‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 34 sur 119 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

t^ Oui , Chrétiens , s'il y a un motif capable de me confirmer dans la foi et d'affermir mon espérance, c'est de voir que les impies s'élèvent et qu'ils prospèrent dans le[monde, pendant que les Justes sont dans rabais3ement et dans l'adversité. Cette proposition vous paroit d'abord un paradoxe; mais je vais l'examiner avec vous, et bientôt vous en découvrirez avec moi l'incontestable vérité. Mous la trouverons fondée sur les principes les plus solides et même les plus évidents de la raison naturelle, de l'expérience, de la religion'. Appliquez-vous à ceci : j'ose dire que c'est le point essentiel d'où dépend toute la morale chrétienne. En effet, de voir les calamités des Justes sur la terre et la prospérité des pécheurs (ce qui nous semble un désordre), c'est un des arguments les plus forts et les plus sensibles pour nous convaincre qu'il y a une autre vie que celle-ci , et que nos âmes ne meurent point avec nos corps; qu'il y a une récompense, une gloire, un salut à espérer après la mort ; que toutes nos prétentions ne sont point bornées à la condition présente où nous sonmies , et que Dieu-nous réserve à quelque chose de meilleur et de plus grand : voilà le principe de la raison. Je dis plus; c'est ce qui nous montre que Jésus-Christ notre maître, en qui nous nous confions, est fidèle dans sa parole, que ses prédictions sont vraies , qu'il ne nous a point trompés , et que nous pouvons compter avec assurance sur ses promesses , puisqu'elles ont déjà leur accomplissement : voilà le principe de l'expérience. Enfin , c'est ce qui se justifie , parceque rien n'est plus conforme à l'ordre établi de Dieu dans la prédestination des hommes , que les souffrances des Justes et les avantages temporels des pécheurs : voilà le prindpe de la reli{;ion. Or je vous demande si ce ne sont pas là trois considérations bien puissantes pour soutenir notre confiance? Je sais qu'il y a une vie future où je suis appelé, une vie bienheureuse qui m'est

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destinée , et ma raison me le feit eonnottre. Je sais que tout ce que le Fils de Dieu a prédit devoir arriver, soit aux Justes, soit aux pécheurs, est certain ; par conséquent je puis faire fond sur tout ce qu'il m'a promis, et j'en ai déjà la preuve dans ma propre expérience. Je sais etjerecopnois visiblement que la prédestination des hommes, delà manière que Dieu Ta conçue et Ta dA concevoir , que tout ce qu'il a réglé et ordonné sur cela , commence à s'exécuter. Dès qu'on est instruit de ces trois choses , y a-t-il une foi assez foible et si chancelante qui ne se fortifie, qui ne se réveille, qui ne se ranime tout entière? Or voilà , je le répète , ce qui s'ensuit évidemment de l'état de peine et d'affliction où nous voyons les Justes , tandis que les pécheurs vivent dans l'opulence et dans le plaisir. Reprenons , et mettons dans leur jour ces trois pensées.

Il n'y a point de libertin , soit de mœurs, soit de créance, qui ne cessât de l'être , s'il étoit persuadé qu'il y a une autre vie. Ce qui fait son libertinage, o'est qu'il ne croit pas ou qu'il ne croit qu'à demi, qu'il y ait quelque chose de réel et de vrai en tout ce qu'on lui dit de cette vie future, où nous aspirons comme au terme de notre course et à l'objet de notreespérance. Quoi qu'il en puisse penser (car ce nest point à lui présentement que je m'adresse, ni pour lui que je parle), moi qui crois un Dieu créateur de l'univers, voici, pour me rassurer, et pour entretenir toujours dans mon cœur les sentiments d'une foi vive et d'une ferme confiance, comment je me sers de cette étrange diversité de conditions où se trouvent les gens de bien et les impies. Je dis en moi-même : Le parti de la vertu est communément opprimé dans le monde; celui du vice y est dominant et triomphant : on y voit des Justes dépouillés de tout et misérables, des amis de Dieu persécutés , des Saints méprisés et abandonnés. Que dois-je conclure de là? qu'il y a donc pour le Juste, après la vie présente , d'autres biens à espérer que ces biens visibles et périssables qui lui sont refusés. C'est ce que les Pères de l'Église ont toujours conclu , et c'est la grande preuve qu'ils ont toujours employée contre ces hérétiques, qui , prévenus de la connoissance de Dieu, vouloient néanmoins douter de rimmortaliié de nos âmes. Lisez , sur cette matière , l'excellent traité de Guillaume de Paris; ou plutôt écoutez-en le précis, que je fais en peu de paroles. Après bien d'autres raisonnements tirés de la nature de l'homme, il en revient toujours à celui-ci , comme au plus pressant et au plus convaincant. Vous convenez avec moi, dit-il, de l'existence d'un premier être , vous reconnoissez un Dieu ; mais, répondez-moi : Ce Dieu aime-t-il ceux qui le servent et qui tâchent à lui plaire? S'il ne les aime pas, et qu'il ne s'intéresse point pour eux, ouest sa sagesse et sa bonté? s'il les aime, quand le fait-il paroitre? ce n'est pas dans cette vie , puisqu'il les y laisse dans Taffliction ; ce n'est pas dans l'autre vie, puisque vous prétendez qu'il n'y en a point. Cherchez, ajoute ce saint évêque ; ayez recours à toutes les subtilités que votre esprit

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peat ifldaginer; vous ne satisferez jamais à cette difficulté, qu'en avouant Famé immortelle» et confessant avec moi qu'après la mort il y a un état de vie , où Dieu doit récompenser chacun selon ses mérites: car ce Dieu devant être , comme Dieu , parfait dans toutes ses qualités, il doit avoir une parfaite justice. Orj une justice pai^feite doit nécessairement porter à un jugement parfait. Ce jugement parfait ne s'accomplit pas en ce monde , puisque les plus impies y sont quelquefois les plus heureux. Il faut doncqu'il s'accomplisse en l'autre, et par conséquent qu'il y ait un autre siècle à venir, qui est celui vque nous attendons. Sans cela, poursuit le même Père, on pourroit dire que les Justes seroient des insensés, et que les jmpies seroient les vrais sages : pourquoi? parceque les impies chercheroient les véritables et solides biens , en s'attachani à la vie présente ; au lien que les Justes souffriroient beaucoup, et se consum^roient de travaux , dans l'attente d'un bien imaginaire. Voyez-vous, Chrétiens, annment ce savant évoque tiroit des adversités des Justes une raison invincible pour établir la foi d'une vie et d'une béatitude éternelle?

