‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 4)Chapitre 5 sur 119 · S SUR LA CONVERSION DE UADELEINB · texte numérisé non relu

S SUR LA CONVERSION DE UADELEINB

. Mais appr^iez aojoard'hai. Chrétiens, à vous détromper de ûes er* revurs ; apprenes ce que doit à Diea un pécheur converti^ et ce que Dieu en attend. Maddeine yous renseignera ; et par les progrès qu'elle fit dans l'amour de son Dieu» elle sera pour vous le plus parfait modâe non plus d*un amour pénitent» mais d'un amour reoonnoissant : DiUxit multùm. 11 est vrai» Chrétiens» le Sauveur du monde» dans la maison du pharisien» avoit dit à Maddeine : Votre foi vous a sauvée» vos péchés vous sont remis ; allez en paix. Mais c'est pour cela même que son amour pour Jésus-Christ n'eut plus de paix » et qu'il lui causa ces ardents et saints transports de reconnoissanoe dont eUe fiit si souvent et si vivement [agitée. Parceque ses péchés lui avoient été pardonnés» elle se dévoua par un attachement inviolable à cet Homme- Dieu» pendant qu'il vécut sur la terre ; parceque ses péchés lui avoient été pardonnes» elle lui marqua une fidélité héroïque dans le temps de sa passion et de sa mort; parceque ses péchés lui avoient été pardonnés» elle demeura avec une invincible persévérance auprès de son tombeau ; parceque ses péchés lui avoient été pardonnes» elle le chercha avec toute la ferveur d'une épouse» et d'une épouse saintement passionnée, quand elle le crut ressusdté. Quatre effets merveilleux de la reconnoissance de Madeleine» mais auxquels je ne m'arrête qu'autant qu'ils peuvent se rapporter à votre instruction » et qu'ils doivent vous servir d'exemple. Écoutez-moi» pécheurs récondliés et sanctifiés par la grâce de votre Dieu. Écputez-moi» pécheresses converties et revenues de vos égarements. Vous allez connoitre en quoi consiste la perfection de votre état.

Madeleine convertie n'eut plus désormais d'attachement que pour Jésus-Christ. Vous le savez : tant que cet Homme-Dieu demeura sur la terre» elle lui parut tellement dévouée, qu'elle sembla ne plus vivre que pour lui. Qudle fut son occupation? Elle le suivoit» dit saint Luc» dans la Judée et dans la Galilée » compagne inséparable de ses voyages, lorsqu'il parcouroit les bourgades» préchant le royaume de Dieu. Que fit-die de ses biens? elle les employoit pour ce Dieu Sauveur. Et ministrabat d de facuUaiibm suis (Luc.» 2) : trop heureuse » dit saint Chrysostome» de contribuer à l'entretien d'une vie si importante et si nécessaire ; trop heureuse de nourrir cdui même à qui elle étoit redevable de son salut ; trop heureuse de le recevoir dans sa maison, et de lui rendre tous les offices de la plus libérale et de la plus affectueuse hospitalité. Où la trouva-t-on plus ordinairement? aux pieds de cet adorable maître» écoutant sa parole » la méditant , la goûtant : Sedens secm pedes Domim^ audiebat verbumillius (Luc, 7). En vain lui en fait-on des reproches : elle s'en feroit elle-même de bien plus forts» si jamais elle pensoit à rien autre chose qu'à renouveler sans cesse son amour pour ce Dieu de patience et de miséricorde. En vain Marthe se plaint qu'elle la laisse chargée de tous les soins domestiques» pour vaquer uniquement à lui ; tout le reste horsde lui n'est plus

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rien poar eQe, et tout le reste ne lui paroit grand qu'antisint qu'elle peut l'abandonner pour lui. En vain Marthe Faccuse de négliger le service de Jésus-Christ , sous prétexte de s'appUquer à Jésus-Christ même; elle sait de quelle manière Jésus-Christ veut être servi, et, mieux instruite que personne de ses inclinations, an lieu de s'empresser conune Marthe à lui préparer des viandes matérielles, elle lui en présente une autre mille fois plus délicieuse, mais que Ma^he ne connoit pas, je veux dire une protestation toujours nouvelle de sa reconnoissance et de son amour. Or c'est ainsi , comme nous l'apprend saint Chrysostome, qu'en use une ame chrétienne que Dieu a tirée de l'abtme du péché, quand elle est fidèle à la grâce de sa conversion. Son premier soin est de se défaire de mille autres soins superflus dont le monde rembarrasse, et qui seroient autant d'obstacles à cette sainte liberté oà elle doit être, pour pouvoir dire à Dieu : DtrupUti vinctUa mea; tUnsacrificabo hostiamlaudis (Psalm. ilg) : Vous avez rompu mes liens. Seigneur ; je ne penserai plus qu'à vous offrir tous les jours de ma vie un sacrifice de louanges. Car si j'entreprenois encore de satisfirire i toutes les vaines et prétendues bienséances du monde ; si je m'engageois à remplir cent devoirs imaginaires, qui passent pour devoirs dans le monde » mais dont le monde même est le premier à déplorer et à condamner l'excès ; si je voulois me livrer à tant de distractions qu'attire le commerce du monde; que me resteroit-il pour mon devoir essentiel et capital, qui est de régler ma vie, en sorte que toute ma vie soit un témoignage perpétuel du souvenir que je conserve des miséricordes infinies de mon Dieu, et des péchés sans nombre qu'il m'a pardonnes? Si les conversations, si les visites, si les plaisirs même honnêtes, si, le jeu, si les promenades partageoient encore mon temps, et que par complaisance, par foiblesse, peut-être par une oisiveté lutbitàeDe , je voulusse remplir mes jours de ces amusements mondains sans en rien retrancher, comment ma vie seroit-elle un sacrifice de louanges et d'actions de grâces , tel que Dieu l'attend de moi, et tel que je le lui promis si solennellement en me convertissant à Im? JVon, non^ conclut cette ame dans le sentiment d'une vive reconnoissance, ce n*est plus. là ce qui me convient; mais me tenir en la présence de Jésus-Christ comnie Madeleine ; mais écouter comme die la parole de Jééus<3irist, qui m'est annoncée ; mais nourrir comme elle Jésus-Christ, et le soulager dans la personne de ses pauvres; mais travailler comme die à lui préparer une demeure dans mon cœur, et le recevoir souvent chez moi et dans moi, voilà à quoi je dois me borner. Et pourquoi ce Dieu débouté, malgré tant de maux que j'ai commis, m*a-t41 encore laissé des biens, si ce n'est afin que j'aie en main de quoi radieter mes péchés, et que je contribue par mes aumônes à le raire subsister hii-même dans ses membres vivants? Pourquoi ce Dîeo-Homme réside-t-il personnellement dans nos temples et sur nos autels, si ce n'est afin que chaque jour, dégagée des pensées du siècle.

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