilité et$wm fidélité à la grâce de Jésus-Christ, m^apprend , par une rè^ toute contraire, ce que je dois penser et espérer de tout le riçsta. Et e^ effet, c'est par-là que je conçois un saint mépris pour tôtt( ce qiv s'appeHe distinction, élévation selon le monde : fausse gramieur qii# JDîèii réprouve, et qu'il confond tous les fours, parcequ^eUe est presque fou* jours ou le fi*uit , ou la cause de l'iniquité ; au lieu que celle de Marie a été purement et uniquement la récompense de la sainteté. C'est parlà que je reconnois le foible, ou (dutôt le m&int de je ne sais conseil de vertus mondaines dont les enfants du siéde se glorifient, et qui foui la matière de leurs éloges, mais qui ne seront jamais de nul pri^ pour le salut éternel. C'est parrlà même que je me détrompfe de e<BUe erreur si pernicieuse et si commune, de croire que Dieu, dans le discernement et le jugement qu'il fait de ses élus, ait égard à certaines grâces, qui semblent néanmoins d'ailleurs nous devoir être favorables; par exemple, à rhonneur que j'ai d^étre chrétien, et (sn qualité àê chrétien , d'être enfant de Dieu. Car, comme raisonne saint Chryso* siome,si Dieu, pour glorifier Marie, n*a point considéré qu'elle étoitla mère de son Fils , quel fond dois-je faire sur ce qu'il est mon Père par adoptioQ, et que je suis du nombre de ses enfants? Ce caractère d'enfant de Dieu que j'ai reçu dans le baptême, s'il n'est accompagné et soutenu d'une sainte vie, engagera-t-il Dieu à se relûcher en ma fa* veur des droits de sa justice, après même que le caractère vénéraUe de mëré de Dieu n'a pas eu ce pouvoir? etie bonheur que j'ai, comme chréiien , de recevoir Jésus-Christ dans les sacrés mystères, sera-t-il un titre sûr pour lui demander qu'il me donne part à sa gloire, après que l'avantage singulier et le privilège qu'a eu Marie de le recevoir comme mère dans ses chastes entrailles, n'a pu sufiiLre pour la mettre au rang des prédestinés?
Non, non, mes Frères, dit saint Chrysostome, DJeu ^'aura nul égard à tout cela. Car tout cela, ce sont des faveurs divines dont il nous demandera compte ; tout cela, ce sont des dons et des grâces dont
il noaâ ireprocha^a le mauvais usage ; tout cela» oe sont des fonds d'o^ biigatioD que nous a\ens à remplir ; mais tout ceta préoîséneot, oe ue sont (K>iBl devaot Dku des mériter dont bous devions nous ph>ràettre une récpmp^se« La fidélité et Thumilité , voilà ce qui doit être mis dans la bahoQee où nous serons ou jour pesés : et il éloit juste, 6 mou Dieu, que cela fût ainsi; il étoit juste que nous ne fussions heureux qu'à pitHportion que nous vous sommes fidèles, et que noiss ne fussions grand s devant vous qu'auUint oue nous sommes humbles. Depuis qim vous aves établi deux trônes dans te <:iel, fun pour Thumiliié d'ut Horame-Diett, Tautre pour l'bumiUté d'une vierge mère de Dieu , il étoit de Tordre que tous les autres trônes où doivent être assis vos prédestinés eussent le même fondement, et qu'il n'y en eût aueui dont la base principale ne fût une solide, une profonde, une sincère humilité decoeur« Je suis chrétien, doit dii^ aujourd'hui un homme dit monde, persuadé et touché de cette sainte morale : je suis chrétien; mais c'est pour cela même que Dieu méjugera plus exaoteamnt, qu'il me condamnât plus sévèrement, fu'ii me .punira phis rigoureusement ^ si » déshonorant ma profession et IjS nom que je porte, je suis uu in* digne cbréiiea. Je suis l'épouse de Jésu$i*Ôui»(i doit dire une ame re* ligieuse ; mais je ne dois point comj^er pour oela de jrégner un jour avec celui qu^ j*ai choisi pour mon épouxi si jene joins àœtte qualité d'épouse celle d'humble et dé fidèle servante. Domine, qm habiuMi in tabemaçnto iuo, aut qtài refficceioel m mante sanoto tuo ( Psahn^ 14) ? Seigneur^ disoit le Prophète royal, quel est celui qui demeurera dans votre maison, et qui reposera dans votre s;mctuaire? Qui ingre* ditur êine mocuAI, ei QperaturjusHtiâm(Vl^.)1 Ge sera le JTuste dont la vie est pure et sans taohe; le Juste qui, soumise votre loi, est irré* préhensible dans sa conduite; le Josle qtii, détaché du monde, mar« che dans hi voie de vos commandemenls^ le Juste qm^ fidèle à vom^ graoe^ s'acquitte constamment de ses devoirs e; eocom^it tioute jus« tioé. Nulle exception à cette règle. Nous avons vu quel a été le prin* cipe de h béatitude de Marie ; voyons maintenant quel est le pouvoir que Dieu lui a donné .pour nous secourir : c*eslt le si^et de la seconde partie.