C'est aussi ce que prétendoit saint Augustin dans l'exposition du Psaume quatre-vingt-onzième, lorsque, parlant à un chrâien troublé de la vue de ses misères et du renversement qui parolt dans la conduite du monde, il allègue cette même raison, pour lui inspirer une force à l'épreuve des événements les plus fâcheux., Voulez-vous avoir, dit-il, toute la longanimité des Saints? considérez Tétemité de Dieu. Alors les plus tristes accidents , bien loin de vous abattre, seront pour vous autant de motife d'une foi et d'une espérance plus constante que jamais. Car quand vous vous troublez parceque la vertu est maltraitée sur la terre et que le vice y est honoré , vous raisonnez sur un faux principe , et vous êtes dans l'erreur. Vous n'avez égard qu'à ce petit nombre de jours dont votre vie est composée, comme si dans ce peu de jours tous les desseins de Dieu dévoient s'accomplir sur les hommes: Attendis ad dies tuos paucos , et diebuê tuis paueis vis impleri omnia (AuG.). C'est-à-dire, que vous voudriez voir dès mamtenant tous les Justes couronnés et récompensés, et les impies frappés de tous les fléaux de la justice divine; que vous voudriez que Dieu ne différât point, et que l'un et l'autre s'exécutât dans la brièveté de vos années. Mais c'est ce que vous ne devez pas demander. Dieu fera l'un et l'autre en son temps, quoiqu'il ne le fasse pas dans le vôtre. Le temps de Dieu , c'est l'éternité ; et le vôtre , c'est cette vie mortdle. Votre temps est court, mais le temps de Dieu est infini. Or Dieu n'est pas obligé défaire toutes choses dans votre temps; c'est assez qu'il les fasse dans le sien : ImplebitDeus in temporesuo (Idem.). Et c'est pourquoi je vous dis que si vous voulez vous affermir dans votre foi et soutenir votre espérance, vous n'avez qu'à vous remettre sans cesse dans l'esprit l'éternité de Dieu. Commentcela? parceque, témoin del'injustice apparente avec laquelle Dieu semble traiter les hommes sur la

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terre , se montrant si rigoureux pour ses amis et si fiivorable à ses ennemis , vous tirerez cette conséquence , qu'il prépare donc aux uns et aux autres une éternité oii il leur rendra toute la justice qui leur est due y puisqu'il la rend si peu dans le temps. Tout ceci est de saint Augustin » et ce sont ses propres paroles que je rapporte.

C'est cette même vue d'une éternité qui a rendu les Saints invinci* bles dans les plus violentes tentations. Quand esirce que Job parloit de la vie future et immortelle avec une certitude plus absolue et une foi plus vive? Ce fut lorsqu'il se trouva sans biens, sans maisons, sans famille, privé de tout secours, et réduit sur le fumier. Scio quod Redemptor meu$ vivit (Job, 19) : Oui, je sais, disoitil, que mon Rédempteur est vivant, et que moi-même je vivrai éternellement avec lui. Je n'en ai pas seulement une révélation obscure, mais une espèce d'évidence : Scio. Et d'où l'apprenoit-il? demande saint Grégoire pape ; de ses souffrances mêmes et de toutes les calamités dont il étoit affligé. Quand est-ce que David eut une oon* noissance plus claire et plus distincte des biens éternels, et qu'il s'en expliqua comme s'il eût eu devant les yeux le ciel ouvert : Credo tftdere bona Damini in terra viventium (Pj. 26)? Ce fut dans le temps que Saûl le persécutoit avec plus de fureur. Ah ! s'écrioit-il, je crois déjà voir la gloire que Dieu destine à ses élus , et il me semble qu'elle se découvre à moi avec tout son éclat. Mais , divin prophète , comment la voyez- vous? les afflictions , les maux vous assiègent de toutes parts, et vous prétendez apercevoir au milieu de tout cela les biens du Seigneur? Mais c'est en cela même, répond saint Jean Cbrysostome, c'est dans les maux dont il étoit assiégé, qu'il trouvoit des gages certains qui l'assuroient , pour une autre vie, de la possession des biens du Seigneur. Car sa raison seule lui dictoit au fond de l'ame que les maux qu'il avoit à souffrir de la part de Saiil étant contre toute justice, il étoit de la providence de Dieu qu'il y eût dans l'avenir un autre état où son innocence fût reconnue et sa patience glorifiée; et voilà ce qu'il entendoit, et ce qu'il vouloit faire entendre, quand il disoit : Credo videre bona Domini in terra vivenûum.

Nous avons encore, Chrétiens , quelque chose de plus : ce sont les prédictions de Jésus-Christ, dont notre propre expérience nous fait ^oir l'accomplissement d$ms les souffrances des Justes et dans la prospérité des pécheurs. Ceci n'est pas moins digne de vos réflexions. Si Je Fils de Dieu avoit dit dans l'Evangile que ceux qui s'attacberoient à le suivre et qui marcheroient après lui, seroient exempts en ce monde de toute peine, à couvert de toute disgrâce, comblés de ridiesses, tonjours dans le plaisir , et qu'il n'y auroit de chagrins et de traverses que pour les impies : alors, je l'avoue, notre foi pourroit s'afibiblir à la vue de l'homme de bien dans l'indigence , l'humiliation , la douleur, et du libertin dans la fortune, Tautorité, l'élévation. Il me seroit dit*ficile de résister aux sentiments de défiance qui naîtroient dans mon

