‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 13 sur 119 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Si jamais l'orade de Siméon s'est acomipli dans la personne du -Sauveur, en sorte quecet Homme-Dieu » sujet tout ensemble de contradictioa et de bénédiction pour les hommes , ait été au même temps la résurrection des uns et la ruine des autres» on peut dir^. Chrétiens, qne^s'est particulièrement dans le mystère de ce jour, ou plutôt dans ce qui nous est signifié par le mystère de ce jour ; savoir^ dans Toppbaition extrême qui se rencontre entre la communion des Justes et 1^ <x»iiHnliaÎM des pécheurs. En effet, que peut*on concevoir de plus saint que ce triomphe où je viens de vous représenter le Fils de Dieu , béni par tout un peuple et bénissant tout un peuple, recevant des honneurs tel faisant* des grâces, reconnu pour Tenvoyé du Seigneur et pour le Sôgneur hiî-i^me , agissant en cette double qualité , faisant des mincies, convertissant les âmes, guérissant les malades, ressuscitant les Morts? voilà la première partie de la -prédiction vérifiée; et telle. est la figure de la conkmnnion des fidèles qui dans l'état de la grâce participent au corps de Jésus-Christ. Mais voyez au contraire la triste image d'une communion indigne et sacrilège, dans la réceptionque les pharisiens et leurs partisans font au, Aiéme Sauveur, lorsqu'il entre dai» Jérusalem; et par toutes les cirepnst£uices que j'y vais remarquer, jugez si l'effet, n'a pas pleinement répondu à la prophétie : Ecce poniutestUc in rwmmei in reswrrecHonem multorumy et inMgmim cui eantroMoetuf (Lue.,^. Car premièrement les pharisiens et ceux de leur faction ne reçoivent aujourd'hui le Sauveur du monde que par une espèce d'àypocrisie , que par disaimulation, que par je ne. sais quelle nécessité q«i les y engage , qiie «par crainte et par «respect humain. S'il avoitélé en leur pouvoir de lui interdire pour jamais l'entrée de leur ville, c'est ce qti -ils auroiant souhaité; mab l'évangéliiste observe qil'ib cHaignoient le peuple, Timebani v^ phbem (Luc.,. 20): et voilà pourquoi ils se jdgment malgré enxrmêmes aux troupes des,disQÎples, et ils se conforment extérieurement à eux. Secoifideme]H.v dès '^que Jésus-Christ pàroît dans Jérusalem^ il» commencent à former^dea desseins oeutre lui, ils conspirent contre ^ vie, ils prennemt $1.(^ meauras poor k -perdre : car ce fut ce^ jour-là qu'ils ansen^lèrentioe coAdliabak défesiidble, oà la mon de Jésus, «pt^ biendes déUbératîeiiii»» fut

SUR LA CQMMUI^ION P^AUL m

enfia oonehe : CoUegerutu ponàfices et jàaruœi eoncUiuni adversus /«mm (JoAN., H). En troisième lieu» ils contredisent ses miracles , quoique loisibles, quoique éclatants : ils s'aveuglent pour ne les pas JDOonaottre ; bien loin d'en être touchés , ils en témoignent de Fiiùli* goation : Videntes autem scribœ mirabilia quœ fecit , încUgnati sunt (ILkTTH.y 81). C'est ainsi qu'ils reçoivent le Fils de Dieu ; et comment est-oeqiie le Fils de Dieu vient à eux? Ah ! Chrétiens , ne perdez pas oed, DaB8 la vue de ces infidèles, Jésus-Christ entre péiaétré de douleur et versant des larmes : Videns civitatem^ flevit super illam (Luc,, 19), car tout cela se trouve dans la suite de ce mystère. Il entre non plus comme un roi bien&isant à leur égard ; mais parcequ'ils ont méprisé ses grâces » cmnme un ennemi redoutable , pour être le sujet de leur réprobaiioD et même de la destruction de leur ville. Non reiinquent in te hpidem super lapidem (Ibid.) ; Il ne restera pas » leur dit-il, pierre sur pierre ; pourquoi ? parœque vous n'avez pas connu le temps oh voii^ Dieu vous a visités : Eo quod non cognoveris tempus visitationis tiue{llàd.). Enfin , ;il entre pour exercer déjà sur les pharisiens la sévérité de sa justice en les condamnant par avance, et prononçant ooatre eux ce terrible arrêt : Dico vobis, quia lapides clamabunt (Ibid.): Ailes, je vous annonce que ces pierres (c'étoient les pierres du temple) rendront un jour témoignage contre vous. Que de rapports avec la oommuiion des pécheurs ! Souffrez que j'en fiasse en peu de mots rapplication.

