‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 68 sur 72 · LE VINGTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE · texte numérisé non relu

LE VINGTIÈME DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE

8IIB LE ZÈLE POUB l'bONIIECB DE LA BEUGIOB.

Sdjet. Jl crut en Jésus- Christ, et tonte sa maison crut comme f«»«

Parceqne ce maître ne se contesta pas de croire, mais qu'il parla selon sa (T^'^ qu'il confessa Jésus Christ de bouché et par œuvres , il engagea tonte sa maj^ croire comme lui. Tel est le zèle que nous devons avoir pour l'honneur de H ligion. ' ' ^ .J jjl^

Division. Comme chrétiens, nons reconnoissons dans notre religion deux q essentielles , la vérité et la sainteté : la Vérité de sa doctrine, et la sainteté de»^ raie. De le suivent deux consétiuencés qni doivent faire tout le fond de ce disco»

ANALYSES PE8 SEaM0«3. 6Q7

]p^o|tre retiffipn est vrçie; donc noa8.deTOD8 tons rbonprer par la profession dp votre foi : prejnièrè partie. Nôtre religiba est saîqte; donc nous (jevons lods Tbonorer par, la poret^ de nos mœurs : deaiië'me partie.

i-dehpr'S proiessîop , -__ - « . « ., ,

ies premiers fidèles; et, sefon té témoignage de Tértuliièn , rien n'a plus contribué 4 TëtaBlir et à la T^^pnpdve dans le moncle, que là constance Bes martyrs à la professer hautement ei aux dépens de leur ?ié.

Cette profession de notre foi et l'bonneur qu'en retire la religion , est pour nous d'nn devoir si rigoureui, que pous n'y pouvons manquer sans en devenir responsables à Dieu, à l'Église et à toute la société des fidèles. !<> Responsables à riîeu, qui ne doit pas seulement èire honorià par un €uUe iotéritqr» mais par un culte visible et extérieur. 2o Retiponsables à l'Église , qui demande de nous et a droit de demander tane confession publique, comme une ràtiiicalion authentique et solennelle de la promesse fiai te pour nous dans notre baptême, et de rengagement contracté en notre nom. i« Responsables à tenie la société des fidèles, à qui nous refusons l'exemple, et, dans cet exemple, le soutien que nous isous devons les uns aux autres contre le libertinage. '

VoilA de puissantes raisons ; mais , par la plus criminelle prévarication , an lieu d'honorer notre foi en la professant, nous la déshonorons par nos scapdales. Scandales directs , et ce sont des scandales de libertinage et d'irréligion. Scandales indirects, et ce sont des scandales 4'indifr(érence , de négligence , de respect humain en matière de religion, fo Scandales directs, scandales de .libertinage et d'irréligion : railleries dqs choses saintes, préoccupation contre l'Église, discours et raisonnements aur les articles de ia fbi , livides contagieux où la /oi est artiflcieusemeot corrompue , liaisons avec de» gens connus pour être des incrédules et des athées, entretiens où se débitent des maxime» formellement opimsées à la morale de TÉvangile*. 2<^ Scaudales indirects. Scandale d'indilTérence : qu'il s'élève sur des points importmts quelqnes contestations , on dit qu'on ne prend point de parti. Scandale de négligence : on ne pratique nul exercice dé religion. Scandale de complaisance : on prête Toreille aux paroles Hcencfeuses de quelques amis dont la foi est frès suspecte. Scandale de res- |)ect humain : on n'ose parler pour la relision en présence d'un maître, d'nn grand. Soyons avec Dieu de bonne foi : et si nous sommes à lui , faisons-le connottre.

BEtixikMB PARTIE. TSfotrc religion est sainte, donc nous devons tous l'honorer par la pureté de nos mœurs. Que notre religion soit sainte, c'est un principe que nous avons déjà établi dans un autre discours. De tontes ies qualités qui la relèvent, i| n'en est point de plus eicellenteque sa sainteté ; d'où il s'ensuit que ce qui l'honore davantage, c'est ce qui fait plus éclater cette sainteté. Ôr rien ne' fait phis paroître la sainteté de la religion chrétienne , que là sainte vie des chrétiens : car on ne peut mieux juger .de l'arbre que par ses ÎHiits , ni du principe que par ses effets. Ce n'est pas qd*indépebdamméht dé notre vie , elle ne puisse être mainte en elle-hiéme : mais (f est notre bonne vie qui la fbit plus paroflre sainte. Yoiln pourquoi saint Paul et tous les Pères de l'Église ont tant exhorté les fidèles à se rendre irrépréhensil)ies dans 1( ur tM>nduile. Voilà ce qui a donné aux païens mêmes une si hauie estime du christianisme.