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cœur : pourquoi? parceque je me croirois trompe par Jésus-Christ même, et que j'éprouverois tout le contraire de ce qu'il m'auroit promis. Mais quand je consulte les sacrés oracles sortis de la bouche de ce Dieu Sauveur , et que je les vois accomplis de point en point dans la conduite de la Providence ; quand j'entends ce Sauveur adorable dire clairement et sans équivoque à ses disciples : Le monde se réjouira, et vous serez dans la tristesse : Mundus gaudebit, vos autem contrtstabtmini (Joan., 16) ; quand je l'entends leur déclarer, dans les termes les plus exprès, qu'ils seront en butte aux persécutions des hommes; leur faire le détail des croix qu'ils auront à porter, des mauvais traitements qu'ils auront à essuyer; Surmarquer là-dessus toutes les drconstances , et conclure en les avertissant , que s'il leur annonce par avance toutes ces choses , c'est afin qu'ils n'en soient point surpris ni scandalisés lorsqu'elles arriveront : Hœc locutm sum vobis ut non scandatixemini (Ibid.) ; et afiu qu'ils se souviennent qu'il les leur a voit prédites: Ut cùm venerit hora, eorum remniscamini^ quia ego dixi vobis (Ibid). Quand , dis-je, tout cela se présente à mon esprit, et que tout cela s'exécute à mes yeux ; que j'en suis instruit par moi-même, et que j'en ai les exemples les plus sensibles et les plus présents, est-il possible que ma confiance ne redouble pas, et qu'elle ne tire pas de là un accroissement tout nouveau? Si je voyois tous les pécheurs dans l'infortune, et tous les Justes dans le bonheur humain, c'est ce qui m'étonneroit, parceque je ne verrois pas la parole de Jésus-Christ vérifiée. Mais tandis que les gens de bien souffriront et que les impies auront tous les avantages du siècle , je ne craindrai rien , je me consolerai , je me soutiendrai dans mon espérance. Car voici comment je pourrai raisonner : Le même Fils de Dieu qui a dit aux Justes, Vous serez dansl'afBiction, leur a dit aussi, Votre tristesse se changera en joie, Tristitia vestra vertetur in gaudium (Ibid.). Le même qui leur a prédit leurs peines et leurs adversités s'est engagé à leur donner son royaume, et dans ce royaume céleste une félicité parfaite. Or il n*est pas moins infaillible dans l'un que dans l'autre ; pas moins vrai quand il annonce le bien que lorsqu'il annonce le mal , puisqu'il est toujours la vérité éternelle. Comme donc l'événement a justifié et justifie sans cesse ce qu'il a prévu des afflictions de ses élus , il en sera de même de la gloire qu'il leur fait espérer. De là je prends le sentimentdu grandapôtre, et jedisavec lui: Je souffre, mais je souffre sans me plaindre, et jen'en suis point déconcerté, ni inquiet; car jesais en qui je me confie , et sur la parole de qui je me repose. Je le sais , et je suis certain, non seulement qu'il peut faire pour moi tout ce qu'il m'a promis , mais qu'il le veut et qu'il le fera, puisqu'il me Ta promis, et à tous ceux qui se disposent , dans le silence et la soumission , au jour bienheureux oii il viendra reconnoîire ses prédestinés et remplir leur attente.

Est-ce tout? non , mes chers auditeurs ; mais je finis par un point

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qui me parott, et qui doit y ous parottre oommeà moi, le plus essentiel. Cardans cette assemblée je m'adresse à œlai de tons que Dieu connott le plus juste, et que Dksk toutefois a moins pourvu de ses doBS temporels. Qu'il m'éconte, et qu'il me comprenne : c'est à lui que je parle. Il est vrai, mon cher Frire , et je ne puis l'ignorer, votre sovt parmi les hommes est triste et ftdieux; mais par-là , si Je puis m'eiprimer de la sorte, à quel sceau vous trouvez-vous marque? à celui que doivent porter les élus, à celui qui les distingue comme élus , en un mot, à celui du Fils unique de Dieu , le dief et l'exemplaire des élus. Tellement que vous entrez ainsi dans l'ordre de votre prédestination , et que Dieu commence à exécuter le décret qu'il en a formé. Je m'explique, et je vais mieux vous foire entendre ce mystère de sdut. On vous l'a dit cent fois après l'ApAtre, et c'est un principe de notre foi , que Jésus-Christ étant le modèle des prédestinés, il fout, pour être glorifié comme lui , avoir une sainte ressemblance avec lui. Car , selon l'excellmite et sublime théologie du Docteur des nations , telle est l'indispensable condition que Dieu demande , pour faire part de sa gloire à ses élus , et c'est ainsi qu'il les a ch<Hsis : Quat jfrœseivU et fniedeitinarii conftmnet fien i^^ (Rom. 8).

Or il est évident que Jésus-Christ a vécu sur la terre dans le même eut où Diea permet que le Juste soit réduit, qu'il a marché dans la même voie , qu'il a été exposé aux mêmes rebuts , aux mêmes mépris , aux mêmes contradictions. 0 profondeur des conseils de la divine sagesse I Tibère régnoit en souverain sur le trAne, et le Fils de Dieu obéissoit à ses ordres. Pilare étœtrevêtu de la suprême autorité, et le Fils de Dieu comparoissoit devant lui. Voilà comment Dieu opéroit par Jésus-Christ le salut des hommes ; et voilà , mon cher auditeur , comment il opère , ou comment il consomme le vêtre par vousmême. Il vous imprime les caractères de son Fils , il grave dans vous ses traits et son image. Sans cela tout seroit à craindre pour vous ; mais avec cela que ne pouvez-vons point espérer , puisqne c'est l'exécntion des fovorables desseins de Dieu sur votre personne? Quos prwicivit et prœdêstnumt eonfarmes fieri imaginis Filn suù

Vous me dircB : On a vu et l'on voit encore des gens de bien, riches et opulents , honorés et distingués dans le monde. Tea conviens, mais sur cda je réponds trois choses. En e^t , s'il n'y av(Ht de Justes et d'élus que les pauvres et les petits, que ceux qui , par l'obscurité de lear condition on par le désordre de leurs affaires , occupent les derniers rangs , les autres états seroient donc exclus du royaume de Diea? ce seroit (k>nc par eux-mêmes des états réprouvés? il y foudroit donc nécessairement renoncer? Or il étoit néanmoins de la Providence d'établir dans la société des hommes ces états, et il est toujours de la même Providence de les y maintenir. D'où il s'ensuit que Dieu n'a donc pas dû y attacher une damnation inévitable ; et qu'au con* traire il devint y foire paroitre des exemptai de s^iinteié , afin de ne

