DEUXIÈME PARTIE
Que nous puissions invoquer Marie , et qu'elle soit pour nous dans nos besoins une protectrice tonte puissante et toute miséricordieuse, c'est une vérité , Chrétiens, sur laquelle nous ne pouvons former le moindre doute , si nous sommes de fidèles enfants de l'Église, et si nous sommes bien instruits des principes de notre foi : car puisque l'Église a défini en général que nous pouvons invoquer les Saints que Dieu a retirés de cette terre d'exil où nous vivons , et qu'il a placés auprès de lui dans son royaume, à combien plus forte raison pouvonsnous, dans toutes les nécessités de cette vie , nous adresser à la reine, non seulement des Saints, mais des anges bienheureux , et lui présenter nos prières ? Que lui manque-t-il de tout ce qui peut affermir notre confiance? Groirons-nous qu'uniquement touchée de son bon-
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heur, et tpat occupée, pour ainsi dire, de sa propre gloire » el)e soit devenue insensible à nos intéréU? mais n'est-elle pas toujours la mère demiséricorde? Nous persuaderons-nous que Dieu, en la glorifiant, ait tellement borné son pouvoir, qq*eUene soit plus en état de pou» en faire sentir les salutaires effets? mais n'est-elle pa^ toujours h mère de ce Dieu Sauveur qu'elle a donné au monde, et qui lui fut st soumis? est-ce en recevant la récompense de ses mérites qu'elle a perdu ses plus beaux droits ; et si ce fils adorable qu'elle porta dan$ son sein a fait pour elle des miracles sur la terre , que lui refusera-* t-il dans le ciel? C'est ainsi que les Pères ont raisonné, et c'est tih dessus qu'ils se sont fondés pour uous exhorter, dans des tenues si énergiques et si forts, à réclamer sans cesse la mère de Dieu. Que ne puis-je les faire tous ici parler^ ou plutôt que ne puis-je rapporter ici, dans un recueil abrégé, tout ce qu'ils ont dit de l'invocation de Marie, et des avantages qui y sont auachés I que ne puis-je vous fMre entendre ces grands maîtres, et, selon l'expression de saint Paul, tous oon» vaincre par cette nuée de témoins ! car quand nous n'aurioof point d'autres preuves, en fiiudroit-il davantage, et ne seroit-ce pas que témérité, que dis-je? ne seroit-ce pas Tobstioation la plus outrée, que de vouloir tenir contre Tautoriié de tout ce qu'il y a eu dep^ taul de siècles d'oracles et de docteurs dans l'Eglise de Jfésus-Chri&tt
Je vais plus loin, et je ne dis pas seulementque noi|s pouvons iuvo* quer Marie, mais j'ajoute que nous le devons : et pourquoi? Poor nous conformer à TËglise , pour nous attirer la grâce» pour nous procurer, contre les dangers du monde, un secours puissant et uu ferioe soutien pour assurer noire salut. En effet, CJirétîens, si nous sommes obligés de croire ce que croit l'Eglise comme la règle de nout foi , ne sommes-nous pas obli[j[és de faire ce que fait FEglise comme la règle de nos mœurs? Or combien de prières solennelles l'Église, tous les jours, adresse-t-elle à la mère de Dieu, pour implorer sob assistance? et n'est-ce pas une espèce d'infidélité de ne pratiquer pas ce qu'elle pratique avec tant de soin, et de ne demander pas ce quelle demande, ni à qui, ou plutôt par qui elle le demande? Si la graœ nous est nécrssaire, et si nous ne pouvons surtout ignorer combien il nous est important d'avoir certaines grâces particulières et en certaines conjonctures, nous est-il permis de négliger un des plus sûrs moyens de les obtenir? Or ce moyen, c'est l'intercession de Marie; et mille fois ne vous a-t-on pas avertis que c'est par elle que Dieu dispense ses dons, et par les mains de celte vierge qu'il les fait passer, en nous les communiquant? Si nous sentons notre foiblesse, et si nous gémissons de nous voir exposés à tant de périls, dans l'obligation où nous sommes d'ailleurs de nous conserver, ne deyons-nous pas pour cela mettre tout en œuvre? Or, de tout ce que nous pouvons mettre çn œuvre, rien de plus efficace, de plus présent » que la médiation de Marie; et puis(|ue tant d'autres qui l'ont éprouvé i\oi|s en iustrui*
SOR U oiiVOTtON A LÀ Vij^RGE. M
sent » n'est-ce pas consentir à notre perte, que de ne vouloir p«s nous servir d'une telle défense? Enfin , si le salut est notre affaire , et» par ses conséquences infinies, notre grande affaire, notre essentielle affaire, notre unique affaire , nous peut-il être pardonnable de n*y pas employer tout ce que la religion nous fournit de plus propre à e« garantir le succès ? Or la coadjutrice de Dieu dans l'accomplissement de ce salut , c'est Marie ; et comme ce sulut a commencé par elle et par son consentement à la parole de Dieu » c'est par elle et par sa coopération qu'il doit être consommé. D'où il s'ensuit que nous ne pou» vous donc trop, dans cette vie mortelle, la solliciter, la presser. Tin* téresser en notre faveur par nos supplications et par nos vœux» Avançons.
On peut invoquer Marie, on doit invoquer Marie, vérités inoontea* tables : mais le point est de l'invoquer efficacement, c'est-à-dire de l'invoquer de telle sorte qu'elle puisse agréer nos prières, qu'elle puisse les trouver dignes d'elle, et y prendre part. Car, selon l'oracle de Jésus-Christ, tous ceux qui disent à Dieu , Seigneur, Seigneur, ne seront pas écoutés pour cela de Dieu, ni n'entreront pas dans le royaume de Dieu : et, suivant la même règle, j'ajoute que, de eeux qui se mettent ou qui prétendent se mettre sous la protection de la mère de Dieu, plusieurs l'invoquent en vain : pourquoi? parcequ'ils ne le font
F as dans un esprit chrétien, ni avec les sentiments convenables pour engager dans leurs intérêts, et pour la toucher. Il y a donc ici deux écueils à craindre, et deux extrémités à éviter ; et comme la vérité tient le milieu entre deux vices opposés, la vérité se trouve toujours entre deux erreurs contraires. Je veux dire que les uns comptent trop sur la protection de Marie, mais que les autres aussi ne connoissent point as» sez,ousemblent ne point assez connottre tout le fond qu'on y doit faire; que les uns, selon leurs désirs et le gré de leurs passions , lui donnent trop d'étendue, et c'est l'erreur des chrétiens présomptueux; mais que les autres aussi, selon leurs fausses maximes, la resserrent dans des bor« nés trop étroites, et c'est l'erreur de nos réformateurs, je dis de ceux à qui je parle dans ce discours, et qui, par une autre prudence que celle de l'Évangile, se sont ingérés à nous donner des avis dont le peuple fi» dèjen'a pu tirer qu'un scandale, à quoi je mesens obligé, par le de* voir de mon ministère, d'opposer toute la force de la divine parole» Appliquez-vous, s'il vous plait.
Car, pour combattre d*abord ce que j'ai marqué comme la première erreur, il faut convenir, Chrétiens, que nous portons quelquefois trop loin notre confiance et que nous faisons à Marie des prièresqu'elie ne peut écouter : comment cela? parceque ce sont des prières injurieuses à Dieu,parceque ce sont des prières indignes delà mère de Dieu,paroeque ce sont des prières pernicieuses pour nous-mêmes. Prières injurieuses à Dieu : pouiquoi? c'est qu'elles sont directement opposées à Tordre de sa providencei et qu'îles vont à renverser toute rëconomie de notre
salut. En effet, tel est l'ordre de là Providence, que le salat détende premièrementdeDiea, et ensuite de nous-mêmes; qu'aidés de la grâce de Diea, nous y travailUmis nous-méroes;que nous obtenions cette grâce par la mère de Dieu, mais pour la faire valoûr par nos soins, mais pour h rendre féconde par nos œuvres, mais pour la conserver par notre vigilance : voilà le plan que Dieu s'est tracé, et qu'il nous a propose. Et nous, sans égard aux vues de Dieu, et nous promettant tout delà mère de Dieu, nous nous en formons un autre selon nos idées particulières, c'est-à-dire selon notre sens réprouvé et nos inclinations corrompues. Car si nous prétendons que,sous la protection deMarie,le salut ne nous coûtera plas rien ; qu'après avoir satisfait à certaines pratiques d'une fausse piété envers Marie, nous pourrons devant Dieu nous tenir quittes de tout le reste; que, revêtus des livrées de Marie, nous serons à couvert de tous les dangers du monde, à couvert de toutes les tentations de la vie, à con- Tert de tous les arrêts de la justice divine et de tous les foudres du ciel; et qu'ainsi nous n'aurons rien à craindre, en nous exposant aux occasions, en demeurant dans nos habitudes, en vivant dans l'état du péché, en remettant notre pénitence : ah! Chrétiens, si c'est de la sorte (|ue nous l'entendons, ce n'est pas de la sorte que Dienrentend» ni jamais ce ne sera de la sorte qu'il l'entendra. Autrement il se démentiroit bien lui-même : et quel lieu auriez- vous d'espérer, surtout en de pareilles dispositions, qu'il changeât pour vous les immuables décrets de sa sagesse éternelle? Prières indignes de la mère de Dieu, puisque c'est attendre d'elle qu'elle nous autorise contre Dieu même, qu'elle nous rassure contre la crainte de ses jugements, jusqu'à ne plus nous mettre en peine de les prévenir ; qu'elle nous serve de prétexte pour persévérer dans nos désordres, et pour mourir dans l'impénitence. Et de là enfin, prières qui, bien loin de nous sanctifier, ne peuvent servir qu'à nous corrompre; qui, bien loin de nous approcher de Dieu, ne peuvent servir qu'à nous en éloigner sans retour; qui, bien loin de nous sauver, ne peuvent servir qu'à nous perdre; par conséquent prières infiniment pernicieuses pour nous-mêmes. Or, de penser que de telles prières fussent assez efficaces pour toucher le cœur de la plus sainte de toutes les vierges, de la plus fidèle à la loi de Dieu, de la plus soumise aux desseins et aux volontés de Dieu, de la plus zélée pour la gloire de Dieu et pour la sanctification du peuple de Dieu, ne seroit-ce pas la plus sensible et la plus évidente contradiction?
