DEUXIÈME PARTIE
Le plus sage des hommes, Salomon, estima autrefois que trois choses dans le monde étoient d'une recherche très difficile, mais qu'il y en avoit une quatrième absolument impénétrable à l'esprit humain, savoir, la route d'un vaisseau voguant sur la mer : Triamnt difficilia tnihif et quartum penitùs ignoro , viam navisinmari (Prov., 30). Vous serez étonnés, Chrétiens, de l'interprétation que donne saint Ambroise à ce passage; mais autant qu'elle lui est particulière, autant est-elle ingénieuse et solide. Ce vaisseau, dit-il» c'est l'Église, dont la barque de saint Pierre a été la figure; et la route de ce vaisseau voguant sur la mer, c'est le chemin qu'a tenu l'Église pour s'établir au milieu des orages et des persécutions. En effet , ajoute ce saint docteur, je ne vois rien qui me surprenne davantage; et quand je considère toutes les circonstances, tous ]es principes, tous les moyens, tous les obstacles , tous les succès de cet établissement , je découvre d'une manière si sensible la force et la vertu de Dieu , que je ne puis m'empécher de la publier, et de m'écrier : Et quartiim penitùs ignoro^ viam navis in mari.
Tous les Pères ont été éloquents sur ce point , et ils ont employé leurs plus belles lumières pour nous en donner quelques idées; mais du reste ils ont reconnu que cette matière étoit au-dessus d'eux. Ne laissons pas néanifaoins de recueillir quelques uns de leurs raisonnements : et pour entrer d'abord dans un si grand sujet, de quoi s'agissoit-il, mes chers auditeurs , quand Jésus-Christ à l'âge de trente ans, après une vie obscure et cachée, voulut enfin se manifester au monde, et y vint prêcher une loi toute nouvelle? Que prétendoit-il? la chose étonnante ! 11 ne s'agissoit pas moins que de faire un monde tout nouveau; que d'abolir des superstitions plus anciennes que la mémoire des hommes , à qui les peuples tenoient tout leur bonheur attaché, qu'ils conservoient comme l'héritage de leurs pères, pour lesquelles ils combattoient avec plus d'ardeur que pour leur propre vie, dont ils iaisoient les fondements de leurs républiques et de leurs états. Il feUoit les faire renoncer à des erreurs que l'usage presque de tous les siècles avoit autorisées , qui se trouvoient appuyées de l'exemple de toutes les nations , qui favorisoient tous les intérêts de la nature, et dont la possession ne pouvoit être troublée sans troubler presque l'univers. Voilà ce qu'il falloit ruiner : mais qu'étoit-il question d'établir? une loi austère et incommode, une foi aveugle, une religion contraire à toutes les inclinations de la chair. Quelle entreprise! et que falloit-il pour en venir à bout? il falloit s'exposer à avoir toutes les puissances de la terre pour ennemies , la sagesse des politiqfues , l'autorité des souverains , la cruauté des tyrans , le zèle des idolâtres, l'impiété des athées.
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Si donc » demande là-dessus saint Augustin , Jësus-Ghrist , avant que de feire la première démarche » et d'en venir à l'exécution de cette grande affeire , en eût communiqué avec un des philosophes de ce temps-iiiy homme de sens et de conseil, et qu'il se fût ouvert à lui de cette sorte : Je veux , malgré tontes ces contradictions , introduire ma doctrine dans le monde ; je veux qu'elle y soit reçue , qu'elle y fleurisse, qu'elle y règne, qu'elle se répande partout. Et parceque Rome est la maltresse de l'univers , Vest là particulièrement que je me suis proposé de l'établir. C'est cette fameuse et superbe ville que je choisis dèis à présent pour en faire le centre de ma religion , et du siège qu'elle est de l'empire , le siège principal de mon Église, Toutes sortes de divinités y habitent, comme dans leur domicile et dans leur temple ; je prétends les en chasser et y dominer seul. Qu'eût répondu à ce langage, et qu'eût pensé de ce projet un sage du siècle? Mais si le même Jésus-Christ lui eût ajouté que , pour accomplir tout cela , il ne vouloit user d'aucun des moyens que la prudence humaine a coutume de fournir pour ces grands et importants desseins ; qu'il ne faisoit aucun fond, ni sur le crédit, ni sur les richesses, ni sur la doctrine, ni sur l'éloquence; et que pour tout secours il destînoit à la publication de sa loi douze pauvres pécheurs, sans lettres, sans science, sans appui : encore une fois, dit saint Augustin, ce philosophe n'eût-il pas traité cette entreprise de chimère et de folie? Voilà cependant ce qui s'est fait , Chrétiens , et c'est la