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sealement de ce que vous faites y mais de ce que Ton dit de vous ; que ce n'est point assez de satisfaire à votre propre conscience , mais que vous êtes encore obligée de satisfaire à celle d'autroi ; que saint Paul , qui ëtoit plus éclairé que vous , avoit égard aux hommes » aussi bien qu'à Dieu , pour régler sa conversation , ne croyant pas qu'elle pût être innocente , quand les hommes pourroient prendre sujet de s'en offenser , et sachant que c'est se rendre coupable devant Dieu , que de ne se mettre point en peine de le paroltre devant les hommes. Amsi parloit saint Jérôme ; et concluant par l'exemide du même apôtre , qui refusoit de manger des viandes d'ailleurs permises, parcequ'il craignoit de scands&ser les fidèles: Ah! reprend ce saint docteur, les compagnies des hommes ne sont pas plus nécessaires que les aliments ; et pourquoi n'éviterons-nous pas ces liaisons scandaleuses qui blessent la pureté de notre christianisme, qui donnent lieu à mille soupçons, et qui servent de matière à la médisance publique , puisque saint Paul s*abstenoit d'une viande et en avoit même horreur , dè& qu'elle pouvo)t donner quelque scandale au moindre des chrétiens ?
Mais laissons le scandale , et n'insistons maintenant , mon cher auditeur, que sur ce qui nous regarde nous-mêmes. Est-il possible que dans ce commerce familier avec des impudiques et de&Jibertins , vous ayez toujours un cœur pur et chaste ? Peut-on raisonnablement espérer que dans un air tout corrompu , vous ne vous ressentiez jamais de sa corruption ? Et ne seroit-ce pas au moms pour vous la préemption la plus aveugle et la plus crimindie , de vous y croire exempt d'un danger qui souvent vous est, selon Dieu , aussi défendu que le mal même ? Si cela étoit , jamais les prophètes et les apôtres n'auroient été plus confirmés en grâce que vous; et vous auriez cet avantage sur eux , qu'ils ont fui la société des impies parcequ'ils la jugeoient dangereuse pour eux-mêmes , ainsi que le témoigne saint Jérôme du prophète Ézéchiel , qui dans cette vue se sépara de tout le reste du peuple , et se retira à Técart : au lieu que vous y demeurez volontairement et jsans crainte , comme si vous aviez un préservatif infaillible contre le péché. Mais si cela n*est pas , quelle est votre témérité , de hasarder plus que n'ont fait ces hommes de Dieu et ces Saints du premier ordre ; de vous exposer à des occasions pour lesquelles ils ne se sont pas crus assez forts, de vivre en assurance où ils ont tremblé? Pourquoi Dieu £aisoit-iI aux Hébreux des défenses si rigoureuses de se mêler et de négocier avec les étrangers? c'est que dans ces négociations et ces alliances , il prévoyoit leur chute et leur ruine presque inévitable. Et, en effet, eurent-ils jamais commerce avec une nation , dont ils ne prissent enfin les superstitions et les impiétés ? Commixti tunt intergenteSf et didicerunt opéra eorum (P«. 105). Pourquoi TEglise, dès sa naissance » ne vouloit-elle pas que dans le christianisme on contractât aucun mariage avec les infidèles ? car voilà comment saint Jérôme entend ces paroles de saint Paul : NoUte jugum ducere
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ciim infidetibus (3. Cor.» 6). C'est qn'dleooMîdëroitledttiger où de tels engagements mettroient la foi des cbrëtiens. Et pourquoi Jësos-Christ loi a-t-il donné un pouvoir qui semble renverser tout le droit humain ? Rendes-vous, s'il vous plaît , attentiis : oed vous surprendra ; mais je n'avance rien qui ne soit fondé sur rÉcritûre et sur les sacrés canons. Pourquoi , dis-je , JésusOirist a-t-il donné pouvoir à son Église de rendre nui , du moins quant à ses principales obligations , le plus authentique de tous les contrats qui se célèdi>rent parmi les hommes , un mariage légitime , un mariage solennellement ratifié entre deux païens , dont l'un vient à recevoir ;le tapttoe , et l'autre persiste dans son idolAtrie , si ce n'est paroeque dans ce mëllbge de religions » celle du vrai Dieu ne se trouveroit pas en sûreté ? Qtci< emm neidi , dit Tertullien , abliierari quotidiè fidan eommercio infideU f (Tertull.) Qui doute que la foi ne s'effooe peu à peu par la fréquente communication d'un esprit infidèle ? C'est ce que ce docteur si zélé pour f étrpite discipline de l'Église représenuût quelque temps avant sa mort à sa propre femme , afin de la idétoumer , selon ses maximes , d'un second mariage ; du moins afin de lui faire entendre l'oMigation où elle étoit de ne s'allier jamais avec un païen. Et moi , me servant de la même pensée et l'appliquant à mon sujet , je dis : Qttti neiiAt f Qui doute que Impiété de Famé la plus religieuse ne s'altère par les exemples d'un ami qui vit dans le dérèglement » et qu'on a sans cesse devant les yeux? On est dépositaire de ses sentiments , on l%ntend parler, on le voit agir; et insensiblement on s'accoutume à penser comme lui y à parler comme lui , à agir comme lui. Ce n'est pas d'abord sans quelques répugnances et qudqnes combats ; idais enfin ce qui faisoit horreur commence à ne plus déplaire » et ensoite plaît tout* à-fait et entraîne. Qm nescitf Qui doute que la retenue et la sagesse d'une jeune personne , que sa vertu la plus aflermie ne vienne avec le temps à chanceler , et ne reçoive de puissuites atteintes , par ces entrevues particulières et ces privautés où son cœur s'épanche avec un mondain ou une mondaine , qui lui inspirent leurs danmables principes, et qui dans l'espace de quelques mois détruisent tout le fruit d'une sainte éducation et le travail de plusieurs années? De là cette maxime si universellement reconnue , confirmée par tant de preuves , et si commune : Dites-moi qui vous fréquentez , et je vous dirai qui vous êtes.
