SEMAINE
SUR l'État w péché et l'état db la grâce.
Si mlAI non t>ultis eredert, operibus eredUe, ut eognoseaHs et credatis quia Pater in meest^etéffo in Paire,
SI ^wmsn» Toalei pis me croire, croa^z à mes ceoTres» afin que tous oonnoisBiei et que ▼ou CEOjte que mon Père aten mol, et que je suis dans mon Père. Saint Jkan. cfaap. x.
Mauamb \
Quelque idée que nous ayons de la sainteté de Jésus-Christ , il falknt, pour, être saint, que Dieu fût en lui et qu'il fût dans Dieu ; et il n'a même été le Saint des saints que parceque Dieu étoit en lui , et qu'il étoit en Dieu d'une iaçop plus particulière et par une union beaucoup plus intime. Si Dieu, par une siippositîon chimérique, eût œssé d'être avec lui et dans lui , ou que lui-même il eût cessé d'être avec Dieu et dans Dieu , dès-là il eût cessé d'être ce qu'il étoit ; et ce que nous appelons Jésus-Christ, ou plutôt ce qui seroit resté de Jésns-Christ, c'est-à-dire son humanité ainsi délaissée et abandonnée à elIe*inétQe , eût été dons une io^puissance absolue d'à-
J» Sun L'ÉTAT DO FÉCHÉ, Wtû;
gr|KwrlMeii;«t*»]4ei Mra d^agréaUe à Dk«. IHais |h^^ mvettf dés hDiMl^ê et oe FM^ ntMfiie de Bien étoit dttia son^Bère , Qt qo*!/ «(jffefloit toujours «véc <od N^^t û iipm de sdn Père, il poip. fùêî bien dîfê, CMme il I^ ditaoi Juifii dan notre évangile, que ttuies ies oeutres reuâoieat tëmoigDage en sa foveiir, et qo'ellefi ■éloietit devattt Dien d'un prix inBni : Opem quœ égù faeio m nofhhit PùMHè mé, hmc teêtimùmum perkibem éeme (lhM:,Mi). Appliquonsilotts cette vérité, Gbréliens; oar ee qui 'étoit vrai de Jésus^Christ, notre chef et notre' modèle « Test autant par proportion denoost* mêmes ; et si nous voulons bien conndtro la valeur de nos actions et tofrnit que nous en pouvons espérer, Jnf[eons-en pfer le principe d'où elles partent , et voyons si c'est dans Tétat du péché qu'elles som Alites, on dans Tétat de la grâce. État du pédié, état de Ui ^race, deux états Tun à l'autro directement opposés ; deux états qui partagent le christianisme et presque toutesr les sociétés du monde , avec cette triste inégalité que la nombre des pécheun ennemis de Dieu par le péché est infinimeht au' dessus dé celui^des Jnstes nnis à Dieu par la grâce ; deux états dont j'entreprlends de rous faire voiraufourd*hui Tessentielle différence, non point en général , mais parrappon fi notre intérêt propre. Heureux si je pais aussi vous donner de- l'un tonte l'borreuf qu'il mérite, et de l'autre toute l'estimé qài lui est due ! Je vais mieux encore vous eipliquêr mon dessein après quêtions aurons salué Marie , en lui disant : Avt Matia. -
De tous les intérêts de t'homme, le plus important' c*est le salut : par conséquent de tous les soins de l'homme dans la vie, celui qui le doit occuper préfiérablement à tout autre et même uniquement, c'est le soin du salut. C'est, dis-je, le soin de s'enrichir* ponr cette demeure céleste où nous sommes tous appelés , et qui doit être le terme de notre course; de travailler pour cela, d*aglr pour ceià, de rapr porter là toutes nos pensées, tous nos désirs, toutes nos œuvres; enfin, de grossir chaque jour ce trésor de gloire qui nous est promis, en grossissant chaque jour le trésor de nos mérites. Voilà, mes chers auditeurs, le souverain point de la sagesse chrétienne ; et si nous nous; aimons solidement nous-mêmes, voilà le précieux avantage dont nous devons être jaloux , et le bien durable et permanent que nous devons rechercher. Riches pour le ciel, il nous importe peu de l'être ponr la terre, puisque les richesses de la terre sont périssables; et riches pour la terre, si vous ne l'êtes pas pour le del, au milieu de cette opulence fastueuse que vous étalez avec tant de pompe aux yeux des hommes, vous êtes pauvres devant Dieu, et dans une misère d'antant plus déplorable que vous en devez ressentir éternellement les effets. S'il y a donc un état où rien ne nous profite pour l'éternité bienheureuse, et un état au contraire où rien ne soit perdu de tout le bien qoe nous pratiquons, c'est par-là qu'il fout juger de Tun et de l'antre : et
SUR L^ÉTAf DtT PËCHË, ne. »