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pas jeter dmis m désespcnr absela tous ceux qui s'y trpttvfmmt eagagës. Je vais ph^ loin , el j'ajoute que ai les Saints se spot vas quelquefpîs d^p^ Téiai d'une pnospéritë humaine » c'est ce qui les fin* soit trembler , que c'est oe qpi les entretenoit dans une défiance continuelle d*eux-nîéi9es » qiie c'est ce qui les humilioit , ce qui ks oonfondoit' devait J)\m : pourquoi? paroeque oe reconnoissant point dans leur prospérité Finiage de Jésus-Christ souffrant, ils craignofeat que Dieu ne}e9 eût r^etés* et de ne régner jamais avec Jésus-Christ gloriei|x et trion^phain» De là , pour suppléa* à ce qui leur manquoit, et pouf acquérir cette conformité si nécessaire, que faisoient-ils ? observesE-le bien : c'est ce que j'ai en dernier lieu à r^KHulre* lis ne quiitûient pas pour cela leur cpiiditiQii , parcequ'ils s'y croyoient appelés, et qu'ils vouloient obéir 4 Dieu ; mais sous le% dehors spéâenx d'une condition aisée et icommode » ils conservoient toute l'abni%ation chrétienne , et portoient sur leur corps toute la mortifieation de leur Sauveur. Sans reponçer à leur état , ni à certain extérieur de leur état» ils renonçoien^ à ses douceurs » et surtout ils se renonçoieut euxmêmes. Au milieu de l'abondance, ils savoient bien ressentir les incommodités dp ia pauvreté ; au milieu des honneurs i ils trouvoîent bien des moyens po|ir se contenir dans les sentiments et s'exereer dans les actes d'iinn profonde humilité s au milieu des divertissements mondains , ou qudquefois ii» semUoient avoir part. Us n'oublioient pas les devoirs de ta pénitence , et là même souvent ié pratiquoientils dans toute sQn j^ustérité. Tout cela» afin d'être du nombre de ceux dont l'Apôtre a dit : Qm* prwscpfU et pr.œde$tinavit conformes fksri imagini$ Filif. «ifi»

Vous me direjs encore qu'on, a vu des pécheal^ et qu'on en voit dans les méo^ pidyersités qtte les Justes, et aussi âfîfligés qu'eux. U est vrai ; mais 9l^ns eiLamîner lounes tes raisons pourquoi Dieu ne veut pas, ni pe d^ii pas vouloir que le vice prospère tom'ours, je me contenter^ d'une repense que j'ai à vous faire , et qui servifa de preuve à Timportante vérité que je vous prêche. C'est que pour ces pécheurs sujets oomme les Justes aux revers et aux difgraoei de la vie , une desi plus précieuses et des phis sensibles marques , sden la doctrine de tous Ie3 Pères ^ que Dieu pe les a pas «auèremeiit abaadonnés , ce sont leiiirs iiouffrances mômes et leurs peines ; que le plus grand de tous les malheurs pour eux , ce seroit d'éure ménagés , d'être Quittés, de nétr^ jamais traversés dans le crime ; que la dernière ressource qu^ leur reste pour remrèr dans la v<He du se^t et pour ^re reçus daîas le sein de la miséridorde, est que Dieu i présent les <Aitie , qu'en tes châtiant il les corrige , qu'en les corrigeant il les réforme , et que ce renouvellement et cette réfbrmation de mœurs retrace dans eux l'image de son Fils, qu'ils y avoient effiicée. De sorte qii*il eu faut toujours revenir à la panole du msrftre def Getiittu : Qum jfrm$çhH4 ee^raMimlii^t eon^mnei fim imag^ FU» guL

SUJl LA S0C!IÉT£ JMBS iUSTES, ne. 175

Pl^i^ m cfel , ID«9 ck^re ««diiewB , qoe iK>08 ayes bien oompm ini^tèîse de graoe el 4e sanotofieatioD qfue j'avois à développer; que, dans les coups dont Dieu vous frappe , tous reconnoissieE Famoar qui rimërefse pour Vous ; que le Juste ranime son espérance » et qn*U se souligne par sa patience ; que le pécheur ébloui du vain éclat qui Tenvironoe, et eoiyré d'une trompeuse ttlieité qui le séduit, se détrompe enfin des idées qu'il en avoit couçues» et que désormais il en détadie sqn cœur » pour rattacher à des bieps plus solides 1 Vous cependant» 6 mon Dieu , ne changes rien à l'ordre des choses que f otre providence a réglées ; agissez selon vos vues , et non selon les nôtres* Vos vues sont infinies, et les nétres sont bornées; tos vues sont tontes pures, et les, nôtres sont toutes terrestres; vos vues ne tendent qu'à nous sauver, et les nôtres ne tendent qu'à nous perdre. Si la nature se révolte, si les sens murmurent, ahl Seigneur, n'aocordea ni à la nature indocile , ni aux sens aveugles et chameit, ce qu'ils demandent. Ne nous livrez pas à nos désirs , et ne nous écoutez pas , coBUne vous écoutiez autrefois dans votre colère le peuple juif. Mais suivez toujours vos adorables desseins; et quoi qu'il nous en doive coûter , exécutez-les pour votre gloire et pour notre bonheur étemd , etc.

SERMON POUa LE CINQUIÈME DUIANGBB APRÈS

L'EPIPHANIE

StJtl LA SOCliTi DES JUSTES k^C LES PÉCHEURS.

Cim dormirent homkiM, venU inimieus kom^ ft wpm- semlmmM mUcmia immedh ti-itiei. * p

Tandb que les gens dormolent, renneiAi vint, et sema de llyraie parmi le bon ^aln. saint

C'est dans le champ du père de famille que cette ivraie est semée parmi le bon grain , et c'est dans TÉglise de Dieu que les pécheurs vivent au milieu des Justeé, et que les uns et les autres sont confondus ensemble. Ce fut durant la nuit , et lorsque les gens étoient endormis, que Tennemi vint désoler le champ; et c'est pendant cette vie mortelle, qui est pour nous un temps de ténèbres et comme un.e nuit obscure , que l'ennemi commun des hommes fait ses ravages, et entretient dans le sein de l'Église ce triste mélange -des impies et des réprouvés avec les élus. Il ne vient pas tandis que nous veillons , tandis que nous avons les yeux ouverts, et que nous sommes attentifs sur nous-mêmes : mais il prend les moments oii les traits flatteurs du plaisir nous charment ; où les fausses douceurs du monde nous endorment; où nos passions nous ferment les yeux , nous empêchent de Tapercevoir, et de remarquer le dommage qu'il nous cause : Cùm dormirent komnes. Voilà comment cet esprit séducteur s'insinue, comment il introduit le péché dans les âmes , et une multitude presque infinie de pécheurs

27« SUR LA SOCIÉTÉ DES JUSTES, etc.

dans le christianisme : Yenitinmieus homo^ettupeneminavitiûxama. Dieo , d'un coup de son bras tout puissant, pourroit dans un jour les exterminer tous; mais il attend la saison de la récolte, c'est-àdire jusqu'à la fin des siècles et à son jugement dernier , lorsqu'il en* verra ses moissonneurs pour séparer Tivraie d'avec le bon grain ; parlons sans figure: lorsqu'il enverra les anges, exécuteurs de ses volontés et ministres de sa justice , pour faire le discernement des Justes et des pédieurs ; pour mettre à la droite les Justes prédestinés, et à la gauche les pécheurs réprouvés ; pour rassembler les uns dans son royaume , et pour précipiter les autres dans le feu éternel : Col'- Ugiteùxama^ etalligàte ea in feuciculos ad comburendum; triticum autem congregate in horreum meum (Matth.; 15). Ce temps tfest pas encore venu , Chrétiens; et jusqu'à cette séparation , nous vivons au milieu des impies, et les impies vivent au milieu de nous. B est donc d'une conséquence extrême que vous sachiez quelle condmte vous devez tenir à leur égard , et quelle société vous pouvez avoir avec eux. Hais afin de vous en instruire plus solidement , j'ai besoin des lumières du Saint-Esprit, et je les demande par l'intercession de Marie. Ave.