Quoi qu'il en soit, mon cher auditeur, TÉglise n'a rien épargné pour empêcher que le commerce des impies ne fôt préjudiciable à ses enfants; et de votre part« que faites^vous pour seconder ses soins? Peut-être pensez-vous que la société de cet homme plongé dans la débauche et adonné à son plaisir, est moins à craindre pour vous que ceUe d'un infidèle ; et je prétends au contraire que mille idolâtres conjurés pour vous pervertir et pour vous perdre^ ne feront pas la même impression sur vous qu'un libertin avec qui vous êtes uni de connois-
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jnooe e( de ooiqpagiUe. Job se eonsenra an milieu dei .fausses Trinités et de ceux qui les adoroieot ; mais Lot eût succombé dans Sodome et parmi ses coocitoyens. Je vais plus loin » et je soutiens marne que tous les efforts des démons coutre vous ne seroieut pas une teniatiou si dangereuse que la présence et la vue de ce pécheur scandaleux* JjAais je vous en^çds , et par vos mœurs je juge de votre pensée* Vous ne craignez pas ces partisans du vice , parceque vous en êtes peut* être déjà aussi infecté qu'eux ; et ils ne peuvent plus vous nuire , parceque vous en avez reçu tout le dommage dont vous étiez menacé. Il £aUoit bien que l'oracle du Seigneur se vérifiât ainsi : car il se seroit tron^péy si, yivaiift et conversant avec des âmes réproutées, vous vous étiez maintenu dans Vinnocence.
Ah ! Chrétiens , nous nou» étonnons de voir aujourd'hui le siècle si corrompii ; «ous ne comprenons pas d'où vient tant de dissolution ,da)is la jeunesse ; nous rougis^ns poiu* tant de personnes du sexe, qui ne rougissent de rien ; nous sommes surpris d'entendre les désordres des mariages , qui éclatent tous les Jours ; nous appreMns avec indignation combien Fimpiété règne dans les cours des princes ; le dirai-je? nous voyons avec horreur te vice se glisser jusque dans le ssinctuaiFfî, et s'attacher au ministre des autels. En voici la source la plus ordinaire : ce sont4es sociétés et les conversatioâs du monde" profane. Voilà iCe qui sert d'amorce à la cupidité, ce qui allume la passi0ai9.ce qui £ait former les intrigues , ce quHait réus^r les plus abominables entreprise». Voilà ce qui renverse les forts , oe qui infatué tes sagesi, ce qui corrompt les vierges. Réglez les sociétés et les conv^sàti^ns des hommeis , et dans peu vous réformerez tous les .états. Vous 9 père , éloignez ce jsupe homme de tel autre qu'il recherche avec'trop d'assiduité , et vous le verrez toujours marcher dains le bon chemin. Vous , mère , ne recevez pbis o^ ne rendez plus certaines visites «et cette fille qui vous y accompagne deviendra un modèle de vertu, yous, chrétien , qui que vous puissiez être, rompez avec cet ^1^1 f et j'ose presque vous répondre de votre salut. Mais quoi , dites* vous, fibandonner un ami ! Oui , il faut le quitter ; et fût-ce votre œil , il faudroit.rarracher. Pourqtioi entretenir un am^ contre vous-même, et quel compte devez-*vous faire d*une amitié qui abontit à votre réprobation ? Le Fils de Dieu ne vous a-t-il pas expressément enseigné que quiconque n*auroit pas en haine ses propres parents , son frère et sa sœur, son père même et sa mère , ne seroîr pas digne de lui : c'est* i-dire que quiconque ne seroit pas disposé à se séparer de ses proches, fûtrce un frVeou une sœur , fût-ce un père on une mère, dès qii*il en poarroit cramdre quelque scandale , se rendroit dès-lors coupable aux yeux de Dieu , et n'entreroit jsimais dans son royaume? Or , si je dois en user ainsi envers les auteurs de ma vie , quand ce sont des obstacles à mon salut , ces faux amis, complices de mes iniquités » .ont'iis irMiàe se plaindre ^ lorsque, pour mei sauver de i'abtme oh
S|JR LA ^QÇVm mS JVSTBS» me. m
Ut m^ Gonduiseiii , je me jf^tnobe d'eux et je les renoim? £t s'ik eu raisonnent, s'ils en reilleQt, s'ils me frappent dç leurs mépris » doisje [datôt les écouter que Dieq même ? Noo , non , rkn ne me doit être cher au préjudice de mon ame ; et dès qu'il s'agit d'un aussi grand intérêt que celui-là » Dieu et moi , yoilà ce qui m» suffit» Tout le reste me devient indifférent.