Vous me direz qu'il faut donc conclure de là qu'un pécheur, dans l'état de son péché, ne peut invoquer efficacement la mère de Dieu; que n'ayant pas alors l'amour de Dieu, que vivant actuellement sans pénitence, il a beau du reste se confier en Marie et la prier, que tons ses vœux sont inutiles, et que toute sa dévotion envers la Vierge ne le sauvera pas : autre erreur dont nous avons à nous préserver , mais qui, déguisée sous des termes captieux et pleins d'artifice, proposée
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sous la forme trompeuse d'avertissements atiles et cbrëiiens« cachée sous un tîp de vérité qui impose» et [qui empêche d'en voir le danger, demande toute la précision néoesÎBaire pour la découvrir. Rien de plus spécieux queles propositions qu'on nous fait : propositions équivoques, vraies dans un sens, fausses dans [rautre, toujours dange* reoses, paroequ'elles ne tendent qu'à détruire toute notre confiance en cette mère de miséricorde» qui doit être l'asile des pécheurs. On nous dit qu'il ne fuit pas jeta* les simples dans l'illusion , en leur faisant plus espérer de Marie qu'il ne convient; je l'avoue : mais je dis aussi qu'il ne faut pas jeter les simples dans l'illusioni en ruinant toute leur espiérance; et pour donner plnsde jour à ma pensée, et vous foire prendre là-dessus le point juste à quoi tout fidèle doit s'en tenir, je m'explique, mes chers auditeurs, et je vous prie de me suivre.
Il est vrai, dire à un pécheur que sans pénitence et par la seule intercession de Marie il peut être réconcilié et sauvé, c'est le jeter dans rillusion et dans la plus grossière de toutes les illusions ; car, sans la pénitence, il n'y a ni justification ni salue. Mais aussi lui faire entendre que s'il ne renonce actuellement à son péché, que s'il n*est actuellement dans .la résolution de rompre ses engagements criminels, que s'il n'est actuellement touché d'un sentiment de pénitence, il ne lui sert à rien d'invoquer Marie, et que sa confiance ne lui peut être de nul avantage , c'est le séduire et le tromper; car, sans être encore pénitent, ne peut-il pas, par Tintercession de la mère de Dieu, le devenir? sans avoir encore le courage de s'arracher au monde et à ses honteux attachements, ne peut-il pas, par l'intercession de la mère de Dieu, le demander et l'obtenir? sans être encore assez vivement touché de Dieu, sentant la foiblesse de son cœur, et se défiant de luimême, ne peut-il pas, par l'intercession de Marie, engager Dieu à lui accorder une grâce qui le touche^ une grâce qui l'éclairé et le fortifie? Ne peut-il pas, du fond de l'abtme oii il est plongé, lever les mains vers cette vierge , et s'écrier, en l'appelant à son secours : Reine du ciel, et toute puissante médiatrice des hommes, ne m'abandonnes pas, moi pécheur, moi aveugle et endurci, moi foible et affaissé sous le poids de mes iniquités, incapable par moi-même de me relever, çc a'ayant point d'autre avocate que vous pour prendre mes intérêts au* pr^ de mon juge, et pour le porter à me rendre les forces que j'ai perdues et qui me manquent : Ora pro nobk peccatoribuif ne peut-il pas, dis-je, l'invoquer de la sorte ; et pouvons-nous croire qu'elle soit insensible à ses gémissements, et qu'elle ne s'emploie pas à lui ménager la'graee de sa conversion?
Il est vrai , dire à un pécheur que , sans amour pour Dieu , par la seule médiation de Marie, il peut parvenir à Théritage de Dieu, ce seroit, non plus seulement une illusion, mais uneimpiété. Car, sans la charité de Dieu, l'on ne peut être ami de Dieu ; et Dieu ne recevra jamais au nombre de ses élus et dans son royaume, que ses amis. Mais B. 3. 37
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aussi» faire entendre. à ce pécheur que n^aynnt pas actndlement Tajnour de Dieu» il ne peut rien prétendre de Marie» et qu'inntiieaient il s'efforce de se la rendre propice» c est abuser de sa crédulité» et lui ùt^Tt dans son malfaeur» une des plus certaines et des plus solides ressources. Car cet aïoour de Dieu qu'il n'a pas» ne peut«il plus l'avoir dans la suite »* et» pour l'avoir, ne peut-il plus, selon le langage de l'Écriture» recourir i la mère du bel amour ? Ego mater puidtrœ dilectionû (Eccli.^ 2i). Gomme, sans un amour actuel de Dieu» il peut jDéanmoins croire en Dieu, et de cette foi passer à l'espérance» pour s'élever enfin à la charité de Dieu ; ne peut-il pas» sans iia amour actuel de Dieu» former dans son cœur un sentiment de confiance en Jf arie ? animé de ce sentiment» ne peut-il pas se prosterner devant elle, lui exposer sa misère» et par-là réveiller tout» la tendresse d'une •vierge déjà si favorablement prévenue pour nous; par-là trouver ac- .ces auprès d'elle, et par elle se mettre en graqe avec Dieu» et recouvrer le don précieux de l'amour de Dieu? £t Une fout point in'opposer que sans l'amour de Dieu l'on ne peut être prédestiné» et» par une conséquence qui paroît nécessaire» que sans Famour de Dieu l'on ne peut se promettre aucun fruit du culte et de l'invocation^de la mère de Dieu. Raisonnement dont il ne faut qu'éclaircir l'ambigoité pour en faire coanoître la fausseté, et, j'ose dire» la malignité, iele sais, «ans l'amour del^u Ton ne peut être prédestiné d'une prédestination parfaite et consommée; ou» pour m'exprimer encore plus clairemear, sans l'amour de Dieu l'on ne peut arriver au terme de la prédestination, qui est la gloire ; mais avant que d'y arriver» et daus le temps même qu'on est pécheur et sans amour de Dieu» on peut être pré- ■destiné pour parvenir un jour à cette gloire : comment cela? parcequ'on peut être prédestiné pour sortir de l'était du péché» pour ren^ Irer dans les voies de la justioe, pour rallumer dans son cœur le feu de la charité ; et par où? par les moyensqué Dieu nous fournira. Ainsi, Madeleine, au milieu même de ses désordres» étoit prédestinée; ainsi J' Apôtre des nations; saint Paul» lors méane qu'il persécutoit l'Église de Dieu» étoit prédestiné ; ainsi des millions de libertins» jusque dans leur libertinage même, ooit été prédestinés. Or ces moyens de pré- •destioation, par qui pourrons-nous pluà sûrement et plus infailliblement les obtenir que par Marie?
