‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 3)Chapitre 9 sur 72 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Oui , Chrétiens , l'éternité des peines que souCfrent les réprouvés, dans l'enfer, est un mystère dont la créance semble avoir de grandes difficultés ; mais j'ajoute que la foi , sur la vérité de cet article , doit corriger nos erreurs et perfectionner nos lumières. Or elle feit l'un et l'autre, et je vous prie de bi^ comprendre ma pensée. Dieu propose aux hommes ime révélation aussi pfeine de terreur que digne de respect : savoir, que tout péché, mortel de sa nature, mérite d*étre puni par un supplice éteriiel. Dieu , dis*je , nous propose ce point de créance avec tout le poids de son autorité, et par la bouche des prophètes; car leur feu , dit Isale, ne s'éteindra jamais : et par la bouche des apôtres; ceux qui résistent à l'Évangile en souffriront, selon le tëoK^gnage de saint Paul, éternellement la peine : et par les oracles de la sagesse incamée; Allez, maudits, au feu éternel, qui vous est préparé depuis le commencement du monde : et par le consentement unanime de toute l'Église , laqueHe a toujours interprété l'Ecriture en ce sens : et par les décisions des conciles , qui nous l'ont expressément dédaré : et par la tradition dà deux lois , l'andenae et la nouvelle, qui , sur ce dogme imporumt , ont toujours tenu le même langage : enfin , par toutes les maximes de la foi , qui nous annonce une iMne étemelle dans sa durée , comme due à un seul péché , et même à un péebé d'un moment, quand il va jusqu'à nous séparer de Dieu, et à MoqMre le sacré noeud qui nous doit unir à lui. Ëst-ii donc une

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vérilë plus solidement établie ? Hms sur celte vérité nésumoios » sur cette révélation si auiheDliquement proposée, Tesprit de l'homme a souvent formé des difficultés, c'est-à-dire des ^reurs ; et lorsqu'il s'y est soumis, il a voulu chercher des raisons pour se justifier à soi-* même cette étonnante proportion d'une éternité de peine avec un mo' ment de péché. Or à quoi nous sert laioi, ou à quoi nous doit-eUe servir? Je l'ai dit, et je le répète : à corriger ces erreurs, comme étant opposées à la vérité primitive et infaillible ; et à fortifier, à perfectionner les lumières qui nous donnent quelque idée de ce mystère, si éloigné de nos vues humaines et de nos connoissances. Voilà le plan de cette première partie , qui renferme sur les jugements de Dieu lés plus grandes instructions. Écoutez-moL

Me parlons point de Tatbéisme , qui , niant un Dieu , nie conséquemment l'auteur d'une peine éternelle. Ne nous arrêtons point non plus à l'impiété d*Épicure , qui, faisant mourir l'ame avec le corps, détruit le sujet capable de souffrir une peine éternelle. Voici trois er« reurs moins grossières et plus raisonnables en apparence, qui ont at«» taqué l'élerniié des peines , dans la proportion qu'elle a avec le péché. Car les uns ont prétendu que cette éternité de su{4>lice pour un péché , quelque énorme qu'il puisse être , répngnoit à la bonté de Dieu; les autres ont cru de plus qu'elle blessoit les lois de la justice deDieu; et les derniers , enchérissant encore', ont pensé qu'elle étoit même au-dessus de la toute-puissance de Dieu. Dieu est trop bon pour affliger éternellement une ame pécheresse ; Dieu est trop juste pour venger dans des siècles infinis ce qui s'est passé dans un instant ; Dieu n'est pas assez puissant pour &ire que la créature subsiste une éternité entière dans les souîffrances et dans la doulepr. Voilà leurs raisonnements : mais moi , mes Frères , je soutiens que notre foi dans ses principes a de quoi noili affermir contre toutes ces erreurs ; et comment est-ce qu'elle y procède ? Apprenez-le.

Non , répond-elle aux premiers , une peine étemelle pour un péché n'est point incompatible avec la bîmté divine; et ce qui -vous trompe , c'est la fausse opinion que vous avez conçue de eetie bonté souveraine d'un Dieu. Car vous voulez qu'elle consiste dans une molle indulgence à tolérer le mal et à Tautoriser : mais c'est cela même qui la détrm'roit, puisqu'elle ne serolt plus ce qu'elle est, dès qu'elle oe&* seroit de haïr le péché autant qu'elle le déteste et qu'elle le hait. Pour* quoi disons-nous que Dieu est souverainement bon (c'est la belle reoaar^ que de TertuUien), sinon parcequ'il a souverainement le mal en horreur? Et qu'est-ce à Tégard de Dieu que d'avoir une souveraine horreur pour le mal, ti ce n'est de le poursuivre sans relâche, et d'en être l'implaca» ble vengeur? Qui$ emm boni authar^ nisi qui inimicus mali; et quU ini* micu9 tnalif mi qui expugnator; qui$ autem expugnaioTf nm qui et puni^ tarÇÏEtavhL.)! Ainsi raisonnoit^il cmitreMarcion. Comprenez donc» 6 hoaune (c'est toujours le même TertuUien qui parle) ! comprenez ce

SUH L'ÉTERNITÉ MALHEUBEUSE. fS

qie G^est qo'mi Dieu bon. Cett an Dieu opposé Mteniidlenent an péché, OB Diea toujoon eoBeni du péché , et , par une soite nëoes* laire * un Diea persécotear élernel da péché. TeUemeat qu'il ne seroit plus Dieu, s'il y a¥Ott nn instant où il n'agtt pas contre le pédié poar le condamner et ponr le panir» parceqae ce ne seroit plus nn Dieu bon, de la manière qu'il l'est et qa'tl le doit être. Hais que voadroit le pécheur? En se fiûsant des idées de bonté selon les intérêts de sa passion , il voudroit un Dieu sous lequel les crimes passent être quel* que jour oi paix : Deam nuUlei iub quo deikta aliquandd gawtermi (TsaT.); et il jageroit ce Dieu bon, qui rendroit l'homme méchant par l'assurance d'une rémission future : Et illum bonum jwHearei , ^tit hminem malum faceret securitaté deikti (Idem.)* De là , poursuit encore TertuUien , vous ne voulez point reconnottre cette bonté, dont Vessence est «te ne pouvoir jamais convenir avec le mal, et d'avoir pour lui une hame sans retour* Hais si vous ne la reconnoissez pas , tons les Saints et tout ce qu'il y a eu de vrais fidèles , versés dans la acienoe ée Dieu , Tout reconnue , ils l'ont hautement confessée , ils l'ont publiée et glorifiée , paroeque , éclairés d'une sagesse supérieure ' à la vAtre et tonte céleste, ils ont vu que Dieu devoit être bon de la sorte , -et que , sdon les règles de sa sainteté, il ne le ponvoit être autrement.

Pour remonter à la source de l'erreur que je combats , Origène fût le premier qui voulut foire Dieu plus miséricordieox qu'il n'est en lui-^ même, ou plutôt , comme dit saint Aogustfai , qui voulut parottre luimême plus miséricordieux que Dieu ^ lorsqu'il avança qu'après un cer^ tain temps les peines des âmes réprouvées finiroient. Hérésie dont il se fit le chef , et pour laquelle l'Église le frappa de ses anathèmes. Aussi ,. Chrétiens , observez , je vous prie, le pi*odigieux égarement de l'esprit de Thomme, quand il n'est pas conduit par la foi. Cet Origène, qui , par un sentiment présomptueux de la bonté de Dieu , ne vouloit pas que la palne des damnés fét éternelle , par une autre erreur toute contraire , mettant des bornes à la miséricorde de Dieu ^ s'emporta jusqu'à soutenir que la gloire des bienheureux auroit ellemême son t^me, et que comme les réprouvés passerbient de l'état des souffrances à celui du repos , ainsi les Saints qui régnent avec Keu changeroient de temps en temps , par une triste et monstrueuse vicissitude , leur état de repos dans un état de soufiranees , pour se purifier toujours davantage , et s'acquitter pleinement des anciennes dettes qu'ils auront contractées dans la vie. Voili, reprend saint Au« gustin , comment cet homme , si dédaré d'une part en fiiveur de la divine miséricorde, l'outrageoit deTautre , et perdoit l'avantage dont il se prévaloit, d'en être le plus zélé partisan : puisque s'il donnoit aax âmes réprouvées une (iusse espérance de la béatitude , il ôtoit aux âmes prédestinées la solide assurance de rétemilé de leur bonheur. Hais après tout, peuvoit dire Origène , pourquoi donc tant exal-