Mais qn'ett-il arrivé dans le cours des siècles? C'est que nous ayons dégénéré de cette première stllnteté qdi falsoit autrefois fleurir le christianisme , et dont ses défenseurs se servoient pour en inspirer l'estime et pour l'autoriser. Voilà comment nous 'déshonorons la religion ; car quoique dans le fond on ne puisse ni on ne doive rien lui attribuer de tout le mal que nous commettons, puisqu'elle le oo' damne, il n'est néanmoins que trop ordinaire à ses ennemis d'en prendre occasion de la décrier. f^ peut bn pas dire d'elle, dans l'état pment où nous la réduisons, ce qu'on disoit de jérusaiem dépeuplée et déserte : Hwccine est urbsperfecti àrcorisf Est-ce là cette relig'On jadis ii florissante et si helle?

Il faut après tout reconnoltre qu'il y a encore ides âmes fidèles, et des chrétiens

régléi et pieux « dont la conduite semble devoif en quelque sorte dédommager et consoler l'Église. Kais qu'est-ce que cette consolation « si noos avons égard à deux choses : 10 à la multitude presque Infinie de pécheurs qui déshonorent leur foi? 2» à l'injustice des hommes, surtout des ennemis de la yraie religion, qui ferment les yeux à tout ce qu'il y a d'édifiant pour n'en être point touchés , et qui ne les tiennent on- ▼erts qu'aux désordres dont ils sont témoins? Fasse le ciel que notre zèle se rallume pour l'honneur de notre foi ! C'est ainsi que , sans passer les mers, nous pourrons participer an ministère des apôtres. Nous sommes si sensibles à l'honneur d'uae £imille où noos ayons pris naissance : ne le serons -nous point à Thonneur d'une reliât gion où nous ayons été n^énérés?

LE TINGT-UmÈ&IE DIAIÂNGHE APRÈS LA PEM^IGOTE.

son IM PilDOIf DIS njUBIS.

Sun, Alûrs son maUre le fit appeler, et lui dit : Méchant serviteur, je vous ai remis tout ce que vous me deviez, parceque vous m'en avis prié. Ne fniUnt-U donc pos avoir pitié de votre compagnon, comme f ai eu pitié de vous ? Sur cela kfwSbre indigné le livra aux exéatteurs de to justice.

N'attendons pas un traitement moins rigoureux de la part de Dieu^ ti noos ne pardonnons pas les injures que nous prétendons avoir reçues.

Division. Dieu a droit de nous ordonner en feyenr du prochain le pardon des injures que nous en ayons reçues , première partie. Si nous refusons an prochaio ce pardon, nous donnons à Dieu un droit particulier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes, deuxième partie.

Vbkhikbb pabtib. Dieu a droit de nous ordonner en faveur du prochain le pardoa des injures que nous en avons reçues, et il l'exige en effet de nous comme maûLlre, comme père, connue modèle, comme juge. •

1 . Comme maître. Il y a un précepte du pardon des injures , précepte fondé sur les plus solides raisons : mais sans autres raisons, l'autorité seule de Dieu nous d<Ht suffire, et yoilà d'abord la réponse la plus courte et la plus décisive pour renyener tons nos prétextes. Dieu le yent, c'est assez.

. 2. Conune père et bienMteor. Cet' homme ne mérite pas que yous lui pardonniei; 'mais Dieu, qui vous le demande, le mérite pour lui, après vous ayoir comblé de ses grâces. Ce n'est pas à celui-ci ou à celui-là que vous accorderez ce pardon, mais à Dieu, qui yeut bien se mettre en leur place.Quel avantage pour yous die poayoir donner à votre Dieu ce témoignage de yotre reconnoissance et de votre amonri

5. Comme modèle. Que ne pardonne-t-il point dans tout le monde à tant de pécheurs, et que ne vous a-t-il point pardonné à yous en particulier? ne peut-il donc pas bien yous dire : Omne dubitum dimisi Ubi, nonne oporiuit et te misereri. J'ai pardonné, et je yous ai pardonné ; pourquoi ne pardonnez-yons pas comme mol?^

4. Comme juge. Peut-être doutez-yous que Dieu vous ait pardonné jusquet'A présent, m bien ! voici le moyen d'obtenir dans la suite le pardon de tontes yosfinilM, et cette rémission dont yous ne pouvez être encore certain. Dieu; en qualité de jnge, vous dit : Pardonnez, et je yous pardonnerai moi-même : Dimittite et dimittenitiit* Cette parole est précise et formelle.