Disons le même de bien d'autres avis par Oà l'on a prétendu régler notre confianceen la mère de Dieu » et nous précautionner contre des abus imaginaires. Je dis contre des abus imaginaires; car quand on nous avertit de ne pas croire qu'il ne soit plus au pouvoir: de Dieu de (damner un pécheur dès qu'il porte quelque marqué d'une dévotion extérieure à la bienheureuse Vierge; de ne nous pas persuader qu'elle ait plus de bonté , plus de zèle pour nous que Jésus-CUrist ménâe» et •de ne pas plus compter sur ses prières que sur les mérités de son Fils; de ne penser.pas que sans elle on ne puisse apprbcber.de Dieu
par le Sauveur même desiiommes , et dé ne la point mettre en parallèle ni avec Dieu ni avec THomme-Diett ; de ne pas ôter à cet Homme- Dieu la miséricorde pour la donner toute à sa mère , et de ne pas préférer le culte de cette divine luère à TamoixT de Dieu ei à h confiance que nous devons avoir en lui'; quand , dis-je, on s arrête vainement à nous étaler ces pompeuses.morxniies, fi'est*>ce pas attribuer au peuple chrétien des abus que Ton imagine pour décrier les dévots de Marie? n'est-ce paj satis sujet vouloir les i*eprésenter comme des esprits outrés, comme des esprits frivoles et superstitieux? Et qui de nous eut jamais de telles idées? qui de nousT porta jamafs les choses à de tels excès , et , pour user d'une expression plus forte , mais plus propre , à de telles extravagances ? Ah ! mes Frères (je parle à vous , ministres des autels ; à vous, que Diéù af choisis pour être les conducteurs et comme les sauveurs de son peuple), dans un siècle où la corruption est si générale, et où nous voyons tant d*ame& rachetées au sang de Jésus^Chrîst s'égarer et se pervertir , ne leur fermons pas les voies du retour et du salut ; or une de ces voies les plus assurées, c'est line sincère dévotion envers la mère de Dieu. Disons aux fidèles que pour invoquer efficacement Marie, il faut l'invoquer chrétiennement, c'est-à-dire l'invoquer en vue de pouvoir , par son crédit auprès de Dieu, changer de vie et réformer leur conduite, abandonner le vice éi réprimer leurs passions , vaincre la chair et résister à ses attaques,» se préserver des pièges du démon et du monde , plus dangereux encore mille foiîs pour eux que toutes les^ puissances de l'enfer; s'adonner aux exercices de la religion et en soutenir la pratique , se sanctifier, et mériter l'éternité bienheureuse. Mais, en même temps, disons -leur quen quelques dérèglements qu'ils aient vécu, que quelque pécheurs qu'ils aient été et qu*i's soient même à présent, ils peuvent être fovorablement écoutés de Marie, en s'adressant à elle avec une confiance humble et filiale; que, bien loin de les rejeter, elle leur tend les bras , elle leur ouvre son sein ,.elle les invite , et leur offre son secours. Voilà ce que nous leur devons dire et ce que je leur dîs. Vierge sainte, de votre part et en votre nom. Vous ne ip'en désavt)a^rez point, et vous confirmerez toutes mes paroles. Je parle dans un auditoire chrétien; mais dans cet auditoire, tout chrétien qu'il est , combien y a-t-il d*ames chancelantes, et sur le point d'une ruine prochaîne? combien d'ames tièdes et languissantes dans le service de Dieu, et dans l'observation de leuts devoirs ? combien d'ames aveugles et trompées, qui se flattent d'une prétendue innocence, et qui vivent dans l'état d'une fausse conscience ? combien d'ames criminelles, ennemies de Dieu , haïes de Dieu, exposées à toutes les vengeances de Dieu ? C'est pour ces âmes et pour moi-même que je vous fais entendre ma voix , et que je pousse des cris vers vous; ou plutôt c est 5 vous que je les envoie, ces tièdes et ces lâches, ces aveugles et ces Ignorants , ces mondains et ces pécheurs. Vous les recevrez ,
vous les ranimerez, vous les ëdairerez, vous les réconcilierez ; vous ferez agir pour eux tout le ciel , et vous agirez vous-même. Âjusi, Chrétiens» devons-nous invoquer efficacement Marie , Timiier enfin religieusement. C'est la dernière partie.
TROISliHE PARTIE.
C'est une belle pensée de saint Augustin , lorsque , parlant des martyrs et des honneurs que nous leur rendons, il nous avertit de célébrer tellement leurs fêtes , que nous travaillions au même temps à imiter leur constance. Car» dit ce grand docteur , les Saints ne sont bien honorés sur la terre que par ceux qui s'efforcent desuivre leurs exemples ; et les solennités qu'a instituées l'Église en mémoire des martyrs, doivent être pour nous comme autant d'exhortations an martyre : Solemmtates emm mariyrum exhortationes sunt martyriorum (AuGusT.). Or »' Chrétiens » j'apphque ces paroles à mon sujet; et dai» ce jour où nous célébrons le triomphe de llarie et sa bienheureuse assomption au del» je prétends (|ue nous ne pouvons mieux reaouveler notre dévotion envers cette mèri^ de Dieu» ni la rendre plus solide» que par une fidèle et constante imitation de ses vertus. Sur quoi }'aà deux choses à vous dire : premièrement, ce que nous devons imiter dans Marie; et secondement, pourquoi nous le devons imiter. Ce que nous devons imiter » c'est la sainteté de sa vie ; et voilà le modèle que nom avons à nous proposer : pourquoi nous le devons imiter » c'est pour avoir part à sa gloire; et voilà le motif qui doit nous animer. Ceci snffiroit pour faire la matière de tout un discours : j'abrège , et je vous demande encore un moment de votre attention.
Ce que nous devons imiter dans la Vierge que nous honorons et que nous invoquons » c'est la sainteté de sa vie » et voilà en quoi nous pouvons nous la proposer comme uotre modèle. Ce n'est point dans les grâces singulières et extraordinaires qu'elle a reçues du ciel; àès que ce sont des grâces extraordinaires et singulières à Marie » Diea n*a point voulu nous les communiquer» et ce seroit une présomption que d'y prétendre. Ce n'est point dans l'éclatante dignité dont éUe a été revêtue» ni dans les glorieux privilèges qui lui furent accordés es conséquence du choix que Dieu fit d'elle : admirons toutes ces merveilles » reconnoissons-y la souveraine grandeur du Toùt-Poissant» qui les a opérées ; concevons pour le digne sujet sur qui le Très-Haut jeta les yeux» eten qui il exerça toutesa vertu, les sentiments de zèle» de respect » de vénération qui lui sont dus ; mais ce ne sont point de tels miracles qui nousdoiventservirde règles, puisqueDieu ne lésa point mis en notre pouvoir » et qu'ils sont si fort au-dessus de nous. En quoi donc» je le répète » nous devons imiter la mère de Dieu, c'est dans la sainteté de sa vie ; c'est, dis-je» dans la plénitude de sa sainteté, dans la perfection de sa sainteté» dans la persévérance et la fermeté
inviolable de sa sainteté. Quel fonds d'instruction pour nous , mes obers auditeurs , et quel champ à nos réflexions !
Je dis» dans la plénitude de sa sainteté. Car, selon que l'a remarqué saint Ambroise , il n'en est pas de Marie comme de certaines âmes en qui nous voyons reluire quelques vertus , à quoi elles se bornent» et où elles font consister tout leur mérite. Étudions la vie de cette mère de Dieu ; c*est une leçon universelle de toute vertu et pour tout état : Talis fuit Maria , ut qus unitis vita omnium sit disciplina (Ahbr.) : en formant notre conduite sur la tienne, nous apprendrons à être fidèles à Dieu » à être équitables et charitables envers le prochain, à être détachés denous-mémes et attentas sur nous-mêmes : vous apprendrez , jeunes personnes » ce que vous êtes si peu en peine de savoir, et ce qu'il vous est néanmoins si important de ne pas ignorer » à mettre en sûreté l'innocence de Votre ame» et le précieux et inestimaUe trésor d'une virginité sans tache; à fuir pour cela le monde, et surtout certaines sociétés du monde; à vous tenir dans une défiance oontinudle de votre cœur , et à ne lui permettre pas de s'échapper jusque dans les moindres rencontres ; à réprimer vos sens , et à leur interdire toute liberté , non seulement criminelle , mais dangereuse ; à garder en toutes choses la retenue , la modestie , la sagesse qui convient à votre sexe, et qui en fait le plus bel ornement. Pères et mères, vous apprendrez à régler vos familles , et à y maintenir l'ordre et la piété ; à élever vos enfants, non selon vos vues, mais selon les vues de Dieu; non pour vous-mêmes et pour votre propre consolation ; mais pour Pieu et pour la gloire de Dieu ; à les lui dévouer, et à lui en faire le sacrifice. Je m'engage insensiblement dans un étail qui me conduiroit trop loin ; et sans qu'il soit nécessaire que je descende à tant de points particuliers, qui ne sait pas que dans la prospérité ou dans l'adversité, dans la grandeur ou dans l'humiliation, soit qu'il faille agir ou souffrir, ordonner ou obéir, prier ou vaquer aux affaires même humaines, satisfaire aux devoirs de la vie civile ou à ceux de la vie t^hrétienne et dévote , aux lois de Dieu ou aux lois des hommes, en quelque con* joncture que ce puisse être , partout Marie se présente à nous pour nous instruire et pour nous servir d'exemplaire et de guide ? Talis fuit Maria^ ut ejus unius vita omnium sit disciplina*
Je dis , dans la perfection de sa sainteté , de cette sainteté éminente et au-dessus de toute autre sainteté que celle de Dieu : car voilà oài sa fidélité à la grâce l'a élevée. Mais né semble-t-il pas que plus la sainteté de Marie a été sublime et parfaite , moins nous pouvons l'imiter ? A cela je réponds que Jésus-Christ veut bien que nous l'imitions lui-même, tout Dieu qu'il est, et comme Dieu, infiniment encore plus saint que Marie; qu'il veut bien que nous imitions son Père, et que nous soyons parfaits comme son Père : Estote ergo vos perfecti , sicut Pater vester cœlestis perfectus est (Matth,, 5). Il est vrai, nous n'avons pas été prévenus des mêmes grâces que la mère de Diçii, et par conséquent
