DE LA VIERGE
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6im LA BÉVOtlON A LA TlEROfi.
Inù-avU Jesu4 in quoddam easUUum, et nuUier qutBdam exeepU Uluminiomm stuim,
i tntfa dam ine boorgld») et tme femme le reçut àtm aà maifon. Sitm Lo&, chap. t.
.Celle iPemmé ainsi honorée de la présence de Jésus-Christ, oe fut, Chrétiens, dans le sens littérs)! de notre évangile» Marthe, sœur de Madeleine; mais, selon rapplicatlon de l'Êgusè, c'est Marie, la mère du Rédempteur, la reine des vierges, et lâ souverdinçducieletdeh terre. C'est elle qui reçut dans ses chastes entrailles le Fils deDleo; et c'est elle qui est aujourd'hui reçue par cet tlomme-Dieu dans le se* }onr de la gloire. Ueiiieuse, meç Frères, s'écrie saint Bernard, heureuse réception de l'utie et de Tautre pnrt! Félix utraque $mep^ ( Rbrn. ) ! soit celle que Marie fit à Jésus-Christ dans le mystèredeson incarnation, soit celle que Jésus-Christ îtiit a Marie dans le mystère de son asâomption. Mai3 pourquoi parler maintenant de la t)remièrp, de* mande le même saint Bernard?. Pour mieux juger de la seconde , répond ce saint docteur; pour en former une juste idée; pour en concevoir toute la gloire et ttoute rexcellencè ; ou plutôt, pour reconnoiire que comme la première est absolument inconcevable à nos esprits, h seconde est au-dessus de toutes nos vues et de toutes nos expressions: Utjuxla inœstimabtlemillius gloriam^ înœstimabtliê cognoscatur et'ulA (Idem.). En effet, quel langage pourroit jamais expliquer commeot ce Dieu de majesté , qui né peut être compris dans la vaste étendu^ deTunivers, se renferma dans le sein d'une vierge; et qui pourroit diire aussi avec quelle pompe cette vierge entre dans le ciel poury être couronnée, et pour y régner pendant toute l'éternîtç? Chriià gêner adonem et Mariœ asiumptionem quts enarrabtl [Idem.}? J'ai doflÇ cru, mes chers auditeurs, devoir prendre un sujet plus proportionnés notre fo blesse, et même plus utile {)our vous, j'ai cru que le grand etinefBible mystère de l'assomption de Marie medonnoit une occasion favorable de vous entretenir de la dévotion envers cette mère de Dieu. C^est ce que je me propose, et c'est pour cela même, Vierp sainte, que j'ai besoin de votre secours. Daignez agréer le zèle qui m'anime pour vous, et le seconder ; daignez écouter la prière qnej^ fais en vous saluant, et vous disant : Ave Maria.
Si j'entreprends aujourd'hui de vous parler de la dévotion ih Vierge, ce n'est point précisétnent pour vous l'inspirer , puisque je vous suppose trop chrétiens pour n'avoir pas envers la mère de ftfiu tous les sentiments de zèle et de respect qui lui sont dus : c'est donc seulement pour vous donner sur celte importante matière toute liQ'
SUR LA DÉVOTION A LA VIERGE. ml
struction que des chrétiens parfaits et spirituels doivent avoir , s^its veulent parvenir à la pratique de ce culte raisonnable que le grand Apôt)*e nous a si fortement recommandé : Rationabile obsequiutn vesintm(Rom.,iâ). Ainsi, mes chers auditeurs, au lieu de vous exhorter à la dévotion envers Marie, je veux vous apprendre à rég[ler cette dé* votion, à profiter de cette dévotion , et à vous sanctifier vous-mêmes par cette dévotion ; je veux vous en faire connottre les véritables caractères, vous en marquer les défauts, vous en découvrir les abus, et par-là vous engager à en faire un saint usage : pouvois-|e choisir un dessein plus convenable à votre pîété, et plus avantageux à la dévotion même dont il s'agit? Elle consiste, selon saint Bernard, en trois principaux devoirs : à.honorer Marie, à l'invoquer, à Timiter. Or c'est à ces trois devoirs que