De vouloir pénétrer dans les secrets de Dieu pour savoir à quelle fin Dieu souffre les impies au milieu des élus, ce seroit], dit saint Augustin , vouloir découvrir un mystère qui est au-dessus de nos con<noissances , et que nous devons adorer sans entreprendre de l'examiner. Dieu permet que les impies subsistent, et c'est ce que l'expérience nous fait voir ; il perniet qu'ils subsistent parmi les bons et les prédestinés, et c'est de quoi nous ne pouvons douter. De connoltre les rai^^s pour lesquelles il le veut ainsi, c'est, encore une fois, ce qui n'est pas de notre compétence ; mais d'a{^rendre commait nous devons nous comporter avec les impies et les libertins, c'est ce qui nous touche , et ce qui demande toutes nos réflexions. Or de qui l'appraidrons-nous? de Dieu même, qui en tout, mais particulièrement ea ceci, veut être notre exemplaire et le modèle de notre'conduite. Dieu» Chrétiais , qui est la sainteté même, demeure avec les pécheurs; mais je remarque sur cela deux choses, qui doivent être pour nous deux importantes leçons. Car il ne demeure avec les pécheurs que par la nécessité de son être , c'est la première ; et en demeurant avec les pécheurs , il sait tout à la fois et en tirer sa gloire et procurer leur salut, c'est la seconde. Sur quoi j'établis deux obUgations qui nous regardent, et qui vont faire le partage de ce discours. Dieu n'est avec les pécheurs que par la nécessité de son être, et nous ne devons demeurer avec eux que par la nécessité de notre état : ce sera la première partie. Dieu tire sa gloire des pécheurs, et travaille en même temps à leur salut; c'est ainsi que nous devons rendre notre commerce avec eux également profitable et pour nous et pour eux-mêmes : ce

SUR LX SOCIÉTÉ DES JUSTES, etc. S77

sera la seconde partie. Dans la première, je rons montrerai Tobligation générale de fiiir le conmierce des pécheurs; et nous verrons dans la seconde quel profit il en faut retirer, lorsque nous y sommes nécessairement engagés. En deux mots , le mélange des Justes et des pécheurs est communément dangereux pour les Justes ; mais il peut être quelquefois utile aux uns et aux autres. Autant qu'il est dangereux pour les Justes, ils doivent l'éviter : et autant qu'il peut être tttUe aux Justes et aux pécheurs, les Justes doivent en profiter. Voilà tout le sujet de votre attention.

PRBMIÈBB PARTIS.

A entendre parler l'Écriture, on diroit. Chrétiens, que Dieu, par UM espèce de contradiction , est tout à la fois avec les impies , et qu'il n'y est pas; qu'il s'éloigne d'eux, et qu'il ne s'en éloigne pas ; qu'Û les prive de sa présence, et qu'il ne les en prive pas. Car voyez coqunent il s'exprime différemment , selon la différence des caractères qu'il prend, et qu'il veut soutenir à leur égard. C'est moi , dit-il, qui remplis le del et la terre ; et quoi que fasse le pécheur, il ne peut m'éviter , ni se dérober à^mes yeux. Voilà Dieu présent au pécheur, pour l'observer et pour l'éclairer. Mais il dit ailleurs i Je me repens d'avoir créé l'homme, et je fais pour toujours divorce avec lui , parcequ'il est tout charnel. Voilà Dieu séparé du pécheur , pour se venger et pour le punir. Où irai-je , Seigneur, disoit David , et où fuirai-je de devant votre face? si je descends dans les enfers, je vous y trouve, et vous y êtes en personne, exerçant les rigueiurs de votre justice : Dieu donc, conclut saint Jérôme, habite même avec les réprouvés. Mais j'entends Saûl au contraire invoquant Samuel, et lui témoignant sa douleur V ou, pour mieux dire, son désespoir, de ce que Dieu s'est retiré de lui : Coarctor mmii, a quidempugnantPhilisthim adversum me, et Deiu recessit àme(l. Reg.^W) : il ne faut donc plus chercher Dieu dans la compagnie d'un réprouvé. Comment accorder tout cela? En voici le secret, qui consiste, répond le docteur angélique saint Thomas, en ce que Dieu, qui est le Saint des saints, n'est avec les pécheurs et les impies que par la nécessité de son être , et qu'il n'y est point par un choix d'afiection et d'inclination. Je m'explique.

U est avec les pécheurs par la nécessité de son être, parceque toutes ses perfections divines l'y engagent; sa sagesse, par laquelle il gouveme et maintient dans l'ordre toutes les créatures , jusqu'aux plus révoltés pécheurs; sa bonté, dont il répand les effets sur toutes les créatures,, sans en excepter les pécheurs ; sa toute-puissance, qui fait agir toutes les créatures, et conséquemment les pécheurs. Tous ces devoirs du créateur, qui lient Dieu , pour ainsi <fire , à la créature, sont des devoirs généraux , auxquels tous les hommes ont part , les méchants aussi bien que les bons; et c'est par la raison de ces devoirs que Dieu est inséparable des impies. Mais, comme j'ai dit, ce