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ter la bonté de notre Dieu , créateur de Tuniversi si de longs éièdkes de satisfaction et de peine ne suffisent pas pour expier à ses yeux un seul crime, et pour étdndre le feu de sa colère? Ah ! s'écrie saint Grégoire, l'honune est toujours subtil à tirer des conséquences de la bonté de Dieu contre Dieu même : Et mm je réponde. Pourquoi donc rÉcriture nous fait-elle entendre tant de menaces et tant d'arrte foudroyants, qui condamnent le pécheur à cette affreuse éternité de supplice, s'il y a lieu de penser qu'il ne doive pas toujours souffrir? Chose étrange ! ajoute ce grand pape, nous nous mettons en peine de garantir la bonté de Dieu , et nous ne craignons pas de le faire auteur du mensonge pour sauver sa miséricorde , comme s'il éfeoit moins véritable dans ses paroles que favorable dans ses jugements. Deum Mior gwitperlnberemisericordem, et non vereniur jmpdicare fa//acem(GREG.). En effet , la même Écriture qui m'apprend que Dieu a des entrailles de miséricorde pour les hommes , me déclare en même temps , et dans les termes les plus formels , qu'il y a des flammes étemelles allumées pour le tourment des pécheurs. Il ne m'est pas plus permis de douter de l'un que de l'autre ; mais je dois par l'un rectifier les faux préjugés dont je pourrois me laisser prévenir à l'égard de Tautre ; car aa lieu de dire, Dieu est la source de toute bonté, donc il ne paniia pas éternellement le péché , je dois dire : Dieu punira éternellement le péché , quoiqu'il soit la source de toute bonté et la bonté même, puisque la f(M me l'enseigne de la sorte , et que c'est une vérité fondamentale dans la religion. Ainsi la bonté de Dieu n'exclut point ('éternité des peines , ni Téternité des peines n'est point contraire à la bonté de Dieu. Mais comment et par où se concilient dans le même Dieu cette bonté suprême et cette extrême sévérité , c'est ce qu'il ne m'appartient pas de pénétrer ; mais c'est ce que je suis obligé de croire. Il me suffit de savoir l'un et l'autre, et de le savoir, oomine je le sais , avec une entière certitude, dès que l'un et l'autre m'est révélé par l'esprit de Dieu : je me tiens là , et je ne vais pas plus avant. Ce n'est ipas que , sans diminuer d'un seul moment la durée des peines de renier, je ne pusse absolument concevoir tout ce que je sais et tout ce que je crois de la bonté de Dieu. Ce n'est pas qu'il me fût si difficile de comprendre qu'une bonté assez ennemie du péché pour avoir fait de^ cendre un Dieu sur la terre , afin de le détruire ; pour l'avoir porté à se revêtir de notre chair, à prendre sur soi toutes nos misères, à mourir sur une croix , l'est encore assez pour le déterminer, ce même Dieu si saint et si bon , 4 ne faire jamais grâce au péché. Mais la voie est plus courte et plus sûre tout ensemble , de respecter ce mystère sans l'examiner, et de me contenter du témoignage de ma foi, que je ne puis démentir. Elle est infaillible dabs ses connoissances, et ses connoissances sont au-dessus de toutes mes vues. Quand donc , en me faisant reconnoltre dans Dieu une suprême bonté , elle m'annonce toutefois une éternité malheureuse ; ou quand, en m'annonçant cette

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jnBieiifeiiae étenutë, eUe ne ni*ai ftit pas moins reoODBottre dans Kea une bonté snprèoiie, en voitt pins qu'il ne faut poar résoudre tous mes doutes; et c'est ainri» Glirëtiens» que la foi oorr^ la pre« nùèreerreor touchant la peine étemelle du pédieur iiBq)énitent et ré* prouvé. Passons à la seconde.

C'est qu'une peine étemelle ne peut s'accorder avec la justice de IKeu : pourquoi? parceque le propre de la justice est de conformer le châtiment à l'offense, en sorte que ni Po£fense par sa grièveté ne soit ponit au-dessus de la peine, ni la peine par sa rigueur au-dessus de l'offense. Or où est cette égalité et cette proportion entre une éternité de peine et un péché de quelques jours, de qudques heures, et même d'un seul moment? Sij'avois, moucher aaditenr, à justifier cet artide de notre foi autrement que par la foi même, je pourrois vous répondre que s'il n'y a pas entre cette éternité et ce pédié une propordon de durée, il peut y avoir, et qu'il y a en effet une proportion de malice d'une part, et d'autre part de sa* tisbcûoD et de punition : de malice dans le péché, et de satisiaciion dans le châtiment. Je m'explique. Car ce qui nous trompe, c'est de vouloir mesurer la durée de la satisfaction que la justice de Dieu ordonne, par la durée de l'action criminelle dont le pécheur s'est rendu coupable. Faux prindpe , dit saint Augustin ; et pour en voir sensiblement l'illusicm , il n'y a qu'à considérer ce qui se passe tous les jours dans la justice même des hommes. Qu'est-ce que l'ignominie d'un snpfdice iniame, et que la tache qu'il imprime, laquelle ne s'effacera jamais ? Qu'est«ce qu'un état de servitude et qu'un esdavage perpétuel? Qu'est-ce que l'ennui d'un bannissement, d'un exil , d'une captivité aussi bngue que la vie? Tout cela , n'est-ce pas, autant qu'il le peut être, une espèce d'éternité ? Or nous voyons néanmoins que la justice humaine emploie tout cela contre un attenut presque aussitôt a^mmis et achevé, qu'entrepris et commencié. Et quand, pour venger cet attentat si peu médité qudquefois et si promptement exécuté, elle fait servir tout cela, nous ne trouvons rien dans la peine qui excède le crime. Elle va plus^ loin ; et qu'est-ce que la mort, demande encore saint Augustin : cette mort, de toutes les choses terribles selon la nature, la plus terrible ; cette mort, qui de tous les biens temporels enlève à l'homme, en le détmisant« le plus prédeux, qui est la vie; cette mort, dont le coup est irrémédiable, et dont les suites par-là même sont comme étemelles ? Toutefois, que ce soit le châtiment de certains crimes, qudque subits d'ailleurs et quelque passagers qu'ils aient été, c'est ce que nous approuvons ; c'est en quoi nous admirons et la sagesse et l'équité des lois du monde. Il est vrai, continue le même Père, et cette observation convient parfaitement à mon sujet, il est vrai que le sentiment de cetle mort passe; mais l'effet ne passe point, et c'est surtout ce que se propose la loi. Car prenez garde, s'il vous plaît, que la première et la plus directe intention de la loi n'est

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pas de UNinneiiter poar cpidqiie temp» le crimind sar qiii die laaee sonarrét; musqué, pareetarrét iirévoceble, elle pénètre jttsqneduis raveair, et qae sa vue principale est de le retrandi^ poiir jamais d« oommerce et de la soeîëtë des vHrants, dont die Fa jagtf imttgne. Qtii verd morte mulctatur , numquid moram qum ocMitur^ qnm hrem en » qus nippËcnitn legei œabmmt; an non poâuê fuod im êempUenuum nm auferanidêiodetoie vt«enfiifm(Au6i»T.)? CSe sont les paroles dn saint docteur; d'où il s*ensait qne pour mesurer la proportion de la peine et de l'offense, ce n'est donc pas une régie toujours à pnmdre cpie la dorée de l'une ou de l'autre, et que 4 dans un suppliœ qui ne finit jamais , pour un péché qui finit si Tite et dont le plaisir est d court, la justice divine peut être à couvert de tout rqyrodie*