merveille que nous voyons. C'est ce qu'ont admiré tous les grands hommes du monde, lorsqu'ils se sont appliqués à le considérer bien attentivement et sans préoccupation. C'est ce qui faisoit dire à Pic {le la Mirande que c'étoit une insigne folie de ne pas croire à l'Évangile : Magna insania est EvangeËo non eredere (Pic Miran.) : et c'est encore par la même raison que saint Augustin , avec une subtilité admirable , réfutoit certains hérétiques qui doutoient de la résurrection des morts. Le Fils de Dieu, leur disoit-il , à prédit que les corps dévoient ressusciter, cela vous parott incroyable; mais en même temps il à prédit une autre chose qui semble encore être moins croyable , qui est que ce mystère incroyable de la résurrection seroit cru par tout le monde. De ces deux choses incroyables selon les apparences , celte qui devoit être la moins crue est déjà arrivée, car on croit par toute la terre que les hommes ressusciteront un jour : pourquoi donc, concluoit*il, ne croiriez-vous pas l'autre que vous jugez être moins incroyable que celle-là , savoir, la résurrection même?
11 n'y a que la loi de Jésus-Christ qui se soit établie par des principes où toute la raison de l'homme se perd , et où il faut nécessairement avoir recours à une vertu supérieure. C'est elle seule, dit saint Jérôme, qui s'est maintenue dans les persécutions : Sola in persecu^ tianibui stetit Eccieiia (Hieron.) ; elle seule , pour qui le sang de ses sectateurs ait été, selon le mot de Tertullien, comme une semence fé-
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conde : SmguUmartyrumsemenchristianorum (Tert.). Dieu nous avoit lui-même représenté ce miracle de la propagation du christianisme dans les Hébreux esclaves , dont l'Écriture a marqué que plus les Égyptiens s'efforçoîent de les opprimer afin d'éteindre leur race , et plus ils croissoient en forces et en nombre , sans faire autre chose que de souffrir : Quanta opprimebant eos, tantà magis muUiplicabantur e% crescebaut[Exod,9 1). Quel souvenir, Chrétiens, je me rappelle, et quelle scène, pour ainsi parier, s*ouvre devant mes yeux ! Je vois tout Tunivers conjuré contre Jésus-Christ et contre sa loi; Fenfer lui sus-* cite de toutes parts des ennemis pour la détruire, les empereurs donnent des édits , les magistrats prononcent des arrêts , les bourreaux dressent des échafauds et des bûchers ; et que fera , pour résister à de si violents efforts et pour soutenir de si affeuses tempêtes , une petite troupe de gens livrés comme des victimes au pouvoir de leurs • persécuteurs? Ah ! Seigneur, s'ils ne peuvent rien faire par eux-mé*' mes, vous ferez tout pour eux ; et c'est là que vous emploierez cette force divine^ qui ne paroit jamais avec plus d'éclat que dans notre in* firmité. Si votre loi éloit moins violemment attaquée , ou si elle avoit' de plus puissants défenseurs, il y âuroit moins lieu de croire que vous en . avez été le soutien, et de conclure que vous en êtes Tauteur. II faut que tons les grands de la terre conspirent contre elle ; il faut qua ceux qui la défendent, bien loin de prendre le glaive pour frapper , n'aient pas même , selon Tordre que vous avez porté , un bâton à la main ; il faut enfin que, destituée de toute assistance de la part des hommes , abandonnée en quelque sorte à elle-même et à toute sa foiblesse, elle triomphe néanmoins, et qu'elle fosse tout plier sous son obéissance. Il le fout , afin que tous les peuples cwnoissent que c'est votre loi , et qu'ils l'embrassent. Or qui peut en effet ne le pas reconnoitre à ce prodigieux événement? Tout se décbatne contre les prédicateurs de la foi , et contre leurs disciples : on les lie , on les charge de chaînes, on les enferme dans des cachots, on les attache à des croix , on les étend sur des rouesi on les fait périr par la faim et par la soif, par le fer et par le feu , par tous les tourments; et toutefois la loi qu'ils professent subsiste , se répand , fait tous les jours de nouvelles conquêtes, passe jusqu'aux extrémités du monde, entraîne tout, sonnet tout, se fait recevoir et respecter partout : Quanta ùpprime* tant eos, tantà nèagië mîUâpIkabantur et creaeebant. Que dis-je? de aes ennemis mêmes elle fait ses propres sujets. Ceux qui là poursuivoieat avec plus d'ardeur pour l'anéantir, deviennent les plus zélés à m^dntenir ses intérêts , à se déclarer pour elle , et à lui obéir. Elle gagne jusqu'aux bourreaux , jusqu'aux tyrans, jusqu'aux têtes couronnées : Tantà mugit nuUtiplicaiantw et creseebant.