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sont des devoirs de nécessite , dont Dieu , supposé le bicoiAiH de la création , ne peut passe dispenser lui-même. Car si vous consultez les inclinations de son cœar/ahl Chrétiens, les choses se passent bien autrement. A peine Thomme est-il tombé dans le désordre du péché^ que Dieu rompt avec lui toutes les alliances, et par conséquent tous les commerces dont sa grâce aloit été le lien. De sorte qu'il n'est plus avec le pécheur en aucune de ces manières qui marquent le penchant et le discernement de son amour; c'est-à-dire qu'il n'est plus* avec le pécheur, ni par l'effet d'une protection spéciale , comme il étoit avec son peuple dans le désert; ni par la communication de ses dons, comme il est avec tous les Justes; ni par l'union intime et mystérieuse de son adorable sacrement, comme il est singulièrement avec l'ame chrétienne qui le reçoit. A l'égard du pécheur, tout cela cesse; et c'est ce qui fait dire au Saint-Esprit que Dieu n'est plus avec les pécheurs ; et qui fait ajouter aux théologiens que si , par une supposition impossible, Dieu pouvoit se dépouiller de son immensité ^ il demeureroit encore présent à un grand nombre de sujets à qui sa grâce l'attache; mais qu'il cesseroit d'être avec les pécheurs, parcequ'il n'auroit plus cette nécessité d'être partout et d'agir partout. D*où saint Ghrysostome conclut (et la pensée de ce Père mérite d'être remarquée) qtle l'immensité, qui est un des plus nobles attributs de Dieu , ne laisse pas , dans un sens , d'être à Dieu comme un tribut onéreux , puisqu elle l'assujettit à ne pouvoir entièrement se séparer de ce qui est l'objet de son aversion et de son indignation.

Admirable idée. Chrétiens, de la conduite que nous devons observer avec les libertins du àlècle. Qu'est-ce que Dieu exige de nous? que nous en usions avec eux comme il en use lui-même. Pouvonsnous nous proposer un plus saint modèle? Il veut donc , premièrement, que nous les supportions à son exemple; et il le vent avec raison, dit saint Augustin , puisqu'on nous a bien supportés quand nous étions nous-mêmes dans l'^arement et la corruption du vice. Voilà pourquoi , reprend ce saint docteur, nous ne devons jamais oublier ce que nous avons été , afin de conserver toujours pour les autres une compassion tendre et charitable dans T'état où ils sont : Cicm tokromtiâ vivendum nobis eit inter malos , quia càfn mali essemus , cum tolerantiâ vixeruni boni inter not (Augùst.). Mais prenez garde, s'il vous platt, à ce terme, cum tolerantiâ ; car saint Augustin hé dit pas que la société des méchants noUs doit être un sujet de' complaisance , mais un exercice de patience; c'est-à-dire, qnè nous devons la souffrir, et non pas l'aimer, parceque c^est ainsi que nous nohs conformons à notre règle, qui est Dieu. * \.

Oui, je l'avoue , il y a des liaisons et des éngdgementb avec les impies , que la loi divine , non seulement né nous commande pas , mais qu'elle tte nous permet pas de roînpfé ; pui^quléire nbus en fait même des devoirs; et c'est ce que j'^àppélle la Nécessité (te nottë état, qui

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répond à h Béoesritë de l'être et de la Prondenoe de Dieo. Autrement, dh ttÎDt Paul , il ftindroit sortir hors du monde, n tout commerce avec les pécheurs y ëtoit généralement interdit : illiof uin delmertaii de koc mundo existe (1 • Cor»^ 6). Par exemple, un père doitil se séparer de ses enfants , parcequ'ii les voit dans le d^idre ; une femme, de son mari, parcequ'il mène une vie licencieuse; un inférieur, de son supérieur, parceque c'est un homme scandaleux? Non, sans doute ; la loi du devoir, de la dépendance et de la sujétion le défend ; et on peut dire alors que le mélange des méchants avec les bons est autorisé de Dieu , puisque Dieu est Fauteur de ces conditions qui engagent nécessairement à cette société. Tout cela est vrai ; mais hors de là , je veux dire hors des termes de la nécessité et de la justice , quahd les choses sont dans la liberté de notre choix , chercher les impies et entretenir avec eux des habitudes volontaires , des amitiés mondaines et profones , des fiaimiliarités dont le prétexte est le seul plaisir, et que nulle raison ne justifie , je dis que c'est aller directement contre les ordres de Dieu , et je le dis après je grand Apôtre ; car voilà comment il le déclaroit aux chrétiens de Thessalonique : Denunciamus vobis , ut subtrahatis vos ab omni fratre ambulante inoT" dmatè (8. Theis,^ S) : Nous vous ordonnons , leur disoit-il, au nom du Seigneur, de vous retirer de tous ceux d*entre vos frères qui tiennent une conduite déréglée, et de garder ce précepte comme l'un des plus importants et des plus esseniièls de la loi de Dieu. De là vient que David s'en faisoit un point de conscience et de religion : Non tedi cum eond&o vanitaûe, et cum nàqua gereKHbtu non introibo; odivi Ecclesiam malignantium {Ps. 25) : Ma maxime a toujours été de n'avoir point d'union avec les partisans du vice, et de ne me point mêler avec ceux qui font gloire de commettre l'iniquité, d*aimer leurs personnes , parceque la charité me le conunande ; mais de haïr leurs assemblées , de fuir leurs intrigues, d'abhorrer leurs conversations, parce qu'une charité plus haute, qui est celle que je dois à Dieu et qu^^je me dois à moi-même , m'empêche d'y avoir part.

Voilà, dis-je , mes chers auditeurs , ce que nous dicte la prudence chrétienne , et à quoi elle nous oblige indispensabiement : d'éviter, autant que notre condition le peut permettre , les sociétés mauvais ses et corrompues. Et voyez aussi comme Dieu nous en a inspiré l'horreur, soit par rapport aux païens et aux idolâtres, soit par rap« port aux hérétiques et aux schismatiques , soit à l'égard même> des catholiques libertins et prévaricateurs. Vous êtes mon peu* pie, disoit-il aux enfants d'Israël, en les IntrodiiTisant dans la terro de Chanaan ; vous êtes mon peuple, et je vous ai choisis parmi, tous lès peuples de la terre, afin que vous me soyea spéoiaiemim dévoués : mais c'est pour cela même qu^M ne voiM sera-paé permir de traiter avec les peuples Infidèles , <}ae vous n*«n^evez point ctams leurs allfonces, et que mil mariage éiltrè eun et ^ms ne peirra