je m'attache, et voici en trois mots le partage de ce discours. Il faut honorer Marie , mais l'honorer judicieusement ; i^'est la première proposition : il feut invoquer Marie, mais Tinvoquer efficacement ; c'est la seconde proposition : enfin il faut imiter Marie, etl'inrîiter religieusement; c'est la dernière proposition. Il fout hono* rer cette Vierge judicieusement ; car l'honneur de la reine du ciel, aussi bien que celui de Jésus-Christ le Roi des rois , demande sur toutes choses cette condition : Nam et honor reginœ judicium diligit (Bbrn. ) , dit saint Bernard , appliquant à la mère ce qui est écrit du fils, Et honor Régis judicium diligit (Psaim, 98) : ce sera le sujet de la première partie. 11 faut invoquer cette vierge efficacement ; car en vain Marie a-t-elle pour nous du crédit auprès de Dieu, si par Tindignité de nos prières, ou par l'impénitence de notre vie, nous nous rendons son crédit inutile : ce sera la seconde partie. Il faut, autant qu'il est en notre pouvoir, imiter celte vierge religieusement ; car la sainteté de Marie est un modèle sur lequel Dieu prétend que nous nous formions, et, si nous ne le faisons pas , sur lequel il nous jugera : ce sera la dernière partie. Trois vérités également capables de contribuer à la conversion des pécheurs , et à la sanctification des Justes. Commençons.
PRSHIÈRB PARTIS.
Pour honorer saintement la mère de Dieu, il faut l'honorer judicieusement. C'est un principe qui ne peut être contesté , et dont il n'y t sans doute personne qui ne convienne avec moi. Mais on doit en même temps convenir d'une autre vérité qui me parott également incontestable, savoir, que s'il faut du discernement et de la prudence pour honorer la mère de Dieu , il n'en faut pas moins, que dis-je? qu'il en faut même encore plus pour censurer ceux qui l'honorent , et pour s'ériger en juge du culte et des honneurs qu'ils lui rendent. J'ai droit, ce me semble, d'exiger d'abor J de votre piété que vous ne sépariez jamais ces deux principes, quand il s'agit de décider sur un sujet aussi m portant que celui-ci ; et vous avez trop de pénétration, Chrétiens,
pour n'entrer pas dans ma pensée, et trop d'équité pour n'avouer pas que la raison, aussi bien que la droite et sincère religion , le demandent ainsi : je m'explique. Il peut y avoir dans le monde , parmi les personnes adonnées au service de la Vierge , des dévots indiscrets , j'en veux bien tomber d'accord avec vous ; et s'il y en a de tels, à Pieu ne plaise que jeprétende ici lesexcuser ni les autoriser ! mais aussi peut-il y avoir des censeurs indiscrets de la dévotion envers cette même vierge ; et c'est à quoi Ton ne pense point assez. De ces deux désordres, on se pique d'éviter le premier , et il arrive tous les jours qu'on se £ait un faux mérite ou une vanité bizarre du second. Cependant le second n'est pas moins dangereux que le premier ; ei Thomme chrétien ne court pas moins de risque devant Dieu , en condamnant avec témérité un culte légitime et saint, qu'en pratiquant par ignorance un culte outré et superstitieux. C'est donc à nous, mes chers auditeurs» à nous préserver de l'un et de l'autre ; c'est à moi , comme prédicateur de l'Évangile, à vous conduire entre ces deux écueils , et par quelle voie? en vous donnant des règles sûres pour honorer discrètement la reine du ciel, et vous proposant les mêmes règles pour ne pas critiquer légèrement les honneurs même populaires qu'elle reçoit sur la terre. Ne disons rien de vague ; et, dans le dessein que j'ai formé d'éclaircir ces vérités, ne combattons point des fantômes , mais venons au détail des choses.