De quoi parlon»-nous , mes chers auditeurs? Est-ce des suooàs de l'Église naissante;, lorsqu'elle étoit encore dans sa force ^t dans loute la vigueur de son premier esprit? Faut-il remonter si haut, et ne
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meshBons pas encoreaujourd'hui tëmoins de ce miracle? Tous lesautres ont cessëy parceque la foi, dit saint Grégoire, a pris d'assez fortes racines, pour n'avoir plus besoin de ces secours extraordinaires; mais la Providence a voulu conserver le miracle de la propagation de TÉ» vangile, parceqn'il devoit être le caractère de la vraie religion. Nous le voyons; et comme saint Jërdme se conjouissoit autrefois avec une dame romaine de ce que le Sérapis d*Égypte étoit devenu chrétien , de ce que les froids de la Scythie brûloient des ardeurs de la foi , de ce que les Huns avoient appris à chanter les louanges de Dieu: Hunni psaiterium cancre norunt (Hieron.) ; ainsi, pour peu que l'esprit de notre religion nous anime , et que nous y prenions autant d'intérêt que le devoir et le zèle nous y engagent, nous pouvons bénir le ciel de ce que dan^s ces derniers temps l'Église a fait peut-être de plus grands progrès qu'elle n'en fit jamais depuis sa fondation ; de ce qu'elle s'est rendue maîtresse de tout un nouveau monde; de ce que les barbares du septentrion , quittant leurs superstitions brutales , ont reçu sa sainte police ; de ce que les peuples les mieux civilisés de l'Orient et les plus attachés à leurs lois s'offrent tous les jours en foule pour se soumettre aux siennes ; de ce que les idolâtres sont venus , des régions ks plus éloignées, reconnoltre jusque da^s Rome sa monarchie universelle; de ce que le plus grand [empire de l'univers , contre ses ma^dmes fondamentales, lui a enfin ouvert ses portes ; de ce que sans cesse on y voit naître des églises florissantes en vertus et en mérites.
Et comment tout cela se feit-il? c'est le prodige. Chrétiens, que l'on vous a cent fois représenté , que vous avez cent fois admiré , et dont la sagesse humaine doit nécessairement convenir : par les moyens eu apparence les plus foîbles ; par des moyens qui non-seulement semblent n'avoir nulle proportion avec lès succès que nous admirons, mais qui y paroissent tout opposés ; par les mêmes moyens que Jésus-Christ a employés , et qu 'il nous a laissés en héritage ; je veux dire par les croix, les souffrances, les affronts, les emprisonnements, la mort ; par tout ce qu*ont enduré et tout ce qu'endurent actuellement tantd'hommesapostoliques. Avec de telles armes ils ont surmonté tonte la résistance de l'enfer ; ils ont triomphé de l'idolâtrie, déuruit les temples des faux dieux, dompté Forgueil des nations, converti des millions d'infidèles : ou plutôt est-ce à eux qu'on doit attribuer de pareils changements? n'est-ce pas à la loi même qu'ils annoncent? et d'où lui peut venir cette force , que de Dieu ?
