‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 36 sur 119 · SUR LA SÀIKTATÉ ET LA FORCE DE LA LOI CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA SÀIKTATÉ ET LA FORCE DE LA LOI CHRÉTIENNE

Simile est regnwm cœlorwn grano Hnapis, guod accipiens homo seminavU in agro suo : guod mirdnmm guidem est cmnibus stunÂnibus} dan autem creverit, majus est omnibus oleribus, et fit arbor.

Le royaume des deux est semblable à an grain de sénevé, qu'un bomme prend et sème dans «m champ. C'est le plus petit grain de toutes les semences; mais lorsque ce grain a poussé, il s'élève au-dessus de toutes les autres plantes, et 11 devient arbre. Saint Matth., chap, xviu.

Ce royaume des cieux , dans le langage de rÉcriture ^ et selon la pensée des Pères et des interprètes, qu'est-ce autre chose. Chrétiens, que rÉvangile ? Et en effet, c'est par celte divine loi que Dieu règne en nous, et c'est encore cette loi qui nous dispose à régner un jour nous-mêmes avec Dieu dans le ciel. Doublement donc royaume des deux, sokparcequ'elle établit dans nos cœurs un empire tout céleste, qui est l'empire de Dieu ; soit parcequ'elle nous donne droit à un royaume tout céleste, qui est l'héritage des enfants de Dieu. Or ce royaume des cieux, cette loi évangélique, dit le Sauveur du monde, est semblable à un grain de sénevé, et cela comment? en deux manières, que le même Fils de Dieu nous a expressément marquées dans les paroles de mon texte, savoir, par sa petitesse et par son étendue : par sa petitesse dans son origine, quod minimum qtâdem est omnibus seminibu^; et par son étendue dans ses accroissements et ses projprès, cùm autem creverit ^ majus est omnibus oleribus* C'est-à-dire, suivant l'application que fait saint Jérôme de cette parabole à la loi chrétienne, que comme entre toutes les graines, une des plus petites avant qu'on Tait semée est le sénevé, ainsi de toutes les religions du monde, il n'y en a point eu, à la considérer dans sa naissance, de plus obscure que la loi de Jésus-Christ , ni en apparence de plus foible ; mais, ajoute aussi ce saint docteur, pour achever la comparaison, de même que le grain de sénevé, dès qu'on l'a jeté dans la terre, y prend racine, croît ensuite, se fortifie, pousse des branches, produit des feuilles, porte des fruits, monte enfin jusqu'à la hauteur d'un arbre, et sert de retraite aux oiseaux du ciel, et fit arbor ^ ita ut volucres cœli habitent in eà; de même a-t-on vu l'Évangile prêché par Jésus-Christ dans la Judée, passer de là, par le ministère des apôtres, aux nations , ranger tous les peuples sous sa domination spirituelle, abolir le culte des feux dieux, et devenir de l'un à l'autre pôle la loi dçminante. Loi perpé* tuelle, qu'une heureuse succession de siècles, malgré toutes les révolutions humaines, a conservée jusqu'à nous, et que la même tradition doit maintenir jusqu'à la fin des temps. Loi que nous avons reçue, mes chers auditeurs, que nous professons, oii sont renfermées nos plus grandes espérances, et qui seule est la règle que nous devons nous pn^

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poser dans tout le plan de notre vie. II est donc important » afin de nous attacher toujours davantage à cette loi, que nous enconnoissions les glorieuses prérogatives» et c'est de quoi j'entreprends aujourd'hui devons entretenir. De les vouloir parcourir toutes, ce seroit une matière infinie, et bien au-delà des bornes qui me sont prescrites. Arrêtons-nous à notre parabole ; nous y trouverons également de quoi relever l'honneur de l'Évangile, et de quoi servir à notre instruction , après que nous nous serons adressés à la Vierge qui nous a donné le divin législateur dont nous suivons la doctrine, et à qui la foi nous tient soumis. Ave,