. Car ce que firent ces pharisiens et ces ministres de la Synagogue, qui ne reçoivent le Sauveur du monde que par politique , et parcequ'ils craignent le peuple, c'est ce que font encore certains pécheurs du siècle , endurcis dans leur péché et nullement disposés à y renoncer, mais qui néanmoins veulent garder les apparences , et sauver les dehors de la religion ; hommes dans le fond ennemis de Jésus-Christ, Bais qui n'osent passe dédarer, et qui s'aveuglent quelquefois jusqu'à se ledSssîmuieri eux-mêmes. Ilsvottdroientbien ne communier jamais; mais as y sont engagés par des bienséances de condition et d*état dont ib ne peuvent pas se dispenser. C'est un magistrat, et le scandale qu'il caoseroit retOQiberoit sur sa personne; c'est un père de famille , qui seroit infailliblement remarqué; c'est une femme de qualité , qui fermt tort à sa. réputation ; c'est un homme d'église, qui se décrieroit et qui passeroit pour un libertin. Ufaut donc prévenir ces conséquences, et pour eda se présenter, au moins en ce saint temps , éomme les autres à la table des fidèles ; autrement il se trouveroit un pasteur qui , pour satisfoire à l'obligation de son ministère , s'élèveroit contre eux , qui paiienut, qui agiroit, qui les noteroit ; et c'est, encore une fois, ce <IQ*ils ne veulent pas s'attirer. Assez hardis pour secouer le joug de ^ craiote de Bien, ils le sont trop peu pour s'affranchir de la crainte des hommes. Ainsi ils se déterminent, à quoi? à communier; mais coaunent? par uneesypèce deepntndnfe ; Tmebant vtrà piebem (Luc. ,90).

itin suit La fcoiffiifUNiow PASCAt».

Ùe lâ vous jugez , CTirétieila , c6 qui accompagne ordfnàti>einent' de semblables commanjons : c'est qu'au momènl même où oes bottHiÉi perdus et impies reçoivent le sacrement de JëBus-Cbrist , ils cOBJurMtt podtre lui dans !e cœilr ; ils forment des projets pour ^tisftlrie 'kafi passions brutales , Et le Joàr de ta coninunron devient pobr eux tt jour d'excès et de rfébàUche. Voflà, mes chers oilditëuri , ee qui a^rrïve ; et îl vaut mieux voiis lé ^re ponf vous en d&ntfer da Phorrem-j q^e de s'en taire, tandis qtlé vôns étés exposés â la comagfo* d^ eettt iiii^iété. On déclame tant louS 1^ jours cbnt^ d'aatre« dîSsdrdres , et l'on ne parle poimde celui-ci; lAais c'est cetfii-d atfBnrn(ria8<(ui «Ui^ directement la religion. On in^sié snr dfe légères iHipisrtpcrÉiM qn'o* remarque datts quelques âmes dévotes ^ui fréquentent m SWreffienl^ et Ton rie dît presque rien des cfarëlIéM sacrlfégè! qill prOftiiteAt te

r' rps 4e Jésus-Cbrist ; mais c'eât tx>n(re enx qù^it haSnit «ik^oyie)zèle êvangélique. Si de teùrpi ha téittps ob leur tftfpPMemftit t« maK beur de lèiir e'tat , peàt-étre eit1\b j ieroiebt-ila éaf^Ues ; et d6' 'Mbt , fQais saluiàires remontrances, les réVeiffèroieirt de lenr pfbfbèd i^tit^ pissement.