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BOUS ne devons pas espérer d'atteindre jamais à la oiéme perfection quela mère de Dieu. Mais nous pouvons plus* ou moins en approcher; nais nous pouvons» en nous proposant Marie et la ferveur de sa pjélé» nous réveiller de cette langueur qui nous rend si tièdes et si n^ligeitfsdans la pratique des devoirsiesplus ôfdinairesdela religion; mais nous pouvons , eo nous proposant Marie et son amour pour : Dieu , nous reprocher notre indifférence pour un malire si digne de tout notre zèle, et rallnmèr dans nos âmes un feu tout nouveau; mais nous pouvons, en nous proposant Marie et le recueillement de son cœur , nous confondre de ces dissipations volontaires et si fréquentes dans les plus saints exercices, et nous former à Tusage de h prière ; mais nous pouvons , en nous proposant Marie et 1 ardeur de son courage, et la force de sa patience, et la droiture de ses vues, et la profondeur de son humilité , reconnoître devant Dieu nos foiblesses, nos délicatesses, la vanité de nos intentions, les folles complaisances de notre orgueil , et nous exdter à les combattre et à les corriger. Nous ne monterons pas au même degré qu'elle ; mais , suivant d'aussi près que nous le pouvons ses vestiges, nous xîendrom ' après elle les premiers rangs^
Enfin, je dis dans la persévérance et la fermeté invariable de sa sainteté. Ah ! Chrétiens, en<^ébrant aujourd'hui la fête de sa bienheureuse assomption, nous célébronis pareillement la mémoire de sa précieuse mort : et par où celte mort fut-elle si précieuse devant Dieu? parcequ'elie avoît été précédée d'une vie toujours sainte, on plutôt d'une vie toujours plus sainte d'un jour à un autre, par de continuels et de nouveaux accroissements de mérites. Imitons Marie dans tout le reste, et ne limitons pas dans cette persévérance : tout le reste, qudque grand, quelque héroïque qu'il soit, ne vous est peutêtre de nul avantage, puisque, dans les chrétiens, ce ne sont pas \M les commencements que Dieu couronne, dit saint Jérôme, que la fin. Tel est donc^ je le répète, rexcellent modèle que nous devons a?otr sans cesse devant les yeux, la sainteté de Marie^ cette sainteté pleme et entière, cette sainteté sublime et relevée, cette sainteté durable et constante : voilà ce aue nous devons étudier, ce que nous devons méditer, ce que nous devons nous appliquer, si nous voulons être solidement dévoués à cette mère de Dieu. Mais voilà, mes chers auditeurs, avouons-le de bonne foi, voilà le point essentiel oii notre dévotion se dément, et où notre zèle se refroidit. Nous ne manquons pas i de zèle pour publier les grandeurs de Marie, nous ne manquons pas de zèle pour défendre ses prérogatives et sçs privilégiées, nous ne manquons pas même de zèle pour lui rendre certains honneurs, et pour nous acquitter de certaines pratiques ; tout cela est bon et louable, et nous y sommes assez fidèles^ parceque tout cela coûte peu : mais imiter cette Yiei^e dans son inviolable pureté, et dans le soin qu'elle eut de la conserver ; l'imiter dans son éioignement du monde , dans son
amoar pour la retraite, dans son détachement d'elle-même et .de tons les biens temporels y dans son obéissance aveugle à toutes les volontés de Dieu » dans sa générosité à tout faire et à tout souffrir pour Djeu » dans la mortification de ses sens, dans son assiduité à la prière, en tout ce qui Ta sanctifiée, c'est ce qui effraie la nature, parceque c'est ce qui la combat et ce qui la gène. Toutefois ne nous y trompons pas ; et comme nous savons ce qu'il faut imiter dans Marie, apprenons encore pourquoi il \e faut imiter ; je dis que c*est pour avoir part à la gloire dont cette reine du ciel va prendre possession. Ceci est d'une extrême importance, ne le perdez pas.
Car prenez garde, Chrétiens, Marie est aujourd'hui portée dans le ^in de Dieu pour y goûter une éternelle et souveraine béatitude ; mais ce suprême bonheur n'est point pour elle, comme bien d'autres dons qu'elle avoit reçus , une pure grâce ; c'est une récompense , et , selon l'ordre de la prédestination de Dieu, il ialloit que ce f&t le fruit de ses mérites et de sa sainteté. Tout autre titre n'eût point suffi pour lui donner droit à ce bienheureux héritage ; et de là n'ai-je pas raison de conclure que, si nous voulons entrer en participation de sa gloire, nous devons nous y disposer par une fidèle imitation de sa vie? Oui , mes chers auditeurs, je puis bien vous dire ici, en vous montrant la mère de Dieu , ce que saint Paul disoit aux premiers fidèles , en leur proposant Jésus-Christ même : Si compatimur, et conglorifica* Inmur: Si vous agissez comme Marie, vous serez couronnés comme Marie ; si vous souffrez comme elle, vous serez glorifiés comme elle : voilà tout à la fois et le terme où vous devez aspirer, et la route par où vous y devez arriver. Ne séparons jamais ces deux choses, puisque c'est en les séparant que nous tombons, ou dans une présomption criminelle, ou dans une lâche pusillanimité. Présomption criminelle, si , ne considérant que le triomphe de Marie et l'éclat de sa gloire, vous prétendez y parvenir sans marcher par la même voie, et sans user des mêmes moyens : car ne seroit-il pas bien étonnant que Dieu fût plus libéral pour vous que pour sa mère ; et que, par une faveur toute gratuite, il vous donnât, sans rien exiger de vous, ce qu'il a voulu lui vendre et ce qu'elle a dû acheter si cher ? Pusillanimité lâche, si , n'ayant égard qu'aux difficultés du chemin où Marie vous a précédés, vous désespérez d'atteindre au terme où elle est parvenue ; au lieu de vous animer, par la vue du terme, à soutenir toutes les difficultés du chemin, et à vaincre tous les obstacles qui s'y rencontrent. Ayons donc toujours ces deux grands objets devant les yeux, Marie sur la terre, et Marie dans le ciel : si l'état de sa vie pénible et laborieuse sur la terre, étonne notre foiblesse, l'état de sa vie glorieuse dans le ciel nous rassurera et nous consolera.
D'autant plus (remarquez bien ce que je dis, c*est avec cette pensée que je vous renvoie) , d*autant plus que l'état de cette reine triomphante dans le del doit spécialement servir à nous procurer les
plus puissants secours pour imiter l'état de sa vie laborieuse sur la terre. Je m'explique, et c'est là que j'en reviens, pour votre consolation et pour conclusion de ce discours. En effet, Chrétiens, Marie va prendre place auprès du trône de Dieu, et s'asseoir elle-même sur le trône que Dieu lui a prépaie : pourquoi? afin que de là elle parle et agisse plus efficacement en notre feveur, afin que de là elle fasse couler plus abondamment sur nous les trésors célestes ; afin que de là elle se rende attentive à nos vœux, que de là elle pourvoie à tous nos besoins, que de ce trône de gloire où elle domine elle fesse pour nous un trône de miséricorde et de grâce. Voilà ce qui a rendu la dévotion à la Vierge si générale et si commune dans tous les siècles de F JÊlglise ; voilà ce qui liii a attiré la confiance et la vénération de tous les peuples et de tous les états du monde ; voilà pourquoi il n'y a pas une ville , pas même une bourgade dans toute la chrétienté , où Ton ne voie de sensibles monuments de la piété des fidèles envers cette mère de Dieu ; voilà ce qui a porté les princes et les monarques à mettre leur sceptre et leur couronne sous sa protection, persuadés qu'ils ne pouvoient avoir un appui plus solide ni plus inébranlable que dans une vierge dont le crédit auprès de Dieu, selon Texpression de saint Ildefonse, tient quelque chose de l'empire et de Tautorité ; sddk ce qui a engagé un de nos rois, Louis Xill, de glorieuse mémoire, à loi consacrer et sa personne et son royaume ; non point par un vœu se« cret, seulement formé dans son cœur, mais par le vœu le plus authentique qu'ait jamais fait un roi chrétien, puisqu'il le fit, aussi bien que David , en présence de tout son peuple , ht conspeciu omnts papuli ejus (Psalm. 115) ; puisqu'il en ordonna la publication dans tous ks lieux de son obéissance, puisqu'il y intéressa tous ses sujets, et qu'il voulut que le souvenir en fût éternel. Voilà l'origine et la fia de ces saintes et solennelles processions qui se font aujourd'hui par toute la France, et qui sont autant de témoignages publics par où nos rois protestent qu'ils veulent dépendre de Marie, et qu'ils la reconnçisseiit pour leur souveraine. Voulez-vous, mes chers auditeurs, que je vous donne une pratique digne de votre piété? elle est aisée, il n'y a point de prétexte qui vous en puisse dispenser. Faites, chacun dans votre condition, ce que fit ce prince très chrétien et très religieux dont nous accomplissons le vœu. 11 consacra son royaume à la reine des vierges ; consacrez-lui vos familles et vos maisons : il lui dévoua sa personne et celle de ses peuples; dévouez-lui la vôtre et celle de vos enfants. Ce n'est pas assez; mais comme ce grand monarque, par une conduite solidement pieuse, qui ne lui acquit pas moins devant Dieu que devant les hommes la qualitéde Juste, voulut que son dévouement iùt public, ne rougissons point de faire connoitre le nôtre; confessons librement ce que nous sommes, puisque c'est la profession de ce que nous sommes qui nous doit sauver. Ne souffrons pas que les li^ bertins du siècle soient plus hardis à railler du culte que nous ren-
SUR LA DÉVOTION A LA VIERGE. SSi
dons à la mère de Dieu, que nous à le défendre. Si nous sommes employés au soin et à la direction des âmes, inspironsrieur la même ardeur et le même esprit. Surtout, Chrétiens , souvenez- vous de cette parole de saint Anselme, que, comme toute famille solidement et saintement dévouée à la glorieuse Vierge ne périt point, aussi ne devons-nous pas compter que la bénédiction de Dieu se trouve dans une famille où la gidrieuse Vierge n'est pas honorée.