Cest sur cela que le prophète , éclairé d'en haut et inspiré de Diea, s'adressoit à l'Église sous le nom de Jérusalem, et qu'il la félicitoit en des termes si magnifiques : Surge^ iUuminare, Jermalem^ quiagloria Donàni super te orta est (Isai. , 60) : Levez-vous, et montrez-vous à toute la terre, heureuse Jérusalem ; car le Seigneur vous a couronnée de sa gloire , et revêtue de sa force toute-puissante. Leva in àrcuitu ocuhs tuo8 , et vide (Ibid. ) : Jetez les yeux autour de vous , et voyez
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tous les peuples assembles auprès de vous et humiliés devant vous. Ils sont venus de toutes les parties du monde , pour se soumettre à votre empire. En voilà de Torient , et en voilà de Toçcident ; en voilà du septentrion, et en voilà du midi. Il n'y a point de région si éloignée , point de contrée qui ne reconnoisse votre suprême domination: Omnes isti congregati sunt^ venerunt tibi (IsAi. ,60) . Ah ! glorieuse mère; ce ne sont point seulement des sujets qui viennent vous rendre hommage; ce sont vos enfants , ce sont les fruits de votre fécondité mira* culeuse : ouvrez votre sein pour les recevoir : Filii tut de longé venient, etfiliœ iuœ de latere surgent (Ibid.). Quelle multitude» quelle afiluence! que de triomphes et que de conquêtes ! que de consolations pour votre cœur! Jouissez de vos succès » et glorifiez le souverain Maître, dont la grâce victorieuse s'est fait sentir au-delà des mers, et a opéré en votre faveur toutes ces merveilles : Tune videbis et afflues , et mi" rabitur et dilatabitur cor tuum, quando conversa fuerit ad te muUitU" do maris f fortitudo gentium venerit tibi (Ibid.).
Je le répète , mes chers auditeurs , il n'y a que la religion de Jésus-Christ qui porte avec soi ce caractère de vérité. Car qui ne sait pas comment les hérésies se sont répandues dans le monde; que c*a presque toujours été par la violence, par le fer et par le feu, secouant le joug d'une obéissance légitime , et portant de toutes parts la désolation? Qui ne sait pas comment se sont établies les religions païennes ; que c'a été par la licence des mœurs qu'elles fomentoient, accordant tout à la nature ox)rrompue, et consacrant jusques aux plus lionteux désordres? En voulez-vous la preuve? observez ceci : c'est que les sectes de philosophes qui s'élevèrent contre les vices» et qui se proposèrent de les corriger , échouèrent toutes dans un semblable dessein. Elles ont fait un peu de bruit, et rien de plus; pourquoi? parceque d'un côté ces sages du siècle ne s'accommodoient pas aux inclinations vicieuses et naturelles des hommes, et que de l'autre ils n'avoient rien au-dessus de l'homme : c'est pour cela , dit le cardinal Pierre Damîen » que toute leur suffisance s'est évanouie en présence de Jésus-Christ; dont la sagesse a été comme la verge d'Aaron, qui a dévoré toutes celles des magiciens d'Egypte. Ces grands génies , ajoute saint Augustin , qui furent les maîtres de la philosophie , sitôt qu'ils se sont approchés de Jésus-Christ ont disparu. Aristote a dît ceci, Pythagore a dit cela, Zenon a été de ce sentiment : mais mettonsles en parallèle avec FHomme-Dieu; comparez leur autorité avec celle de l'Évangile, et cette comparaison les effacera tous. Tandis que TOUS les considérez seuls, ce qu'ils disent vous paroit quelque chose : mais lorsque vous leur opposerez la doctrine évangélique , vous ne trouverez plus que vanité dans leur morale. Ainsi, disoit saint Jérôme* qui est-ce qui lit aujourd'hui les livres de ces philosophes.^ A peine voyons-nous les plus oisifs s'y arrêter; au lieu que la doctrine de Jésus-Christ est préchée par tout le monde, et que tout le monde parle
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de la loi que de pauvres pécheurs ont publiée : RusHamoi verà piica-* tores miseras , totus orbis loquitur^ universus mundus sanat (Hieron.). Quelle conclusion , Chrétiens! car il est temps de finir, et mon su* jet me conduiroit trop loin si j'entreprenois de le développer dans toute son étendue. Mais en finissant'» je ne dois pas omettre quelques conséquences que je vdbs prie de ne pas perdre» et qui seront autant d'instructions pour vous et pour moi. Je les réduis à quatre, et je les comprends en quatre mots^: reconnoissance, étonnement, réflexion, résolution. Appliquez^vous. Reconnoissanc^, et envers qui ? pouvons* nous Tignorer, Seigneur, et ne seroit-ce pas la plus monstrueuse ingratitude , si jamais nous venions à méconnoître le plus grand de vos bienfaits? Soyez-en donc éternellement béni, ô mon Diei^ I c'est vous, et vous seul, qui avez formé cette Église, où nous devions trouver le salut; vous qui l'avez enrichie de vos dons, vous'qui l'avez animée de votre esprit, vous qui lui avez révélé vos vérités, vous qui lui avez confié votre loi : tout cela pour nous retirer des ombres de la mort, où le monde étoît enseveli, et pour nous conduire à la vie bienheureuse où il vous a plu , par une bonté inestimable, de nous appeler. Grâce générale : mais ce que nous regardons encore comme une grâce beaucoup plus particulière et plus précieuse, c'est vous-même , mon Dieu , qui dans ce christianisme où nous avons eu le bonheur de naître, nous avez choisis ,' nous avez spécialement éclairés, nous avez enseigné vos voies , nous avez pourvus des secours les plus adondants pour y marcher. Sans ce choix de votre part et sans cette prédilection toute gratuite, que serions-nous devenus , et en quelles ténèbres serions-nous jplongés ? Nul autre que vous, Seigneur, n'a pu faire de nous ce discernement favorable , qui nous distingue de tant de nations infidèles; et prévenus du sentiment de notre indignité , nous ne nous tenons redevables d'un tel avantage qu'à votre infinie miséricorde.
