‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 8 sur 72 · SERMON POUR LE DIX-NEUVIÈME DIMANCHE APRES · texte numérisé non relu

SERMON POUR LE DIX-NEUVIÈME DIMANCHE APRES

LA PENTECOTE.

SUR l'Éternité ualbeureuse.

7\m« dMt rex fnMiirU t ligaHs manihuê it peeUbut ^ftu , mUtiU tum in ttnebroê 9xUriores. IH erit fietus et 4tri4or dentium,

Alort le roi dit à ses officiers : Jetez-le dans les ténèbres , pieds et mains liés, C'est U qu'il y •on d« pleiin et des grincemenls de dents. Siii» Matth., diap. nu.

C'est Tarrét que pronooee un roi de la terre contré un indigne su* jet dout il se tient offense i et c'est ainsi qu*il punit la témériié de cet

72 SUR L'ÉTERNITÉ UALHEUREUSE.

homme , qui, sans^iard à la majesté dd prioce ei au respect qai lui est dû, s'est présenté à son festin, et n'y a pas apporté la robe de noces. Mais, Chrétiens, ce roi de la terre, tout rigoureux qu'il paroit , n'est qu'une image bien imparfaite de ce Roi du del , qui doit un jour nous appeler à son tribunal pour y être jugés , et pour y entendre le formidable arrêt de notre réprobation , si nous ayms eu le malheur d'encourir sa disgrâce et de tomber dans les mains de sa justice. Les plus puissants rois de la terre, dans la plus grande sévérité de leurs châtiments , n'ont , après tout , de pouvmr et n'exeroent leur rigueur que sur les corps , sur ces corps déjà périssables par eux-mêmes et mortels, LigatU tnanibus etpedibus^ mais d'étendre ses vengeances jusques à l'ame, de faire sentir à l'ame tout le poids de sa colère, de la réprouver et de la perdre, et par le même anathème de l'envelopper avec le corps dans la même damnation , c'est l'essentielle et terrible différence qui distingue ce juge redoutable , dont le bras vengeur s'appesantit si rudement sur ses ennemis, et les poursuit dans les ombres de la mort et les profonds abîmes de l'enfer. Le dirai-je néanmoins, mes chers auditeurs? ce n'est point précisément par-là , ce n'est point par la peine actuelle et présente qu'il fait ressentir au pécheur réprouvé , que ce souverain maître me semble plus à craindre : c'est par la durée infinie de cette peine, c'est par son éternité. Si ce n'étoit pas une peine éternelle, il y auroit une fin à espérer; et cette espérance, dans i'extrémiié même de la douleur, seroit un soulagement et un soutien. Mms une peine sans fin , sans espoir, sans remède , voilà ce que je viens vous proposer comme le comble de la misère et Tétat le plus accablant. Voilà la source de ces lm*mes iotarissaUes , et la cause de ces grincements de dents dont il est parlé dans notre Évangile : lài erit fletus et stridùr deniium. Vous voyez, Chrétiens, l'importante matière que j'entreprends aujourd'hui de traiter. Je veux vous entretenir de Fétemité malheureuse ; et parceque c est une de ces vérités capitales qui se soutiennent par elles-méffies, je veux, sans art et sans étude, vous en donner les idées les plus communes. Il ne me faut que le secours de votre grâce , ê mon Dieu ! et je vous le demande par l'utercession de Marie , en lui disant : Ave,

C'est dans tous les siècles, depuis rétablissement de l'Église , qu'on a raisonné sur l'éternité malheureuse ; et qu'outre les impies et les libertins déclarés qui ont refusé de souscrire à cet article fondamental , il s'est trouvé , comme il s*en trouve tous les jours au milieu même du christianisme , des chrétiens f cibles et chancelants , qui se sont laissé troubler die certains doutes au sujet de cette éternité, et que leur trouble, par une conséquence naturelle, a refroidis dans tous les exercices de la religion. Car dès que ce point de foi commence à s'ébranla dans une ame, c*est une suite immanquable que, per-

dant la cninte des jugemenis de Dieu , elle se relâche à proportion dans h pratique de sesdefirirs, et qu'elle vienne enfin à les abandonner. Il est donc, mes chers àiidkeors, d'ane nécessité absolue de vous affermir contre des incertitudes et des doutes qui peuvent, quoique sottvent involontaires , avoir des effets si pernicieux ; et il me suffira pour les détruire de leur of^poser les principes mêmes de la foi que nous professons. Maislifin de donner à mon sujet plus d'étendue , je prëteàds aussi dans ce discours attaquer un autre désordre, non moins ordinaire ni moins condanmaUe. C'est de croire une éternité Dialheiireuse , ou de se flatter au moins de la croire d'une foi ferme, d'une foi parfaite quant à la soumission de l'esprit ; et cependant de n'ea tirer nulle résolution , je dis nulle résolation efficace pour le règlement de sa vie , et pour s'appliquer avec plus de fidélité et plus de zèle aux œuvres chrétiennes ; car n'est-ce pas là une des contradictions les plus insoutenables? Ainsi, mes Frères, pour vous proposer en deux mots tout mon dessdn , je vais vqqs f^ire voir comment la foi doît nous confirmer dans la créance de l'éternité malheureuse : ce sera la première partie ; et comment la créance de Tétemité malheureuse, par le plus juste retour, doit nous exciter i la pratique des oeuvres de la fbi ; ce sera la seconde partie. L'une et l'autre méritent ime attention particulière.

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