C'est dans ce sentiment , 6 reine toute puissante , que nous non^ présentons à vous; et quel comble de jpie pour vos zélés serviteurs, de voir en ce jour les puissances de la terre humiliées à' vos pieds ! Car c'est en ce jour que tous les grands et tous les riches du peuple implorent votre assistance, selon la prophétie de David : Vultwn tuvan ileprecabufUur omnes divtte* plebis {Psalm. 44). C'est en ce jour qu'à l'exemple de nos rois, et en exécution du traité qu'ils ont fait avec vous, on voit les juges, les magistrats, ceux qui tiennent parmi nous les premières places et qui occupent les premières dignités, parottre devant vos autels et vous rendre hommage. Hais si les riches du peu* pie vous honorent de la sorte, que ne font pas les pauvres du peuple, les simples du peuple, les petits et les humbles du peuple, dont la foi est communément plus vive, et la dévotion plus ardente et plus tendre ? Quoi qu'il en soit, il est de mon ministère et de mon devoir, 6 sainte mère de Dieu , de ramasser les vœux de tout ce peuple qui m'écoute, ceux des riches et ceux des pauvres, et de vous les offrir. Souffrez que j'y joigne les miens, où plutôt souffrez qu'au nom de tout cet auditoire , je vous demande les grâces que vous savez nous être nécessaires, et que vous pouvez faire descendre sur nous. Répandez-les, ces grâces divines dont vous êtes comme la dépositaire et l'économe, répandez-les sur la personne sacrée de l'incomparable monarque qui nous gouverne, répandez-les sur ce royaume spécialement dévoué à votre culte , répandez-les sur tous en général et sur chaci|n en particuliej^. Quoique vous soyez en toutes choses notre ressource , nous ne voiis demandons point tant , après tout, des grâces temporelles, que des grâces spirituelles. Éteignez le feu d'une guerre allumée dans toute l'Europe, et qui divise les princes chrétiens ; mais aidez-nous encore plus à éteindre le feu de nos passions , et cette guerre intestine qu'elles excitent au fond de notre cœur. Donnez-nous la paix avec les ennemis de cet état ; mais préférablement à cette paix, aidez-nous à recouvrer la paix de Dieu , si nous l'avons perdue, et à nous y maintenir, si nous sommes assez heureux pour y rentrer. £t puisque toutes les grâces du salut peuvent se réduire à une seule, oI> tenez-nous, ô parfait modèle des venus chrétiennes , obtenez-nous la grâce d'être vos imitateurs comme vous Tavez été de Jésus-Christ, afin que nous régnions avec Jésus-Christ et avec vous-même dans l'éternité bienheureuse oii nous conduise, etc.
m» POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS.
Hirabilis Deui in Sanetii tuU.
Dieu est admirable dans aes Saints. Ps. lavii.
Sire,
Dieu, dans tons «es ouvragies, est admirable ; maïs il l'est pariica- Uèrement dans ses Saints, puisque de tous les ouvrages de Diea , ud des plus merveilleux et des plus grands , ce sont les Saints. Il est admirable dans leur prédestination, il est admirable dans leur vocation, il est admirable dans toute Tëconomie de leur saltft , il est admirable dans leur béatitude et dans leur gloire. Je dis admirable de les avoir prédestinés à son royaume éternel, admirable de les avoir appelés i ia foi, admirable de les a voir sanctifiés par la grâce, admirable dé les avoir éprouvés et purifiés par les souffrances; enfin , admirable d'c^ avoir fait des Saints et des bienheureux : Uirabiiis in Sanciis ^uis. Voilà, Chrétiens, ce que Dieu a fait pour ses élus, et ce que jedevrois, ce semble, développer dans ce discours : mais j'ai des choses à vous dire encore plus importantes pour votre édification ; des choses qui, dans la vue de ces bienheureux prédestinés, vous rempliront, aussi bien que le Prophète royal, non pas d*une admiration stérile et sèche, mais d'une admiration affectueuse, solide, efficace, qui fortifiera votre foi, qui excitera votre espérance, qui animera votre charité; en dem mots^ qui élèvera vos es|irits , et qui touchera vos cœurs : Mirdnfu Deus in Sanctis suis. Vierge sainte, vous qui dans le ciel régnez «tdessus de tous les Saints, obtenez-moi les lumières dont j'ai besoin, et que je demande par votre intercession,: faites, ô glorieuse mère è Dieu , que je sois animé et rempli de cet esprit de sainteté dont voifi reçûtes la plénitude en concevant le Verbe éternel; faites que, servant d'organe à ce divin Esprit, j'annonce à cette cour des vérités capables d'en faire, selon l'exprcdsion de saint Paul , uif peuple fervent et un peuple saint ! c'est pour cela que je vous adresse ia prière ordinaire: Ave Maria.
eux
11 n'appartient qu'aux Saints de bien comprendre ce qu'opère en .. jx celui qui est l'auteur de la sainteté ; et je serois téméraire , si je voulois, dans un sujet tel qiie celui-ci, m'en tenir à mes propres pensées, pour vous donner Tintelligence de ce qui fait le mystère de ce jour , c'est-à-dire de ce qui rend Dieu si admirable dans la personne de ses élus. Ainsi, renonçant à mes vues particulières, et profitant de celles qu'ont eues les Sajuts, je m'attache à cette réflexion de saint Léon pape , que je vous prie de bien comprendre, parcequ'elle renferme tout mon dessein. Ce Père explique les paroles de David qne j'ai choisies pour mon texte : Mirabilis Dem in Sanctis suis; et consi-
déraoty par rapport à nous, Texcellenoe de cet ë(at de gloire où les bienheureux sont élevés, il dit que deux choses y doivent être comme les deux principaiix objets de notre admiration : Tune, de ce que Dieu nou^ a donné dans les Saints de si puissants protecteurs; et Fautre , de ce qu'il nous a proposé dans ces mêmes Saints un si parfait mqdèle de sainteté : Mirabilts in Sanctii suis, in quitus et prœsidium nobîs constituit et exemplum (IiEo). Voilà tout le partage de cet entretien : dans la premijère partie j*e vous Montrerai combien Dieu est admirable de nous avoir donné les Saints pour intercesseurs et pour patrons; et dans la seconde » je vous ferai voir combien il est admirable de nous les avoir proposés pour exemplies. Deux vérités d*Hne étendue infinie dans notre religion, et d oii s'ensuivent des conséquences à quoi nous devons bien» vous et moi» nous intéresser. Car voici d*abord les deux raisonnements qui se présentent à nos esprits : Les Saints sont nos intercesseiiirs et nos protecteurs ; nous avons donc une obligation indispensable de les honorer et de les invoquer; c'est le premier point : les Saints sont nqs exemplaires et nos modèles; nous avons donc un engagement essentiel à nous former sur eux, et à les imiter ; c'est le second point. Le premier nous apprendra ce que les Saints font pour nous , et le second nous instruira de ce que nous devons faire nousmêmes pour être Saints. L'un et l'autre , preuve invincible de la proposition que j*ai avancée, que si le Dieu d'Israël est admirable, c'est particulièrement dans ses saints : MirabiUs in sanctis suis. Voilà tout le sujet de votre attention.
PREMIÈBE PARTIE.
Non, Chrétiens, rien n'est plus digne de nos admirations que ce que la foi nous révèle dans la solennité de ce jour, quand elle nous apprend que les Saints sont devant le trône de Dieu nos protecteurs et nos intercesseurs; et l'Ange de l'école, saint Thomas, en donne trois excellentes raisons : la première regarde Dieu même , la seconde est l^risede^ Saints bienheureux, et la troisième se rapporte à nous. Celle qui regarde Dieu même est qu'en ceci il nous découvre visiblement les trésors de sa sagesse et de sa providence ; l'autre , qui se tire des Saints bienheureux, est que la gloire dont ils jouissent en est infiniment relevée; et la dernière, qui se rapporte à nous, est que nous y trouvons de très grands avantages pour l'intérêt de notre salut. Appliquez-vous, s'il vous plaît, à ces trois vérités.