Il n'y a que Dieu qui puisse par lui-même sanctifier les âmes et Iqs convertir, parcequ'il n'y a que Dieu qui soit saint par lui-même , et le principe de toute sainteté ; comme il n'y a que lui qui tienne en ses mains les cœurs des hommes, ni qui leur donne telle impression qu'il lui plaft, par les secrètes opérations de sa grâce. Deux caractères qu'il a communiqués à la loi évangélique, et qjai, sans autre prettye , nous font suffisamment entendre que c'est une loi divine. Deux avantages qu'exprime parfaitement la parabole de ce petit grain qu'un homme a semé dans son champ, et où nous remarquons tout à la fois une double qualité , je veux dire une qualité saine et une qualité forte tout ensemble. L'une , qui nous figure la sainteté incorruptible de la loi chrétienne dans les règles de conduite qu'elle nous trace, et dans la perfection où elle nous appelle ; l'autre, qui nous représente la force victorieuse et toute puissante de cette même loi dans la conversion du monde entier, et dans les progrès inconcevables qu'elle y a faits, malgré tous les obstacles qui en dévoient arrêter le cours. Enfin deux prérogatives toutes singulières de TËvangile de Jésus-Christ, comprises en deux paroles du Prophète royal, lorsqu'il nous dit que la loi duSeigneur est pure et sans tache : Lex Domini immaculata (Ps. i8); et que, par une vertu qui lui est particulière et qu'elle exerce sur les âmes, elle les attire à Dieu et les convertit : Qmvertens animas. Sainteté de la loi chrétienne, force de la loi chrétienne : voilà tout le fond et tout le partage de ce discours. Sainteté qui fsjt de la loi chrétienne une loi parfaite et irréprochable; c'est ce que je vous montrerai dans la première partie. Force quisurpasse toute la nature, et qui a fait faire à i^ loi chrétienne , dès son premier établissement , les plus merveilleuses conquêtes ; ce sera le sujet de la seconde partie. Dans l'une, nous jugerons de cette loi évangélique par ce qu'elle est en elle-même ; et dans l'autre , par ce qu'elle peut et ce qu'elle a fait. De l'un et de l'antre je conclurai que c'est donc une loi toute céleste ; qu'elle vient de Dieu, et que Dieu seul en est l'auteur : Lex Domini immaculata^ courir fens animas. Vous le conclurez vous-mêmes avec moi, mes chers auditeurs, si vous m'écoutez avec un esprit droit et désintéressé, et $i vous me donnez toute rattention que je vous demande.

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PREMléBB PARTIS.

Oui, Chrétiens , c'est une loi sainte que la loi de Jésus-Christ ; et pour en être persuadés, considérez-la dans toutes ses parties : examinez-la dans son auteur , dans ses maximes, dans ses conseils, dans ses sectateurs y dans ses mystères, et en tout cela ne la tenez pour véritable, qu'autant qu'elle vous paroltra sainte. Car la sainteté ne peut avoir pour fondement que la vérité, et la vérité est toujours le principe de la sainteté. L'illustre témoignage, Chrétiens, en faveur de notre religion ! Cùm ad aliquid pervenitur quod est contra bonos mores (c'est saint Augustin qui parle), non est magnum veram sectam à falsâ dis^ cernere (Auc^. Lorsque dans une secte on découvre des désordres en ihatière de mœurs, il n'est pas difficile de montrer qu'elle part d'ui^ faux principe; mais la présomption est tout entière qu'elle vient de Dieu, quand on n'y voit qu'innocence et que pureté de vie. Prenons donc cette règle pour reconnoitre aujourd'hui la vérité de la loi chrétienne, et jugeons-en d'abord par la sainteté de son auteur.

C'est Jésus-Christ, ce Messie envoyé de Dieu, qui , sans parler de l'onction de sa divinité, a passé pour le ph|s juste et le plus saint des hommes ; dont la vie a été si pure, qu'il voulut bien la soumettre à la critique de ses plus cruels ennemis : Quis ex vobis arguet me de pec' cato (ïoAN. , 8 ) .^ conire qui toute la Synagogue conjurée ne put jamais produire deux témoignages conformes : Et non erant convententta testimonia (SIarg., 14); qui reçut une déclaration authentique de son innocence de la bouche même du juge, lequel porta Tarrét de sa condamnation : Jiullam invenio in eo caitsam (Joan., 18); enfin, dont les vertus plus qu'humaines ont été publiées par ceux qui étoient les plus intéressés à en ternir la gloire : Veri Filius Dei erat iste (Matth., 26 ). Voilà celui qui nous a donné la loi que nous professons. Les autres lois qui partagent aujourd'hui le monde ont eu pour auteurs des impies transfigurés en prophètes ; des dieux, comme le paganisme, plus corrompus que les hommes mêmes qui les adorpient : un Mahomet souillé de toutes sortes d'impuretés , comme la secte qui porte son nom ; et pour ne pas oublier les hérétiques, qui par leurs hérésies ont altéré la pureté de la loi, des apostats de profession ; un Luther, infâme par ses incestes, qui même en fai^it trophée, et qui s'est vanté de ce que ses plus zélés partisans avoient honte de ne pouvoir désavouer pour lui. Voilà celui que Calvin appeloit l'apôtre de l'Allemagne ; et que ne pourrois-je point dire de Calvin lui-même ?

A Dieu ne plaise. Chrétiens, que j'en veuille à leurs personnes, ni à leur mémoire ! Si c'étoient des particuliers qui eussent été emportes par le torrent de l'hérésie , je sais les règles de discrétion et de bienséance que j'aurois à garder. Mais puisqu'on a prétendu que c'étoient des hommes que Dieii avoit emplis de so^ esprit pour les employer à la réformation de TÉglise , encore est-il juste que npus les oonnoîs-

SUR 14 sainteté! btg. 9BB

sioBs » les Pères en ayant toojoars ainsi usé quand il a été question des hérésiarques. Or est-il croyable que Dieu, pour réformer son Église, ait choisi des hommes de ce caractère?