Cependant, Ghrétieos, il y a des sociétés où des engagements nécessaires nous retiennent : et conune Dieu , supposé la nécessité de son être qui l'oblige à demeurer avec les pé(4eiirs , sait en tirer sa gloire, et emploie à lepr conversion la présence de sa divinité ; ainsi devons-nous profiter aux impies qui viwnt avec nous,. et profiterais impies avtec qui nous vivons par la nécessité de notre étal. Aslre obligation, qui va fiiire la sujet ile la seconde partie.
DEtJXIÈMB PARTIE.
C'est une vérité certaine. Chrétiens : quoique le pécbé, dansle fond de son être, soit essentiellement unéinjuce fiûle à la majesté de Dieu, il ne laisse pas néuimoîns de servir à sa gmndeur. Dieu ne te so^ffrirok pas, remarque saint Chryâsatome, s ii n'étoit capable d'y contribuer par sa maÊce même; et il anéantiroit plutât tous les pécheurs du monde» ^U^f d'en voir un seul dmit il ne pôi tàer quelque tribut de glmre. JD0 ce que l'homme pèche, dit exeeilamnent saîtot Augustin, il se Huit à soi*-méme; mais il n'acréts pas Tcffét de la bonlé divine: Qmd fodt ma/«s, tiH nocet; non bomiHUi Iki mmiradiçit (AuG.). Car Die)is qui est un admirabihe ouvrier» se sert afanlsgeusemept des défauta de son ouvrage , et il ne les permet ifue pdrcequ'il S9^ l^ien s'en prévaloir : lUo uiique peocaiore benè tttitur, qm me muM esse pstmaerety siillo utinoii posset (Idem^). C'est en cela, poursuit ce ^nt docteur, qui développe ce point avec toule la solîdtté possible, c'est en cela qu'édate la sagesse dn créaiear , et qu'elle parolt même l'emporter snr hi tonle-puissanoe; paneeqtie TefiFet de la toute-puissanœ est de créer tes èiens, et celui ds la sagesse de trouver le bien dans Ufs muix, en les rapportant à Dieu. Or ce rapport du mal au souverala bien est quelque chose «ki Dieu de plus mervcîUeux que la prodaclion des 'êtres créés, qui lui est coaune naturelle^ Dieja, ajoute le même Père, prend, ce semble, plaisir à faire tout le contraire des impies dans l'usage des choses. Car comme leurmiquité consiste à abuser de ses créatures, qui sent bonnes; auqsi sa justice se fiait Vjsir à bien user de leurs volontés , qui Jbnt àfiauvaîses: Quia HetU illarum tniquitas est malè uH botàs operïbus e^« , me ilBm justiHâ est benè uti matàs aperibm eonem (idem.). Étrange oppoûtion de Dieu et du pécheur! Dieu même, dit encore saint Augustin, quoiqu'il soit la pareté originaire et primitive, n'est pas pur à Tégard des impies , pnrœqu'-eale blasphémant et en l'outrageant, Hsra font tons les jours Isi'mmti&rede rûnpiireié : hmimndis ne'Di^ts^ifuixkm ifise mutuels m,
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quem quotidiè btoipkemant (Aug.)* Au liai qne le péché, qui est rimpureté substantielle, se purifie» pour ainsi dire, à ïégàtd de Dieu, paroequ'ii devient le sujet de sa gloire. Tontes ces pensées sont belles, et dignes de leur auteur.