Dieu fait éclater ^ providence en nous donnant les Saints pour protecteurs et pour intercesseurs. Comment cela? parcequ'il établit parlà le plus bel ordre et la subordination la plus parfaite qu il puisse y avoir entre les hommes. Je m'explique : sur la terre, les hommes dépendent les uns des autres ; et cette dépendance mutuelle les tient dans lasubordinatjon. Les sociétés, les familles, les républiques, les états, rÉglise même, et les divers corps de la hiérarchie qui la composent ,
sonlantant d'ordresque Dieua établis dans le monde ; mais après tout, quoique Dieu en soit Tauteur» oesordres sont sujetsà être troublés parla malice des hommes ; ceux qui y tiennent les premiers rangs ne sont pas toujours les plus dignes de les occuper ; ceux qni y commandent devroient souvent y obéir : on y voit des grands et des petits , des pauvres et des riches» des heureux et des misérables, et cela est de la providence de Dieu ; mais les petits y sont opprimés par les grands, et les gktinds enviés par les petits, et c'est comme une suite infaillible de la corruption de Thomme. Il n'y a qu'un seul ordre exempt de ces imperfections 9 c'est celui que Dieu a formé, par sa providence , entre nous et les Saints : car outre que la grâce est le fondement de cet ordre, outre que le mérite en est la mesure , et que toute prééminence n'y est accordée qu'à la sainteté, j'y trouve encore une chose bien sîdgiûiëre; et quoi? c'est que, .dans cette subordination, la dépendance même est aimable. Nous n'envions point la condition des Saints qoi sont au-dessus de nous, parceque nous savons qu'ils travaillent at I»rès de Dieu pour nous procurer le même bonheur ; Télévatioii de leur état n'a rien qui nous choque, parceque nous n'ignorons pas qu'ils ne souhaitent rien plus ardemment que de nous rendre slusA grands et aussi puissants qu'eux; enfin, la gloire qui fait naître communément l'orgueil dans ceux qui la possèdent, et la jalousie dans ceux qui y prétendent , a ici deux effets tout contraires ; car elle donne aux Saints des inclinations bienftîsantes pour nous, et die nous inspire une reconnoissance affectueuse pour eux ; en sorte que nous avons bien droit de nous écrier : Mirabilis Deus in Sanctis suis ! Ce n'est pi$ tout; mais voici une pensée qui vous paroîtra encore plus solide ei plus touchante : c'est le vénérable Pierre, abbé de Glugny, qui me h fournit dans une épître contre certains hérétiques de son siècle; elk est digne de votre attention. Dieu, dit ce savant prélat , avoit un important dessein ; il vouloit qu'entre les membres de son Église , qui sont les fidèles, quelque éloignés qu'ils pussent être les uns des autres» il y eût jusqu'à la fin du monde un lien de communication ; et qu'étant tous, comme ils sont , les membres vivants du même corps, unis au même chef, qui est Jésus-Christ, et animés du même esprit, qoi est l'Esprit saint,' ils eussent entre eux une correspondance qui ne pût jamais être interrompue. La difficulté étoit de choisir un moyen pour cela : car l'Église se trouvant partagée en trois différents états, c'est-à-dire glorieuse et triomphante dans le ciel , militante sur la terre, et souffrante dans le purgatoire, comment pouvoit-elle entretenir une si parfaite société? Ce ne pouvoit être par la foi , parceqae la foi , avec ses obscurités et ses nuages , n'est plus d'usage dans le ciel ; ni par l'espérance, pai*ceque les Saints possédant tout dans Dieu, n'espèrent plus rien. Qu'a fait Dieu? afin que ces trois Églises eussent entre elles le commerce qu'elles dévoient aVoir, il les a unies par la charité, qui est une vertu commune. Et comment s'en est«il servi?
Ah ! Chrétieos, c'est ici la merveille : il a ordonné que les Saints qui sont dans le ciel prieroient pour les fidèles qui sont sur la terre, et que les fidèles qui sont sur la terre intercéderoient pour ceux qui soufFrent dans le purgatoire. Ces âmes captives» quoique justes» ne sont plus capables de satisfaire à Dieu par elles-méffles : Dieu veut que nous le tassions pour elles; et parcequ'en nous employant pour elles, nous sommes souvent indignes d*étre exaucés , Dieu veut que les Saints» qui ont tout crédit auprès de lui » sollicitent pour nous. Nous offrons à Dieu» pour le soulagement de nos frères» des sacrifices et des satisfactions ; et les bienheureux font pour nous des vœux et des prières. Ainsi l'Église triomphante» s'intéressant pour la mili- . tante» et la militante compatissant aux peines de l'Église souffrante, de là résulte cette harmonie divine du corps mystique de l'Église» je veux dire la communion des Saints» qui est un des principaux artides de notre religion : Communionem sanctorum. Or dans cette communion» la providence de notre Dieu n*est-elle pas souverainement adorable? Mirabilis Deus in Sanctis suis.
Mais tout cela est trop relevé pour la fin que je me suis proposée» qui est la réformation de nos mœurs : venons à la gloire des bienheureux mêmes. Car je prétends» en second lieu » que c'est pour en rehausser l'éclat que Dieu les a établis nos patrons el nos protecteurs. Le Prophète royal estimoit qu'il étoit nécessaire de publier à toute la terre l'honneur que Dieu élit à ses Saints; et il étoit persuadé qu'il n'y avoit point de motif plus efficace pour exciter dans nos cœurs le zèle de la sainteté : Filii homnum^ usquequo gravi corde f ut quid dili'^ gitis vanilàtem, et quœritis mendacium? Et sdtote quoniani mirifica^ vit Dominus sanctum suum ( Psalm, 4 ). Enfants des hommes ( c'est à nous qu'il parloit» mes chers auditeurs)» enfants des hommes» qui n'aimez que la vanité» et qui ne cherchez que le mensonge» jusqu'à quand demeurerez- vous dans cet aveuglément et dans cet assoupissement? Sachez qu'il y a d'autres biens à rechercher queles biens du inonde ; sachez que le monde n'a rien que de vil et de méprisable» ea comparaison de ces biens célestes oii vous devez aspirer ; et pour vous en convaincre» envisagez la gloire dont Dieu se plaît à combler ses prédestinés. Cette vue seule vous détachera et vous détrompera de tout le reste. En effet» Chrétiens » si nous savions jusqu'à que| point Dieu honore ses élus dans ce royaume qu'il leur a préparé» nous n'aurions plus que du dégoût pour tout ce qui s'appelle honneur du siècle, et nous dirions sans peine avec l'Apôtre : Verumtamen omnia detri^ vienium feci^ et arbitror ut stercora ( Philip., 5 }. Mais le moyen de le savoir ? car saint Paul déclare que jamais l'œil n'a vu» ni l'oreille n'a entendu, ni le cœur de Thomme n'a compris ce que Dieu réserve à ceux qui l'aiment. H est vrai ; mais le Saint-Esprit» dont les révélations et les oracles sont» comme parle Vincent de Lérins» le supplément de notre intelligence» nous en a dit assez. Et quelle conjecture
nous donne- t-il de la gloire des bienheureux ? Gelle^ci^ que je Vous prie de bien méditer : c'est que Dieu a toulu que les Saints fussent après JésuS'Chri«t(ne Yousoffensez pas de ce terme) comme nos médiateurs; c'est <]u'it a choisi les Saints pour être comme les canaux par où ses grâces découlent sur nous ; c'est qu'il leur a donné nû plein pouvoir pour nous protéger ; c'est qu'il accorde tout à leur intercession ; c*est qu'il ne peut, ce semble, leur résister quand ils lui parlent en notre £2veur ; c'est qu'il se laisse fléchir par eux» jusqu'à saspendré, et même, selon le langage du texte sacré» jusqu'à révoquer les arrêts de sa justice. Combien de fois en a-t*il usé de la sorte, et combien de fois, ea considération de David, a-t-îl calmé sa colère et retenu son bras» lorsqu'il étoit prêt à se venger des rois d'Israël et de Jnda? n'apportant point d*atttre raison pourquoi il arrétoit ses coups, que celle-ci: Propter David $ervum meum (Isai., 37). Si les Saints de l'ancienne loi étoient si puissants, ceux de la loi de grâce le sont-ifs moins? Et si Dieu eut tant d*égard pour la personne de David et des prophètes, que refusera-t-il aux martyrs qui ont été les confesseurs de son nonit aqx apôtres qui ont été les colonnes de son Église, aux wîerges gai sont ses épouses, et surtout à la reine des Saints, qu'il a choisie pour sa mère ? Or je dis, mes chers auditeurs, que c'est là une des p\us îlfustres prérogativfs da k gloire des Saints. Ces rayons lumineux qui lès environnent , cet ^at , cette beauté, cette agilité de leurs corps, cette magnificence du palais où ils habitent, ces trônes où ils sont asi^is, ce ne sont que de foibles accidents et de légères marques de leor grandeur : mais cette vertu qu'ils ont de nous attirer les secours d'm haut, cette fonction d'offrir à Dieu nos prières, de lui faire agréern» vœux, de plaider devant lui notre cause, fonction qui les rend comiK les agents et comme les coopérateurs de notre salut étemel: ah! Chrétiens, voilà ce qui me fait comprendre l'excellence de leur étal Car je tire la conséquence, et je dis : Si ces bienheureux ont tant de ^ pouvoir pour les autres, quels trésors de gloire ne possèdent-ils pis pour eux-mêmes, et quel est le fonds de leur béatitude, pursqu'ikte répandent si abondamment sur tous ceirx qui les prient et qui les invoquent? Cela seul, encore une fois, me donne une haute idée de leur félicité ; et e>8t pourquoi Davi(l, parfaitement instruit de ce mystère , le réduisoit toujours à ce point : Nimis konorifiéati sunt amid {lû, Deus : nimis canfortaim est prineipatus eorum (Psaim, 138). Seigneur^ disoit-il à Dieu, vos amis et vos Saints sont honorés jusqu'à fexcès : comment? parceque leur principauté, c'est-à-dire, selon la yersion hébraïque, la commission qu'ils ont de nous secourir, est d'une étendue infinie.