On a prétendu que, malgré le soin qu'ont eu les pasteurs d'instruire les peuples, et d'épurer, dans notre siècle, la religion ou la dévotion des fidèles, il y avoit encore de l'excès, et par conséquent de l'abus dans le culte qu'on rend à la sainte Vierge ; et ce que je vous prie de bien remarquer, ce ne sont pas seulement les ennemis déclarés de l'Eglise qui en ont jugé delà sorte. Quelques uns même de ses propres enfants ont déploré cet abus : des catholiques , prétendus zélés, mais dont le zèle sans doute n'a pas eu toutes les qualités requises peur être ce zèle selon la science que demandoit l'Apôtre; quoi qu'il en soit» des catholiques même ont cru devoir prendre sur ce point la cause de Dieu; et de la manière qu'ils s'en sont expliqués, voici les trois che£s où la vénération du commun des fidèles pour la mère de Dieu leur a paru aller jusqu'à l'indiscrétion. Car c'est le terme dont ils se sont servis, et il nous importe une fois de bien comprendre à quoi ils Font appliqué. Touchés des intérêts de Dieu, ils se sont plaints qu'on rendoit des hommages à Marie comme à une divinité ; ils se sont plaints qu'on lui donnoit des titres d'honneur qui ne lui appartenoient pas, surtout ceux de médiatrice et de réparatrice du monde perdu; ils se sont plaints qu'on lui attribuoit de nouveaux privilèges, qui ne nous étoient révélés ni dans l'Écriture, ni dans la tradition. Examinons leurs plaintes sans préjugé; et puisqu'ils les ont publiées dans le monde chrétien en forme d'avertissements donnés par Marie elle-même à ses dévols indiscrets, nous qui voulons de bonne foi que notre dévotion soit
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prudente, qu'elle soit solide , qu'elle soit sans reproche , profitons de ces avis : pour peu qu'ils soient fondés , édifions-nous-en ; du moin® servons-nous de Texamen que nous en allons faire» pour nous rendre encore plus exaets et^ plus irrépréhensibles dans le culte de la Vierge que nous honorons. Écoutez-moi : ceci n'aura rien de trop abstrait ». ni d'ennuyeux.
Il est donc vrai , Chrétiens, et je le dis hautement , que d'honorer Marie comme une divinité, quoique subalterne, ce seroit, non pas un simple abus, ni une simple indiscrétion, mais un crime et une impiété. Car Marie, toute mère de Dieu qu'elle est , n'est qu'une pure créature; l'humble servante du Seigneur, dont tout le bonheur est fondé sur l'aveu authentique qu'elle a fait elle-même de sa bassesse et de son néant : Quia respexit humiUtatem anciUœ suœ; ecce enim ex hoc beatam me dkent omnes generatianeê (Luc, 1 ). G'estainsi qu'elle nous Ta appris ; et nous le savons si bien , que , pour ne l'oublier jamais » nous nous faisons un devoir de la saluer chaque jour en cette qualité de servante du Seigneur : Ecce andUa Domini ( Ibid. ). Ainsi , grâce à la Providence et à l'esprit qui gouverne le christianisme, je prétends que l'Église de Jésus-Christ , surtout dans un siècle aussi éclairé que le nôtre, n'avoit nul besoin de l'avis prétendu salutaire qu'on a voulu nous donner là-dessus. Car , comme je vous l'ai fait déjà remarquer d'autres fois , ce que disoit saint Augustin dans un sujet à peu près semblable , pour répondre aux manichéens, qui, malicieusement et sans raison , accusoient'de son temps les catholiques de rendre aux martyrs un culte idolâtre ; ce que disoit ce Père touchant les martyrs, qui de nous ne le dit pas de la mère de Dieu , que ce n'est point à elle que nous dédions des autels , ni à elle que nous offrons le sacrifice , mais à Dieu qui l'a choisie, à Dieu qiii l'a sanctifiée, à Dieu qui l'a glorifiée? Nous sommes donc bien éloignés de cette grossière erreur, ou de cette énorme indiscrétion qui consisteroit à faire de Marie une déesse ; et l'indiscrétion, s'il y en avoit ici , seroit plutôt de la part de ceux qui, dans leurs avis, auroient supposé qu'un grand nombre de fidèles, à la vue de leurs pasteurs, avoient pu tomber et étoient eii effet tombés dans une telle corruption de foi ; l'indiscrétion seroit , non seulement d'avoir par-là renouvelé les accusations vaines et frivoles des anciens hérétiques contre l'Église, mais d'avoir donné l'avantage à l'hérétique protestant, de voir des catholiques mêmes persuadés que notre foi s'ëtoit ainsi corrompue dans ces derniers siècles. Non, mes chers auditeurs , je le répète, l'Église de Jésus-Christ n'a point été abandonnée de la sorte. Car qu'est-ce, selon nous, que d'honorer judicieusement la mère de Dieu ? C'est l'honorer d'un culte inférieur à celui de Dieu, mais supérieur à tout autre que celui de Dieu: or voilà comment nous l'honorons, voilà comment tous les siècles du christianisme l'ont honorée : malheur à celui qui la confondroit avec Dieu ! mais aussi malheur à celui qui ne lui rendroit pas des hommages
particuliers , et qui dans son estime ne b mettroit pas au-dessus dé tout ce qui n'est point Dieu ! II a été de mon devoir d'appuyer d'abord sur cet article , et de vous le faire sentir ; n^ais allons plus loin.