Voilà, encore une fois. Chrétiens, la réponse que j'aurois à voua foire, et qui serdt pour vous, sinon une preuve convaincante , du moins une des plus fortes et des plus sensibles conjectures ; mab ce n'est point là ce que je me suis prescrit, et, sans quitter mon dessdo, j'en reviens à la foi. Que me di^dle ? deux choses : que Dieu est juste, et que ses vengeances sont étomdles. Elle ne me peut tromper sur aucune de ces deux vérités , puisque ce sont autant d'oracles émanés de la première vérité ; par conséquent ce sont pour md deux vé* rites incontestables ; par conséquent ces deux vérités ne se combattent pdnt l'une l'autre, et concourent parfaitement ensemble ; par conséquent la peine des damnés subsistant dans toute son éternité, la justice de Dieu subsiste dans toute son intégrité: que dis-je? c'est dans cette éternité même qu'édate la justice divine , puisque la pdne des damnés n'est éternelle que parcequeJDieu est juste, et qu'autant qu'il estjuste. Par conséquent, lorsqu'on me représentecettepeine éterndle, je ne dois pas condnre que Dieu est injuste; car rien d'injuste , dit saint Augustin, quand c'est le Juste par excdlence qui l'a résolu : NihU irguitum e»8e poîest,4itu>d placeiltuto (August.). Mds la condiH aion qne je dois tirer est celle de saint Ambroise : qu'M fout donc qne le péché soit le plus grand de tous les maux, puisqu'un Dieu d juste le punit par la plus grande de toutes les pdnes ; qu'il fout donc que le péché renferme un fonds de malice inépuisable, puisqu'an jugement même de la souveraine justice il demande pour réparation une éternité tout entière ; qu'il fout donc que le monde soit bien aveugle, lorsqu'il regarde avec tant d'indifference le péché et qu'il en témoigne si peu de crainte, puisqu'un seul péché le conduit dans le plus profond abtme de la misère, pour n'en sortir jamais ; tout cela fondé sur les principes indubitables et inébranlables de la religion.

Que lui reste-t-il à cette foi si droite et si éclairée? de corriger la troisième erreur, qui refuse à Dieu le pouvoir d'exercer sur le même sujet une vengeance éternelle, et de lui foire toujours également sentir les cruelles atteintes et les vives impressions du feu qui le brAle. Erreur entre toutes les autres la plus frivole et la plus vaine pour

qmoonque a quelque notion d'un Dieu tout puissant. Gomme si Dieu ne pouvoit pas'donner au feu» qu'il a choisi pour être Tinstrument de sa colère, des qualités propres» et au-dessus de l'ordr^ naturel; comme si Dieu,{qui de rien a tout créé» et qui d'un seul acte de sa tolontë soutient tout» ainsi que la foi nous le fait connoître, manquoit de force et de vertu pour soutenir tonte Tactivitë de ce feu, sans aliment et sans matière ; comme s'il ëtoit difficile à Dieu, après avoir formé et le corps et l'ame, de rendre Tun incorruptible aussi bien que l'autre, sans le rendre, non plus que Tautre, impassible, et de les conserver dans les flammes, pour en éprouver les plus violentes ardeurs, sans en recevoir la plus légère altération ; comme si c'étoit là de plus grands miracles pour Dieu que tant de prodiges éclatants que la foi nous met devant les yeui, et où elle nous donne à entendre qu'il n'a même fallu que le doigt du Seigneur : Digihu Dei esi hle (Exod., 8 ). Qu'estrce donc quand il déploie tout son bras, et qu'il l'appesantit sur de rebelles créatures frappées de sa haine? qui le peut savoir, et quelle iiorreur de l'apprendre par soi-même ! Brachium Domini eut révéla^ um est (IsAi., 53) ? Ah! mes chers auditeurs, ne cherchons pointi par d'inutiles questions ni des recherches dangereuses, à diminuer les salutaires frayeurs qu'excite en nous l'esprit chrétien. Croyons, et, dans un saint tremblement, rendons à la bonté de notre Dieu, à hi justice de notre Dieu , à la puissance de notre Dieu , tous les hommages qui leur sont dus. N'écoutons point notre cœur, qui se trompe et qui voudroit nous tromper : parceque la vue d'un tourment éternel le trouble; et que ce trouble intérieur l'importune et le gène dans ses passions [déréglées , il tâche par toute sorte de moyens à rompre ce frein, et devient ingénieut à inventer mille subtilités contre les vérités les plus essentidles. Ne discourons point tant, mais agissons. Ce ne sera ni notre philosophie ni tous nos discours qui nous garantiront de ce jugement de Dieu si formidable : mais ce qui nous en préservera, c'est la dodtité de notre foi avec la sainteté de nos œuvres; et voilà sans contredit de tous les partis le plus sage, puisque c'est évidemment le plus sûr.

Je ne prétends pas néanmoins que la raison ne puisse être ici consultée, selon qu'elle est soumise à la foi et qu'elle compatit avec la foi. Je ne craindrai point même de la faire ici parler, et de recueillir tout ce qu'elle a découvert, pour justifier la conduite de Dieu, et cet arrêt irrévocable qui, réprouvant le pécheur, le condamne à une peine éternelle; car c'est là, Chrétiens, le terrible mystère qui de tout temps a exercé les premiers hommes de l'Église, et les plus versés dans les choses divines : et quoique les jugements du Seigneur n'aient pas besoin de la justification des hommes, puisqu'ils se justifient assez par eux-mêmes, comme dit le Prophète, Judicia Domini vera,justificata in semetipia (Ps. 18) ; toutefois ces saints docteurs ont pensé que sur Tétemité malheureuse des réprouvés il étoit bon de voir toutes les

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eonreMBoeft qui s'y rencontrent, et pour cela même d'oser de tontes les lumières et de tontes les raisons que l'esprit humain, tout borné qu'il est, nous fournit. Peut-être les avez-vous déjà plus d'une fois entendues , ces raisons que j'ai à produire ; mais peut-être aussi vais-je vous les proposer tout autrement qu'on ne vous les a feit ooncevoîr ; car mon dessein, en les produisant, n'est pas tant de vous en fiiire sentir toute la force, que de vous faire ensuite comprendre comment la foi les perfectionne. C'est à quoi je me suis engagé , et ce qui demande une nouvelle attention.

Or la première raison est de saint Jérôme et de saint Augustin. Oui , mes Frères, dit saint Jérôme, l'homme pédieur doit éternellement satisfaire à Dieu, pareeque sa volonté étoit de résister éternellement à Dieu. Cette pensée est solide et vraie; mais pour y bien entrer, écoutons saint Augustin, lequel a pris soin de l'édaircir et de la mettre dans tout son jour ; car, selon la belle remarque de ce saint docteur, dans une volonté perverse et criminelle, ce n'est point précisément l'effet qu'il fout r^arder, mais encore plus la volonté, l'affection du cœur; et quoique Teffet manque, parcequ'ilne dépend pas de rbomme, il est juste que la volonté soit punie, et qu'elle le soit d'une peine proportionnée à sa mauvaise disposition : Mérita mabtt jnmitur affectui, etiam cum non succedit effectua ( Auo. ). Or j'en appelle au témoignage de la conscience*: et n'est-il pas certain que ces amateurs d'eux-mêmes et du monde, que ces esclaves du plaisir et de leurs sensuelles cupidités, que tant de pédieurs vendus au péché, se trouvent devant Dieu , scrutateur des âmes et de leurs plus secrètes intentions, tellement disposés,, qu'ils voudroient ne quitter jamais cette vie présente dont ils goûtent les feux biens, qu'ils voudroient éternellement y jouir des mêmes objets de leurs passions, et que volontiers ils renonceroient à toute autre félicité? Si donc l'acte du péché ne dure pas, l'amour du péché et l'attachement au péché est, en quelque manière, étemel ; de sorte que dans la disposition du pécheur .est enfermée une Volonté secrète, ou, pour parler avec l'école, une volonté interprétative d'être à jamais pécheur, puisqu'il voudroit toujours posséder ce qui entretient son péché. Aussi (c'est la réflexion de saint Grégoire pape), à bien considérer les impies et tout ce que nous comprenons sous le nom de pécheurs, ils ne cessent de pécher que parcequ'ils cessent de vivre ; et ils souhaiteroient de ne cesser jamais de vivre, pour ne cesser jamais de pécher; et s'ils désirent de vivre, ce n*est point proprement pour la vie, mais pour le péché; car sans le péché cette vie, qui leur est si chère et si précieuse, leur deviendroit insipide et ennuyeuse. Il y a donc toute la proportion nécessaire entre l'éternité de leur peine et la malignité de leur cœur ; et l'on ne doit point tant s'étonner que le châtiment n'ait point de fin, après que la volonté de pécher n'a point eu de terme.