&est snsti là giloMte régie qae ]e prends poorr tous Mretommltre te malheur d'une ame dans l'état du péché , et nnestinable prérogitife da Juste dans l'état de la grâce sanctifiante. En effet, dans Fétat du péché , rhomme n'est pins en Dieu ni avec Dieu i paroeque le péché l'en sépare; et dans Tétat deh g^race» ie Juste est atec Uan et en Oîea» parceque le propre de la grâce sanctiflante est de l'y tenv étroitement uni. Or puisque le pécheur est séparé de Dieu, il n'agit plus avec Dieu, et par-là méuie rien de tout ce qu'il fiiit ne peut phire à Dieu. Puisque le Juste est uni à Dieu« c'est avec Dieu qu'il sgît , et, par une suite inf!ailiibte, tout ce qu'il ftiit est agréé de Dieu. De là je forme deux proposidolis qui vont partager ce discours. État du pédié , éuit souverainement malheureni ; pourquoi? paroequ'alors quoi que taâsé le pécheur, son péché en détruit devant Dieu tout le mérite : c'est la premlère-partie. État de lagtaee, état souveraine-^ ment heureux ; pourquoi? parcequ'alors, pour peu que fiisse le Juste, la grâce qui le sanctifie en relève devant Dieu le mérite : c'est la se* conde partie. Deux pensées que j'ai à développer, et théeio^ m* blime que je tâcherai de rendre ég^ement sensiUe et inatructive.
' pRcmÈns riKTO.
Pour écTairdr la première proposition que j'ai avancée , ^et qui , toute fondée* qu'elle est sur les principes de la foi les plus solides, ne laisse pas d'avoir besoin d'explication , if faut d'abord en déterminer le sens^ et vous le fiiire bien comprendre. Quand donc je dis que le péché anéantit ta valeur et te mérite de toutes nos bonnes actions, prenez gardée je lie dis pas que nos actions, bonnes d'eile^'mémea , en conséquence d^ péché ou dans l'état du péché , deviennent muu^ rases et criminelles : ce serait une erreur grossière , autrefois so»» tenue par Wiclef , mais condamnée solennellement dans le concile de Constance. I^on, Chrétiens, quelque désordre que cause à i'ame le péché, sa malignité ne va pas jusque là. Fussions-nous diargésde», vaut Dieu de tons les crimes , nous pouvons encore dans cet état foire des actions vertueuses, honorer Dieu, secourir les pauvres, obéir à nos supérieurs, pratiquer mille autres devoirs de piété et de juitice. Non seulement nousje pouvons, mais nous le devons, parceque Fêtât du péché ne nous en dispense pas ; et quoique alors Dieu nous considère comme ses ennemis, i( nous commande néanmoins totlt cela ; et malgré cette qualité d'ennemis , il nous en récompense quel*
Suefois, selon la doctrine de saint Augustin, par des prospérhéë et es grâces temporelles, comme 11 récompensa, dit ce Père, fes vertus des Romains par l'empire et la monarchie du monde, qu'il leur donna. Or Dieu, qui est juste et saint, n'auroit garde de nous commander ce qui ne pourroit éire en nous que vicieux et corrompu : beaucoup moins nous en réoompenseroit-il , et béniroit-B^ une Idie obéissance;
88 SUR L'ÉTAT DD ftCBÈ, Mto;
gir pour Dieu , et de mn fnro d'jgréiUe à Diea* Haie tnmqtie ee auveor des hpnM^es el ce Fib unique de Bien étoit dttia so&Fère , et qu'il agflseoit toujours avec son Pèr0€t ah npm de sdn Père, il poii>> vofibieii dire, comme il le dit aux Juifii daas notre évangile , que tontes ses oeuvres rendoieut tëmoigDage en sa foveur, et qu'elles •4loiem devaâtOîeu d'un prix infini : Opem quœ égo fueiom itomtHe Ptarii mel, hœc testiménhm perkibem éeme [ièjdx:,^0). Appliquonanone cette vérité, Chrétiens; oar ee qui étoit vrai de Jéass-Cbrist , notre chef et notre' modèle « l'est autant par proportion de non»mêmes ; et si nous voulons bien eonndtro la valeur de nos actions et lèfrnit que nous en pouvons espérer , Juffeons-en par le principe d'où elles partent , et voyons si c'est dans l'état du péché qu'elles sont fitUes, ou dans l'état de la grâce. État dn péché, eut de Im éracé, deux états l'un à l'autre directement opposés ; deux états qui partagent le christianisme et presque toutes les sociétés du monde , avec cette triste inégalité que le nombre d^ pécheurs enuettiia de Dleû par le péché est infinimeht au'dessus de celui^des Justes unis à Ken par la grâce ; deux états dont j'entreprends de vous faire voir aufoord*hui l'essentielle différence, non point en général , mais par rapport fl notre intérêt propre. Heureux si je puis aussi vous donner de* l'un tonte l'horreur qu'il mérite , et de l'autre toute l'estinlé qài hii est due ! Je vais mieux encore vous expliquer mon dessein après que lions aurons salué Marie , en lui disant : Avé Maria.