Mais passons outre ; et pour tirer d'un si grand sujet toute l'édification et tout le fruit que Dieu prétend que nous en tirions , voyons quelles sont les maximes de la loi que nous avons reçue de Jésus- Christ. Il est vrai que les ennemis de ce divin Sauveur firent tous leurs efForls pour le décrier comme un homme qui perverlissoit le peuple y et dont la doctriiie alloit corrompre les mœurs; mais il est vrai aussi que ce fut la plus grossière et la plus vaine de toutes les calomnies. J*ai prêphé publiquement, dit-il à Gaïphe qui Tinterrogeoit sur ce point , et je n*ai jamais dogmatisé en seiret : adressezvous à ceux qui m'ont entendu ; ils savent ce que j'ai dit. Nous le savons , Chrétiens , puisqu'il nous a faits les dépositaires de ses sacrés oracles , et que nous avons encore entre les mains le précieux monument de sa loi. Trois chapitres de saint Matthieu en font le précis et Fabrégé : il n'y a qu'à les comparer avec tout ce que la morale païenne a jamais produit, pour voir la différence sensible de l'esprit de Dieu et de celui de l'homme. Que la loi clirétienne est admirable ! disoit autrefois Lactance ; c'est elle qui a éclairci toutes les lois de la nature, qui a mis la dernière perfection à toutes les lois divines, qui a autorisé toutes les lois humaines , et qui a détruit sans exception toutes les lois du vice et du péché : quatre chefs qui sont pour elle autant d'éloges, et qui mériteroient autant de discours. C'est elle qui a éclairci les lois de la nature , les interprétant selon toute leur pureté, et renversant toutes les erreurs dont l'ignorance ou le libertinage des hommes les avoient obscurcies. On a dit à vos pères (c'est ainsi que Jésus-Christ iostruisoit les Juifs), on a dit à vos pères : Vous ne serez point homicides ; et moi je vous annonce que quiconque dira à son frère une parole ou de colère, ou de mépris, sera condamné au jugement de Dieu. Vos pères ont cru que la haine d'un ennemi et la vengeance étoient permises, et moi je vous les défends. On leur a fait entendre que le parjure étoit un crime, et moi je veux que toutes sortes de jurements vous soient interdits. Étoit-cede nouveaux préceptes qu'établissoit le Fils de Dieu ? non , dit saint Augustin : car, de tout temps, jurer sans nécessité avoit blessé le respect qui est dû à Ueu ; se foire raison de ses propres injures avoit toujours été contre la raison , et jamais il n'avoit été permis de désirer un plaisir qu'il n'est pas permis de se procurer. Mais ces lois que Dieu avoit gravées dans le cœur de l'homme avec des caractères de lumière, comme parle le Prophète royal, s'y étoient iusensiblement effacées, et la loi chrétienne est venue les renouveler. C'est elle qui a mis la derpière perfection à toutes les }ois divines , changeant la circoncision de la chair ep celle de Fesprlt ; faisant succéder les effets de la pénitence aux cérémonies de la p^itence ; sanctifiant le sacerdoce par la

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continence y pour le rendre plas digne des autels ; érigeant le mariage en sacrement y afin qu'il ne pût être violé que jpar une espèce de sacrilège ; le réduisant à cette sévérité de discipline, c'est-à-dire à qstte unité et à cette indissolubilité à laquelle il étoit réduit dans sa première institution , et en retranchant tout ce' que Dieu dans la loi ancienne âvoit accordé à la dureté du cœur des Juifs* C'est cette même loi de Jésus-Christ qui a autorisé toutes les lois humaines, puisque outre rbbligation civile et politique de les garder , elle y en ajoute une de conscience qui est inviolable , et qui subsiste toujours ; puisqu'elle fait respecter les supérieurs légitimes, non pas en qualité d'hommes, miJs comme les lieutenants et les ministres de Dieu ; puisqu'elle maintlîèt leur autorité, non-seulement quand ils sont chrétiens et fidèles , mais quand ils seroient païens et idol&tres ; non seulement , dit saint Pierre , quand ils sont vertueux et parfaits, mais quand ils seroient remplis même de vices; non seulement quand ils sont doux et favorables mais quand ils seroient emportés et fâcheux ; puisque hors ce qui est positivement et évidemment contre Dieu, elle veut qu'ils soient obéis comme Dieu même, ne séparant point ces deux préceptes, Regem honorificate , Deum timete (1 . Petr., 2), Craignez Dieu, et honorez les puissances; et nous avertissant sans cesse que l'un est essentiellement fondé sur l'autre. Enfin c'est elle qui a détruit généralement toutes les lois du péché, dont le nombre étant infini , sa gloire particulière est qu'il n'y en a pas une qu'elle ne réprouve et qu'elle ne condamne ; frappant d'anathème l'injusti^, en quelque sujet qu'elle paroisse ; ne respectant en cela ni rang , ni qualité ; n'ayant égard ni à coutume, ni à possession ; ne s'accommodant ni à foiblesse, ni à intérêt ; ne cédant pas même à la plus pressante de toutes les nécessités , qui seroit celle de mourir : Ne moriendi quideni necesntati disciplina nostra connivet (Tertcu*.)*