Ce n'est pas assez, mais à cette raison saint Thomas en ajoute une

«m L'ÉTERNITÉ HALHEtlREUSE. SI

seconde : c'est» dit ce docteup Mgélique» q«*en quelque disposition de volonté que paisse éire rhonune quand il pëcbe, il m'est évident que le péché qu'il commet est irréparable de sa nature ; qu'étant irréparable , il est en ce sens éternel, et qne par^là même il mérite un supplice éternel. Appliquez-vpus à ceci. Chrétiens. Tout péché mortel» une fois commis, ne peut être aboli qu'en l'une de ces deux manières : ou de la part du pécheur, par une satisfaction digne d'être acceptée , ou de la part de Dieu, par une cession gratuite et absohie de ses intérêts. Que le pécheur, je dis le pécheur réprouvé, satisfosse dignement à Dieu, c'est de quoi il est incapable dès qu'il est privé de la grâce ; que Dieu cède ses droits, c'est à quoi rien ne l'oblige, et ce qu'on ne peut exiger de lui : doçc, à s'en tenir aux termes de la justice, ce péché dans toute l'éternité ne se réparera jamais, et paroîtra toujours aux yeux de Dieu comme péché. Or, tandis que le péché demeure sans être effacé par nulle réparation, il doit avoir sa peine, conclut l'Ange de l'école; et la durée de la peine doit répondre à la durée du péché.

II y a plus, et c'est la troisième raison que les théologiens, après saint Augustin, tirent encore de la nature du péché : car qu'est-ce que le péché ? c'est un dignement volontaire de Dieu, c'est un mépris formel de Dieu , c'est un amour de la créature préEérablement à Dieu, c'est une injure, et l'injure la plus atroce, faite à la majesté de Dieu. Gela posé comme une vérité universellement reconnue, mesurons, dit saint Augustin, la grièveté de cette injure par la grandeur du mattre qu'elle outrage, et nous trouverons qu'elle est infinie dans son objet , puisqu'elle blesse une grandeur infinie. .Or un péché dont la malice est infinie demande une peine infinie; et comment le sera-t-elle? Sera-ce en elle*méme et dansson essence? c'estce qui ne se peut, et ce que nul être créé n'est en état de porter. Reste donc que ce soit une peine infinie autant qu'elle le peut être, je veux dire dans son éternité, et qu'elle s'étende jusque dans l'immensité des siècles à venir. Voilà l'unique voie que Dieu ait de se satisfaire soi-même. Sans celte éternité, il y auroit toujours une distance infinie entre l'offense et la peine ; mais par cette éternité, quoique Dieu ne soit jamais pleinement satislait, parceque la peine» étant éternelle, n'est jamais entièrement remplie, il y a néanmoins entre le châtiment et le crime toute l'égalité possible.

Telles ont été, dis-je, mes chers auditeurs, sur le grand sujet de l'éternité malheureuse, les productions de l'esprit de l'homme. Voilà où sont parvenus ces esprits isublimes que Dieu avoit remplis de sa sagesse et du don d'intelligence. Voilà les découvertes qu'ils ont faites, et les lumières qu'ils ont suivies. Respectons leurs sentiments : ils sont solidement établis. Prenons bien leurs vues, et elles nous paroftront justes et toutes saintes. Mais avouons-le après tout : il faut que la foi vienne au secours pour les perfectionner et les confirma*. Voué B. 5. . 6

« SDR L'ÉTfiRMrrÉ MALHEtlAEIJSË.

Tonles savoir par où dleB les confirme et les perfeetioiiiie : ah ! Ghrëlécns, c'est un de ces secrets qui ne sont connus qu'aux âmes humbles et aux vrais fidèles. Car si la foi donne k toutes ces connoissances une perfection et une force particulière^ ce n'est point en élevant nos esjârits, mais plutôt en les abaissant ; ce n'est pomt en leur laissant une : liberté présomptueused'examiner et déraisonner, mais en les sou- . menant à Tautorité et à la mystérieuse obscurité de la parole de Dieu ; oe n'est point en tirant le voile qu'elle nous met sur les y^x, et en nous pr^entant la vérité dans un plein jour, mais en nous réduisant, contre toutes les difficultés et tons les embarras, à cette réponse de saint Paul, qui» dpns un mot, résout tous les doutes et fixe toutes nos incertitudes, 0 akitudo (Rom* y il)! O jngements de mon Dien! ô trésors inépuisables et cachés, non seulement de sa sag[esse et de sa miséricorde, maïs de sa justice! Je puis bien en entrevoir quelques -apparenoes; fnais m'appartient*-!! d'en pénétrer le fond? Quant m- .ornnpreltentibiiia sunt judieia ejus, et invesiigabiles viœ qtis (Ibid.)! Et qui de nous en effet peut lire dans le sein de Dieu tout ce qu'il ^i|t, et pourquoi il le veut ? Qui de nous a-t-il appelé à ses conseils ? Quti nBvit ggntum Domim, amt quii eonsitiarius ejus fuit (Ibid.) ? Quand donc j'aurai fait mille efforts pour sonder cet abîme, si je ne veux .pas m'égarer et me perdre, je dois toujours en revenir au principe fondamental, et m'écrier en m'humiliant, O attitudaf

Chose admirable, Chrétiens : dès que la foi nous a mis en cette préparation de cœur et dans cette soumission intérieure, c'est alors que, disposés à faire le sacrifice de tous nos raisonnements et à y remncer, nous pouvons mieux raisonner que jamais ; et en voici l'évidente démonstration : paroeque n'ayant plus ni préjugés , ni vues propres à quoi nous demeurions opiniâtrement attachés, nous voyons d^un ceil plus épuré, et nous jugeons d'un sens beaucoup plus rassis. •Ces hautes idées que la foi nous donne de la majesté de Dieu» de la bonté de Dieu, de sa justice et de sa sainteté, par conséquent de l'audace deThommequi s'élève par le péché contre cette majesté infinie, de ringraiitude de Thomme qui se tourne par le péché contre éette bonté souveraine, de i» malignité et de la corruption du cœur de rbomme qui offense par le péché cette justice inflexible, et cette saintalé éterneUement et néeessai^ement ennemie de tout désordre ; ces grands objets, n'étant plus affoiblis, ou par les fausses préventions d'un esprit indooile, ou par les aveugles cupidités d'un cœur passionné, se présentent dans toute leur fore9, et font sans obstacle toute leur impression. On les cômpr^d avec«moin$ de peine ; et même, à certains 'moments, il semble qu'on en ait une connoissance distincte, tt je ne sais quel senlinient actuel qui remplit Famé et qui la saisit. II semble qu'on ait devant les yeux l'éternité tout entière, et qu'on en parcoure l'immense étendue. On la voit^ autant qu'il est possible à la foiUeaaede nos esprits, dans toute son horreur; et au lien de s'ar-

SURf L'ÉTÉRNJtÉ MÀLHEdRËUSË. 83

réimràâe vtfae»tlist;ii$sioiis, on ne pense qu'à s*humilîer soùs là

BNûii tonte péissâiite de Dieu, et h provenir ses redoutables arrêts.

On dit comme le saSnt hooime lob: ferè scia quoi ità sît (Job, 9) :

Ou) y il en est Ainél : ear c'est ainsi que la parole même de mon Dieu

Hie rassure; ti le piqs sage psfrti ponr mol n'est pas d'entrer en dé

sèAes disputes et d^opiniâtres contestations sur la vëriié de cette di-

irine pUtdle^ ilûrais de prendre dé solides mesures pour éviter Taffreut

ntlhenr qu'elle m'annonce. Tout ce que j'ai donc à faire est de me

proisteriier avi jjâeds de mon juge, est de mé tenir devant lui dans un

saint tremblement, est de le fiécbii' par l'humilité et par la ferveur

de ma priè^. Sérois-je le pins juste des hommes, voilà la disposition

où jèr dîols être, et '6ù je dois demeurer jusqu'au dernier soiîpir de ma

ti^ : EHw/d n kabuero fjuippiam justum, non respondeboy sedjûdicem

meufn rfeprecaftor /Ibid). C'est là, efkcore une fois, ce qu'on dit, et

c'est là qu'oQ porte toutes ses réflexions. Effet salutaire de la foi ,

tfme foi pru(îènte, mais dureté docile ; et, dspiS sa pieuse docilité^

mîife fois phis ébfarh'ée que toute la science et toute la sagesse du

monde; d'nné foi soumise, que Dieu soutient par certaines touches

secrètes, qu'il ëlète par certaines lumières de sa grâce, et à qui il

décooYre ses plus impénétrables mystères. Telle a été la foi des Saints.