Maus iln'endemeure pas là. Pour en venir à la preuve, et pour vérifier dans le détail ces propositions générales, voyez , oontinue-t-il, mes Frères, comment en effet tout ce qu'il y a sur la terre d'impies, de scandaleux, de réprouvés, concourt admiraUement, et malgré les intentions des hommes, à glorifier Dieu. Considérez d'abord tous ceux qui se trouvent privés de la lumière de TÉvangile, et destitués du don de la foi. Jetez les yeux sur les païens idolâtres, sur les hérétiques obstinés, sur les scbismatiques rebelles , et sur les Juifs endurcis. Dieu ne leS emploie-t-il pas tous à Texécution de ses plus grands desseins? Nonne utitur gentilms (observez ces paroles. Chrétiens, elles sont tirées du livre delà Vraie Religion), nonne uHtur gentiinu ad ma* teriam operationis iuœ, kagreiicU adproboHonem docivmœ tuœ^ schî^ maiicisad documemum Habilitais suœ, Judeeii ad comparalianem pUr chritudinis suœ? (Aco.). Ne se sert-il pas des infidèles pour opérer les merveilles de sa grâce, et pour les faire oonnottre? un monde converti par douze pécheurs, qu'y a-t-il de plus grand et de plus fort pour établir la ^ité de notre religion? Ne se sert-il pas ,des hérétkpies pour rédaircissement de sa doctrine, et pour nous confirmer dans la vrai# créance? Jamais la foi n'a été mieux développée, que lorsqu'elle a été combattue; et rien n'a plus donné lieu à découvrir la vérité, que Terreur. Ne se sert>il pas des scbismatiques comme d'une preuve sensible de la perpétuité et de l'inébranlable fermeté de son ÉgUse? malgré la division de ses membres, elle se maintient toujours dans l'intégrké d'un corps parfait, tandis que nous voyons périr et se consumer les factions qui se sont élevées contre notre chef. Et les Juifs, ces restes déplorables du peuple de Dieu , malheureuse postérité d'une nation bien aimée, ne semblent-ils pas demeurer sur la terre pour servir de témoins à Jésus-Christ , autorisant sa personne par leurs Écritures, vérifiant ses mystères par leurs prophéties, et relevant son Évangile par la comparaison de la loi? C'est un mauvais grain semé dans le champ de Dieu; mais admirez en combien de manières il est utile à la gloire de Dieu.
Je dis le même de tous les impies en général : Dieu en sait fiûre mille usages pour la manifestation de ses devins attributs, et pour le bien commun des hommes. Ce sont les fléaux de sa justice, pour punir les pécheurs; et ce sont les instruments de sa miséricorde, pour éprouver les Saints. Quand Jérusalem fut saccagée sous l'empire de Tite, c'étoit Dieu qui se servoit de l'ambition des Romains , pour exercer ses vengeances sur les Juifs. L'ambition des Romains étoit criminelle , mais les châtiments et les vengeances de Dieu étoient justes. Que faisoîent les tyrans et les persécuteurs du nom dvétieD?
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en voulant détruire les fidèles, ils les mnltiplioient, ils donnoient des ' confesseurs à Jésus-Christ, ils rempllssQient l'Église de martyrs» ils peuploient le ciel de prédestinés.
Mais avançons. Il est donc vrai que Dieu profite ainsi des pécheurs pour Faugmeniation de sa gloire et pour notre salut. U est vrai que les moycDS ne lui manqùeut jamais , pour se dédommager de Tinjuré qu'il reçoit de la malice des hommes et du péché» et qu'il la répare par le péché même, et par la malice de ceux qui l'ont commis. Or voilà encore le^modèle que nous devons'suivre» si la nécessité de notre état nous engage dans le commerce des impies : du moins» à l'ooimple de Dieu, devons-nous en tirer avantage pour nous-mêmes. Nous le pourrons toujours, quand nous ne les aurons pas recherchés, et que nous n*aurons pas d les éviter. Car de même, dit saint Ambroise, que Dieu trouve dans les pécheurs de quoi rehausser l'éclat de ses infinies perfections, nous y trouvons de quoi acquérir et pratiquer les plus éminentes vertus. En effet , quoi que fasse le pécheur avec qui je vis, si j'ai l'esprit de Dieu, c'est une leçon pour moi et une occasion de me sanctifier. S'il me pei^sécute , il me fournit une matière de patience; s'il se déclare mon ennemi, il purifie ma charité; s'il me fait souffrir, c'est un sujet de mortification. S'élève-t-il audessus de moi par orgueil , il m'apprend à me ttnir dans la modestie. Se laisse-t-il emporter à là colère , il met en œuvre ma douceur. Tombe-t-il dans des péchés, honteux, il excite ma compassion et mon zèle. le dis plus, et c'est après saint Grégoire 'pape que je le dis; jamais, dans les règles ordinaires, un Juste ne seroit parfait ni ne pourroit le devenir, si Dieu, par la disposition de sa providence, ne l'obligeoit quelquefois à vivre avec les pécheurs; pourquoi cela? parceque c'est dans cette société, et dans ce mélange des bons et des méchants, qu'il doit être dégagé des imperfections humaines : Ima quippc ma* lorum societas, purgatio bonorum est (Greg.). Et comment, demanda cePère,s'exerceroit-ildaDslesgrandes vertus, s'il n'y avoitdes pécheurs dans le monde? En quoi pratiqueroit-il cette charité héroïque dont le Fils de Dieu nous a aonné l'exemjple, et dont il nous a fait un commandement, s'il'n'y avoit des offenses et des injustices, des médisances et des calomnies à pardonner? Où seroit le mérite de sa persévérance, s'il n'y avoit des contradictions à essuyer, des railleries à supporter , des attaques de la part des libertins à soutenir et a repousser?