On a blâmé comme indiscret le zèle des fidèles, qui attribuoient à Marie des titres d'honneur qu'on prétend ne lui pas convenir : et moi, j'avance et je soutiens que depuis que l'Église universelle, parle plus solennel de ses décrets, qui fut celui du concile d*Éphèse, a maintenu là Vierge dont je défends ici la gloire » dans la possession du titre de mère de Dieu, que Thérésiarque Nestorius lui disputolt, il n'y a point de titre d'honneur qui ne lui convienne, ni de qualité éminente qu'on puisse sans indiscrétion lui contester. Appliquez- vous, et vous en allez être convaincus. Car puisqu'il s'agit surtout de la qualité de médiatrice et de réparatrice du monde, que les réformateurs de son culte lui voudroient ôter, voyons comment en a parlé saint Bernard : non point dans ces occasions et dans ces discours où il n'a pensé qu'à exalter Marie par les magnifiques éloges qu'il en a faits , mais dans cette célèbre Ëptrre aux chanoines de Lyon, où, raisonnant en tbéofog/eo, et décidant à la rigueur, il a voulu nous marquer les bornes que doit $ivoir le culte que nous rendons à la mère de Dieu. Je me contenterai de traduire ses paroles, et je ne puis douter que vous n'en soyez touchés. Donnez, disoit-il, donnez à Marie les justes louanges qai lui appartiennent, et souvenez-vous que îa sainteté, pour être honorée, n'a besoin que de la vérité. Dites, par exemple, que Marie a trouvé pour elle et pour nous la source de la grâce; dites qu'elle est la médiatrice du salut et la restaviratrice des siècles : vous le direz avec raison; car c'est ce que toute l'Église publie , et ce qu'elle chante tous les jours dans ses divins offices : Magnijica gratiœ inventricem Mariam^ mediâ' tricem salutis^ restauratricem sœculorum: Aoscmihi de illâcantatEc' çlesia ( Bernard. ). Ceu^L à q ui ces titres déplaisent oseront-ils s'inscrire en faut contre le témoignage de saint Bernard, et récuser un homme d'une si grande autorité parmi les Pères, et qui rapporte en fidèle historien ce que l'Église croyoit de son temps, et ce qu'elle pratiquoit? Or voilà œ que j'appelle honorer judicieusement la Vierge, lui attribuer les qualités que toute rÉglise lui attribue. On sait bien qu'il p'y d, pour ainsi parler, qu'Un médiateur de rédemption; mais on ^ certain de ne point déroger à ses droits , quand on reconnoît avec l'Écriture « outre cet unique médiateur de rédemption , qui est Jésus- Christ» d'autres médiateurs d'intercession ; et Marie, entre ceux-ci, ne doit-elle pas avoir la première place? On sait que Jésus-Christ seul a racheté le monde par son sang; mais on ne peut ignorer que ce sang qu'il a répandu a été formé de la substance même de Marie , et par conséquent que Marie a fourni, a offert, a livré pour nous le sang qui liou§ aservl de rançon : car c'est sur quoi tout»^ l'Église s'est fondée
pour la qualifier de médiatrice et de réparatrice des hommes. Ce se-
SUÏl LÀ DÉVOTION A LA VIERGE. S7I
roit donc encore par-là une indiscrétion (je devrois peut«élre user d'un teritle plus propre et plus fort), ce seroit, dis-je, une indiscrétion, de lui l*efuser ces titres glorieux et si solidement établis. Mais , sans raisonner davantage , il me suffit , reprend saint Bernard , que l'Église m'ait appris à honorer de cette manière la mère de Dieu : car ce que m'enseigne rÉglisè, ajoutoit ce saint docteur, c'est k quoi je m'attache invîolablement, et de quoi je ne me départirai jamais. Tout ce qu'elle croit, Je le crois; et tout ce qu'elle pratique je le veux prati-
3uer : et en le croyant, en le pratiquant sans distinction et sans restricon, je me tiens en assurance, puisqu elle est l'orade que je doisécoutet* sur tout, et le guide infaillible que je dois suivre : Quoi ab iila aceepl^ securus teneo (Bern. ).