DEUXIÈME PARtTE.
Il est oertain que Marie, entre tous les élus, a reçu une grace sur» ^inente, en vertu de laquelle elle peut intercéder pour nous auprès de Dieu; et, par une cotaaéqueooe nécessaire, il est certaia que nous pouvmis saintement et utilement recourir à elle, et implorer dans nos besoins lesecours de sa protection. Cette vérité, qui nous est plus que suffisamment révélée de Dieu , et dont toute la tradition est un au* thentiqué t^oignage, se trouve d'ailleurs Si conforme à tous les principes du ban sens et de la raison, qoeoein seul sufSreit pour confondre l'obstinaiioi de rhérésie» qui là rq^eue et qui la oombat. Car si
mo SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE.
les anges bîenheureox, qui sont devant le trdne de Diea, offrent oon<' tinuellement nos prières à Dien y comme nous l'apprenons do texte sacré, pourquoi Marie , la rdne des anges » ne seroit-eile pas en état de nous rendre encore avec pins d'effet et plus de dignité le même office ? Et si Marie elle-même» lorsqu'elle étoit sur la terre, pouvoit >étre invoquée, c'est-à-dire si Ton pouvoit s'adresser à elle, empbyer M médiation auprès de Jésus-Cbrist , la prier de demander à cet Homme-Dieu des grâces; maintenant qu'elle est dans le del, pourquoi le pourroit-on mrâis? est-ce qu'elle ne voudroit plus désormais s'in- . léresser pour nous ? est-ce qu'elle n'en auroit plus le pouvoir? est-ce qu'elle ne connottroit plus nos besoins? est-ce qne son invocation Messeroit le culte suprême qui n'est dft qu'à Dieu seul et à Jésus- Christ? quatre points auxquels se réduisent toutes les prévenions et tous les prétextes de l'hér^e. Écoutez-moi, et je vais les détruire en quatre mots.
Que Marie, dans l'état de sa gloire, ne voulût plus s'intéresser pour nous, la seule pensée nous en peut-elle venir à l'esprit ? Car pourquoi sa charité, qui dans le del est beaucoup plus parfaite , et par conséquent beaucoup {dus ardente ^ se seroit-elIe refroidie? et pourquoi cette vierge, qui, pour les intérêts de Dieu, n'a jamais rien eu plus à cœur que le salut des hommes, y seroit-elie devenue insensible : depuis, si je rose dire, que, transformée en Dieu, et intimement unie à l'essence de Dieu, elle voit encore plus clairement combien ce salot des hommes est précieux à Dieu ? Non , non , disoit saint Cyprieo, pariant en général des Saints glorifiés (et ce qu'il disoit des Saints es général, je le dis en particulier de Marie), ils n'ont jamais ea tant de zèle qu'ils en ont à présent pour nous. Autant qu'ils sont sûrs de leor propre bonheur, autant desirent-ils notre salut : Quantum de suâ fe* Hcitate securi , tantùmde no»frd$aluie soUiciti (Ctpr.); et ce seroit, «joute saint Bernard , roéconnottre Marie , que de se persuader que celle qui , à l'exemple de Dieu même, a aimé les hommes jusqu'à donner pour eux son propre fils, depuis qu'elle est en possession de si béatitude, les eût oubliés et absolument délaissés. Que, malg^ré toute sa charité, Marie n'eût plus le pouvoir de nous secourir, autre sentiment encore moins soutenable. Car pourquoi seroit-elle moins puissante dans ce royaume céleste, où elle tient après Dieu an si haut rang, que lorsqu'elle étoit parmi nous dans ce lieu d'exil ? Elle pouvoit bien alors engager son fils à faire des mirades ; elle obtenoit bien de lui qu'il changeât les lois delà nature, qu'il forçât en quelque sorte celles de la Providence, qu'il convertît l'eau en vin : depuis qu'elle a reçu la couronne d'immortalité, seroit-elle déchue de son crédit, et le pouvoir dont elle usoit auroit-il cessé? Qu'elle n'entendît plus nos prières, et qu'elle ne sût plus ni quand, ni pourquoi nous l'invoquons, c'est ce que l'hérésie a prétendu, mais ce qu'elle ne persuadera qu'à des esprits ou entêtés ou peu éclairés. Car pourquoi nos besoins ne