Au reste , Chrétiens , c'est en cela même que Dieu nous doit tou- Xpurs paroltre admirable. Car prenez garde, s'il Vous plaît, à la belle réflexion de Guillaume de Paris : 11 étoit, dit ce Père, de la jusUce que les Saints fussent honorés sur la terre ; il nç sufiispit pas. que leur
bëaiiiode nous fût oonoue , si nous ne rendions i leur sainteté iia culte de religion ; c'étoit le tribut qu'ils avoient droit d'exiger de nous : mais parceque nous sommes intéresses, et que ^ nons recherchant en tout, nous aurions peu pensé aux Saintd» si nous n'avions su que les Saints pensoient à nous, Dieu s'est servi de notre intérêt pour leur gloire ; et il nous a mis dans la nécessité d'avcm* recours à eux , et de leur^rendre des devoirs de piété pour mériter la grâce de feur assistance.* C'est pour cela qu'il a donné à chaque Saint un pouvoir spécial que 1|3 autres n'ont pas , afin de nous engager à lesi invoquer tous; c'est pour cela qu'il nqus inspire quelquefois plus de dévotion pour un Saint moins glc»rieiix dans le ciel > et qu'il nous accorde par lui ce que nous n'obtiendrions pas par un autre; c'est pour cela qn'au* jourd'hiH l'Église leur rend à tous un honneur commun^ Et voyez ^ Chrétiens, jusqu'à quebpoint ce dessein de Dieu a réussi : de là vient le zèle que tous les pe^^ples dans le christianisme ont pour le culte ' des Saints ; de là vient que4es Saints sont les patrons des villes , les protecteurs des royaumes , les anges tutéiaires nies états ; qu'on consacre des temples à leur mémoire « qu'on offre des sacrifices en leur nom » qu'on se prosterne devant leurs tombeaux , que leurs os* sements et leurs cendres sont. en vénération par toute la terre. Qui fait cela? ce besoin que nous avons des Saints et de leur secours auprès de Dieu » ou plutôt la sage disposition de Dieu , qui a voulu leur faire trouver dans notre dépendance leur élévation : MirdnlU Deus in SanctU suis.
Mais après tout, mes Frères» dit saint Berj^ard, et voici le point qui nous, touche, te pouvoir si 2»nple que Dieu a donné aux Satnis n'est point aussi honorable peureux qu'il est avantageux pour nous; et quand nous célébrons kur fête, c'est plus pour nous-mêmes que pour la gloire qui leur en revient: /^rorm^ ita est^ Fratres^ quml eoruin memûriam veneremur^ nostrà interest^ non ipsorum{BEBfn.). Âpp(iquea-veus à cette dernièrji censidéralion. Les Saints prient pour nous : c'est un des dogmes de noijLre foi , que l'hà'ésiarque Yigilantioé osa conteàter» prétendant que ces bienlieurenx iie prenoient aucun soin de tout coiqui se passe en ce monde , et. qu'ils n'en avoient même nulle cpnooissance. Car voilà la source où nos religionnaires ont puisé ; mais dès ces premiers temps l'erreur fut confondue, et Ia« vé^ rite triompha. L'épître 67 de saint Jérôme en est nu monument authentique» Or cela présupposé, qui doute quêtes prières^ des Sainte pour nous ne contribuent à notre salut plus que nos propres prières? ^Gar, hélas! Chrétiens, queHes prières faisons-hous, etnesonteHes pas presquQ toujours le sujet de noure condamnation devant Dieu? pourquoi? parceque nous prions selon les désirs de notre c(Bur, qpii sont injustes et dérégla; nous ne savons ce que nous demandons ^ ou plutôt nous demandons ce que nous savons nous être pernicieux , M naos ne demandons pas ce qui doit nous procurer le souverain
hien. Biais les Saints, qui voient dans Dien nos véritables besoins , ne demandent ponr nous que ce qui nous est salutaire, et ce qui sert à nons sanctifier et à nons sauver; leurs prières sont efficaces , parcequ'il n'y en a pas une qui ne soit dans Tordre des décrets de Diea , et conforme à ses desseins. En quoi je vous prie de remarquer, avec Tabbé Rupert, un trait merveilleux de la miséricorde du Seigneur, qui, s'étant engagé dans FÉvangile à nous accorder tout cp que noas lui demanderons, Quodcwmque volueriti$, petetis, et fiét vobU (Joan., iS); prévoyant d'ailleurs que nous abuserions souvent <de cette promesse , en lui demandant de fànx avaiitages qui nous perdrœent, a fait intervenir les Saints , qui prient pour nous contre nous-mêmes, quand l'objet de nos prières n'est pas tel qu'il doit être; de sorte que, sans manquer à sa parole, il a droit de ne nousipas exaucer « parceqn'il exauce ceux que nous employons auprès oe lui pour lai recommander nos intérêts, •
Ajoutez que la prière d'un Saint est par elle-même bien plus puissante que toutes tes nôtres, puisque la dignité de la personne qui prie relève le mérite de la prière. Ajoutez que les Saints, dans on parfisài 4lésintéres8ement, prient pour nous avec une charité bien plus épurée; ajoutez que la présence et la vue de Dieu rend leurs prières beaucoup plus attentives , comme l'exercice de son amour les rend beaucoup plus ferventes. Et voilà ce qui me ravit, et ce qui me donne toat ensemble de la confusion, de voir que ces élus de Dieu prient pour nous avec plus de zèle et plus d'empressement que nous-méoies ; que leur état les exemptai|f de toute inquiétude pour leurs propres per^ sonnes, ils ne laissant pas, en (quelque manière, de s'inquiéter ponr nous ; qu'autant qu'ils sont tranquilles sur ce qui regarde leur béaâ* Inde éternelle, autant sont-ils en peine de notre salut : Jam de suâ m Viortalitâte securi, et de nostrâ sainte soUiàti (Gtpr.).
<!e sont là , Chrétiens, les obligations essentielles que nous avons ii ees glorieux protecteurs. Conoptons les grâces que nous avons rëçuO; les malheurs dont nous avons été pri^^és, les périls d'où nous sooh mes heureusement sortis , c*est de quoi nous devons aux Saints mte éternelle reconnoissance. Combien de fois se sont-il»présentés pour nous devant le trêne de Dieu , et combien de fois ont-ils détourné les foudres du ciel prêts à tomber sur nos têtes? Voilà ce qui les occupe: au milieu de leurs triomphes , ils pensent à nos misères ; ils ne sont pas comme ces bienheureux du siècle que la fortune a élevés , et qui ne connoissent plus ceux qu'ils ont laissés derrière eux : leur gloire les unit à Dieu , mais elle ne les détache pas de nous ; au contrairCi elle ne les rend encore que plus charitables envers nous , que plus vigilants et que plus ardents : Mirabilis Deus in Sa'Xctis stàs, in quitus praesidium nobis constituit. *
Cependant , mes chers auditeurs , comment répondons-nous à leur soin ? que diVje , et quel abus ne fisdlsons-nous pas du culte et de l'in-
vocation des Saints? De leur calte ( ne perdez lîen de celte morale ; peut-être en vous découvrant un désordre que le libertinage du monde vous a caché jusqu'à présent, vous obligera-t-elle à prendre des mesures pour le corriger) y de leur culte : car les devoirs sont récipro* ques ; et il est juste qu'une dévotion sincère et respectueuse de notre part soit au moins le fruit d'une protection si avantageuse et si puissante. Et en effet, quand un grand nous appuie de son crédit, que ne fiiisons*noas pas pour lui marquer notre aiiachement? le monde nous apprend cette leçon : or il est question de savoir si nous la pratiquons à l'égard des Saints. Ab ! Chrétiens , permettez-moi de vous en 6dre le reproche , après me l'être fait à moi-même , c'est là que paroît non seulement notre ingratitude, mais notre impiété. Les Saints sont nos intercesseurs auprès de Dieu , et nous leur faisons tous les jours mille outrages ; ils prient pour nous dans le ciel , et nous les déshonorons sur la terre. L'Église , sous leur nom , érige des temples, et nous les violons; elle leur consacre des fêtes, et nous les profanons ; elle célèbre leurs offices • et nous y assistons , je ne dis pas. sans religion, mais avec un esprit d'irréligion. Tout ce qui a rapport aux Saints nous devient une matière de péché. Ces temples , dis-je, qui sont les monuments publics de leur sainteté, et qui , pour cela même, éioient autrefois appelés les mémoires des martyrs, Jlfemariœ martiirum^ comment les fréquentons-nous, comment nous y comportons-nous, quels scandales y commettons-nous? Ce sont des maisons de prière, et Ton en fait des lieux de comnierce et de rendez-vous; ils sont destinés au sacrifice du vrai Dieu, et l'on s'y entretient des intrigues et des affaires du siècle ; au lieu que le Seigneur y devroit être glorifié dans ses Saints , c est là que les Saints et le Seigneur sont plus exposés aux insultes et aux mépris des hommes. Ce que je dis n'est-il pas encore au-dessous de la vérité? Mais ce n'est pas assez : leurs fêtes, que l'Église nous ordonne de sanctifier, et à quoi les premiers fidèles se préparoient si religieusement par des veilles et par des jeûnes , comment les solennisons-nous ? puis-je le dire et pottvez-YOus l'entendre sans rougir? G'étoient pour ces fervents chrétiens de la primitive Église des jours de piélé, et ce ne sont pour nous que des jours de licence, que des jours de divertissement et de jeux , que des jours départies et de débauches, que des jours au moins de paresse et d'oisiveté : en sorte que, pour l'honneur même des Saints , on a jugé nécessaire d'en retrancher et d'en abolir. Car, recoonoissons«le à notre honte, un des motifs de cette suppression, c'a été le relâchement et Tindévotion des peuples. La fête d'un martyr, disoit saint Bernard, est devenue, par la corruption de nos mœurs, une fête toute mondaine. On honore le précurseur de Jésus-Christ > c'estàrdire le plus austère et le plus abstinent des hommes , par des intempérances et des excès.