Or, ëelon cette règle, mes chers auditeurs , nous ne craignons point d^étre des dévots indiscrets de Marie , quand nous l'appelons notre médiatrice et notre réparatrice ; quand nous disons qu'elle est pour nous une source de vie, qu'elle est dans cette terre d'exil notre consolation , qu'elle est au milieu de tous les dangers notre espérance : pourquoi? parçeque jusqu'à la fin des siècles, malgré le chagrin de l'hérésie , l'Église la réclamera et la saluera sous toutes ces qualités : Vita, didcedoy et spes nostra , salve. Notre vie ; comment? après Dieii et après lésus-tlhrist : notre consolation; comment? après Dieu et après Jésus-Christ : notre espérance; comment? après Dieu et après Jésus-Christ. Peut-on, sans indiscrétion et même sans malignité, nous soupçonner, ou plutôt soupçonner l'Église de l'entendre dans uu htitrè sens? Et parcequ'il est évident et incontestable que c'est là le sens dé l'Église, et que nous n'en avons point d'autre, malgré la fausse délicatesse des censeurs de noire dévotion envers la mère de Dieu , noiis ne faisons point difficulté de l'appeler absolument notre vie » absolument notre consolation, absolument notre espérance: Ftm, Huteedo, et spes nottra. Oui , c'est ainsi que nous le chantons avec rÉgliâë, et qu'on le chantera jusqu'à la dernière conso.mmation des temps. Les ennemis de Marie passeront, mais TÉglise leur survivra., l'Église après eux subsistera, et, touchée des mêmes sentiments, elle dira toujours j en s'adressaht à la mère de son époux et de eon Sauveur : Vitay aulcedOf et spes nostra.
Enfin, on a traité de zèle indiscret celui que fait parottre le peuple dhrètien à défendre certains privilèges de Marie. Privilèges de grâce dans son immaculée conception, privilèges de gloire dans sa triomphante assomption ; bien d autres dont je n'entreprends point de faire ici le dénombrement, et qu'on s'est aussi contenté de nous marquer sous des termes généraux, en les rejetant. Mais moi, voici encore» et sur le même principe, comment je raisonne : car, puisque nous roconnoissons Marie pour mère de Dieu, de tous les privilèges propres à rehausser l'éclat de cette n^aternité divine, y en a-t-ilun seul que nous ne devions être disjposés à lui accorder, ou, pour mieux dire, y ena-t-il
un seul que Dieu lui-même ne lui ait pas accordé? Si Dieu ne nous les a pas tous également révélés ; si nous n'avons pas sur tous la même eeriitnde, et si tous ne sont pas dans le diristianisme des points de foi, n'esta pas assez, pour les attribuer à cette vierge, que, sanspréjudicier aux droits de Dieu , ce soient des privilèges convenables à la dignité de mire de Dieu? n'est-ce pas assez que ce soient des privilèges reconnus par les plus savants hommes de TÉglise, autorisés par la créance commune des fidèles, appuyés y sinon sur des preuves évidentes et dés démonstrations^ au moins sur les plus fortes conjectures et les témoignages les plus solides et les plus irréprochables? Or tels sont les privilèges que nous honorons dans Marie; et c'est parlà que nous les honorons prudemment* Un esprit raisonnable et sage, surtout un esprit bien prévenu à l'égard de Marie , et affectionné à son culte (car voilà le point) , un esprit , dis-je, guéri de certains préjugés, ou dégagé de certains intérêts, dans le choix de deux partis, s'il y en avoit deux à prendre , ne penchera-t-il pas toujours vers le plus fovorable à la sainte mère que nous révérons? ne le préférera* t-il pas et ne l'embrassera-t-il pas, quand c'est d'ailleurs le mieux établi et le mieux fondé? Mais que devroit-on penser d'un esprit toujours prêt à faire naître des doutes sur les grandeurs de Marie et sur ses plus illustres prérogatives? toujours appliqué à imagint^r de nouveaux tours pour nous les rendre suspectes ; mettant