Les religions païennes ont-elles pu se glorifier du même avantage ? Vous le savez , Chrétiens , et vous ne pouvez ignorer que le caractère par où elles se sont distinguées a été de tolérer et de permettre tous jes crimes : non seulement de les permettre et de les tolérer, mais de les approuver , mais de les canoniser, mais, si j'ose me servir de ce terme , de les diviniser ; n'ayant reconnu , dit excellemment saint Augustin , des dieux vicieux et lascifs , que dans cette vue , afin que quand leurs adorateurs se trouveroient excités au mal, ils considérassent plutôt ce que leur Jupiter auroit fait , que ce que Caton leur avoit enseigné : Vt magis intuereniur quid fecisset Jupiter, quàm qvid cemuisset Cato (Aug.). Chose dont les païens eux-mêmes avoient hor* reur , ne pouvant souffrir (c'est la remarque d'Arnobe) , quelque déterminés qu'ils fussent ù être méchants, qu'on le fût par professîoa de religion ; et la plupart au moins de ceux qui passoient pour sages ayant mieux aimé vivre sans religion , que d'en reconnoltre une pour bonne , qui ne les obligeât pas à être mdlleurs.

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11 en est de même des hérésies : car Dieu , dit saiot Ëpiphaiie » a toujours permis que les erreurs dans la foi aient été suivies de la corruption et de la dépravation des maximes qui regardoient la conduite des mœurs» afin que cela même servît à les distinguer. L'hérésie du siècle passé semble avoir été en cela plus circonspecte et plus prudente , puisqu'elle affecta d'abord le nom de réforme : mais si elle en affecta le nom , peut-être ne lui faisons-nous point de tort en disant que c'est une de celles qui en négligèrent plus la vérité ; et peut-être pourrions-nous» sans lai faire insulte et sans lui rien imputer que ses propres maximes , la détromper par elle-même et la convaincre. Car nous n'aurions qu'à lui opposer le laiy||^ de ses premiers pasteurs» pour lui montrer l'illusion de la vain^Pbrme qu'elle s'est attribuée ; et elle ne désavoueroit pas que ces faux ministres prêchant aux peuples , ne leur fissent souvent ces leçons. Prenez garde » mes Frères » leur disoient-ils : on vous a fait entendre que c'étoit par les bonnes œuvres qu'il se fiiUoit sauver ; on vous a trompés» elles sont inutiles pour le salut. On vous a dit que le Juste devoit veiller continuellement sur soi-même » pour ne pas déchoir de la grâce : abus ; quand on a une fois la grâce» quelque crime que l'on commette, on ne la perd jamais. On vous a fait accroire que vous aviez une liberté pour résister aux tentatiqns : erreur ; il n'y a plus de liberté dans nous » et c'est un terme qui ne signifie rien. On vous a nourris dans la crainte des jugements de Dieu; cette crainte est criminelle et réprouvée. On vous a prêché la pénitence comme nécessaire ; et moi je vous déclare» disoit Calvin » que par la grâce du baptême tous vos péchés commis et à commettre sont déjà remis. On vous a persuadé qu'il y avoit beaucoup à faire pour gagner le ciel : rien < du tout : croyez » et vous voilà justifiés» cela suffit. Au reste » défaites- vous de mille supmtitioDS importunes qui vous gênent. Êtes-vous prêtres » renoncez au célibat » nous vous en donnons le pouvoir. Êtes-vous religieux » abandonnez votre profession » et nous vous recevons parmi nous. Hais j'ai promis à Dieu la continence : cette promesse est folle et [impie» répondoit Luther. Le joug de la confession vous pèse-t-il ^ secouez-le hardiment» et sortez de cet esclavage. Êtes-vous assujettis au jeûne du carême » c'est une invention des hommes. Mais l'Éghse le commande : laissez parler l'Église » elle n'a nulle autorité pour lier vos consciences. Mais il lui faut obéir comme à notre mère : oui » par cérémonie et par police » mais non pas sur peine de péché. Car» encore une fois , ce sont là les dogmes de créance et de pratique qu'ils débitoient » et je me croirois coupable d'y rien ajouter. Or dites-moi » mes chers auditeurs , si la vérité et la pureté de la loi chrétienne pouvoient s'accommoder de tout cela?