Rien de plus constant , chrétiens auditeurs : si nous étions aussi zélés que nous le devons être pour notre salut, et si nous voulions faire plus de progrès dans les voies de la piété et de la perfection évangélique,tin des plus puissants moyens pour nous porter à Dieu seroit la présence et la vue de tant de pécheurs que nous avons sans €:essé auprès de nous. Quel fonds y trouverions-nous d'une reconnoîssance parfaite envers Dieu, puisque c'est par un bienfoit spécial B. 2. 19
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de sa grâce que nous avons été préservés des désordres dont notts sommes témoins et dont nous gémissons? Quel motif d'une humilité profonde et d'une continuelle attention sur nous-mêmes , puisque à chaque moment nous y pouvons nous-mêmes tomber ; d'une charité respectueuse à l'égard dii prochain, puisqu'il est, jusquedans son iniquité, l'exécuteur des arrêts de Dieu, le ministre de Dieu pour nous châtier et nous corriger; d'une pénitence salutaire et d'une pleine soumission , puisque plus nous sommes traversés, plus nous pouvons satisfaire à la justice divine et nous acquitter? Mais qu'arrive*t-ii? c'est que nous renveirsons tout Tordre des choses, et que de ces moyens de salut, nous faisons les sujets de notre perte. Le dessein de la Providence est que le commerce des pécheurs nous sanctifie , quand une nécessité indispensable nous y attache, et c'est ce qui nous pervertit. Dieu en tire sa gloire , [et nous notre ruine. H en devient plus saint de cette sainteté extérieure et accidentelle que nous lui souhaitons tous les jours, et lious en devenons plus critninelà.
Permettez-moi , Chrétiens, d'ouvrir ici mon cœur, et de vous faire part de mes plus secrets sentiments. Je gémis quand, au tribunal de b pénitence, j'entends un homme du monde se plamdre de sa condition, comme s'il prétendoit justifier les égarements de sa vie par l'étroite obligation où 11 se trouve de demeurer au milieu du siècle corrompu, et d'y entretenir des liaisons qu'il ne peut roilipre : qumid j'enteods une femme déplorer la triste situation où elle se voit, et médire que tout le dérèglement de son ame vient d'être engagée par devoir à un mari sans religion, sans frein dans ses passions, sans retenue dans ses débauches. Qu'ai-je là-dessus à leur répondre? je les plains moi-même, non pas de leur état prétendu malheureux, puis- . que c'est l'état où il a plu à Dieu de les appeler ; mais du mauvais usage qu'ils font de l|ur état, contre les desseins de Dieu qui les y a placés. Je plains cette Temme, non pas de ce qu'elle souffre, mais de la manière dont elle souffre ; ne se souvenant pas, ou ne sachant pas que ce mari vicieux est un moyen choisi dans le conseil de la sagesse étemelle, pour l'éprouver et pour la sauver. Or si cela est, comme la plus solide théologie renseigne, n'est-elle pas en effet bien à plaindre de souffrir toutes les incommodités d'une société pénible et fâcheuse et de n'en avoir pas le mérite ; de convertir le remède en poison, et les grâces de Dieu en de perpétuelles occasions de péché ?
Mais si j'étois dans un autre état, je travaillerois sans peine à mon salut. Vous le dites, mon cher auditeur, et moi je vous dis qu'en cela vous vous trompez ; car vous ne pourriez travailler à votre salut sans Dieu. Or Dieu ne veut pas que vous y travailliez ailleurs ni autrement. Voilà la voie qu'il vous a marquée. Mais il est impossible, ajoutezvous, de résistera tant de mauvais exemples, et de se garantir de leur contagion. Erreur; Chrétiens. U est impossible quand c'est contre les ordres de Dieu que vous vous jetez dans le péril, quand c'est de vous*
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mêmes et contre les obligations de votre état ; mais dès me c'est noni. Ij^ intérêts de Dieu, par la vocation de Dien, selon leS vues de Edes que c e^t selon les règles de la prudence évangëlique, et avec le^ sages précautions qu'elle demande, ce qui seroit contagieux doup dautr^ ne l'est plus pour vous, et ce qui les précipiteroit danViin abîme de corruption; peut vous élever à la plus subHme sairiteté • car ri est alors de la providence du Seigneur de vous aider, de vous éclairer, de vous fortifier; et c'est à quoi il ne manque pas. Or avec le secours de Dieu, avec ses Itimières et la force que sa grâce répand dans une ame chrétieiine, si vous tenez ferme aii miUeu des pécheurs SI vous résistez à leurs sollicitations, si vous ne vous laissez ébranler m par leurs promesses, ni par leurs menaces, ni par leurs flatteries m par leurs rebuts; si, malgré le torreiit de l'exemple qui enthafo^ des miUions d autres, vous demeurez inviolablement atiaché aux rè gles du devoir et à l'observation de la loi, dans les combats que vous avez pour cela à livrer, et par les efforts qu'H vous en coûte quelles richesses n'amassez-vous pas devant Dieu, et quels progrès ne feitesvous pas dans les voies de la justice? Le comble de Tiniquité pour Funpie, selon le témoignage du prophète, c'est d'être pécheur parnil les Justes : In terra Sanctomm miqua gemt (Isai., 26) : Il a commis le pèche dens la terre des Saints. Voilà ce qui redouble sa malice et ce qui le rend indigne de voir jamais la gloire de Dieu et d'éiré