DxoxiàiiB PABTiB. Si npns refusons au prochain le pardon que Dieu nous ordonne et qu'il exige indispensablement de nous, nous donnons à Dien un droit particalier de ne nous pardonner jamais à nous-mêmes. Car alors nous nous rendons singulièrement coupables, et coupables en quatre manières : envers Dieu, envers JésospClirist Fils et Dien, enyers le prochain su^Utué en la place de Dieu, et enyers noos-mèmes.

I / Coupables enyers Dieu. Nous violons un de ses préceptes les plus essentiels. Or comment pouvons-nous espérer alors qu'il se laisse fléchir en notre faveur? Point et miséricorde à celui qai n'a pas fait miséricorde.

2. Coupables enyers Jésus- Christ Fils de Dieu. Nous le renonçons en quelque mnnière dès que nous renonçons au caractèrele plus distinctif du chrisUanisme, qui est le pardon des injures et l'amour des ennemis. Or par-là n'obligeons-noua pas ce Dien

Sflu^mir à le tonnier contre nous et à nous renoncer s et A JérnÈd^hM, notre mé* diateor, nous renonce, à qui auront-nous recoun? , , .

5« Gonnablet enrers le prochain substitué en la place de Dieu. Nous lui refiisons ce qui lui est dû, en conséquence du transport que Dieu lui a fait de ses justes prétentioDs contre nous. Car Dieu lui a en effet transmis tous ses droits.

40 Coupables envers nous-mêmes. Nous nous démentons nous-mêmes et la prière que nous faisons tous les jours à Dieu, en lui disant : Pardonnea-noiis nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous oni offensés. Ainsi nous prononçons contre nous-mêmes, par cette prière , notre propre condamnation. Dieu nous répond almt : Cest par vous-mêmes que je vous juge. Parceque yods n'avea pas pardonné, ne comptes point qne je tous pardonne. Méditons bien ce ftmeste arrêta et prenons sur cela notre parti.

LE VINGT-DEUXIÊME DIMIÂNGHE APRÈS LA PENTECOTE.

scn lii msrmiTioii»

Soir. Rendes à Cisor ce qui appartient à Cisarp et à Dieu ce Qui apparUeiUà

Dieu.

Nons derons surtout à César^ c'est-à-dire au prochain» une juste restitution des biens que nous lui ayons enlevés.

DiTisioif. Rien de plus aisé que de se trouter devant Dieu coupable d'uiie Injuste usurpation, et rien de plus difBcileque delà réparer ; première partie. Rien de plus faux que l'impossibilité prétendue par la plupart des hommes de fiiire cette réparation, et rien de plus vrai que l'impossibilité du salut sans cette réparation , deuxième partie. Donc rien sur quoi nous devions plus trembler, et plus nous défier de nous-inêmes, que sur le sujet de la restitution.

PaxHite PÀBTix. Rien de plus aisé que de se trouver devant Dieu coupable d'une injuste usurpation, et rien de plus difficile que de la réparer.

1 . Facilité de commettre l'injustice et de se trouver chargé du bien d'antmi. Deux raisons qu'en donne saint Ghrysostome : la cupidité qui est en nons, et les oocasiotts fréquentes qui sont hors de nons. La cupidité est insatiable; et veut toujours avoir : de là tant d'artifices qu'elle emploie, tant d'usures, de simonies, de contrats simulés. Ajoutei à celte convoitise les occasions très fréquentes de la satisfaire. Un domestique a le bien de son maître entre les mains; un marchand négocie, donne et reçoit; un bomme est dans une charge, dans une commissioa, où il peut prendre à son gré ; un grand a des dettes, et par son crédit peut s'exempter de payer : ainsi d'une infinité d'antres occasions. Ce qui redouble le péril, c^t que ces occasions si dangereuses, on les recherdie, bien loin de les flair. On veut se procurer certains emplois, on vent aTOir certains maniements de deniers. Emplois avantagera selon le numde, mais bien pemideux pour la conscience.