Non , sans doute ; et si nous voulons encore mieux connoitre cette loi sainte» voyons jusqu'où elle a porté la perfection de ses conseils. Qu'est-ce que cette pauvreté évangélique qu'elle nous propose » et

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qui non seulement lious dégage de toute affection aux biens de la terre » mais nous dépouille de toute possession? Si vous voulei: être parfait » dit lé Fils de Dieu à ce jeune homme de TEvangile , allez , vendez tout ce que vous avez ; donnez«en le prix aux pauvres, et vous serez en état de me suivre , et de parvenir à la plus haute sainteté de ma loi. Qu'est-ce que ce renoncement volontaire à tous les plaisirs des sens ; que cette mortification et cet amour de la croix qui nous rend en quelque façon ennemis de nous-mêmes , jusqu'à nous refuser à nous^némes toutes les douceurs et tous les soulagements de la vie, jusqu'à nous persécuter nous-mêmes sans relâche, jusqu'à nous faire marir nous-mêmes , non point de cette mort naturelle que Dieu n'a Pl^fait dépendre de nous , mais d'une mort intérieure et spirituelle? Qu'est-ce que cette humilité héroïque, qui nous fait fuir réclat et les honneurs du siècle, avec autant de soin et autant d'ardeur que le monde nous les fait rechercher ; qui nous fait aimer l'abjection, l'obscurité^ les mépri&, 1^ ^titrages ; qui remplissoit de joie les apôtres , lorsque dans les prisons , que dans les places publiques , qu'en présence des magistrats on les couvroit d'ignominies et ' d'opprobres.^ Qu'est-ce que cette abnégation entière de ce que nous avons de plus cher , qui est notre volonté propre et notre liberté ; tellement que nous ne sommes plus maîtres de nos désirs , plus maîtres de nos ràolutions , mais dans une dépendance totale , et sous le joug de l'obéissance la plus universelle et la plus étroite ? Quels miracles de vertus ! et une vie ainsi sanctifiée , n'est-ce pas , selon la belle parole de saint Ambroise , un évident témoignage de la Divinité ? Tes» timonium Divinitatis vità christiani (Ahb.).

Voilà, mes chers auditeur^ , ce qu'on appelle la morale chrétienne , où les infidèles, suivant le rapport de saint Augustin , n'avoient rien davantage à reprendre, sinon qu'elle étoit trop sainte et trop parfaite : Videnmr m ctaristiani tes humanas pauld plus quàm oporlet deserere (Aug). Reproche mille fois plus avantageux et plus glorieux pour elle, que tous les éloges qu'ils lui eussent pu donner. Mais cette loi si droite dansses maximes ei ses préceptes, si pure et sirelevée dans ses conseils, si sainte dans son auteur, l'est-elle autant à proportion dans ses sectateurs ? Ah ! Chrétiens , instruisez-vous ici de ce que vous devez être , ou plutôt confondez-vous de ce que vous n'êtes pas. Être chrétien , c'est être saint. 11 n'y a qu'à lire dans saint Luc quelle étoit la vie des premiers fidèles, lorsqu'ils ne faisoient encore qu'une espèce de communauté à Jérusalem. Il n'y a qu'à voir chez TertuUien quelles étoieut leurs assemblées, quand ils commencèrent à se multiplier dans le monde. Il n'y a qu'à considérer leurs mœurs et leurs pratiques dans l'excellent ouvrage que saint Augustin en a composé. Diriez-vous que ce fussent des hommes mortels , et non pas de purs esprits et des anges dont il trace le caractère? Il n'y a qu'à entendre ce qu'Eusèbe témoigne, que les idolâtres eux-mêmes se trouvoient obligés de reconnoitre qu'il n'y

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àvoit de véritable sàintetë que parmi leâ chrétiens. Témoignage , ajoute-t-il, qu'ils leur rendirent, surtout après avoir éprouvé leur charité dans une peste qui ravagea toute l'armée romaine sous l'empereur YalérieD, et où ils vh*ent les fidèles s'employer au soulagement de lents propres ennemis, arvec autant de zèle que s'ils eussent été leurs frères, ou selon la chair, ou selon la foi. Quel esprit les auimoit alors'? étoit-ce tin esprit particulier à quelques uns d'entre eux? non; mais c^étoit l'esprit universel de la loi chrétienne; ils étoient tels par engagement de religion; et c'est ce qui convertit ce brave et généreux soldat qui fut ensuite l'ornement du désert, l'illustre Pacôme; et ce qui àtliroit tous les jours uu nombre presque infini de dijmes sujets à l'Évangile, lorsqu'ils faisoient attention aux fruits nlffirveilleux de sainteté qiie produisoit le christianisme. Tant il est vrai, comme TertuUien le disoit en traitant la même matière que moi, qu'on peut juger d'une créance par la conduite de ceux qui la professent : De génère conversationis qualitas fidei o^timari potest (Tertull.); et qu'un des rands motilis en faveur d'une doctrine est la vie irréprochable de ceux qui la suivent : Doçtrit^fujudex disciplina (Idem); c'est-à-dire quand b vie et la créance sont conformes, et que l'une esj la règle de l'autre. Car c'eût été mal raisonner, remarque saint Augustin, que de conclure à l'avantage du paganisme , par la raison que quelques sages païens vivoiènt dans l'exercice et l'habitude des vertus morales, puisqu'on les pratiquant ils ne se conformoient en aucune sorte à leur religion ; et ce Ae seroit pas une moindre injustice de se prévenir contre la religion de Jésus-Christ , sous prétexte qu'il y a des chrétiens dont la vie est dér^lée, puisqu'en cela ce n'est point selon les principes de leur foi, ni comme chrétiens, qu'ils agisseï^. Nous ne désavouons pas, dit Salvien, qu'il n'y en ait parmi nous de très libertins et très corrompus; mais nous prétendons que la loi chrétienne n'est point responsable de leyr libertinage et de leur corruption; car elle est la première à les accuser comme des prévaricateurs, ta première et la plus zélée à les condamner et à» les rejeter.