De tous les intérêts de t'homme, le plus important c*est le salut : par conséquent de tous les soins de l'homme dans la vie, celui qui le doit occuper préfiérablement à tout autre et même uniquement, c'est le soin du salut. C'est, dis-je, le soin de s'enrichir* ponr cette demeure céleste ou nous sommes tous appelés, et qui doit être le terme de notre course; de travailler pour cela, d*agir pour celaî, de rapr porter là toutes nos pensées, tous nos désirs, toutes nos oeuvres; enfin, de grossir chaque jour ce trésor de gloire qui nous est promis , en grossissant chaque jour le trésor de nos mérites. Voilà, mes chers auditeurs, le souverain point de la sagesse chrétienne ; et si nous nous aimons solidement nous-mêmes, voilà le précieux avantage dont nous devons être jaloux , et le bien durable et permanent que nous devons rechercher. Riches pour le ciel, il nous importe peu de l'être potir la terre , puisque les richesses de la terre sont périssables ; et riches pour la terre, si vous ne l'êtes pas pour le del, au milieu de cette opulence fastueuse que vous étalez avec tant de pompe aux yeux des hommes, vous êtes pauvres devant Dieu, et dans une misère d'autant plus déplorable que vous en devez ressentir éternellement les efFets. S'il y a donc un état où rien ne nous profite pour l'éternité bienheureuse, et un état au contraire où rien ne soit perdu de tout le bien que nous pratiquons, c'est par-là qu'il fout juger de l'un et de l'antm : et
Sm VÈtkf VO PËCBÈ , me. »
c'est ansâi Kl (fraude régie que ]6 prends pour toi» iWra couMtira te malhetir d'une ame dans l'état do péché , et HiMtiiiiable prérogatife da Juste dans l'état de la grâce sanctifiante. En effet, dans Fétat éa péché , rhomme n'est plus en Dieo ni avec Dieo , paroeqne le péché l'en sépare; et dans l'état de h graee» ie Jasté est «fec Heu et en fiîea» paroeque le propre de la grâce sanctiflaiite est de l'y tew étroitement uni. Or puisque le pécheur est séparé de Dieu, il n'agh plus avec Dien, et par-là méoie rien de tout ce qu'il fiiit ne pcat pbire à Dieo. Puisque le luste est uni it Dieo« c'est avec Dieo qo'il agit, et» par une soiteinfiiiltibte, tout ce qo'il frit est agréé de IKéa. De là je forme deax propositiolhs qui vont partager ce discours. État du péché , état souverainonem malheureux ; pourquoi? paroequ'alovi quoi que fa&se le pécheur» son péché en détruit devant Dieu tout le mérite: c'est la premlère-partie. État de la grâce, état souveraine» ment heureux ; pourquoi tparcequ'alors, poar peu que fasse le Juste, la grâce qui le sanctifie en reMve devant Dieu le mérite : c'est la se* conde partie. Deux pentées qoe j'ai à développer, et théeio^ $ih blime que je tâcherai de rendre également sensiUe et instructive.
PREMIÈaa FAKTR.