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être contrltctë légitimement. Pourquoi cela, demande saint Augustin? Ce commerce avec les étrangers ne pouvoit-il pas être avantageux et nécessaire aux Israélites pour leur établissement? Peut>étre la politique du monde en auroit-elle ainsi jugé ; mais Dieu, dont les vues saintes et adorables sont infiniment élevées au-dessus de celles des hommes, voulut que la politique du monde cédât à l'intérêt de la religion- Non , leur signifia-t-il , quelque avanuige que vous puissiez vous en promettre, vous ne rechercherez point ces nations, et vous vous en tiendrez toujours éloignés : Cave ne unquam cum habitatoribus terrœ lUius jungoB wmcxûoM (Exod.^ 34). C'est ce que portoit expressément la loi ; et vous verrez, Chrétiens, si cette défense étoit inutile et sans fondement. Fuyez, nous dit-il ailleurs, par la bouche de sajnt Paul , fîiyez rbérétique, si vous voulez conserver la pureté de votre foi : HaS" retkum homnem devita ( Tit.^ 3). Donnez-vous bien de garde, non seulement d'entretenir des intelligences dans le parti de Terreur, non seulement d'en épouser les intérêts, mais d'y avoir m^me de simples liaisons, hors celles que la piété chrétienne et le devoh* de votre condition peuvent justifier. Et si ce sont des orthodoxes qui , malgré leurs mœurs dissolues, ne laissent pas de vivre avec nous dans la communion d'une même créance. Dieu nous en a-t-il interdit la société? Écoutez encore l'Apêtre. Je vous en ai déjà avertis , écrivoit aux Gorinihiens ce maître des nations , et je vous ai marqué, dans une de mes lettres , de n'avoir jamais nul engagement , ni avec les impudiques et les voluptueux, ni avec les médisants et les calomniateurs, ni avec quelque autre que ce soit de ceux qui peuvent vous corrompre et être pour vous un scandale. Quand ce seroit votre frère par inclination et par liaison d'amitié, si c'est un homme de mauvaise vie, je ne veux pais que vous ayez ensemble la moindre communication , ni que vous puissiez manger avec lui : 5t i« qui frater nomnatur est farfàca* tor, oui ntaledtcuf, oui rapax^ cum qutmodi nec cibum $wnere {i.Cor.S).

Dieu veut^ dit excellemment Guillaume de Paris, et cette pensée est belle, bien veut qu'en nous séparant des impies, nous fassions dès à pr^ttt ce qu'il fora un jour lui-même, et que nous prévenions ainsi la résurrection générale et le jugement dernier. Quand le Fils de Dieu viendra juger le monde, les réprouvés, il est vrai, ressusciteront en même temps que les Justes ; mais ils ne ressusciteront pas néanmoins avec les Justes, parcequ'au moment même de la résurrection, les Justes seront séparés des réprouvés, par ce discernement terrible dont a parlé David, et dont les anges seront les exécuteurs^ : Ideo non rewr^ gemt imfi» m judido, ,neque peccatores in concilio Juttorum jPs* ))• Quel est donc le dessin de Dieu ? poursuit Guillaume de Paris : c'est que les bons vivent en ce monde « à l'égard des méchants, dans le même ordre ou ils doivent ressusciter et être jugés ; c'est-à-dire qu'ils se discernent ettx*roênes> pour ainsi parler , d'avec les pécheurs.» et

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que dès cette vie ils commencent à prendre leor rang, afin qne Dieu ne soit presque pas obligé d'y employer ses anges, ni de faire d*aatre choix de ses élus.

if Aossî est-ce en cela que consiste la perfection et la gloire des Justes sur la terre ; et telle est Tidée qne TÉcriture nous en donne : car qoand Dieu commande à Josuë de £adre mourir Acham, qui ëtoit un homme scandaleux au milieu de son peuple, il ne s'en explique point à lui autrement que par ces paroles : Surge^ tanctificapopulum { Josus, 7) : Je veux que demain tu sanctifies mon peuf^e. Et que ferai*je pour cela, Seigneur? répliqua Josuë. Tu extermineras Acham, qui est an sacrilège. Tandis qu'il demeurera parmi les tribus, je n'y puis demeurer moi-même: mais retranche cette ame criminelle » et alors tout le peuple sera sanctifié. Vous diriez , Chrétiens , que la séparation des méchants est comme un sacrement d'expiation pour les bons. En effet, il ne fiaudroit rien davantage pour sanctifier des familles , des communautés, des ordres tout entiers. Otes d'une maison un domestique videux quirinfecte, vous en ferez une maison de piété ; ôtei d'une communauté un esprit brouillon qui la divise, vous en ferez une assemblée de Saints ; ôtez de la cour d'un prince qudquesathées qui y dominent, vous en ferez une cour chrétienne. Il y a tel homme dans Paris qui a perdu plus d'ames que jamais un démon n'en pervertira; et vous oonnoissez certiiines femmes dont la société fait plus de libertins que les plus contagieuses leçons de ceux qui autrefois ont tenu école de libertinage. Otez donc un petit nombre de ces hommes et de ces femmes , et vous rétablirez presque partout le culte de Dieu, Or ce retranchement ne seroit pas impossible, si les intérêts de Dieu étoient aussi respectés que ceux des hommes. N'avez-vous jamais pris garde. Chrétiens , à une chose assez particulière que nous marque révangéliste saint Jean , en parlant de la dernière cène que Jésus-Christ fit avec ses apôtres la veille de sa mort? Au même temps que Judas sortit pour aUer exécuter son détestable dessein, le Sauveur du monde entra dans une espèce d'extase, et s'écria : Nunc clarificatu9 M FiUus Hanùms (Joan., 13) : C'est maintenant que le Fils de l'Homme est glorifié. D'oiilui venoit cette gloire? demande saint Augustin ; ce n'étoit pas de la vision bienheureuse de Dieu, car il la posséda dès llnstant même de sa conception ; ce n'étoit pas de la résurrection de son corps, car il n'étoit pas encore ressuscité : mais elle lui vint de la sortie de ce traître, qui avoit été jusque là présent avec les autres disciples , et c'est la raison qu'en apporte le texte sacré : Cum ergà txmei , diadi Jésus : Nunc elarificatm ett FUim Honùnis. Tandis que Judas étoit dans sa compagnie, c'étoit, en quelque sorte, comme une tache pour lui ; mais quand il s'en vit séparé, quoique cette séparation d&t être bientôt suivie de tous les opprobres de la croix , il ne laissa pas de s'en tsire une gloire : Nunc elarificatus est Filim UominU. Or si la gloire du Fils de Dieu ne.pouvoit être complète tandis qu'il souffroit un ré-

3» SUR LA SOCIÉTÉ DfiS JUSTE^^ etc.

prouve auprès de lui , jugez, mes chefs audiféursy si vous poifvei: être saints et justes devant Dieu, lorsque Tons vivez avec les pécheurs, et que vous vous tenez volontairement au milieu d'eux.