Mais , an contraire , quand je vois dans le corps de l'Église tant de vertus et tant de sainteté ; quand je remonte à ces heureux temps où la loi ëvangélique étoit encore dans toute sa vigueur, et que je vois quelles âmes alors elle a formées, quels sentiments elle leur inspiroit, de quelle ferveur elle les animoit , à quelle perfection elle les élevoit ; quand, de siècle en siècle depuis Jésus-Christ, jedescends jusqu'à nous, et que je vois celte multitude innombrable de parfaits chrétiens, c'està-dire d'hommes irrépréhensibles, qui ont sanctifié les déserts, sanctifié les cloîtres ; sanctifié les cours des princes , sanctifié le monde et tous les états du monde; quand, tout perverti qu'est le siècle où nous vivons, je vois les mêmes exemples en tous ceux qui veulent se rendre fidèles à la même loi (car il y en a ; et pour peu qu'il y en ait, c'est assez pour nous faire connoitre l'esprit de la loi qui les gouverne); quand je vois,

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dans les prélatiïres de l'Église , des pasteurs vraiment apostoliques ; dans le sacerdoce» de dignes ministres du Dieu vivant ; dans le célibat, des vierges consacrées à la pureté; dans le mariage , des pères et des mères pieux , et qui inspirent la piété à leurs familles ; dans toutes les professions, des âmes régulières , zélées, cl^aritables, patientes, désintéressées, ennemies de tout désordre, de toute injustice ; disposées à tout entreprend]:e pour l'honneur de Dieu, à tout faire pour le service du prochain , à tout souffrir et à tout pardonner pour le bien de la paix; tenant en toutes choses une conduite sage, droite, équitable, parcequ'elles se conduisent en toutes choses par les vues de la foi : quand je vois tant de florissants ordres, et leur discipUne d'autant plus exacte 'et pli|^ sévère , leurs, observances d'autant plus rigoureuses et plus saintes qu'elles approchent plus de la sainteté de TÉvangile; quand, dis-je, j'ai tout cela devant les yeux, n'ai-je pas droit de faire le même raisonnement que Tertullien ,*^^et d'eQ tirer la même conséquence : De génère conversationis quaUtas fidei[œsiïman potest; doctrinœ jîidex dis-» cipUna? car une loi toute sanctifiante ne doit-elle pas être efle-même toute sainte?

Il faut néanmoins avouer. Chrétiens, que cette loi d'une perfection si sublime dans sa]]morale, est en même temps d'une créance bien difficile dans ses mystères. Une triailé, «n homme-Dieu, cent autres articles de notre foi , c'est où l'esprit se perd , et ce qui demande la soumission la plus aveugle. Mais prenez garde à la belle réflexion de Guillaume de Paris, qui convient admirablement à mon sujet. Si notre raison est droite, dit ce grand évéque, et si elle cherche véritablement le bien , elle ne laisse pas de trouver dans tous ces mystères un avantage inestimable. C'est qu'autant qu'ils sont relevés au-dessus d'elle , autant sont-Us capables de Télelër à Dieu ; c'est qu'ils ont cela de propre et de iperveilleux qu'en captivant nos esprits sous l'obéissance de la foi, ils perfectionnent nos cœurs par les devoirs de sainteté qu'ils nous imposent; c'est crue s'ils sont obscurs dans leurs principes, du moins dans leurs conséqbences sont-ils remplis des plus pures lumières de la grâce. En effet, si je crois l'incarnation divine , quoique je ne la comprenne pas , ne m'est-il pas ensuite évident que le salut est donc de toutes les affaires la plus importante , puisque par son importance même il a pu foire descendre du ciel un Dieu, et Fattirer sur la terre; que je ne dois donc rien épargner pour ce salut, après qu'un Dieu, qui n'y étoit pas intéressé comme moi , s'est toutefois si peuépargaé lui-même pour me l'assurer; qu'il n'est pas juste que ce salut ait tant coûté à un Dieu qui , par son infinie miséricorde , a bien voulu s'en charger, et qu'il ne me coûtât rien, à moi, que ce grand ouvrage regarde personnellement; que le meilleur, et même le seul modèle que je me puisse proposer en y travaillant , c'est ce Sauveur qui m'en a enseigpcié les moyens , et qui m'en a tracé la voie encore plus par ses exemples que par ses paroles; par conséquent, que je dois le suivre en tout.

