‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 10 sur 119 · SUR LE JUGEMENT TÉMÉRAIRE · texte numérisé non relu

SUR LE JUGEMENT TÉMÉRAIRE

s*il ne l'est pas , nous le soupçonnons d*impiété ; s'il est hamble» noas regardons son humilité comme une fciblesse; s'il est généreux » nous appelons son courage opgueil et fierté; s'il est discret et réservé, c'est, dans notre opinion » un homme artificieux et fourbe; s'il est ouvert et sincère, nous le trai0ns d'imprudent et d^évaporé. Les autres ont beau le combler d'éloges , cet intérêt qui nous préoccupe nous fait croire que ces éloges sont autant de flatteries et de mensonges. Au même temps qu'on lui applaudit , comme les femmes d'Israël applaudissoient à David , cet intérêt nous empoisonne contre lui y oonmie il empoisonnoit Saul. Et voilà encore une fois le caractère de tous les esprits intéressés, et de ceux en particulier qui, selon l'expresdon de saint Ambroise , se sentent piqués de l'aiguillon de l'envie. Gomme l'envie a souvent pour objet le plus tlélicat de tous les intéféts , qui est la gloire , aussi a-t-elle une malignité plus subtile pour nous aveugler. De là vient que, par une fatalité malheureuse, ou plutôt par une indignité qui devroit nous couvrir de confusion , il n'est presque paVen notre pouvoir de conserver des sentiments avantageux pour ceux qui prétendent aux mêmes rangs que nous, .^ur ceux qui sont en état de nous les disputer, beaucoup moins pour ceux qui les obtiennent et qu'on nous préfère. L'intérêt est comme un nuage entre eux et nous, que notre raison n'a pas la force de dissiper. Nous jugeons équitablement de tout ce qui est ou au-dessus ou au-dessous de nous, c'est-à-dire de ceux qui, par leur élévation on par leur bassesse , ne peuvent mite à nos entreprises ; mais de ceux que la concurrence nous suscite pour adversaires, nous en jugeons, si je l'ose dire, d'une manière à faire pitié.

Plus donc d'équité. Chrétiens, quand une fois le ressort de l'intérêt joue; et cela est si vrai, que les hommes qui sont nés pour la société,, et dont tout le commerce roule sur une bonne foi réciproque , ne la reoonnoissent plus cette bonne foi , dès qu'ils aperçoivent dans les. affaires qui se traitent entre eux le moindre mélange d'intérêt. Quelque probité'qu'ait un juge, s'il est intéressé dans une cause , on se croit bien fondé à le récuser, et l'on ne pense point lui faire injure d'en appeler à un autre jugement que le sien. Quelque irréprochable d'ailleurs que soit un témoin, si son intérêt se trouve joint à son témoignage, son témoignage passe pour nul. Gomme si les hommes ,, d'un conunun accord, se rendoient à eux-mêmes cette justice de confesser que, quand leur intérêt est de la partie , ils ne sont plus capables de bien juger les uns des autres.

Ainsi ne nous étonnons point que les pharisiens jugeassent si juste* ment de Jésus-tihrist , et qu*ils fussent si aveugles sur le sujet de ce Dieu-Homme. C'étoit une cotaséquence nsrturelle de leur animosité , et il y aureit eu une espèce de miracle que cet aveuglement n*eût pas été l'effet de leur intérêt. Mais étonnons-nous que Jésus-Christ étant le Saint des saints, ils se fissent un hitérêt de le buter en tout et de le

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contredire. Car voilà» mes chers auditeurs, ce qsi les perdit» etos qui nous perd tous les jours. Nous nous faisons des intérêts qui voni premièrement à nous aveugler, et de là, par une suite infaillible» à nou^i aigrir, à nous irriter, à nous emporter souvent contre le^ §ujets le& plus dignes de notre estime, et toi^ours contre ceux avec qui la cha*^ rite chrétienne noqs doit unir. 0 intérêt ! combien de jugen^anti^ ^s-tu corrompus au préjudice de cette divine vertu, et quelles plaies lie lui iais-tu pas tous les jours par les sinistres impressions que tu répands dans les esprits ? Il faudroit donc, conclut admirableipent suint Cbry-* sostome, pour bien juger du procbaioi être défait de toute préoccupation, libre de toute affection^ dégagé de toute passion » exempt de toute aversion, de toute attache, de tout ressentiment, de tpiit ae$ir» de toute craintQ, en un mot de tput intérêt. Mais qiii peut se promettre d'être disposé de la sorte ? qui peut sur cela $'assur^ de soimême ? qui peut répondre de son cççur ? Ne vaut-il pas mîeui(, puisqu'on arrive si peu à cette perfection , s'en tenir h cette loi de rj^Vangile : Nolite judicare (Mattu., 7) : Ne jogex point? Car que dirons-nous à Dieu, quand il nous demandera compte de tant de jng^ihents que nous aurons faits de notre prochain ? Nqs prévénticms nous serviront-elles d'excuse , et Dieu n'aura-t:il pas droit d<^ npus dire : Il est vrai, vous étie? prévenu ; mais c*est pour cela nqéme que vous deviez vous abstenir de jqger. Ù\r vous n'avez jugé tém^mirement de votre frèfeque quand rintérêt vous a séparé de lui. Or pnétepdez-vous justifier un péché par un autre pécbé?Àh! mon Dieu, j'aurai bien plus tôt fait de me réduire à me juger sévèrement moimême sans juger les autres. Par-là , Seigneur, je mériterai qiie vao.s lisiez envers moi de miséricorde ; par-là je trouverai grâce devant tfous ; par-là je me préserverai non seulement du désordre ;ittad)é di|jugêment téméraire, mais des suites funestes qu'il traine après luit 6âr c^est bien ici que je pu<s dire avec votre prophète qu'un abîme attire un autre âtbtme, puisque c'est lê jugement téméraire qui domine lieu à là médisance^ que la médisance entretient les rapports, que les rapports suscitent les querelles, que les querelles ^gendrept les liiimitiés, et qi|e les inimitiés produisent les vengeance^. Il est vrai que rApdtrë^ parlailt de Vhomme spirituel, semble en avoir renfermé lé calractère dans ces deux qualités, Tune déjuger de tout , et l'autre de n'être jugé de personne : SpiritualU auteni judicat omnià^^ et ipiç 4 nemtnejudîcatur {{^ Cor, , 2). Mais on a abusé de ces paroles* et les spirituels ou les dévoté, je dis les dévots trompé^ et les pi*ét^ndus spirituels di| siècle, séduits par leur propre sens, ont interprété saint Paul contre Tintention même de saint Paul. Car ils se sont attribué comme de plein droit une liberté présomptueuse de juger impunémebi tout le inonde ; et à cette liberté présomptueuse ,, ils ont joinC ilnfie dëiii^atesse infinie à' ne pouvoir souffrir q^'oq les jugeât WX' éêtm^ Or te n'est point ainsi que Va enteudurApoti^et Qiiei qu'il ^l^