Au Tfsie, n'àtteiid«7. pas t^ Dîêti f^sàé dès mîradi» efl lefn- ftCMW,

bnisqu'ils y mettent un obstacle prestgoe fn-nticïble; car, k i'«um^K

des pdarisiens , etpai- un dernier trait de resseHibhmœ , iU triRtèA

ious ces miracles Sitlu^oos; et quand noas lené disons qiTmM ocMt-

munton bien i^ie est capable de les guérir de toutes leurs ft^lèssBk,

ils s'en Jnoquent, et àe nOus réponflent qil« par de pi<}«ances et de

scandaleuses railleries. II n'y i qu'un deal miracle que hl coniAaiMft

épère dans eux , et qu'ils ne peuvent empêcher. Afiis quel Mt<-il M

mirâde? AbiOfaréiiens, c'est que ce sacreiie&t, qnl 4evolt d(re fiorir

nfe Sert qu'aies 3vettglW;*'e»tqwÈ «8 si-

iijr eifx tm iftoyen de ^^owersioH y «e ieh

ce tracrément de vie devient poat- «tn rit

nioi-t éternelle. ïen'Dî Qobt pohitd^pitine

ib de p?én né vl»t k eux qa'en f^eoiWit:

itlam (Luc., 19J. Comme» ftepïeurtWit-l

-ement qifil a iitïtitné ponr la sauMMotkÉ

b'ation ; il voit que ces pécheurs i|fli*B vo«-

'er dn dpp le plus excellent et déta 'Wâite

[r eux , ^nssi bîen que Jérusntem, tewfe h

i>ei)oifbUes vengeances. Est-il un sèjet

Idem cyitatam , pèvii niptr illnm.

•dit -il 6as oiienx Bfc point WinnrMfértta

ligqéti^t? Antre désoM^ , et dStorflrè

e ^ fK>ëftinage qnl Fa fatrodoit sfeo sert

.'aiAdrt*fcr « *e iriîfirftfenir. fl wai' ïtffeai ,

iaa^â, 4tie dfe cfflinnifffféf i«%BéMeni;

hl itff»tt «tû ÉM «feo^ iftf «^(M Sesà-

soft La doitMfjNioN MscALa lor

date, et un des scttidâieflf les p\m évidents ! Non, mon cher daditeur: rsn ne yant pas mieux que Tautre ; et cette comparaison » faite par otux dont Je parle, je veux dire oarleë libertins, marque un prinapé flnoare plas mauvais «I plM c<jfrrdnkfyu que n^e^t la conèëquence même df une e»mmti^^ indique : (M M ne f^iiionfteni; de là sôf té que pàrce^ qulb rimt i&ipfes^ tt détertdiliës k vivre datis leur Unpiëté« Ce n'di point {)ar respect poM* Jësusi-Olirist; ib font bien parottre dans toiç le nesle tfoi^ik sotit peu tbdcbës dé àt motifs ce ù'èst point eh vue dé la saûueéé du sifnrëdiëtit : à peine en eMe^t-^Is la yêviié ; ce n'e^t point danfeie dessein d'une prdltfj^e odtiVéiliidii : ils ett ^oht bled ACAgités et ils n'y pensent pas; ce n'est donc que fiiâr dfi eà^rli â'IfrcKgion! Or, dire par un esprit d'irreljgioq , Il vaut mieux ne point conununier du tetii que detOsliiiuâfêr njat, je s^li^ que c^èst uà jràisôniieinent d'athée.