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rimiter en tout, exprimer en moi tontes ses vertus; qu'indépendamment de mon intérêt, la seule reconnoissance suffiroit pour m'attacher un Dieu qui m'a aimé jusqu*à prendre sur lui toutes mes misères; et que, par la seule raison de lui marquer mon amour, je devrois me rendre fidèle à ses ordres, me soumettre à toutes ses volontés, accomplir sa loi dans toute son étendue et dans toute sa perfection. Remarquei^ vous. Chrétiens, quelles leçons vousiait un seul mystère? que sera-ce de tous les autres pris ensemble? Et saint Pierre, dans sa seconde Épitre, n'avoit-il pas bien sujet de dire que nos mystères ne sont point de ces fiibles étucùées et inventées par des esprits profanes, tels qu*étoient les mystères de la gentilité : Non enim doctas fabuloB secuti(^. Petr., 1) ; mais que ce sont des mystères pratiques, qui nous portent à la sanctification de nos mœurs, à la fuite du péché, à Taccomplissement de toute justice?

Ainsi concluons avec le Prophète : Lex Donùni immaculataiLai loi du Seigneur est pure et sans tache. C'est une loi sainte : et de quelle sainteté? suivez ceci. D'une sainteté solide, qui attaque le vice jusque dans ses racines, jusque dans ses principes les plus éloignés, et qui établit la vertu sdr des fondements stables et inébranlables. D'une sainteté agissante, qui ne s'en tient ni aux sentiments, ni aux paroles, mais qui demande des œuvres. D'une sainteté universelle,qui ne laisse pas échapper un point de la loi , parcequUl ne faut selon la loi que la transgression d'un seul point pour nous rendre criminels et dignes d'une éternelle réprobation. D'une sainteté sage, qui n'exige rien que d'équitable , que de raisonnable , que de praticable. D'une sainteté courageuse, que les difficultés n'arrêtent point , que les contradictions n*ébranlent point, que les plus grands sacriiSces n'étonnent point. D'une sainteté patiente, qui dans les douleurs les plus sensibles, dans les injures les plus piquantes , dans les accidents les plus fâcheux , dans les disgrâces et les adversités de la vie, se soutient contre les murmures des sens , contre les saillies de lu colère, contre les emportements de la vengeance , contre l'affliction du cœur et l'abattement de l'esprit. D'une sainteté religieuse envers Dieu, soumise à Dieu , zâée pour la gloire de Dieu ; douce et affable à l'égard du prochain , prévenante et bienfaisante ; toujours attentive sur elle-même, et sévère poar elle-même^ dégagée de toutes les vues de la chair ; au-dessus de tout intérêt , de toute fortune ; au-dessus de toute ambition , de toute réputation, de toute considération humaine; indépendante des caprices et des humeurs , des aridités et des sécheresses , des ennuis et des dégoûts ; fixe et immobile dans le devoir, parceque c'est le devoir; et inrariablement adonnée au bien, parceque c'est le bien, et qu'on le doit en tout chercher. Telle est, dis-je , mes Frères, la sainteté du christianisme, où par la grâce du Seigneur nous sommes nés , et où nous avons été élevés. Tels en sont les caractères; et si cette peinture vous ébiovAtf croyez néanmoins, car il est vrai» que bien loin d'y ajouter un B, 2, 20

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seul trait, il y en a mille que je suis obligé de supprimer, pour ne pas lasser Totre attention.

Or j*aTone, Chrétiens, que de tous les motife qui nous font re* connottre la Vëritë de notre religion , il n'y en a point qui me touche plus que celui-ci. Saint Augustin disoit que plusieurs choses le reCenoient dans l'Église de Dieu : Multa me in Ecclesiâjustisrimhrelinent (AuG.). Le consentement des nations à recevoir la foi, l'autorité des miracles , Tantiquité de la tra^dition , cette succession d'évéques depuis saint Pierre, le nom de cathoUque qu'a toujours porté l'Église parmi tant de schismes et d'hérésies , tout cela le fortifioit puissamment dans la créance qu'il avoit embrassée ; et ce n'étoit pas certes un esprit frivole , qui se laissât prendre à de légères apparences , et qui se rendit sans avoir fait auparavant un sérieux examen. Mais j'ar joute que la sainteté de la loi de Jésus-Christ a encore quelque chose de plus particulier qui me gagne le cœur. Car je dis avec l'abbé Rupert : Puisqu'il faut professer une religion , en puis-je choisir une plus sûre que celle que je trouve si bien établie sur le fondement des vertus, si saintement ordonnée par l'exercice des bonnes œuvres» si parfeitement dégagée de toutes les impuretés du vice? Une loi comme celle-là est sans doute l'ouvrage de Dieu, et le démon ne peut rien suggérer de semblable. Car il a beau se déguiser, remarque Cassien dans la troisième de ses conférences , cet esprit de ténèbres contrefait bien quelquefois la puissance et la force de Dieu par des niiracles apparents , la sagesse de Dieu par de fausses révélations , la justice de Dieu paroles maux qu'il a causés dans le monde » et par les effets de sa* malignité; mais il ne peut contrefaire la sainteté et la pureté des mœurs , ou du moins il ne le peut constamment. Voilà le trait inimitable pour lui dans la loi de Jésus-Christ; voilà par où elle a toujours été reconnue.