Après cela , aurions*nous bonne grâce de reprocher aux hérétiques B. 5. 38
de notre siècle le niépris qa'ib ont liant du culte des Saints» et ne pour* roient^ils pas bien nons répondre ce que Termliien répoodoit aux païens de Rome , qai se plaignoient que les chrëMns m^risoient lenrs dieux ? il leur fsisoit voir qne lenrs dieux dévoient plus se tenir offensés d'eux-mêmes et de lenr conduite , qne des cliréi^is : Ne$cw phune tUi pesiri de noUs, quàm de vobu queraniwt ( TsRTnLL. ). Car, en effet , si les chrétiens méprisoiait les dienx de Rome , c'étoit par raison et par principe , comme ne les connoissant pas^ au liea. qne ces païens les méprisoieot par libertina^ , et par le dérèglement de lear« passions. Nos hérétiques , dis-je, n'auroîent-ils pas sujet de nous foire la même réponse? Nescio plume Saneti veuri de noUs, quàm de vobiê queraniur. Voilà ce (pe j'appeUe l'abus du culte des Siiints , et voici l'abus de lenr invocation. Car pourquoi prions^noos les Saints, et pourquoi avons-nons recours à enx ? ne parlons pdot de ces prières abominables 9 et, selon le terme de l'Écriture , exécrables, quiferoient des Saints, s'ils les écoutoient , les fauteurs de nos \ices ; de ces prières où l'on ose invoquer un Saint pour le succès d'une entreprise injuste, pour le maintien d'une fortune bâtie sur Yuûqaiié, pour l'heureuse issue d'une affaire dont l'artifice, la ruse, fa mauvaise foi senties ressorts, pour la satii>faction ou d'une avengVecnpVdii^ , ou d*nne vengeance secrète et raffinée. Que des infidèles , dit saint Augustin, qui n'adoroient que des divinités chimériques, et qui même se figuroient ces faux dieux encore plus corrompus qu'eux, leur aient autrefois adressé de semblables prières , je ne m'en étoane pas ; mais Topprobre de notre religion est qu'invoquant des Saints glorifiée par les vertus chréti^nes, nous ne rougissions pas de leur demander ce qui va à la destruction et à f anéantissement de toutes le vertus. Je serois infini , si je voulois m'étendre sur ce point; ne pa^ Ions pas même de ces prières mondaines et intéressées qu'on fciit aux Saints pour des biens tout profanes , tels que sont les richesses et ks honneurs dt| siècle , sans leur demander jamais d*antres biens qui regardent notre avancement dans les vertus chrétiennes, et la sanctification de nos âmes. Comme si ces élus de Dieu , si je pois aîasi m'exprinaer, ne nous étoient bons que quand U s'agît des pro^iéritës temporelles, que quand il s'agit d'obtenir un temps £avora%le pow rendre nos campag^oes fertiles et nos moissons abondantes , que quand il s'agit de détourner le fléau d'une maladie contagieuse ou d'une calamité publique, que quand il s'agit d'éloigner de nos terres des puis* sauces ennemies et de repousser leurs efforts, que quand il s'agit de relever une famille ruinée , de rétablir une santé alÏMblie, de se tirer d'un mauvais pas où l'on se trouve engagé, et où l'on craint de se perdre selon le monde; de parvenir à un rang, à une dignité, et d'avoir de quoi en soutenir Téelat. Car c est sur de pdMils sujets et en de semblables occasions qu'on reconnoit volontiers le powoir des Saints , et qu'on tâche à l'employer auprès de Dieu. Mais- s'agit^ll du
POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAllSTS. 89»
salut et de tout ce qui y peut contribuer ; s'agit-il de détruire uoe ha« ))itude vicieuse, et de renoncer à un engagement criminel ; s'agitil de se préserver des pièges du inonde et de sa corruption; s'agit* il de vaincre une passion qui nous doRÛne, de dompter la chair qui se révolte » de surmonter une tentation à laquelle nous n'avons que trop de fois succombé? c'est alors que le crédit des Saints nous est ab« solumem inconuo , ou que nous agissons au moins comme s'il nous étoit absolument iocenna , parceque nous craignons qu'il ne fût trop efficace. Tout cela, Chrétiens, est seasâ)le, ei se fait voir par soi* même. Mais voici quelque chose de plus intérieur, cpie le devoir de mon ministère m'obtîge k vous développer : malheur ft moi si j'omet* teis une si salutaire instruction , et nnlheu!^ à vous-mêmes si voua n'en profitez pas !
Le grand abus de Finvocation des Saints , dans les prières même en apparence les plus religieuses, c'est que nous voukMis qu'ils demandent à Dieu pour nous ce que Dieu , en conséquence de âbs dé^ crets étemels, qu'd ne changera jsmiais, ne peut nous accorder; ce que Dieu , suivant tes règles de sa sagesse , ne veut pas nous accorder, et ce qu'en effet il n'est paa & propos qu'il nous accorde. Noué invoquons les Saints ; et abusant de Tavantage que nous avons d*étre » pour uiisi dire , sous leur sauvegarde , nous prétendons vivre sans soin , sans v»* gilattce, sans attention sui* nous-mêmes. Mous invoquons lesl^ats;et par une feusse confiance en leur secours, nous prétendons que, pour l'accomplissement de nos vœux et pour te succès de notre prièrà , il suffise de- tes avoii^ invoqués. Mous invoquons les Saints, et eu leur demandant Te^rit de pénitence, nous prétendons qu'il ne nous porte à rien qui nous gène , à rien qui nous coûte , à rieh qui nous mortilié. Mous invoquons les Saints ; et en leur demandant te grâce de notrd conversion, nous prétendons que cette conversion chimérique ne «mis engage à nulle avance de notre part, ni à nulle violence ; que nos liens se rompent d'eux-mêmes ; que noire cœur se trouve tout-à-coup dégagé , libre, tranquille , et qu'il jouisse des douceurs du triomphe , sans avoir éprouvé les peines du combat. Nous invoquons les Saiars ; et en leur demandant certaines vertus, nous prétendous n avoir nulles mesures à prendre pour les acquérir : souvent même tie craigttons>nlHiB pdis de les obtenir, comme saint Augustin , Kvam qu'il se fût détaché de ses profanes engagements , demandoit la continence, et souèaitoit secrètement et au fond de famé de n*être pas exaucé? Nous invoquons tes Saints ; et selon notre gré , selon nos vues qui nous trompent , nous leur marquons les grâces que noa« attendoïis du ciel par leur médiation , et que nous voulons avoir, quoique ce soient des grâces qui ne nous conviennent pas, et qui quelqueik^ts servtroient plutôt à notre pei te qu'à notre salut. Ah ! Ghrétiiesns , souvenons-nous que si tes Saints sont puissants auprès de Dieu , its ne le sont pas au pré« jucfice de Dieu même , et de ce que notis lui devons ; qu'ils sont puis-
sants , mais d'une puissance réglée et ordonnée , d'une puissance tonjours renfermée dans l'étendue de la loi éternelle ; c'est-à-dire qu'ils sont paissants pour nous aider, et non pas pour nous décharger de tout le travail : puissants pour nous faire agir, et non pas pour nous entretenir dans une indolence paresseuse et Tâche ; puissants selon les desseins de Dieu , et non pas selon nos désirs aveugles et nos caprices. Invoquons-les : c'est pour cela que Dieu les a faits nos protecteurs : maïs puisque ce sont des Saints , invoquons-les chrétiennement et saintement ; car si nous les invoquons en mondains , de protecteurs qu'ils dévoient tare pour nous défendre et pour nous secourir , nous en ferons nos témoins et nos juges, pour nous accuser et pour nous condamner. Invoquons-les, mais dans des sentiments et des vues qui les honorent. Autrement, mes chers auditeurs , savez-vous comment ils paroîtront devant le trône de Dieu? apprenez-le de cette terrible vision qu'en eut saint Jean , et dont il parle dans son Apocalypse. Car il les vit en la présence du Seigneur ; et il les entendit non point priant pour les hommes , mais demandant justice contre les hommes : Vsquequè non vindicas sanguinem nostrum de iis qui habitant in terra {Apoc,^ 6)? justice non seulement contre les hommes qui les ont méprisés pendant leur vie, qui les ont persécutés, accusés, condamnés; non seulement contre ces hommes libertins et impies qui profanent leurs fêtes , et qui raillent du culte que nous leur rendons , mais contre nous-mêmes, qui faisons ou qui voulons faire de leur protection un usage si contraire aux desseins de Dieu et si indigne d'eux : C/irquequo non vindicas sanguinem nostrum de ns qui habitant in terra? Quoi qu'il en soit. Dieu n'en est pas moins admirable dans ses Saints, admirable de nous les avoir donnés pour protecteurs, etadaûrable de nous les proposer comme modèles : vous l'allez voû* dans la seconde partie.