seroiâit-ib pas connus de cette vierge ? les anges les connoissent bien : DleOy qui leur a confié le soin de nos personnes, leur révèle bien nos dispositions intérieures : chargés de veiller sur notre conduite, ils savent bien ce qui se passe dans le secret de nos cœurs ; ils se réjouissent bien de notre conversion; ils font bien, selon TËvangile, une fête dans le ciel, quand un pécheur touché, de Dieu , fait pénitence sur la terre. Pourquoi donc Marie, plus élevée qu'eux dans le séjour de la gloire, ne verroit-elle pas en Dieu ce qu'ils y voient? Enfin, que l'usage de i'mvoquer blessât le culte souverain qui n'est dû qu'à Dieu seul et à Jésus-Christ, erreur pitoyable, et qui se détruit par ellemême. Car, disent les théologiens, nous n'invoquons pas Marie comme celle de qui dépend la grâce, ni comme celle qui en est l'arbitre, ni comme celle à qui il appartient de la donner ; mais comme celle qui peut la demander pour nous^ et Tobtenir. Nous ne l'invoquons pas même afin qu'elle nous obtienne cette grâce par ses propres mérites, n^ais par les mérites du Sauveur. Instruits de la parole du Fils de Dieu, qui nous a dit. Venez à moi, nous n'allons pas à elle comme à lui ; mais nous allons à lui par elle, comme par elle la foi nous apprend qu'il est venu à nous : nous allons à lui comme à l'unique médiateur; mais nous allons à elle comme à la première et à la plus accréditée de tous nos intercesseurs.
Or cette intercession de Marie, ce droit que nous avons d'invoquer Marie, cette possession où nous sommes de recourir à Marie, c'est ce que l'Eglise veut que nous envisagions comme un des soutiens et des plus solides appuis de notre espérance. Car dites-moi , Chrétiens , quelles sont les deux choses qui af foiblissent communément et qui ébranlent notre espérance? La crainte des jugements de Dieu, et la vue de nos péchés. Or que trouvons-nous aujourd'hui dans la personne de Marie? une avocate toute puissante auprès de notre juge, et une mère de miséricorde pour les pécheurs. Souffrez que pour votre édification, aussi bien que pour "votre consolation, je vous fosse goûter ces pensées. Oui, mes Frères , disoit saint Bernard, nous avons Marie dans le ciel pour avocate auprès du Fils , comme nous avons Jésus-Christ pour avocat auprès du Père ; et qui doute que Marie, étant la mère de celui qui , comme juge , doit prononcer des arrêts de vie et de mort, je dis une mère bien aimée, une mère sainte, une mère couronnée de gloire, elle ne soit écoutée favorablement? qui doute que, plaidant la cause des hommes , elle ne soit exaucée pour le respect de sa maternité? Il ne s'ensuit pas de là que nous relevions au-dessus de son fils, comme si sa maternité lui donnoit droit d'exiger de lui qu'il nous accordât le pardon de nos crimes. A Dieu ne plaise que nous le concevions de la sorte ! Quand, par un excès de confiance il nous échapperoit certains termes moins justes ; et quand nous dilions (ce que je n'ai garde d'avancer) que Jésus-Christ, exauçant Marie, se pbtt à lui rendre encore dans le ciel une espèce d'obéissance, B. 3. 36
m SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE.