Étoit-cedans eux petitesse d'esprit? ëtoit-ce superstition? mais ne

savons*notis pas d'ailleurs quels étoient ces ^ares génies,- et ce que

toute Fantiquite a pensé de ces grands hommes, qu'elle a révérés

comme ses maîtres, et que nous nous proposons encore comme nos

r'des et nos modèles? Ce qu'Hs ont cru, ne pouvons-nous pas bien croire? et serons*nous bien justifiés au tribunal de tÛeu q^uana nous lui dirons : Seigneur, je ïï'ai ténu iiuf compte dé cette éternité; je Vii n^igée parceqùe je ne h ôroyoîs pûs? Non, vous ne la croylé^ pas ; mais pourquoi? parceqne vous ne votiliéz pas la crof^è , parceqne vous affectiez de ne là pa^ croire, afin de nen être poht troublé dans \os dësotdres ; car voilà le principe ordinaire de rincrédulîté. OependÉnt, mon cher auditeur, que vous l'ayez crue ou que vous ne fayez pas crue, eHe n'en est pas moins réelle, les preuves qui poufoient vous en convaincre n'en sont pas moins solides ; et ce sera votre condamnation. N'en demeurons ^as là. Nous avons vu comment la foi doit nous conlhniér dans ta ciréaùée de l'éternité malheureuse : et nous allons vpir comment la créance de Féterniié malheureuse d^k Boas engager à la praYiqùe des oeuvres' de là foi, et à toute h saintefq dévie qu^elle exige de noùà. CTôstla seôondç partie.. ., ' '.^ . \ / |

De toutes les conséqjaenceS| U^n'^n est poim déplus juste que celle qui va servir 4^ ^ànà ^ oeite seoçq^^ partie, oii j^'a^ V4>ns nioatftfr. comment la créance d'une éternité malheureyse^^loli exciter toute

notre ferveur dans la pratique des œuvres chrétiennes, et nous engft* ger à une réformation entière de nos mœurs. Car ce feu étemel» ce feu de Tenfer, ou, si vous voulez, ce feu de l'autre vie, doit éteindre en celle-ci un feu qui nous dévore et qui nous perd , c'est le feu de nos passions déréglées ; et en allumer un autre, qui est celui d'une charité agissante, et d'un saint zèle pour le règlement et le bon ordre de toute notre conduite. Conséquence fondée sur deux principes. L'un est l'amour de nous-mêmes; je dis cet amour raisonnable, cet amour chrétien que Dieu même nous commande, et qui nous oblige à nous préserver^ autant qu'il nous est possible , et par les moyens que nous en avons, du plus grand de tous les malheurs. L'autre est, selon les maximes de notre foi , l'indispensable nécessité d'une vie suinte, c'est-à-dire d'une vie ou innocente ou pénitente, pour se garantir de ce souverain mal, et pour ncipas tomber dans l'état de cette affreuse damnation.

Et en effet, ^KHir peu que nous umis ainuons nous-mêmes, comme il nous est ordonné de nous aimer, que devons- nous craindre davantage, et que devons-nous éviter avec plus de soin que la perte entière de nous-mêmes, et une perle irréparable? Voyons ce que nous faisons tous les jours pour la vie naturelle de nos corps. Parceque nous y sommes attachés à cette vie mortelle et fragile, est-il rien qui nous coûte pour la conserver? Y a-t-il danger qui ne nous alarme, y a-til remède auquel nous n'ayons recours, est-il précaution que nous ne prenions, est-il dépense que nous ménagions, est-il état où nous ne nous réduisions, est-il plaisir à quoi nous ne renoncions? Quelle attention, quelle vigilance, quelle détermination à tout entreprendre et à tout souffrir! pourquoi? pour ne pas perdre une vie d'ailleurs passagère, et pour retarder une mort du reste inévitable, etdont la peine ne se fait sentir que que^Iques moments. D'oii il est aisé de juger quelle impression doit faire, avec plus de siiuet, sur nos cœurs, la crainte d'une mort éternelle, et d'un^ réprobation où l'homme, rejeté de Dieu sans ressource, et abandonné à tous les fléaux de la plus ri* goureuse justice, ne subsistera durant des siècles infinis et ne vivra que pour son tourment. Si l'aveuglement de notre esprit n'est pas encore allé jusqu'à nous oublier absolument nous-mêmes, à quoi devons-nous nous employer avec plus d'ardeur qu'à mettre notre ame à couvert d'une si fatale destinée, et à la sauver de cette ruine totale? Or il n'y a, vous le savez, point d^autre voie pour cela que la fuite du péché, que le renoncement au monde, que le service de Dieu, que l'observation de là loi de Dieu, que tous ces exercices du christianisme qui nous sanctifient devant Dieu, et qui nous entretiennent dans la giace de Dieu. Voilà donc ina proposition vérifiée, que de croire une éternité de peine, c'est4e motif le plus puissant pour nous remettre dans la règle ou nous y maintenir, et pour nous porter à vivre en chrétiens. Don^z-oioi le pécheur \e plus obstiné : je le défie, si la foi

SUR L'ÉTERNITÉ MALHKURKUSE. 85

n'est pas tout-à-feit morte dans son cœur, de rien répliquer à ce raisonnement.

Hais ponr mieuic développer ce point qu'il nous est si ntile de méditer, et dont I*extréme importance demande toutes nos réflexions, je prétends que dans la foi de l'éternité malheureuse nous avons; pour corriger tous les désordres de notre vie et pour ne rien omettre de tout ce qui peut, selon l'Évangile, nous affermir et nous avancer dans les voiesT de Dieu, le motif tout ensemble et le p!us. universel et le plus sensible: Appliques-vons à ces deux pensées. Je ne dis pas le motif le plus parbit, mais je dis seulement d'abord le motif te plus universel. Car entre les motifs dont une ame chrétienne peut être mue, et qui peuvent la conduire et la faire agir. Je conviens que ce1ai-cj, cpioique saint et surnaturel, suivant l'expresse définition du concile de Trente, est après tout le moins relève. Mais sans être dans le même degré d'excellence que les autres, je soutiens aussi qu'il a sur Yes autres cet avjinia^e, d'être le plus propre de tous les étais et d'étendre plus loin sa venu. Je m'explique.

Il est vrai, se retirer du vice, et après de longs égarements revenir à Dieu par un pur amour de Dieu ; s'adonner à lu prsitique de ses devoirs et les observer en vue de la récompense qri est promise, et qui n^estautreque Dieu même, ce sont des motifs supérieurs, et beaucoup plus dignes de Tesprit chrétien. Il est à souhaiter que toutes \ei âmes se portent là, et Ton doit, autant qu'on le peut, les y élever. IMM il n'est pas moins vrai que tous ne sont pas également disposés à prendre ces sentiments, ni à se laisser toucher de ces vues toutes pores et toutes divines. Il y a des Justes, des fervents,*des parfaits, qi^, comme des enfants dans la niatson du Père céleste, cherchent à M frfaîre, à le posséder, pour lé posséder et pour l'aimer, et qui, par-là même, sans cesse excités et animés, s'attachent inviolableroent à ses divins préceptes, et se font une loi étroite de ses moindres volontés. Ils le servent par une affection tonte filiale. Hais aussi il y a des Itebes, des mondains, des pécheurs, de ces- hommes terrestres et tODt matériels, dont a parlé saint Paul , qui ne sont guère susceptibles d'autre iifipression que de la crainte des jugements et des vengeances de Dieu. lîirlez-Jeor des grandeurs de Dieu, des perfections de Dieu, des bienftiits de Dieu, des récompenses mêmes de Dieu, à peine vous écoatatmt-ib ; et s*ils vous donnent quelque attention, tout ce que vous leur ferez entendre lenr frappera l'oreille sans descendre jusque dins leur cœur. Pourquoi? parceque leur cœur, obscurci des épaisses ténèbres que les passions y ont répandues, et rempli des idées les plus grossières, est devenu tout attimal, selon l'expression de l'Apôtre. Or l'homme animal, ajoute ce même docteur des Gentils, ne comprend point les mystères de Dieu, ou ne les comprend qu'autant qu'ils oiît de rapport à ses sens : AnîmaUs homo non perdjÂi ea quœ sunt Sfn* riîAs Dei (1. Car., S). Voulfz-Vous donc les remuer, les exciter, les