Voilà pourquoi TEglise, dit saint Thomas, excommunie certains pé* cheurs. Par cette censure elle partage le bon et le nfauvais grain, pour retenir Tun et pour rejeter l'autre ; en quoi elle nous apprend notre devoir, et nous donne à connottre ce que nous sommes obligés de faire nous-mêmes. Vous ne voulez pas vous séparer des impies, elle les sépare de vous. Gar ne pensez pas qu'elle prétende seulement ,les punir, en les privant du bien de la société commune. Il y a deux choses dans l'excommunication : une peine pour le coupable, et une loi pour l'innocent. L'Église condamne le pécheur à n'avoir plus de communication avec les fidèles, voilà la peine ; et, en même temps, elle ordonne aux fi<!^les de n'avoir plus de commerce avec le pécheur, voilà la loi. S'ensuit-il de là qu'il n'y ait que ces pécheurs frappés des anathèmes de TÉglise, dont la compagnie nous soit défendue? non, Chrétiens : tout ce qui n'est pas formellement défendu par l'Église n'est pas pour cela permis. Il y a des lois supérieures et plus générales, auxquelles nous devons obéir. L'Église, en vertu de ses censures, ne nous interdit que la société des scandaleux , qui lui sont rebelles ; mais , sans lui être rebelles , c'est assez qu'ils soient scandaleux , pour nous faire conclure , indépendamment des défenses de l'Église, que nous sommes dans l'étroite obligation de les éviter. Ce ne seroit pas même bien raisonner, parceque l'Église a révoqué les peines portées contre ceux qui fréquentent les impies excommuniés, de prétendre dès-lors qu'elle approuve une telle fréquentation et de telles habitudes. Je m'explique, et observez ceci , s'il vous plait ; il est bon que vous en soyez instruits. Dans la rigueur du droit ancien,, les fidèles ne pou voient jamais traiter avec un homme retranché de la communion de rÉglise, sans encourir la même censure. G'étoit la loi universelle; mais, par des raisons importantes, vérifiées dans les conciles, l'Église a relâché de cette sévérité, et ne nous défend plus que le commerce de ceux qu'elle a publiquement et nommément excommuniés. Est- ce à dire que nous pouvons donc converser indifféremment avec toutes sortes d'hérétiques, avec toutes sortes de gens corrompus et dangereux, sous prétexte que l'Église ne les a point encore notés et flétris? Abus, mon cher auditeur. L'Église peut bien révoquer ses lois, elle peut bien changer ses coutumes ; mais sans préjudice de la loi de Dieu, qui est irrévocable et invariable. Or la loi de Dieu est que, hors les engagements nécessaires de ma condition, je' m'éloigne de toutes les compagnies où l'innocence de mon ame peut être en péril. Si je les cherche de moi-même et par un choix libre , il est vrai , les foudres de l'Église ne tomberont pas pour cela sur mol , parceque TÉglise veut bien user à mon égard de cette indulgence ; mais toute son indulgence ne peut faire que par-fii je ne devienne

SUA liA fiOGlÉlU: 0BS KSIES, stc. 28S

ooupabh» d'un méprts formel de Dieu , qne par-là je ne devienne le scandale de mes frères, que par-là je ne devienne ennemi de moimémey en me perdant moi-mâne. Trois grands désordres renfermés dans un même péché. Appliquez-vons.

Oui, mon cher auditeur, lier avec d^s libertins et des impies , que vous conhoissez pour impies et pour libertins, c'est mépriser Dieu. Et qu'appelez-vous en effet mépris de Dieu, si ce n'est pas de s*nnir avec ses ennemis? et qui sont les ennemis de Dieu , si ce ne sont pas les pécheurs, surtout certains pécheurs déclarés? Que penseroit-on d'un fils lié d'affection et de cœur avec les persécuteurs de son père, avec ceux qui attenteroiebt aux droits et à l'honneur de son père, aveo ceux qui feroient une {pierre ouverte à son père? N'en auriez'vous pas horreur, comme d'un monstre dans la nature? Or voiià ce que vous faites en vivant avec les impies. Tant qu'ils sont dans le désordre de leur péché, il y a entre Dieu et eux une* haine irréconciliable. Consultez les livres sacrés, et lisez le reproche qu'eut à soutenir Josaphat, roi de Juda, et prince du reste très religieux. Il s'étoit allié avec l'impie Achab, roi d'Israël : il n^avoit pas manqué de raisons d'état pour « l'engager à cette alliance, et tout son conseil y avoit passé ; mais son conseil étoit en cela réprouvé de Dieu. Prince, lui dit Jéhu , avec tonte la liberté d'un prophète, vous êtes prévaricateur; vous avez donné secours à un roi criminel , et vous avez reçu dans votre amitié ceux qui ont conjuré contre votre Dieu et le mien : vous méritez la mort : Impio prœbes auoAixam, et his qui oderunt Dominum amicitiâ junge-^ rh; klcirco irani merebarià (2. Paralip. ^i9). Les bonnes œuvres de Josaphat et sa bonne foi l'excusèrent; mais vous. Chrétiens, que pouvez-vous alléguer.^ Outre l'injure que vous faites à Dieu, comment pouvez-vous justifier le scandale que vous causez dans l'Église et parmi le peuple de Dieu? Car n'est-ce pas un scandale de vous voir tous les jours dans les sociétés d'une ville ou d'un quartier les plus suspectes, de vous voir dans des assemblées d'oil toute pudeur semble bannie, où se tiennent les discours les plus libres, où se débitent les maximes les plus pernicieuses, où souvent nulles règles de bienséance et de modestie ne sont observées ; de vous voir avec des esprits sans religion, avec des femmes sans réputation, dans des lieux où règne la licence et où se répand la plus mortelle contagion ? Qu'en peut-on penser? qu'en peut-on dire? et même qu'en a-t-on déjà pensé etqu>na-t-ondit?

Et ne me répondez point que vous savez bien vous conserver, et , quoi qu'en dise le monde , que vous dvez pour vous le témoignage de votre conscience, qui vous suffit. Ah ! mon cher Frère , écoutez ce qu'ëcHvoit là-dessus saint Jérôme à une dame romaine. Il faut , lui disoit ce ï^re, quand tous parlez ainsi , que vous soyez bien peu vBtsée dans les devoirs de la vie clirétieimei Et ùè SaVëz-vouspas qu'en tnatière de conduite; vous devez rendre â>mpte à Dieu , non

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