se regardant toujours comoie son fils, et Thonorant toujours comme sa mère; quand , dis-je, nous parlerions ainsi, les partisans del'héré^ sie ne devroient pas plus s*en scandaliser , que d'autres expressions toutes semblables dont se sert FÉcriiure, lorsqu'elle dit que Dieu, arrêtant le cours du soleil, voulut bien obéir à la voix d'un homme, Obedientô Domino voci hùminis (Josu., 10) ; et lorsqu'elle ajoute que Dieu s'est engagé, tout Dieu qu'il est, à foire la volonté de ceux qui le craignent : Voluntatem àmenUum se f octet {Pialm, i44)« Mais nous n'avous pas même besoin de cette défense, puisque les termes dont nous usons en parlant du pouvoir de Marie, portent avec eux leur justification, et sont à l'épreuve de toute censure. Car nous disons que Marie prie Jésus-Christ, et non point qu'elle commande à Jésus- Christ ; mais du reste, nous ajoutons que JésiM^hrist, après avoir autrefois obéi à Marie, l'écoute encore présentement avec tons les égards qu'il a conservés et qu'il conservera étemellement pour elle ; égards de distinction , fondés sur la prééminence de sa di^ité et sur le mérite de sa personne. Or il n'y a, encsre une fois, que des esprits obstiués dans leur erreur qui puissent contredire cette vérité. Car si Dieu, dans l'Écriture, disoit aux amis de Job : Allez à mon serviteur Job , et il priera pour vous, en sorte que votre iniquité ne vous sera point imputée , lie ad tervum meum Job, et ipse orabit pro vobis (Job, 42) ; si Moïse, par son intercession, pouvoit suspendre les foudres de la cojière de Dieu, prêts à éclater sur les Israélites» Dinùite me ut irascatur furor meui {Exod,, 32) ; si Dieu, dans le chapitre quia* zième de Jérémie, parloit de Moïse et de Samuel comme de deux puissants intercesseurs auprès de lui ; et si Judas Machabée vit le grand-prétre Onias, plusieurs années après sa mort , apaiaânt le del par ses prières en faveur de toute la nation des Juifs , pouvons* nous douter que la médiation de Marie ne soit un titre solide pour approcher avec confiance du trône de la grâce et de la miséricorde de notre Dieu? Mes crimes m'en éloignent, dites-vous ; etparceque je suis pécheur, je ne puis y avoir accès, et je n'ose l'espérer. Mais ne savonsnous pas, répond saint Bernard , que la grande qualité de Marie est d'être sin^ièrement la mère des pécheurs? ne savons-nous pas que cest aux pécheurs qu'elle est en quelque manière redevable de toute sa gloire, puisqu'il est vrai que sil n'y avoit eu des pécheurs, elle n'eût jamais été mère de Dieu? quaipsi tout le bonheur de sa destinée, ou, pour mieux dire, de sa prédestination étero^elle, a roulé sur le malheur des hommes comme pécheurs, et que, par une reconnoissance dign.e d'elle, et qui n'a rien dans sa personue que de saint, puisqu'elle raccorde parfaitement avec la haine et l'horreur du péché, elle se tient comme obligée à secourir les pécheurs, à être le refuge des pécheurs, à employer son crédit pçur la conversion des plus indignes et des plus endurcis pécheurs, parcequ'ell/e sait bien que, tout pécheurs et tout endurcis qu'ils sont, c'e«t pour eux et pour eux
SOH L ASSOMPTION DE U VliiJlGB. âfiS
6|)ëci|ileinf i(t que Dieu !> faite ce qu'elle est» et qu'en ceki mèmB elle se coiiforoie aux ipiiioations de son Fils» qui, sans confoodre Tordre des choses, a toujours aijyié les pécheurs, quoiqu'il fût venu pour dé« truire et poqr abolir le péché.