86 S^ft L'ËTEaNlTÉ tIi).HEUgËUSE.

réveiller de ce $pmj9ieil léthargûmç où ils deo^reat prp£^94éme9^ assoupis ? Faites retentir autour d'eux les tonnerres de la colère dir vine, et ce fouc^rçy/^nt frrét qui le^ doit condaipftei:^ (^^s flammes éternelles ; DisceiJtite àrne^ nialedkti, in ignent çptemumlill4TT^»^ ^|k Faitesrjeiir considérf^r ^tl.entiveipepjL et représentez-le^r^^vec .t^9^ la forpe de la gracç., les cuites et Terreur de cette parole » ^term^t, Demandezrleuri avec le prophète, .comj9^nlil9 pourront, da^s tépav-* nité toift entière, souffrir toiijiours, briller foujoursi étv^ toujours toumejQt^,, sans jamais uon seulement parv^ir à là fia dç leufi^upi* plice, mais y recevoir quelque squlageinfu^ et y awjiir qp^q»» re-* Ijâche: Quis poterit habitare cumigne dévorante ^ cum ^^inihi^ $eni* piterm$ (r$Vt^; 5Z) ? Peignçz-leup la douleur, le regret, ,1a désDlatioii^ que di^je? f^ fureur, le désç^poir de faut de pialheu^^M^ sur qui Pieu à l^ucé 0^ redoutable msnikème donî vo^s les niep^H^^Zf , et doal ils ressentiront éterneUçmei^]. U^ûte |a rigueur. Ëagagezrle» à f^ité

3|i^Ique retour, sur eux-|i)éiues, et reinontrez-)ei|r que^çes ^épfOttvésv ont la condition leur paroit si déplorable, et pourqqlilti'y a plus désorfuals d!esp^rance» u'ont poipt été d^s la vie plu», i^riioiàkls qu'eux, et que plgsieurs mèïOfijïe Y ont pas été au^ut qu'^^i^ ;.qUlbl suivent la ïfïème route, qu'iU o^archent dans le ménmçkfimiUf «l{»ar conséquent î^uils vont à la mime perdition^ et qu'ils doiveii^t$'âiten^ drp à tomberdaqs le même abi(ne, d'ojti rien ne les pofirra retirflr4 Don-» njez-Ieqr ^ ^uger cp qqe feroient ces damnés pour se rfich^^Kf, t'illear ^estoit encore ià-des^us quelque ressource ; cç qu'ils ei^triepr^ndrol^il pour cela, ce qu'ils endurerpien^ pour cela , ce qa'iis saçrii^ei^iqiil pour celia; à qMeUe3 babitud^s ils renpqeerqient, 4 queU^§ péaiteaces i)s se CQnda^neroJe^t, à quelles ^uv^^)it& ils.ea vîendrPÂf^n^i ^ .Mn nj^^ces^rleiir qqe ta^t l'ay$iqtagex|u'ilsiont {u*é$e|Eitemept,esi éàpMiY^ cp que ^s réprouvés i^e peuvent plus j pi^is que ii\(^ntCih #'ito 0*y prennent bien garde, ce qp ils péuxent.maintenaqt, il^ pip i^Dwrront plt^s eux-mêmes. Enfin pfajurez'lea Mi^

f^ere anma^ tuœ (Eçcles^.^ 50). Quaad vous l^iu* tiendrai ce laB0B§d^ vous vous en ferez plusaiséfuent é€p\L\er>^ Ciomme uq majliKil^» ftoif/i dana une o^orteUe léibargié, icomq^eppe à. donner qi^qup ipurqn? de septiin^t et à o.uvrir If^ yiBi^ Jo^sfii^'on lui appUqiie^iQ f^r '«t 1b feu,4:e pécheur, à mpips qu'il ne aoit .ioipbé d^as H d^ri^ifar endufT cissement ,, a^ra peiae k tenir cqnUi^ ce3 réflexioz^ #rQ.ya9it«« • oUes le fr^peropt, elles le cQnsj.erQejfpf^t.; (a ^mqenpp le$ t^î fea^cey^a joi^ille fo^s daa» Te^^it, e( ^^rtout en .certain^Pi rea^nUQ^pJas fav^*' rablea; la grâce, p^ à pett,,#t p^nt-êM'^ tout-^-coup*, fera germer ces seBiei)c^s 4e conversion ; c^t homme ealiQ reviendra à Iuî| se re^ çpaaoitra, et la- parole du SaiptrEsprit s'acfipn^pUra dsins sa personne: qup la crainte du Seigneur est .le.tvoipaienQefl[>ent de la sagesse , Ini^ tiuin iopienliœ timor Domini (Pj;. iiO); C'est aiasi que taat de mondaiasi et de liliertfas oat été retirés de

SUR yfiTERNITJÈ MALHEUREUSE. 87

lears varies ecuvoiiiiNiei^ et qu'Us mut rentrés dans h voie da salut. Il n'y a qu'à oonsulter l'histoire de tous les siècles, et l'on verra eom* bien cotte penséf^de réternité matteurease a eu d'efBqace dans tons les tempe» et quels fruits de pëaitenoe et de sanctifioation elle a pro<<: daits ; que c'est elle qui a oendait sur le sonmet des me^uignes et dans les plus ténébreuses cavernes tant de voluptuemc, amateurs àa\ monde et ^oore plus amateurs d'euxHnénies et de leur elunr ; que' c'est elle qui leur a fait ronpre les nœuds les plus droits et les i^w forts eogaffements; qui, de la plus moUe sensualité, les a Mt passer* à tous les esiercices de la plus dire mortifieatioii ,' qui ko a'ràluits auK jeûnes» aux vëHes, aux larmes oontinuellesœ aux plus sanglâmes macératioBS : quee'est elle qui a rempli les cloîtres et les nionaaièreS' de religieux» d'hommes» de filles» de femmes pénitentes; qui les a tous* assujettis au joug de k phis austère et de la plus pesante régularité ; qui les a porlésà s'imnoier comme des victimes, sans épargner ni biens, ni fortune» ni plaisirs» ni liberté, ni santé, ni vie.

Eli Une faut pds penser que cette vue d'un inalheur ét^nd ne tùnvienne qu>ux qmes engagées dans le crime, ou à ces amès féibles et encore toi^ couvertes, si j'ose* ainsi m'ësprimer, de la* poûssièi^e dur monde et des impuretés de leurs inclinations vidbuses. Je ¥tà dit «t jW le répète^ c'est une vue couvenable à tous les degrés de perfection )^ et quand Je pourrois^ avec quelque apparence^ me flatter d'être aux premiers rangs desélvs de Dieu, alorsMOiéniê ne cesseh^i^je pOiÉt^ pour me soutenir, peur nie fortlfter^ pour m'élever; de tfie remèitl^' Aains l'esprit et de méditer les vengeanees infinies de Dieu ;>oar je re^' garderois comme une présomption de croire, ainsi que se le persua-*dent quelques âmes chrétiennes, que ce seroH, en quelque manière;' défâuirer de Tétât prfait en m'arrétânt à de pareilles considérations.* Aà! mes <Aers auditeurs, nous ne sommes pas plus parfaite que !'(!toit David» qui, selon qu'il le témoigne lui-même, s'entretenoit del'éteruM dans ses plus profondes réflexions, et en mesuroit, autant qu'il lÉi éloit permis, l'immense étendue ^ Cogitdvî dm anû^uot , èi iomos œtemos m fnente habui {Pê. 76). Nous lie sDmmf*s pas plus saints que Téloit saint Jérôme^ qui , dans !e isouvenîr de Téteriilté, sefrappoit sans cesse la poitrine pour attirer sur lui les miséricordes du Seigneur» et pour détourner les coups redoutables de sa celèi^c. Nous ne sommes pas dans un degré plus ^vé que tant de solflWrtë et d'anaciforètes qui, des plus sublîihes contètoçiàtions où Dièn se*!-' bfcrit les traUsporter jusqu'au troisième cld,, desceudoiént si souvent en espi*it dans le fond des enfers, et se perdoieht dans ce vaste abîme de l'éternité. Bienheureux Arsène , voilà ce qui vous bccupoît et la unît et le jour, ce qui vous faisoit verser tant de pleurs, ce qui vous faisoit adresser au ciel tant de vœux, ce qui vous feisoît pratiquer tant de jeûnes et tant d'austéfîtés : bienheureux nous-mtoies si nous y pensious comme vous ; on <en veiToit bientôt les mêmes fruits.