toute son étude à troubler la piété des peuples, et par toutes ses subtilités ne cherchant qu'à la resserrer, qu'à en décréditer les plus anciennes pratiques, peut-être qu'à Tanéantir, au lieu de travailler à la maintenir et à l'étendre? Âh ! mon Dieu, falloit-il donc que le ministère de votre paroIefAt aujourd'hui nécessaire pour défendre l'honneur et le culte que le monde chrétien est en possession de rendre à la plus sainte des vierges? Après que les premiers hommes de notre religion se sont épuisés à célébrer les grandeurs de Marie, après qu'ils ont désespéré de trouver des termes proportionnés à la sublimité de son état, après qu^au nom de tous saint Augustin a confessé son insuffisance, et protesté hautement qu'il manquoit d'expressions pour donner à la mère de Dieu les louanges qui lui étoient dues , Quibus te laudibus efferam neicio (August.) ; falIoit-il que je fusse obligé de combattre les fausses réserves de ceux qui craignent de la louer avec excès, et qui osent se plaindre qu'on l'honore trop? Voilà toutefois un des désordres de notre siècle. A mesure que les mœurs se sont perverties, par une apparence de réforme, on a raffiné sur la simplicité du culte: à mesure que la foi est devenue tiède et languissante, on a affecté de la faire parottre vive et ardente , sur je ne sais combien d'articles qui n'ont servi qu'à exciter des disputes, et à diviser les esprits sans les édifier. Si ces prétendus zélés et ces censeurs indiscrets du culte de la Vierge avoient été appelés au conseil, et qu'on eût pris leurs avis, jamais ils n'auroient consenti à cette multiplicité de fêtes instituées en son bon-
neur. Ce nombre infini de temples et d'autels consacres à Diea sons son nom , n'eût pas été de leur goût. Tant de pratiques établies par rËglise pour entretenir notre piété envers la mère de Dieu les aa« roient choqués; et pour peu qu'on les écoutât, ils concluroient à les abolir. Il n a pas tenu à eux , et il n'y tiendroit pas encore , que sous le vain prétexte de ce culte judicieux, mais judicieux selon leur sens, qu'ils voudroient introduire dans le christianisme , la religion ne fût réduite à une sèche spéculation, qui bientôt dégénéreroit , et qui de nos jours, en effet , ne dégénère que trop visiblement dans une véritable indévotion. Mais malgré toutes les entreprises que l'hérésie, depm's tant de siècles , a formées contre vous , Vierge sainte, votre culte a subsisté , et il subsistera ; jamais les portes de l'enfer ne prévaudront contrôle zèle des vrais chrétiens, et contre leur fidélité à vous rendre les justes hommages qui vous appartiennent. De quelque artifice qu'on use, et quelque effort qu'on fasse pour arracher de leurs cœurs les sentiments tendres et respectueux qui les lient étroitement à vos intérêts, ils les conserveront, ils les publieront, ils en feront gloire. Leur piété remportera , et rien ne sera capable de les séduire et de les ébranler. Vous êtes y ô sainte mère de Dieu , vous êtes Técueil contre lequel ont échoué toutes les erreurs , et vous le serez toujours. Yous seule avez triomphé de toutes les hérésies : à peine s'en est-il formé une dans le christianisme qui ne vous ait attaquée , et il n'y en a point que vousn'ayez confondue : Cunctas hœreses sola interemisti in univerio mundo (AuG.). La victoire que vous remporterez, et que yous remportez déjà sur les téméraires censeurs de votre culte ; achèvera votre triomphe : s'il y faut contribuer par nos soins, nous n'y épargnerons rien ; s'il faut parler, nous parlerons : dans la chaire de vérité , nous élèverons la voix , nous nous ferons entendre , et , après avoir appris au peuple chrétien à vous honorer judicieusement, nous lui apprendrons à vous invoquer efficacement : c'est le sujet de la seconde partie.