Voilà CQ que j*2ippdile notre espérance ; mais en vottlez-vous voir Tabus? c'est ici, vues chers auditeurs, que j'ai besoin de toute votre application, eu finissant ce discours. L'abus de ceti^ invocation de Marie, et ce qui nous rend tous les jours ^op crédit inutile auprès de Dieu, c'est qu'au li^u d'envisager Marie comme la médiatrice qui petit, par son intercession, nous procurer 1^ véritables grâces du sa^ lut, je veux d^re les grâces réelles et po^^iblei» le^ grA^es solides et nécei^saires, les grâces réglées et mesurées selon Tordre de Dieu, lea grâces viciorieiisea qui doivent combattre ep nous nos pussiona, et triompher de la chair et du monde ; par de secret^ et de fune$iea errei^ra qui i|oos trompent, nous noui» fi^moua de Marie une laaase idée, jusqu'à noua proinettre de sa protection dea gr^içea cbjoiériquee et impossibles; des grficea selon notre goût» e( selon le9 àmm cor« rompus de notre cceurî dea grâces, s'il y en avoit de telles, ificapt» blés de nous sanctifier, et beaucoup plus capables de nous pervertir ;. des grâces miraculeuses , et sur lesquelles notre présomption seule peut faire fond. Je m'explique : nous invoquons Marie; mais, par une confiance aveugle, nous reposant ^ur elle de notre salut, nous en négligeons et nous en abandonnons tout le soin ; conime si Marie, par son crédit auprès de Dieu, devoit nous garantir ce salut saps convor^ sion, ce salut sans cb^ngemeqt de vie, ce salut $aps renoncement à nou^-mémes, ce salut s^ns fruiis de pénitence et sans mortification dea &ens ; comm^ si, par la faveur de Marie, il devoit y avoir pour noua des victoires sans combat, des récompense^ sans nfiérite i des mérites sans travail, des vertus dont la pratique ne nous coulât i iep : grâces chimériques et impossibles. Nous invQi]uons Marie ;tnais, par upe témé; iié qui, bien loin de l'honorer, lui e$t injudfîuse, nova espérona obtenir par elle une bonne mort apfcs une vie tou(e mopdaipe, une heureuse fin après un continuel qubii de Dieu, une s^ote^et fioateper* sévérance après une opiniâtre résistance à toiites les lumières du ciel, un port assuré après une suite infinie d'^remtni^ et de p^u« frages volontaires : grâces possibles, mais miracuIeMses. Nous inyo* quons Marie; mais, par une ignorance grossière de ce qu'plle peuf, persuadés qu'elle peut tout, nous nous flattons de trouver ep Ôiêu» par sa médiation, une patience sans bornes pour nous supporter, une disposition sans mesure à nous pardoooe|r« une n^iséricorde iaép«4Sit'* ble qui sera toujours en notre pouvoir, une protecti^on sûre et imman* quable, oialgrénos délais criminels ennos retardmeoits affectée; grâces, s'il y en avoit do telles, inc^p^bl^ de nofis ly^nçtifier, et beau* coup plus capabl)^ 4^ vous pe^ vçrti^, Nou$ iqypquona Marie ; maïs» par upfsdapw^omatrit^i foi^cjéeaHr soq jfiouyoiri mhis mua nspttrp^»
SGi SUR L'ASSOMPTION DE LA VIERGE.
que, tans sortir de Toocasion du pëchë, elle nous préservera du péchë; qu'au milieu des flammes elle nous conservera aussi purs et aussi sains que les trois eniants dans la fournaise de Babylone : grâces selon notre goût et selon notre sens réprouvé» maïs grâces que par cette raisonlà même nous ne pouvons attendre de Marie, et qui, bien loin d'être l'objet de l'espérance chrétienne, en ont été de tout temps le malheureux écueiL Car Marie n'a point le crédit qui la rend si puissante auprès de Dieu, pour porter nos intérêts contre les intérêts de Dieu; die n'est point, comme rdne du del^ placée sur le trône pour £dre régner dans nous le péché ; elle n'est point notre avocate, pour nous entretenir dans Timpénitence : elle est toute puissante auprès de son f3s; mais elle l'est, dbent les Pères, dans l'ordre des divins décrets, dans l'étendue des saintes lois que la sagesse de Dieu a établies, sans préjudice des maximes évangéliques et de leur inflexible sévérité : c'est-à-dire, elle est toute puissante pour nous attirer à Dieu et pour rapprocher Dieu de nous , toute puissante pour disposer Dieu à être touché de nos larmes , toute puissante pour lui iaire agréer nos vœux, nos satisfactions, nos sacrifices; mais non pas toute puissante pour anéantir l'obligation de tout cela, ni pour Caire que Dieu, oubliant ses plus essentiels attributs, devienne, si j'ose ainsi parler, prévaricateur de sa sainteté et fauteur de notre iniquité.