reçu dans le séjour des bienheureux : Non vidèbit gloriam Domini (Ibid!) Ainsi parloit Isaïe; et de là, par une conséquence non moins vraie je conclus que le comble de la sainteté pour le Juste, est d'être Juste parmi les pécheurs. Moïse, dans la cour d'un prince infidèle, eut toujours, suivant la belle expression de saint Paul, l'Invisible présent à Tesprit, comme s'il Feût vu des yeux du corps. Saint Louis, sur le trône, ferma les yeux à tout l'éclat des pompes humaines, et dans la licence des armes et le tumulte de la guerre il n'oublia jamais Dieu et ne se départit jamais de Tobéissancè due à ce premier maître. Cet homme, lié d'intérêt avec des gens sans foi, sans équité, avares et usurpateurs^ a conservé ses mains nettes de toute injustice, et n'a jamais voulu entrer dans leurs criminelles entreprises. Cette femme dans une famille où Dieu est à peine connu, ne s'est jamais relâchée de ses saintes pratiques ; et, sans égard à tous les discours qu'on lui a foit entendre, à tous les chagrins qu'elle a eu à dévorer, aux mépris qu'on lui a marqués, elle n'a jamais rien perdu de son zèle, ni rien retranché de ses pieuses observances. Voilà ce qui les distingue tous auprès de Dieu; voilà ce qui donne à leur fidélité un caractère propre et un pra particulier ; voilà pourquoi ils recevront cet éloge si glorieux de la bouche de Jésus-Christ, et pourquoi il leur dira ce qu'ildit à ses apôtres : Vos estis qui permansistU mecum in tentationibus (Luc, 22) ; Tandis que les autres m'ont abandonné, qu'ils ont trahi iha cause, qu'ils ont outragé mon nom, qu'ils ont violé ma loi, c'est vous, fidèles ser-
la
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viteurs» que j'ai trouvés constants à me suivre. De demeurer avec moi quand il n'y a rien à souffrir pour moi, quand rien ne porte à s'éloigner de moi^ quand tout conspire à m'attacher les cœurs et à les attirer à moi, c'est Yeffet d'une vertu commune : mais de demeurer avec moi dans la tentation, d'y demeurer lorsqu'il faut remporter pour cela des victoires, et de fréquentes victoires ; d'y demeurer malgré les scandales publics, malgré les contradictions et les traverses, malgré la coutume et tous les respects humains , c'est là que je reconnois une foi vive, un attachement solide, un amour pur, une persévérance héroïque; et c'est aussi à quoi je réserve toutes mes récompenses: Vos estis qui permamutU mecum in tentattonibus.
L'auriez-vous cru. Chrétiens, que les pécheurs dussent procurer aux Instesdesi grands avantages pour le salut? mais apprenez encore comment les Justes doivent de leur part contribuer au salut des pécheurs. L'Écriture , chez le prophète Daniel, nous représente une contestation bien singulière entre deux anges. Ce n'est pas, comme l'a pensé l'abbé Rupert, entre un ange bienheureux et un des esprits réprouvas, mais, selon l'interprétation de tous les Pères, après saint Jérôme, entre deux saints anges, jouissant l'un et l'autre de la même gloire et assistant auprès du trône de Dieu. Le premier (c'est l'ange tuiélairedela Judée) demande que les Hébreux sortent au plus tôt de la Perse, parcequ'ils sont en danger de se corrompre par le commerce des fiabyloniens idolâtres; mais l'ange protecteur.de Babylone prie, au contraire, que les Juifis y demeurent, et qu'ils ne quittent point la Perse, parcequ'ils peuvent, par leur conversation et leurs exemples, édifier les peuples et les convertir à la religion du vrai Dieu. En effet, déjà trois rois de ce grand empire avoient renoncé au culte des idoles pour adorer le Dieu d'Israël, ainsi qu'il est rapporté au livre d'Esdras. Or que signifioit le combat de ces deux anges? Deux volontés en Dieu, répond saint Grégoire pape, mais qui, n'étant que conditionnelles, s'accordent parfaitement ensemble, tout opposées qu'elles paroissent : l'une, qui oblige les Justes à fuir la compagnie des pécheurs, et c'est ce que nous fait entendre la prière de cet ange qui soUicitoit en faveur des Juifs ; l'autre, qui ordonne aux Justes de coopérer au salut des pécheurs, lorsqu'ils se trouvent parmi eux et que quelque engagement raisonnable les y arrête ; et c'est en cette vue que Fange de Perse agissoit pour les Babyloniens. Car voilà, chrétiens auditeurs, h grande règle que nous devons suivre. Dieu ne veut pas que sa présence ni la nôtre soient inutiles aux impies; mais il prétend que nous travaillions à leur conversion. On ne peut douter qu'il n'y donne ses soins ; et comme il ne peut cesser d'être avec les pécheurs, il ne cesse aussi jamais de s'employer à la réformation de leur vie. n les y invite par ses promesses, il les y engage par ses bienfaits^ il les y pousse par ses menace, il les y force par ses châtiments; sa sagesse, sa bonté, sa justice, toutes ses perfections divines y sont oc-
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cupées; et ce qui doit vous surprendre, c'est que, coanoissant par avance la damnation future et immanquable de plusieurs, il s'applique néanmoins à ceux-là avec la même assiduité que s'il ne prévoyoit pas leur malheur. Admirable conduite qui nous sert d'exemple, et qui nous représente une des obligations du christianisme les pli^ essentielles, et toutefois la moins connue.
