SERMON POUR LE QUATRIÈME DIMANCHE APRÈS PAQUES
SUR l'amour £T la CRAINTE DE LA VÉRITÉ.
CiMn venerit ille spiritus veritalUt docebit vos omnem veritaUm»
Quand cet esprit de vérité sera venu, il tous enseignera tonte vérité. Sâiiit Jeiii, chap. x\i.
Comme c'est un des caractères les plus propres du Saïut-Esprit d'être la vérité même » c'est aussi » Chrétiens , une de ses fonctions les plus essentielles d'enseigner la vérité , et toute vérité. Non pas qu'il nous serve toujours lui-même immédiatement de mattre , comme il en servit au& apôtres , lorsqu'il descendit visiblement sur eux : mais il a ses organes par où il s'expUque ; il a «es ministres, qu'il remplit de ses lumières et à qui il communique ses vérités , pour les publier en son nom , et les £aire entendre aux hommes. Ainsi ce divin Esprit ittspira-t-il autrefois les prophètes , et leur donna*t-il une vue anticipée de Tavenir, afin qu'ils l'annonçassent aux princes et aux peuptes , auxgrands et aux petits : et n'est-ce pas ce même Esprit qui , selon la promesse du Fils de Dieu , inspire encore présentement les prédicateurs pour parler dans la chaire de vérité y et tant d'autres ouvriers évangéliques pour la foire connoitre cette vérité » et pour en être les dispensateurs ? Ce sont des hommes semblables aux autres hommes; et en qualité d'hommes, ce sont des pécheurs sujets aux mêmes misères et aux mêmes foiblesses que ceux qui les écoutait ; et voilà ce qui semble donner une espèce d'avantage aux libertins du siècle, qui voudroient, disent-ils, être instruits et persuadés de la véritç par des hommes qui pratiquassent ce qu'ils prêchent aux autres avec tant de zèle , par des hommes irréprochables dans leur conduite et irrépréhensibles dans leurs mœurs ; comme si la vérité j pour être crue , dépeudoit du mérite et des qualités de celui qui en est le dépositaire et qui la révèle. Mais c'est un prétexte , dit saint Chrysèstome , d<nit le libertinage veut se prévaloir, et dont il tâche de se couvrir. Car quand il y auroit sur la terre de ces hommes parfaits , de ces honpmes exempts de toute censure , on ne les croiroit pas , puisque Jésus-Christ même étant venu en personne , n a pas trouvé , à, beaucoup pcès , dans les esprits toute la créance due à la parole de Dieu et aux saintes vérités qu'il enseignoit. Quoi qu'il en soit , mes dbtvs éditeurs , je viens aujourd'hui vous apprendre comment nous devons nous comporter à l'égard de la vérité ; je viens vous faire voir le cf iminel abus que nous en faisons , et travailler à le corriger. Adressons-nous d'abord à l'Esprit de vérité , afin qu'il nous éclaire ; et employons auprès de*lui l'intercession delà Vierge, qui en fut remplie an moment que l'ange la salua. A»e. i
4t0 SUR UAMOUR ET LA CRAINTE D£ LA VÉRITÉ.
A bien oonsidérer les choses , il n'y a peat-ètre rien où les monve^ ments de notre cœur soient plus équivoques , et oii Thomme paroisse plus contraire à lui-même, que sur le sujet de la vérité. Car il aime la véritéf et il la hait ; il là cherche, et il la fuit ; il s*en réjouit, et il s'en afflige : tantôt il y défère avec plaisir , et tantôt il y résiste avec obstination ; tantôt il tiiomphede Tavoir connue, et tantôt il voudroit la bannir pour jamais de son esprit ; tantôt il se fait un devoir d'en être vaincu , et tantôt il s'en fait un supplice. Or qu'y a-t-ii en apparence qui approche plus de la contradiction , que des sentiments et une conduite si opposés? Pour accorder tout cela, Ghrétietts, Je distingue deux sortes de vérités qui ont rapport à nous, et dans l'usage desqudies consiste , pour ainsi dire , toute la perfection et tout le désordre de notre vie : la vérité qui nous reprend, et la vérité qui nous flatte; la vérité qui nous reprend , et qui nous fait voir en nous-mêmes ce qu'il y a de défectueux et de vicieux ; la vérité qui nous flatte, et qui nous refurësente à nous-mêmes ce que nous avons , ou ce que nous croyons avoir de louable et de bon. Gela supposé , je prétends qu'il est facile d'accorder les contrariétés qui semblent partager le cœur de l'homme sur la vérité. Car prenez garde , si nons aimons la vérité , c'est celle qui nous flatte ; et si nous baissons la vérité, c'est celle qui nons repreiid« Deux désordres que je veux aujourd'hui combattre , et sur quoi je dis en deux mots que de toutes les vérités il n'en est point que nous de* vions plus aimer que la vérité qui nous reprend , c'est la première partie ; et qu'il n'en est point que nous devions phis craindre que la vérité qui nous flatte, ce sera la seconde partie. Cette matière est tonte morale , et donnera Ueu à des réflexions également utiles et sensibles.