Car si ce mouf est le plus unÎTersel , je puis ajouter que c'est encore le plus sensible. Ce qui se faài sentir à nous sur la terre plus vivement et ce qui nous touche davaatage, c'est la peine» et l'idée que nous nous en formons. Le plaisir perd de sa pointe i proportion de sa durée, jusque là même que» tout plaisir qu1l est» il nous devient insipide» il nous devient incommode et fatigant par une trop longue continuité ; mais la peine» au contraire» fût-ce la plus légère en elle-même » bien loin de diminuer par le temps, croit toujours» et se rend enfin insupportable. De là viennent ces frayeurs que nous cause la seule vue d'un mal dont nous pouvons être atteints comme les autres » et dont nous avons à nous préserver; il suffit que l'esprit en soit frappé» pour en imprimer presque par avance dans les sens tonte fo douleur. Or si cela est vi*ai à l'égard d'un mal passager» combien plus l'est-il à l'égard d'un mal éternel? Si donc je veux arrêter les mortelles titteintes d'une passion impure qui nait dans mon cœur et qui commence à le corrompre ; si je veux réprimer le penchant malheureux qai m'entrâitne vers le monde et vers cerlains objets du monde» que je ne puis éviter avec trop de soin et dont je ne connois que trop fai contagion ; s'il s'agit de renoncer à un attachement criminel» à une hahitnde qui me tyrannise, et que je veuille résister aux violentes attaques où je me trouve sans oesse exposé ; s'il faut me relever d'une langueur paresseuse et lâche qui me fait négliger mes devoirs, et qui ponrroit peu à peu m'empopter et me conduire aux plus grands désordres ; s'il est question dérégler ma vie et de la rendre plus exacte, plus fervente, plus laborieuse et plus mortifiée» malgré les révoltes de la nature qui s'y oppose et tous les combats qu'elle me livre : que fiiis-je? je recu<^ilie toute mon attention pour contempler l'éternité» cette éternité de peine et de malheur. Dans Thorreur d'une si triste destinée , j'applique toutes les puissances de mon esprit à cette éternité » je l'envisage par tous les endroits » et j'en prends » pour ainsi dire » toutes les dimen* sions. Pour me tracer encore une plus vive image de cette éternité» et me la représenter d'une manière plus conforme aux sens et à l'intelligence humaine» je mesersdes mêmes comparaisons que les Pères» et je fais» si j'ose ainsi m'exprimer» les mêmes supputations : je me figure toutes les étoiles qui brillent dans le firmament » à cette multitude innombrable j'ajouia toutes les gouttes d'eau rassemblées dans le sein de la mer ; et si ce n'est pas assez , je compte» ou je tâche à compter tous les grains de sable qu elle étale sur ses rivages. De là je m'interroge moinnême» je raisonne avec moi-même» et je me demande : Quand » sur ces brasiers ardents que le souffle du Seigneur et sa colère ont allumés pour ses vengeances éternelles » j'aurois souffert autant de siècles et mille fois au-delà , l'éternité scroit-elle finie pour moi ? non ; et pourquoi? parceque c'est réierniië» et que i*éternilë n*a point do fin. On peut absolument savoir le nombre des étoiles du ciel» des gouttes d*eau dont la mer est composée» des grains de

saUe qu*eHe jette sur ses bonis : mais de mesurer dans réterniié le nombre des jourSi des années, des siècles, c est à quoi l'on ne peut atteindre, parceque ce sont des jours, des années, des siècles sans nombre; disons mieux, parceque dans réternité il n*y a proprement ni Jours, ni années, ni siècles, et que c'est seulement une durée infinie.

Voilà, encore une fois, à quoi je m'attache, et sur quoi je fixe mes regards : car je m'imagine que je vois cette éternité, que je marche dans cette éiernité, etqueje n'en déeouvre jamais le bout. Je m'imagine que j'en suis envdoppé et investi de toutes parts ; que si je m'élève, si je descends, de quelque côté que je me tourne , je trouve toujours cette étemilé; qu'après mille efforts pour m'y avancer, je n'y ai pas fait le moindre progrès, et que c'est toujours l'éternité. Je m'imagine qu'après les plus longues révolutions des temps je vois toujours au milieu de cette éternité une ame réprouvée, dans le même état, dans la même désolation, dans les mêmes transports ; et, me substituant moi-même en esprit à ia place de cette ame, je m'imagine que dans ce supplice éternel je me sens toujours dévoré de ce feu que rien n'éteint, que je répands toujours ces pleurs que rien «e tarit, ' que je suis toujours rongé de ce ver qui ne meurt point, que j'exprime toujours mon désespoir par ces grincements de dents et ces cris laioentables qui ne peuvent fléchir le cœur de Dieu. Cette idée de moi-même, cette peinture me saisit et m'épouvante; moir corps métne en frémit , et j'éprouve tout ce qu'éprouvoit le Prophète royal lorsqu'il disoit à Dieu : Seigneur, pénétrez ma chair de votre cramte , et de la crainte de vos jugements: Gmfigt ûmore tuo eama meas; àjudmis enim tuu timui (Ps. il8). Heureuse disposition contre tous les assauts des plus dangereuses tentationa, et tous les charmes des plaisirs les plus engag^ts. Dans lesaisissemaat où je suis, quoique le christianisme puisse exiger de moi, il n'y a rien à quoi je ne sois déterminé, et que je n*entrepreone de pratiquer; cai* j'en conçois la nécessité , et je la conçois par la vue de l'éternité. De sorte que la f^i , par cette vue de l'éternité et par la grâce qui l'accompagne, exerce sur moi comme un empire absolu. Elle me réduit aux devoirs les plus rigoureux de la justice chrétienne; elle m'encourage à vaincre toutes les difficultés qui s'y rencontrent, et à me feire pour cela de salutaires violences; elle tient en bride toutes mes passions, elle m'insuruii , elle me gouverne^ elle m'assujettit pleinement à Dieu.

Hais l'éternité est incompréhensible ; et le moyen de craindre ce que l'on ne comprend pas? Et moi, mon cher auditeur , je vous réponds: Le moyen de ne le pas craindre? Elle est incompréhensible, cette éternité malheureuse : il est vrai; mais cVst par-là qu'elle est plus terrible. Si je la comprenois, je In cnnndrois moins, parcequ'elle seroit bornée, pwsque je ne puis rien comprendre que de borné; si je la comprenois , elle auroit un terme dans su durée aussi bien que

90 SUR L'ÉTERNITÉ MALHfiUREiUSB.

dans mon esprit , et dès là l'en devrois ét|*e moîo& effr^yë^ mircaq^e je pourrois espérer de parvenir à ce terme, et que dans Yétà% de.dfUnnation il me resteroit encore une ressource. Mais ui^ ixal si grand qu'il en est inconcevable^ c'est ce qui jette dans tout^ les fàculiés de mon ame uoe terreur dont je ne puis revenir. £n effet» dès qu^ Q'^esi nn ûï2l que je ne conçois pas , il est donc au-dessus de tous les OM^ii que je conçois : et quand je ks verrois tous ré^nis d^n^ ua métola 6ujet pour le tourmenter, les comprenant tous» je conclucoit qu'ils, sont donc tous, quoique rassemblés, infinin^ent au-dessous de ce mal que je ne puis comprendre, 0*où je tirerois encore cette conohision, qui en est la suite nécessaire, que quand il faudroit souffrir tous 1(98 autres inaux, jedevrois, sans hésiter et même avec joie, y coosentiir, p«ir me délivrer d'un mal que tous les maux ensemble ne peuvent épier^ Or à combien plus forte raison dois-je donc me soumettre à une légère pénitence^ dois-je donc me résoudre à quelques efforts et à qac^ues sacrifices qu'on me demande , dois-je donc me captiveiT à quelques exercices très souteoables et très praticables « pour repdre ma oou* duite plus régulière âelon Die^, et pour vivre en chrétien!