Car comme nous devons. Chrétiens, profiter des pécheurs pour nousmêmes, nous devons aussi nous-mêmes, selon qu'il dépend de nous et autant qu'il dépend de nous, profiter aux pécheurs. Devoir général, et devoir particulier. Prenez garde: devoir général, qui regarde sans distinction tous les hommes, et que nous impose la loi de la charité. Il n'y a point d'homme, dit le Saint-Esprit, que Dieu n'ait chargé du salut de son prochain : Vnicuique mandavtt de proxhno suo {Ecoles, , i7) : comment cela? parcequ'il n'y a point d'homme à qui Dieu n'ait ordonné d'exercer la charité envers son prochain, selon les nécessités et les occasions. De là cette obligation rigoureuse de soulager le pauvre dans sa misère. Or si la charité nous oblige de compatir aux misères temporelles du pauvre, combien doit-elle nous engager encore plus fortement à compatir aux misères spirituelles du pécheur? Si, dans des besoins où il ne s'agit que du corps et d'une vie mortelle, nous ne pouvons néanmoins manquer à notre frère et l'abandonner, sans perdre la charité de Dieu en perdant la charité du prochain, pouvons-nous conserver l'une et l'autre, et satisfaire à l'une et à l'autre, en laissant par notre faute périr des âmes rachetées du sang de Jésus-Christ; en leur refusant des secours qu'il ne tient qu'à nous de leur procurer, et qui pourrpient les garantir d'une mort et d'une damnation étemelle ; en négligeant de leur donner des conseils, des avis, des instructions, des exemples, qui les retireroient de leurs égarements, et les remettroient dans les voies d'une bienheureuse immortalité? Car entre ces pécheurs, remarque saint Augustin, il y en a que Dieu a prédestinés pour être un jour au nombre de ses amis et de ses Saints. Nous ne les connoissons pas et ils ne se connoissent pas eux-mêmes, parceque ces deux cités du ciel et de Tenfer, des réprouvés et des élus, sont maintenant dans nn mélange qui nous empêche de les distinguer : mais c'est par cette raison que notre charité doit être universelle, et que nos soins doivent s'étendre à tous, afin d'accomplir les desseins de Dieu; et que ceux en qui il veut opérer, par.notre ministère, les merveilles de sa grâce, ne demeurent pas sans assistance, et dépourvus des moyens de saint qu'il leur avoit préparés. C'est pourquoi les apôtres exhortoient tant les fidèles à àlifier par leur conduite les idolâtres et les païens. C'est pourquoi ssdnt Pierre recommandoit si expressément aux gens de bien de se comporter toujours de telle manière, que les pécheurs, témoins de leur vie, se sentissodt animés à les imiter, et à servir et glorifier IHeu : Vt ex boms operibus vos connderantes ^ glorificent Deum (i. Petr., 3). Mais quelle est la fausse maxime dont on sfe laisse là-
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dessusprëvenir? c*est qu'on se persuade en être quitte pour penser à soi. On dit, comme Gaïn, lorsque Dieu lui demanda compte d'Abel: Num ctuto$ fratris md mm ego (Gènes, ^ 4)f Suis-je le gardien de mon frère? est-ce à moi de veiller sur celui-ci ou sur* celle-là? de quelle autorité suis-je revêtu, et qu*ai-je autre chose à faire, que de biea vivre, et de ne point examiner du reste comment chacqp vit? Il est vrai qu'il y a des règles de prudence à observer, et qu'il n'esfpas toujours à propos de vouloir, comme les serviteurs de ce maître de TÉ* vangile, arracher l'ivraie-dès qu'on l'aperçoit, et de suivre les mouvements impétueux d'un zèle précipité, qui n'a égard ni aux temps, ni aux conjonctures : mais cette prudence louable, lorsqu'elle est bien employée, ne dégénère que trop souvent dans une fausse sagesse» dans une timidité lâche, dsms un respect tout humain, dans une indifférence paresseuse, dans une criminelle prévarication.