Étonnement : de quoi ? Ne le voyez-vous pas, mes chers auditeurs, et n'est-il pas en effet bien étonnant que la foi, dès la naissance du christianisme, ait converti le monde entier, et que maintenant, avec la même vertu, elle ne nous convertisse pas? c'est-à-dire, qu'elle ait fait passer le monde entier de l'idolâtrie au culte du vrai Dieu , et que jusque dans le sein de l'Église elle ne ramène pas tant de pécheurs à Dieu , elle ne les fasse pas revenir de l'état du péché au service de Dieu^ elle ne les rende pas pénitents devant Dieu, et plus fidèles , plus zélés dans l'observation de la loi de Dieu. Voilà sur quoi Dieu veut que nous soyons nous-mêmes nos prédicateurs, et que nous nous parlions à nous-mêmes. N'est-il pas étonnant qu'une loi si efficace pour tant d'autres le soit si peu pour moi? car quel changement, quel retour, quelle réformation de vie a-t-elle opérée dans toute ma conduite? et quand j'aurois le malheur d'être né dans les ténèbres du paganisme , ^erois-je plus mondain , plus voluptueux que je ne le suis? me porterois-je à de plus honteux excès, et vivrois-je dans un plus
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grand dér^ement de mœurs? ITest-il pas étonnaiit^ qu'ime loi qui a humttë les monarques et les potentats du siècle , qui leur a inspiré le mépris de toutes les pompes humaines , n'ait pas encore modéré cette ambition démesurée qui me consume, ni effacé de mon cœur ces vaines idées de gloire , de fortune , d'agrandissement, qui m'occupent sans relâche, et à quoi je sacrifie si souvent ma conscience et mon salut? N'est-il pas étonnant qu'une loi qui a fait embrasser la pauvreté évangélique à tant de riches, et qui, par un renoncement parfait aux biens temporels , les a dépouillé de tout ce qu'ils possédoient, n*ait pas encore éteint jusqu'à présent cette ardente cupidité qui me brûle, et ce désir insatiable d'amasser, d'accumuler, d'avoir? Que dirai-je de plus , et cesserois-je de trouver des reproches à me fisdre, si j'en voulots parcourir tous les sujets? N'est*il pas étonnant qu'une loi qui a donné à tant de généreux chrétiens assez d'assurance et de fermeté pour se déclarer en présence des magistrats, et pour paroltre devant leurs tribunaux , ne m'ait point encore affranchi de Tefidavage oii me tient une honte lâche et criminelle, lorsqu'il faut fidre une profession ouverte d'être à Dieu, et m'élever au-dessus des discours du monde? Il s'agissoit pour ceux-là , en se faisant connoître, de perdre la vie, et ce danger ne les arrétoit pas : il n'est question pour moi que de quelques paroles que j'aurai à essuyer^ et je demeure. M'est41 pas étonnant qu'une loi qui a soutenu tant de martyrs dans les ennuis de l'exil , dans les rigueurs de la captivité , dans l'horreur des plus cruels supplices , ne m'ait pas encore formé à supporter quelques adversités avec patience , ne m'ait pas encore appris à pratiquer quelques exercices de la pénitence, ne m'ait pas encore feit observer les devoirs de ma religion avec plus de fidélité et plus^ de constance? Voilà , dis-je , ce qui nous doit jeter dans l'étonnement, et n'est-il pas bien fondé? Ah ! Chrétiens, que pouvons-nous là-dessus nous dire à nous-mêmes pour notre justification , et que dironsnous à Dieu ? Mais ce n'est pas tout.