Pour éctairdr la première proposition que j'ai avancée, ^et qui, toute fondéequ'elle est sur les principes de la foi les plus solides , ne laisse pas d'avoir besoin d'explication , Il faut d'abord en déterminer le sens, et vous le faire bien comprendre. Quand donc je dis que le péché anéantit ta valeur et fe mérite de toutes nos bonnes actions « prenez g^arde, je ne dis pas que nos actions, bonnes d'elles-mêmes, en conséquence du péché ou dans l'état du péché, deviennent mm*' vaises et criminelles : ce serait une erreur grossière , autrefois son** tenue par Wiclef , m^ais condamnée solennellement dans le concile de Constance. l!f on , Chrétiens , quelque désordre que cause à i'ame le péché, sa malignité ne va pas jusque là. Fussions-nous chargés de» « vaut Dieu de tous les crimes , nous pouvons encore dans cet état faire des actions vertueuses, honorer Dieu, secourir les pauvres, obér à nos supérieurs, pratiquer mille autres devoirs de piété et de Justice. Non seulement nousje pouvons, mais nous le devons, parceque Fétat du péché ne nous en dispense pas -, et quoique alors IMeo nous considère comme ses ennemis, i( nous commande néanmoins totlt cela ; et malgré cette qualité d'ennemis ,' il nous en récompense quel*
Îuefois, selon la doctrine de saint Augustin, par des prospéphéë et es grâces temporelles, comme 11 récompensa, dit ce Père, tas vertus des Romains par l'empire et la monarchie du monde, qu'il leur donna. Or Dieu, qui est juste et saint , n'auroit garde de nous commander ce <|tti ne pourroit éire en nous que vicieux et corrompu : beaucoup moins nous en récompenseroit-il , et béniroit«il une telle cbéissaDce:
40 SUR L'ÉTAT DU WCHË, btc.
D*eji je couda» que. daos Tétat même du péché uouft pqivoos donc iàdre de» actkHis homiétes et louables : maumes de reli^pu dont 3 ne noua est pas permis de douter.
Bien plus : quand je.dis que nos bonnes œuvres dans Tétat de péché n'ont aucun mérite devant Dieu , ipa pensée n'est pas que l'état du pédié les rende absolument inutiles pour le salut. A Dieu ne plaise que je sois dans ce sentiment! je sais trop quel est sur ce point la doctrine du concile de Trente , et ce que toute la théologie nous enseigne. Jeûner, prier, foire des aumônes , mortifier sa chair lorsqu'on est séparé de Dieu par le péché, non seulement ce sont des actions vertueuses, mais des actions surnaturelles et d'un ordre divin, qui disposent le pécheur à sa conyersion , et qui lui servent jde moyens pour retourner à DieuiQuisscit si convertatur et]jigno8cat(JoT!i.y 5)? Qui sait, disoit le prophète, si Dieu ne ser^ point touché de tout ce que vous faites, et si tout ce que vous faites ne l'obligera point à user «Divers vous de miséricorde? Toutes ces œuvres ont élonc en effet quelque vertu pour nous réconcilier avec Dieu; et si Dieu, remarque Théophylacte, n'exauce pas les pécheurs jusqu'à faire eu leur faveur des miracles , conformément à ces paroles de l'aveugle-né : Scimus qvia peccatores Deus non aiutit (Theophtl.) , il faut toutefois convenir, ajoute ce savant interprète, que les pécheurs, à force de prières et de vœux, obtiennent tous les jours des secours de grâces qui les convertissent enfin , et qui opèrent dans eux ces changements de mœurs et de vie que nous admirons. Autrement le pubJicain de l'Évangile auroit inutilement prié, quand il disoit : Seigneur, ayez pitié de moi qui suis un pécheur ; Si peccatores Dcus non audit j frustra pubUcanus diceret : Deus propitius esto mihi peccatori (Idem). Il est donc encore vrai que, dans l'état du péché et dans la disgrâce de Dieu, on peut faire des œuvres qui, comme des dispositions, contribuent à nous rapprocher de lui et à nous sauver. Mais . cette .vérité ainsi supposée , voici ce que j'ai ensuite à vous ^ déclarer : c'est qu'encore que l'état du péché n'exclue point toute action vertueuse, ni même toute action surnaturelle, il est pourtant delà foi que les actions, quoique vertueuses et même surnaturelles , feites dans*J'état du péché , ne méritent rien pour le ciel ; que Dieu , dans l'ordre de la gloire, ne leur a promis nulle récompense; <]fu'il ne nous en tiendra jamais compte dans l'éternilÉ; et que du moment qu'elles ne sont pas marquées du sceau de la grâce sanctifiante , elles ne nous donnent nul droit à l'héritage des enfants de Dieu , et à cette couronne de justice que Dieu, comme souverain rémunérateur, réserve à ses élus. Ce qu'il y a de plus déplorable , c'est qu'elles ne recouvrent jamais ce mérite qu'elles ont une fois perdu : et lors même que 'nous rentrons dans la voie du salut, elles demeurent toujours stériles ef înfiructueuses ; jusque là que, quand nous serions du nombre des prédestinés» ce neigera point pour ces actions, toute; saintes qu'elles pQt