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soit » ?oaIons-poiis aire solidement spirituels , oppo9QB$ ieei deax dë^ iauts les deux maximes de i'humilitë cliréiienne : si Ton nous juge^ laissons juger de nous sans nous plaindre ; mm nous, ne jugeons poiott ou jugeons toujours tavprablement» afin qu'au dernier jour nous re* cevions un jugement d« faveur qui nous mette eu possession de U gloire, etc. ,

SERMON POUR IZ DIMANCHE DES RAMEiUX.

HB LA GomnnqM pasgalb.

Bot anUm Mmmfactmn e$tf tu aniimpUrêk^ ÇÈioi dMum 0$lfp$rfnfkttam iH^Ih* têm : tHcUe ^fke «Sldn : Èeee rex tuus venit tm mansuetus.

Or tout oieiiè Ht 9Êà qm eekte |»arole dn inroplfète At aêcompHe : tHm à la fifla de Sioa t Voici foire foi «Hi Tiintli vwi |iWt>dsiioiicti»# ^kimmim., Mp. su.

Sire,

Le Prophète l'Avoit pitfdit, qoe.leSaiivfVff iki moade wcvwoit ds9s Jérusalem gloritax et iriemapluint ; et c'est dam lé myetère iki ee jou^ qoe celte parote du Prophète devoii s'acœmpiip, et qffes ef* SbC elle e'«aeom{riit. Mafa du resté poorqnot les infls reçeiteiittik WÊh jourd'hui k Fib de Dieu aiwo tant de pompe et lam de solennité , et d*oii leur vient ce zèle qu^ik iboft pnrèltrè ponr hn rendre des faeii^ seuraqa'U n'en avoit jamais reçus? CkeDtfuii ils l'avoiart tu panai enx, sans qQ*à peine on pensâtj^ hi .-mais, par m cbaifemént bien BouTeafl» J'Ilvangile nous le représeme dans une eqièos de triompliq, eatrant au miiien des aoclamatiote etdeaapplandissienients publics, eseortë d^nnefoule de peuple^ reoeann solenaellement comase Fib de Ihind et eomnw envoyé de Dieii : Honùma Fi&o DwM I bmiedkiiiê pimmi mmmumDmnm (Matth**, 9t)/ N'en seyona peint sur* pris, Ghréliena, pwsqne les évabgciistee nous en apiavennent ta rai» son. U venoît, ce Sauveur adoraUe, de fiiirç an miracle doat le bmil s'émit répandu dans tuole laindée. La résurrection de Lasam, de cet honnnn mort depsus quatre jeun et enfaràié dans le tombenn (miraole qne lonleaeas cmonslanaes rendeicntriBnearteaiable i mîMMe snhaiscam .encore, dit saint AiignÉtin , et que l'ineréMité même la plus obstinée ne pouvoitdésavouer),Jvoilà de quoi les habitairta de Jémsalem avoient été témoins ;: voilà ce qu'ils avoient admiré, et ce qui leur dooua une si haute idée de Jésus-Çhrlst. C'est donc en vue d^ ce teira^, et pour en reconool^^é publiauement fauteur, qu% courent au-devant de lui, portatit des palmea dans les mains, et vovliMU honorer par-ià^ remarque saint Chrysostomei la victoire que cet Hoom^ Keu avoit remportée sur la mort. Tel esl, mes cbers auditeur^ l^ précis de noire évangile dans le sens historique .et littéral s écontsa^ en le mystère et rappUcation^ Le temps aptirqci^Q, Cbréii^ns, et nous

le commcpçons^ ou Jésm-Qu^t;» pxr «w^ W«oa spiûMif^H^ «i ùoé-

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