Kéflexion. Que nous sert-il de professer une loi dont la vertu est toute puissante, lorsqu'à notre égard elle se trouve inutile et sans effet? De quel avantage est-il pour nous que cette loi ait triomphé de toutes les puissances du siècle et de l'enfer , si elle ne triomphe pas de nos foiblesses? Ces miracles, ces prodiges, ces conversions, qu'est-ce que tout cela , que notre confusion , que notre conviction, que notre condamnation? Eh! mes chers auditeurs, ne comprendrons-nous jamais de si importantes vérités? La loi chrétienne a le pouvoir de nous convertir et de nous sanctifier, c'est un point de foi; si donc elle ne le fait pas , ce n'est point à elle que nous pouvons rimputer y puisqu'elle a feit quelque chose de plus grand. Non seulement la loi chrétienne peut nous convertir et nous sanctifier, mais il est nécessaire qu'elle nous convertisse en effet et nous sanctifie. Je dis doublement nécessaire : en premier lieu , parceque nous ne pouvons
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être vraiment convertis et sancdfiés que par elle; en second lien , parceqiie sans la conversion et sans la sanctification de notre vie , nous ne pouvons être sauvés. Enfin la loi chrétienne ne nous convertira et ne nous sanctifiera jamais , tandis qu'une autre loi nous gouvernera t parcequ'étant une loi divine , elle veut être seule et absolue dans les sujets qui la reconnoissent et qu'elle amduit. Par conséquent, nous aurons beau prétendre accorder cette loi de Dieu avec les lois du mondtf» son esprit avec Tesprit du monde, ses maximes avec les maximes du monde ; c'est un mystère que les Saints n'ont jamais compris , c'est un secret que FÉvangtle ne nous enseigne point, c'est ime QlasioB qui perd une infinité de deni^^rétiens , et qui nous perdra. Non , nous n'avons qu'un maître à écouter , qui est Jesos*Ghrist. Si nous en écoutons d'antres aveclui; si nous TooIons,aprè8 avoir senti les mouvements de sa grâce dans le fond du ococrr ,' après avoir entendu sa doctrine par la bouche des prédicateurs , après avoir reçu ses conseils par la voix des directeurs, prêter encore l'dreSlIe au monde qui veut avoir part à toutes nos actions , et qui vondroit même r^^r jusqu'à nos plus saintes pratiques et à nos dévolions , dès-là BOUS détruisons d'une main ce que no«is bâtissons de l'autre , et nous faisons un partage que Dieu réprouve.
Résolution. Puisque la loi chrétienne a tant d'efficace et tant de forée, laissons-la dormais agh^, et n'arrêtons plus sa vertu; secon* don8>la par une pleine correspondance , et déterminons-nous à vivre comme elle nous le prescrit. Bientôt nous éprouverons ce qu'elle peut, et nous verrons où elle nous conduira. Qud progrès n'aurions-^nous point fait jusqu'à présent si no«s l'avions suivie, et où ne nous auroitr die pas élevés ? Ce qui nous paroft impossible , parceque nous le mesurons par nos propres forces , nous l^aurions généreusement entrepris et heureusement exécuté, parcequ'elle nous aurdt soutenus. Cest, mon Dieu , ce que vous me faites aujourd'hui connottre , et ce qui m'inspire la résolution que je forme de m'abandonner sans retour à votre loi. Qu'elle ordonne, j'obéirai; qu'elle m'inthne vos volontés, je les accomplirai; qu'elle me trace fa voie, j'y marcherai. Elle est étroite, 8 est vrai , cette voie, elle est semée d'épines; mais, par la force de la loi que j'aurai pour guide et pour soutien , je surmonterai toutes les difficultés. Les épines, dès celte vie, se changeront en fleurs ; ou du moins, après tes travaux de cette vie , j'arriverai au Uenheureux terme du repos éternel. Ahui $oit4L