SUR LE JUGEMENT TÉMÉRAIRE
des. Le crédit de cet Homme-Dieti leur étoit incommode ; il n'en fallut pas davantage pour le ruiner dans leur estime, et pour leur faire /Croire de lui tout ce que la haine la plus envenimée est capable de SB^gérer.
£n effet , le Sauveur du monde passoit dans la Judée pour un prophète remfji de. l'esprit de Dieu; et les pharisiens se persuadèrent que c'étoit ub pécheur : Nos êcimu» quia hic homo péccator est (Joan., 9) : Nous le savons t.disoient-ils» et nous n'en pouvons douter. Mais cet homme, leur répondoit-on , est exaucé de Dieu , mais il fait des miracles , mais il est irrépréhensible dans ses mœurs : |1 n'importe , c'est un pécheur, et nous le savons : Nos scimus quia hic homo péccator est. Pourquoi le savoient-iis? parcequ'ils vouloient et qu'il étoit de leur intérêt que cela fftt : car leur intérêt sur ce point étoit la règlede leur jugement. Si le Sauveur du monde s'étoit déclaré pour eux, ils se seroient dçclarés pour lui ; et, sans être ni plus juste, ni plus saint, il n'en auroit reçu que des éloges; mais parcequ'il condamnoit leurs erreuris et qu'il désabusoit le peuple séduit par leur fausse piété , quoi qu'il fit, c'étoit un pécheur : Nos scimus quia hic homo péccator est. Idée bien naturelle des jugements du monde.' Nous jugeons des hommes non point par te mérite qui les distingue, mais par Tintérét qui nou$ domine; non point par ce qu'ils sont, mais par ce qu'ils nous sont ; non point par les qualités bonnes ou mauvaises qu'ils ont, mais par le bien ou le mal qui nous en i*evient. Car de là naissent les injustices énorme^ que nous commettons à leur égard; de là U& entêtements aveugles en faveur des uns, 0t les déchaînements bizarres contre les autres ; de Jà les censures malignes des plus dignes sujets , et les louanges outrées des sujets médiocres; de là les préférences; odieuses de ceux-ci , et lès exclusions iniques de ceux-là.
Rien déplus ordinaire, mes chers auditeurs; et n'est-ce pas ce que vous avez peut-être mille fois éprouvé vous-mêmes? Qu'un homme soit dans nos intérêts, ou que nous ayons intérêt à le faire valoir, déslà nous nous persuadons qu'il vaut beaucoup. Sans autre titre que celui-là, il est dans notre estime propre à tout et capable de tout : au contraire, que l'intérêt nous aliène de lui, si nous nous en croyons, ppus n'y voyons plus rien que de méprisable. Cette passion d'intérêt nous le représente tel que nous le voulons, noiîs le contrefait, nous |e déguise , nous cache les perfections qu'il a et nous fait voir des défauts qu'il n'a pas , nous le figure sous autant de^ caractères différents qu'il y a de faces différentes dans l'intérêt gui nous fait agir. Comment surtout jugeons-nous .d'un ennemi? Il s'est attiré notre disgrâce, c'est assez: avec cela, en vain il feroit des prodiges, ses prodiges mêmes ne serviroient qu'à nous le reod|re et à nous le faire parottre plus odieux; en vain ijl posséderoit toutes les vertus, ses vertus les plus éclatantes prenneut dans notre imagination la teinture et la couleur des vices. S'il est àévot , nous l'accusons d'hypocrisie $