A quoi j'ajoute une proposjliQp que je soumets i votre censure, mais que je croie vraie ; savoir, que de ne point communier du tout f» ta prinMpe de libeniftaige et d'ii^ëtigton , ë^t un dés'ôrâi^ ^uai^ plus abo^linabIe devant Qieu que (k cpjmmunier indignement pair priiidpé de négligence eu ile IbgUiie* £t en effets on a taufoiira cm qae de manquer au devoir de la communion pascale, delà manière que je viens de l'expliquer, c'étoit une espèce aapôstasie, pàrceqti*un des eamcières le^ plUé marqués dh chrisiiaâisme, c'est la commuùi(Âi. On a toujours drii qdè de manquer à ce devdir dé pique, c'étoit s'exœmnmier sei-Biémè, mais d^une excommunication pins funeste encollé queoeUeque ftilmine l'Église par forme de censuré ; Car 6tfe éxcomné par r Église, c'est une peine qtte saint Pânl même préteKid être

mile ; mais s'exeommnnict soi-même ^ c'est un cf ime qtii va droit à )à ruine do siUnt et à hr dttjnàatlon. On a toujooirs crû qu'un clii'étîén ^iii nelUsnil)inslir pAqnedëVoSt être conMMéré comme nh pden et cornûië en t^nbHenito , seioâf te parole du Sbtivefur méme^ parcèqif il i!i'Sx)Utê pts là t«ln ûè fÉglite, et ^11 ttéptise se^ ordres ; et Khôi , non seùtemefi^ |e ie NfÉnfdiif coiniAe uti pùMicain et coitimé un psffen , mais il m tHnrft pm ^n'nà païen , parceque je sui^ p^r^sidë qu^uii foôa païen , |è dblUMi aiitaàt qu'îtlè f^t étté dans i)àr rettgîon , ^iiti mieux qu'un clivditen dèltom , inâis ad fond isatis rell^. 'rd est le déèdfâré que je eemfeiats, et plût au eiel que Ce fftt i^ fantèrtie ! ntilàis ce désordre i^est poim si rare que vons le pfonVeÈ péilrser ; on ne sait qiie trop oMrtien 4 y a def ceéf libéffins , et de Céis M>ertiûii jdKstirigués pair leur qnriikéét IM»' teurâ éto^s , ^i ^è {Eattèfttxfinfë (y|^(endue bonne foi tf ne èioriflittneiÀhtjûiito^^ pkrcçqd'fl^ né teufent |ia$ , dfsént-ifs^ 4 MiiHè sàMi%e8 en «oihmMiiatit. lit lés scàirdsitttops poititièï, et |ardon^dM élè? M fkirè «bendtf^e ; éiais afdisi jè M dd0]u^% dé né|i^ acnedaiicr lééus-CMîst tefàff Bàtf^ur piif ièm^Vls^ soi^ s^ètëih^i; ébmelièêm»iilMSB/êéTÉme léii)' MS^, m une Héâic/bëiJ&ndé odT-

iOS SUR LE RETARDBMEMT DE LA PÉNITENGE.

pie pernideux ; de ne pas 90 scandailiser enx-mêmes par le dérègleinent de leur conduite. Qae feront-ils donc? oommunîerOBi^'ils indi* gnement ? A Dieu ne plaise ! mais entre ces deux extrémités il y a on inilieu : c'est de communier» et de bien communier. Toute dévotion qui po^^ à ne point communier esjC unefeusse dévotion; et 'toute maximequiporteroit à communier en état de péché serbit une abomination. Iffisiis le point solide est d'appro(^er de la table de Jésus-Christ , et d'en approcher avec des sentiments de religion , de péàitence » de piétéy de ferveur, qoi sanctifient une ame» et qui la disposent à nmnger ce pain céleste qui doit être pour nous le gàgà d'une éternité biénhen* reuse^ que je vous souhaita, etc.

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