2. DHBoulté de réparer rinjustice commise, et de rendre un bien dont onse trouve saisi. Où voit-on en effet des gens qui restituent de bonne foi ? Quelles peines même ne témoignent paa certains riches et certahis grands du monde, quand il s'agit d'acquitter des dettes légitimement coutractées ? Yoilà l'un des obstacles les plus invincibles A la conversion de tant de pécheurs. Dès qu'en leur parle de restitution, tous les bons sentiments où lia sembloient être s'évanouissent. D'où vient cda? c'est qu'il n'est rien dans le fond qui répugne davantage et qui soit plus contraire au naturel de l'hoQune, qne de se dessaisir des choses qui flattent sa éhpidité. Elle suggère mille prétextes qne l'on écoute.

DauxiàMB PiKTiB. Rien de plus faux que l'impossiMIité prétendue par la plupart des Itommes de réparer le dommage causé au prochain, et rien de plus vrai que rimpo8<% sibilité du saint sans cette réparation.

I . Impossibilité de restituer, communément fausse et prétendue. On dit. Si je restitae, je mine ma famille : il vaut mieux miner vos enfants que de vous dsmner et de les damner avec vous. On dit. Je dois maintenir mon état : votre premier devoir est de rendre au pro^ain ce qui lui appartient. On dit, Il ne me restera pas même

de qaoi Ti?ré : abas, répond saint Ângostih; car, suiv^ot ce principe, ob Toleorpji' blic pourroit jostiller sei larcins. GonGéz-?oas eii lat^r(nidéocé; elle y jioiirf oiri. On dit. Je me déshonorerai en restituant : il t a dei yoijes secrètes poor faire une restitution, sans hasarder sa répatation. On dit, Où trouyerai-je toutekiespenonod à qpi je sois redeyabie , et comment dédommagerai-je toute nne tille, toute une proyince? 1° Concevez un yraî désir de te faire, autant qh'il dépendra de vos soioi. 2o Cherchez-en de bonne foi tes n^oyens. 5» Si Vons ne pouvez restituer toat jestituez line partie. 4^ Consultez un hothine intelligent et sage. JAaispâftequel)ciiiidite vous domine, yous yous contentez d*ttd examen knperflcieli et yods n'en foolet croire que yous-méme. . . ^

2. Impossibilité réelle et abscHne du satni sans là rëslilhtloii. Cài* la reiliiiiiiiiii, autant qu'elle dépend de nous, est d'une obligation indispensable. Ji\ les prêtres D'à peayent dispenser, ni Dieu même, selon da très babiles théologiens : maisj loitfiiil le pQîsbé ou qu'il ne lé paisse pài, il est certain qu'il ne le yenl pas. Saoscàk monde ne seroit plus qa'nne retraite é9 Toleaiv. On me dira qne la oontritioaieale, et à plus forte raison jointe ayec le sacrement de pénitence, suffit poar te récondier plèitfemëiitàreéDiëa: j'en conviens; niais Miiii une ydlonië sinofife et efficace de restituer, il ne peut y ayoir de yraie coBtritlDn. Gonsidérei qne ces biens injatteDieBl acquis yous abandonoeront on jour, quâs que k^ crimes que yons pmei oomaiii a les acquérant né yous abandonneront jamais, tl faut où les perdre dès malDteoaot, oo perd^^ 70tre ame éternellement. Que répondrez-yons à. Dieu quand yom paroibv devant Ijui, et qu'il yous reprochera toutes vos iniquités? il n'y â qu'une rati/otiao promirté et pariaite qui piiisse yoos préserver de ses anathèmes.

tE ViliGf-TRÔISIÈME DIHiNCHE A^RÊS LA tÈOTËCOTt sua LE oESia et le dégoût de ti cosAtmoa. StiJET. E^edisoif en elle-même : SïjepmsseiUeiMniUmhet sarobepietff»9^

La seule robe de Jésus-Christ guérit cettç femme affligée jl'une longoeiofinmié:

que ne peut poij^^ à plus forte raison pour la sanctification de nos âmes cet «doraide

sacrement, où nous recevons Jésus-Christ même par la communion?

. Division. Deui aortes de dispositions, ordinab'es daus lf{ christianisme, à regarda

, la communion : désir et dégoût. Nous avons besohi d'instroetion sur Tua etiorri^

, ire. Désir de la communion, première partie i dégoût de la commnnion, deuxi^

Page 1