Devoir particuUer, et spécialement propre de certains états. Car, dites-moi, à qui est-ce de corriger un enfanjt vicieux et emporté par le feu de ses passions, si ce n'est à un père sage et vigilant; de corriger une iiUe attachée au monde, et malheureusement engagée dans les intrigues du monde, si ce n'est à une mère soigneuse et régulière ; de corriger des domestiques sujets aux blasphèmes et adonnés à la débauche, si ce n'est à un maître dont ils dépendent, et quia le pouvoir ep niain pour réprimer leur libertinage? A qui est-ce de réformer les abus qui s'introduisent jiisque dans TÉglise de Dieu et parmi le peuple chrétien, si ce n'est à un ministre de Jésus-Christ; de purger une ville des désordres qui y régnent, si ce n'est aux magistrats ; de régler et de sanctionner une cour, si ce n'est au prince? Mais où voyonsnous ce zèle, et comment l'aurions-noiis pour les autres, puisque souvent nous ne l'avons pas pour nous-mêmes? Ce qu'il y a de plus étrange, et ce qui doit plus nous confondre, c'est qu'en toute autre chose, eX sur tout autre sujet que celui dopt je parle, ce zèle de la cor* rection du prochain ne nous manque pas. 11 ne faut que la moindre occasion pour l'exciter jusqu'à la violence. Que ce jeune homme ne prenne pas une certaine éducation selon l'esprit et les manières du siècle; que cette jeune personne ne soit pas assez attentive sur sa démarche, son air, ses ajustements; qu'il y ait eu le plus léger oubli et quelque dérangement dans le service de ce domestique, c'est assez pour faire éclater en reproches les plus aigres et les plus piquants : qaais dès qu'il n'y va que de l'intérêt. de leur salut, on n'en est point ému, et à peine y daigne-t-on quelquefois penser.
Devoir encore plus particulier pour les libertins eux-mêmes et pour les pécheurs, lorsqu'ils ont eu le bonheur de se reconnoître , et de rentrer dans une vie nouvelle et pénitente. Car de quoi ils doivent toujours conserver le souvenir, c'est de l'injure qu'ils ont fiiite à Dieu çn le deshoiiorapt par lei^r péché , et du tort qu'ils ont causé au procbaîa en le scandalisant. Double vue qui allumoit tput le zèle de Da
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vkl ; et qu'y a-t-il, mon cher auditeur» de plut efficace et de plus puissant pour réTeiller le vôtre et pour Fanimer? Si j'avois enlevé à un homme le bien qu'il possëdoit et quilui appartenoit, je me condamne rois moi-même à réparer le dommage qu'il auroit reçu. Si je lui avois ravi l'honneur, rien ne me dispenseroit de lui en faire la satisfaction convenable. J'ai blessé la majesté de mon Dieu j je l'ai offensé : que dois-je donc épargner désormais pour rétablir sa gloire, et pour la lui rendre tout entière? J'ai, par mes exemples, entraîné mon frère dans le plus grand de toijis les malheurs, qui est le péché; je lui ai fait perdre le puis précieux de tous les biens, qui étoit Finnocence de son ame et la pureté de sa conscience : que ne dois-je donc pas mettre en œuvre pour le retirer de l'abîme où je l'ai conduit , et pour guérir les plaies de son cœur? Que si mes soins ne peuvent plus être utiles à tels et tels que j'ai égarés, et s'ils ne sont plus en état d'en profiter , quel motif pour compenser au moins la perte de ceux-là par la conquête d'autant d'autres que l'occasion m'en peut présenter? Or en voici le moyen exprimé dans ces paroles du Prophète royal, od il nous donne à connottre ce qu'il faisoit lui-même» et ce que nous devons faire comme lui : Docebo itiiquos via» tuas, cl impii ad te convertentur [Ps. SO) : Non, Seigneur, s*écrioit ce roi pénitent , ce p est point assez que je revienne à vous ; je veux encore y ramener avec moi les pécheurs. Je leur enseignerai vos voies, et je tâcherai de les gagner, soit par mes paroles, soit par ma bonne vie. Je ne vous ai pas seulement déshonoré par moi-même , ô mon Dieu ! mais par tous ceux que mon exemple a engagés bu confirmés dans leur iniquité. Ce ne sera donc point seulement par moi-même , mais par leur instruction , mais par leur correction, mais par leur conversion , que je travaillerai à vous glorifier. Pour cela. Seigneur, il y aura des précautions à prendre, des moments à étudier, des obstacles à vaincre ; mais de tout ce qu'il pourra y avoir de difficultés, rien ne me rebutera, ni rien ne ralemjra mon ardeur, parceque je sais que c'est une réparation que je vous doif , et pour la gloire que je vous ai ravie, et pour tant d'ames que j'ai perverties. Docebo iniquosvias tuas^ et impii ad te convertentur. Entrez, Chrétiens, dans ce sentiment. L'ivraie alors se changera pour vous en bon grain; le commerce que vous aurez avec les pécheurs, en leur profitant, vous profitera à vous-même^ ; vous sauverez vos frères , et vous vous sauverez avec eux ; vous amasserez des trésors de grâce pour cette vie, et vous mériterez le bonheur étemel de l'autre, que je vous souhaite, etc.
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