Nous vous invoquons aujourd'hui, Vierge sainte , mais c'est dans des dispositions plus conformes à nos devoirs, plus conformes aux règles que la religion nous prescrit, plus conformes au mystère même de votre glorieuse assomption. Mieux instruits de nos intérêts et des desseins de Dieu sur nous, nous n'attendons point de vous ces grâces purement temporelles, qui ne nous donneroient que de vaines joies, ni ces prospérités du monde qui ne serviroient qu'à entretenir notre orgueil et à satitifoire notre amour-propre. Si nous avons recours à vous, c'est pour des besoins plus pressants et plus importants ; c'est pour des biens plus nécessaires , quoique peut-être moins de notre goût ; c'est dans des vues plus relevées et plus convenables au christianisme que nous professons. Accablés sous le poids de nos misères, et persuadés que vous pouvez nous secourir, nous vous réclamons dans cette auguste solennité ; mais voici le sujet de nosdemandes : obtenez-nous par votre toute puissante intercession ces grâces du premier ordre, à quoi notre salut et notre perfection sont attachés; obtenez-nous une haine efficace du péché , une crainte respectueuse des jugements de Dieu, une soumission sans réserve à sa sainte loi ; obtenez-nous cette force chrétienne, si nécessaire pour nous préserver de la corruption du monde , pour ne nous laisser pas emporter au torrent de la coutume , pour résister au scandale du mauvais exemple, pour nous mettre au-dessus du respect humain, pour nous affranchir de la tyrannie dé nos passions, pour renoncer à Tambîtion, pour n'être pa^ esclaves de l'avariée, pour surmonter là concupiscence d^lacbaîrf
et pour la tenir soumise à Tesprit : obtenez-nous ces excellentes vertus qm vous ont distinguée entre tous les Justes ; cette foi héroïque qui vous a rendue si heureuse, en vous faisant croire ce qui vous étoit révélé ; cette profonde humilité qui vous a élevée si haut, et qui engagea le Verbe de Dieu à s'abaisser jusqu'à vous ; cette pureté angéGque qui vous fut si chère, et que vous préférâtes à toutes les grandeurs qu'on vous promettoit ; cette obéissance que Jésus-Christ trouva plus digne de ses éloges > et plus recommandable en vous que votre maternité même ; ce zèle pour les intérêts de Dieu et pour le salut des hommes , qui, malgré la tendresse de votre cœur, vous fit consentir au sacrifice €t à la mort de votre fils, quand vous le présentâtes dans le temple comme la victime qui devoit être immolée pour nos péchés. Sans prétendre au degré sublime où vous avez possédé ces vertus, obtenez-lesnous au moins dans le degré convenable à nos obligations : c*est-àdire, obtenez-nous une foi vive qui nous fasse agir, et qui, pour la cause de Dieu, nous détermine à tout souffrir; une confiance en Dieu inébranlable, qui ne soit jamais confondue ; un amour de Dieu que toutes les eaux des tribulations et des adversités de cette vie ne puissent éteindre; une charité envers le prochain qui nous tienne tous étroitement et saintement unis en Jésus-Christ : obtenez-nous une victoire entière sur le monde, un détachement parfait de nous-mêmes, un esprit humble et un cœur pur. Voilà les grâces , ô Vierge sainte , que nous vous demandons, et pour lesquelles nous ne craignons pas que TOUS nous refusiez votre intercession. Nous vous saluons avec l'Église en qualité de reine, Salve regina : mais à Dieu ne plaise que nous présumions d'entrer dans la gloire par une autre voie que par celle de vos irertus! Comme reine, nous vous réclamons, Adteclamamus; mais nous n'implorons votre secours que pour pouvoir marcher sur vos pas en imitant vos exemples : comme reine, nous vous prenons pour notre protectrice, et nous vous faisons entendre nos gémisseofients, Ad te suspiramus ; mais nous ne nous mettons sous votre protection que pour obtenir par vous la grâce de notre conversion. Sans craindre d'être du nombre de vos dévots indiscrets , nous vous appelons mère de miséricorde, source de vie, consolation de nos âmes. Mater misericordiœ ^ vitUf dulcedo ; mais nous ne prétendons point que ces titres nous autorisent dans nos foiblesses, ni qu'ils nous rassurent dans nos désordres. Malgré les critiques censeurs de votre culte, nous nous confions en vous ; mais notre confiance ne nous fait point oublier que , pour être récompensé comme vous , il faut, par proportion , le mériter conune vous , et que jamais nous ne parviendrons autrement à ce royaume éternel, où nous conduise, etc.
Sfe SUR LA DÉVOTION A LÀ VIERGE.
AUTRE SERMON POUR LA FËT£ DE L'ASSOMPilUN