C'est vous-même , d mon Dieu^ qui nous l'avez donnée , c'est votre Fils unique qui nous l'a enseignée , et c'est avec une obéissance fidèle que nous nous soumettons à ce divin législateur, puisque vous l'autorisez. 11 nous propose une loi si pure et si exempte de reproche, que nous ne pouvons la rejeter. Toute parfaite qu'elle est , nous aurions tort de nous en plaindre; car elle ne le peut être assez pour honorer un Dieu aussi grand que vous, aussi saint que vous, aussi pariait que vous. Ce qui nous confond , Seigneur, c'est que , reoonnoissant tant de sainteté dans cette loi, nous en voyons si peu dans nous-mêmes : de quoi nous rougissons, c'est d'y être soumis selon l'esprit, et de la professer si mal dans la pratique; c'est de n'oser presque nous dire ses sectateurs et ses disciples , de peur d'en être démentis par nos actions. Ses maximes nous paroissent terribles , parcequ'elles condamnent toute notre vie ; et en effet , nous n'ignorons pas que c'est selon cette loi que nous serons jugés , qn^il ne nons st plus désormais possible de la récuser, et qu'il ne sera jamais vrai

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de dire de nous ce que saint Paul disoit des infidèles : Quieumque emm iine lege peccavervnt^ sine Uge peributu {Rom., S). Ce n'est plus comme eux sans loi que nous péchons : nous en avons une ; et le même Sauveur qui nous Ta apportée du del dans la plénitude des temps y et qui pour cela est venu parmi nous et s'est abaissé jusqu'i nous , reviendra à la fin des siècles dans tout l'appareil de sa justice et dans tout l'éclat de sa majesté , pour nous en demander compte. Yoilà , mon Dieu , ce qui nous rend cette loi d'auuint plus redoutable, qu'elle est pins sainte. Mais quelque redoutable qu'elle soit pour nous, nous ne laissons pas de conclure qu'elle est digne de vous ; et nous le concluons par la raison même qui nous la feit craindre. Car étant pleins d'iniquité comme nous le sommes » il feut , pour être sainte , qu'elle nous soit directement opposée; et dès qu'elle s'accommoderoit avec nous , ce ne seroit plus qu'une loi de désordre et de corrup* tion. Si là-dessus nous sommes trompés , d mon Dieu, permettez-moi de vous le dire après un de vos plus zélés serviteurs » ce seroit vous qui nous auriez jetés dans Terreur ; vous seriez responsable de nos 4;arements, et c'est à vous que nous aurions droit de nous en prendre, parceque dès-là qy'une religion est toute sainte, elle porte le caractère.de votre divinité. Oui, je le dis, mon Dieu : quand ma créance ne seroit pas aussi constamment vraie qu'elle Test , j'aurois toujours de quoi me consoler sur ce qu^elle est sainte; et je me flatterois toujours d*avoir pris le parti de la vérité , en prenant celui de la sainteté. Je me reposérois toujours sur ce que votre providence , à qui il appartient de me conduire , ne m'auroit rien fait paroltre de meilleur ; et sur ce que toutes les autres voies conduisant au libertinage , celle-là seule que j'ai suivie me retiendroit dans le devoir , et me porteroit à la pratique de toutes les vertus. Non seulement je ne craindrois pas que votre justice me puntt pour avoir embrassé une profession si sainte , mais j'espérerois que s'il y a des récompenses à attendre, elles seroient pour mot, parcequ'il n'y à que l'innocence du cœur et Texercice de la vertu qui puissent nous approcher de vous, et qui doivent être couronnés de votre gloire. Or je les trouve parfaitement dans la religion de mon Sauveur. Goûtons , Chrétiens , cet avantage , et entrons dans le sentiment de saint Pierre : Etiamn oporiuerit me rnori, non te negabo (Uatth., 26) :Non, Seigneur, fallût-il endurer îa mort , je n'abandonnerai jamais votre loi ; car c'est là 9 et nulle part ailleurs, qu'est mon repos, ma perfection, ma félicité. Hors de là, mon esprit seroit toujours flottant, ma vie toujours dér^lée; je n'aurois point de fin qui terminât mes espérances, ni rien de solide pour arrêter mes désirs. C'est donc à la sainte loi de Jésus-Christ que je dois et que je veux inviolablement m'attacher ; fy reconnois l'œuvre de Dieu,, non seulement par sa sainteté, Léo: Domini immaculataj n^ais par la force surnaturelle et toute divine, qu'elle a fait voir dans son établissement et dans la conversion du

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monde, çoinoertens atàmas. Nouvelle attention , s'il vous plait , à cette seconde partie.

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