Voilà comment doit raisonner tout homme sage , et qui conserve encore dans son coeur quelque semence de reiigiop» Voilà comment ii raisonnera et ce qu'il conclura immanquablçmeQU lorsqu'il fem sur l'avenir une sérieuse réflexiojp, ^ qu'il suivra de tiop^e foi h» pre« miers sentiments qu'inspire k vu^d'une éterait^ dd.malbeur. Mais ou né conclut rien et l'on ne ^'pôrtfiirien„parc§qWoA VkY p^usepeîutv ou qu'on n^'eh a de temps eu temp^q>i'une rquiiai^Q^nee vague et su^peificielle. On pensé assez, et rq^ne pense iQ^^miç^qnitiLii^p» à tout ce qui pourra arriver dans le cours des années q^e Tonse proiaet do passer sur la terre. On n'est que trep ^t(entjif aui: i^ev^rs» f^MX ocmlretemps, aux disgrâces, aux pertes qui pf^uventdéirangçr les affaires et renverser la fortune. On n'examine quç trop ce que Ton deviendra dans la suite de l'âge , et Ton ne preiid i|ur cela que . trop de pré* cautions ei trop de mesijres^ A force même de s'en occuper et de s'en remplir l'esprit, on se forme mille cl^mères dont ou se laisse vainement agiter ; et Ion se charge de mille soins réels e( péitibles , pour prévenir des maux imaginaires qu'une timide prévoyance fait envisager. Cependant on vit dans le plus profond oubli de soo sort éternel : on y demeure tranquille et sans inquiétude ; la vie coule , Téternité s'approche ; et, comme ces victimes qui aUoiekit les yeux bandés à l'auiel oii elle^ dévoient être immolées , on va se jeter en aveugle dans le précipice* Ëh! mes Frères, sommes^nous chrétiens? sommes-pous hommes ? Sommes-nous chétiens, et où est notre fol? Sommes-i^ous l^omnaes, etoii est notre raison? Quand donc pen$erez-vous à cette éternité, si vous n'y pensez pas maintenant? sera-ce dans réternité même? Oui, vous y neasenes alors , tous y penserez durant toute l'éternité : ma^ssera-t^il.tempsd'y peofier? mais

SUR L'ÈT«9N|TlHAI^I«E»REl]SE. 91

oocnmMii f p^ nf^ve^T^uf? m^\% t|^l. tbiftsAMlaent piNir ^ns èen^ pensée « ^ # qu^la içtifreu s^fe^rvws déebii^ » qoek reproches yom ferez-vpu^ à NQu^méme^ > de a'y avoir pas fkââ tôt pco&éf C'est pour oalaqiie voua vous ea rtippÀ^^. si sokvmi iè souvenir t ei qw «# pttQhjl^t PPHf b^ réfor^Miou, dit mbnée ^t |>oar soo sàliu^bire i chii^se hepoe ou ym irMeiHir d^ii$ toutes to'OOÉtiëèsde Vu* vLvers çeit« seida i0t cùurte parûle, Éunuté 1 Gt leroît . asm fM^ar y opéier les |d|ui<graQd8 miiadesda conversioBu;

JSm awtoi&fiai 0* œ panse point à réterniié mallieuraMa^ mais je 9moikm^t VQOu^ ^r nn âxeèf d*ava^[leneiif , et ok en "dent tBOot» Ions les j^s 1^ ijbertîna^ -dfi Biède i jusi^pi'à sa jouer d*naô si mile {lensé?^ jiii9^'à r^Ardar avecimépril an. homme qni e»parott loiiohd at qui^ Tejiii fii>^ar» ja«qi>'à ëiraideJui^par la^his seiindateusa dëlîaim : 0 wmx T^ftt! ; is» ttiiest le lançfage «d'une iafinitë de moiafiaps. Ahi ânes <3li#fa audilaiirs, .yoifs raitterez tant qu'A voaa plairai je M Vân sraiadrai pas aM>iiis^ œt enfer. Je le erasnb^.etcpiâ ne suisj6 a^ea bi^urenjc pcjiir vous faire part ds ma ûe^inià ! i6 lé crains noa*^ lerainem^i^i, je h ciaindfii bobstafnknent ; «t plaiieau del qw je ia crajgpe efScsc«qii^atl fTa la crains aoiyrarpinement , parcaque ma craiata doit étrâ farvHMntioanéii à son suiet ç et puisque cet aaferque jecralw es^ le soi|v<^aia malhear , Je né le craindrois ^s aiiiant que je dois^ si ce n'étoit pas^ une crainte souveraine. Je le craindrai constam6mit$ et» ^ir «e pbMre jamais cetle freinte, j^ la fenouvelierai sans cesse par la méditation, et par ime vae fréquente des jugements de Dien. Tant que je vivrai en ee monde, quelques vertus que j'aie pratiquées» jQ i^ç si^turai jf^giais avpc a^surj^e si .deyanl Dieu je suis digne d*amour ou de naine, si]e mérite ses récompenses éternelles ou ses vengeances. Quand même Taurois lien fl^êtré jen rebos;, et Sur Je passé, et kut te pf esén't, au milieu clë tant de pièges qui m'environ- Msati a( ti^àl 1^ ahateaai é^ttoilAtSBS d^ntôn a été ph^ d'une fois témoin » ja 9a iHHirrai jamaia.m^ ilépopdre de l'avenir : et dans cette douille iteertiliidat tna plus.s&rè sMtvégarde sera la vigilance et la mâile^ £fi£n l'iMif dos phis grandes grâces que je puisse obtenir du «l| c'est ^»» mm oi^amta soit «fifioaoa ; car il y a ime crainte de Teqfer stérile ^tlafriiOUieaseyComn^Uya un de^irinutiledu salut. On cratni etandesîpe. ou l'^n creH desiralp et Craindra : mais on veut en même temps qua os dosir m cette orainta ne coàtent rien^ Crâihte réprouvée } . £b oraîgnaqt je dois agir, je dois àia corriger, je dois m^vancer, Je doisnia perf^oiioRnQri JQ nt dois rien omettre de tout ce qui peut ma gar^ptir 4^ fnillbear où je brains de tomber.

Tels sont mes sentiments, et pqissent-ils ne s'efE^ser jamais de mon esprit! Si L'impie las traite de foiblesse et de timiiiité superBtitieuse, jeprefararai ma foiblesse à tonte sa préieadue force, il rira de ma sùaplioité» ei mOi j'aurai pitié dô sa foite, lor^u'il ne craint point ce fu'ani craiot taai d'bonunes mitte fois plus sages et mieu& instraita

92 SUR liË ZÈLE » etc.

quB lai ; de soa insensibilitëi lorsqu'il prend si pea de part à une aféûre qui le touche de si près, «t qu'il s'intéresse si peu au plus grand de tons ses inlërôts ; de sa témérité et de son audskce, lorsqu'il s'expose si légèrement et de^ang-froid à une éternelle réprobation , et qu'il n'a point de peine à en courir tout le risque. S'il s'endnrdt aui avis charitables que je voudrois sur ceU lui donner / et si, malgré le^ plus forM remontrances, il demeure dans son obstination, à l'exemple de ces anges qui se retirèrent de Babyloae , je t'abanâànnerai à son ^ns réprouvé, et je penserai à moi*roéme. Je lèvei*ai les mains vers pieu, et je lui ferai la même prière que le Prophète : Nt perdàs cum impîis^ Deu$, animam nieam (P». 23) ! Ne perdez pas , S^g^dr, ne perdez pas mon ame avec les impies. Sauvez-ia par votre misëri** corde. Aidez-moi à la sauvt;r moi-même par imes œuvres. C'est une ame immortelle, c'est mon unique : ah! mon Dieu^ dès qu'eMe seroit une fois perdue , elle le seroit pour jamais. Préservons-nous , mes chers auditeurs, d'une telle perte. Chacun y est pour soi ; et de toutes les affiiires il n'en est point qui nous soit plus propt^ ni plus particu* lière que celle-là. Le succès en dépend de Dieu et de nous. Dieu de sa part ne nous manquera pas ; ne manquons pas à sa graoe, et disposons-nous par la parfaite observation de ses commandements à recevoir fia gloire dans l'éternité bienheureuse^ que je vous souhaite, etc.

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